Le blog du Temps de l'Immaculée.
13/12/2025
Un passé sous domination étrangère
L'article débute par un rappel historique essentiel : avant la colonisation française de 1830, la région qui deviendra l'Algérie a vécu sous une domination étrangère quasi continue pendant des siècles (romaine, arabe, puis ottomane). L'auteure souligne le paradoxe d'une mémoire sélective qui semble avoir effacé la participation active des régences barbaresques (Alger, Tunis, Tripoli) à un vaste système esclavagiste.
L'ampleur de la traite arabo-musulmane
Marie-Claude Mosimann-Barbier remet en perspective la chronologie de l'esclavage. Bien avant la traite atlantique, la traite transsaharienne drainait des millions d'Africains vers le Maghreb et le Moyen-Orient dès le VIIe siècle.
Les chiffres : L'auteure cite les estimations des spécialistes (comme Olivier Grenouilleau) évaluant à près de 18 millions le nombre de victimes africaines de la traite arabo-musulmane, contre 11 à 12 millions pour la traite atlantique.
Le sort des captifs : Les hommes étaient souvent castrés ou envoyés aux galères, les femmes destinées aux harems, avec une mortalité effrayante.
La « traite des Blancs » : razzias et piraterie
L'article met surtout l'accent sur un volet méconnu : l'esclavage des chrétiens européens. Sous la suzeraineté ottomane, Alger et les ports barbaresques deviennent les plaques tournantes d'une industrie de la capture.
Un phénomène massif : L'historien Robert C. Davis estime qu'entre le XVIe et le XVIIIe siècle, environ un million d'Européens de l'Ouest et près de trois millions d'Européens de l'Est ont été réduits en esclavage.
Modes opératoires : Les pirates barbaresques ne se contentaient pas d'attaquer les navires (« la course ») ; ils menaient de véritables razzias sur les côtes d'Espagne, d'Italie, et de Provence, vidant parfois des villages entiers de leurs habitants.
La réponse de la Chrétienté : payer ou combattre
Face à ces exactions et aux conditions de détention terribles (tortures, empalements, travaux forcés), l'Europe s'organise. Dès le Moyen-Âge, des ordres religieux « rédempteurs » voient le jour, tels que les Trinitaires (fondés en 1198) et les Mercédaires (1218). Ces religieux collectaient des fonds pour payer les rançons ou s'offraient eux-mêmes en otage pour libérer les captifs, parmi lesquels figurait le célèbre Cervantès.
L'article rappelle enfin que ce sont les interventions militaires occidentales (bombardements de Louis XIV, guerres menées par les États-Unis au début du XIXe siècle) et finalement la prise d'Alger par la France en 1830 qui mirent un terme définitif à cette traite.
Cet article du Figaro Histoire offre un contrepoint saisissant aux discours unilatéraux sur la colonisation. En documentant la réalité brutale de l'esclavage en Barbarie, Marie-Claude Mosimann-Barbier ne cherche pas à excuser les fautes de la colonisation ultérieure, mais à rappeler que l'histoire méditerranéenne est faite de blessures partagées. Elle souligne que la mémoire de l'esclavage ne doit pas être sélective : les souffrances des millions de captifs, qu'ils soient Africains subsahariens ou Européens, razziés et asservis au Maghreb, méritent elles aussi de figurer dans nos livres d'histoire.
Marie-Claude Mosimann-Barbier est maître de conférences honoraire de l’École normale supérieure de Paris-Saclay, membre du GRER (groupe de recherche sur le racisme et l’eugénisme) de l’université Paris-Cité.
13/12/2025
Lors de sa visite à la Mosquée Bleue d’Istanbul, Léon XIV s’est arrêté pour admirer en silence les décorations typiques de la coupole de la mosquée, mais lorsque le muezzin, Asgin Tunca, l’a invité à prier, il a gentiment décliné l’invitation. La presse internationale a souligné l’épisode non tant pour le geste en lui-même, mais parce qu’il a semblé marquer une rupture par rapport à l’attitude de Benoît XVI et, surtout, du pape François, mettant à mal l’image diffusée par les médias progressistes, mais aussi par certains blogs conservateurs et traditionalistes, selon laquelle le pontificat du pape Léon serait une réédition du précédent, fût-ce dans une version plus « douce ».
Benoît XVI avait visité la mosquée d’Istanbul le 30 novembre 2006 et, après avoir fermé les yeux, s’était arrêté pour prier. Pourtant, moins de deux mois auparavant, le 12 septembre, le pape Benoît avait prononcé à l’université de Ratisbonne un célèbre discours dans lequel, citant les paroles de l’empereur byzantin Manuel II, il avait affirmé que Mahomet avait introduit « des choses mauvaises et inhumaines » et qu’il n’est pas admissible d’imposer violemment une croyance religieuse. Une tempête de polémiques avait suivi ces paroles, transformant Benoît XVI en « ennemi » de l’Islam.
Le pape François pria dans la Mosquée Bleue le 29 novembre 2014, aux côtés du Grand Mufti, sans que ce geste ne suscitât de scandale particulier ; mais si le jugement de Benoît XVI sur l’islam avait été exprimé dans le discours de Ratisbonne, la clé de lecture du rapport entre François et la religion musulmane fut la déclaration œcuménique controversée d’Abou Dhabi, signée par le Pape avec le Grand Imam de la mosquée Al-Azhar le 4 février 2019.
Le cœur du voyage en Turquie de Léon XIV n’a toutefois pas été l’arrêt à Istanbul, mais la célébration du 1700ᵉ anniversaire du Concile de Nicée, aujourd’hui Iznik, où le Pontife a rencontré les chefs des Églises orthodoxes, avec trois grands absents : le patriarche de Moscou Kirill et ceux d’Antioche et de Jérusalem, tous deux liés à la Russie de Poutine. En Turquie, Léon XIV a réaffirmé une vérité commune à tous les chrétiens : Jésus-Christ, seconde Personne de la Très Sainte Trinité, est le Fils de Dieu, vrai Dieu lui-même. Le 28 novembre, le pape déclara :
« Nicée affirme la divinité de Jésus et son égalité avec le Père. En Jésus, nous trouvons le vrai visage de Dieu et sa parole définitive sur l’humanité et sur l’histoire. Cette vérité met constamment en crise nos représentations de Dieu lorsqu’elles ne correspondent pas à ce que Jésus nous a révélé, et elle nous invite à un discernement critique continu sur les formes de notre foi, de notre prière, de la vie pastorale et, en général, de notre spiritualité. (…) Le Symbole de la foi, professé de manière unanime et commune, devient ainsi critère de discernement, boussole d’orientation, pivot autour duquel doivent tourner notre croire et notre agir. »
Qu’il ait proclamé cette vérité en terre d’Islam n’est pas sans signification. La religion catholique fondée par Jésus-Christ a son cœur dans deux mystères : la Très Sainte Trinité et l’Incarnation. La divinité du Christ est niée par la religion musulmane, qui le considère comme un simple prophète, précurseur de Mahomet. Dans sa lettre de 1461 au sultan Mehmed le Conquérant, pour le convertir à la foi catholique, le pape Pie II l’affirmait avec force :
« Il existe de nombreuses différences entre la conception de Dieu des Chrétiens et celle des Sarrasins ou des Turcs. Vous considérez Dieu comme corporel, nous le disons incorporel. Vous attribuez au hasard les événements terrestres et pensez que Dieu ne s’en soucie pas ; nous n’avons aucun doute : celui qui a créé le Tout le gouverne. Vous niez la paternité divine, nous reconnaissons le Père et le Fils. Vous niez la divinité de l’Esprit, nous l’affirmons et la vénérons. »
Les conséquences de ces différences théologiques sont immenses. Ignorer Jésus-Christ, seconde Personne de la Très Sainte Trinité et Verbe Incarné, signifie ignorer l’unique Sauveur et Rédempteur du genre humain. Dans la Lettre apostolique In unitate fidei du 23 novembre, le Pape avait déclaré :
« Le Credo de Nicée ne formule pas une théorie philosophique. Il professe la foi dans le Dieu qui nous a rachetés à travers Jésus-Christ. Il s’agit du Dieu vivant : il veut que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance (cf. Jn 10, 10). C’est pourquoi le Credo poursuit avec les mots de la profession baptismale : le Fils de Dieu qui “pour nous les hommes et pour notre salut descendit et s’est incarné et s’est fait homme, mourut, et le troisième jour ressuscita, monta au ciel et viendra pour juger les vivants et les morts”. Cela montre clairement que les affirmations de foi christologiques du Concile s’inscrivent dans l’histoire du salut entre Dieu et ses créatures. »
Léon XIV a donc dénoncé le « néo-arianisme » moderne, diffusé également au sein du monde catholique.
« Mais il y a aussi un autre défi, que je définirais comme un “arianisme de retour”, présent dans la culture actuelle et parfois chez les croyants eux-mêmes : lorsque l’on regarde Jésus avec admiration humaine, peut-être même avec un esprit religieux, mais sans le considérer réellement comme le Dieu vivant et vrai présent au milieu de nous. Sa divinité, son être Seigneur de l’histoire, se trouve en quelque sorte obscurci, et l’on se limite à le considérer comme un grand personnage historique, un maître sage, un prophète qui a lutté pour la justice, mais rien de plus. Nicée nous le rappelle : le Christ Jésus n’est pas un personnage du passé, il est le Fils de Dieu présent parmi nous, qui guide l’histoire vers l’avenir que Dieu nous a promis. »
Certains ont critiqué Léon XIV pour avoir omis le « Filioque » en récitant le Credo avec les patriarches orthodoxes lors de la célébration interreligieuse du 1700ᵉ anniversaire du Concile de Nicée. Le « Filioque », c’est-à-dire la confession selon laquelle l’Esprit « procède du Père et du Fils », est un dogme catholique défini par le Concile de Florence en 1439. L’affirmation du Filioque manquait toutefois au Symbole de Nicée, confessé à Constantinople en 381. L’usage de cette formule dans le Credo est entré progressivement dans la liturgie latine (entre les VIIIᵉ et XIᵉ siècles).
Tant Jean-Paul II, dans les années 1990, que Benoît XVI, à plusieurs reprises, notamment lors de voyages dans des pays orthodoxes, ont récité le Credo dans sa forme nicéenne, sans que cela puisse être interprété comme une défection de la foi catholique. L’omission de ces mots, accomplie non pour nier le dogme, mais pour favoriser dans une circonstance précise le rapprochement avec les orthodoxes, ne doit pas scandaliser. Le véritable point de divergence avec les orthodoxes est d’ailleurs un autre dogme : celui de la primauté de Pierre, aujourd’hui malheureusement mis en discussion même au sein du monde catholique.
Pour comprendre le pontificat de Léon XIV, aussi dans sa discontinuité avec le précédent, il semble donc plus sage de déplacer l’attention vers de petits gestes, mais significatifs, tels que, comme l’a noté Robert Royal, la résistance du pape Léon à la Mosquée Bleue.
Le soir du 9 décembre, en rentrant au Vatican après une journée passée à Castel Gandolfo, le Pape s’est entretenu avec les journalistes devant la villa Barberini. Le vaticaniste de La Repubblica, Jacopo Scaramuzzi, lui a demandé pourquoi il n’avait pas prié dans la mosquée lors de son récent voyage en Turquie. Le Pape, comme surpris de devoir expliquer pourquoi un Pontife ne prie pas dans une mosquée, a répondu : « Je préfère prier dans une église catholique en présence du Saint-Sacrement. »
Ainsi doit parler un pape, et en se rappelant l’image de Léon XIV tenant le Saint-Sacrement entre ses mains, le 22 juin dernier, de Saint-Jean-de-Latran à Sainte-Marie-Majeure pour la procession de la Fête-Dieu, on pourrait ajouter : « Ainsi doit agir un pape. »
Roberto de Mattei | Historien
12/12/2025
Un constat accablant : des méthodes « disproportionnées » L'article de Cyriac Zeller relaie des témoignages qui font froid dans le dos. Loin de la simple vérification administrative, le rapport décrit de véritables « coups de force ». Des inspecteurs arrivant par escouades de dix à seize personnes, interrompant les cours sans préavis, ou circulant sans accompagnement dans les locaux.
Plus inquiétant encore, les méthodes d'investigation semblent franchir la ligne rouge de la légalité et du respect de la vie privée. Le rapport mentionne des fouilles de cartables et, fait stupéfiant, la photographie de « carnets d’intériorité » appartenant aux élèves. Les enseignants ne sont pas épargnés : certains subissent des interrogatoires quasi policiers devant leurs propres élèves, fragilisant ainsi leur autorité et le climat de confiance nécessaire à l'enseignement.
Le « caractère propre » dans le viseur Au-delà de la forme, c'est le fond des inspections qui inquiète. L'article souligne une attaque ciblée contre l'identité chrétienne des établissements. Les questions posées aux équipes éducatives relèvent de l'intime et de la liberté de conscience : « Allez-vous aux offices religieux ? », « Vos élèves ont-ils une vision genrée de la société ? ».
Des pressions sont exercées pour « lisser » les projets d'établissement, rendre l'enseignement de culture chrétienne facultatif ou exiger le retrait de signes religieux, en contradiction totale avec le statut de l'école catholique. Comme le note l'article, ces dérives touchent toutes les académies, de Versailles à Toulon.
Vers une crise de confiance ? Guillaume Prévost, secrétaire général de l’Enseignement catholique, rappelle qu'il ne s'agit pas de refuser le contrôle — jugé indispensable — mais d'exiger « prudence et discernement ». Face à cette situation qualifiée de « délétère », le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a promis des consignes fermes et une clarification rapide.
Pour conclure, Famille Chrétienne met en lumière une fracture grandissante entre l'administration et l'enseignement libre. Si l'État est dans son rôle de contrôleur, les dérives rapportées s'apparentent à une tentative de normalisation idéologique. La réponse du ministère dans les jours à venir sera décisive pour savoir si le contrat de confiance peut être restauré ou si l'on s'achemine vers une guerre scolaire.
12/12/2025
Le pape sortait du Palais Barberini à Castel Gandolfo mardi soir lorsque, assailli par des journalistes, il s’est prêté de bonne grâce à un échange de cinq minutes où il se montrait, comme à son habitude, amène, souriant et prudent, s’exprimant en plusieurs langues et veillant à ne pas tenir des propos trop pointus.
C’est un journaliste italien qui lui a rappelé le fait : « A la mosquée Sultanahmet, vous n’avez pas prié, du moins visiblement… » Aussitôt, Léon XIV l’interrompt : « Mais qui a dit que je n’avais pas prié ? Ils ont dit que je n’avais pas prié, mais j’ai déjà répondu dans l’avion, j’ai mentionné un livre [La pratique de la présence de Dieu de Frère Laurent], il se peut que je sois en train de prier en ce moment même, vous comprenez ? »
Léon XIV rappelle qu’on peut « prier sans cesse »
Le chrétien qui aime Dieu de tout son cœur et de toute son âme prie en effet « sans cesse » comme l’y exhorte saint Paul, et dans chaque circonstance de la vie, des plus banales aux plus sublimes. Telle est justement la leçon du carme français, frère Laurent de la Résurrection : « Le temps de l’action n’est point différent de celui de l’oraison ; je possède Dieu aussi tranquillement dans le tracas de ma cuisine, où quelquefois plusieurs personnes me demandent en même temps des choses différentes, que si j’étais à genoux devant le Saint-Sacrement… »
L’exemple des saints est là : on prie là où on est, dans l’arène face aux bêtes sauvages comme dans le monastère, en vaquant à ses occupations quotidiennes comme dans le camp de concentration, recueilli dans la ville ou en adoration devant le Saint-Sacrement. Dieu ne nous lâche jamais, ce n’est jamais lui qui rompt le contact.
Mais prier visiblement, quoiqu’en silence à la mosquée – comme l’avaient fait avant lui Jean-Paul II, à la mosquée des Omeyyades à Damas en 2001, Benoît XVI à la Mosquée Bleue en 2006, le pape François dans le même lieu en 2014 puis à la mosquée Istiqlal de Djakarta en 2024 – le pape régnant ne l’a pas fait. Il a courtoisement, mais expressément refusé de le faire. Si son voyage était bien préparé, s’il a été averti des gestes posés par ses prédécesseurs immédiats (et comment ne pas croire que ce fut le cas ?), son attitude est d’autant plus remarquable, et sans doute préparée d’avance. Elle marque une rupture – ou bien plutôt, un retour à une normalité : bien que l’on puisse s’adresser au vrai Dieu en prière où que l’on soit, le faire dans un temple d’une religion qui ne connaît pas le vrai Dieu et le rejette expressément comme le fait l’islam est en soi un désordre, source de confusion.
La mosquée, « la maison d’Allah »
Le muezzin qui invita le pape Léon à prier à l’intérieur de la mosquée lui avait d’abord dit : « Ce n’est pas ma maison, ni la vôtre, c’est la maison d’Allah » – manière de dire que Dieu transcende la diversité des religions et d’inviter à un syncrétisme explicite (encore que dans l’esprit du musulman, Allah soit parfaitement identifié comme le dieu de l’islam). Mais Léon XIV a répondu, gentiment mais fermement, « It’s okay ». « Ça va… »
Après quelques instants de réflexion, Léon XIV a explicité sa réponse au journaliste à Castel Gandolfo : « Je préfère prier dans une église catholique en présence du Très Saint Sacrement. »
Oui, on peut prier partout, mais en la Présence réelle de Notre Seigneur, devant le Saint-Sacrement – et quoi qu’il en soit de la possession de Dieu – cette Présence dépasse tout. C’est devant le tabernacle, dans un sanctuaire catholique, que Léon XIV conçoit sa prière au plus haut. Il l’a dit au débotté, l’expérience de sa vie débordant de son cœur. C’est la prière d’adoration face à face avec Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, celui qu’au demeurant l’islam rejette en même temps qu’il proscrit la religion des « associateurs », les chrétiens…
Il est remarquable que Léon XIV n’ait pas poursuivi sa visite de la ville en se rendant à la toute proche Sainte-Sophie, haut lieu du christianisme byzantin. Mais après avoir été prise aux chrétiens et aussitôt transformée en mosquée, puis rendue « à l’humanité » comme musée sous Atatürk, elle a été retransformée en mosquée en 2020. Il est vrai que le pape François avait dit à cette occasion : « Je pense à Sainte-Sophie et je ressens une grande douleur. »
Prier devant le Saint-Sacrement, c’est aussi affirmer sa foi
La clarification de Léon XIV sur la prière aura été inattendue, sans ambiguïté, et montre le pape sous son meilleur jour : parlant du Christ dans son adorable vérité.
Léon XIV, pour finir, a dit : « Mais on a fait si grand cas de ce moment, cela me semble, disons, curieux. »
Mais non, Saint-Père, ce fut un très grand moment et une joie profonde, augmentée par le fait de le voir désormais si tranquillement expliqué.
11/12/2025
L'éditorial de Philippe Marie se construit autour d'une distinction sémantique et historique cruciale : celle entre la laïcité originelle et le laïcisme contemporain. La loi de séparation des Églises et de l’État de 1905, rappelle l'auteur, visait la pacification et garantissait la « liberté de conscience » et le « libre exercice des cultes », instaurant une neutralité de l'État, non de la société.
Or, selon Tribune Chrétienne, une interprétation « rigide et radicale » brouille aujourd’hui cette frontière, instaurant un laïcisme qui se manifeste par une méfiance envers toute expression religieuse visible, en particulier chrétienne. L’article insiste sur l'« armature culturelle » chrétienne de la France, visible dans son paysage (cathédrales, églises), son calendrier et ses coutumes. Faire semblant d’ignorer cet héritage au nom d'une pseudo-laïcité reviendrait, pour l'auteur, à « trahir la mémoire nationale et appauvrir ce que nous sommes collectivement ».
L’auteur met en lumière deux formes de cette dérive. La première est la contestation des signes visibles (interdiction de crèches de Noël, retrait de croix). La seconde, plus « subtile, presque imperceptible », est la « sémantique du remplacement ». L’éditorial cite le glissement de « Joyeux Noël » à « Joyeuses fêtes » ou la transformation de la Chandeleur en simple « fête des crêpes ». Ce « glissement linguistique » aurait pour effet de gommer, par le langage, l’identité spirituelle d’une civilisation.
La conséquence la plus grave de ce laïcisme, conclut Philippe Marie dans son développement, est l’« amnésie » collective, un « oubli de soi » qui menace la transmission. Une civilisation qui perd sa mémoire ne sait plus où elle va.
En définitive, l’éditorial ne pose pas un « combat identitaire », mais défend la liberté religieuse comme une liberté fondamentale qui ne doit pas être traitée comme une menace. En rejoignant l'inquiétude exprimée par Monseigneur Aveline, Tribune Chrétienne appelle à un retour à l'équilibre de 1905. Loin d'être un recul, retrouver cet esprit – qui garantissait la liberté sans la restreindre – permettrait de restaurer un climat de confiance et de respect mutuel, évitant d’ajouter la méfiance à la crispation identitaire actuelle.
Nos chers Pères évêques seraient-ils en train de se réveiller ?
François Charbonnier
11/12/2025
Les responsables américains ont pris l’habitude d’envisager les problèmes européens sous l’angle de l’insuffisance des dépenses militaires et de la stagnation économique. Cela est vrai, mais les véritables problèmes de l’Europe sont encore plus profonds.
L’Europe continentale a perdu des parts du PIB mondial, passant de 25% en 1990 à 14% aujourd’hui, en partie à cause des réglementations nationales et transnationales qui sapent la créativité et l’esprit d’initiative.
Mais ce déclin économique est éclipsé par la perspective réelle et plus sombre d’un effacement civilisationnel. Parmi les problèmes les plus importants auxquels l’Europe est confrontée, citons les activités de l’Union européenne et d’autres organismes transnationaux qui sapent la liberté politique et la souveraineté, les politiques migratoires qui transforment le continent et créent des conflits, la censure de la liberté d’expression et la répression de l’opposition politique, l’effondrement des taux de natalité et la perte des identités nationales et de la confiance en soi.
Si les tendances actuelles se poursuivent, le continent sera méconnaissable d’ici 20 ans ou moins. Dans ces conditions, il est loin d’être évident que certains pays européens disposeront d’une économie et d’une armée suffisamment solides pour rester des alliés fiables. Bon nombre de ces nations redoublent actuellement d’efforts dans la voie qu’elles ont empruntée. Nous voulons que l’Europe reste européenne, qu’elle retrouve sa confiance en sa civilisation et qu’elle abandonne sa stratégie infructueuse de suffocation réglementaire.
Ce manque de confiance en soi est particulièrement évident dans les relations entre l’Europe et la Russie. Les alliés européens jouissent d’un avantage significatif en matière de puissance militaire sur la Russie dans presque tous les domaines, à l’exception des armes nucléaires. À la suite de la guerre menée par la Russie en Ukraine, les relations entre l’Europe et la Russie sont désormais profondément affaiblies, et de nombreux Européens considèrent la Russie comme une menace existentielle. La gestion des relations entre l’Europe et la Russie nécessitera un engagement diplomatique important de la part des États-Unis, à la fois pour rétablir les conditions d’une stabilité stratégique sur le continent eurasien et pour atténuer le risque de conflit entre la Russie et les États européens.
Il est dans l’intérêt fondamental des États-Unis de négocier une cessation rapide des hostilités en Ukraine, afin de stabiliser les économies européennes, d’empêcher une escalade ou une extension involontaire de la guerre, de rétablir la stabilité stratégique avec la Russie et de permettre la reconstruction de l’Ukraine après les hostilités afin qu’elle puisse survivre en tant qu’État viable.
La guerre en Ukraine a eu pour effet pervers d’accroître la dépendance extérieure de l’Europe, en particulier de l’Allemagne. Aujourd’hui, les entreprises chimiques allemandes construisent certaines des plus grandes usines de transformation au monde en Chine, en utilisant du gaz russe qu’elles ne peuvent pas obtenir chez elles. L’administration Trump se trouve en désaccord avec les responsables européens qui ont des attentes irréalistes concernant la guerre, juchés dans des gouvernements minoritaires instables, dont beaucoup bafouent les principes fondamentaux de la démocratie pour réprimer l’opposition. Une large majorité des Européens souhaite la paix, mais ce désir ne se traduit pas en politique, en grande partie à cause de la subversion des processus démocratiques par ces gouvernements. Cela revêt une importance stratégique pour les États-Unis, précisément parce que les États européens ne peuvent se réformer s’ils sont enlisés dans une crise politique.
Pourtant, l’Europe reste stratégiquement et culturellement vitale pour les États-Unis. Le commerce transatlantique reste l’un des piliers de l’économie mondiale et de la prospérité américaine. Les secteurs européens, de l’industrie manufacturière à la technologie en passant par l’énergie, restent parmi les plus solides au monde. L’Europe abrite des institutions culturelles de premier plan et mène des recherches scientifiques de pointe. Non seulement nous ne pouvons pas nous permettre de faire une croix sur l’Europe, mais cela irait à l’encontre des objectifs de cette stratégie.
La diplomatie américaine doit continuer à défendre la démocratie authentique, la liberté d’expression et la célébration sans complexe du caractère et de l’histoire propres à chaque nation européenne. Les États-Unis encouragent leurs alliés politiques en Europe à promouvoir ce renouveau spirituel, et l’influence croissante des partis patriotiques européens est en effet source d’un grand optimisme.
Notre objectif doit être d’aider l’Europe à corriger sa trajectoire actuelle. Nous aurons besoin d’une Europe forte pour nous aider à être compétitifs et pour travailler de concert avec nous afin d’empêcher tout adversaire de dominer l’Europe.
Les États-Unis sont, naturellement, attachés sentimentalement au continent européen et, bien sûr, à la Grande-Bretagne et à l’Irlande. Le caractère de ces pays est également important sur le plan stratégique, car nous comptons sur des alliés créatifs, compétents, confiants et démocratiques pour établir des conditions de stabilité et de sécurité. Nous voulons travailler avec des pays alignés qui souhaitent retrouver leur grandeur d’antan.
À long terme, il est plus que plausible que d’ici quelques décennies au plus tard, certains membres de l’OTAN deviennent majoritairement non européens. À ce titre, la question reste ouverte de savoir s’ils considéreront leur place dans le monde, ou leur alliance avec les États-Unis, de la même manière que ceux qui ont signé la charte de l’OTAN.
Notre politique générale pour l’Europe doit donner la priorité aux éléments suivants :
Rétablir les conditions de stabilité en Europe et la stabilité stratégique avec la Russie ;
Permettre à l’Europe de voler de ses propres ailes et de fonctionner comme un groupe de nations souveraines alignées, notamment en assumant la responsabilité principale de sa propre défense, sans être dominée par une puissance adverse ;
Cultiver la résistance à la trajectoire actuelle de l’Europe au sein des nations européennes ;
Ouvrir les marchés européens aux biens et services américains et garantir un traitement équitable aux travailleurs et aux entreprises américains ;
Renforcer les nations prospères d’Europe centrale, orientale et méridionale grâce à des liens commerciaux, à la vente d’armes, à la collaboration politique et aux échanges culturels et éducatifs ;
Mettre fin à la perception, et empêcher la réalité, d’une OTAN comme une alliance en expansion perpétuelle ; et
Encourager l’Europe à prendre des mesures pour lutter contre la surcapacité mercantiliste, le vol de technologies, le cyberespionnage et d’autres pratiques économiques hostiles.
10/12/2025
Ce sol qui nous a vu naître et grandir nous concerne dans la mesure où il représente un cadre, une atmosphère, un climat même, qui ne font pas seulement que nous entourer, mais qui, bien plus encore, nous façonnent et nous élèvent. Alors qu’il est commun d’évoquer les traces que laissent nos pas sur le sol où nous marchons, en vérité c’est l’inverse qui se réalise.
La terre où nous vivons nous impressionne. Notre identité est consubstantielle à notre destinée. Ulysse rêve de son Ithaque et de sa Pénélope tandis que du Bellay préfère son Loir gaulois au Tibre latin.
Les ordres créés par Dieu
Bien sûr, à l’école de l’apôtre Paul, nous nous souvenons que devant Dieu, « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme » (Ga 3, 28) et que, de ce fait, l’humanité est appelée à ne former qu’une seule personne dans le Christ Jésus. Mais il serait tout à fait spécieux de tirer de cette sentence ce qu’elle ne dit pas.
L’égalité des baptisés devant la grâce de Dieu et le point commun de leur vocation au Ciel ne viennent pas nier les ordres créés par Dieu et voulus par lui : la famille qui nous a accueilli à notre commencement, la province (quel mot charmant !) dans laquelle nous avons été élevé, la langue que nous avons apprise, l’autorité politique à laquelle on se trouve assujetti.
Saint Thomas d’Aquin expliquera que l’ordre de la charité s’articule justement selon la chair et la patrie. La vertu de piété filiale, si oubliée aujourd’hui – quand elle n’est pas moquée ! –, en est une douce déclinaison.
Cette identité originelle, qui participe grandement à nous accomplir, possède une telle importance qu’elle contribue, de façon le plus souvent déterminante, à nous distinguer. Que savons-nous, dans l’épisode du portement de la Croix, du fameux Simon, sinon qu’il vient de Cyrène ?
Dans l’histoire de France, l’homme d’arme Pierre Terrail est davantage connu sous son nom de chevalier Bayard, qui n’est autre que le nom du lieu, près de Grenoble, dont il était le noble seigneur.
Dans la littérature, Cyrano est gascon par sa verve et sa truculence, mais surtout parce que son nom nous indique qu’il est originaire de Bergerac.
Notre bergère nationale est communément appelée Jeanne la Lorraine, Jeanne de Domrémy, Jeanne d’Arc, de par le nom de son père, ou pucelle d’Orléans en lien avec la ville qui fit son épopée.
Toujours un sol, une région, un bourg, une ascendance ou une histoire incarnée. Redisons-le sans nous lasser, l’identité n’est pas un gros mot, pas plus que l’amour de son origine ne serait le point de départ de toutes les guerres.
Une identité propre
Tout cela n’aurait cependant pas grand intérêt à être répété si ce n’était pour rappeler l’importance protectrice de l’identité qui nous est propre. Repère, ancrage, boussole : l’identité guide et protège notre passage sur la Terre.
«Il n’y a pas pire aliénation que de faire l’expérience de ne pas avoir de racines », expliquait le pape François dans son encyclique Fratelli Tutti, et d’ajouter qu’il y aurait grave danger à « ignorer l’importance décisive que revêt une culture marquée par la Foi, parce que cette culture évangélisée, au-delà de ses limites, a beaucoup plus de ressources qu’un simple groupe de croyants devant les attaques du sécularisme ».
Dans l’une de ses pages, Sylvain Tesson se met sur le banc de l’université des arbres :
« Les arbres nous enseignent une forme de pudeur et de savoir-vivre. Ils poussent vers la lumière en prenant soin de s’éviter, de ne pas se toucher, et leurs frondaisons se découpent dans le ciel sans jamais pénétrer dans la frondaison voisine. Les arbres, en somme, sont très bien élevés, ils tiennent leurs distances.
Ils sont généreux aussi. La forêt est un organisme total, composé de milliers d’individus. Chacun est appelé à naître, à vivre, à mourir, à se décomposer – à assurer aux générations suivantes un terreau de croissance supérieur à celui sur lequel il avait poussé. Chaque arbre reçoit et transmet. Entre les deux, il se maintient. La forêt ressemble à ce que devrait être une culture. »
Prendre le temps de boire aux sources de l’identité chrétienne, c’est s’offrir un bain de régénération. Méditer son arbre généalogique ou contempler l’Arbre de vie ne sera jamais du temps perdu. On croit voir un arbre, mais c’est en réalité du bois que l’on touche. Et par là, une chance que l’on donne à sa vie.
10/12/2025
Désireux d’en finir avec le Concordat de 1801, les gouvernements anticléricaux de la IIIe République mettent progressivement en place toute une série de lois visant à limiter l’influence de la religion catholique au sein de la société française.
Une de ces mesures anticléricales est la loi de séparation des Églises et de l’État, votée le 5 décembre 1905. L’article 3 de cette loi prévoit que l’administration des Domaines doit procéder à un inventaire « descriptif et estimatif » des biens ecclésiastiques immobiliers et mobiliers, avant leur dévolution aux associations cultuelles prévues par la loi mais non encore créées. La complexité juridique et administrative des nombreuses questions soulevées par la loi de Séparation provoque chez les catholiques une angoissante incertitude. Déjà en 1902, les biens des congrégations religieuses expulsées avaient été confisqués. D’autre part, beaucoup ont encore en mémoire la confiscation de 1789 qui dépouilla l’Église et transforma tous les biens ecclésiastiques en biens nationaux.
Ouverture des tabernacles
Les modalités d’application des inventaires sont définies par un décret du 29 décembre et une circulaire du 2 janvier. Cette dernière demande aux agents des Domaines de faire ouvrir les tabernacles afin d’en inventorier l’intérieur. Cette directive choque profondément les fidèles qui n’en comprennent pas l’intérêt et qui voient en elle une volonté de profanation, ou du moins un risque de sacrilège. L’anticléricalisme ambiant est si prégnant que les inventaires apparaissent pour beaucoup comme le prélude à une spoliation qui induirait la fermeture des lieux de culte.
Les inventaires débutent le 23 janvier. S’ils se déroulent le plus souvent dans le calme, l’atmosphère tendue et houleuse est cependant palpable. Les curés lisent des protestations et refusent la plupart du temps d’ouvrir d’eux-mêmes les églises, ce qui oblige les représentants de l’État à faire forcer les portes. Dans les régions de grande chrétienté, les paroissiens manifestent leur désaccord, de façon plus ou moins virulente, voire violente. Dans les Pyrénées, des ours sont enchaînés aux portes des églises afin de dissuader les autorités d’y entrer. Dans un village de la Mayenne, une quarantaine d’hommes et de femmes passent la nuit dans l’église. Au matin, les esprits probablement quelque peu échauffés par la nuit blanche, ils vident leur pot de chambre sur les représentants de l’État.
Le plus souvent, on obstrue les ouvertures de l’église avec des chaises, fagots de bois, charrettes, et la population se masse devant la porte du bâtiment afin d’entraver l’inventaire et d’intimider les fonctionnaires. Ces manifestations spontanées peuvent être bien plus violentes, et il n’est pas rare que les agents de l’État soient accueillis par une population armée de fourches et de fusils. Des bagarres rangées ont lieu début février devant plusieurs paroisses parisiennes. À Saint-Pierre-du-Gros-Caillou, le préfet Lépine fait arroser les manifestants avec une lance à incendie et fait ouvrir une porte latérale de l’église à coups de hache.
Quand des officiers se rebellent
Devant la violence de ces oppositions, les préfets font appel à l’armée pour contenir les manifestants, protéger les fonctionnaires, et, au besoin, forcer les portes des églises. Les effectifs mobilisés sont parfois très importants : mille soldats sont ainsi réquisitionnés pour sécuriser les abords des églises de Roubaix. Nombreux sont les militaires qui vivent mal cette implication forcée dans des opérations de police pour lesquelles ils ne sont pas formés et qui ne correspondent pas à l’idéal qui les a fait s’engager dans l’armée. La situation est encore plus dramatique pour les catholiques qui se trouvent confrontés à un vrai cas de conscience. Comme l’écrit Raoul Girardet : « Que l’on imagine les doutes, les scrupules, les déchirements d’un officier sincèrement croyant, contraint de participer à ce qu’il considère comme un véritable sacrilège, écartelé entre les exigences de sa fidélité religieuse et les principes de l’obéissance passive, où se résume pour lui l’essentiel de l’honneur militaire. »
Le point de bascule, pour les officiers, correspond au moment où ils doivent ordonner à leurs soldats de fracturer la porte de l’église. En effet, cet ordre proféré est ce qu’on appelle une coopération matérielle directe au mal. Certes, ces officiers agissent sous la contrainte, car ils sont tenus par leur devoir d’obéissance. Cependant leur participation se fait en pleine connaissance de cause et, en donnant à leurs soldats l’ordre de fracturer la porte de l’église, ils sont un maillon essentiel à l’exécution d’un acte qu’ils considèrent comme mauvais. De plus, ils forcent peut-être la conscience de leurs soldats.
Environ vingt officiers confrontés à cette situation particulière se rebellent. Certains, comme le lieutenant Multier à Versailles, démissionnent après avoir accompli leur tâche, refusant désormais de servir un État qui a forcé leur conscience. D’autres préviennent à l’avance leur supérieur qu’ils refuseront d’assurer l’intégralité de la mission si celle-ci comporte des actes que leur conscience réprouve. En Lorraine, le lieutenant de Rose refuse de participer à l’effraction, proclamant : « Je suis ici pour maintenir l’ordre, non pas pour forcer la porte de la maison de Dieu. Je ne suis soldat que pour me faire tuer pour mon pays. » Devant l’église Saint-Servan, près de Saint-Malo, trois officiers refusent, l’un après l’autre, de prononcer l’ordre fatidique. Dans le nord de la France, le capitaine Magniez refuse même de prêter les outils de ses soldats.
Devant le Conseil de guerre
Comme le montre leur dossier militaire, ces officiers ne sont pas des têtes brûlées, irresponsables et insoumis. Au contraire, ce sont d’excellents éléments, promis à une belle carrière. Cependant, ils passent tous en jugement devant un Conseil de guerre et sont, soit destitués, soit mis en non-activité temporaire. Lors de son procès, Magniez réaffirme que « nul n’a le droit de commander certains actes dont l’exécution viole la conscience de tous les catholiques ». Le devoir moral d’obéissance ne peut tenir face à un ordre qui entraîne une coopération directe au mal.
Aujourd’hui encore, on peut se demander quelle était la véritable utilité des inventaires et quel sens donner à la circulaire du 2 janvier. En effet, la plupart des listes établies sont incomplètes, imprécises, voire inexactes, les agents des Domaines n’ayant que rarement des connaissances approfondies en matière d’art sacré. Maladresse irréfléchie de l’administration, ou provocation et tentative d’intimidation des catholiques ? Les historiens sont toujours partagés.
09/12/2025
Dans un discours prononcé au Forum Rome Life le 4 décembre 2025, et rapporté par LifeSite, l'évêque suisse Marian Eleganti a mis en garde contre le risque de dissocier la prétendue « fraternité universelle » de Jésus-Christ, sous peine de tomber dans un relativisme religieux qui vide l'Évangile de son sens. S'opposant à l'idée que toutes les religions seraient des chemins équivalents vers Dieu, le prélat a souligné que seul le Christ peut sauver et que la mission de l'Église ne saurait se réduire à un simple dialogue interreligieux dénué de vérité.
D'Assise à « l' esprit d'Assise » : risque de syncrétisme
Monseigneur Eleganti a retracé l'origine et le développement des rencontres interreligieuses à Assise, promues par saint Jean-Paul II à partir de 1986, rappelant que dès le début, la Curie et les évêques avaient exprimé des réserves quant au danger d' « hérésie du syncrétisme » et de donner l'impression que toutes les religions étaient sur un pied d'égalité.
Selon le texte publié par LifeSite, l’évêque cite à la fois les clarifications de Jean-Paul II — qui voulait éviter une « prière universelle commune » — ainsi que les préoccupations du cardinal Ratzinger de l’époque et les avertissements ultérieurs de Benoît XVI, qui a tenté de bloquer les interprétations relativistes en rappelant l’enseignement de la déclaration Dominus Iesus.
Eleganti souligne le pouvoir des images véhiculées par les médias : pour de nombreux croyants peu instruits, voir des représentants de différentes religions prier ensemble pour la paix peut nourrir l’idée qu’ « une religion vaut autant qu’une autre » et que Jésus-Christ n’est qu’un médiateur parmi d’autres. En ce sens, il parle du prétendu « esprit d’Assise » comme d’une étiquette vague qui, dans les faits, a servi à certains pour justifier des tendances relativistes au sein de l’Église.
Critique directe des propos de François à Singapour et de la Déclaration d'Abu Dhabi
L’évêque va plus loin et critique ouvertement certaines déclarations du pape François. Il qualifie notamment ses propos tenus au Catholic Junior College de Singapour en septembre 2024 d’« objectivement scandaleux », lorsque le pape a déclaré aux jeunes que « toutes les religions sont un chemin vers Dieu » et les a comparées à « différentes langues » pour atteindre le même Dieu, insistant sur le fait que « Dieu est Dieu pour tous » et que nous sommes tous « enfants de Dieu » par nature.
Pour Eleganti, cette conception contredit la foi catholique, car elle dilue le caractère unique du Christ comme seul chemin vers le Père et réduit la mission à un simple accompagnement sans conversion. À ses yeux, il s'agit d'une forme de pluralisme religieux qui considère comme offensant de parler d'une religion « vraie » par opposition aux autres et qui rejette l'idée que le christianisme doive proclamer la vérité du Christ à tous les peuples.
Dans le même esprit, il critique vivement la Déclaration d'Abou Dhabi, notamment le passage affirmant que le pluralisme religieux relève de la « sage volonté divine ». Eleganti soutient qu'il est impossible d'attribuer à Dieu, en tant que volonté positive, des religions qui nient la divinité du Christ ou de la Trinité, et il cite en particulier l'islam comme une religion structurellement opposée au christianisme, tant en théorie que dans sa pratique historique. Il qualifie de « fausse » l'affirmation selon laquelle « les religions n'incitent jamais à la guerre ou à la haine », soulignant que les textes fondateurs et l'histoire de certaines religions contredisent ouvertement cette formulation.
Mission, dialogue et vérité : contre le renoncement pratique au mandat missionnaire
Dans sa conférence, Eleganti dénonce le fait que, depuis des décennies, dans de nombreux milieux, le concept de mission a été remplacé par ceux de « dialogue », de « collaboration » ou d ’« apprentissage interculturel », au point que tenter de convaincre autrui de la vérité du Christ n’est plus considéré comme acceptable. Selon le texte publié par LifeSite, l’évêque perçoit cela comme une concession à une culture qui abhorre toute affirmation de vérité et juge offensant d’affirmer que Jésus-Christ est le seul Sauveur.
Le prélat nous rappelle que le commandement du Christ de « faire des disciples de toutes les nations » demeure d'actualité et ne saurait être abandonné sans renoncer à la véritable foi catholique. Prêcher ne signifie plus – prévient-il – s'engager dans un militantisme sociopolitique pour des causes génériques (climat, migrations, etc.), mais proclamer Jésus-Christ, mort et ressuscité, seul Chemin, Vérité et Vie.
Selon lui, le « dialogue », entendu comme relativisme où aucune des parties ne peut prétendre à une vérité supérieure à l'autre, se révèle finalement inutile car il renonce d'emblée à la recherche de la vérité. Eleganti nous rappelle que pour l'Église, le dialogue est lié au témoignage et à la proclamation, et que la conversion est l'œuvre de Dieu, non de la rhétorique humaine.
Enfants de Dieu par la foi et le baptême, et non par la seule nature
Dans la dernière partie de son discours, l’évêque suisse souligne un point essentiel : tous les êtres humains ne sont pas « enfants de Dieu » au sens chrétien du simple fait d’exister, mais seulement ceux qui acceptent le Christ par la foi et le baptême. Il cite le prologue de l’Évangile selon Jean : à ceux qui croient en lui, « il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés, non de la chair et du sang, mais de Dieu ».
Il met donc en garde contre les projets de « fraternité universelle » qui ignorent le Christ et réduisent la foi à une éthique humanitaire ou à une sorte de « royaume de Dieu sécularisé » fondé uniquement sur la tolérance et le consensus politique. Une telle fraternité, affirme-t-il, n’est pas chrétienne, car elle exige de dissimuler ou de minimiser la médiation unique de Jésus-Christ pour être acceptée par tous.
Eleganti conclut que seule la fraternité authentique entre les hommes trouve son fondement en Christ, la vraie Lumière qui vient au monde, et que tout modèle d'unité humaine qui remplace ou relativise cette vérité finit par n'être qu'une construction idéologique de plus, reposant sur des fragments amputés de l'Évangile.
09/12/2025
Depuis les origines du pays, la dévotion à l’Immaculée Conception existe aux Etats-Unis, elle est la patronne du pays, comme en Espagne, et l’année prochaine marquera le 250e anniversaire de l’indépendance.
Une reconnaissance historique de la tradition catholique
Dans son message, Trump reconnaît que « pendant près de 250 ans, Marie a joué un rôle distinctif dans notre grande histoire américaine ». Le communiqué présidentiel souligne la profonde dévotion des catholiques américains et des saints américains envers Marie, la mère de Jésus.
Trump souligne que la fête de l’Immaculée Conception est considérée comme un « jour saint d’obligation » dans l’Eglise catholique, ce qui signifie que les fidèles catholiques doivent assister à la messe.
Le rôle de Marie dans l’histoire américaine
Le message présidentiel retrace l’histoire de la dévotion mariale aux Etats-Unis, à commencer par l’évêque John Carroll, premier évêque catholique du pays et cousin du signataire de la Déclaration d’indépendance Charles Carroll, qui, en 1792, a consacré la jeune nation à la mère du Christ.
Trump mentionne également comment les catholiques ont attribué la victoire du général Andrew Jackson sur les Britanniques lors de la bataille de La Nouvelle-Orléans à l’intercession de Marie. « Chaque année, les catholiques célèbrent une messe d’action de grâce à La Nouvelle-Orléans le 8 janvier en mémoire de l’aide apportée par Marie pour sauver la ville », indique le communiqué.
Personnalités marquantes et héritage marial
Le message met en avant des personnalités américaines marquantes telles Elizabeth Ann Seton, Frances Xavier Cabrini et Fulton Sheen, qui ont consacré leur vie à glorifier Dieu en servant les autres et ont conservé une profonde dévotion à Marie.
Le président mentionne la basilique du sanctuaire national de l’Immaculée Conception, située au cœur de la capitale nationale, qui honore Marie en tant que plus grande église d’Amérique du Nord. Il souligne également que près de 50 universités américaines portent le nom de Marie et que l’hymne « Ave Maria » reste cher à d’innombrables citoyens.
Une prière pour la paix mondiale
Dans son message, Trump fait référence à la Première Guerre mondiale, lorsque le pape Benoît XV a commandé et consacré une statue de Marie, Reine de la Paix, portant l’enfant Jésus avec un rameau d’olivier afin d’encourager les fidèles chrétiens à suivre son exemple de paix en priant pour la fin de la guerre. « Quelques mois plus tard, la Première Guerre mondiale prenait fin », conclut le président.
« Aujourd’hui, nous nous tournons une fois de plus vers Marie pour trouver l’inspiration et le réconfort, tandis que nous prions pour la fin de la guerre et pour une nouvelle ère durable de paix, de prospérité et d’harmonie en Europe et dans le monde entier », ajoute le communiqué.
Le « Je vous salue Marie » inclus dans le message officiel
De manière inédite, Trump inclut dans son message présidentiel la prière complète du « Je vous salue Marie ». Le message se termine en reconnaissant « avec une gratitude totale » le rôle de Marie « dans la promotion de la paix, de l’espoir et de l’amour en Amérique et au-delà de nos côtes », alors que les Etats-Unis approchent du 250e anniversaire de leur indépendance.
Message présidentiel à l’occasion de la fête de l’Immaculée Conception
Aujourd’hui, je rends hommage à tous les Américains qui célèbrent le 8 décembre comme un jour sacré en l’honneur de la foi, de l’humilité et de l’amour de Marie, mère de Jésus et l’une des figures les plus importantes de la Bible.
Lors de la fête de l’Immaculée Conception, les catholiques célèbrent ce qu’ils croient être la liberté de Marie du péché originel en tant que mère de Dieu. Elle est entrée pour la première fois dans l’histoire en tant que jeune fille lorsque, selon les Ecritures, l’ange Gabriel l’a saluée dans le village de Nazareth avec la nouvelle d’un miracle : « Je te salue, pleine de grâce ! Le Seigneur est avec toi », lui annonçant qu’elle « concevra dans son sein et enfantera un fils, et elle lui donnera le nom de Jésus ».
Dans l’un des actes les plus profonds et les plus transcendants de l’histoire, Marie a héroïquement accepté la volonté de Dieu avec confiance et humilité : « Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole. » La décision de Marie a changé à jamais le cours de l’humanité. Neuf mois plus tard, Dieu s’est fait homme lorsque Marie a donné naissance à un fils, Jésus, qui allait offrir sa vie sur la croix pour la rédemption des péchés et le salut du monde.
Depuis près de 250 ans, Marie joue un rôle de premier plan dans notre grande histoire américaine. En 1792, moins d’une décennie après la fin de la guerre d’indépendance, l’évêque John Carroll, premier évêque catholique des Etats-Unis et cousin du signataire de la Déclaration d’indépendance Charles Carroll, a consacré notre jeune nation à la mère du Christ. Moins d’un quart de siècle plus tard, les catholiques ont attribué à Marie la victoire impressionnante du général Andrew Jackson sur les Britanniques lors de la bataille décisive de La Nouvelle-Orléans. Chaque année, les catholiques célèbrent une messe d’action de grâce à La Nouvelle-Orléans le 8 janvier en mémoire de l’aide apportée par Marie pour sauver la ville.
Au fil des siècles, des légendes américaines telles qu’Elizabeth Ann Seton, Frances Xavier Cabrini et Fulton Sheen, qui ont consacré leur vie à glorifier Dieu au service des autres, ont professé une profonde dévotion à Marie.
La basilique du sanctuaire national de l’Immaculée Conception, située au cœur de la capitale de notre nation, honore Marie en tant que plus grande église d’Amérique du Nord. L’hymne intemporel « Ave Maria » reste très cher à d’innombrables citoyens. Elle a inspiré la création d’innombrables églises, hôpitaux et écoles. Près de 50 collèges et universités américains portent le nom de Marie.
Et dans quelques jours, le 12 décembre, les catholiques des Etats-Unis et du Mexique célébreront la dévotion inébranlable à Marie qui a pris naissance au cœur du Mexique, où se trouve aujourd’hui la magnifique basilique Notre-Dame de Guadalupe, en 1531. A l’approche du 250e anniversaire de la glorieuse indépendance américaine, nous reconnaissons et rendons grâce, avec une profonde gratitude, au rôle de Marie dans la promotion de la paix, de l’espoir et de l’amour aux Etats-Unis et au-delà de nos côtes.
Il y a plus d’un siècle, en pleine Première Guerre mondiale, le pape Benoît XV, chef de l’Eglise catholique romaine, a commandé et consacré une majestueuse image de Marie, Reine de la Paix, avec l’enfant Jésus dans ses bras et une branche d’olivier, afin d’encourager les fidèles chrétiens à suivre son exemple de paix et à prier pour la fin de l’horrible carnage. Quelques mois plus tard, la Première Guerre mondiale prenait fin.
Aujourd’hui, nous nous tournons à nouveau vers Marie pour trouver inspiration et réconfort, tout en priant pour la fin de la guerre et pour une nouvelle ère durable de paix, de prospérité et d’harmonie en Europe et dans le monde entier.
En son honneur, et en ce jour si spécial pour nos citoyens catholiques, nous nous souvenons des paroles sacrées qui ont apporté aide, réconfort et soutien à des générations de croyants américains dans les moments difficiles :
Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. Tu es bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de tes entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, prie pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen.
(Source : InfoCatolica – FSSPX.Actualités)
08/12/2025
"La Révélation annonce une lumière qui brille dans les ténèbres et que les ténèbres ne pourront arrêter, une lumière véritable qui éclaire, réjouit et réchauffe les cœurs. En ce jour de l’Immaculée Conception, nous fêtons la clarté qui commence à poindre comme une espérance invincible. À Lyon, la ville se pare de milliers de lumières en l’honneur de la Vierge Immaculée qui est honorée en son sanctuaire de Fourvière. À Rome, le Pape se rendra comme chaque année place d’Espagne devant la statue de l’Immaculée Conception que le bienheureux Pie IX avait fait ériger à la suite de la proclamation du dogme en 1854. Comme ses prédécesseurs, Léon XIV accomplira ce pèlerinage pour confier à Marie Rome et tous ses habitants. À Lourdes, nous faisons mémoire de la parole que la belle dame prononça lors de la seizième apparition, le 25 mars 1858 : "Je suis l’Immaculée Conception."
"Pleine de grâce"
"Partout dans le monde, les fidèles du Christ se rassemblent pour célébrer joyeusement celle qui "est resplendissante de beauté" (Préface de la messe du 8 décembre). À Nazareth, l’ange Gabriel en fut le premier émerveillé : "Je te salue, Comblée-de-grâces, le Seigneur est avec toi" (Lc 1, 28). Cette salutation est devenue la prière quotidienne des croyants. Dans le chapelet, ils répètent inlassablement ces paroles avec confiance. L’admiration de l’ange Gabriel se communique ainsi aux fidèles. À chaque "Je vous salue Marie", le ciel et la terre se rejoignent pour saluer celle qui est remplie de grâce.
"Que disons-nous lorsque nous appelons Marie "pleine de grâce" ? Nous n’admirons pas une héroïne qui aurait poussé à son maximum les capacités humaines par ses exploits d’ascèse et de vertus. Nous ne chantons pas celle qui aurait atteint par ses efforts la plus grande perfection humaine. Avec l’ange du Seigneur, nous nous tournons vers la femme qui dès le moment de sa conception a reçu la grâce divine au point d’être préservée du péché et de toutes ses conséquences. Marie est d’abord toute réceptive à l’action divine. Elle reçoit le don de Dieu en y opposant aucune résistance, ni aucun doute. Bien plus, elle l’accueille avec foi et gratitude. Au jour de l’Annonciation, elle est toute bouleversée, elle ne comprend pas tout, mais elle offre à Dieu une parfaite obéissance. La jeune Marie manifeste cette docilité à la grâce lorsqu’elle répond à l’ange : "Que tout m’advienne selon ta parole."
"Le désir de l’imiter"
"En l’appelant "pleine de grâce", grandit en nous le désir de l’imiter, de nous laisser modeler par l’Esprit-Saint et ainsi d’être "saints et immaculés dans l’amour" (Ep 1, 4). Nous choisissons de ne pas nous appuyer sur nos propres forces mais sur la grâce de Dieu qui seule peut transformer les cœurs les plus endurcis. Saluer Marie comme pleine de grâce conduit enfin à désirer ardemment l’auteur de la grâce. La beauté de la Servante nous pousse à adorer son Créateur et Sauveur. Au cœur de chaque "Je vous salue Marie", le nom de Jésus est proclamé : "Et Jésus le fruit de vos entrailles est béni." C’est une véritable profession de foi !
"L’Immaculée Conception de Marie est l’aurore qui annonce avec certitude la lumière du Christ qui éclaire tout homme. Lui-même se tient à la porte de nos cœurs et frappe. Il nous donne sa grâce. Il n’attend qu’une seule chose ! Que nous répondions à son appel comme Marie : "Que tout m’advienne selon ta parole" (Lc 1, 38) ! C’est ainsi que nous deviendrons toujours davantage des fils de la lumière capables de transmettre à tous l’Espérance qui ne déçoit pas."
07/12/2025
Pourtant, tous les sondages sérieux montrent l’inverse : non seulement la demande d’euthanasie n’est pas une attente du pays mais elle baisse.
C’est précisément pour briser ce récit politico-médiatique, porté par une élite et un audiovisuel public qui verrouillent le débat, que nous lançons une pétition : Euthanasie, ne nous laissons pas abattre !
Elle met en lumière ce que beaucoup sentent confusément : une manipulation de l’opinion, une tentative d’imposer à marche forcée une loi qui ferait basculer notre société dans une logique d’abandon des plus fragiles.
Notre objectif est simple : rendre la parole à cette majorité silencieuse, souvent peu mobilisée (supprimer “sur ces sujets”) mais lucide face aux dérives de ce débat confisqué. Vous pouvez nous (supprimer “y”) aider.
Alors que les discussions reprennent au Sénat dès janvier (en commission la semaine du 12, en séance à partir du 20 et vote solennel le 28 janvier), chaque signature compte réellement. Une pétition ne change pas seule le cours des choses, mais elle peut infléchir des votes, convaincre des indécis, soutenir des initiatives alternatives en cours et rappeler qu’une autre voie existe : celle du soin, de la solidarité, et du refus de faire de la mort une réponse politique.
👉 Signez et faites signer autour de vous : https://stop-euthanasie.fr
En brisant le mythe idéologique du consensus, nous pouvons empêcher que la France franchisse une ligne qui ne se franchit qu’une fois.
06/12/2025
Tiens, que se serait-il passé si un État ayant encore quelque souvenance de ses racines chrétiennes avait offert une représentation, non d’« esprit » mais d’« ange » gardien ? Je vous laisse imaginer. Mais esprit et ange, c’est la même chose – sauf qu’il y en a des bons et des mauvais.
L’esprit de la COP30
En l’occurrence, cet « esprit gardien » est censé représenter l’esprit de la COP, avec des éléments tirés des cultures chinoise et brésilienne : le dragon, symbole oriental de la force, du pouvoir cosmique et de la protection, et le jaguar, symbole amazonien de la force, du territoire, de la nature et des ancêtres. Un être hybride donc, une chimère qui efface et contredit les frontières entre les espèces.
Il est accompagné, à quelques mètres, d’une statue de « Mère Brésil », une jeune femme portant sur son genou droit un jeune enfant, et sur son genou gauche, un jaguar cornu. Tout au plus peut-on dire que cette statue est nettement plus avenante que la très moche « Pachamama » enceinte, promenée dans Rome et jusque dans les jardins du Vatican à l’occasion du synode sur l’Amazonie. Mais elle n’est pas sans rappeler une affiche qui avait été installée à l’église Santa Maria in Traspontina lors du synode d’Amazonie montrant une photo d’une indigène tenant son enfant par le bras gauche tout en allaitant un cochonnet sauvage, avec la mention « tout est lié »…
La COP30 sous le signe du dragon
Revenons au dragon. Dans la symbolique occidentale, celui-ci représente clairement le mal, un monstre à combattre, et il est associé au démon – même si aujourd’hui la littérature et la cinématographie enfantines tentent d’effacer aussi cette référence en faisant du dragon un animal sympathique et bienveillant. La statue offerte par le PC chinois accentue la perspective démoniaque puisqu’elle est coiffée de cornes de bouc : la bête aux crocs effrayants tient entre ses griffes un globe terrestre avec en son centre l’Amazonie.
Mais ce ne sont pas exactement des griffes : le dragon a un buste humain ponctué de plaques de dragon façon stégosaure, recouvert des taches de jaguar, et ce sont des mains d’homme qui enserrent le globe.
Pour Alex Newman, envoyé spécial de The New American à la COP30, cette statue montre bien que ce qui se joue actuellement est une « bataille spirituelle » : « Elle ressemble à une bataille politique. Elle ressemble à une bataille contre le changement climatique et pour l’environnement, mais c’est littéralement une bataille spirituelle. »
La Chine communiste offre une statue de dragon ; et une autre de femme.
Il ajoute, dans une vidéo qui permet d’examiner la statue sous toutes les coutures : « Ce qui se passe tout au long de ce processus, c’est qu’ils utilisent ce prétexte du changement climatique. Pour démanteler non seulement les infrastructures énergétiques aux États-Unis et dans le monde occidental en général, mais aussi toute notre économie ; ils l’utilisent pour fermer nos industries et les transférer vers la Chine communiste, vers des endroits où ils n’ont pas les traditions, les libertés, les protections constitutionnelles qui sont les nôtres. Nous avons pensé que c’était un symbole très approprié. » (1)
On peut relire à cette occasion le 12e chapitre de l’Apocalypse, ce mystérieux récit qui met lui aussi en scène un dragon et une femme ayant donné le jour à un enfant mâle, mais qui les oppose comme le mal s’oppose au bien et cherche à l’anéantir.
(1) NDLR : sans oublier la destruction de notre paysannerie.
06/12/2025
Rome – « Je préfère ne pas en dire plus. » « « Je vais en Afrique pour confirmer dans la foi et visiter les lieux saints d'Augustin. » « Je crois fermement au secret du conclave. » La première conférence de presse de Léon XIV dans l'avion est un manifeste pour la presse, habituée ces dernières années à des déclarations telles que « T'es une tapette », « Ils aboient aux portes de la Russie », « Si tu offenses ma mère, tu auras un coup de poing », « Ce qui s'est passé au conclave, c'était… » Le pape américain change de ton et redonne à la papauté ses lettres de noblesse, de spiritualité et de courtoisie.
Le premier voyage apostolique international de Léon XIV s'est récemment achevé au Liban , dernière étape d'une visite marquée par des gestes publics de réconfort et un message d'espérance adressé aux fidèles libanais. Entre Beyrouth , Annaya et Harissa , le Pape a rencontré des communautés meurtries – priant également devant le mémorial de la terrible explosion d'août 2020 – et a conclu son voyage en célébrant la messe et en lançant au peuple une invitation à une fraternité possible, par-delà toutes les frontières nationales et religieuses. En Turquie, l'accueil des Églises a donné au voyage une dimension œcuménique concrète, tandis qu'au Liban, notamment parmi les jeunes, l'enthousiasme était palpable , unanime , irrésistible : des milliers de jeunes ont entouré le Pontife comme on le fait avec celui qui rouvre l'avenir, non seulement par ses paroles, mais aussi par sa présence. Léon XIV a vécu ces journées visiblement ému, non par un triomphe personnel, mais par la preuve de son appartenance : un peuple qui ne réclame pas de symbole, mais se reconnaît en un père.
Le comportement de la presse
La presse internationale a accueilli l'événement avec une froideur surprenante, voire une attention distraite, bien loin de l'implication qui a généralement accompagné les apparitions publiques du Pape ces treize dernières années. Même sa visite à la mosquée a été marquée par un comportement médiatique typique de ces journalistes plus enclins à la manipulation qu'à l'information.
D'un côté, certains ont tenté de déformer les propos du Pontife pour leur donner un ton anti-islamique; de l'autre, d'autres ont préféré garder le silence, voire remettre en question la véracité des propos rapportés de l'imam. Mais Silère non possum confirme sans l'ombre d'un doute que la seule réponse du Pape à l'invitation de l'imam à se joindre à la prière fut un simple « Non, merci » : une réponse directe, dénuée de toute connotation polémique, suivie du choix explicite de poursuivre sa visite au lieu de culte musulman.
Ce refus calme et contextualisé n'indique pas une rupture, mais une cohérence ecclésiologique et un respect interreligieux . Dans la tradition islamique, en effet, la prière d'un non-musulman dans une mosquée peut être perçue comme un geste déplacé, voire comme une parodie involontaire du sacré . Léon XIV, en tant que chef de l'Église catholique, a donc choisi une posture non mimétique, évitant les gestes qui auraient pu paraître inauthentiques, tout en manifestant une présence dialogique réelle, poursuivant la rencontre avec les fidèles musulmans comme un signe incontestable de considération , et non de confusion religieuse.
Des moments de joie, parfois même légers et ironiques, ont marqué plusieurs étapes du voyage, vécus par le Pape avec une simplicité authentique qui a conféré aux rencontres un climat de sérénité manifeste, jamais construite autour d'une table. Léon XIV est apparu à plusieurs reprises visiblement ému par la profondeur des témoignages reçus et par la portée réelle de ses paroles, qui dépassaient le cadre protocolaire pour atteindre le cœur même de ses discours : des paroles vraies, ancrées dans la vie. Capable de produire un impact perceptible sur les personnes qu'il rencontrait, le Pape proposait aux jeunes des idées concrètes pour la vie quotidienne de leur foi : non pas des slogans vagues, mais des suggestions pratiques, ancrées dans les questions existentielles qui marquent leur génération. Une approche qui actualise le langage de la proximité pastorale sans perdre la cohérence doctrinale, parlant de l' Évangile incarné, et non d'abstractions spirituelles.
Pourtant, la presse internationale a largement opté pour une couverture médiatique minimale, nettement inférieure à celle réservée aux déclarations du Pape François, avec lequel de nombreux correspondants avaient tissé une relation lucrative et gratifiante. Le cortège apostolique suivant le Pontife comprenait de nombreux journalistes accrédités au Vatican, dont la présence semble souvent déterminée non par la compétence professionnelle, mais par les liens étroits – personnels ou éditoriaux – que leurs journaux respectifs entretiennent depuis des années avec le Bureau de presse du Vatican. Un détail significatif : un nombre croissant de journalistes choisissent de ne plus prendre l’avion, non seulement en raison d’un climat interne étouffant, mais aussi à cause d’un modèle opérationnel qui relève davantage de la logistique préétablie que du journalisme.
Les déplacements lors des voyages apostoliques se font en groupe, dans des minibus affrétés par le Saint-Siège, et les nuitées sont effectuées dans des hôtels de luxe partenaires, choisis selon des critères de confort et d’intégration systémique, plutôt que d’autonomie professionnelle. Bien que les correspondants aient accès aux événements papaux depuis des points de vue privilégiés, l’indépendance reste l’exception dans les articles publiés. La couverture se réduit souvent à un simple copier - coller des informations diffusées par le Bureau de presse du Vatican, produisant un récit dénué d’émotion et incapable de présenter une analyse authentique des faits. Le contraste avec le passé est saisissant : autrefois, le moindre éternuement du pape François aurait suscité un tel intérêt. Avec une couverture médiatique amplifiée, il n'y a même plus de place pour un seul article. Ce modèle – pratique pour ceux qui le mettent en œuvre, peu utile pour ceux qui le lisent – produit un effet secondaire bien connu des rédactions : l'accoutumance au privilège logistique engendre un discours défensif et parfois un ressentiment narratif lorsque le protagoniste cesse d'alimenter ce besoin d'exclusivité. Le problème n'est donc pas la critique du pontificat, légitime et nécessaire si elle s'appuie sur les faits, mais le ton réactif qui émerge lorsque l'histoire ne découle plus d'une relation fonctionnelle, mais d'une perte de valeur symbolique. Le problème de fond demeure : si l'histoire du Pape devient « ennuyeuse », ce n'est pas par manque de contenu, mais par appauvrissement du regard journalistique, qui privilégie la fonction au phénomène, le positionnement à la rencontre, la commodité du format à la complexité du réel. Or, le journalisme, lorsqu'il cesse de témoigner et se contente de reproduire, ne gagne pas en rigueur : il devient simplement l'écho du pouvoir.
Vol pour Rome : les derniers détails
Même sur le vol retour vers Rome, comme nous l'avons mentionné en introduction, Léon XIV a bouleversé les normes établies des experts du Vatican, habitués depuis des années aux déclarations parfois indiscrètes du pape François : de ses confidences politiques improvisées à l'acceptation de formules familières, du passage controversé sur les homosexuels lors du voyage apostolique au fameux « si vous offensez ma mère, je vous frappe ». Interrogé par l'experte du Vatican Cindy Wooden – heureusement proche de la retraite, tandis que l'arrivée d'un jeune expert américain, et surtout catholique, est déjà espérée – qui souhaitait des précisions sur le conclave, Léon a répondu en ramenant la question à un tout autre niveau : « Concernant le conclave, je crois absolument au secret du conclave, même si je sais que certaines choses ont été révélées lors d'interviews publiques. » Non pas l'accroche espérée, non pas l'indiscrétion, mais un rappel des limites, des frontières, du sens d'une institution qui ne peut être disséquée à des fins de divertissement.
Bien plus qu'une simple réponse : une perturbation délibérée du cadre de pensée de ceux qui, ces dernières années, ont spéculé sur chaque parole papale. Léon XIV a renversé la position du Pontificat face aux « prédateurs du micro », cette horde de journalistes à sensation qui, prêts à écraser les personnes et le bien de l'Église pour alimenter une simple impression, se sont retrouvés détrônés par un pape qui ne récite pas leur texte.
Interrogé sur son prochain voyage apostolique, Léon XIV ne se lance pas dans une hypothèse géopolitique ni ne laisse place à la moindre théorie du complot : il dit Afrique. Mais surtout, il explique la raison, passée inaperçue des vaticanistes : « pour affermir la foi ». Non pas pour flatter les inepties des journalistes athées qui pullulent au Bureau de presse du Saint-Siège, mais pour réaffirmer le seul mandat d'un pape : être un gardien de la foi, et non un aliment pour les médias sensationnalistes. Et il ajoute, avec la précision de quelqu'un qui possède une véritable spiritualité : « J'aimerais aller en Algérie pour visiter les lieux de saint Augustin. » Prévost reste profondément attaché à Augustin, un homme qu'il suit depuis le début de sa vocation. Même l'ironie se fait tranchante face à un journalisme autoréférentiel. Le pape explique : « Je ne sais pas si j'ai dit "waouh" hier soir. Mon visage est très expressif, et j'aime souvent observer comment les journalistes l'interprètent. Parfois, vous m'inspirez de bonnes idées, car vous pensez pouvoir lire dans mes pensées ou sur mon visage. Mais vous n'avez pas toujours raison. Vous n'avez pas toujours raison. » Une pique claire à l'encontre de ceux qui… Les journalistes qui, ces derniers mois, depuis son élection, ont tenté de le cataloguer selon sa façon de s'habiller, de parler et de s'exprimer, ont mis fin aux spéculations. Prevost se révèle être un homme d'une grande spiritualité, qui refuse toute manipulation. Le Pape fait taire les rumeurs et révèle ce qu'a toujours été le Successeur de Pierre – et ce que de nombreux journalistes ont eu intérêt à nous faire oublier – : un homme de prière, de paternité spirituelle et de foi inébranlable. Un Pape, et non un commentateur de second plan.
05/12/2025
La révolte paysanne s'amplifie et se durcit. Premier signal fort : l’élection le 19 novembre de Bertrand Venta à la présidence de la Coordination Rurale. Porté par une base militante du Sud-Ouest et une ligne "dure", ce résultat (près de 30 % des voix aux élections des Chambres d'agriculture) témoigne d'une volonté claire d'en découdre avec l’immobilisme.
Le conflit se cristallise désormais autour de la gestion calamiteuse des crises sanitaires, notamment la Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC). La politique de l'abattage total d'un troupeau pour un seul cas détecté, même sur des bêtes vaccinées, ne passe plus. Cette aberration a provoqué une alliance de circonstance inédite entre la Coordination Rurale et la Confédération Paysanne. Ces deux syndicats deviennent ainsi majoritaires. L’exemple récent de Pouilley-Français, dans le Doubs, est édifiant : pour une vache malade, l’État n'a pas hésité à déployer 175 gendarmes, usant de gaz lacrymogènes et de tirs de LBD contre 300 manifestants venus protéger le cheptel. Comme si la détresse de l’éleveur qui voit tuer ses 81 bêtes ne suffisait pas …
Face à cette fronde, l’exécutif semble fébrile. La presse rapporte un incident révélateur : le limogeage du préfet du Pas-de-Calais, sanctionné pour avoir laissé Emmanuel Macron marcher 500 mètres sous la pluie lors d'une manifestation anti-Mercosur. Mais au-delà de cette anecdotique nervosité présidentielle, c'est bien la recommandation de la Cour des comptes du 22/05/23 qui est visée, à savoir la réduction du cheptel bovin pour respecter les engagements climatiques, avec une baisse d'environ 2 millions de têtes d'ici 2035 et 3,5 millions d'ici 2050 (*).
Cette colère est relayée sur ce site car elle dépasse largement le cadre corporatiste ; c'est aussi notre combat pour l'âme du cher pays que nous laisserons à nos enfants. Alors que l'État répond par la force policière à la détresse rurale, la question de la sortie des traités européens pour la reprise en main de notre souveraineté alimentaire se pose aujourd’hui avec acuité.
Kyrie Eleison !
SMR
(*) Sources : AA Picardie Novethic
04/12/2025
Le nom de Léon indiquait également le type de papauté auquel nous pouvions nous attendre. Le dernier Léon, Léon XIII, qui a joui d'un pontificat plus long que prévu à la fin du XIXe siècle et au tout début du XXe siècle, était décrit comme ayant un tempérament intellectuel, diplomate et prudent. Il avait 67 ans lorsqu'il est monté sur le trône, tandis que Léon XIV avait 69 ans. Léon XIII est arrivé à la chaire de Saint-Pierre au début d'une période de profonds changements sociaux, marquée par l'industrie de masse, l'expansion urbaine, le commerce mondial et les mouvements ouvriers, une période souvent décrite comme la deuxième révolution industrielle. Léon XIV est arrivé au pouvoir au début de ce que l'on pourrait appeler une deuxième révolution numérique, une ère d'accélération des progrès technologiques sous l'impulsion de l'intelligence artificielle.
Il est peu probable, voire indésirable, que ce pontificat soit le reflet exact d'un pontificat précédent, mais le nom choisi par le pape était en soi le symbole d'un retour à une période associée à un pontificat stable. Léon XIV n'a pas encore rédigé sa propre Rerum Novarum, même si nous pouvons nous attendre à la voir paraître dans les années à venir, mais le nom qu'il a choisi pour son pontificat est très révélateur du type de pontificat qu'il souhaite mener.
Mais le moment symbolique le plus marquant de la papauté jusqu'à présent est peut-être survenu lors de son premier voyage apostolique à l'étranger. Le Saint-Père est arrivé en Turquie, berceau du christianisme qui, sous la domination islamique, a vu sa population chrétienne presque disparaître, pour commémorer le 1700e anniversaire du concile de Nicée. Le troisième jour de sa visite, le pape s'est rendu à la Mosquée bleue, une mosquée impériale emblématique située au cœur d'Istanbul et symbole de l'identité islamique du pays.
L'histoire des visites des papes dans les mosquées remonte à ce siècle. Le pape Saint Jean-Paul II a été le premier à le faire en 2001, lorsqu'il a visité la mosquée des Omeyyades à Damas, en Syrie, lors de son pèlerinage jubilaire en Grèce, en Syrie et à Malte. Même lors de sa visite dans la nation chrétienne qu'est la Grèce, l'opposition avait été vive, de nombreux dirigeants orthodoxes grecs s'opposant à ce voyage. La controverse s'est poursuivie à son arrivée en Syrie, où la décision du pape de visiter la mosquée a rencontré une résistance particulière. Un haut dignitaire religieux du Liban voisin, Cheikh al-Hout, a tenté d'imposer ses conditions, déclarant à la presse : « Dans un État musulman, les crucifix ne doivent pas être exposés en public, et encore moins à l'intérieur d'un lieu saint islamique. Le pape doit respecter ces conditions comme tout le monde. » Heureusement, le prélat local, l'archevêque Isidore Battikha, n'avait pas de tels scrupules et a informé la presse que « la croix serait bien visible sur les vêtements liturgiques du pape lorsqu'il entrerait dans la mosquée ». En fin de compte, le voyage a également permis au souverain pontife de s'arrêter pour prier à l'intérieur de la mosquée.
Tout comme Léon XIV, les papes Benoît XVI et François ont également visité la Mosquée bleue. La visite de Benoît XVI en 2006 a été éclipsée par les retombées de la conférence de Ratisbonne, au cours de laquelle le pape avait cité l'empereur byzantin et moine chrétien Manuel II Paléologue critiquant l'islam. En entrant dans la mosquée, Benoît XVI s'est arrêté pendant environ deux minutes en silence. Le quotidien turc Milliyet a rapporté ce moment avec le titre « Comme un musulman ». Le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, a commenté plus tard que « le pape s'était arrêté pour méditer et avait certainement tourné ses pensées vers Dieu ».
Le pape François a semblé aller plus loin lors de sa visite en 2014. Debout aux côtés du grand mufti d'Istanbul de l'époque, Rahmi Yaran, la tête baissée, les mains jointes, François a prié en silence pendant plusieurs minutes. Le grand mufti a répondu ensuite en disant : « Que Dieu l'accepte ».
Compte tenu de la tendance actuelle à l'expression extérieure de la cordialité interconfessionnelle, on aurait pu raisonnablement s'attendre à ce que le pape Léon fasse de même. En effet, le compte rendu de l'événement par le Vatican lui-même indiquait initialement que Léon s'était arrêté pour prier.
En entrant dans la Mosquée bleue, l'un de ses imams, Asgin Tunca, a invité le pape à prier en disant : « Ce n'est pas ma maison, ni votre maison, c'est la maison d'Allah. » Cependant, le pape Léon a répondu à l'invitation en déclinant poliment. Le Vatican a ensuite corrigé son affirmation antérieure selon laquelle le pape avait prié, en déclarant qu'il avait visité la mosquée « dans un esprit de réflexion et d'écoute attentive, avec un profond respect pour le lieu et pour la foi de ceux qui s'y rassemblent pour prier ».
Tout comme le port de la mozzetta ou le choix du nom papal Léon, la décision de ne pas prier dans la mosquée était en soi symbolique. Il ne s'agissait pas, comme pourraient le prétendre ceux qui présentent le christianisme comme opposé à l'islam, d'un rejet de la croyance musulmane. Il s'agit plutôt de reconnaître que le rôle du pontife romain n'est pas de renforcer la coopération avec les religions autres que le christianisme. Les catholiques fidèles, avec une certaine justification, ont été scandalisés par le fait que les dirigeants de l'Église aient permis que le dialogue interreligieux débouche sur une prière commune, et il semble que Léon ait pris acte de ces inquiétudes, choisissant de faire passer les obligations de sa fonction avant l'image qu'il renvoie afin de satisfaire une presse laïque.
Les indices de ce changement d'orientation sont exposés dans le livre Leo XIV : Citizen of the World, Missionary of the 21st Century (Léon XIV : citoyen du monde, missionnaire du XXIe siècle) de la correspondante chevronnée au Vatican Elise Ann Allen. Dans cet ouvrage, qui s'appuie sur de longs entretiens, il déclare franchement à Allen : « Je ne considère pas que mon rôle principal soit d'essayer de résoudre les problèmes du monde ». En d'autres termes, le pape s'intéresse à ce qui concerne l'Église, à sa mission qui consiste à amener les gens à connaître Jésus.
Si le dialogue interreligieux est en vogue, parce que la société laïque est convaincue qu'il conduira à une plus grande harmonie, les diktats laïques font rarement bon christianisme. Il y a deux cents ans, la société laïque affirmait que les gens pouvaient être réduits en esclavage. Il y a cinquante ans, elle affirmait que les enfants à naître ne méritaient pas la pleine dignité humaine. Aujourd'hui, elle débat pour savoir si les personnes atteintes d'une maladie physique ou mentale ne seraient pas mieux mortes. Que l'on soit d'accord ou non sur tous les points, le christianisme offre un cadre moral plus long et plus cohérent que tout autre.
De même, le respect d'une autre religion n'est pas une capitulation. De l'avis général, les musulmans n'ont pas été offensés. Un hybride entre l'islam et le christianisme serait un affront aux fondements des deux religions.
Le livre d'Allen donne également un aperçu de ce qui pourrait bien être une priorité centrale pour cette papauté : réparer le scandale de la désunion entre les chrétiens. Dans son ouvrage, il indique clairement qu'il espère « jeter des ponts » avec le patriarche de Moscou et le patriarche de Constantinople, car « nous croyons tous en Jésus-Christ, le Fils de Dieu et notre Sauveur ». Il n'a pas hésité à prier à la cathédrale apostolique arménienne d'Istanbul, où il s'est joint à Bartholomée Ier et à plus de 400 membres du Saint-Synode du Patriarcat œcuménique pour la Divine Liturgie de la fête de Saint-André.
Si la décision du pape Léon de ne pas prier dans un lieu non destiné au culte chrétien peut déstabiliser les impulsions laïques qui cherchent à brouiller les frontières entre les religions, elle indique clairement que ses priorités ne sont pas de ce monde. Il se préoccupe de l'Église, tant en communion qu'en séparation. Son voyage dans les anciennes terres chrétiennes de Turquie l'a clairement montré.
Thomas Edwards sur le Catholic Herald