Le blog du Temps de l'Immaculée.

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 Mai 25 Juin25 Juil 25 Aout 25 Sept 25 Oct 25 Nov 25 Déc 25 Jan 26
Veni Creator Spiritus, l’hymne de l’Église en prière (Domenico Bartolucci)

10/06/2025

Veni Creator Spiritus, l’hymne de l’Église en prière (Domenico Bartolucci)

Parmi celles-ci, on peut citer l’hymne Veni Creator Spiritus, qui, dans sa mélodie grégorienne, continue de résonner en diverses occasions, et pas uniquement autour de la fête de la Pentecôte. Il est en effet utilisé chaque fois que l’on invoque l’assistance de l’Esprit Saint pour une circonstance particulière.


Le chant du Veni Creator Spiritus est prescrit pour l’Office divin durant la Pentecôte, même s’il nous arrive parfois de l’entendre pendant la Messe, où la séquence Veni Sancte Spiritus est pourtant prescrite. L’hymne est attribué à Rabban Maur, archevêque de Mayence au IXe siècle et grande figure de la culture carolingienne. Composé dans le huitième mode grégorien, le texte est d’une grande beauté et riche en théologie. L’auteur semble rivaliser avec lui-même pour trouver des titres dignes de l’Esprit Saint, qu’il appelle « doux consolateur, don du Père très haut, eau vive, feu, amour, saint chrême de l’âme, doigt de la droite de Dieu… ». Dans une strophe, on demande à l’Esprit d’être lumière pour l’intelligence et de répandre l’amour dans nos cœurs, en fortifiant nos corps faibles de sa vigueur ferme.


Le cardinal Raniero Cantalamessa, ancien prédicateur de la Maison pontificale, affirme :


« Dans l’hymne le plus célèbre à l’Esprit Saint, le Veni Creator, composé au début du IXe siècle, on demande à l’Esprit d’“allumer une lumière dans l’esprit” (accende lumen sensibus). (Le mot sensus ne désigne pas ici les sens extérieurs, mais, comme souvent dans le latin ecclésiastique, l’intelligence, la pensée, l’esprit). »


En somme, on demande à l’Esprit Saint d’éclairer notre esprit et de soutenir notre cœur.
À côté de la version grégorienne, il existe de nombreuses mises en musique de cet hymne, souvent en polyphonie. L’une des plus belles, selon moi, est celle de Domenico Bartolucci (1917–2013), ancien maître de la Chapelle Sixtine et plus tard cardinal. Il en a fait une version pour sopranos, premiers et deuxièmes ténors, barytons et basses – un chœur mixte à cinq voix. Cette version est souvent interprétée lors des cérémonies pontificales, comme lors du récent conclave. Elle s’inspire de la mélodie grégorienne, mais en supprimant certaines notes (les notes inutiles, c’est-à-dire celles qui ne sont pas essentielles à la structure mélodique – une pratique en usage depuis la Renaissance).


Très touchante est la manière dont les voix graves, les voix masculines, forment une sorte de fond sonore au chant des sopranos qui, dans la Chapelle Sixtine, sont confiés à l’innocence vocale des Pueri Cantores. L’usage traditionnel d’habiller polyphoniquement les mélodies grégoriennes a trouvé en Domenico Bartolucci un très grand maître, fidèle d’ailleurs à ce qu’avait affirmé le concile Vatican II, qui réserve au chant grégorien la première place, et à ce qu’avait déjà ordonné saint Pie X dans son motu proprio sur la musique sacrée :


« Le chant grégorien a toujours été considéré comme le modèle suprême de la musique sacrée. Aussi peut-on poser en principe général : plus une composition sacrée s’inspire, dans sa forme, son inspiration et sa saveur, de la mélodie grégorienne, plus elle est propre au culte divin ; plus elle s’en éloigne, moins elle est digne du sanctuaire. »

 

Une règle que le maître toscan a suivie de manière exemplaire.
Il existe de nombreuses compositions en l’honneur de l’Esprit Saint, que l’on entendait souvent lors de la fête de la Pentecôte. L’Esprit Saint a inspiré des musiciens et des artistes de toutes les époques. Dans une homélie prononcée pour le vingt-cinquième anniversaire de sa consécration épiscopale, en contemplant la colombe du Bernin dans la basilique Saint-Pierre, Pie XII disait :


« Tout à l’heure, alors que, au pied de cet autel, dans les souvenirs graves qui émouvaient et inondaient Notre âme, Nous revêtions les ornements sacrés pour nous préparer à célébrer le Sacrifice eucharistique, Notre regard, se levant, contemplait resplendissante, du haut de ce merveilleux baldaquin, au milieu de rayons d’or, l’image de la colombe aux ailes déployées – symbole évangélique et réconfortant de l’Esprit Saint Paraclet, qui veille sur l’Église, y souffle et y répand les multiples charismes de sa grâce et l’abondance de sa paix spirituelle. C’est un symbole qui parle. »


Oui, un symbole qui parle en tout temps, comme dans l’hymne dont nous avons parlé, où le doux Consolateur est imploré pour être lumière de notre intelligence et soutien dans l’épreuve.

 

Chartres - Paris : 5400 au départ

09/06/2025

Chartres - Paris : 5400 au départ

 

Samedi vigile de la Pentecôte, comme chaque année, Chartres est en effervescence dès les premières lueurs de l’aube. Venus des quatre coins de France voire même de Suisse, d’Allemagne du Canada ou d’autres pays étrangers, plusieurs milliers de pèlerins se dirigent vers la cathédrale de Chartres. Cette année encore, ils sont plus de 5 400 à assister à la messe de départ avant de prendre la route en direction de Paris.

 

La première mission des marcheurs consistait à rejoindre la cathédrale, après avoir déposé leur sac de bivouacs dans le bon camion. À 7 h 45 très précisément, la messe débute célébrée par Monsieur l’abbé Gabriele d’Avino, le supérieur de district d’Italie. Cette année, comme les pèlerins marchent « pour notre mère, la Sainte Église »,

 

À 10 h, après que Monsieur l’abbé Hanappier a béni les chapitres adolescents, la colonne adulte a pris la route tandis que les enfants se dirigeaient vers les cars. Il n’aura pas fallu longtemps aux pèlerins pour sortir manteaux et ponchos pour quelques gouttes tombées au début de la marche. Les nuages gris ont suivi la colonne presque toute la journée, heureusement il en faut plus pour impressionner un pèlerin de Chartres !

Source : La Porte latine
Crédits photos : Isaure Dupont-Cariot, Maxence Malherbe, Jean Lorber, Gilles Bellemans, Soline Grellier, Jacques Teyssier

Pourquoi fêter Marie, mère de l’Église, le lundi de Pentecôte ?

08/06/2025

Pourquoi fêter Marie, mère de l’Église, le lundi de Pentecôte ?

 

L'iconographie imprègne tellement notre imaginaire chrétien que nous croyons spontanément que la Vierge Marie était au milieu des apôtres à la Pentecôte. Or l’Écriture n’en dit rien. Lorsqu’il introduit son récit de la Pentecôte, Luc écrit : « Le jour de la Pentecôte étant arrivés, ils se trouvaient tous ensemble dans un même lieu » (Ac 2, 1). « Ils », ce sont les Douze après l’élection de Matthias. Alors, pourquoi représenter Marie parmi les Douze à la Pentecôte, parfois au milieu d’eux, parfois à une place éminente ? D’abord à cause d’un verset du chapitre précédent dans les Actes : « Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière avec quelques femmes, dont Marie mère de Jésus, et avec ses frères » (Ac 1, 14). C’est d’ailleurs l’unique mention de Marie dans les Actes. On interpole donc ce verset à raison de l’identité de situation : les Douze en prière. Sur ce fondement scripturaire ténu, la piété chrétienne se plaît à penser que la Vierge Marie a intercédé tout particulièrement pour que l’Esprit saint descende sur les Douze à la Pentecôte. Ce n’est pas totalement gratuit.

 

Épouse de l’Esprit saint
C’est que la Vierge Marie était dans une familiarité unique avec l’Esprit saint depuis l’Annonciation où il l’avait recouverte de son ombre. Elle était particulièrement qualifiée pour appeler l’Esprit saint. On a même pu la qualifier d’épouse du Saint-Esprit, ce qui est tout de même moins malsonnant que ceux qui la voient épouse mystique du Christ au risque d’introduire l’inceste au beau milieu de la Sainte Famille. Surtout, la Vierge Marie se devait de réaliser la mission que lui avait confiée Jésus à la Croix. Pour être mère de l’Église, il fallait que Marie coopère réellement et selon une modalité propre à l’engendrement des Douze à la vie nouvelle d’enfants de Dieu. En intercédant efficacement pour que l’Esprit saint descende sur eux, Marie devient réellement mère de l’Église dans l’ordre de la grâce, selon la formule audacieuse de Lumen Gentium, 61.

 

Comme souvent, la dévotion voit plus loin qu’on ne le croit. Si Marie a réellement joué un rôle décisif en appelant l’Esprit saint sur les Apôtres, elle n’a fait qu’accomplir en perfection ce qu’elle a fait déjà à Cana : voir les besoins des hommes, prévenir leurs désirs, et intercéder auprès de son Fils tout en nous avertissant : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jn 2, 5). C’est à Cana qu’est révélée la modalité propre de la maternité de Marie dans l’ordre de la grâce, toute subordonnée à l’action souveraine du Christ, l’unique Sauveur et médiateur. À Cana, sur la prière de sa mère, Jésus avait anticipé le début de son ministère public et l’œuvre de la Rédemption qu’il était venu accomplir. Au Cénacle, Marie provoque à nouveau une étape décisive dans l’histoire de l’Église avec l’effusion de l’Esprit saint sur les Douze pour que Jésus glorifié puisse communiquer sa grâce à tout son corps mystique. L’Esprit saint qui était venu couvrir Marie de son ombre à l’Annonciation se répand par son intercession sur toute l’Église.

 

L’intercession de sa tendresse maternelle
Le récit de Cana aide aussi à comprendre comment l’unique grâce qui vient du Christ est colorée d’une nuance maternelle par la médiation de Marie. Cette tendresse attentive et frémissante de la maman qui voit les moindres désirs et les besoins les plus cachés de ses enfants, Marie peut d’ailleurs l’exercer avec une efficacité d’autant plus grande depuis qu’elle est dans la vision béatifique. Depuis le Ciel où elle est entrée en son âme et en son corps, Marie voit tout ce dont ses enfants ont besoin, et elle porte nos supplications à son Fils. 

 

Cette maternité de Marie sur l’Église, c’est-à-dire sur chacun des baptisés mais aussi sur la communauté des enfants de Dieu prise comme un tout, est-elle si différente de l’intercession commune des saints au Ciel à l’égard des chrétiens encore en chemin ? À vrai dire, son intercession est de toute façon la plus efficace dans la communion des saints à proportion de son intimité unique avec Jésus. Son association toute particulière à l’œuvre du Rédempteur aux jours de sa chair donne à son intercession une qualité unique.

 

La grâce du Christ passe forcément par Marie
Marie est-elle source de la grâce ? Non, cela est réservé au Christ. Le terme de « corédemptrice » est sans doute trop lourd d’ambiguïté à cet égard et le concile s’est bien gardé d’en user. Mais si toute grâce vient du Christ-Tête du corps mystique, toute grâce passe par Marie qui est selon l’image suggestive de saint Bernard comme le cou du corps mystique. De la tête au corps, du Christ à nous, il y a toujours Marie. Le Christ n’en avait pas besoin et pouvait nous atteindre tous et chacun sans cela. Mais il a voulu nous donner sa mère par pure gratuité, par un surcroît d’amour et de considération pour notre condition humaine. Dès lors, toute grâce qui vient du Christ passe forcément par Marie. Et la grâce qui est fondamentalement christique est comme modalisée par la médiation mariale. La grâce christique est colorée d’une nuance maternelle de tendresse. Notre vie d’enfants de Dieu s’en trouve mieux accordée aux requêtes de notre affectivité, « maintenant et à l’heure de notre mort », et jusqu’à la consommation de l’Église dans la gloire du Ciel. 

 

Marie était-elle au Cénacle pour appeler l’Esprit saint sur les Douze ? L’Écriture ne le dit pas. Mais dans la foi de l’Église enrichie par la prière des saints, nous croyons que par sa proximité unique au Christ et à l’Esprit saint elle nous engendre à la vie de la grâce et nous comble de sa tendresse maternelle pour nous mener sous la protection de son manteau étoilé jusque dans la gloire du Ciel.

 

Jean-Thomas de Beauregard  ALETEIA

Manifeste de Notre-Dame de Chrétienté : la liturgie au pèlerinage

08/06/2025

Manifeste de Notre-Dame de Chrétienté : la liturgie au pèlerinage

 

[…] Une certaine simplification médiatique laisse à croire que toute la question se résumerait à autoriser ou non certains prêtres à célébrer le Novus Ordo pour leurs messes personnelles au pèlerinage. Mais en fait, ce n’est pas d’abord de cela dont il s’agit. Les courriers reçus par l’association sont très clairs : il nous est demandé de transformer en profondeur l’esprit de notre pèlerinage traditionnel, en faisant du Novus Ordo la norme, et du Vetus Ordo l’exception tolérée, soumise à l’autorisation de l’évêque du lieu ou du dicastère pour le culte divin. Or, c’est cette même mutation qui est exigée depuis quatre ans à toute notre famille spirituelle que l’on désigne (assez mal d’ailleurs) par le mot de « traditionalistes ». Car il faut replacer cette récente polémique, qui peut sembler anecdotique pour beaucoup, dans la perspective d’autres évènements que nous avons refusé de médiatiser pour ne pas durcir le dialogue que nous espérons avoir avec les autorités hiérarchiques. Cette année, pour le pèlerinage de Chartres comme pour de nombreux pèlerins venus de toutes nos provinces, des restrictions à l’usage de la liturgie tridentine se multiplient pour endiguer l’élan formidable des apostolats qui veulent œuvrer au service de l’évangélisation missionnaire des régions de France. L’accès à certains sacrements selon l’ancien rituel est limité voire interdit dans une partie des diocèses. Bien sûr, la portée de ces restrictions varie, selon la bienveillance de l’évêque du lieu, preuve en est qu’une lecture tolérante de Traditionis Custodes est possible. Mais dans certains diocèses pleuvent les décrets et les interdits, selon une application ultrarestrictive du Motu Proprio, avec une froideur juridico-canonique bien éloignée du « soin pastoral et spirituel des fidèles » qu’évoque ce même texte (art 3, § 4). Ce que l’on nous dit aujourd’hui en fait, c’est que la liturgie tridentine, en son unité rituelle, sacramentelle et spirituelle est un mal, une anomalie, dont il faut que l’Église guérisse et se purifie.

 

« Vous ne pouvez pas être dans la communion de l’Église, si vous n’adoptez pas le Novus Ordo, partiellement ou totalement. Dura lex, sed lex. Rentrez dans le rang : l’Église a parlé, obéissez. » Mais nous avons souvenir, quant à nous, d’une autre parole, certaine, de l’Église, qui plus est une promesse, dans laquelle notre famille spirituelle a mis toute sa confiance. En 1988, alors que Mgr Lefebvre sacrait quatre évêques contre l’avis de Rome, les laïcs organisateurs du pèlerinage de Chrétienté ont pris la décision profondément douloureuse de s’écarter de cette voie pour rester unis de façon visible au Saint-Siège. C’est au nom de l’unité de l’Église, qu’on nous accuse aujourd’hui de mettre à mal, que ces laïcs et ces prêtres, profondément attachés aux pédagogies traditionnelles de la foi, se sont tournés vers le saint pape Jean-Paul II. Ce jour-là, le Saint Père leur a dit que leur attachement était « légitime » ; il a évoqué la beauté et la richesse de ce trésor de l’Église ; et pour faire honneur à cette démarche filiale, il a fait la promesse de garantir et de protéger, de manière large et généreuse, les aspirations des fidèles attachés aux formes liturgiques et disciplinaires antérieures de la tradition latine, sans aucune contrepartie d’ordre liturgique, sinon de reconnaître le Concile Vatican II et la validité du Novus ordo. L’Église catholique, prenant en considération les personnes, et leur histoire, nous a dit que nous sommes en communion avec l’Église en faisant le choix de la liturgie tridentine comme chemin véritable de sanctification. Nous ne pouvons douter de cette parole, dont la valeur demeure car elle dépasse les douloureuses contingences historiques de 1988.

 

Aujourd’hui encore, malgré les vexations multiples, notre famille spirituelle conserve une paisible espérance dans cette parole de l’Église, de qui elle a appris qu’en justice naturelle, pacta sunt servanda (la parole donnée doit être tenue). On nous dit que nous avons rompu le pacte, en durcissant nos positions, en refusant les mains tendues. Mais depuis 1988, nous n’avons rien changé de ce délicat équilibre entre fidélité envers le Siège de Pierre et attachement aux pédagogies traditionnelles de la Foi.

 

On a peu approfondi en quoi consistait cet « attachement » aux pédagogies traditionnelles de la foi. Certains le minimisent, le réduisant à une sensibilité, à une catégorie politique, à une nostalgie craintive ou une peur de la modernité qui passera avec le temps et la génération suivante. D’autres l’exagèrent, nous reprochant de faire de la liturgie une fin en soi, ou de l’instrumentaliser telle une arme au service d’un combat. Nous savons bien pourtant, nous pèlerins, que la fin c’est le Ciel, qu’il ne faut pas confondre le but d’avec la route qui y conduit, et qu’il y a plusieurs chemins qui mènent au Sanctuaire de tout repos. Mais nous croyons en l’importance des médiations dans l’ordre du Salut, en la valeur intrinsèque de celles-ci. Nous croyons en la liberté des enfants de Dieu pour user, selon leurs besoins et leur prudence, des richesses que l’Église leur propose depuis 2000 ans. Or, pour notre famille spirituelle, la liturgie traditionnelle est purement et simplement le milieu surnaturel de notre rencontre avec le Christ. Ses mots, ses sacrements, sa messe, ses offices, sa catéchèse ont été pour beaucoup d’entre nous la matière première de notre foi, le vecteur de la grâce, l’expression instinctive de notre relation à Dieu : en un mot, notre langue maternelle pour parler au Seigneur, mais aussi pour l’entendre. Pour d’autres, ces harmoniques ont été la cause, seconde mais providentielle, d’une conversion, ou d’un renouvellement radical de la foi. Pour beaucoup de prêtres, cette liturgie est devenue “viscérale”, au sens biblique, pénétrant de façon totalisante chaque fibre de leur être sacerdotal. Il n’est pas question-là de vague sentimentalité esthétique, mais de vie, de respiration, d’expression incarnée de la foi. Qui croit que le christianisme est une religion de l’Incarnation comprend que ces médiations ne sont nullement accidentelles, accessoires ou interchangeables à coup de décrets et d’interdits.

 

Le pèlerinage est un lieu, dans l’Église, où des laïcs et des prêtres viennent pour faire l’expérience de cette respiration et de ce langage particuliers dans l’Église. Il n’est d’ailleurs pas que cela : il est aussi une occasion formidable pour 19000 pèlerins de proposer à nos contemporains un témoignage lumineux de la beauté de la foi catholique, de ferveur spirituelle, à travers ses processions, ses adorations, ses confessions, ses messes. Il est aussi un lieu d’amitié chrétienne internationale, de vie de chapitres, de retrouvailles, de dépouillement, de pénitence joyeuse. Il est enfin ce lieu de l’expérience d’une chrétienté, les pèlerins partageant la conviction qu’il est urgent de promouvoir la royauté sociale de Notre Seigneur sur les sociétés temporelles. Il est tout cela à la fois, dans une harmonie qui n’est pas une fin en soi, mais qui n’est en aucun cas secondaire à nos yeux lorsque l’on considère les fruits spirituels qu’elle porte. Certes, on nous le rappelle avec force, les laïcs n’ont pas d’autorité en matière de liturgie. Mais ils demeurent libres en droit de fonder des associations, d’y inviter qui ils souhaitent, et de choisir de valoriser certains thèmes comme moyens privilégiés de mettre en œuvre la finalité de tout apostolat laïc : « le renouvellement chrétien de l’ordre temporel » (Apostolicam actuosem, 7). Nous citons à dessein ce texte de Vatican II qui reconnaît une juste autonomie de l’apostolat des laïcs et de ses choix d’actions, le protégeant du danger toujours menaçant d’un dangereux cléricalisme. Nous ne trompons personne ; nous n’avons jamais masqué nos spécificités ; et nous savons que ces thèmes sont loin d’être partagés par tous les chrétiens. Mais le pèlerinage de Chartres ne convient pas à tous les chrétiens ! Nous n’avons jamais eu l’audace de nous considérer comme apportant une réponse universelle qui parle à tout le peuple de Dieu. Nous sommes nous-mêmes surpris par l’attractivité de cette œuvre, pourtant si spéciale à de multiples égards. Et fort heureusement, il existe d’autres œuvres dans l’Église, qui valorisent d’autres expressions de la foi, utilisant des moyens qui leurs sont propres et qui ne sont pas les nôtres, mais qui apportent une complémentarité, avec un dynamisme missionnaire ou un élan caritatif qui peut forcer l’admiration. Nous entretenons d’ailleurs avec certaines d’entre elles d’excellentes relations de collaboration, et jamais il n’a été exigé entre nous que, pour travailler ensemble, il fallait être tous pareil et diluer nos particularismes. Car le mystère du Verbe Incarné est trop riche pour être dit en un seul langage ; et, pour reprendre les propos pertinents d’un théologien qui n’appartient certainement pas à notre famille d’esprit, « il n’y a rien de plus contraire à la véritable unité chrétienne que la recherche de l’unification. Celle-ci consiste toujours à vouloir rendre universelle une forme particulière, à enfermer la vie dans une de ses expressions. »

 

Cette expression particulière de la foi dont nous faisons l’expérience à Chartres est aujourd’hui à nouveau menacée. Aujourd’hui une partie du peuple chrétien suffoque, parce qu’on cherche à entraver la respiration de son âme par une sorte de violation de sa conscience. On sait pourtant les dégâts qui peuvent se produire dans une âme, lorsqu’on veut la priver autoritairement de la médiation connaturelle et sensible à travers laquelle elle a appris à toucher le Dieu invisible : c’est ce qui s’est passé en 1969 par exemple. Rien n’est plus violent, spirituellement, que de s’entendre dire que notre « langue » ne pourra plus désormais être parlée que de façon exceptionnelle au cœur même du pèlerinage de Chartres. Ou de sentir, comme plusieurs nous l’ont affirmé directement, qu’elle est suspecte d’hérésie, que ses sacrements seraient de fait invalides, que la célébration de cette messe devrait être interdite. Car tout cela nous a été dit. En revanche, rarement est reconnue la valeur intrinsèque de la liturgie traditionnelle, et les bienfaits positifs qu’apportent ces pédagogies aux pèlerins l’espace de trois jours. Notre spécificité est masquée, voire niée, considérée comme anecdotique ou accessoire à l’esprit du pèlerinage ou à son succès ; elle serait la fixette d’une vieille génération qui n’est aucunement partagée par la jeune selon le slogan mainte fois entendu : « Les jeunes ne viennent pas pour cela ». Toujours est-il que c’est « cela » que nous proposons pendant trois jours depuis 43 ans, et que nous n’inscrivons personne de force. Nous entendre dire qu’une messe selon le Vetus Ordo peut aisément être remplacée par une messe selon le Novus Ordo en latin, ad orientem, avec de l’encens et du grégorien : cela témoigne douloureusement du peu de considération qui est fait du lien vital et spirituel qui lie harmonieusement les pédagogies traditionnelles de la foi. On nous dit que le pèlerinage sera enfin pleinement « d’Église » lorsqu’il s’ouvrira au Novus Ordo. Nous recevons cela avec la même violence que lorsque l’on dit à une minorité qu’elle sera enfin acceptée par la majorité lorsqu’elle renoncera à sa culture, lorsqu’elle diluera sa richesse pour se fondre dans la masse. Ce que la société civile est parvenue à faire pour protéger l’identité des minorités au nom de la justice naturelle et du respect des personnes et des cultures, nous avons la certitude que l’Église peut aussi y parvenir sans ruiner son unité.

 

Contrairement à ce qui a été écrit, nous ne posons pas d’interdits liturgiques au pèlerinage : nous en subissons nous-même suffisamment. Mais nous souhaitons que le pèlerinage continue d’être un lieu ou la liturgie traditionnelle est aimée et mise en avant, notamment par les cadres, et donc par les prêtres. Cette année encore, plusieurs prêtres nous disent qu’ils sont heureux d’apprendre cette liturgie pour venir au pèlerinage. Nous avons un contact direct avec chacun en amont de leur inscription, et nous leur demandons deux choses : de se mettre au service de tous les pèlerins et non de leurs propres fidèles, pour être tout à tous et pour qu’aucun chapitre ne manque du ministère de la confession, et de valoriser auprès des pèlerins le thème de la chrétienté et la liturgie tridentine. Nous leur demandons de jouer le jeu de l’esprit propre à ces trois journées d’amour et de mise en avant de ces trésors spirituels, et non pas d’essayer de changer le pèlerinage. Nous distinguons bien entre ceux qui ne veulent pas partager ces fondamentaux et ne manifestent pas d’intérêt pour eux – ceux-là ne viennent pas d’eux-mêmes – et ceux qui apprécient sincèrement le pèlerinage et ses piliers mais ne peuvent pas encore célébrer la forme tridentine, soit par manque de temps pour l’apprendre, soit parce qu’ils sont interdits de la célébrer. Pour eux, aussi rares soient-ils, nous avons toujours essayé de trouver des solutions pour exercer l’hospitalité liturgique et leur permettre de venir.

 

Pour poser des bases saines au dialogue que nous appelons de nos vœux, il faut encore dire ceci. Si nous sommes attachés aux pédagogies traditionnelles de la foi dans leur intégralité, ce n’est pas uniquement parce que nous avons pour elles un attachement viscéral ; mais c’est aussi parce nous constatons que l’Église traverse depuis trop longtemps une crise majeure, une crise doctrinale et liturgique. Il y a là une difficulté dont nous sommes conscients : l’existence des communautés traditionnelles apparaît à certains comme un « reproche vivant » vis-à-vis d’autres méthodes pastorales et liturgiques dans lesquelles on voudrait, de force, nous diluer. Précisons donc les choses. Oui, nous recevons intégralement le Concile Vatican II et le magistère récent de l’Église, nous l’étudions dans nos livrets de formations, nous l’interprétons, selon le vœu de Benoît XVI, à la lumière de la Tradition, rejetant les interprétations erronées que l’on peut faire de certains passages ambigus du texte conciliaire4 . Nous ne sommes pas de ceux qui souhaitent établir une rupture entre « Église préconciliaire » et « Église postconciliaire ». Nous croyons en la Tradition vivante (que nous ne confondons aucunement avec les traditions humaines), au développement organique du dogme, mais nous savons que l’Église ne peut modifier, au nom du progrès ou de l’adaptation au monde, la doctrine du Jésus sur les points aussi essentiels que la théologie de la messe, la doctrine du sacerdoce, l’indissolubilité du mariage ou la morale catholique. Nous sommes profondément inquiets de voir que le relativisme doctrinal et le progressisme moral continuent de prospérer en de nombreux lieux de l’Eglise aujourd’hui encore. Nombre de nos pèlerins, même dans la très jeune génération, reconnaissent n’avoir rien reçu en formation doctrinale, se considèrent comme des générations sacrifiées, ont l’impression qu’on leur a caché le contenu de leur foi, et viennent trouver au pèlerinage des réponses claires. Le « kaïros » que nous vivons demande que nous ayons le courage de poser un constat lucide sur cette crise de la transmission de la foi qui continue aujourd’hui, et de réfléchir ensemble sur les moyens à mettre en œuvre pour en sortir, car l’unité de l’Église est d’abord une unité dans la foi. […]

 

 

Votre pèlerinage est un témoignage du refus de s’agenouiller devant les maîtres de cette terre

07/06/2025

Votre pèlerinage est un témoignage du refus de s’agenouiller devant les maîtres de cette terre

Chers Pèlerins,

Vous partez pérégriner sous le regard bienveillant et protecteur de toutes les armées célestes et de la cour des saints. La Très Sainte Vierge est émue de tant d’ardeur et de dévotion. Comme le chante Charles Péguy, votre illustre prédécesseur sur les chemins de la Beauce, lorsqu’il s’adresse à Notre Dame :

 

« Vous nous voyez marcher sur cette route droite, / Tout poudreux, tout crottés, la pluie entre les dents. […] Nous allons devant nous, les mains le long des poches, / Sans aucun appareil, sans fatras, sans discours, / D’un pas toujours égal, sans hâte, ni recours […] / Vous nous voyez marcher, nous sommes la piétaille. / Nous n’avançons jamais que d’un pas à la fois. » (La Tapisserie de Notre Dame. Présentation de la Beauce à Notre Dame de Chartres)

 

Vingt siècles de France chrétienne vous précèdent, peuples et rois, saints et pécheurs, martyrs et soldats, pauvres et riches, puissants et petits. Sur vos épaules repose cet héritage de tant de prière, de tant de sacrifice, de tant de charité. Il y a de quoi trembler en recevant à votre tour un tel trésor, aussi lancez-vous sans crainte, avec respect, en laissant sa juste place au silence, à la contemplation, en évitant les bavardages, en écartant une attitude superficielle car le divertissement n’a pas ici sa place. Vos souliers soulèveront la poussière ou s’enfonceront dans la boue, le ciel vous enverra pluie et soleil, et vos pieds endoloris deviendront peut-être la première preuve de votre amour de Dieu. Vous méditerez sur le règne de Notre-Seigneur au ciel et sur la terre. Vos douleurs, votre effort, vos mortifications seront des petites pierres participant modestement à la construction de cet édifice.

 

La grande falsification du monde ne date pas d’aujourd’hui, même si nous possédons plus de moyens pour commettre le mal que nos lointains aïeux. Cette procession, qui va relier la Très Sainte Vierge de Paris, patronne de la France en son Assomption, et Notre Dame au milieu des champs et des blés, s’inscrit à la suite de ce que proclamait déjà le prophète Isaïe :

 

« Qu’ils sont beaux sur les montagnes les pieds du messager, qui publie la bonne nouvelle de la paix ; de celui qui annonce le bonheur, qui publie le salut ; de celui qui dit à Sion : “Ton Dieu règne !” » (Isaïe, LII. 7)

 

À notre époque poly-hérétique,- temps de déconstruction de tout le message chrétien, résistance diabolique à la Révélation-, chaque pas effectué par une simple sentinelle contribue au règne de Dieu, qui est effectif même s’il n’est pas reconnu et accepté. Il dépend de chacun d’entre vous de prendre son élan en ces jours de marche joyeux et spartiates. Il ne faudrait pas ensuite faiblir dans cet envol et beaucoup va se jouer en ces heures qui vous attendent, dans la façon dont vous intérioriserez chaque instant, dont vous offrirez chaque désagrément, chaque inconfort.

 

Emmagasinez les forces spirituelles et les nourritures de l’âme pour résister dans un monde souvent hostile qui veut diviniser l’homme, qui cherche à unifier tous les peuples en une Tour de Babel et qui rêve de construire sur terre un Paradis à l’opposé de Dieu. Votre pèlerinage, bien vivant, est un témoignage du refus de s’agenouiller devant les maîtres de cette terre et leurs œuvres de mort. Mais ne vous y trompez pas : le Malin saisit chaque occasion, même les plus saintes, pour essayer d’avancer ses pions. Alors demeurez sur vos gardes, par l’attention du cœur, par la fréquentation des sacrements, par l’ancrage dans la prière, par l’exercice de la pénitence. Saint Pierre ne cesse de nous avertir :

 

« Soyez sobres, veillez ; votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde autour de vous, cherchant qui dévorer. Résistez-lui, fermes dans la foi […] » (Ire Épître de saint Pierre, V. 7)

 

Charles Baudelaire, ce torturé du surnaturel, avait bien résumé la situation de nos siècles malades en précisant que la plupart des gens croient en Dieu mais ne L’aiment pas, tandis qu’ils aiment le diable auquel ils ne croient pas.

 

Au cours de votre pèlerinage, serviteurs du règne de Dieu, reprenez la méditation des deux étendards dans les Exercices Spirituels de saint Ignace de Loyola car il s’agit de l’éternel combat de l’histoire des hommes et de chaque histoire personnelle : le souverain et vrai capitaine, le Christ Notre-Seigneur, se tient en humble place avec l’armée des pécheurs repentants que nous sommes, tandis que Lucifer, avec son aspect terrifiant, réunit, avec ses troupes de démons, tous les hommes soucieux d’honneurs, de plaisirs et de gloire mondaine. Il faut choisir un camp, celui de Dieu bien sûr, et s’y fixer cahin-caha, clopin-clopant.

 

Saint Augustin, rescapé du péché et de l’hérésie, ne regarde plus que la Cité de Dieu, et il nous conseille ainsi :

 

« Nous sommes des voyageurs. Qu’est-ce que voyager ? Je le dis d’un mot : avancer. Que toujours te déplaise ce que tu es, pour parvenir à ce que tu n’es pas encore… Avance toujours, marche toujours, ajoute toujours. Ne demeure pas en chemin, ne recule pas, ne sors pas de la route. Il demeure immobile celui qui n’avance pas. Mieux vaut un boiteux sur la route qu’un coureur hors de la route. » (Sermons)

 

Les ténèbres qui sont tombées sur la terre, comme le soulignait Pie XII en 1939, ne sont pas une fatalité tant que des âmes humbles et fidèles demeureront, même comme un petit reste. Ne nous égarons pas et demeurons dans ce cortège incessant en route vers le Paradis. Que ces trois jours vous fassent déboucher sur la Résurrection.

 

Chers Pèlerins, serrez dans votre besace les richesses de la Tradition et glissez-y aussi les intentions pour l’Église et pour le Souverain Pontife Léon XIV. Soyez des boiteux paisibles, enthousiastes, tout tournés vers le Ciel.

 

Que la Très Sainte Vierge vous protège dans son manteau de miséricorde, que les anges et tous les saints accompagnent vos chants et soutiennent vos pas.

 

Que le règne de Dieu envahisse vos cœurs !

 

P. Jean-François Thomas s

Staline et l’URSS, le retour : ils sont plus que jamais d’actualité en Russie

06/06/2025

Staline et l’URSS, le retour : ils sont plus que jamais d’actualité en Russie

Je vous livre ici un article bien argumenté de notre amie Jeanne Smits qui considère que la Russie va ressusciter l'URSS communiste. On peut néanmoins objecter que les Russes, profondément patriotes, ont décidé d'assumer leurs erreurs et ne pas sombrer dans la repentance qui nous fait tant de mal à nous Français. Pour illustrer cette opinion, je vous livre après l'article un magnifique clip patriotique de l'hymne russe qui glorifie indiféremment son Histoire politique et religieuse dont les taches ont été lavées par le sang ... o combien versé !  De fait, la question est juste de savoir si la consécration de la Russie au Coeur Immaculé de Marie a bien été réalisée comme le demandait la sainte Vierge ...  PO.

Voici le texte de Jeanne Smits :

Le correspondant de la BBC à Moscou, Steve Rosenberg, a publié il y a quelques jours un reportage vidéo tourné dans la capitale russe, où il a assisté au « Défilé de la Victoire ». L’occasion pour lui de montrer que la mémoire de Staline est de plus en plus magnifiée dans cette Russie guerrière où la population ne se demande pas seulement « ce que l’avenir lui réserve » : « Ils ne savent pas non plus ce que leur réserve le passé : ici, le passé est en constante évolution », écrit le journaliste. La vision de Staline en est un exemple, mais les choses vont en réalité plus loin : l’idée se répand aujourd’hui que l’URSS n’est pas morte. Légalement, du moins. Le communisme soviétique est en tout cas un élément de l’histoire que l’on peut valoriser sans prendre de risques. La swastika est proscrite, la faucille et le marteau ornent encore les monuments, les murs et les drapeaux. Et la figure du « petit père des peuples » est, un peu partout, de retour.

 

Le reportage de la BBC démarre à l’entrée du métro moscovite, station Taganskaïa, où un nouveau monument à la mémoire de Joseph Staline a été inauguré mi-mai dans un couloir de correspondance entre deux lignes : il s’agit d’un imposant bas-relief de couleur claire, réalisé dans le plus pur style fascisto-soviétique, qui montre des hommes, des femmes, des enfants, des bébés brandissant des bouquets en portant leurs regards énamourés vers le noble visage du tyran. Lui-même est représenté debout, surmonté d’une banderole à l’effigie de Lénine. Une insulte aux millions de victimes de soixante-dix ans de communisme à visage ouvert…

 

Staline et l’URSS glorifiés en Russie à travers le souvenir de la Seconde Guerre mondiale


Il fut un temps où il était de bon ton de décrier Staline, ses crimes, ses exécutions sommaires, sa paranoïa meurtrière, ses purges et son mépris du peuple russe, pour mieux « sauver » le communisme lui-même en détendant ses liens avec le Goulag et autres atrocités. Rosenberg rappelle que les statues de Staline avaient été renversées un peu partout après sa mort, pendant qu’on dénonçait ses crimes contre le peuple et que l’on « condamnait officiellement son culte de la personnalité ».

 

Sous Vladimir Poutine, c’est la figure de Staline qui est volontiers réhabilitée, saluée en tant que vainqueur de la bataille de Stalingrad et artisan de la victoire sur l’Allemagne nazie, qui a fait couler tant de sang russe – mais en marquant une distance à l’égard de Lénine et du communisme lui-même. La nouvelle œuvre qui lui rend hommage rompt avec cette dialectique en mettant également Lénine à l’honneur.

 

Staline, l’homme au millions de victimes est aujourd’hui donné en exemple et, comme le souligne Steve Rosenberg, des statues à son effigie ressurgissent un peu partout en Russie, en tant qu’« homme fort » à imiter.

 

Le journaliste a interviewé plusieurs Moscovites, tel ce jeune homme qui explique ce qu’il pense de Staline : « Eh bien, je pense que Joseph Staline est injustement détesté. Il a beaucoup fait pour notre nation, et nous en profitons encore aujourd’hui. » Il y a eu a terreur stalinienne et de nombreuses personnes ont souffert dans les goulags, répond le journaliste. « A ce sujet, nous ne pouvons pas blâmer uniquement Staline, car c’était un système », croit ce jeune.

 

Staline ? « Personne n’est parfait »


Une ménagère de moins de cinquante ans explique quant à elle que Staline fait partie de l’histoire de la Russie. Et les victimes du Goulag ? « Eh bien, ce sont des choses qui arrivent. Personne n’est parfait. Sûrement qu’en ce temps-là, il lui fallait le faire, et donc on a pris cette décision. C’était son choix. Nous, nous sommes d’accord. »

Puis une jeune femme reconnaît que Staline « était, bien sûr, un tyran. Néanmoins il a prouvé sa valeur en tant que chef. Une fois de plus, il y a du bon et du mauvais en chacun. Et quand vous rappelez la répression, les temps difficiles des années 1930, le culte de la personnalité de Staline, il s’agit évidemment d’un chapitre triste de l’histoire de notre pays… »

 

Essayez-donc de parler en des termes semblablement nuancés de Hitler, ou même de Franco !

 

Ce retour en grâce de Staline en cache peut-être un autre. Rosenberg l’affirme sans détours, en affirmant : « Mais il n’y a pas que Joseph Staline qui revient sur le devant de la scène. Seriez-vous prêt à croire que c’est l’URSS qui revient ? »

 

L’Union soviétique, qui a aujourd’hui son musée à Moscou, cette URSS qui s’est effondrée il y a plus de trente ans, ne serait pas pour autant détruite. « II y a quelques jours, l’un des conseillers du président Poutine a suggéré que l’URSS existait toujours légalement, car lors de sa dissolution, il y aurait eu des violations de procédure », rapporte Steve Rosenberg.

 

Celui-ci analyse, et montre, campé au milieu de la Place Rouge, en quoi l’affaire n’est pas le délire de quelque individu : « Il a déclaré cela pour tenter de faire passer la guerre de la Russie en Ukraine comme une affaire interne à Moscou. Puis un ancien Premier ministre russe est intervenu pour le soutenir, juste là, près de la Place Rouge. Certains ultra-nationalistes sont d’accord avec lui et souhaitent le retour de l’Union soviétique. »

 

Le retour de l’URSS arrangerait bien la Russie


Rosenberg dit ne pas croire que « nous allons nous réveiller un matin et découvrir que l’URSS est de retour, mais il est intéressant de voir que cette idée est semée et il est également intéressant de voir comment le passé est réinterprété et remodelé ici sous l’influence des événements actuels, de la guerre en Ukraine, de la confrontation avec l’Occident et de la promotion du patriotisme ».

 

Le proche de Poutine cité par le journaliste est Anton Kobyakov qui a revendiqué la survie juridique de l’URSS lors du 13e Forum juridique international de Saint-Pétersbourg le 21 mai dernier, c’est-à-dire dans le contexte d’une rencontre officielle, puisque le Forum a été créé à l’initiative du ministère russe de la Justice en 2011 avec le soutien du président de la Fédération russe – Vladimir Poutine lui a d’ailleurs adressé un message de félicitations et d’encouragements cette année.

 

On ne sache pas que les affirmations de Kobyakov, conseiller de Poutine, aient été contredites, démenties ou discréditées dans cette Russie où il n’est certes pas possible de dire ce qui vous passe par la tête à ce niveau. Au contraire, elles ont été répercutées par l’agence d’informations officielle TASS. Selon ses mots, « la procédure de dissolution de l’URSS n’a pas été respectée » – mieux, « les spécialistes du droit constitutionnel, y compris ceux des pays occidentaux tels que les Etats-Unis et la France » l’auraient reconnu.

 

L’URSS pas morte ? Des proches de Poutine veulent le faire croire


Sur TF1-Info, Astrig Agopian consacre un article à cette revendication que l’on peut tenir pour absurde… ou lourde de conséquences. Elle écrit : « Ce proche du Kremlin prétend que l’accord de Minsk, signé en 1991, et considéré comme le document qui entérine la dislocation de l’Union soviétique est “contestable” et que “la procédure légale n’a pas été correctement suivie”. Kobyakov conclut même à propos de la guerre en Ukraine que “si l’Union soviétique n’a pas été légalement dissoute, alors la crise ukrainienne, par exemple, pourrait être considérée comme une affaire intérieure plutôt qu’un conflit international”. »

 

Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple, en somme ? Sans compter qu’une URSS revenue non comme un fantôme, mais revivifiée comme une belle au bois dormant ne cadrerait pas si mal avec la réhabilitation actuelle de l’histoire soviétique elle-même, avec le maintien de sympathies communistes de toujours (pensez aux liens de la Russie avec la Chine, la Corée du Nord et bien d’autres alliés et anciens « pays non-alignés », comme au temps de la Guerre froide) et l’organisation d’événements où les jeunesses communistes du monde entier sont à l’honneur…

 

D’ailleurs, Kobyakov n’est pas seul à penser que l’URSS existe toujours pleinement en tant qu’entité juridique. L’ancien Premier ministre russe Sergueï Stepachine (il occupa la fonction en 1999) est du même avis, et il l’a exprimé quelques jours plus tard lors d’un entretien avec Ria Novosti.

 

L’article d’Astrig Agopian donne ensuite la parole à des constitutionnalistes et à des historiens français ou russes, qui ne croient pas en la justesse du raisonnement tenu par Kobyakov et Stepachine. Elle souligne que ce courant de pensée a été historiquement celui des opposants, citant l’historien Ilya Platov : « Ces paroles résonnent étrangement avec le discours tenu par un mouvement plutôt marginal et considéré comme extrémiste du retour en URSS, qui disait justement que l’Union avait été dissoute illégalement, que la Fédération de Russie est une entreprise privée, et qui appelait ses membres à ne plus payer leurs impôts, qui remettait en cause la légitimité de Vladimir Poutine en tant que président de la Fédération de Russie. Les dirigeants de ce mouvement ont été emprisonnés. C’est donc assez curieux qu’un conseiller de Vladimir Poutine dise la même chose. »

 

Le retour de la Russie prédit par un transfuge du KGB


Mais ne s’agit-il que d’une argumentation stratégique et d’un raisonnement de circonstance alors que la Russie cherche à justifier juridiquement ses actions contre l’Ukraine ? Ou d’une manière, comme le dit Platov, « d’éveiller la nostalgie soviétique, de rassurer sur sa puissance » ?

 

Un autre objectif se cache peut-être derrière l’argutie juridique. Ceux qui croient, ayant lu Des mensonges pas si nouveaux du transfuge du KGB Anatoliy Golitsyn, que l’Union soviétique n’est jamais morte, y verront plutôt le signe que l’idée de la ranimer existe bel et bien chez certains – et ce, quoi qu’il en soit de l’exactitude juridique du propos.

Golitsyn annonçait dès le début des années 1980, parmi d’autres prédictions qui se sont réalisées, la chute de l’URSS, l’apparente libéralisation de la Russie et son rapprochement avec l’Occident en attendant la nouvelle « Révolution d’octobre » communiste qui s’accomplirait à travers un Nouvel Ordre Mondial.

 

Avec une URSS prête au réemploi, bien des étapes pourraient être brûlées.

 

Jeanne Smits

 

 

 

Orbán: Plans pour l'Europe Chrétienne et Souveraine

06/06/2025

Orbán: Plans pour l'Europe Chrétienne et Souveraine

 

1. Le "Plan Libéral" : Une Menace pour le Christianisme et la Nation
Orbán décrit le "plan libéral" comme une force qui cherche à éradiquer les fondements historiques et culturels de l'Europe.
Rejet du Christianisme et de l'identité nationale : Selon Orbán, les libéraux considèrent la "vieille Europe culturelle et chrétienne comme obsolète". Leur objectif est de "fabriquer une nouvelle identité pour remplacer le christianisme et la nation". Il rappelle que les efforts pour remplacer le christianisme existent depuis plus d'un siècle, citant la Révolution française et les mouvements de gauche en Russie, en Espagne et au Portugal, bien que les méthodes récentes soient plus "culturelles" (ex: "libération sexuelle" et idéologie LGBTQ).


Affaiblissement de la souveraineté nationale : Le plan libéral vise à "saper la souveraineté nationale et à centraliser l'Europe". Orbán critique Bruxelles (siège de l'OTAN) comme le moteur de cette centralisation.


Économie de guerre et centralisation : Il accuse les libéraux d'utiliser la guerre comme prétexte pour construire un nouveau modèle économique. "S'il y a la guerre, il y a plus de Bruxelles, et encore moins de souveraineté." Ce modèle est caractérisé par "une dette collective, un contrôle central et un trésor de guerre".


L'adhésion de l'Ukraine à l'UE : L'intégration de l'Ukraine dans l'Union européenne est perçue comme un élément "clé" de ce "plan libéral belliciste", potentiellement un pas vers l'OTAN, ce que la Russie a jugé comme une menace de guerre nucléaire.


"L'État profond transatlantique" : Orbán appelle au "démantèlement de la collusion libérale américaine et bruxelloise, l'État profond transatlantique".

 


2. Le "Plan Patriotique" : L'Alternative Conservatrice
En opposition, Viktor Orbán propose un "plan patriotique" en quatre points pour l'Europe :

 

Paix : Le maintien de la paix est une priorité.


Souveraineté nationale : La préservation et le renforcement de la souveraineté des nations européennes.


Liberté : Bien que non explicitement définie, cela sous-entend la liberté individuelle et nationale face à l'ingérence extérieure et à la centralisation.


Retour à  l'Europe chrétienne : Il s'agit de se réapproprier la culture chrétienne pour faire reculer la barbarie qui se développe (ndlr : en France, on est servi !). Cela implique une politique anti-immigration stricte.

 


3. Le Rôle du Christianisme et de la Famille
Même s’il n’est pas catholique,Orbán est un fervent défenseur des valeurs chrétiennes :


Il promeut "une défense sans réserve du mariage et de l'unité familiale traditionnelle" et s'oppose ouvertement à l'idéologie LGBTQ.


Bien que la pratique religieuse hebdomadaire en Hongrie reste faible (9%, 4 fois plus qu’en France), la part de ceux qui n'assistent jamais aux services religieux a diminué ces dernières années.

 


4. L'Appel à l'Action et au Soutien Américain
Orbán estime que le "plan patriotique" doit l'emporter et que cette bataille doit être gagnée "d'abord par chacun chez soi, puis ensemble à Bruxelles". Il insiste sur la nécessité du soutien des États-Unis, et en particulier d'une "administration réussie du Président Trump", pour contrer l'influence libérale.
En somme, le discours de Viktor Orbán dépeint une Europe à la croisée des chemins, entre une voie libérale perçue comme destructrice de l'identité chrétienne et nationale, et une voie patriotique axée sur la souveraineté, la paix et la restauration des valeurs traditionnelles.


Chers amis catholiques, ce que dit Orban est une évidence pour tous. Qui ne voit pas la volonté mortifère de la plupart de nos gouvernants européens de désagréger les sociétés ?
Qui ose le dire de crainte de passer pour “complotiste” ? Alors, quand c’est le dirigeant d’une nation martyre du communisme qui proclame ces vérités, c'est à dire qu'il connaît le sujet, on ne boudera pas notre plaisir.

 

Kyrie Eleison !

 

 

François Charbonnier

 

 


Sources : LifeSiteNews, About Hungary

La Quête Spirituelle en France : Au-delà des Apparences, un Pays en Mouvement

05/06/2025

La Quête Spirituelle en France : Au-delà des Apparences, un Pays en Mouvement

Coïncidant avec le lancement de l'Observatoire Français du Catholicisme (OFC), cette enquête dresse un portrait nuancé d'une société en quête de sens, tout en soulignant les défis auxquels l'Église catholique est confrontée.

 

Une Spiritualité Bien Vivante en France


Contrairement aux idées reçues, l'univers spirituel et religieux semble habiter davantage l'intimité des citoyens français qu'on ne le pensait. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 37% des Français déclarent être en « quête spirituelle », et plus de la moitié (52%) s'adonnent à la prière ou à la méditation, « souvent ou parfois ». Cette aspiration ne se limite pas aux générations plus âgées ; les jeunes sont également concernés, avec deux tiers des 18-24 ans qui aspirent à plus de « silence », de « contemplation » et de « méditation ». Un quart de la population exprime le désir de « temps de retraite en silence », un autre quart souhaite « être guidé », et un pourcentage similaire voudrait un accès plus facile à des lieux de recueillement comme les églises ou chapelles.


Cependant, cette quête spirituelle est loin d'être uniforme dans ses objets. Si 46% s'adressent à « Dieu », une part significative s'oriente vers des figures plus spécifiques comme la « Vierge Marie » (19%) ou « Jésus-Christ » (18%). Fait notable, 18% ne s'adressent à « personne en particulier », tandis que d'autres se tournent vers le « cosmos » (8%) ou « des saints » (5%). Cette diversité souligne une spiritualité qui déborde largement le cadre des institutions religieuses traditionnelles.


L'OFC : Un Nouvel Outil pour Comprendre les Mutations


C'est dans ce contexte de profonds changements que l'Observatoire Français du Catholicisme (OFC) voit le jour. Cet institut, qui se déclare « une organisation indépendante et autonome » financée par une « pluralité de mécènes privés » (dont le Fonds du Bien Commun), a pour mission d'« éclairer des réalités et tendances de fond qui traversent l'Église catholique en France et la société française ». L'objectif est clair : fournir des « données fiables » et des « analyses et des prospectives » pour aider le catholicisme à naviguer cette « période de profondes mutations » et repérer les « points d’interactions » entre la société et l'Église.


Ghislain Lafont, président de l'OFC, insiste sur l'indépendance de l'observatoire. De son côté, Mgr Bruno Valentin, évêque de Carcassonne et de Narbonne, souligne l'importance cruciale de cette initiative : « L’enjeu me paraît très important, car le paysage religieux français est en pleine mutation. Il est essentiel de l’observer et de le comprendre ». Les travaux de l'OFC, qui seront disponibles en « open source », s'adresseront à un large public, des « décideurs ecclésiaux comme civils » aux « acteurs engagés sur le terrain et aux chercheurs et universitaires ».


L'Église Catholique Face à Ses Défis


Si la spiritualité en France semble en pleine ébullition, l'Église catholique doit faire face à des défis majeurs, révélés par le même sondage. L'image des prêtres catholiques a subi une dégradation significative : seulement 52% des Français les jugent « dignes de confiance », contre 68% il y a huit ans. Cette érosion de la confiance est directement liée aux scandales d'abus sexuels, qui sont mentionnés dans la moitié des reproches adressés à l'Église. 


Sur le plan démographique, le catholicisme en France est en mutation. Bien que 46% des Français se déclarent toujours catholiques, cette proportion cache une forte disparité générationnelle. 62% des plus de 65 ans se reconnaissent dans cette confession, mais ce chiffre chute drastiquement à seulement 23% chez les 18-24 ans. À titre de comparaison, 18% des jeunes de cette même tranche d'âge se disent musulmans. Quant à la pratique religieuse, elle reste marginale : seuls 2% des baptisés catholiques assistent à la messe chaque dimanche. Pour Arnaud Bouthéon, laïc catholique reconnu, ces chiffres ne disent pas tout : « Le catholicisme nous dépasse, il est multiple, divers. On ne peut le réduire à des chiffres et des données. Tant de choses se passent et se décantent dans les cœurs. »

 

L'étude et le lancement de l'OFC nous offrent un tableau complexe et fascinant de la spiritualité en France. Loin d'une sécularisation monolithique, le pays révèle une aspiration profonde au sens, qui s'exprime sous des formes variées. L'Église catholique, bien que confrontée à des défis majeurs liés à son image et à sa démographie, est appelée à comprendre et à s'adapter à ces mutations pour mieux interagir avec une société en quête spirituelle. L'OFC, avec sa démarche d'analyse et de mise à disposition des données, pourrait bien être un outil essentiel pour éclairer les chemins de la foi et de la spiritualité dans la France de demain.


Comment l'Église catholique saura-t-elle répondre à cette quête spirituelle diffuse mais forte, au-delà des défis actuels ?
Saura-t-elle enfin cesser de se contenter d’être une ONG des bons sentiments, de relancer elle-même des conflits sur la liturgie, de sortir de la pastorale de l’enfouissement ?

En gros, de nous montrer le Chemin, de proclamer la Vérité et de nous donner la Vie ?

François Charbonnier
Sources : Le Figaro, La Vie

4 juin : Saint François Caracciolo

04/06/2025

4 juin : Saint François Caracciolo

C’est ce qui advint : il distribua ses biens aux pauvres et s’installa à Naples pour s’y préparer au sacerdoce. Ordonné prêtre en 1587, il entra dans la compagnie des Bianchi (« les Blancs »), vouée au soutien spirituel des prisonniers ; il se dévoua auprès des pauvres et des malades.

 

Un jour, il reçut et lut par erreur une lettre adressée à un autre par deux hommes voulant former une nouvelle société de religieux ; voyant en cet épisode un signe de la Providence, il s’associa à ce projet. C’est ainsi qu’il devint l’un des fondateurs de l’ordre des Clercs réguliers mineurs, dont les statuts furent approuvés en 1588 par Sixte V. En plus des trois vœux ordinaires, ces religieux ajoutèrent celui de ne rechercher aucune dignité, sauf à la demande du pape.

 

Ascanio fit sa profession religieuse le 9 avril 1589, et prit le nom de François. Il devint supérieur général en 1591 et diffusa son institut en Italie et en Espagne. Il pratiquait le jeûne et la pénitence, était d’une grande humilité, et fut un exemple de sainteté pour bon nombre de disciples.

 

Après avoir prononcé ces dernières paroles : « Allons, allons au Ciel ! », François mourut le 4 juin 1608, à Agnone, dans le centre de l’Italie, où il s’était rendu pour établir une nouvelle fondation. Il fut canonisé par Pie VII en 1807.

A Jeanne d’Arc

04/06/2025

A Jeanne d’Arc

« Quand le Dieu des armées te donnant la victoire
Tu chassas l'étranger et fis sacrer le roi
Jeanne, ton nom devint célèbre dans l'histoire
Nos plus grands conquérants pâlirent devant toi.

 

Mais ce n'était encor qu'une gloire éphémère
Il fallait à ton nom l'auréole des Saints
Aussi le Bien-Aimé t'offrit sa coupe amère
Et tu fus comme Lui rejetée des humains.


Au fond d'un noir cachot, chargée de lourdes chaînes
Le cruel étranger t'abreuva de douleurs
Pas un de tes amis ne prit part à tes peines
Pas un ne s'avança pour essuyer tes pleurs.

 

Jeanne tu m'apparais plus brillante et plus belle
Qu'au sacre de ton roi, dans ta sombre prison.
Ce céleste reflet de la gloire éternelle
Qui donc te l'apporta ? Ce fut la trahison.

 

Ah ! si le Dieu d'amour en la vallée des larmes
N'était venu chercher la trahison, la mort
La souffrance pour nous aurait été sans charmes
Maintenant nous l'aimons, elle est notre trésor. »

Léon XIV met du baume au cœur de la France

03/06/2025

Léon XIV met du baume au cœur de la France

Le site internet du Vatican a fait peau neuve, et la première chose que l’on remarque en ouvrant sa première page, celle consacrée au pape actuel, Léon XIV, est un lien vers son principal chapitre : « Magisterium » – le magistère. Les actualités ont migré sous d’autres nouvelles rubriques : celles concernant l’année jubilaire, le réseau mondial de prière du pape, la page de demande de billets pour les audiences et célébrations papales et le denier de Saint-Pierre. Et c’est tout un symbole : ce pape veut d’abord enseigner. Non pas écouter la base – c’était tout le sens de la synodalité selon François – mais lui dire ce qu’il faut croire, espérer et faire pour obtenir le salut ? Cela commence à y ressembler fort, et ce seul glissement surprend après douze ans qui ont largement fait penser à une pénible traversée du désert.

 

Ces derniers jours Léon XIV a pris la parole à de multiples reprises ; deux interventions retiennent particulièrement l’attention, celle par laquelle il a marqué le centenaire de la canonisation des saints Jean-Eudes, Jean-Marie Vianney et Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face dans un message aux évêques de France, et son homélie à l’occasion du jubilé des familles, dans laquelle il a cité Humanae vitae.

 

Léon XIV met du baume au cœur de la France
En tournant son regard vers la France, moins d’un mois après son élection le 8 mai dernier, le pape panse assurément une blessure. Même si son prédécesseur immédiat s’est rendu plusieurs fois dans les « périphéries » de l’Hexagone – mais en assurant qu’en rendant visite à Marseille, il n’allait « pas en France » – il semblait y avoir de sa part une sourde hostilité à l’égard de la fille aînée de l’Eglise que Jean-Paul II interpella douloureusement jadis en lui demandant ce qu’elle avait fait des promesses de son baptême. Et si Léon XIV a bien cité le pape François, c’est pour rappeler ce qu’il appelle son « testament » : son encyclique sur le Sacré-Cœur.

 

Léon XIV, de lignée française par son père et d’une mère aux ascendances créoles, et donc française elle aussi, n’a pas tardé à envoyer un message à la Conférence des évêques de France et il l’a fait non pas en s’appuyant sur l’actualité ou en abordant une question « sociétale » de notre temps : il a parlé de la sainteté et de la nécessaire grâce de Dieu qu’il faut pour l’obtenir.

 

Il a invité les évêques à « donner un relief particulier à cet anniversaire » en rappelant que ces grands saints sont « des maîtres à écouter… des modèles à imiter… de puissants soutiens à prier et à invoquer » devant « l’ampleur des défis qui se présentent à la France ».

« L’histoire de France aurait pu faire l’économie de beaucoup de généraux, de rois, et de ministres : elle n’aurait pas pu se passer de ses saints », disait Henri Pourrat : c’est cette vérité-là que Léon XIV a rappelée à la France avant qu’il ne soit question de quoi que ce soit d’autre, et par les temps qui courent c’est à la fois inattendu et bousculant. Du style : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu, et le reste vous sera donné par surcroît. »

 

 

Ces saints de France plus indispensables que des généraux,
des rois et des ministres

Jean-Eudes, le curé d’Ars, la petite Thérèse « ont aimé sans réserve Jésus de manière simple, forte et authentique ; ils ont fait l’expérience de sa bonté et de sa tendresse dans une particulière proximité quotidienne, et ils en ont témoigné dans un admirable élan missionnaire », souligne le pape.

 

De chacun, il rappelle un trait particulier. Saint Jean-Eudes – ce grand saint de l’Eucharistie – « n’est-il pas le premier à avoir célébré le culte liturgique des Cœurs de Jésus et de Marie ; Saint Jean Marie Vianney n’est-il pas ce curé passionnément donné à son ministère qui affirmait : “Le sacerdoce, c’est l’amour du cœur de Jésus” ; et enfin, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face n’est-elle pas le grand Docteur en scientia amoris dont notre monde a besoin, elle qui “respira” à chaque instant de sa vie le Nom de Jésus, avec spontanéité et fraicheur, et qui enseigna aux plus petits une voie “toute facile” pour y accéder ? »

 

Quand ce pape parle des saints, c’est pour faire converger le regard des âmes vers Jésus, et pour montrer qu’Il est l’auteur de leur sainteté.

 

« Célébrer le centenaire de canonisation de ces trois Saints, c’est d’abord une invitation à rendre grâce au Seigneur pour les merveilles qu’il a accomplies en cette terre de France durant de longs siècles d’évangélisation et de vie chrétienne. Les Saints n’apparaissent pas spontanément mais, par la grâce, surgissent au sein de Communautés chrétiennes vivantes qui ont su leur transmettre la foi, allumer dans leur cœur l’amour de Jésus et le désir de le suivre. Cet héritage chrétien vous appartient encore, il imprègne encore profondément votre culture et demeure vivant en bien des cœurs », écrit Léon XIV.

 

Le nouveau style de Léon XIV rappelle des souvenirs oubliés


Pourquoi cette impression de recevoir du pain, et non des pierres ?

 

Pourquoi ce parfum d’espérance, lorsque le pape écrit : « C’est pourquoi je forme le vœu que ces célébrations ne se contentent pas d’évoquer avec nostalgie un passé qui pourrait sembler révolu, mais qu’elles réveillent l’espérance et suscitent un nouvel élan missionnaire. Dieu peut, moyennant le secours des saints qu’Il vous a donnés et que vous célébrez, renouveler les merveilles qu’Il a accomplies dans le passé. Sainte Thérèse ne sera-t-elle pas la Patronne des missions dans les contrées mêmes qui l’ont vu naître ? Saint Jean-Marie Vianney et Saint Jean Eudes ne sauront-ils pas parler à la conscience de nombreux jeunes de la beauté, de la grandeur et de la fécondité du sacerdoce, en susciter le désir enthousiaste, et donner le courage de répondre généreusement à l’appel, alors que le manque de vocations se fait cruellement sentir dans vos diocèses et que les prêtres sont de plus en plus lourdement éprouvés ? »

 

On en retient ceci : les merveilles que Dieu a accomplies à travers ces grands saints français ont été données gratuitement et ont pu s’épanouir dans le terrain fertile de la chrétienté ; elles semblent être le fait d’un passé lointain, renvoyer vers un temps où le manque de vocations ne se faisait pas « cruellement sentir » ; mais ce vide n’est pas total, la foi, la grâce, les vocations peuvent refleurir par l’intercession de ces grandes figures qui peuvent toujours demander et laisser passer le don de Dieu.

 

Et oui, on se sent revigoré – à commencer par les longues colonnes qui pérégrineront sur les routes de Chartres à la Pentecôte – en lisant : « J’invoque l’intercession de Saint Jean Eudes, de Saint Jean-Marie Vianney et de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, pour votre pays et pour le Peuple de Dieu qui y pérégrine courageusement, sous les vents contraires et parfois hostiles de l’indifférentisme, du matérialisme et de l’individualisme. Qu’ils redonnent courage à ce Peuple, dans la certitude que le Christ est vraiment ressuscité, Lui, le Sauveur du monde. »

 

Catholiques et français toujours : c’est à croire que le pape Léon XIV y croit.

 

Quand Léon XIV parle aux familles, il rappelle la nécessité de la grâce
Lorsqu’il s’est exprimé, trois jours plus tard, devant la foule des familles, des enfants, des grands-parents et des personnes âgées venus pour leur jubilé, on a eu cette même impression… catholique. Léon XIV a rappelé que l’unité, la vraie, « est (…) une communion fondée sur l’amour même dont Dieu aime, d’où viennent la vie et le salut » : « En tant que telle, elle est avant tout un don que Jésus vient apporter. » En donnant à l’homme la possibilité de participer à cet amour. « Ecoutons avec admiration ces paroles : Jésus nous révèle que Dieu nous aime comme Il s’aime Lui-même. Le Père ne nous aime pas moins qu’Il n’aime son Fils unique, c’est-à-dire infiniment. Dieu n’aime pas moins, parce qu’Il aime d’abord, Il aime le premier ! » En parlant aux familles, le pape parle avant tout et d’abord de la plus infinie des communions d’amour : celle de la sainte Trinité.

Léon XIV ne laisse pas de doute : c’est la famille selon la volonté de Dieu qu’il s’agit de chérir et de défendre. « N’oublions pas : c’est dans les familles que se construit l’avenir des peuples. » Sans elles, il n’y a donc pas d’avenir. Et il ajoute, ayant donné l’exemple de couples canonisés : « En désignant comme témoins exemplaires des époux, l’Eglise nous dit que le monde d’aujourd’hui a besoin de l’alliance conjugale pour connaître et accueillir l’amour de Dieu et surmonter, par sa force qui unifie et réconcilie, les forces qui désagrègent les relations et les sociétés. »

 

Et il a même déclaré : « C’est pourquoi, le cœur plein de reconnaissance et d’espérance, je vous dis, à vous les époux : le mariage n’est pas un idéal, mais la norme du véritable amour entre l’homme et la femme : un amour total, fidèle, fécond (cf. Saint Paul VI, Lettre encyclique Humanae vitae, 9). Tout en vous transformant en une seule chair, cet amour vous rend capables, à l’image de Dieu, de donner la vie. »

 

Les mots ont du poids. On sait bien que beaucoup ont prétendu que le mariage chrétien est un « idéal » vers lequel on tend, si difficile qu’on a bien droit à la « loi de gradualité » pour en rester un peu ou beaucoup à l’écart. Léon XIV écarte cette erreur, et rappelle que le mariage exige que l’amour des époux soit « total, fidèle, fécond », parce qu’il est par nature indissoluble et ouvert à la vie.

 

Le pape cite Humanae vitae moins de quatre semaines après son élection
Nul ne sait comment évoluera le pontificat de Léon XIV. Mais il nous aura donné déjà cette lumière, des conseils qui sonnent vrai, exprimés avec sobriété et élégance :

 

« C’est pourquoi je vous encourage à être, pour vos enfants, des exemples de cohérence, en vous comportant comme vous voulez qu’ils se comportent, en les éduquant à la liberté par l’obéissance, en recherchant toujours en eux le bien et les moyens de le faire grandir. Et vous, enfants, soyez reconnaissants envers vos parents : dire “merci” pour le don de la vie et pour tout ce qui nous est donné chaque jour avec elle, c’est la première manière d’honorer son père et sa mère (cf. Ex 20, 12). Enfin, à vous, chers grands-parents et personnes âgées, je recommande de veiller sur ceux que vous aimez, avec sagesse et compassion, avec l’humilité et la patience que les années enseignent.

« Dans la famille, la foi se transmet avec la vie, de génération en génération : elle est partagée comme la nourriture sur la table et les affections du cœur. Cela en fait un lieu privilégié pour rencontrer Jésus, qui nous aime et veut notre bien, toujours. »

 

Merci, Saint-Père !

 

Jeanne Smits dans RITV

Infiltration Islamiste des Foyers pour Mineurs

02/06/2025

Infiltration Islamiste des Foyers pour Mineurs

 

Une vulnérabilité exploitée : la radicalisation des mineurs placés
Les auteurs de la tribune dressent un tableau préoccupant, illustré par plusieurs cas concrets de mineurs impliqués dans des actes de radicalisation, d'apologie du terrorisme, ou de préparation d'actions violentes. Ils soulignent la vulnérabilité particulière des mineurs placés en foyer, souvent marginalisés et en quête d'identité, ce qui en fait des cibles idéales pour les réseaux islamistes et criminels. Ces jeunes, parfois quasi-abandonnés par la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) et l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE) à l'approche de leur majorité, se retrouvent exposés à des influences néfastes.

 

La tribune cite des exemples glaçants : agressions antisémites, projets d'attentats dans des lycées, partage d'idéologie djihadiste en ligne, fabrication d'explosifs artisanaux… Autant de signaux d'alarme qui témoignent de l'urgence de la situation.

 

Des défaillances systémiques et un manque de moyens criant
Sieraczek et Froment pointent du doigt les incapacités de la PJJ et de l'ASE à faire face aux défis contemporains que sont la criminalité organisée, la traite des êtres humains, le respect de la laïcité et, bien sûr, la radicalisation. Certains juges des enfants estiment même que les foyers d'urgence peuvent représenter un danger plus grand que la famille d'origine, en raison d'un manque de suivi adapté, de la précarité des placements, du sous-effectif d'éducateurs et d'une sécurité insuffisante.

 

Le manque de coordination entre les institutions, le classement sans suite de 70% des signalements, et l'insuffisance des protocoles de prévention et de détection de la radicalisation sont autant d'éléments qui affaiblissent un système censé protéger les plus faibles. Les auteurs déplorent également des lacunes dans la prise en charge, comme le manque d'interprètes, de suivi psychologique et de structures adaptées pour les mineurs rapatriés ou non francophones.

 

Atteintes à la laïcité : une porte ouverte à l'influence islamiste ?
Un des points les plus critiques soulevés par la tribune concerne le non-respect du principe de neutralité et de laïcité au sein des foyers. Les auteurs dénoncent une formation insuffisante des professionnels à la laïcité (60% n'ayant jamais reçu de formation spécifique) et pointent des pratiques qui, selon eux, ouvrent la voie à l'influence islamiste : systématisation des menus halal, autorisation du port du voile dans les foyers (considérés comme des domiciles), interdiction de cours de natation aux filles, ou encore l'organisation de prières.

 

Ces pratiques transforment les foyers en « espaces de prosélytisme qui tolèrent des pratiques religieuses », facilitant l'influence de « prêcheurs rigoristes incitant des comportements sectaires ». La vulnérabilité des mineurs est accentuée par les réseaux sociaux, qui facilitent la diffusion d'idéologies extrêmes, d'autant plus que le contrôle des téléphones dans les foyers est quasi inexistant.

 

Le Secours Islamique France (SIF) : un rôle questionné
La tribune s'interroge explicitement sur le rôle et les financements d'organisations telles que le Secours Islamique France (SIF). Les auteurs évoquent les liens présumés du SIF avec Islamic Relief Worldwide, le Hamas, le Hezbollah et les Frères musulmans, présentant l'ONG comme étant « au cœur de nombreux réseaux islamistes radicaux ». Des questions parlementaires ont d'ailleurs déjà alerté sur ces liens supposés, ainsi que sur les financements importants versés par le SIF à Islamic Relief Worldwide (plus de 2 millions d'euros).

 

La puissance financière du SIF (plus de 83 millions d'euros de produits d'exploitation en 2023, en grande partie issus de la générosité du public) et l'orientation d'importants financements vers des « foyers de déstabilisation » comme la Palestine (près de 2,9 millions d'euros) et la Syrie (environ 20 millions d'euros), où l'islamisme radical est implanté, sont des éléments qui suscitent l'inquiétude des auteurs. Le manque de transparence sur les bénéficiaires finaux des financements du SIF est également souligné.

 

Un enjeu majeur pour la cohésion nationale

En conclusion, Manon Sieraczek et Thierry Froment estiment que la préservation de la neutralité et de la laïcité dans les foyers est un enjeu « fondamental sinon existentiel de la cohésion nationale ». Ils appellent de leurs vœux une « volonté politique claire assortie d’une vigilance rigoureuse et d’actions résolues » pour restaurer un cadre protecteur pour les mineurs et contenir les tentatives d'endoctrinement. Le système actuel de protection de l'enfance en France présente, selon eux, de « graves défaillances dans la prévention de la radicalisation et la protection des mineurs ».

 

Cette tribune du Figaro se veut un véritable cri d'alarme, invitant à une prise de conscience collective et à des actions urgentes pour protéger la jeunesse française face à cette menace insidieuse.

2 juin : Blandine, l’esclave héroïque

02/06/2025

2 juin : Blandine, l’esclave héroïque

C’est aussi une sorte de capitale religieuse où, chaque année, les païens de toute la Gaule envoient des délégués pour célébrer en commun de grandes fêtes en l’honneur de leurs divinités, et ces cérémonies dédiées à « Rome et Auguste » sont l’occasion d’une foire très achalandée, de représentations théâtrales, de spectacles dans l’amphithéâtre, de beaucoup de beuveries aussi, et de maints bavardages. Que ne raconte-t-on point, parmi ces foules assemblées ? Et, bien entendu, on parle des chrétiens.

 

Lyon en compte déjà un grand nombre. Cela se comprend aisément. Les commerçants qui arrivent sans cesse d’Asie Mineure, d’Égypte ou de Grèce, ont entendu raconter l’Évangile ; beaucoup d’entre eux sont déjà baptisés ; ils répètent la Bonne Nouvelle et enseignent autour d’eux la doctrine de Jésus. (C’est donc d’Orient que le Christianisme est arrivé en terre française. Ne dit-on pas en Provence que Lazare, le ressuscité, l’ami de Jésus avec ses sœurs Marthe et Marie, a apporté lui-même l’Évangile dans la région de Marseille ? N’assure-t-on pas à Paris (qu’on appelle encore Lutèce) que le premier évêque de la cité, saint Denis, le martyr, a été un grec, élève du grand apôtre

 

saint Paul, comme d’ailleurs saint Trophème, premier évêque d’Arles et saint Crescent, premier évêque de Vienne en Dauphiné ? En tout cas, le bon grain déposé par les Orientaux a pris magnifiquement racine dans la terre gauloise, en cette fin du IIe siècle, et il n’y a sans doute guère de ville qui n’ait sa communauté de fidèles. Et c’est ce qui irrite les païens…

 

***

 

— Les chrétiens aux lions ! A mort les chrétiens ! Tous à l’amphithéâtre ! Arrêtez ‑les ! Tuez ‑les !

 

Dans la foule entassée pour la fête annuelle, le mot d’ordre a couru. Comme ce sera plaisant de voir brûler vifs des chrétiens ou d’assister au repas des fauves déchirant des êtres humains pantelants !

 

— Les chrétiens aux lions ! Les chrétiens aux bêtes !

 

Le gouverneur romain qui administre la Province au nom de l’Empereur a entendu les cris de la foule en furie. Lui-même, s’il était libre, n’aurait peut-être rien fait contre les chrétiens, car il sait bien qu’ils ne commettent aucun crime. Mais il ne fait pas bon de se moquer des passions populaires ! Il risque d’être dénoncé à l’Empereur comme un magistrat trop faible, comme un complice de la secte chrétienne.

 

Lecture pour les momes - Sainte BlandineDans la foule, les racontars les plus stupides courent. On dit que les chrétiens se réunissent de nuit pour célébrer des cérémonies abominables, qu’ils prennent un jeune enfant, l’enduisent de farine, le percent tous ensemble avec des poignards et, se partageant sa chair, la dévorent à belles dents. Ces fables absurdes trouvent créance et, grâce à elles, les prêtres païens arrivent à fanatiser ceux qui les écoutent, à provoquer contre les chrétiens de terribles fureurs.

 

— Les chrétiens aux bêtes ! les chrétiens aux lions !

 

Dans son palais, le gouverneur se rend maintenant compte qu’il ne pourra pas éviter d’agir ; s’il ne donne pas satisfaction à la populace, une émeute est possible et, si elle éclate, l’Empereur la lui reprochera sévèrement. Ne vaut-il pas mieux sacrifier quelques dizaines de chrétiens ? Pas bien intéressants, les chrétiens ! Et l’ordre part de les arrêter.

 

On en arrête, en effet, au hasard. Des riches et des pauvres, des nobles et des gueux, des vieux et des jeunes, des femmes et des enfants pêle-mêle avec les hommes. Dans l’Église du Christ, il n’y a que des frères ; il n’y a ni esclave ni homme libre, tous égaux dans l’amour divin du Maître, tous égaux devant la mort. Et c’est ainsi que la plus pure figure de cette persécution lyonnaise est une petite esclave d’une quinzaine d’années à peine : Blandine, dont l’héroïsme fit pleurer les païens eux-mêmes.

 

***

 

L’arrestation des chrétiens se fait en plein jour, au milieu d’un grand tapage de la populace. Les soldats entrent dans les maisons de ceux qu’on sait être baptisés ; ils ressortent avec leurs prisonniers que la foule insulte, bat, couvre de crachats et de coups ; à peine sont-ils dehors que leurs biens sont pillés. On les mène au forum, la place publique où se tiennent les magistrats chargés d’instruire leur procès. Quel procès ! quelle dérision ! Est-ce un interrogatoire que cette série de menaces et de coups ? Eux, fermes, confessent leur foi, revendiquent bien haut le nom de chrétiens. Les bourreaux sont là, avec leurs instruments de torture…

 

Tout cela est si honteux, si illégal, qu’un spectateur de cette scène se lève. (C’est un homme de très haut rang, connu à Lyon comme une personnalité vénérée ; il se nomme Vit. Au comble de l’indignation, il prend la parole.

 

— La loi permet à tout citoyen de présenter la défense d’un accusé. Je défendrai donc ces hommes, ces femmes et ces enfants. Et je vous dis, moi, Vit, citoyen de Lyon, qu’ils n’ont commis aucun des crimes que vous leur imputez, que le procès que vous leur faites est une infamie…

 

Il ne peut en dire plus ; le magistrat l’interrompt :

— Tu es chrétien, toi aussi, n’est-ce pas ?

 

D’une voix éclatante, Vit répond :

— Oui, je le suis.

 

Sur le champ, il est arrêté, mêlé à la troupe pitoyable des accusés.

 

Et les tortures commencent. Des supplices indescriptibles. Le plus doux consiste à être attaché à un chevalet, pour que les bourreaux vous déchirent les bras, la poitrine, le ventre avec des crochets d’acier. Ou encore à supporter l’affreuse brûlure de lames de fer chauffées au rouge qu’on enfonce dans votre chair. Un jeune prêtre, du nom de Sanctus, subit, des heures durant, de semblables tortures, mais, miraculeusement, Dieu lui donna la force de garder ses membres souples,sa peau intacte, son courage inébranlable.

 

Le vieil évêque de Lyon, Pothin, âgé de quatre-vingt-dix ans, passe à son tour par ces épreuves. « Quel est donc le dieu que servent les chrétiens ? » lui demande, avec ironie, le magistrat. Et le saint de répondre : « Tu le connaitras lorsque tu en seras digne ! » Aussitôt la soldatesque se rue sur lui, le roue de coups de poings, de coups de pieds, lui lance tout ce qui est à sa portée. On le ramasse enfin, défiguré, sanglant, si épuisé qu’il ne peut plus se tenir sur ses jambes et qu’il meurt dans sa prison deux jours plus tard.

 

Les scènes d’horreur se répètent pendant des jours et des jours. Et elles se passent en présence même des autres chrétiens qui attendent leur tour, qui peuvent ainsi voir ce qu’ils vont subir eux-mêmes. Est-il étonnant que quelques-uns aient peur et fléchissent, qu’un petit nombre accepte de sacrifier aux dieux païens pour échapper aux tortures ? Ce qui est étonnant, c’est que le chiffre de ces apostats soit si faible : une dizaine peut-être ; bien peu à côté de tant de héros !

 

Quand ce « procès » est sur le point d’être achevé, on amène une des dernières chrétiennes, une gamine, Blandine. C’est une esclave, et, à Rome, il n’y a rien de plus méprisé qu’une esclave. On dit couramment :« Un esclave n’est pas un être humain ; c’est un objet, c’est une chose ; on peut le détruire comme on veut ! » Mais la petite Blandine va montrer qu’une esclave de quinze ans vaut bien davantage que tous ces magistrats, tous ces soldats, tous ces bourreaux qui la tourmentent. On la menace, on la frappe : elle tient bon.

 

— Avoue donc ce que tu as vu chez tes maîtres ! Raconte-nous les cérémonies qu’ils font, la nuit ! N’est-il pas vrai qu’ils égorgent de jeunes enfants et en dévorent la chair ?

 

Et Blandine, la petite esclave héroïque, répond :

— Non, nous ne faisons aucun mal, nous ne faisons rien d’autre que de nous aimer les uns les autres, de vivre fraternellement, d’être justes, purs, charitables. Est-ce là notre crime ?

 

Des heures durant, torturée, elle répète les mêmes phrases. Et si bien, si courageusement, qu’une assistante, toute en larmes, sort de la foule et court vers le siège du magistrat. C’est une des chrétiennes qui ont été faibles, qui ont accepté de renier le Christ ; la fermeté sublime de ‚Blandine l’a bouleversée jusqu’au fond de l’âme. Elle crie :

 

— Blandine a raison. Ce n’est pas vrai que les chrétiens commettent les crimes dont vous les accusez ! Mangeurs de chair humaine, eux ! Mais les vrais mangeurs de chair humaine, c’est vous, qui vous repaissez du spectacle affreux de leurs souffrances, qui brûlez vifs, qui écartelez des femmes et des enfants !

 

Et, sur le champ, elle est arrêtée de nouveau et mise dans le groupe de ceux qui vont mourir.

 

* * *

 

Désormais, les exécutions commencent. L’immense amphithéâtre est tout rempli de spectateurs. C’est à peine croyable : il se trouve ainsi des milliers de gens, qui ne sont peut-être pas de méchantes gens, pour venir se distraire au spectacle de la souffrance et de la mort d’innocents ! Tout ce qu’on peut imaginer de plus terrible, on le fait subir aux chrétiens de Lyon. L’un d’eux, Attale, est attaché sur une chaise de fer brûlante et on le laisse là rôtir comme un peu de viande ; et lui, de crier à la foule : « Vous voyez bien que c’est vous, les mangeurs de chair humaine ! » Un autre, Alexandre, qui n’a pas été arrêté avec ses frères, est venu à l’arène pour les encourager, et il leur parle si bien, il leur dit de si nobles choses que le magistrat comprend qu’il est chrétien lui aussi, l’arrête, et sur le champ le fait égorger.

 

histoire à regarder - Sainte Blandine et les lionsC’est maintenant le grand jeu ! On lâche les bêtes. Il y a là toutes sortes de fauves, tous terribles, qu’on n’a pas nourris, exprès, depuis une semaine. Les lions bondissent en rugissant ; les léopards miaulent comme des chats en furie ; les ours, en grondant, s’approchent à pas feutrés des chrétiens enchaînés par trois ou quatre et les déchirent à petits coups.

 

Blandine a été condamnée aux bêtes. Au milieu de l’arène, elle est attachée à un poteau et, aux yeux de ses compagnons qui souffrent, elle paraît être l’image vivante de Jésus crucifié, de Celui qui, du haut du ciel, les guide et les attend. Ses maîtres, ses amis, la voyant si frêle, si menue, se sont dit les uns aux autres : « Aura ‑t-elle la force de tenir bon jusqu’au bout ? Ne va-t-elle pas apostasier, » C’est mal connaître cette jeune âme de feu, que rien ne peut épouvanter.

 

Le premier jour, elle assiste à tous les supplices de ses frères, sans trembler. En haut de son poteau, elle prie, elle chante des cantiques ; de temps en temps elle interpelle l’un des martyrs pour l’encourager à mourir pour le Christ. Aucun des fauves ne la touche et il faut la ramener en prison. Plusieurs fois de suite, le fait se répète : les bêtes sont-elles repues ? Cette maigre fillette leur paraît-elle un piètre morceau ? Blandine est toujours vivante. Quand la semaine des exécutions s’achève, on la ramène encore. Il faut en finir ! Et elle, la petite héroïne, elle est toujours aussi calme, aussi pleine de foi et d’espérance. La seule chose qui l’inquiète, c’est son camarade Ponticus, qui a le même âge qu’elle et dont elle se demande s’il aura la force de mourir en martyr. Il ne reste plus qu’eux de vivants… Deux enfants. On les a fouettés à mort ; ils ont survécu… On les a mis sur le gril ardent ; ils n’ont pas abjuré. De nouveau on a lâché les fauves sur eux, mais repues, les bêtes les ont flairés, ont tourné autour d’eux, ne les ont pas touchés. Les bourreaux s’acharnent sur le petit Ponticus, qui rend l’âme, et Blandine loue le Seigneur : son ami est mort en saint !

 

Récit du martyr de sainte BlandineElle est toute seule maintenant dans l’immense arène. La foule, que son héroïsme a fini par impressionner, lui crie :« Abjure donc ! Sacrifie à nos dieux ! Tu auras la vie sauve ! » Et beaucoup se disent l’un à l’autre :« On n’a jamais vu une femme souffrir aussi courageusement que cette enfant esclave… » Mais elle ne répond même pas. Elle a les yeux levés au ciel, où elle voit le Maître qui l’attend, qui lui fait signe. C’est pour lui qu’elle veut mourir. Enfin, on invente pour elle un supplice encore inusité. On l’enferme dans un grand filet, comme ceux dont se servent les pêcheurs de la Saône et on lance sur elle un taureau furieux. La bête la soulève avec ses cornes, la jette plusieurs fois en l’air ; le corps de la martyre fait un bruit affreux en tombant à terre et l’on peut croire qu’elle est en morceaux. Elle respire encore ; elle murmure encore des prières. Il faut enfin qu’un garde l’égorge avec son épée.

 

* * *

 

Ainsi mourut Blandine, l’esclave héroïque, patronne de toutes les servantes, exemple pour tous les enfants. N’avait-elle pas montré à la face du monde qu’on peut n’être rien aux yeux des hommes, rien qu’une créature méprisée, et se révéler très grande aux yeux de Dieu ?

 

Quand tous les chrétiens furent morts, on ramassa leurs pauvres restes et on les exposa huit jours pour que la populace les insultât encore. « Il faut les brûler, dirent des païens, car ces obstinés prétendent qu’ils peuvent ressusciter ! Il faut que leurs misérables dépouilles soient dispersées au vent… » On les brûla donc, on balaya leurs cendres et on les jeta au Rhône. Comme si Dieu qui peut tout, n’était pas capable de rendre la vie à ses témoins, à ces héros sublimes qui, pour lui, ont supporté la mort et les supplices. Ils ressusciteront au dernier jour du monde, les martyrs de Lyon, avec tous les autres. Ils seront au premier rang de la troupe joyeuse des Élus qui chantent un Alléluia éternel. Et parmi eux on reconnaîtra une petite fille de pauvre aspect, dont le visage rayonnera de gloire : Blandine, esclave héroïque, aura alors définitivement triomphé de ses bourreaux !

 

Auteur : Daniel-Rops | Ouvrage : Légende dorée de mes filleuls .

Pour lutter contre l’islamisation, il suffit d’islamiser nous-même la France !

01/06/2025

Pour lutter contre l’islamisation, il suffit d’islamiser nous-même la France !

 

Guillaume de Thieulloy dénonce dans Les 4 vérités les suites de la diffusion du rapport sur les Frères musulmans :

 

Le titre même du rapport est symptomatique de cet aveuglement : « Frères musulmans et islamisme politique en France ». Existe-t-il, en France ou ailleurs, un islamisme qui ne soit pas politique ?

 

Depuis des années, ceux qui prétendent nous diriger nous mentent ou se mentent à eux-mêmes en refusant tout « amalgame » entre l’islam comme foi religieuse d’une rare richesse spirituelle et l’islamisme, déplorable dévoiement politique du premier. Mais c’est n’avoir jamais ouvert le Coran. La dimension juridico-politique est partie intégrante du corpus « religieux » de l’islam.

 

En ce sens, les Frères musulmans ne font que défendre un islam « orthodoxe » (ou plutôt « orthopraxe », si je puis dire, car la doctrine musulmane est réduite à peu de chose : l’unicité de Dieu et le caractère prophétique de Mahomet et l’islam est principalement une orthopraxie, une façon de bien se comporter – Mahomet étant d’ailleurs le « beau modèle » du bon comportement).


Il est certes parfaitement raisonnable de lutter contre cette confrérie – et les nombreux pays musulmans qui la tiennent pour un groupe terroriste ont de bonnes raisons pour cela – mais on ne peut lutter sans comprendre son adversaire. En l’occurrence, les autorités françaises s’aveuglent volontairement en refusant de voir que le programme des Frères musulmans trouve sa source dans le Coran.

 

Par ailleurs, il est assez surprenant que l’on joue la surprise, alors que bien des auteurs ont alerté depuis des années sur la stratégie islamiste.

 

La stratégie de l’Organisation de la conférence islamique pour islamiser l’Occident est accessible facilement sur internet. Et, pour ceux qui trouveraient cette recherche trop difficile, l’ancien député Jean-Frédéric Poisson a écrit un livre qui date déjà de plusieurs années afin d’expliquer cette stratégie.

 

On ne peut pas vraiment dire que nos gouvernants soient à la pointe de l’information !

Cependant, le pire réside dans les recommandations du rapport. Je conseille vivement de les comparer à celles du rapport de l’OCI dont je parlais à l’instant : elles sont largement identiques ! Ce qui signifie que, pour lutter contre l’influence des Frères musulmans, nos dirigeants proposent d’appliquer nous-mêmes leur stratégie. Bravo les génies !

 

Ainsi propose-t-on d’apprendre l’arabe à l’école pour éviter de laisser le monopole de cet apprentissage aux écoles coraniques. Mais comment ne pas voir que cette décision, si elle était mise en œuvre, serait une éclatante victoire des Frères musulmans ? Cela ne signifierait nullement qu’un arabe « laïc » ou « républicain » serait en mesure de concurrencer l’arabe coranique mais bien plutôt que la France se soumet à l’islam.

 

De même encourage-t-on la création de carrés musulmans dans les cimetières, autre évident symbole de conquête islamique.

 

Si l’on veut efficacement lutter contre « l’islam politique », il faut d’abord éviter de se bercer d’illusion et dire clairement aux musulmans à quelles conditions ils peuvent devenir français (je veux dire vraiment français, pas seulement « Français de papier »). Et, oui, il faut reconnaître que certaines de ces conditions sont incompatibles avec le Coran (par exemple la reconnaissance de la dignité de la femme), mais nous ne pouvons pas choisir la France à leur place – et, si nous ne méprisons pas les musulmans (comme semblent le faire nos dirigeants), nous leur devons la vérité.

Le cercueil de la civilisation européenne

31/05/2025

Le cercueil de la civilisation européenne

« Au milieu de la fièvre qui agite le personnel politique à propos du projet de loi relatif à la fin de vie, je veux, une fois encore, faire entendre à la France la voix de la tradition politique et de la morale millénaire sur laquelle elle se repose. Cette tradition, je l’assume tout entière en tant que chef de la Maison de Bourbon. Et il m’appartient de veiller à ce qu’elle ne soit pas un reste anecdotique de notre passé, mais bien un guide qui éclaire et conduise nos actes.

 

Ce qui se prépare au Parlement constitue une nouvelle rupture anthropologique que je condamne fermement. Je la condamne car à terme, elle nuit à la France et aux Français. En janvier 2024, j’avais déjà exprimé toutes les craintes et les réserves que j’avais à l’égard du texte qui était en préparation.

 

Malheureusement, la réalité a dépassé ce que j’imaginais, comme tous les hommes de bien. Les amendements adoptés dans le cadre de la loi signent l’acte d’abdication de notre société toute entière face à la vulnérabilité, la souffrance et la faiblesse. Le dernier clou dans le cercueil de la civilisation européenne, bâtie sur les lumières du christianisme et de l’humanisme, s’apprête à être planté dans une certaine indifférence médiatique et politique.

 

Les décideurs politiques ont une lourde responsabilité face à l’humanité tout entière. Et ce n’est pas en maquillant ce suicide assisté qu’ils s’apprêtent à voter sous le masque d’une pseudo-fraternité qu’ils échapperont au tribunal de l’Histoire et de leur conscience. Je voudrais le leur rappeler, afin qu’ils se rendent compte de la gravité de l’acte qu’ils s’apprêtent à poser.

 

Dans un pays marqué par des progrès sociaux importants, par un système de soin extrêmement développé, il est désolant de constater que la lâcheté va être choisie plutôt que le courage, la rentabilité plutôt que le sacrifice. Car ne doutons pas que des logiques comptables abjectes sont à l’œuvre parmi les motivations sous-jacentes. Les personnes les plus fragiles seront priées de comprendre qu’elles sont de trop, qu’elles pèsent un poids trop lourd pour notre économie.

 

Peu à peu, un certain modèle hygiéniste de société nous est donc proposé dans lequel la faiblesse, l’inattendu, et l’imperfection ne seront plus tolérés. C’est la Vie et la nature tout entière qui seront rejetées. Et là aussi, nous le savons bien, sous couvert d’humanisme et de liberté, cette loi va encore aggraver les inégalités. Alors que les personnes aisées pourront avoir la chance de parvenir aux unités de soins palliatifs, les plus pauvres eux, n’auront que la mort comme alternative à leur souffrance. Un contraste frappant pour la République française qui se veut être la championne de l’égalité.

 

Les mots ont été vidés de leur sens pour en faciliter l’usage, les valeurs morales ont été évacuées pour faciliter les décisions, les restes de notre civilisation judéo-chrétienne ont été dispersés pour faciliter l’avènement de l’individu-roi. Nous ne raisonnons plus en tant que société, mais en somme d’individus, avec chacun leurs désirs, leurs angoisses, leurs problèmes. Et que le plus fort gagne ! Voilà le nouveau credo de notre société hyper-consumériste.

 

L’héritage monarchique que je porte voudrait convaincre mes compatriotes que d’autres voies sont possibles. Qu’il reste tant à faire pour développer les soins palliatifs, qu’il nous reste tant à apprendre de ces gens qui souffrent, qui ne veulent pas mourir mais auxquels nous ne donnons pas la parole et dont nous refusons d’entendre le témoignage. Cette loi n’est pas qu’une affaire d’individus. Elle est l’affaire de la société française dans toutes ses composantes pour aujourd’hui et pour demain.

 

Que voulons-nous pour notre pays ? Pour notre génération et les suivantes ? Et si ceux à qui je m’adresse ne veulent raisonner que de manière égoïste, je veux leur rappeler qu’ils sont les souffrants, les handicapés et les personnes âgées de demain. Peut-être constateront-ils alors que l’appel de la Vie, même dans ces instants les plus vulnérables, reste immense.

 

Enfin, je veux également avoir une parole pour les soignants que l’on feint trop d’ignorer et qui ne sont pas entendus. Eux qui sont totalement dévoués au service des malades et des souffrants, eux qui exercent leur profession avec passion et humanité, eux qui côtoient la vie et la mort chaque jour qui passe. Ne renoncez pas à votre déontologie : elle est votre honneur. Elle est le rempart à la fois mince mais grandiose qui sépare notre civilisation d’une pente glissante, où la vie risquerait de perdre peu à peu sa valeur, et où la compassion se confondrait avec l’abandon.

 

Ce rempart, c’est le refus de considérer la vie humaine comme une simple variable d’ajustement, comme un fardeau à soulager par l’effacement. C’est le choix de soigner plutôt que de céder, d’accompagner plutôt que de précipiter. Vous portez, dans l’ombre parfois, une part immense de ce qui fait la dignité de notre société. Soyez fermes dans ce qui fait votre intégrité et votre honneur : les Français vous soutiennent.

 

J’en appelle aux médecins, aux philosophes, aux croyants et à tous leurs pasteurs, aux responsables associatifs, et à tous ceux qui savent ce que valent la souffrance, le soin et la fragilité. Refusez ce basculement. Et plus largement, ça n’est pas à chaque Français que je m’adresse, mais bien à la France même. Faisons le choix ne pas peser la valeur des vies humaines, de ne pas s’ouvrir à un système de mort et surtout de ne pas acter la fin de notre antique civilisation. En effet, c’est bien elle qui sera la première victime de cette loi. Puisse saint Louis éclairer nos dirigeants et nos décideurs politiques. »

 

Le Premier Message de Léon XIV à la France

31/05/2025

Le Premier Message de Léon XIV à la France

Messaggio del Santo Padre

 

Je suis heureux de pouvoir m’adresser pour la première fois à vous, pasteurs de l’Église de France et, à travers vous, à tous vos fidèles alors qu’est célébré, en ce mois de mai 2025, le 100ème anniversaire de la canonisation de trois Saints que, par la grâce de Dieu, votre pays a donnés à l’Église universelle : Saint Jean Eudes (1601-1680), Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859) et Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face (1873-1897). En les élevant à la gloire des autels, mon prédécesseur Pie XI souhaitait les présenter au Peuple de Dieu comme des maîtres à écouter, comme des modèles à imiter, et comme de puissants soutiens à prier et à invoquer. L’ampleur des défis qui se présentent, un siècle plus tard, à l’Église de France, et la pertinence toujours très actuelle de ses trois figures de sainteté pour y faire face, me poussent à vous inviter à donner un relief particulier à cet anniversaire.

 

Je ne retiendrai, dans ce bref Message, qu’un trait spirituel que Jean Eudes, Jean Marie Vianney et Thérèse ont en commun et présentent de manière très parlante et attrayante aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui : ils ont aimé sans réserve Jésus de manière simple, forte et authentique ; ils ont fait l’expérience de sa bonté et de sa tendresse dans une particulière proximité quotidienne, et ils en ont témoigné dans un admirable élan missionnaire.

 

Le regretté Pape François nous a laissé, un peu comme un testament, une belle Encyclique sur le Sacré-Coeur dans laquelle il affirme : « Un fleuve qui ne s’épuise pas, qui ne passe pas, qui s’offre toujours de nouveau à qui veut aimer, continue de jaillir de la blessure du côté du Christ. Seul son amour rendra possible une nouvelle humanité » (Dilexit nos, n. 219). Il ne saurait y avoir de plus beau et de plus simple programme d’évangélisation et de mission pour votre pays : faire découvrir à chacun l’amour de tendresse et de prédilection que Jésus a pour lui, au point d’en transformer la vie.

 

Et à ce titre, nos trois Saints sont assurément des maîtres dont je vous invite à faire sans cesse connaître et apprécier la vie et la doctrine au Peuple de Dieu. Saint Jean Eudes n’est-il pas le premier à avoir célébré le culte liturgique des Coeurs de Jésus et de Marie ; Saint Jean Marie Vianney n’est-il pas ce curé passionnément donné à son ministère qui affirmait : “Le sacerdoce, c’est l’amour du coeur de Jésus” ; et enfin, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face n’est-elle pas le grand Docteur en scientia amoris dont notre monde a besoin, elle qui “respira” à chaque instant de sa vie le Nom de Jésus, avec spontanéité et fraicheur, et qui enseigna aux plus petits une voie “toute facile” pour y accéder ?

 

Célébrer le centenaire de canonisation de ces trois Saints, c’est d’abord une invitation à rendre grâce au Seigneur pour les merveilles qu’il a accomplies en cette terre de France durant de longs siècles d’évangélisation et de vie chrétienne. Les Saints n’apparaissent pas spontanément mais, par la grâce, surgissent au sein de Communautés chrétiennes vivantes qui ont su leur transmettre la foi, allumer dans leur coeur l’amour de Jésus et le désir de le suivre. Cet héritage chrétien vous appartient encore, il imprègne encore profondément votre culture et demeure vivant en bien des coeurs.

 

C’est pourquoi je forme le voeu que ces célébrations ne se contentent pas d’évoquer avec nostalgie un passé qui pourrait sembler révolu, mais qu’elles réveillent l’espérance et suscitent un nouvel élan missionnaire. Dieu peut, moyennant le secours des saints qu’Il vous a donnés et que vous célébrez, renouveler les merveilles qu’Il a accomplies dans le passé. Sainte Thérèse ne sera-t-elle pas la Patronne des missions dans les contrées mêmes qui l’ont vu naître ? Saint Jean-Marie Vianney et Saint Jean Eudes ne sauront-ils pas parler à la conscience de nombreux jeunes de la beauté, de la grandeur et de la fécondité du sacerdoce, en susciter le désir enthousiaste, et donner le courage de répondre généreusement à l’appel, alors que le manque de vocations se fait cruellement sentir dans vos diocèses et que les prêtres sont de plus en plus lourdement éprouvés ? Je profite de l’occasion pour remercier du fond du coeur tous les prêtres de France pour leur engagement courageux et persévérant et je souhaite leur exprimer ma paternelle affection.

 

Chers frères Évêques, j’invoque l’intercession de Saint Jean Eudes, de Saint Jean-Marie Vianney et de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, pour votre pays et pour le Peuple de Dieu qui y pérégrine courageusement, sous les vents contraires et parfois hostiles de l’indifférentisme, du matérialisme et de l’individualisme. Qu’ils redonnent courage à ce Peuple, dans la certitude que le Christ est vraiment ressuscité, Lui, le Sauveur du monde.

 

Implorant sur la France la protection maternelle de sa puissante Patronne, Notre-Dame de l’Assomption, j’accorde à chacun de vous, et à toutes les personnes confiées à vos soins pastoraux, la Bénédiction Apostolique.

 

Du Vatican, le 28 mai 2025

Léon XIV