Le blog du Temps de l'Immaculée.
06/01/2026
Car au-delà de la libération du Venezuela, cet épisode est une leçon magistrale sur le fonctionnement réel des relations internationales, loin des discours convenus et des principes affichés. La crise vénézuélienne met en lumière des vérités contre-intuitives, voire dérangeantes, sur la primauté de la force, le retour des empires et la place de la morale dans le jeu des puissances. Explorons ensemble quatre de ces leçons surprenantes que nous devons tirer de la chute du régime chaviste.
Dans ce monde régi par des intérêts brutaux, une figure émerge pourtant comme un contrepoint saisissant : María Corina Machado. Lauréate du prix Nobel de la paix 2025, cette opposante historique propose une voie radicalement différente, fondée non sur la puissance, mais sur une exigence morale et spirituelle. Sa parole s'inscrit dans un parcours de plus de vingt ans de combat politique, marqué par la persécution, la disqualification et la clandestinité.
Profondément marquée par sa foi catholique, sa vision politique est centrée sur la dignité humaine, la vérité et la responsabilité. Elle n'hésite pas à décrire la crise vénézuélienne non comme un simple conflit politique, mais comme une "confrontation entre le bien et le mal". Cette lecture spirituelle de l'Histoire irrigue tout son engagement, comme en témoigne cette scène puissante où, lors d'une apparition publique, elle reçut la bénédiction d’un prêtre et d’une religieuse avant d'être arrêtée par des forces parapolicières.
Loin de tout esprit de vengeance, elle appelle à une transition démocratique ordonnée, axée sur la justice, la reconstruction et le retour des millions d'exilés. Elle insiste pour que le président légitimement élu, Edmundo González Urrutia, assume ses fonctions, afin de garantir le respect de la souveraineté populaire exprimée dans les urnes. Son engagement est résumé par une phrase qui dépasse le simple champ politique :
“Allons de la main de Dieu, jusqu’au bout.”
Dans un contexte international dominé par le cynisme et les rapports de force, l'émergence d'un leadership de cette trempe rappelle que la politique peut aussi être une affaire de conscience, capable d'incarner l'espoir qu'une nation peut se reconstruire sur des bases plus solides que les seuls intérêts matériels.
Concluons en observant que la chute du régime de Maduro est un miroir tendu à notre monde. Elle nous montre une réalité où le droit est subordonné à la force, où les intérêts nationaux des grandes puissances dictent le cours de l'Histoire et où les zones d'influence font leur grand retour. C'est le monde des empires, où ceux qui ne sont pas puissants deviennent des spectateurs de leur propre destin.
Pourtant, au cœur de cette reconfiguration brutale, la voix de María Corina Machado propose une alternative fondée sur la morale, la justice et la foi. Elle rappelle qu’aucune tyrannie n’est plus forte qu’une conscience éclairée par la foi, prête à pardonner sans oublier et à reconstruire sans haïr.
Alors que le Venezuela se trouve à la croisée des chemins, son avenir sera-t-il façonné par le jeu cynique des empires, ou par la force d'une conscience morale prête à tout reconstruire ? L'Histoire n'a pas encore livré sa réponse.
Christus vincit !
Sources : Le Figaro, Tribune Chrétienne, Antoine de Lacoste
05/01/2026
Crise de l’eau et colère sociale
L’Iran connaît depuis des années une crise structurelle de l’eau, liée à la sécheresse, au changement climatique, mais surtout à la mauvaise gestion (barrages, cultures gourmandes, industrie lourde en zones arides, surexploitation des nappes).
En 2021 déjà, des pénuries sévères dans la province de Khuzestan avaient déclenché des manifestations qui s’étaient étendues à d’autres régions.
En 2025, la situation s’est aggravée : dans plusieurs villes et villages, les habitants ont subi des coupures d’eau de plusieurs jours, souvent combinées à des coupures d’électricité et à des vagues de chaleur, ce qui a provoqué des rassemblements, notamment à Sabzevar, Marvdasht, Rasht, ainsi que dans des quartiers de Téhéran et Chiraz.
Des slogans sur l’eau qui deviennent politiques
Les manifestations liées à l’eau partent souvent de revendications très concrètes (“eau, électricité, vie – nos droits fondamentaux”, “eau potable, rivières vivantes, droit à la vie”), puis se transforment en slogans explicitement politiques du type “À bas le dictateur” ou “Mort à Khamenei”.
Les observateurs soulignent que de plus en plus d’Iraniens relient directement pénuries d’eau, coupures de courant et difficultés économiques à la corruption du régime et à l’inefficacité de l’État, faisant de la crise de l’eau un symbole de la faillite globale du système.
Nostalgie du Shah et “rêve” monarchiste
Depuis les grandes mobilisations de 2019–2022, des vidéos de manifestations montrent des foules scandant “Javid Shah” (“Que vive le Shah”) ou brandissant des drapeaux de l’ancienne monarchie, ce qui était presque impensable il y a encore une décennie.
Le fils de l’ancien Shah, Reza Pahlavi, est devenu la figure monarchiste la plus médiatisée : il appelle à un changement de régime par la désobéissance civile et à un référendum sur la future forme de l’État.
Des analyses notent qu’il bénéficie d’une base très active dans la diaspora et d’une forte visibilité sur les réseaux sociaux, mais que la popularité réelle d’un retour à la monarchie à l’intérieur du pays reste incertaine, faute de données fiables et en raison de la répression.
Ce que l’on peut dire sur “la rue”
Dans certaines villes et milieux, la nostalgie du Shah sert à exprimer le rejet du régime islamique et le fantasme d’un État plus moderne, plus efficace et moins idéologisé ; dans d’autres, ce thème reste marginal ou controversé.
Les mouvements d’opposition restent fragmentés : monarchistes, républicains laïcs, islamistes réformateurs, gauche laïque, etc., sans leadership incontesté ni programme unifié.
En résumé, une frange visible de la rue “rêve” d’un Shah, surtout dans les slogans et l’imaginaire politique, mais l’aspiration largement partagée est surtout la fin de la crise économique et environnementale et la sortie d’un régime jugé incapable de garantir des besoins aussi élémentaires que l’eau.
La situation des chrétiens
Alors qu'il n'y avait que quelques milliers de chrétiens d'origine musulmane en 1979, les estimations actuelles varient entre 500 000 et plus d'un million de personnes à l'intérieur de l'Iran. Ce développement est dû principalement aux protestants évangéliques.
Il existe une minorité catholique en Iran. Elle reste numériquement très petite, relativement discrète dans les troubles actuels, mais elle vit comme les autres chrétiens dans un climat de contrôle étroit, de discrimination juridique et de pression accrue dès qu’il y a soupçon de prosélytisme ou de conversion. Ce sont essentiellement des catholiques "historiques", des Chaldéens (d’origine assyro‑araméenne), des Arméniens et une petite communauté de rite latin, à Téhéran et quelques grandes villes. Les conversions au catholicisme existent probablement mais sont invisibles.
Au 5 janvier 2026, des heurts dans au moins 25 villes du pays.
L'agence Fars a fait état samedi de rassemblements la veille dans plusieurs quartiers populaires de la capitale Téhéran, qui compte environ 10 millions d'habitants. À Darehshahr, dans l'ouest du pays, environ 300 personnes ont lancé des cocktails Molotov, bloqué des rues et "exhibé des kalachnikovs" vendredi, toujours selon l'agence de presse Fars. Diverses sources font état de déjà 8 morts.
04/01/2026
L’article du Figaro met en lumière une mutation profonde au sein de l’enseignement privé sous contrat en France. Si ces établissements (catholiques à 96 %) ne désemplissent pas, leur « caractère propre » — c’est-à-dire leur liberté éducative et spirituelle — devient une source de tensions croissantes avec les familles.
Le choix du privé : une stratégie plus qu’une conviction
Pour une majorité de parents, l'inscription dans le privé n'est plus un acte de foi. On y vient chercher un cadre sécurisant, une rigueur pédagogique et une alternative à un enseignement public jugé parfois trop « idéologisé » ou instable. Selon un sondage Ifop cité par l’auteur, seuls 39 % des Français jugent légitime la présence d'un temps spirituel à l'école. Ce décalage crée des frictions directes : certains parents s'insurgent contre le caractère obligatoire de rencontres liées à la foi ou au pardon.
Une identité diluée pour plaire au plus grand nombre ?
Cette sécularisation forcée inquiète les parents qui ont, à l'inverse, choisi ces écoles pour leurs valeurs chrétiennes. Ils déplorent une « discrétion » excessive de la pastorale. La crainte des directions ? Perdre des élèves ou voir des classes fermer en braquant des familles purement « consommatrices » d'éducation. Même au sein du corps enseignant, le malaise est palpable : certains professeurs, restés dans le privé pour le confort géographique, s'opposeraient activement aux projets pastoraux, créant une fracture interne.
L'école n'est pas un « drive »
Face à cette fronde, les institutions réagissent. Hélène Laubignat, présidente de l’Apel, rappelle une vérité fondamentale : l’enseignement catholique repose sur un projet cohérent et assumé. « L’école n’est pas un service à la demande », affirme-t-elle, soulignant que les familles font un choix libre en s'inscrivant et doivent, par conséquent, en accepter les spécificités.
Pour conclure, l’enjeu pour l'enseignement catholique est aujourd'hui de maintenir cet équilibre fragile : rester ouvert à tous sans renier son ADN. Le dialogue entre les chefs d'établissement et les parents semble être la seule voie pour dissiper les malentendus, dans un contexte où la demande de « neutralité » gagne même les lieux dédiés à la transmission d'une foi.
En somme, l'enseignement catholique réussit son pari éducatif, mais peine à faire valoir son projet pastoral auprès d'un public de plus en plus sécularisé.
Être dans le monde sans être du monde, là est la question. L'École catholique a le simple choix de redevenir catholique... ou de disparaître.
03/01/2026
On se rappelle peut-être d’une adresse fameuse du grand aventurier scout Jean Raspail aux “Veilleurs” à propos du tutoiement et du vouvoiement. Extrait :
« Aujourd’hui, ce sont d’abord nos enfants que nous voyons condamnés à être partout tutoyés, comme sous la Révolution. Je ne m’en prends point au tutoiement naturel d’affection et d’intimité (la famille, les amis), ou de solidarité (les copains, les camarades,), mais à celui que leur infligent systématiquement les adultes, comme si l’enfant n’avait pas droit au respect et à la liberté de choisir selon son cœur et ses humeurs qui a, ou qui n’a pas, le loisir de le tutoyer. »
Car l’honneur est aussi une chose de l’enfance (Bernanos). Et Raspail de rappeler par ailleurs (dans la préface du Livre d’Hermine) l’admirable simplicité de l’ancien cérémonial de la promesse des Scouts de France. L’aspirant s’avançait et le chef lui demandait : – Que désirez-vous ? « Car on lui disait vous, à l’enfant, avec politesse et respect. Imagine-t-on cela aujourd’hui ! Le tutoiement scout ne venait qu’après, mais pas un tutoiement de copinage, de licence ou de facilité… »
Tout est dit. Qu’importe au fond le tutoiement ou le vouvoiement, la marque extérieure de considération, l’urbanité ou la convivialité, s’il n’y a pas d’abord l’amour et le CŒUR, la justice et LA JUSTESSE, et donc le respect authentique et sincère de l’interlocuteur. C’est cela qu’il faut pratiquer avant tout sans omettre le reste : la politesse et les usages précisément (le vous ou le tu qui nous sont donnés par surcroît). L’important est l’objectif – l’intention intérieure d’exprimer son estime au prochain – et non l’accessoire – les conventions –, en nous souvenant toujours des paroles de Notre Seigneur : « Vous Pharisiens, vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, mais au-dedans de vous tout est plein de rapine et d’iniquité ! Insensés ! Celui qui a fait le dehors n’a-t-il pas fait aussi le dedans ? » (Lc, 11, 39-41). La coutume ou l’attitude n’a de valeur que par l’esprit qui vivifie sa lettre : en l’occurrence le pronom personnel de la deuxième personne du singulier ou du pluriel, ce dernier étant justement nommé pluriel de politesse pour distinguer l’esprit voulu…
À quoi sert d’honorer (du bout) des lèvres si le cœur n’y est pas ? J’ai connu des enfants qui “voussoyaient” leurs parents (et vice versa) en leur manifestant une déférence bien moindre que le commun des héritiers tutoyant leurs “vieux”(comme dans la célèbre chanson de Daniel Guichard) ! Ce qui n’empêche pas de pointer avec raison la démagogie de la généralisation du tutoiement à l’école ou dans l’entreprise (1). Car si le vouvoiement implique généralement une distance “rituelle” cherchant à révéler légitimement le respect, le tutoiement devrait aussi pouvoir se mériter, se gagner, manifestant une proximité ou une familiarité plus grande mais réelle qui n’enlève rien à l’estime et au respect. Entre amis, compagnons de destin qui se choisissent, à l’instar des scouts précisément, ou de pèlerins d’une même route, de tous les montagnards qui ont franchi un 4000 mètres, etc. Ou entre membres d’une même famille…
« Je me souviens de ma surprise, poursuit Jean Raspail, quand je m’étais aperçu, à onze ans, qu’il me fallait tutoyer cet imposant personnage en culottes courtes qui devait bien avoir trente ans, et qui s’appelait le scoutmestre, et qu’à l’intérieur de la troupe tout le monde se tutoyait aussi avec une sorte de gravité. Mais il s’agissait là d’une coutume de caste, d’un signe de reconnaissance réservé aux seuls initiés, comme la poignée de main gauche, l’engagement sur l’honneur, et les scalps de patrouille, car le scoutisme avait alors le génie de l’originalité, une soif de singularité forcenée, dont nous n’étions pas peu fiers. On se distinguait nettement de la masse, on s’élevait par degrés à l’intérieur de cette nouvelle chevalerie, mais il fallait s’en montrer digne. »
Choisir : tout est là !
Si, dans l’espace anonyme d’une société civilisée, nous mériterions tous d’être vouvoyés en tant que membres de l’espèce humaine dans une égalité de dignité ontologique, quelque soit notre rang et notre valeur (aristocrate ou roturier, bourgeois ou clochard, patron ou employé, princesse ou prostituée, adulte ou enfant…), c’est la même visée d’une dignité morale qui, par élection (sur)naturelle, devrait faire que nous méritions d’être tutoyé et/ou de (nous) tutoyer dans telle ou telle communauté humaine ! Comme celle des routiers-scouts après leur départ. Par promotion ou élévation plus que par abaissement ou nivellement par le bas dans un irrespect généralisé. À la vérité vouvoiement et tutoiement ne s’opposent pas et sont plutôt complémentaires, comme le résume bien Jean Raspail avec l’exemple du scoutisme, pourvu qu’on sache en faire bon usage selon les circonstances, les us et coutumes, l’intention et le choix DU DEDANS.
« Depuis que je suis soumise à des épreuves, je tutoie Dieu et Marie. J’ai ainsi l’impression d’être plus près d’eux, ou plutôt qu’ils sont plus près de moi. Demander est plus facile, je remercie davantage, ou je me mets simplement en présence : “Tu es là et moi aussi” », confie pour sa part à Famille chrétienne Anne-Dauphine Julliand qui a perdu trois de ses enfants, deux en bas âge de la même maladie auto-immune et un troisième par suicide.
Si la Sainte Vierge vouvoie sainte Bernadette: « Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde, mais dans l’autre », Notre Seigneur tutoie sainte Angèle de Foligno : « Ce n’est pas pour rire que je t’ai aimé. » Et nos belles prières scoutes vouvoient ou tutoient Marie et Jésus indifféremment dans un respect ou une déférence bien sûr analogues. Si, dans le scoutisme, nous pouvons tutoyer aussi simplement et franchement nos aînés et nos chefs comme nos frères (et réciproquement) c’est qu’ils sont l’image de notre Chef et Frère Jésus Christ, qui s’est abaissé jusqu’à nous, par le mystère de son Incarnation et de sa Rédemption, pour nous faire fils adoptifs de son Père. À méditer en ce temps de Noël. Cette extraordinaire proximité (sur)naturelle n’empêche pas de vouvoyer l’Enfant Jésus, le Fils de Dieu, comme dans la prière scoute de saint Ignace de Loyola, mais elle permet aussi en d’autres occasions, comme Anne-Dauphine, de le tutoyer très respectueusement mais vraiment fraternellement, ainsi que sa sainte Mère :
« Tu dois aimer l’humble prière
Qui de ce camp s’en va monter,
Ô Toi qui n’avais sur la terre
Pas de maison pour t’abriter…
Merci pour l’amour qui nous groupe
Comme des frères, ô bon Jésus. »
« Lorsque par la souffrance
L’un de nous tombe meurtri
Sois toujours l’espérance
De l’enfant qui jette un cri… »
Hermine (Rémi Fontaine)
(1) Le grand patron de la prestigieuse Deutsche Bank, « réclame que ses employés, à tous les échelons, le tutoient, et vice versa », cela, alors qu’il est en train de procéder à un grand plan de suppressions d’emplois, constate par exemple Le Point (27/03/2024), qui titre : « En Allemagne, la bataille culturelle [sic] marquée par la fin du vouvoiement ». Et de rapporter cette anecdote révélatrice de la déliquescence des mœurs : dans un café chic de Berlin, la serveuse s’adresse à un vieux monsieur et lui demande « Tu prends quoi ? » Interloqué, il lui répond : un expresso, « s’il vous plaît mademoiselle ». La voisine de table, offusquée, reprend la jeune fille, lui dit qu’on ne s’adresse pas ainsi aux gens qu’on ne connaît pas, d’autant plus s’ils ont un certain âge. Réponse de l’intéressée : « Mais nous sommes égaux, non ? Ou est-ce que vous pensez que parce que je fais ce métier-là, vous êtes supérieure à moi ? »
02/01/2026
Dieu est immuable. « En Dieu, il n’y a aucune vicissitude, ni ombre de changement »[1]. Dieu ne change pas, ne progresse pas, n’évolue pas parce qu’il est parfait. Il est « Celui qui est ». Il se possède parfaitement, Il est l’Acte pur, Il est infini dans ses perfections. Il n’a rien à acquérir, Il ne peut rien perdre. Dieu est donc stable et nous contemplerons cette immobilité au Ciel avec émerveillement.
Pour parvenir à cette vision béatifique du Ciel, Notre-Seigneur est très clair : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait »[2]. Autrement dit, pour se sauver, il faut ressembler à Dieu dans ses perfections. Si donc Dieu est stable, nous devons travailler à cette stabilité dans notre vie spirituelle et temporelle.
D’abord parce que celle-ci est le fondement de toute vertu. En effet, la vertu est l’habitude du bien. Or, il ne peut y avoir d’habitude sans stabilité, sans régularité car celle-ci consiste précisément à accomplir les mêmes actions, les mêmes bonnes œuvres, régulièrement et avec persévérance. De même qu’un édifice sera d’autant plus solide que son fondement est profond et que son architecture est régulière dans sa conception, de même la répétition de nos bonnes actions façonne la beauté de notre âme.
La stabilité fait appel à la constance, fille de la vertu de force. Elle consiste à persévérer dans l’accomplissement du bien malgré les obstacles, sans découragement ni mollesse. La constance est la vertu des braves, celle des héros. C’est elle qui a écrit les plus belles pages de l’histoire de l’Église. C’est elle qui fait les martyrs, les confesseurs, les vierges, et tous les autres saints. C’est elle qui bâtit la chrétienté et qui nous sauve : « Par votre constance, vous sauverez vos âmes », dit Notre-Seigneur[3].
La stabilité est, de plus, nécessaire pour grandir, se perfectionner et atteindre la sainteté. Le bien accompli en effet en appelle un autre. Il fait entrer l’âme dans un cercle vertueux, dans un mouvement qui l’élève jusqu’à la perfection, telles des hélices dont le mouvement continu parvient à faire décoller un corps lourd.
La stabilité se traduit par une égalité d’humeur dans les joies comme dans les épreuves. Elle s’exprime par une grande paix et par une véritable sérénité, même dans les pires difficultés. « Vive la joie quand même ! », s’enthousiasmait ainsi saint Théophane Vénard, célèbre missionnaire du Tonkin. Il connut d’immenses difficultés dans son apostolat mais gardait toujours le sourire et la joie. Sainte Thérèse de l’Enfant- Jésus, en 1897, dans son testament spirituel, adresse ces mots à ses sœurs : « Pour souvenir d’adieu, je vous ai copié certains passages des dernières lettres que (Théophane) écrivit à ses parents ; ce sont mes pensées, mon âme ressemble à la sienne. » Quand on sait que sainte Thérèse est, selon les mots du pape saint Pie X, « la plus grande sainte des temps modernes », cela nous dit combien est fondamentale cette vertu aujourd’hui.
Comment alors acquérir cette stabilité ? La solution n’est pas facile car le monde encourage malheureusement l’instabilité. C’est par elle qu’il nous affaiblit, nous décourage, nous tient dans nos passions et finit par nous manipuler. Les réseaux sociaux, la facilité avec laquelle nous pouvons passer d’un site à un autre, d’une vidéo à une autre, d’une image à une autre dans des genres totalement différents, cultivent cette instabilité et sont un terrain propice à l’habitude du mal, c’est-à-dire au vice et au péché.
Que faire ? D’abord, il s’agit d’apprendre à se défier de soi et à mettre toute sa confiance en Dieu : « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruits » [4]. Alors nous goûterons une grande quiétude intérieure. Nous ne serons pas bousculés outre mesure par le monde extérieur car nous aurons fait de Dieu notre force. Il s’agit ensuite de se fixer des objectifs pratiques, concrets, raisonnables et qui nous demandent un certain effort régulier.
Profitons donc de ce début d’année pour prendre des résolutions à bras le corps :
Se faire un emploi du temps très clair, même dans les grandes lignes : la prière, l’heure du coucher, celle du lever, le travail, etc.
Se fixer une discipline fixe dans l’usage du numérique. Attention aux manipulations incessantes des contenus vidéo d’une niaiserie plus folle les unes que les autres !… Si ce n’est immoral…
Prendre un engagement en plus de notre devoir quotidien : une activité, une œuvre extérieure, des lectures, etc. Et s’y tenir !
Que saint Joseph vous bénisse !
Abbé Michel Poinsinet de Sivry
Un air de famille !
1 Saint Jacques I, 47
2 Saint Matthieu V,48
3 Saint Luc, XXI, 19
4 Saint Jean, XV, 5