Le blog du Temps de l'Immaculée.
09/12/2025
Depuis les origines du pays, la dévotion à l’Immaculée Conception existe aux Etats-Unis, elle est la patronne du pays, comme en Espagne, et l’année prochaine marquera le 250e anniversaire de l’indépendance.
Une reconnaissance historique de la tradition catholique
Dans son message, Trump reconnaît que « pendant près de 250 ans, Marie a joué un rôle distinctif dans notre grande histoire américaine ». Le communiqué présidentiel souligne la profonde dévotion des catholiques américains et des saints américains envers Marie, la mère de Jésus.
Trump souligne que la fête de l’Immaculée Conception est considérée comme un « jour saint d’obligation » dans l’Eglise catholique, ce qui signifie que les fidèles catholiques doivent assister à la messe.
Le rôle de Marie dans l’histoire américaine
Le message présidentiel retrace l’histoire de la dévotion mariale aux Etats-Unis, à commencer par l’évêque John Carroll, premier évêque catholique du pays et cousin du signataire de la Déclaration d’indépendance Charles Carroll, qui, en 1792, a consacré la jeune nation à la mère du Christ.
Trump mentionne également comment les catholiques ont attribué la victoire du général Andrew Jackson sur les Britanniques lors de la bataille de La Nouvelle-Orléans à l’intercession de Marie. « Chaque année, les catholiques célèbrent une messe d’action de grâce à La Nouvelle-Orléans le 8 janvier en mémoire de l’aide apportée par Marie pour sauver la ville », indique le communiqué.
Personnalités marquantes et héritage marial
Le message met en avant des personnalités américaines marquantes telles Elizabeth Ann Seton, Frances Xavier Cabrini et Fulton Sheen, qui ont consacré leur vie à glorifier Dieu en servant les autres et ont conservé une profonde dévotion à Marie.
Le président mentionne la basilique du sanctuaire national de l’Immaculée Conception, située au cœur de la capitale nationale, qui honore Marie en tant que plus grande église d’Amérique du Nord. Il souligne également que près de 50 universités américaines portent le nom de Marie et que l’hymne « Ave Maria » reste cher à d’innombrables citoyens.
Une prière pour la paix mondiale
Dans son message, Trump fait référence à la Première Guerre mondiale, lorsque le pape Benoît XV a commandé et consacré une statue de Marie, Reine de la Paix, portant l’enfant Jésus avec un rameau d’olivier afin d’encourager les fidèles chrétiens à suivre son exemple de paix en priant pour la fin de la guerre. « Quelques mois plus tard, la Première Guerre mondiale prenait fin », conclut le président.
« Aujourd’hui, nous nous tournons une fois de plus vers Marie pour trouver l’inspiration et le réconfort, tandis que nous prions pour la fin de la guerre et pour une nouvelle ère durable de paix, de prospérité et d’harmonie en Europe et dans le monde entier », ajoute le communiqué.
Le « Je vous salue Marie » inclus dans le message officiel
De manière inédite, Trump inclut dans son message présidentiel la prière complète du « Je vous salue Marie ». Le message se termine en reconnaissant « avec une gratitude totale » le rôle de Marie « dans la promotion de la paix, de l’espoir et de l’amour en Amérique et au-delà de nos côtes », alors que les Etats-Unis approchent du 250e anniversaire de leur indépendance.
Message présidentiel à l’occasion de la fête de l’Immaculée Conception
Aujourd’hui, je rends hommage à tous les Américains qui célèbrent le 8 décembre comme un jour sacré en l’honneur de la foi, de l’humilité et de l’amour de Marie, mère de Jésus et l’une des figures les plus importantes de la Bible.
Lors de la fête de l’Immaculée Conception, les catholiques célèbrent ce qu’ils croient être la liberté de Marie du péché originel en tant que mère de Dieu. Elle est entrée pour la première fois dans l’histoire en tant que jeune fille lorsque, selon les Ecritures, l’ange Gabriel l’a saluée dans le village de Nazareth avec la nouvelle d’un miracle : « Je te salue, pleine de grâce ! Le Seigneur est avec toi », lui annonçant qu’elle « concevra dans son sein et enfantera un fils, et elle lui donnera le nom de Jésus ».
Dans l’un des actes les plus profonds et les plus transcendants de l’histoire, Marie a héroïquement accepté la volonté de Dieu avec confiance et humilité : « Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole. » La décision de Marie a changé à jamais le cours de l’humanité. Neuf mois plus tard, Dieu s’est fait homme lorsque Marie a donné naissance à un fils, Jésus, qui allait offrir sa vie sur la croix pour la rédemption des péchés et le salut du monde.
Depuis près de 250 ans, Marie joue un rôle de premier plan dans notre grande histoire américaine. En 1792, moins d’une décennie après la fin de la guerre d’indépendance, l’évêque John Carroll, premier évêque catholique des Etats-Unis et cousin du signataire de la Déclaration d’indépendance Charles Carroll, a consacré notre jeune nation à la mère du Christ. Moins d’un quart de siècle plus tard, les catholiques ont attribué à Marie la victoire impressionnante du général Andrew Jackson sur les Britanniques lors de la bataille décisive de La Nouvelle-Orléans. Chaque année, les catholiques célèbrent une messe d’action de grâce à La Nouvelle-Orléans le 8 janvier en mémoire de l’aide apportée par Marie pour sauver la ville.
Au fil des siècles, des légendes américaines telles qu’Elizabeth Ann Seton, Frances Xavier Cabrini et Fulton Sheen, qui ont consacré leur vie à glorifier Dieu au service des autres, ont professé une profonde dévotion à Marie.
La basilique du sanctuaire national de l’Immaculée Conception, située au cœur de la capitale de notre nation, honore Marie en tant que plus grande église d’Amérique du Nord. L’hymne intemporel « Ave Maria » reste très cher à d’innombrables citoyens. Elle a inspiré la création d’innombrables églises, hôpitaux et écoles. Près de 50 collèges et universités américains portent le nom de Marie.
Et dans quelques jours, le 12 décembre, les catholiques des Etats-Unis et du Mexique célébreront la dévotion inébranlable à Marie qui a pris naissance au cœur du Mexique, où se trouve aujourd’hui la magnifique basilique Notre-Dame de Guadalupe, en 1531. A l’approche du 250e anniversaire de la glorieuse indépendance américaine, nous reconnaissons et rendons grâce, avec une profonde gratitude, au rôle de Marie dans la promotion de la paix, de l’espoir et de l’amour aux Etats-Unis et au-delà de nos côtes.
Il y a plus d’un siècle, en pleine Première Guerre mondiale, le pape Benoît XV, chef de l’Eglise catholique romaine, a commandé et consacré une majestueuse image de Marie, Reine de la Paix, avec l’enfant Jésus dans ses bras et une branche d’olivier, afin d’encourager les fidèles chrétiens à suivre son exemple de paix et à prier pour la fin de l’horrible carnage. Quelques mois plus tard, la Première Guerre mondiale prenait fin.
Aujourd’hui, nous nous tournons à nouveau vers Marie pour trouver inspiration et réconfort, tout en priant pour la fin de la guerre et pour une nouvelle ère durable de paix, de prospérité et d’harmonie en Europe et dans le monde entier.
En son honneur, et en ce jour si spécial pour nos citoyens catholiques, nous nous souvenons des paroles sacrées qui ont apporté aide, réconfort et soutien à des générations de croyants américains dans les moments difficiles :
Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. Tu es bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de tes entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, prie pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen.
(Source : InfoCatolica – FSSPX.Actualités)
09/12/2025
Dans un discours prononcé au Forum Rome Life le 4 décembre 2025, et rapporté par LifeSite, l'évêque suisse Marian Eleganti a mis en garde contre le risque de dissocier la prétendue « fraternité universelle » de Jésus-Christ, sous peine de tomber dans un relativisme religieux qui vide l'Évangile de son sens. S'opposant à l'idée que toutes les religions seraient des chemins équivalents vers Dieu, le prélat a souligné que seul le Christ peut sauver et que la mission de l'Église ne saurait se réduire à un simple dialogue interreligieux dénué de vérité.
D'Assise à « l' esprit d'Assise » : risque de syncrétisme
Monseigneur Eleganti a retracé l'origine et le développement des rencontres interreligieuses à Assise, promues par saint Jean-Paul II à partir de 1986, rappelant que dès le début, la Curie et les évêques avaient exprimé des réserves quant au danger d' « hérésie du syncrétisme » et de donner l'impression que toutes les religions étaient sur un pied d'égalité.
Selon le texte publié par LifeSite, l’évêque cite à la fois les clarifications de Jean-Paul II — qui voulait éviter une « prière universelle commune » — ainsi que les préoccupations du cardinal Ratzinger de l’époque et les avertissements ultérieurs de Benoît XVI, qui a tenté de bloquer les interprétations relativistes en rappelant l’enseignement de la déclaration Dominus Iesus.
Eleganti souligne le pouvoir des images véhiculées par les médias : pour de nombreux croyants peu instruits, voir des représentants de différentes religions prier ensemble pour la paix peut nourrir l’idée qu’ « une religion vaut autant qu’une autre » et que Jésus-Christ n’est qu’un médiateur parmi d’autres. En ce sens, il parle du prétendu « esprit d’Assise » comme d’une étiquette vague qui, dans les faits, a servi à certains pour justifier des tendances relativistes au sein de l’Église.
Critique directe des propos de François à Singapour et de la Déclaration d'Abu Dhabi
L’évêque va plus loin et critique ouvertement certaines déclarations du pape François. Il qualifie notamment ses propos tenus au Catholic Junior College de Singapour en septembre 2024 d’« objectivement scandaleux », lorsque le pape a déclaré aux jeunes que « toutes les religions sont un chemin vers Dieu » et les a comparées à « différentes langues » pour atteindre le même Dieu, insistant sur le fait que « Dieu est Dieu pour tous » et que nous sommes tous « enfants de Dieu » par nature.
Pour Eleganti, cette conception contredit la foi catholique, car elle dilue le caractère unique du Christ comme seul chemin vers le Père et réduit la mission à un simple accompagnement sans conversion. À ses yeux, il s'agit d'une forme de pluralisme religieux qui considère comme offensant de parler d'une religion « vraie » par opposition aux autres et qui rejette l'idée que le christianisme doive proclamer la vérité du Christ à tous les peuples.
Dans le même esprit, il critique vivement la Déclaration d'Abou Dhabi, notamment le passage affirmant que le pluralisme religieux relève de la « sage volonté divine ». Eleganti soutient qu'il est impossible d'attribuer à Dieu, en tant que volonté positive, des religions qui nient la divinité du Christ ou de la Trinité, et il cite en particulier l'islam comme une religion structurellement opposée au christianisme, tant en théorie que dans sa pratique historique. Il qualifie de « fausse » l'affirmation selon laquelle « les religions n'incitent jamais à la guerre ou à la haine », soulignant que les textes fondateurs et l'histoire de certaines religions contredisent ouvertement cette formulation.
Mission, dialogue et vérité : contre le renoncement pratique au mandat missionnaire
Dans sa conférence, Eleganti dénonce le fait que, depuis des décennies, dans de nombreux milieux, le concept de mission a été remplacé par ceux de « dialogue », de « collaboration » ou d ’« apprentissage interculturel », au point que tenter de convaincre autrui de la vérité du Christ n’est plus considéré comme acceptable. Selon le texte publié par LifeSite, l’évêque perçoit cela comme une concession à une culture qui abhorre toute affirmation de vérité et juge offensant d’affirmer que Jésus-Christ est le seul Sauveur.
Le prélat nous rappelle que le commandement du Christ de « faire des disciples de toutes les nations » demeure d'actualité et ne saurait être abandonné sans renoncer à la véritable foi catholique. Prêcher ne signifie plus – prévient-il – s'engager dans un militantisme sociopolitique pour des causes génériques (climat, migrations, etc.), mais proclamer Jésus-Christ, mort et ressuscité, seul Chemin, Vérité et Vie.
Selon lui, le « dialogue », entendu comme relativisme où aucune des parties ne peut prétendre à une vérité supérieure à l'autre, se révèle finalement inutile car il renonce d'emblée à la recherche de la vérité. Eleganti nous rappelle que pour l'Église, le dialogue est lié au témoignage et à la proclamation, et que la conversion est l'œuvre de Dieu, non de la rhétorique humaine.
Enfants de Dieu par la foi et le baptême, et non par la seule nature
Dans la dernière partie de son discours, l’évêque suisse souligne un point essentiel : tous les êtres humains ne sont pas « enfants de Dieu » au sens chrétien du simple fait d’exister, mais seulement ceux qui acceptent le Christ par la foi et le baptême. Il cite le prologue de l’Évangile selon Jean : à ceux qui croient en lui, « il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés, non de la chair et du sang, mais de Dieu ».
Il met donc en garde contre les projets de « fraternité universelle » qui ignorent le Christ et réduisent la foi à une éthique humanitaire ou à une sorte de « royaume de Dieu sécularisé » fondé uniquement sur la tolérance et le consensus politique. Une telle fraternité, affirme-t-il, n’est pas chrétienne, car elle exige de dissimuler ou de minimiser la médiation unique de Jésus-Christ pour être acceptée par tous.
Eleganti conclut que seule la fraternité authentique entre les hommes trouve son fondement en Christ, la vraie Lumière qui vient au monde, et que tout modèle d'unité humaine qui remplace ou relativise cette vérité finit par n'être qu'une construction idéologique de plus, reposant sur des fragments amputés de l'Évangile.
08/12/2025
"La Révélation annonce une lumière qui brille dans les ténèbres et que les ténèbres ne pourront arrêter, une lumière véritable qui éclaire, réjouit et réchauffe les cœurs. En ce jour de l’Immaculée Conception, nous fêtons la clarté qui commence à poindre comme une espérance invincible. À Lyon, la ville se pare de milliers de lumières en l’honneur de la Vierge Immaculée qui est honorée en son sanctuaire de Fourvière. À Rome, le Pape se rendra comme chaque année place d’Espagne devant la statue de l’Immaculée Conception que le bienheureux Pie IX avait fait ériger à la suite de la proclamation du dogme en 1854. Comme ses prédécesseurs, Léon XIV accomplira ce pèlerinage pour confier à Marie Rome et tous ses habitants. À Lourdes, nous faisons mémoire de la parole que la belle dame prononça lors de la seizième apparition, le 25 mars 1858 : "Je suis l’Immaculée Conception."
"Pleine de grâce"
"Partout dans le monde, les fidèles du Christ se rassemblent pour célébrer joyeusement celle qui "est resplendissante de beauté" (Préface de la messe du 8 décembre). À Nazareth, l’ange Gabriel en fut le premier émerveillé : "Je te salue, Comblée-de-grâces, le Seigneur est avec toi" (Lc 1, 28). Cette salutation est devenue la prière quotidienne des croyants. Dans le chapelet, ils répètent inlassablement ces paroles avec confiance. L’admiration de l’ange Gabriel se communique ainsi aux fidèles. À chaque "Je vous salue Marie", le ciel et la terre se rejoignent pour saluer celle qui est remplie de grâce.
"Que disons-nous lorsque nous appelons Marie "pleine de grâce" ? Nous n’admirons pas une héroïne qui aurait poussé à son maximum les capacités humaines par ses exploits d’ascèse et de vertus. Nous ne chantons pas celle qui aurait atteint par ses efforts la plus grande perfection humaine. Avec l’ange du Seigneur, nous nous tournons vers la femme qui dès le moment de sa conception a reçu la grâce divine au point d’être préservée du péché et de toutes ses conséquences. Marie est d’abord toute réceptive à l’action divine. Elle reçoit le don de Dieu en y opposant aucune résistance, ni aucun doute. Bien plus, elle l’accueille avec foi et gratitude. Au jour de l’Annonciation, elle est toute bouleversée, elle ne comprend pas tout, mais elle offre à Dieu une parfaite obéissance. La jeune Marie manifeste cette docilité à la grâce lorsqu’elle répond à l’ange : "Que tout m’advienne selon ta parole."
"Le désir de l’imiter"
"En l’appelant "pleine de grâce", grandit en nous le désir de l’imiter, de nous laisser modeler par l’Esprit-Saint et ainsi d’être "saints et immaculés dans l’amour" (Ep 1, 4). Nous choisissons de ne pas nous appuyer sur nos propres forces mais sur la grâce de Dieu qui seule peut transformer les cœurs les plus endurcis. Saluer Marie comme pleine de grâce conduit enfin à désirer ardemment l’auteur de la grâce. La beauté de la Servante nous pousse à adorer son Créateur et Sauveur. Au cœur de chaque "Je vous salue Marie", le nom de Jésus est proclamé : "Et Jésus le fruit de vos entrailles est béni." C’est une véritable profession de foi !
"L’Immaculée Conception de Marie est l’aurore qui annonce avec certitude la lumière du Christ qui éclaire tout homme. Lui-même se tient à la porte de nos cœurs et frappe. Il nous donne sa grâce. Il n’attend qu’une seule chose ! Que nous répondions à son appel comme Marie : "Que tout m’advienne selon ta parole" (Lc 1, 38) ! C’est ainsi que nous deviendrons toujours davantage des fils de la lumière capables de transmettre à tous l’Espérance qui ne déçoit pas."
07/12/2025
Pourtant, tous les sondages sérieux montrent l’inverse : non seulement la demande d’euthanasie n’est pas une attente du pays mais elle baisse.
C’est précisément pour briser ce récit politico-médiatique, porté par une élite et un audiovisuel public qui verrouillent le débat, que nous lançons une pétition : Euthanasie, ne nous laissons pas abattre !
Elle met en lumière ce que beaucoup sentent confusément : une manipulation de l’opinion, une tentative d’imposer à marche forcée une loi qui ferait basculer notre société dans une logique d’abandon des plus fragiles.
Notre objectif est simple : rendre la parole à cette majorité silencieuse, souvent peu mobilisée (supprimer “sur ces sujets”) mais lucide face aux dérives de ce débat confisqué. Vous pouvez nous (supprimer “y”) aider.
Alors que les discussions reprennent au Sénat dès janvier (en commission la semaine du 12, en séance à partir du 20 et vote solennel le 28 janvier), chaque signature compte réellement. Une pétition ne change pas seule le cours des choses, mais elle peut infléchir des votes, convaincre des indécis, soutenir des initiatives alternatives en cours et rappeler qu’une autre voie existe : celle du soin, de la solidarité, et du refus de faire de la mort une réponse politique.
👉 Signez et faites signer autour de vous : https://stop-euthanasie.fr
En brisant le mythe idéologique du consensus, nous pouvons empêcher que la France franchisse une ligne qui ne se franchit qu’une fois.
06/12/2025
Rome – « Je préfère ne pas en dire plus. » « « Je vais en Afrique pour confirmer dans la foi et visiter les lieux saints d'Augustin. » « Je crois fermement au secret du conclave. » La première conférence de presse de Léon XIV dans l'avion est un manifeste pour la presse, habituée ces dernières années à des déclarations telles que « T'es une tapette », « Ils aboient aux portes de la Russie », « Si tu offenses ma mère, tu auras un coup de poing », « Ce qui s'est passé au conclave, c'était… » Le pape américain change de ton et redonne à la papauté ses lettres de noblesse, de spiritualité et de courtoisie.
Le premier voyage apostolique international de Léon XIV s'est récemment achevé au Liban , dernière étape d'une visite marquée par des gestes publics de réconfort et un message d'espérance adressé aux fidèles libanais. Entre Beyrouth , Annaya et Harissa , le Pape a rencontré des communautés meurtries – priant également devant le mémorial de la terrible explosion d'août 2020 – et a conclu son voyage en célébrant la messe et en lançant au peuple une invitation à une fraternité possible, par-delà toutes les frontières nationales et religieuses. En Turquie, l'accueil des Églises a donné au voyage une dimension œcuménique concrète, tandis qu'au Liban, notamment parmi les jeunes, l'enthousiasme était palpable , unanime , irrésistible : des milliers de jeunes ont entouré le Pontife comme on le fait avec celui qui rouvre l'avenir, non seulement par ses paroles, mais aussi par sa présence. Léon XIV a vécu ces journées visiblement ému, non par un triomphe personnel, mais par la preuve de son appartenance : un peuple qui ne réclame pas de symbole, mais se reconnaît en un père.
Le comportement de la presse
La presse internationale a accueilli l'événement avec une froideur surprenante, voire une attention distraite, bien loin de l'implication qui a généralement accompagné les apparitions publiques du Pape ces treize dernières années. Même sa visite à la mosquée a été marquée par un comportement médiatique typique de ces journalistes plus enclins à la manipulation qu'à l'information.
D'un côté, certains ont tenté de déformer les propos du Pontife pour leur donner un ton anti-islamique; de l'autre, d'autres ont préféré garder le silence, voire remettre en question la véracité des propos rapportés de l'imam. Mais Silère non possum confirme sans l'ombre d'un doute que la seule réponse du Pape à l'invitation de l'imam à se joindre à la prière fut un simple « Non, merci » : une réponse directe, dénuée de toute connotation polémique, suivie du choix explicite de poursuivre sa visite au lieu de culte musulman.
Ce refus calme et contextualisé n'indique pas une rupture, mais une cohérence ecclésiologique et un respect interreligieux . Dans la tradition islamique, en effet, la prière d'un non-musulman dans une mosquée peut être perçue comme un geste déplacé, voire comme une parodie involontaire du sacré . Léon XIV, en tant que chef de l'Église catholique, a donc choisi une posture non mimétique, évitant les gestes qui auraient pu paraître inauthentiques, tout en manifestant une présence dialogique réelle, poursuivant la rencontre avec les fidèles musulmans comme un signe incontestable de considération , et non de confusion religieuse.
Des moments de joie, parfois même légers et ironiques, ont marqué plusieurs étapes du voyage, vécus par le Pape avec une simplicité authentique qui a conféré aux rencontres un climat de sérénité manifeste, jamais construite autour d'une table. Léon XIV est apparu à plusieurs reprises visiblement ému par la profondeur des témoignages reçus et par la portée réelle de ses paroles, qui dépassaient le cadre protocolaire pour atteindre le cœur même de ses discours : des paroles vraies, ancrées dans la vie. Capable de produire un impact perceptible sur les personnes qu'il rencontrait, le Pape proposait aux jeunes des idées concrètes pour la vie quotidienne de leur foi : non pas des slogans vagues, mais des suggestions pratiques, ancrées dans les questions existentielles qui marquent leur génération. Une approche qui actualise le langage de la proximité pastorale sans perdre la cohérence doctrinale, parlant de l' Évangile incarné, et non d'abstractions spirituelles.
Pourtant, la presse internationale a largement opté pour une couverture médiatique minimale, nettement inférieure à celle réservée aux déclarations du Pape François, avec lequel de nombreux correspondants avaient tissé une relation lucrative et gratifiante. Le cortège apostolique suivant le Pontife comprenait de nombreux journalistes accrédités au Vatican, dont la présence semble souvent déterminée non par la compétence professionnelle, mais par les liens étroits – personnels ou éditoriaux – que leurs journaux respectifs entretiennent depuis des années avec le Bureau de presse du Vatican. Un détail significatif : un nombre croissant de journalistes choisissent de ne plus prendre l’avion, non seulement en raison d’un climat interne étouffant, mais aussi à cause d’un modèle opérationnel qui relève davantage de la logistique préétablie que du journalisme.
Les déplacements lors des voyages apostoliques se font en groupe, dans des minibus affrétés par le Saint-Siège, et les nuitées sont effectuées dans des hôtels de luxe partenaires, choisis selon des critères de confort et d’intégration systémique, plutôt que d’autonomie professionnelle. Bien que les correspondants aient accès aux événements papaux depuis des points de vue privilégiés, l’indépendance reste l’exception dans les articles publiés. La couverture se réduit souvent à un simple copier - coller des informations diffusées par le Bureau de presse du Vatican, produisant un récit dénué d’émotion et incapable de présenter une analyse authentique des faits. Le contraste avec le passé est saisissant : autrefois, le moindre éternuement du pape François aurait suscité un tel intérêt. Avec une couverture médiatique amplifiée, il n'y a même plus de place pour un seul article. Ce modèle – pratique pour ceux qui le mettent en œuvre, peu utile pour ceux qui le lisent – produit un effet secondaire bien connu des rédactions : l'accoutumance au privilège logistique engendre un discours défensif et parfois un ressentiment narratif lorsque le protagoniste cesse d'alimenter ce besoin d'exclusivité. Le problème n'est donc pas la critique du pontificat, légitime et nécessaire si elle s'appuie sur les faits, mais le ton réactif qui émerge lorsque l'histoire ne découle plus d'une relation fonctionnelle, mais d'une perte de valeur symbolique. Le problème de fond demeure : si l'histoire du Pape devient « ennuyeuse », ce n'est pas par manque de contenu, mais par appauvrissement du regard journalistique, qui privilégie la fonction au phénomène, le positionnement à la rencontre, la commodité du format à la complexité du réel. Or, le journalisme, lorsqu'il cesse de témoigner et se contente de reproduire, ne gagne pas en rigueur : il devient simplement l'écho du pouvoir.
Vol pour Rome : les derniers détails
Même sur le vol retour vers Rome, comme nous l'avons mentionné en introduction, Léon XIV a bouleversé les normes établies des experts du Vatican, habitués depuis des années aux déclarations parfois indiscrètes du pape François : de ses confidences politiques improvisées à l'acceptation de formules familières, du passage controversé sur les homosexuels lors du voyage apostolique au fameux « si vous offensez ma mère, je vous frappe ». Interrogé par l'experte du Vatican Cindy Wooden – heureusement proche de la retraite, tandis que l'arrivée d'un jeune expert américain, et surtout catholique, est déjà espérée – qui souhaitait des précisions sur le conclave, Léon a répondu en ramenant la question à un tout autre niveau : « Concernant le conclave, je crois absolument au secret du conclave, même si je sais que certaines choses ont été révélées lors d'interviews publiques. » Non pas l'accroche espérée, non pas l'indiscrétion, mais un rappel des limites, des frontières, du sens d'une institution qui ne peut être disséquée à des fins de divertissement.
Bien plus qu'une simple réponse : une perturbation délibérée du cadre de pensée de ceux qui, ces dernières années, ont spéculé sur chaque parole papale. Léon XIV a renversé la position du Pontificat face aux « prédateurs du micro », cette horde de journalistes à sensation qui, prêts à écraser les personnes et le bien de l'Église pour alimenter une simple impression, se sont retrouvés détrônés par un pape qui ne récite pas leur texte.
Interrogé sur son prochain voyage apostolique, Léon XIV ne se lance pas dans une hypothèse géopolitique ni ne laisse place à la moindre théorie du complot : il dit Afrique. Mais surtout, il explique la raison, passée inaperçue des vaticanistes : « pour affermir la foi ». Non pas pour flatter les inepties des journalistes athées qui pullulent au Bureau de presse du Saint-Siège, mais pour réaffirmer le seul mandat d'un pape : être un gardien de la foi, et non un aliment pour les médias sensationnalistes. Et il ajoute, avec la précision de quelqu'un qui possède une véritable spiritualité : « J'aimerais aller en Algérie pour visiter les lieux de saint Augustin. » Prévost reste profondément attaché à Augustin, un homme qu'il suit depuis le début de sa vocation. Même l'ironie se fait tranchante face à un journalisme autoréférentiel. Le pape explique : « Je ne sais pas si j'ai dit "waouh" hier soir. Mon visage est très expressif, et j'aime souvent observer comment les journalistes l'interprètent. Parfois, vous m'inspirez de bonnes idées, car vous pensez pouvoir lire dans mes pensées ou sur mon visage. Mais vous n'avez pas toujours raison. Vous n'avez pas toujours raison. » Une pique claire à l'encontre de ceux qui… Les journalistes qui, ces derniers mois, depuis son élection, ont tenté de le cataloguer selon sa façon de s'habiller, de parler et de s'exprimer, ont mis fin aux spéculations. Prevost se révèle être un homme d'une grande spiritualité, qui refuse toute manipulation. Le Pape fait taire les rumeurs et révèle ce qu'a toujours été le Successeur de Pierre – et ce que de nombreux journalistes ont eu intérêt à nous faire oublier – : un homme de prière, de paternité spirituelle et de foi inébranlable. Un Pape, et non un commentateur de second plan.
06/12/2025
Tiens, que se serait-il passé si un État ayant encore quelque souvenance de ses racines chrétiennes avait offert une représentation, non d’« esprit » mais d’« ange » gardien ? Je vous laisse imaginer. Mais esprit et ange, c’est la même chose – sauf qu’il y en a des bons et des mauvais.
L’esprit de la COP30
En l’occurrence, cet « esprit gardien » est censé représenter l’esprit de la COP, avec des éléments tirés des cultures chinoise et brésilienne : le dragon, symbole oriental de la force, du pouvoir cosmique et de la protection, et le jaguar, symbole amazonien de la force, du territoire, de la nature et des ancêtres. Un être hybride donc, une chimère qui efface et contredit les frontières entre les espèces.
Il est accompagné, à quelques mètres, d’une statue de « Mère Brésil », une jeune femme portant sur son genou droit un jeune enfant, et sur son genou gauche, un jaguar cornu. Tout au plus peut-on dire que cette statue est nettement plus avenante que la très moche « Pachamama » enceinte, promenée dans Rome et jusque dans les jardins du Vatican à l’occasion du synode sur l’Amazonie. Mais elle n’est pas sans rappeler une affiche qui avait été installée à l’église Santa Maria in Traspontina lors du synode d’Amazonie montrant une photo d’une indigène tenant son enfant par le bras gauche tout en allaitant un cochonnet sauvage, avec la mention « tout est lié »…
La COP30 sous le signe du dragon
Revenons au dragon. Dans la symbolique occidentale, celui-ci représente clairement le mal, un monstre à combattre, et il est associé au démon – même si aujourd’hui la littérature et la cinématographie enfantines tentent d’effacer aussi cette référence en faisant du dragon un animal sympathique et bienveillant. La statue offerte par le PC chinois accentue la perspective démoniaque puisqu’elle est coiffée de cornes de bouc : la bête aux crocs effrayants tient entre ses griffes un globe terrestre avec en son centre l’Amazonie.
Mais ce ne sont pas exactement des griffes : le dragon a un buste humain ponctué de plaques de dragon façon stégosaure, recouvert des taches de jaguar, et ce sont des mains d’homme qui enserrent le globe.
Pour Alex Newman, envoyé spécial de The New American à la COP30, cette statue montre bien que ce qui se joue actuellement est une « bataille spirituelle » : « Elle ressemble à une bataille politique. Elle ressemble à une bataille contre le changement climatique et pour l’environnement, mais c’est littéralement une bataille spirituelle. »
La Chine communiste offre une statue de dragon ; et une autre de femme.
Il ajoute, dans une vidéo qui permet d’examiner la statue sous toutes les coutures : « Ce qui se passe tout au long de ce processus, c’est qu’ils utilisent ce prétexte du changement climatique. Pour démanteler non seulement les infrastructures énergétiques aux États-Unis et dans le monde occidental en général, mais aussi toute notre économie ; ils l’utilisent pour fermer nos industries et les transférer vers la Chine communiste, vers des endroits où ils n’ont pas les traditions, les libertés, les protections constitutionnelles qui sont les nôtres. Nous avons pensé que c’était un symbole très approprié. » (1)
On peut relire à cette occasion le 12e chapitre de l’Apocalypse, ce mystérieux récit qui met lui aussi en scène un dragon et une femme ayant donné le jour à un enfant mâle, mais qui les oppose comme le mal s’oppose au bien et cherche à l’anéantir.
(1) NDLR : sans oublier la destruction de notre paysannerie.
05/12/2025
La révolte paysanne s'amplifie et se durcit. Premier signal fort : l’élection le 19 novembre de Bertrand Venta à la présidence de la Coordination Rurale. Porté par une base militante du Sud-Ouest et une ligne "dure", ce résultat (près de 30 % des voix aux élections des Chambres d'agriculture) témoigne d'une volonté claire d'en découdre avec l’immobilisme.
Le conflit se cristallise désormais autour de la gestion calamiteuse des crises sanitaires, notamment la Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC). La politique de l'abattage total d'un troupeau pour un seul cas détecté, même sur des bêtes vaccinées, ne passe plus. Cette aberration a provoqué une alliance de circonstance inédite entre la Coordination Rurale et la Confédération Paysanne. Ces deux syndicats deviennent ainsi majoritaires. L’exemple récent de Pouilley-Français, dans le Doubs, est édifiant : pour une vache malade, l’État n'a pas hésité à déployer 175 gendarmes, usant de gaz lacrymogènes et de tirs de LBD contre 300 manifestants venus protéger le cheptel. Comme si la détresse de l’éleveur qui voit tuer ses 81 bêtes ne suffisait pas …
Face à cette fronde, l’exécutif semble fébrile. La presse rapporte un incident révélateur : le limogeage du préfet du Pas-de-Calais, sanctionné pour avoir laissé Emmanuel Macron marcher 500 mètres sous la pluie lors d'une manifestation anti-Mercosur. Mais au-delà de cette anecdotique nervosité présidentielle, c'est bien la recommandation de la Cour des comptes du 22/05/23 qui est visée, à savoir la réduction du cheptel bovin pour respecter les engagements climatiques, avec une baisse d'environ 2 millions de têtes d'ici 2035 et 3,5 millions d'ici 2050 (*).
Cette colère est relayée sur ce site car elle dépasse largement le cadre corporatiste ; c'est aussi notre combat pour l'âme du cher pays que nous laisserons à nos enfants. Alors que l'État répond par la force policière à la détresse rurale, la question de la sortie des traités européens pour la reprise en main de notre souveraineté alimentaire se pose aujourd’hui avec acuité.
Kyrie Eleison !
SMR
(*) Sources : AA Picardie Novethic
04/12/2025
Le nom de Léon indiquait également le type de papauté auquel nous pouvions nous attendre. Le dernier Léon, Léon XIII, qui a joui d'un pontificat plus long que prévu à la fin du XIXe siècle et au tout début du XXe siècle, était décrit comme ayant un tempérament intellectuel, diplomate et prudent. Il avait 67 ans lorsqu'il est monté sur le trône, tandis que Léon XIV avait 69 ans. Léon XIII est arrivé à la chaire de Saint-Pierre au début d'une période de profonds changements sociaux, marquée par l'industrie de masse, l'expansion urbaine, le commerce mondial et les mouvements ouvriers, une période souvent décrite comme la deuxième révolution industrielle. Léon XIV est arrivé au pouvoir au début de ce que l'on pourrait appeler une deuxième révolution numérique, une ère d'accélération des progrès technologiques sous l'impulsion de l'intelligence artificielle.
Il est peu probable, voire indésirable, que ce pontificat soit le reflet exact d'un pontificat précédent, mais le nom choisi par le pape était en soi le symbole d'un retour à une période associée à un pontificat stable. Léon XIV n'a pas encore rédigé sa propre Rerum Novarum, même si nous pouvons nous attendre à la voir paraître dans les années à venir, mais le nom qu'il a choisi pour son pontificat est très révélateur du type de pontificat qu'il souhaite mener.
Mais le moment symbolique le plus marquant de la papauté jusqu'à présent est peut-être survenu lors de son premier voyage apostolique à l'étranger. Le Saint-Père est arrivé en Turquie, berceau du christianisme qui, sous la domination islamique, a vu sa population chrétienne presque disparaître, pour commémorer le 1700e anniversaire du concile de Nicée. Le troisième jour de sa visite, le pape s'est rendu à la Mosquée bleue, une mosquée impériale emblématique située au cœur d'Istanbul et symbole de l'identité islamique du pays.
L'histoire des visites des papes dans les mosquées remonte à ce siècle. Le pape Saint Jean-Paul II a été le premier à le faire en 2001, lorsqu'il a visité la mosquée des Omeyyades à Damas, en Syrie, lors de son pèlerinage jubilaire en Grèce, en Syrie et à Malte. Même lors de sa visite dans la nation chrétienne qu'est la Grèce, l'opposition avait été vive, de nombreux dirigeants orthodoxes grecs s'opposant à ce voyage. La controverse s'est poursuivie à son arrivée en Syrie, où la décision du pape de visiter la mosquée a rencontré une résistance particulière. Un haut dignitaire religieux du Liban voisin, Cheikh al-Hout, a tenté d'imposer ses conditions, déclarant à la presse : « Dans un État musulman, les crucifix ne doivent pas être exposés en public, et encore moins à l'intérieur d'un lieu saint islamique. Le pape doit respecter ces conditions comme tout le monde. » Heureusement, le prélat local, l'archevêque Isidore Battikha, n'avait pas de tels scrupules et a informé la presse que « la croix serait bien visible sur les vêtements liturgiques du pape lorsqu'il entrerait dans la mosquée ». En fin de compte, le voyage a également permis au souverain pontife de s'arrêter pour prier à l'intérieur de la mosquée.
Tout comme Léon XIV, les papes Benoît XVI et François ont également visité la Mosquée bleue. La visite de Benoît XVI en 2006 a été éclipsée par les retombées de la conférence de Ratisbonne, au cours de laquelle le pape avait cité l'empereur byzantin et moine chrétien Manuel II Paléologue critiquant l'islam. En entrant dans la mosquée, Benoît XVI s'est arrêté pendant environ deux minutes en silence. Le quotidien turc Milliyet a rapporté ce moment avec le titre « Comme un musulman ». Le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, a commenté plus tard que « le pape s'était arrêté pour méditer et avait certainement tourné ses pensées vers Dieu ».
Le pape François a semblé aller plus loin lors de sa visite en 2014. Debout aux côtés du grand mufti d'Istanbul de l'époque, Rahmi Yaran, la tête baissée, les mains jointes, François a prié en silence pendant plusieurs minutes. Le grand mufti a répondu ensuite en disant : « Que Dieu l'accepte ».
Compte tenu de la tendance actuelle à l'expression extérieure de la cordialité interconfessionnelle, on aurait pu raisonnablement s'attendre à ce que le pape Léon fasse de même. En effet, le compte rendu de l'événement par le Vatican lui-même indiquait initialement que Léon s'était arrêté pour prier.
En entrant dans la Mosquée bleue, l'un de ses imams, Asgin Tunca, a invité le pape à prier en disant : « Ce n'est pas ma maison, ni votre maison, c'est la maison d'Allah. » Cependant, le pape Léon a répondu à l'invitation en déclinant poliment. Le Vatican a ensuite corrigé son affirmation antérieure selon laquelle le pape avait prié, en déclarant qu'il avait visité la mosquée « dans un esprit de réflexion et d'écoute attentive, avec un profond respect pour le lieu et pour la foi de ceux qui s'y rassemblent pour prier ».
Tout comme le port de la mozzetta ou le choix du nom papal Léon, la décision de ne pas prier dans la mosquée était en soi symbolique. Il ne s'agissait pas, comme pourraient le prétendre ceux qui présentent le christianisme comme opposé à l'islam, d'un rejet de la croyance musulmane. Il s'agit plutôt de reconnaître que le rôle du pontife romain n'est pas de renforcer la coopération avec les religions autres que le christianisme. Les catholiques fidèles, avec une certaine justification, ont été scandalisés par le fait que les dirigeants de l'Église aient permis que le dialogue interreligieux débouche sur une prière commune, et il semble que Léon ait pris acte de ces inquiétudes, choisissant de faire passer les obligations de sa fonction avant l'image qu'il renvoie afin de satisfaire une presse laïque.
Les indices de ce changement d'orientation sont exposés dans le livre Leo XIV : Citizen of the World, Missionary of the 21st Century (Léon XIV : citoyen du monde, missionnaire du XXIe siècle) de la correspondante chevronnée au Vatican Elise Ann Allen. Dans cet ouvrage, qui s'appuie sur de longs entretiens, il déclare franchement à Allen : « Je ne considère pas que mon rôle principal soit d'essayer de résoudre les problèmes du monde ». En d'autres termes, le pape s'intéresse à ce qui concerne l'Église, à sa mission qui consiste à amener les gens à connaître Jésus.
Si le dialogue interreligieux est en vogue, parce que la société laïque est convaincue qu'il conduira à une plus grande harmonie, les diktats laïques font rarement bon christianisme. Il y a deux cents ans, la société laïque affirmait que les gens pouvaient être réduits en esclavage. Il y a cinquante ans, elle affirmait que les enfants à naître ne méritaient pas la pleine dignité humaine. Aujourd'hui, elle débat pour savoir si les personnes atteintes d'une maladie physique ou mentale ne seraient pas mieux mortes. Que l'on soit d'accord ou non sur tous les points, le christianisme offre un cadre moral plus long et plus cohérent que tout autre.
De même, le respect d'une autre religion n'est pas une capitulation. De l'avis général, les musulmans n'ont pas été offensés. Un hybride entre l'islam et le christianisme serait un affront aux fondements des deux religions.
Le livre d'Allen donne également un aperçu de ce qui pourrait bien être une priorité centrale pour cette papauté : réparer le scandale de la désunion entre les chrétiens. Dans son ouvrage, il indique clairement qu'il espère « jeter des ponts » avec le patriarche de Moscou et le patriarche de Constantinople, car « nous croyons tous en Jésus-Christ, le Fils de Dieu et notre Sauveur ». Il n'a pas hésité à prier à la cathédrale apostolique arménienne d'Istanbul, où il s'est joint à Bartholomée Ier et à plus de 400 membres du Saint-Synode du Patriarcat œcuménique pour la Divine Liturgie de la fête de Saint-André.
Si la décision du pape Léon de ne pas prier dans un lieu non destiné au culte chrétien peut déstabiliser les impulsions laïques qui cherchent à brouiller les frontières entre les religions, elle indique clairement que ses priorités ne sont pas de ce monde. Il se préoccupe de l'Église, tant en communion qu'en séparation. Son voyage dans les anciennes terres chrétiennes de Turquie l'a clairement montré.
Thomas Edwards sur le Catholic Herald
03/12/2025
[…] c’est sur votre terre que furent célébrés les huit premiers Conciles Œcuméniques. Cette année marque le 1700e anniversaire du premier Concile de Nicée, « pierre angulaire du cheminement de l’Église et de l’humanité tout entière » (François, Discours à la Commission théologique internationale, 28 novembre 2024), un événement toujours actuel qui nous lance certains défis que je voudrais mentionner.
Le premier est l’importance de saisir l’essence de la foi et le fait d’être chrétiens. Autour du Symbole de la foi, l’Église à Nicée a retrouvé l’unité (cf. Spes non confundit. Bulle d’indiction du Jubilé ordinaire de l’année 2025, n. 17). Il ne s’agit donc pas seulement d’une formule doctrinale, mais d’une invitation à rechercher toujours, au sein même des différentes sensibilités, spiritualités et cultures, l’unité et l’essentialité de la foi chrétienne centrées sur le Christ et sur la Tradition de l’Église. Nicée nous invite encore aujourd’hui à réfléchir à cette question : qui est Jésus pour nous ? Que signifie, dans son essence même, être chrétien ? Le Symbole de la foi, professé de manière unanime et commune, devient ainsi un critère pour le discernement, une boussole, un pivot autour duquel doivent s’articuler notre croyance et notre action. Et à propos du lien entre la foi et les œuvres, je voudrais remercier les organisations internationales, notamment Caritas Internationalis et Kirche in Not, pour leur soutien aux activités caritatives de l’Église et surtout pour l’aide apportée aux victimes du tremblement de terre en 2023.
Le second défi concerne l’urgence de redécouvrir dans le Christ le visage de Dieu le Père. Nicée affirme la divinité de Jésus et son égalité avec le Père. En Jésus, nous trouvons le vrai visage de Dieu et sa parole définitive sur l’humanité et sur l’histoire. Cette vérité remet constamment en question nos représentations de Dieu, lorsqu’elles ne correspondent pas à ce que Jésus nous a révélé, et nous invite à un constant discernement critique sur les formes de notre foi, de notre prière, de notre vie pastorale et de notre spiritualité en général. Mais il existe encore un autre défi, que je qualifierais de “retour de l’arianisme”, présent dans la culture actuelle et parfois parmi les croyants eux-mêmes : lorsque l’on regarde Jésus avec une admiration humaine, peut-être même avec un esprit religieux, mais sans le considérer vraiment comme le Dieu vivant et vrai présent parmi nous. Son identité de Dieu, Seigneur de l’histoire, est en quelque sorte occultée et on se limite à le considérer comme un grand personnage historique, un maître sage, un prophète qui a lutté pour la justice, mais rien de plus. Nicée nous le rappelle : Jésus-Christ n’est pas une figure du passé, il est le Fils de Dieu présent parmi nous, qui guide l’histoire vers l’avenir que Dieu nous a promis.
Enfin, un troisième défi : la médiation de la foi et le développement de la doctrine. Dans un contexte culturel complexe, le Symbole de Nicée a réussi à transmettre l’essence de la foi à travers les catégories culturelles et philosophiques de son époque. Cependant, quelques décennies plus tard, lors du premier Concile de Constantinople, nous voyons que celui-ci est approfondi et étoffé et, c’est précisément grâce à l’approfondissement de la doctrine, qu’une nouvelle formulation est élaborée : le Symbole de Nicée-Constantinople, celui qui est couramment professé dans nos célébrations dominicales. Là encore, nous en retirons une grande leçon : il est toujours nécessaire de transmettre la foi chrétienne à travers des langages et des catégories du contexte dans lequel nous vivons, comme l’ont fait les Pères à Nicée et lors des autres Conciles. En même temps, nous devons distinguer le cœur de la foi des formules et des formes historiques qui l’expriment, lesquelles restent toujours partielles et provisoires et peuvent changer au fur et à mesure que nous approfondissons la doctrine. Rappelons que le nouveau docteur de l’Église, saint John Henry Newman, insiste sur le développement de la doctrine chrétienne, car celle-ci n’est pas une idée abstraite et statique, mais elle reflète le mystère même du Christ : il s’agit donc du développement interne d’un organisme vivant, qui met en lumière et explicite mieux le noyau fondamental de la foi. […]
03/12/2025
Un article de Tribune Chrétienne met en lumière un paradoxe touchant : le chef de l’Église catholique se nourrit spirituellement de La Pratique de la présence de Dieu de Frère Laurent de la Résurrection. Ce moine carme, qui passait ses journées à la cuisine et à la cordonnerie, a laissé un héritage fulgurant : la capacité de transformer les tâches les plus banales en prière continue.
Pour Léon XIV, cette spiritualité de l’instant présent est une ancre. Il ne s’agit pas de multiplier les dévotions complexes, mais d’entretenir une « conversation simple et constante » avec le Ciel, où chaque action est offerte par amour. Cette approche fait écho à la maxime de saint Augustin, dont le Pape souhaite visiter la terre natale en Algérie : « Aime, et fais ce que tu veux. »
L’auteur de l’article souligne avec justesse que cette simplicité évangélique n’est pas une fuite du monde, mais le moteur de la diplomatie pontificale. Que ce soit au Liban ou lors de son passage marquant à la Mosquée Bleue en Turquie, l’attitude du Pape reflète cette « présence » : un dialogue ouvert, respectueux, qui cherche à transformer la méfiance en rencontre sans jamais diluer sa propre identité chrétienne.
En bref le Saint Père nous rappelle que la véritable grandeur spirituelle réside dans l’ordinaire. En adoptant la voie de Frère Laurent, Léon XIV offre au monde une leçon d’humilité : la paix, intérieure comme géopolitique, commence par une fidélité silencieuse dans les petites choses du quotidien.
02/12/2025
Au terme de sa vie publique, les disciples de Jésus reprennent les paroles mêmes des anges apparaissant aux bergers au moment de sa naissance. Là comme à la Nativité, la proclamation de la royauté de Jésus est une louange et non pas une revendication. Tous les baptisés sont appelés, à la suite des anges et des disciples, à louer le Christ comme étant le roi. Le roi et pas simplement leur roi. Il est effectivement roi de l’univers. Dans les jours où nous faisons mémoire de la publication, le 11 décembre 1925, de l’encyclique Quas primas dans laquelle Pie XI instaure la fête du Christ-Roi, il est bon de méditer sur l’actualité d’une telle doctrine. Beaucoup d’éléments de celle-ci ayant déjà été enseignés cette année, je me contenterai de relever ce que devient une société qui refuse explicitement de reconnaître la royauté du Christ sur elle. En effet, la réponse du Christ aux pharisiens peut se comprendre comme le déploiement de la justice immanente. Autrement dit, si le Christ n’est pas reconnu positivement comme roi, sa royauté se manifestera en creux, négativement… mode paradoxal de son affirmation. Les « pierres » sont donc les événements.
Lorsqu’une société, comme la France, apostasie sa foi chrétienne, elle renonce à recevoir la mesure ultime de sa vie de Dieu. Jésus est le Verbe fait chair et, à ce titre, il a tout en commun avec le Père et « par suite la souveraineté suprême et absolue sur toutes les créatures » (Quas primas, n° 5) La royauté universelle du Christ repose donc sur l’union du Verbe à la nature humaine.
Or « Dieu a tout créé par le Verbe éternel, son Fils bien-aimé. C’est en Lui ‘’qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre’’ » (CEC, n° 291) La nature dans son ensemble et la nature humaine reçoivent leur consistance et leur bonté de la Sagesse créatrice qui en est la source. Toute la dynamique de l’agir humain, individuel et collectif, est donc fondé sur les grandes inclinations vers des biens fondamentaux, inclinations immanentes à la nature de l’homme. Telle est ce que l’on nomme la loi morale naturelle. Nous comprenons ainsi qu’une des modalités essentielles du règne du Christ sur la société est le respect de la loi naturelle par le gouvernement, le législateur et le peuple. Que devient une société qui refuse explicitement de rendre un culte public à Dieu, et par là de Le reconnaître comme le fondement ultime de toute autorité sociale et politique ? Cette société se coupe de sa source et plonge inéluctablement dans l’injustice systémique et le désordre.
Notre régime politique est fondé sur un tel refus, à savoir le laïcisme. Dire cela ne veut pas dire que le régime antérieur était parfait, loin s’en faut ! En effet, il ne suffit pas de reconnaître officiellement la royauté du Christ pour que la société soit indemne de toute injustice. La royauté sociale du Christ n’est pas encore l’avènement plénier du Royaume de Dieu qui se révélera à la fin des temps.
Le laïcité maçonnique est synonyme de libre-pensée, c’est-à-dire qu’elle repose sur l’affirmation de la souveraineté absolue de la raison et de la liberté humaines. Les lois permissives qui déferlent depuis près de soixante ans ne sont que la conséquence directe du refus de reconnaître la loi morale naturelle comme mesure du juste et du bien. Et ce refus a pour racine la volonté politique de construire une société sans Dieu. La foi chrétienne, au même titre que toutes les autres croyances ou options spirituelles, est cantonnée dans la sphère privée ou associative. Tout ce qui relève des institutions publiques doit être neutre religieusement et donc aussi à terme neutre anthropologiquement et moralement. Cette neutralité éthique de l’Etat, résultat logique de la laïcité maçonnique, ne peut engendrer que le nihilisme libertaire. Il est urgent que les catholiques se libèrent de cette cage mentale pour honorer et promouvoir à temps et à contretemps le bien et le juste. Nietzsche, qui n’est certes pas un père de l’Eglise, l’avait dit. Si « Dieu est mort », le monde humain est comme la Terre sortie de son orbite. Si au commencement n’est pas le Logos, alors tout est condamné à retourner au Chaos.
02/12/2025
L’Enseignement catholique a décidé de hausser le ton et dénonce ouvertement un manque de près d’un milliard d’euros dans les financements publics qui lui sont dus. Une étude de la Fédération nationale des organismes de gestion de l’enseignement catholique (Fnogec) révèle en effet un déficit massif : 900 millions d’euros par an, soit 450 euros manquants par élève sous contrat.
En cause : le non-respect du forfait d’externat, pourtant prévu par la loi Debré de 1959, qui impose un financement à parité entre élèves du public et du privé sous contrat.
Depuis plusieurs années, de nombreuses collectivités locales considèrent ces versements comme une simple subvention, donc facultative. Or il s’agit d’une obligation légale, rappelée avec force par Pierre-Vincent Guéret, président de la Fnogec, qui insiste : « Ce n’est pas une aide discrétionnaire mais une contrepartie à une mission de service public. »
Les communes, départements et régions doivent financer les dépenses de fonctionnement et les personnels non enseignants. Pourtant, l’étude pointe des écarts spectaculaires du simple au triple pour départements et régions. En Corse, un lycéen du privé reçoit 459 €, contre 1 123 € en Bourgogne-Franche-Comté. Ces disparités créent une véritable « loterie du code postal ».
Ce sous-financement chronique fragilise particulièrement les petites écoles rurales, dont le modèle économique était déjà tendu. Guillaume Prévost, secrétaire général de l’Enseignement catholique, s’alarme : « Le risque est qu’on cherche à fermer nos écoles pour maintenir l’école publique dans un contexte de baisse démographique. » Faute de moyens, certaines communes renoncent aussi à desservir les établissements catholiques dans leurs plans de transports scolaires, pénalisant les familles et renforçant les inégalités territoriales.
Les conséquences sociales sont tout aussi préoccupantes. Alors que l’Enseignement catholique est souvent critiqué sur la question de la mixité, il souligne qu’un financement conforme à la loi permettrait précisément de la renforcer. Avec 450 euros supplémentaires par élève, les établissements pourraient diminuer les contributions demandées aux familles, aujourd’hui alourdies pour compenser le désengagement public.
Face à cette situation, Guillaume Prévost adopte une nouvelle stratégie : interpeller les parlementaires, exiger la transparence des modes de calcul et se préparer à un recours juridique, y compris devant le Conseil d’État ou via une question prioritaire de constitutionnalité.
Dans leur message récent, les évêques de France appelaient à « conjuguer enracinement chrétien et ouverture à tous », soulignant la mission éducative unique de ces établissements et leur service des plus fragiles.
Ce débat dépasse le seul cadre du privé car les écarts révélés interrogent aussi l’égalité de traitement entre élèves du public selon leur territoire. « Les chiffres montrent que les enfants du public eux-mêmes ont du souci à se faire », rappelle la Fnogec.
Marie Etcheverry dans l'Homme Nouveau
01/12/2025
Le texte de ce poème reprend celui du beau chant d’entrée du quatrième dimanche de l’Avent qu’il utilise comme refrain : Rorate Cæli desuper et nubes pluant Justum (Cieux répandez votre rosée, que des nuées descende le Juste, (c’est-à-dire leSauveur).
La référence scripturaire de cet introït et de cette prose, c’est le prophète Isaïe, qui est tout spécialement mis à l’honneur pendanttout le temps de l’Avent. Isaïe est par excellence le prophète de l’Emmanuel, le prophète du Dieu qui vient à notre rencontre, leprophète de la consolation promise par Dieu à Israël.
Le chant du Rorate Cæli est donc composé d’un refrain et de quatre longs versets qui s’inspirent largement mais librement deplusieurs textes d’Isaïe. Le poète, en effet, s’est comme évadé, libéré de la littéralité du texte sacré, tout en s’en inspirant profondément, mais en laissant également passage à l’Esprit Saint, ce qui donne au final une œuvre originale de toute beauté,relevée encore par la pure merveille de sa mélodie.
Ce chant nous parle au cœur puisqu’il parle du salut, puisqu’il parle de Dieu qui nous sauve, puisqu’il nous parle aussi dumystère du péché et de la souffrance qui nous touche tous, puisqu’il nous parle de l’exil d’ici bas et de la nostalgie d’unbonheur sans fin qui nous est promis, puisqu’il nous parle d’amour, cet amour passionné que Dieu ressent envers nous, nous qui sommes représentés dans le texte par Sion, la ville bien- aimée, comparée à une épouse, l’épouse de Dieu lui-même.
Il peut être bon et nourrissant pour nos âmes, en cette période de l’Avent, de relire quelques passages du prophète Isaïe quinous parlent de cet amour conjugal du Seigneur à notre égard, amour qui va se concrétiser dans la venue du Fils de Dieu dans lachair, par le ministère virginal et maternel de Marie.
Voilà ce que dit Isaïe au chapitre 62, versets 3 à 5 : « Tu seras une couronne brillante dans la main du Sei- gneur, un diadèmeroyal entre les doigts de ton Dieu. On ne te dira plus : Délaissée ! À ton pays, nul ne dira : Désolation ! Toi, tu seras appelée Ma Préférence, cette terre se nommera L’Épousée. Car le Seigneur t’a préférée, et cette terre deviendra L’Épousée. Comme un jeune homme épouse une vierge, ton Bâtisseur t’épousera. Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie deton Dieu. »
L’auteur du Rorate Cæli est donc tout pénétré de cette beauté lumineuse des textes d’Isaïe, qu’il ne se borne pas à citer mot à mot, mais qu’il vit littéralement, dans l’ardeur de sa vie spirituelle, de sa propre expérience mystique. Et il nous invite à vivre ànotre tour cette expérience du salut qui vient toucher notre existence dans l’acte même de notre chant s’élevant vers Dieu.
On peut maintenant proposer une traduction de ce texte magnifique :
Refrain
Et d’abord le refrain : « Cieux répandez votre rosée, que des nuées descende le Juste » (Isaïe 45, 8).
Il est à noter que ce qui semble de prime abord être une prière ardente du Peuple de Dieu est en fait un ordre du Seigneur lui-même dans le texte du prophète : « Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre : je façonne la lumière et je crée les ténèbres, je fais la paix et je crée le malheur. C’est moi, le Seigneur, qui fais tout cela. Cieux, distillez d’en haut votre rosée, que, des nuages, pleuve la justice, que la terre s’ouvre, produise le salut, et qu’alors germe aussi la justice. Moi, le Seigneur, je crée tout cela. »
Et cet ordre de Dieu s’adressant à sa création, devient pour nous une promesse, une promesse que l’Église, dans sa liturgie, etdonc dans nos âmes, a su transposer dans le domaine du salut. La rosée qui vient des cieux, c’est alors le Messie lui-même,ou si l’on préfère la Vierge Marie devenue mère ; et la justice (le texte latin porte le juste, et le juste dans l’ancien Testament, c’est le saint) c’est sûrement le Christ, le fils de Marie qui est aussi le Fils bien-aimé du Père, le Sauveur.
Au fond, on peut penser que ce refrain, c’est en réalité la réponse divine à chacune des demandes exprimées dans les trois premières strophes(on verra que la qua- trième strophe fait aussi parler le Seigneur.)
Il est vrai que la mélodie de roráte monte vers le ciel comme une prière. Les deux interprétations se complètent admirablement : notre prière rejoint l’intention divine de commander la descente du Verbe dans notre chair pour nous sauver du péché. Et de fait la mélodie redescend alors du sommet (le Ré aigu) comme pour par- courir la distance infinie qui sépare lemonde de Dieu de notre pauvre terre, jusqu’au Ré grave sur justum qui désigne le Verbe Incarné, Jésus, fils de l’humbleMarie.
Première strophe
Voyons maintenant la première strophe :

Traduction : « Ne t’irrite pas Seigneur, ne garde pas le souvenir de nos péchés. Voici que la cité du Saint (c’est-à-dire Dieu qui réside dans le sanctuaire) est devenue déserte, Sion est devenue déserte, Jérusalem une désolation, elle qui était ta maison, le séjour de ta sainteté et de ta gloire, où nos pères ont chanté tes louanges. »
La référence, ici, de ce texte douloureux qui ressemble à une lamentation, c’est Isaïe 64, versets 8 à 10, et le texte du prophètes’achève ainsi : « Peux-tu rester insensible à cela, Seigneur, te taire et nous humilier à l’excès ? »
Sion, dans l’inteprétation qu’en fait la liturgie, c’est tantôt l’Église, tantôt la Vierge Marie, tantôt notre âme elle-même. En cettepériode trouble que nous traversons à bien des points de vue, dans la société comme dans l’Église, et dans les difficultés denotre vie spirituelle, nous pouvons nous appliquer ces versets poignants, demander pardon pour les péchés, les fautes quenous voyons en nous ou autour de nous.
Au plan mélodique, les quatre strophes sont bâties sur le même modèle : il s’agit d’un simple récitatif qui monte du Fa initialpour aller s’accrocher d’abord sur le La, non sans faire entendre régulièrement le Sib, donc un demi-ton plein de tendresse etde supplication. Puis la mélodie monte jusqu’au Do à partir du La, et le récitatif devient alors plus intense et se charge d’unebelle émotion : c’est le sommet de chaque strophe qui va toucher le Ré aigu, précisément ce Ré d’où descend la mélodie de cælidans le refrain : notre prière ardente touche le ciel qui répond par la descente du Verbe.
Un apaisement se produit alors, et lastrophe, sans cesser d’être une prière douloureuse, revient au La et finit par se poser dans la paix et la confiance, sur le Régrave qui correspond à celui de la finale du refrain : notre prière est exaucée dans la venue du Juste, Jésus, fils de Marie. Ces strophes si expressives dans leur simplicité quasi syllabique, sont donc pleines de sens jusque dans leur agencement mélodique.
Deuxième strophe
Voyons maintenant la deuxième strophe :

Traduction : « Nous avons péché et nous sommes devenus comme l’immondice, et tous nous sommes tombés comme des feuilles mortes. Et nos fautes, comme un ouragan, nous ont emportés. Tu nous as caché ton vi- sage, et tu nous as brisés par la mainmême de nos iniquités. »
C’est la strophe la plus consternante, celle qui décrit notre situation morale de pécheurs en des termes vi- goureux. Prendreconscience de son péché, mais sans jamais désespérer, c’est une grâce, c’est même la grâce de l’aurore du salut.
La référence scripturaire de cette strophe, c’est encore Isaïe, bien sûr, et c’est encore le chapitre 64, mais le compositeur estremonté plus haut dans le texte sacré qu’il cite toujours librement, pour y puiser ces mots douloureux, empruntés aux versets4 à 6 :
« Tu étais irrité, mais nous avons encore péché, et nous nous sommes égarés. Tous, nous étions comme des gens impurs, ettous nos actes justes n’étaient que linges souillés. Tous, nous étions desséchés comme des feuilles, et nos fautes, comme levent, nous emportaient. Personne n’invoque plus ton nom, nul ne se réveille pour prendre appui sur toi. Car tu nous ascaché ton visage, tu nous as livrés au pouvoir de nos fautes.
La plus grande souffrance, et c’est bien celle de notre époque, c’est d’être privée de la vue du visage de Dieu, c’est-à-dire, de se heurter au silence du Seigneur qui s’est retiré devant notre impénitence. Perdre de vue le visage d’amour de Dieu dans notre vie, c’est synonyme de péché, et c’est s’égarer et être livré au triste pouvoir de ses fautes. Notre monde qui ne veut plus de Dieu vit cette pénible expérience. Avec la fin de cette strophe, on peut dire que nous sommes au plusprofond de la misère humaine.
Troisième strophe
Vient alors la troisième strophe qui est celle de la prière de supplication :

Traduction : « Vois Seigneur l’abattement de ton peuple et envoie celui qui doit être envoyé. Envoie l’Agneau, souverain de l’univers, qu’il vienne du rocher du désert vers la montagne de la fille de Sion, afin qu’il ôte le joug de notre captivité. »
Le cœur de cette strophe, c’est la demande de l’envoi de l’Agneau, et là encore le texte de référence est celui d’Isaïe, au chapitre 16, verset 1 :
« Envoyez au maître du pays un agneau, depuis La Roche au désert, vers la montagne de la fille de Sion. »
Le compositeur a introduit au début de sa strophe la parole du Seigneur s’adressant à Moïse au début du livre de l’Exode(chapitre 3, versets 7 et 8) qu’il transcrit sous forme de prière en la faisant devenir notre propre cri de détresse :
« Le Seigneur dit : « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups dessurveillants. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de cepays vers un beau et vaste pays, vers un pays, ruisselant de lait et de miel. »
L’envoyé de Dieu sera Moïse, mais Moïse n’est que l’annonciateur du véritable envoyé, le Fils qui viendra nous sauver,l’Agneau de Dieu qui sera immolé pour nos péchés et qui viendra ôter de nos épaules le joug de la captivité. L’image du joug est très présente dans l’Ancien Testament, et elle désigne toujours une forme d’esclavage. Jésus la reprendra pour montrercombien son joug à lui, à l’inverse de celui du péché, est doux à porter et libérateur pour celui qui le porte (Matthieu, 11, 29) :
« Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. »
Quatrième strophe :

Traduction : « Console-toi, console-toi, mon peuple, bientôt viendra ton salut. Pourquoi te laisses-tu consumer par la tristesse, parce que la douleur se renouvelle en toi ? Oh mais je te sauverai, ne crains pas. Je suis le Seigneur, ton Dieu, le Saint d’Israël, ton sauveur. »
C’est la réponse du Seigneur à la demande ardente de son peuple, contenue dans les trois premières strophes, et cette réponsen’est pas moins ardente que la demande. Il y a dans ce texte, à lui seul, une intensité poignante, une tendresse bouleversante. Et c’est ici aussi que la mélodie vient épouser au mieux ce texte pour lui donner un surcroît merveilleuxd’intensité, de proximité amoureuse, de confiance absolue, au sein de la plus entière désolation intime.
À travers ce chant, le Seigneur se penche sur toute souffrance humaine, il lui donne un sens, une issue, dans l’amour brûlant qu’il éprouve pour ses créatures. C’est par excellence le chant de la consolation.
La référence scripturaire est précisément le début du chapitre 40 du prophète Isaïe que l’on appelle justement le livre dela Consolation, parce qu’il commence par ces mots qu’a repris le compositeur :
« Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu, parlez au cœur de Jérusalem. »
Le reste de cette strophe est une compilation de différents mots tous empruntés toujours au prophète Isaïe, mais épars dans sonlivre. Par exemple, Isaïe, 41, 14 :
« Ne crains pas (noli timere), Jacob, pauvre vermisseau, Israël, pauvre mortel. Je viens à ton aide (salvabo te), oracle duSeigneur ; ton rédempteur, c’est le Saint d’Israël. »
Ou encore Isaïe, 51, 14-15 :
« Bientôt il viendra (cito véniet), le prostré sera libéré, il ne mourra pas dans un cachot, et le pain ne lui manquera pas ! Moi, je suis le Seigneur, ton Dieu. »
Ce chant de l’Avent est un chant de désir, un chant qui est tout chargé de l’attente de l’humanité, cette attente qui s’exprime à travers les nombreux « Viens », « Viens Seigneur Jésus », de la liturgie de l’Avent. « Viens », nous sommes tous des mendiants de joie et de bonheur, des pauvres qui ont besoin d’aimer et d’être aimés, des êtres assoiffés d’éternité et d’infini.
Dieu vient combler cet abîme et le déborder de toutes parts, par son amour, sa folie d’amour pour nous, qui le pousse hors de lui-même, le force à quitter l’éclat de sa lumière dans sa vie divine et à descendre jusque dans la région des ténèbres où nousvivons, pour nous éclairer, nous réchauffer, nous transformer au contact de ce feu d’amour qui nous touche.
Il y a tout cela dans le petit enfant de la crèche, petit être abandonné et sans défense dans la jungle de l’humanité, mais fort d’un amour qui ira combattre nos résistances et nos haines jusque sur la croix. Cette rosée si délicate qui est venue rafraîchir notre humanité desséchée, c’est la Vierge Marie qui l’a demandée et obtenue pour nous.
Ce chant est profondément marial. Il nous parle aussi dupéché, cette notion que l’on néglige tant dans nos vies aujourd’hui. Se reconnaître pécheur, c’est accéder au sens renouvelé de Dieu et de son amour, c’est appeler sur soi la miséricorde, c’est obliger Dieu à être ce qu’il est, un Dieu de bonté, un Dieu quise penche, un Dieu qui se donne et qui donne tout avec lui, le salut, le bonheur, l’amour.
Un moine de Triors (via l'Homme Nouveau)
Une belle interprétation de Harpa Dei, un peu sirupeuse et qui en fera hurler certains, mais j'assume !
29/11/2025
Une année de confiance et de prière
À l’instar du précepte sabbatique, la prescription de l’année jubilaire invite le peuple élu à la confiance et à la prière. Sans commander d’œuvres religieuses spécifiques, mais en demandant l’abstention de toute activité agricole (ensemencement, moisson, vendange) le Seigneur appelle Israël à se reposer sur la bénédiction promise pour la sixième année (Lv 25, 21). L’année commençait et se terminait début automne (au moment de la fête des expiations : Yom Kippour), juste après la fin des récoltes, avant les semailles, qui étaient donc reportées à l’année suivante.
Une année de grâce
Mais surtout, l’année jubilaire était une année de « grâce », c’est à dire d’amnistie et de libération : tous les cinquante ans, toutes les dettes, hypothèques et autres aliénations étaient annulées, les servages affranchis. Chaque famille d’Israël rentrait dans la possession du bien qui lui avait été historiquement échu lors de la grande répartition de Josué. Puisque chaque portion de sol agricole revenait à la famille qui la détenait originellement, la propriété était finalement inaliénable, puisqu’elle avait été confiée en quelque sorte par Dieu. Le Lévitique prévoyait ainsi que les prix des transactions foncières soient fixés selon le nombre d’années restant avant le jubilé. Flavius Josèphe ajoute qu’au moment de la rétrocession des biens, vendeurs et acheteurs pouvaient convenir d’une indemnisation sur la base des dépenses et des fruits de la propriété. En revanche, il semble que le jubilé n’avait pas d’effet dans les villes entourées de murs, où les maisons pouvaient être définitivement acquises, sauf celles des Lévites.
La pratique du jubilé dans le monde de l’Ancien Testament
De nombreux passages de la Bible montrent l’importance de la pratique du jubilé à l’époque de la monarchie d’Israël :
– « L’héritage des enfants d’Israël ne passera pas d’une tribu à une autre tribu, et les enfants d’Israël s’attacheront chacun à l’héritage de la tribu de ses pères » (Nb 36, 4)
– « Si c’est dès l’année du jubilé qu’il consacre son champ, on s’en tiendra à ton estimation ; mais si c’est après le jubilé qu’il consacre son champ, le prêtre en évaluera le prix à raison du nombre d’années qui restent jusqu’au jubilé, et il sera fait une réduction sur ton estimation. » (Lv 27, 16)
– « Si le prince fait un don à quelqu’un de ses fils, ce don sera l’héritage de ses fils ; ils le posséderont comme un héritage. Mais s’il fait à l’un de ses serviteurs un don pris sur son héritage, ce don appartiendra au serviteur jusqu’à l’année de la libération ; puis il retournera au prince ; c’est à ses fils seulement que restera son héritage. Le prince ne prendra l’héritage de personne en l’expulsant violemment de sa propriété ; c’est de sa propriété qu’il donnera un héritage à ses fils, afin que mon peuple ne soit pas chassé, chacun de sa possession. » (Ez 46, 16)
Mais la loi n’est pas toujours respectée, puisque Jérémie raconte comment les princes du temps de Sédécias firent mine de l’appliquer, puis se dédirent : « La parole qui fut adressée à Jérémie[343] de la part de Yahweh, après que le roi Sédécias eut fait un accord avec tout le peuple de Jérusalem pour publier à leur adresse un affranchissement, afin que chacun renvoyât libre son esclave et chacun sa servante, hébreu ou hébreuse, et qu’il n’y eût personne qui retînt en servitude un Judéen son frère. Tous les chefs et tout le peuple, qui étaient entrés dans cet accord, consentirent à renvoyer libres chacun son esclave et chacun sa servante, pour ne plus les retenir en servitude ; ils y consentirent et les renvoyèrent. Mais ensuite ils changèrent d’avis et firent revenir les esclaves, hommes et femmes, qu’ils avaient renvoyés libres, et les obligèrent à redevenir esclaves et servantes. » (Jr 34, 8-11)
Dans le Second livre des Rois, c’est l’impie Achab, époux de Jézabel, roi d’Israël, qui prend la vigne de Naboth, un bien inaliénable, et va jusqu’à le tuer pour en obtenir la possession perpétuelle. Les prophètes avertissent ainsi contre ceux qui, au mépris de la loi du jubilé, ajoutent maison à maison et champ à champ, dans une logique d’accroissement perpétuel.
Il semble cependant que la pratique du jubilé ne survécut pas aux temps de l’exil (du Royaume du Nord, en 722, puis du Sud, en 586) : il n’en est pas fait mention dans le livre de Néhémie au moment où ce dernier parle de l’année sabbatique (Ne 10, 31). La notion dernier jubilé demeura cependant profondément inscrite dans les esprits, puisqu’elle est mentionnée à plusieurs reprises par l’historien Flavius Josèphe à la fin du Ier siècle de notre ère[2]
Que veut dire « jubilé » ?
Au début de l’automne, lors de la cinquantième année, l’ouverture du jubilé était annoncée par le son d’une corne appelée yobel. Ce cor avait retenti en deux circonstances historiques exceptionnelles : au pied du Sinaï, pour appeler le peuple à s’approcher de la montagne de Dieu ; autour de Jéricho, lorsque les prêtres terminèrent le dernier tour autour de la ville.
Le mot qui signifiait sans doute initialement « bélier », l’animal dont la corne était employée comme instrument, en vint par une suite de métonymies à désigner la solennité que ce dernier annonçait, et même l’esprit qui y était associé, puisque Flavius Josèphe conclut que le mot signifie au Ier siècle « liberté ».
De l’Ancien au Nouveau Testament : prophétie et accomplissement
Le prophète Daniel annonçait dans un oracle célèbre[3] l’affranchissement final d’Israël au terme de soixante-dix semaines, soit dix périodes jubilaires. Cette prophétie devait s’accomplir 490 ans après la reconstruction du Temple, lorsque le Seigneur y serait de retour.
Aux premiers temps de son ministère public, de passage dans la synagogue de Nazareth, Jésus fait la lecture du passage d’Isaïe 61 qui annonce la venue du messie en utilisant les termes qui se rapportent à l’année jubilaire : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par son onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres, et il m’a envoyé guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux captifs la délivrance, aux aveugles le retour à la vue, pour rendre libres les opprimés, publier l’année favorable du Seigneur » (Lc 4, 18-19). Refermant le livre, Jésus ajoute : « Aujourd’hui vos oreilles ont entendu l’accomplissement de cet oracle » (Lc 4, 20). Il présente ainsi sa mission comme un accomplissement de la prophétie jubilaire : une année de grâce et de liberté, un affranchissement des liens du péché.
Conclusion
De la corne de bélier aux savants calculs d’hypothèque à la mode hébraïque, le concept de jubilé nous plonge dans les racines de notre foi et jusqu’au cœur des pratiques de l’Ancien Testament. Lorsque l’Église reprit l’institution jubilaire, elle n’entendit certes pas ressusciter toutes les modalités pratiques de la loi ancienne : elle en conserva l’esprit, tel que le Christ lui-même avait voulu le sanctifier en en faisant l’annonce prophétique de sa mission. En réalité, dans le monde du Nouveau Testament et pour le chrétien, chaque année et chaque jour sont une « année de grâce pour le Seigneur », un temps de libération et d’affranchissement : nous vivons désormais dans le temps de l’Esprit et de la Pentecôte[4].
Références
↑1 Les auteurs débattent sur le fait de savoir si l’année jubilaire était la cinquantième année, suivant donc immédiatement l’année sabbatique qui concluait la septième semaine, ou si les deux étaient identifiées.
↑2 Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques, III, 12, 3.
↑3 Dn 9, 24.
↑4 La fête juive de la Pentecôte, placée, justement le cinquantième jour après la Pâque, le départ de la servitude, avait une véritable tonalité jubilaire.
Abbé Paul Roy, FSSP
28/11/2025
Au début du IVe siècle, émerge une menace mortelle pour le jeune christianisme, à peine sorti de la terrible période des persécutions romaines. Né sous l’impulsion d’un prêtre d’Alexandrie, Arius, l’arianisme présente aux chrétiens impériaux le visage séduisant d’un ascétisme philosophique, propre à nourrir les aspirations intellectuelles et spirituelles de la nature humaine (cf. FC n° 3904 du 30 mai 2025). Et pourtant, cette doctrine, qui repose sur l’exagération de principes fondamentaux de la religion – l’éternité, la toute-puissance et la transcendance du dieu –, introduit une distorsion gravissime dans la foi chrétienne et le message révélé.
La divinité du Christ niée
En assénant sans nuance que la plénitude divine est incommunicable et que le Fils – engendré – ne peut être l’égal du Père, Arius détruit simultanément les trois mystères essentiels de la foi. La Sainte Trinité bien sûr, puisque les personnes du Verbe et de l’Esprit ne peuvent plus être considérées comme divines et partageant une unique substance avec le Père. L’Incarnation ensuite, car le Christ n’est plus qu’une créature hors du commun. La Rédemption enfin, car les actes et le sacrifice de Jésus sont alors loin d’avoir cette valeur salvifique infinie qui rachète le péché du genre humain et toute la création avec lui. Une fois niée la divinité du Fils, le christianisme se trouve vidé de sa substance.
Les divers courants de cette hérésie polymorphe ont profondément fragilisé les Églises d’Orient puis d’Occident au tournant de l’Antiquité, favorisant l’émergence de l’islam, qui apparaît à bien des égards comme un ultime sursaut de la vieille rengaine arienne.
Pour le christianisme contemporain, l’arianisme peut cependant apparaître comme un enjeu du passé, à peine digne d’être remémoré, à l’heure des défis de la sécularisation et de la nouvelle évangélisation.
Notre conviction est pourtant que l’erreur d’Arius n’est jamais loin, au point que certains parlent encore avec raison de néo-arianisme – comme le cardinal Koch, président du dicastère pour la promotion de l’Unité des chrétiens, dans un entretien au Tagespost en 2024.
Notre époque partage en effet avec l’antique hérésie ses racines rationalistes et gnostiques : on y trouve en germe la réaction de rejet face à toute forme de mystère, la tentation de niveler toutes les vérités surnaturelles en les mettant au niveau de notre propre raison, aplatissement qui favorise paradoxalement la recherche désordonnée de spiritualités ésotériques et de voies religieuses de traverse.
Cette tentation rejoint les différentes formes contemporaines de dualisme, au terme duquel le corps et l’esprit sont deux principes antagonistes, le second étant attaché au premier pour son malheur et tâchant par tous les moyens de s’en libérer.
Cette mentalité est d’abord nourrie par le rejet d’un matérialisme trop strict : le temps est loin où l’on pensait que l’univers et l’homme n’étaient que matière et pourraient être un jour entièrement maîtrisés par les sciences. Elle s’alimente paradoxalement aussi par l’omniprésence des technologies et la fascination pour l’intelligence artificielle, sorte d’esprit terrestre surpuissant et sans corps, et par l’influence des spiritualités orientales : yoga, méditation transcendantale… dans lesquelles on cherche à libérer l’âme des nécessités corporelles.
L’arianisme contemporain se retrouve encore, selon le cardinal Koch, dans une tendance à ne considérer le Christ que sous l’angle de sa nature humaine, à refuser de voir en lui le Fils éternel, vrai Dieu incarné, à refuser aussi de reconnaître comme divine l’Église fondée par lui pour prolonger auprès de nous son action.
L’Église de 2025 face à la tentation arienne
Ces diverses tentations contemporaines sont-elles une véritable résurgence du vieil arianisme ? Elles constituent, quoi qu’il en soit, un vrai défi pour l’Église et posent la question de la vérité dogmatique : au siècle du relativisme triomphant – grand thème de combat de Benoît XVI, – peut-on encore défendre le vrai contre le faux, est-on capable comme Athanase à Nicée de se battre pour la vérité, au moins en idée ?
Comme à Nicée cependant, la tentation arienne peut être pour l’Église l’occasion de retrouver son essence profonde : la meilleure réponse au nivellement contemporain n’est-elle pas de reprendre conscience qu’« à l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne » (Benoît XVI, Deus Caritas est), et que cette personne humaine et divine nous ouvre seule le chemin du Ciel ? Le christianisme, autrement dit, n’est pas autre chose qu’un regard, une fascination pour le Christ, et la première mission de l’Église est donc d’« annoncer l’Évangile et témoigner de la personne de Jésus-Christ dans toutes les parties du monde et jusqu’aux extrémités de la terre » (Léon XIV). Sans ce retour à un vrai christo-centrisme, le catholicisme contemporain risque de devenir une spiritualité fade et creuse parmi tant d’autres.
Ainsi, face à l’arianisme et à toutes les erreurs contemporaines, les catholiques célébrant le dix-septième centenaire de Nicée pourraient se décourager et désespérer de trouver une réponse adéquate. Que cet anniversaire soit donc l’occasion de refaire de l’Incarnation du Verbe éternel le cœur de notre prédication : « Notre Dieu s’est fait homme pour que nous devenions Dieu » (saint Athanase, Sur l’Incarnation du Verbe).
28/11/2025
La seule bonne nouvelle dans toute cette affaire, c’est que la crèche est bel et bien installée depuis le 26 novembre sur la Grand-Place de Bruxelles, l’un des rares lieux publics où le signe chrétien continue d’être assumé sans détour. Et l’on aimerait la voir aussi sur la place de l’Hôtel-de-Ville à Paris, témoignage simple et courageux d’un héritage chrétien assumé. Rappelons cependant qu’on ne représente pas la beauté divine, ni le mystère de la naissance du Christ, avec des chiffons. Non par mépris de la matière simple ou des moyens pauvres, mais parce que la crèche n’est pas un bricolage.
Elle est un signe donné au monde, un premier éclat de la lumière de Dieu qui se laisse voir. Il ne s’agit pas d’un objet décoratif mais d’un lieu où la foi contemple la tendresse de Dieu dans la fragilité d’un enfant. Utiliser des silhouettes informes de tissu revient non pas à exprimer la simplicité de Noël, mais à appauvrir le sens profond de cet événement, à confondre pauvreté matérielle et laideur symbolique, à oublier que le Dieu qui se fait proche demeure le Dieu de majesté.
Des personnages de tissu sans visage, un patchwork de couleurs censées représenter toutes les teintes de peau, une structure transparente qui évoque davantage une installation d’art contemporain qu’un lieu d’adoration, c’est selon un membre de l’organisation, “un mélange inclusif de toutes les couleurs de peau, pour que tout le monde s’y retrouve.”
Depuis quand faut-il diluer le mystère de Noël sous les apparences de la laideur pour le rendre acceptable par tous par seul soucis » de ne discriminer personne ? » La conceptrice de cette crèche ,Victoria-Maria Geyer, se justifie en expliquant » qu’il y a eu une longue concertation avec l’archevéché de Bruxelles ».Oui, Jésus est né dans une étable, oui il a choisi la petitesse, le froid, la précarité. Mais cette pauvreté n’a jamais été synonyme de laideur ou d’indignité. S’il s’est fait proche des plus humbles, c’est pour révéler la beauté de leur humanité, pas pour réduire le divin à une apparence confuse et sans visage. L’humilité du Christ n’est pas la défiguration, la pauvreté n’est pas l’effacement et la discrimination de vient pas de la différence mais de l’intolérance.
Le Seigneur fait homme est né dans une famille juive, il était Juif Lui-même et son identité d’homme ne peut être renié car c’est là que réside la vraie discrimination, dans la négation d’une identité.
La crèche représentant la Sainte Famille a toujours cherché à montrer que la tendresse de Dieu s’offre dans une lumière douce, dans une présence identifiable, dans un visage d’enfant. Le priver de visage, c’est contredire la réalité même de sa venue parmi nous.
Il ne faut pas confondre l’abaissement volontaire de Dieu avec une négation de sa majesté. Il s’est fait pauvre pour nous rejoindre dans notre misère, mais il reste celui dont les anges chantent la gloire divine. Dans la crèche, cette tension est toujours présente : la paille et la gloire, la pauvreté et la beauté, la fragilité et la splendeur discrète qui émane du Sauveur. Représenter la Sainte Famille par des chiffons multicolores revient à dissoudre cette vérité. Ce n’est plus la crèche de Bethléem, mais un symbole flou, interchangeable, neutre qui n’est plus porteur du mystère divin.
L’inclusivité, lorsqu’elle devient une idéologie, finit par avaler ce qu’elle prétend protéger. À force de vouloir que chacun “s’y retrouve”, on gomme tout, jusqu’à la singularité du mystère célébré.
Une crèche chrétienne devient alors un signe vide. Elle n’annonce plus rien, elle n’évoque plus personne, elle n’ouvre plus aucun chemin spirituel. Elle ne témoigne plus de la venue d’un enfant, mais de la prudence d’une époque qui a peur d’affirmer quelque chose de clair : La Majesté de Dieu qui a rencontré la misère humaine.
Pourtant, malgré tout, Bruxelles ose maintenir une crèche au cœur de sa place principale. Dans un contexte européen où tant de villes effacent peu à peu les symboles chrétiens par peur ou par calcul au motif de la seule laïcité , cette simple présence demeure une petite victoire . Et l’on aimerait sincèrement que Paris ait la même audace, l’audace tranquille de proposer une crèche à l’Hôtel-de-Ville, non pour imposer quoi que ce soit, mais pour rappeler un héritage, une mémoire, une espérance, celle de Noël.
Philippe Marie dans Tribune Chrétienne