Le blog du Temps de l'Immaculée.

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Marie Immaculée, victorieuse de « Fat Man »

08/08/2025

Marie Immaculée, victorieuse de « Fat Man »

... Ce couvent, situé sur les pentes du mont Hikosan, à l’écart du centre-ville et protégé par la montagne, est épargné par l’explosion. Alors que la ville de Nagasaki et sa communauté catholique sont dévastées, le couvent franciscain et les frères qui l’occupent sont épargnés, avec pour seuls dégâts quelques vitres brisées. C’est le choix éclairé du saint concernant l’emplacement du monastère qui permit de préserver la vie des religieux. Nombreux sont ceux qui attribuent cela à la protection divine, et en particulier à celle de la Sainte Vierge, à qui le couvent est dédié.

 

Les raisons d'y croire

En 1931, Maximilien Kolbe choisit délibérément un emplacement isolé derrière une montagne pour sa « Cité de l’Immaculée », allant contre les conseils locaux qui préconisent un site plus proche de la ville. « Il avait eu une vision selon laquelle Urakami [quartier du nord de la ville de Nagasaki, où la bombe atomique a explosé] serait bientôt détruite par une grande boule de feu. »

 

Le choix de Kolbe pour la localisation du couvent est le fruit d’une providence divine anticipée. L’emplacement du couvent sauve les franciscains du souffle de l’explosion de la bombe et des fortes doses de radiations, la montagne ayant servi de bouclier naturel face à l’explosion. De plus, le relatif éloignement du couvent ne le rend pas inaccessible : il n’a pas empêché les religieux de rejoindre rapidement l’épicentre de l’explosion pour apporter leur aide.

 

Les récits et témoignages soulignent que, après la guerre, les frères franciscains ont mené des vies relativement longues et saines, sans développer les maladies typiques des hibakusha (survivants des bombes atomiques). Cette absence significative de symptômes graves liés à l’irradiation n’est pas explicable scientifiquement, comme l’indique la Radiation Effects Research Foundation (RERF).

 

Les franciscains attribuent ces grâces à la Vierge Marie Immaculée qu’ils priaient lors de l’explosion. En effet, la « Cité de l’Immaculée » est entièrement consacrée à la Vierge Marie : l’activité principale des religieux est de publier et de diffuser le plus largement possible la revue mariale Le Chevalier de l’Immaculée, poursuivant ainsi la mission d’évangélisation et de promotion de la dévotion mariale initiée par leur fondateur.

 

La survie de ce lieu de prière offre un puissant symbole d’espérance et montre que Dieu peut faire surgir le bien en toute chose. Au milieu de la dévastation, ce lieu devient un refuge spirituel et matériel pour les survivants et les orphelins, et les frères qui ont été épargnés peuvent être présents et disponibles pour venir en aide à tous, ce qui aurait été impossible si le site avait été touché.

 

Plusieurs faits montrent encore combien la Sainte Vierge protège ceux qui aiment son Fils Jésus : alors que le docteur Nagai est mourant et dans le coma, après avoir été gravement blessé lors de l’explosion, une voix l’incite à prier le père Kolbe pour sa guérison. Personne au Japon ne sait que ce dernier est déjà mort, et encore moins martyr, mais Takashi Nagai s’exécute. Peu après, il sort du coma, et la blessure qui mettait sa vie en danger est inexplicablement guérie. Ses collègues médecins disent que c’est un miracle. Toute sa vie, ce médecin converti n’aura de cesse de témoigner, par sa foi exemplaire, de ne pas avoir peur de tourner les yeux vers le Ciel – en somme, de croire en Dieu.

 

Urakami, le quartier où la bombe explose, est le quartier chrétien. La communauté chrétienne de Nagasaki a su véhiculer, au cœur de cette catastrophe nucléaire et malgré la douleur, un message de paix et d’espérance.

 

En savoir plus sur 1000 Raisons de croire

 

 

Notre Dame également victorieuse de "Little Boy" à Hiroshima

 

On ne peut passer sous silence l'explosion d'Hiroshima qui eut lieu trois jours avant Nagasaki

De nombreux récits de l'événement font état de la présence de huit prêtres jésuites (ou missionnaires), qui se trouvaient à huit pâtés de maisons du point zéro. John Hersey , dans son récit contemporain de 1946 sur Hiroshima , cite quatre prêtres jésuites (le père supérieur LaSalle, le père Wilhelm Kleinsorge, le père Cieslik et le père Schiffer) et les situe à 1 300 mètres du centre. Schiffer lui-même affirme qu'il y avait quatre prêtres jésuites — « le père Hugo Lassalle , supérieur de toute la mission jésuite au Japon, et les pères Kleinsorge, Cieslik et Schiffer » — et décrit sa propre localisation comme « dans un rayon d'un mile, le plus dangereux ». Schiffer mentionne également le nom de leur église — « l'église jésuite de Notre-Dame de l'Assomption ».

 

Explosion


Selon le récit de 1946 du père jésuite John Siemes, qui se trouvait à la périphérie de la ville :

Ils se trouvaient dans leurs chambres à la maison paroissiale – il était huit heures et quart, exactement à l'heure où nous avions entendu l'explosion à Nagatsuke – lorsqu'une lumière intense s'est abattue sur eux, suivie immédiatement du bruit des vitres, des murs et des meubles brisés. Ils ont été couverts d'éclats de verre et de débris. Le Père Schiffer a été enseveli sous un pan de mur et a subi une grave blessure à la tête. Le Père Supérieur a reçu la plupart des éclats au dos et aux membres inférieurs, ce qui l'a fait saigner abondamment. Tout a été projeté dans les chambres, mais la charpente en bois de la maison est restée intacte.

Le propre récit de Schiffer décrit l'explosion : "Soudain, une terrible explosion emplit l'air d'un coup de tonnerre. Une force invisible me souleva de ma chaise, me projeta dans les airs, me secoua, me frappa, me fit tournoyer comme une feuille dans une rafale de vent d'automne."

 

Survivants


Les quatre prêtres jésuites survécurent à l'explosion. Cité en 1950, Schiffer déclara : « Sur 14 prêtres et laïcs, nous n'en avons perdu qu'un, un Japonais. » Les jésuites se trouvaient dans un bâtiment plus résistant que la plupart des bâtiments environnants, comme le notent respectivement Hersey et Siemes : "[Le Père Kleinsorge a vu] que tous les bâtiments environnants étaient tombés, à l'exception de la maison de mission des Jésuites, qui avait été longtemps auparavant renforcée et doublement renforcée par un prêtre nommé Gropper, qui était terrifié par les tremblements de terre. La solidité de la structure, œuvre du frère Gropper, a de nouveau brillé."

Ils n'étaient pas les seuls survivants à proximité de Ground Zero ; on estime que 14 % des personnes se trouvant à moins d'un kilomètre de Ground Zero ont survécu à l'explosion mais pas ultérieurement à cause des radiations.

 

Aspects religieux


La survie des prêtres a parfois été qualifiée de miracle . En 1951, Schiffer déclarait :

"Je n’appellerai pas cela un miracle exactement, mais je pense que nous étions sous la protection spéciale de Dieu. "
Mais pas seulement car ils priaient tous les jours le Rosaire ...

 

 

Vie ultérieure


Schiffer rencontra le pilote et le copilote du B-29 qui bombarda Hiroshima, l' Enola Gay .

À New York en 1951, Schiffer rencontra le copilote Robert A. Lewis . Schiffer invita Lewis à se rendre à Hiroshima en août 1952 pour l'inauguration d'un « palais de prière », ce que Lewis accepta. Cependant, aucune trace d'une telle visite n'existe. Ils apparurent également ensemble à l'université Fordham en 1957 (photo), à l'occasion du douzième anniversaire du bombardement, et Schiffer nota qu'ils étaient devenus « des amis très proches ». Schiffer rencontra plus tard le pilote Paul Tibbets à Dallas en 1975.

Schiffer, qui avait obtenu une licence au Japon, a obtenu une maîtrise de l'Université Fordham en 1952 et un doctorat en 1958. Dans les années 1960, Schiffer a travaillé comme professeur associé d'économie au St. Joseph's College de Philadelphie et a écrit un livre sur le système bancaire japonais.

 

 

 

 

 

Montée du sentiment anti-UE en Europe

07/08/2025

Montée du sentiment anti-UE en Europe

I. L'Allemagne : L'AfD en fer de lance de la contestation


Le document souligne une montée significative du sentiment anti-UE en Allemagne, incarnée par la position résolue de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD).

 

Clarté de la position de l'AfD : La présidente de l'AfD, Alice Weidel, est plus claire que jamais quant à sa volonté de "défoncer l'Union européenne" et d'en "sortir", ainsi que de "sortir de l'euro".

 

Contexte de l'intensification : Cette tendance est liée à l'accord commercial Trump-Von der Leyen et fait suite à des préoccupations déjà exprimées par les PME allemandes désireuses de quitter l'UE.


Poids politique de l'AfD : Si l'AfD, du fait de l'alliance CDU/CSU, n'est actuellement pas le parti en tête des intentions de vote en Allemagne,  il compte néanmoins 152 députés au Bundestag et progresse régulièrement .


Critiques acerbes de l'UE et de ses dirigeants : Corruption et intérêts personnels : Alice Weidel accuse explicitement Ursula von der Leyen de corruption. Elle déclare : "Tout le système, l'écosystème des apparatchiks des oligarques européistes est corrompu." Elle ajoute que "Ces gens ne travaillent que pour leur propre poche... Ils ne sont pas honnêtes. Ils mentent au peuple. Ils ruinent notre économie. Ils nuisent aux pays européens."


Destruction de l'industrie : L'UE est perçue comme un facteur de ruine industrielle. Weidel affirme que "L'Union européenne détruit notre industrie." Elle cite l'exemple de "L'industrie automobile, par exemple allemande est en ruine... Toutes les mauvaises réglementations proviennent de l'Union européenne." L'exemple donné est la restriction de la flotte en 2018 qui a "pratiquement expulsé les moteurs thermiques du marché".


Bureaucratie excessive et inutile : L'UE est dépeinte comme "un système plein de bureaucrates dont personne n'a besoin, qui cause des troubles et des problèmes partout qui sont surpayés et qui promulguent des règlements dont personne ne veut."


Atteinte à la démocratie et ingérence : Weidel dénonce l'ingérence de l'UE dans les affaires internes des États membres. Elle prend l'exemple de la Hongrie, accusant l'UE de "construire un opposant à Victor Orban" en la personne de Péter Magyar, qu'elle qualifie de "créature artificielle... poussée en avant par Bruxelles". Concernant l'Allemagne, elle accuse les institutions européennes et leurs alliés de "faire tout ce qu'ils peuvent pour nous faire tomber", y compris l'espionnage et l'incitation des médias contre l'AfD.


Critique de l'euro : Weidel attribue le déclin du niveau de vie des Allemands à l'abandon du Deutschmark. Elle déclare que "les Allemands vivaient vivent bien moins bien que par le passé. Et l'une des principales raisons de cela est qu'ils ont abandonné leur propre monnaie." Elle décrit l'euro comme ayant "créé un système global de faiblesse et un système inflationniste."


Opposition à la guerre en Ukraine et à l'achat d'armes américaines : L'AfD critique l'obligation d'acheter des armes américaines pour "une guerre qu'on ne veut pas", jugeant cela "absurde".


Appel clair à la sortie de l'UE : Alice Weidel conclut sans équivoque : "Nous devons quitter l'Union européenne. Elle ne représente pas les États-nations ni les peuples souverains."


II. L'Irlande : L'affaire de l'asile et l'appel à l'IReXit


Elon Musk s'invite dans le débat sur l'UE en Irlande, suite à une décision de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) concernant l'asile en ce pays.

 

Intervention d'Elon Musk : Le 1er août, Elon Musk, via un tweet sur son compte X, a déclaré : "L'Irlande devrait quitter l'Union européenne." Il a ajouté, élargissant sa position : "tous les pays devraient le faire. D'ailleurs, à mon avis, l'Union européenne détruit la démocratie en Europe."


Contexte de la réaction de Musk : Sa réaction est motivée par une décision de la CJUE contredisant les tribunaux irlandais, qui impose à l'Irlande (et à tous les pays européens) "d'accorder un logement à tous les demandeurs d'asile sans exception, y compris ceux dont le dossier va être refusé."


Montée de l'appel à l'IRX : Cette décision a fait émerger des voix en Irlande appelant à l' "IRX", la sortie de l'Irlande de l'Union européenne.


III. L'Italie : La souveraineté nationale et la gestion migratoire


L'Italie est également le théâtre de tensions croissantes avec l'UE, notamment en ce qui concerne la gestion de l'immigration.

 

Projet migratoire bloqué : L'accord de Giorgia Meloni avec l'Albanie pour le traitement des demandes d'asile en dehors du territoire italien a été "démoli intégralement" par la justice européenne.


Réaction de Meloni : La Première ministre italienne s'est dite étonnée de cette décision, déclarant qu'elle "réduit encore davantage la marge de manœuvre déjà limitée des gouvernements et des parlements en matière de régulation et de gestion des migrations." Elle ajoute que la décision "affaibli les politiques de lutte contre l'immigration clandestine massive et de protection des frontières nationales."


Débat sur la primauté du droit national : En réponse à cette situation, un sénateur allié de Meloni, Claudio Borg, a tweeté qu'il "convient en effet d'établir définitivement la primauté du droit national sur le droit européen." Ce débat, en cours au Sénat italien, met en lumière la question fondamentale de la "souveraineté nationale".


IV. Une alarme partagée même par la presse européiste


La presse pro-européenne s'inquiète de la situation.

"Un été catastrophique" : Euronews a titré un article du 2 août "Un été cruel pour le second mandat d'Ursula von der Leyen", reconnaissant que les événements des cinq dernières semaines, mélange puissant de querelles internes, de troubles mondiaux et d'attaques contre sa personne, fissure l'image étroitement contrôlée de la présidente de la Commission européenne et la rend vulnérable à une sorte de critique qu'elle avait jusqu'ici évité. Cette observation met en évidence une remise en question globale et croissante de l'Union européenne.


En somme, les sources étudiées révèlent une intensification du sentiment anti-UE en Europe, portée par des acteurs politiques influents comme l'AfD en Allemagne et des personnalités mondiales comme Elon Musk, et exacerbée par des décisions de la CJUE perçues comme une atteinte à la souveraineté nationale et aux intérêts économiques des États membres. Les critiques se concentrent sur la corruption, la bureaucratie excessive, l'ingérence dans les affaires nationales, l'impact négatif sur l'économie et la perte de souveraineté. L'Europe est en roue libre ...

 

François Charbonnier

Un état juif en Palestine? « Non possumus », disait St Pie X.

07/08/2025

Un état juif en Palestine? « Non possumus », disait St Pie X.

Un État juif en Palestine?
Quand Pie X répondit à Herlz : « Non possumus ».



 

Le 26 janvier 1904, Theodor Herzl, père du sionisme et fondateur du mouvement sioniste pour le droit des Juifs à fonder un État juif, fut reçu en audience par le pape Pie X au Vatican. L’objectif était d’obtenir le soutien du souverain pontife pour la création d’un État juif en Palestine.

 

À cette époque, Herzl (qui mourra en 1904, justement, le 3 juillet, à l’âge de quarante-quatre ans) se trouvait également en Italie pour rencontrer le roi Victor Emmanuel III, toujours dans le but d’obtenir un soutien politique au projet sioniste.

 

Herzl voyait dans le sionisme l’instrument permettant de réaliser le projet d’autodétermination juive, mais le résultat de la rencontre avec Pie X ne fut pas celui qu’il espérait.

 

La version de la rencontre, consignée dans le journal de Herzl, permet de bien comprendre la position du pape.

Le Lippay auquel Herzl fait référence est le comte Berthold Dominik Lippay, un portraitiste autrichien que Herzl avait rencontré à Venise et qui avait organisé l’audience avec le pape.

 

. . . .

 

J’étais avec le pape hier. Le parcours m’était déjà familier, car j’avais rencontré Lippay à plusieurs reprises. J’ai croisé des laquais suisses, qui ressemblaient à des ecclésiastiques, et des ecclésiastiques qui ressemblaient à des laquais, des fonctionnaires papaux et des chambellans.

 

Je suis arrivé dix minutes à l’avance et je n’ai même pas eu besoin d’attendre. Le pape m’a fait traverser plusieurs petites salles de réception.

 

Il m’a reçu debout et m’a tendu la main, que je n’ai pas baisée. Lippay m’avait dit que je devais le faire, mais je ne l’ai pas fait. Je pense que j’ai encouru son mécontentement, car tous ceux qui le rencontrent s’agenouillent et lui baisent au moins la main.

 

Ce baciamo m’avait causé pas mal d’inquétude et j’ai été très content quand ce fut fini.

Il s’est assis dans un fauteuil, un trône pour les occasions mineures. Il m’a ensuite invité à m’asseoir à ses côtés et m’a souri, comme s’il s’agissait d’une attente amicale.

 

J’ai commencé par dire : “Ringrazio Vostra Santità per il favore di m’aver accordato quest’udienza” [Je remercie Votre Sainteté pour la faveur qu’elle m’a faite en m’accordant cette audience – en italien dans le texte].

« C’est un plaisir », a-t-il dit avec une désapprobation polie.

 

Je me suis excusé pour mon italien pitoyable, mais il m’a répondu : « Non, vous parlez très bien, Monsieur le Commendatore« .

 

Comme je portais pour la première fois mon ruban Mejidiyye [honneur militaire et chevaleresque de l’Empire ottoman], sur les conseils de Lippay, le pape s’est donc toujours adressé à moi en m’appelant Commendatore.

 

Lui est un bon curé de campagne, rude, pour qui le christianisme est resté vivant même au Vatican.

 

Je lui ai présenté brièvement ma demande. Mais, peut-être agacé par mon refus de lui baiser la main, il me répondit d’un ton sévère et résolu :

 

« Nous ne pouvons pas favoriser ce mouvement. Nous ne pouvons pas empêcher les Juifs d’aller à Jérusalem, mais nous ne pourrons jamais le favoriser. La terre de Jérusalem, si elle n’a pas toujours été sainte, a été sanctifiée par la vie de Jésus Christ. En tant que chef de l’Eglise, je ne peux pas vous en dire plus. Les Juifs n’ont pas reconnu notre Seigneur, donc nous ne pouvons pas reconnaître le peuple juif ».

 

Le conflit entre Rome, représentée par lui, et Jérusalem, représentée par moi, était donc à nouveau ouvert.

 

Au début, bien sûr, j’ai essayé d’être conciliant. J’ai récité mon petit texte sur l’extraterritorialité, res sacrae extra commercium [«chose sacrée en dehors de commerce»]. Mais cela n’a pas fait grande impression. Jérusalem, a-t-il dit, ne doit pas finir entre les mains des Juifs.

 

« Et son état actuel, Saint-Père ? »

« Je sais, il n’est pas agréable de voir les Turcs en possession de nos lieux saints. Nous devons simplement nous y faire. Mais soutenir les Juifs dans l’acquisition des Lieux Saints, nous ne pouvons pas le faire ».

J’ai dit que notre point de départ était uniquement la souffrance des Juifs et que nous voulions éviter les problèmes religieux.

 

« Oui, mais nous, et moi en tant que chef de l’Église, ne pouvons pas faire cela. Il y a deux possibilités. Soit les Juifs s’accrochent à leur foi et continuent d’attendre le Messie qui, pour nous, est déjà venu. Dans ce cas, ils ne feront que nier la divinité de Jésus et nous ne pourrons pas les aider. Ou bien ils y vont sans aucune religion, et alors nous pouvons être encore moins favorables à leur égard. La religion juive est le fondement de la nôtre, mais elle a été supplantée par les enseignements du Christ et nous ne pouvons plus lui accorder de validité. Les Juifs, qui auraient dû être les premiers à reconnaître Jésus-Christ, ne l’ont pas fait jusqu’à présent ».

 

J’avais sur le bout de la langue : « C’est ce qui se passe dans toutes les familles. Personne ne croit en ses proches ». Mais j’ai dit au contraire : « La terreur et la persécution n’étaient peut-être pas le bon moyen d’ouvrir les yeux des Juifs ».

 

Mais il a répondu, et cette fois, il était magnifique dans sa simplicité :

 

« Notre Seigneur est venu sans pouvoir. Il était pauvre. Il est venu en paix. Il n’a persécuté personne. Il a été persécuté. Il a été abandonné même par ses apôtres. Ce n’est que plus tard que sa stature a pris de l’importance. L’Église a mis trois siècles à évoluer. Les juifs ont alors eu le temps de reconnaître sa divinité, sans aucune pression. Mais ils ne l’ont pas fait jusqu’à aujourd’hui ».

 

« Mais, Saint-Père, les Juifs sont dans une situation désespérée. Je ne sais pas si Votre Sainteté est consciente de l’ampleur de cette triste situation. Nous avons besoin d’une terre pour ces personnes persécutées ».

« Faut-il que ce soit Jérusalem ? »

« Nous ne demandons pas Jérusalem, mais la Palestine, juste la terre séculaire. »

« Nous ne pouvons pas être en faveur de cela ».

« Votre Sainteté connaît-elle la situation des Juifs ? »

 

« Oui, depuis l’époque où j’étais à Mantoue. Il y a des juifs qui vivent là-bas et j’ai toujours été en bons termes avec les juifs. L’autre soir encore, deux juifs sont venus me rendre visite. Après tout, il y a d’autres liens que ceux de la religion : la courtoisie et la philanthropie. Nous ne les refusons pas aux Juifs. En fait, nous prions aussi pour eux, afin que leur esprit soit éclairé. L’Église célèbre aujourd’hui la fête d’un incroyant qui, sur le chemin de Damas, a été miraculeusement converti à la vraie foi. Ainsi, si vous allez en Palestine et que vous y installez votre peuple, nous devrons avoir des églises et des prêtres prêts à vous baptiser tous ».

 

Le comte Lippay s’est fait annoncer. Le pape lui a permis d’entrer. Le comte s’est agenouillé, lui a baisé la main, puis s’est joint à la conversation, racontant notre rencontre « miraculeuse » au Bauer’s Beer Hall de Venise. Le miracle tenait en ce qu’il avait d’abord prévu de passer la nuit à Padoue. Il se trouve que j’avais exprimé le souhait de pouvoir baciare i piedi du Saint-Père.

 

Le visage du pape s’est alors assombri, car je ne lui avais même pas baisé la main. Lippay a poursuivi en disant que j’avais exprimé mon appréciation des nobles qualités de Jésus-Christ. Le pape écoutait, prenait parfois une pincée de tabac et éternuait dans un grand mouchoir de coton rouge. Ce sont d’ailleurs ces touches paysannes qui me plaisent le plus chez lui et qui motivent mon respect.

 

Lippay voulait ainsi expliquer pourquoi il m’avait présenté, peut-être pour s’excuser. Mais le pape a dit :  ; « Au contraire, je suis heureux que vous m’ayez amené le Commendatore« .

 

Quant au problème proprement dit, il a répété ce qu’il m’avait dit:  ; « Non possumus  ; [Nous ne pouvons pas] ! »

Jusqu’au moment de prendre congé, Lippay a passé son temps à genoux devant lui et ne semblait pas se lasser de lui baiser la main. J’ai alors compris que le pape appréciait cela. Mais même lors des adieux, je me suis contenté de lui donner une poignée de main chaleureuse et de le saluer.

 

Durée de l’audience : environ vingt-cinq minutes.

 

Dans les Salles de Raphaël, où j’ai passé l’heure suivante, j’ai vu un tableau représentant un empereur s’agenouillant pour permettre au pape assis de placer la couronne sur sa tête. C’est ainsi que Rome veut que les choses se passent.

 

Note d’AMV
La tombe de Herzl se trouve à Jérusalem depuis 1950, sur une colline qui a été nommée Mont Herzl en son honneur. Lors du dernier voyage du pape François en Israël, la tombe de Herzl a été visitée pour la première fois par un pontife.

La Journée Herzl est une fête nationale dans l’État d’Israël. Elle a lieu le dixième jour du mois juif d’Iyar pour commémorer la vie et la pensée du leader sioniste.

 

Aldo Maria Valli via Benoit et moi
23 juillet 2025

Appel à la paix en Palestine

05/08/2025

Appel à la paix en Palestine

Ce qui se passe à Gaza depuis le 7 octobre 2023 représente l’une des urgences humanitaires les plus préoccupantes de l’histoire récente. Cette tragédie ne peut nous laisser indifférents et interpelle tout particulièrement notre conscience de chrétiens. Face à la mort de milliers d’innocents, due non seulement à des actes de guerre mais aussi à la famine, il ne peut y avoir d’excuses.

 

Le soutien et l’aide à tous les civils, aux populations qui souffrent, et en particulier aux chrétiens qui vivent en Terre Sainte, ont également été demandés par le patriarche de Jérusalem, le cardinal Pizzaballa, et par le nouveau souverain pontife, le pape Léon XIV.

 

Nous savons que dans une partie de l’opinion publique, le fait de se prononcer en faveur de la cessation des actes de violence et du siège de Gaza déclenche des réactions contradictoires, parfois désordonnées et agressives, avec en premier lieu l’accusation de sympathiser avec les terroristes du Hamas. Cette accusation doit être résolument rejetée.

Les habitants de Gaza, mais aussi de Cisjordanie, et tous ceux qui vivent en Terre sainte sont des êtres humains qui ont droit au respect de leur vie et de leur dignité.

 

C’est ce qui nous motive : aucune connivence avec le terrorisme. Cependant, on ne peut pas occulter les violations des droits de l’homme commises par l’actuel gouvernement israélien, dirigé par un personnage controversé et contestable comme Benjamin Netanyhau et composé également d’individus déclarés indésirables pour leurs positions racistes et violentes et leur incitation expresse au nettoyage ethnique, qui ne représente d’ailleurs qu’une partie de la population. En effet, de nombreux Juifs en Israël et dans le monde entier appellent à une résolution pacifique de ce conflit.

 

L’autre accusation honteuse portée à l’encontre de ceux qui réclament le respect du peuple de Terre Sainte est celle d’antisémitisme. Nous tenons à rappeler avec force que critiquer l’actuel gouvernement israélien ne signifie pas avoir des sentiments hostiles à l’égard du peuple juif.

 

Dans le contexte actuel, le terme « antisémite » est surréaliste, puisque les Palestiniens – en tant qu’Arabes – sont également des Sémites. Quiconque offense ou commet des violences à l’encontre d’un Palestinien est antisémite.

 

En tant que Comitato Liberi in Veritate, nous appelons par la présente à soutenir inconditionnellement – sans si et sans mais – la position du Patriarcat de Jérusalem et de la diplomatie pontificale, invitant tous les chrétiens, tant individuellement qu’en association, à se joindre à toutes les initiatives visant à aider le peuple souffrant de Gaza et les chrétiens vivant en Terre Sainte, et à soutenir les manifestations de solidarité avec eux et les demandes adressées aux dirigeants.

 

Enfin, nous appelons à prier pour la conversion afin que la Terre Sainte, où s’est accomplie l’histoire du salut pour tous, connaisse la paix.

 

www.paologulisano.com/appello-per-la-pace-in-palestina

De Rome à la France, une jeunesse catholique de plus en plus décomplexée

04/08/2025

De Rome à la France, une jeunesse catholique de plus en plus décomplexée

 

« Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde ! » Par ces paroles chaleureuses et engageantes, tirées de l’Evangile, le pape Léon XIV a tenu à rappeler aux centaines de milliers de jeunes, venus à Rome bénéficier des grâces du Jubilé, que l’Eglise toute entière comptait sur eux. Le nouveau Souverain Pontife sait que l’avenir du catholicisme se trouve entre leurs mains et il ne peut ignorer les grands défis qui les attendent. L’univers postmoderne, plein de lui-même et désabonné de Dieu, s’attache volontairement à faire fi detoutes réalités surnaturelles. L’influence de l’Eglise ne cesse de s’étioler tandis que le nombre de catéchisés s’effondre. Jamais en Occident la culture chrétienne n’avait semblé aussi fragile. Qui connaît encore la signification de la fête du 15 août à venir, jour de l’Assomption de Notre Dame au Ciel ? Dans une société davantage préoccupée par la vie économique que par la vie mystique, il n’y a pas que le trou de la dette qui continue de se creuser, les âmes elles-mêmes sont reléguées aux catacombes.

 

Une jeunesse « vide et avide »

 

De cet impensé existentiel, il en ressort une jeunesse certes déboussolée mais aussi assoiffée. Comment combler son appétit d’infini ? Orpheline de repères, analphabète desprincipes religieux, l’écrasante majorité des jeunes s’interroge sur cette verticalité qui leur fait défaut et qu’on ne leur a pas transmise. « Vide et avide » résumera un prêtre parisien pour qualifier ces étudiants en quête de sens et qui n’hésitent plus à franchir les portes des églises. C’est que la foi chrétienne, désormais minoritaire dans son expression authentique, recèle plus que jamais une dimension transgressive. A l’heure de Tik-Tok, de la téléréalité et du wokisme lancinant, le message de l’Evangile dénote franchement. Suivre le Christ n’est pas tant has been que punk pour cette jeunesse décomplexée.

 

Hier soir, dans la banlieue de Rome, à Tor Vergata, Léon XIV s’est appuyé lors de sa prise de parole avant l’adoration eucharistique sur la vie de saint Augustin qui, après avoir mené une jeunesse dissolue, a découvert le grand bonheur de l’amitié avec Dieu. Cette rencontre décisive possède son capital d’absolu. Saint Augustin « cherchait la vérité qui ne déçoit pas, la beauté qui ne passe pas » et les a trouvées « en rencontrant celui qui le cherchait déjà : Jésus-Christ ». A un jeune qui lui partageait ses difficultés à croire en la présence de Dieu « au milieu des épreuves et des incertitudes », le pape lui indiquera un chemin tout intérieur : « Adorez le Christ dans le Saint Sacrement [l’adoration de l’hostie consacrée, présence réelle du Seigneur Jésus sous les apparences du pain], source de la vie éternelle. » Au milieu du vacarme du monde, le pape invitait non pas la jeunesse à faire davantage de bruit mais, au contraire, à gagner en intériorité.

 

Les Troubadours de la miséricorde : des jeunes audacieux, comédiens et apôtres

 

Cet appel au silence et à la vie spirituelle, de plus en plus de jeunes s’en font l’écho. A 1300 km de là, une joyeuse bande de 25 jeunes comédiens volontaires écume durant ce début du mois d’août les parvis des églises, de Vannes à Carnac en passant par Josselin. A l’image des multiples initiatives missionnaires qui existent en France durant la période estivale,afin de porter le Christ aux inconnus, la troupe des Troubadours de la miséricorde organise des spectacles gratuits et ouverts à tous. Lancée lors des JMJ à Lisbonne en 2023, ces jeunes témoignent de leur foi en proposant aux badauds des scénettes spirituelles où s’alternent dialogues aux messages évangéliques, chants sacrés, sons d’instruments, danses médiévales et tapements de mains, le tout dans une ambiance bon enfant. Directement inspirés des “Mystères” du Moyen-Âge – pièces de théâtre religieux qui cherchaient à toucher et catéchiser un public plus large – les Troubadours de la Miséricorde vont ainsi aux périphéries prêcher la bonne parole. En s’adressant aux vacanciers, davantage à la recherche de glaces ou de cartes postales que d’aventures spirituelles, ils souhaitent, aidés par leur insolente jeunesse,rappeler plaisamment à tous et chacun que « L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4, 4). Après un premier spectacle sur Jeanne d’Arc puis un autre sur le bon larron, cet été c’est la vie de François d’Assise qui ambitionne d’édifier le public. Au fur et à mesure de la représentation, les passants s’arrêtent, les enfants s’asseyent, l’assistance écoute, la musique interprétée par la troupe fait le reste.

 

Ces comédiens amateurs touchent par leur enthousiasme et leur élan. Ils sont à l’image de la jeunesse catholique française : sans peur et sans complexe. A la fin du spectacle, tout le parvis est invité à entrer dans l’église attenante. Un temps d’adoration silencieuse les attend et des prêtres se tiennent à leur disposition pour échanger, discuter ou leur offrir le pardon divin dans la confession. Les larmes coulent souvent, les mains se joignent parfois et, toujours, Dieu seul distingue ce qui se trame dans les cœurs.

 

De Rome aux provinces de France, la jeunesse catholique reste, pour reprendre la formule du pape Léon XIV, « le signe qu’un monde différent est possible ». Raison de plus pour l’écouter et lui donner une place de choix.

Aspirez à la sainteté !

03/08/2025

Aspirez à la sainteté !

Très chers jeunes,

 

Après la Veillée vécue ensemble hier soir (NDLR : vidéo ci-dessous), nous nous retrouvons aujourd’hui pour célébrer l’Eucharistie, sacrement du don total de Soi que le Seigneur a fait pour nous. Nous pouvons imaginer revivre, dans cette expérience, le chemin parcouru le soir de Pâques par les disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24, 13-35) : d’abord, ils s’éloignaient de Jérusalem, effrayés et déçus ; ils partaient convaincus qu’après la mort de Jésus, il n’y avait plus rien à attendre, plus rien à espérer. Et pourtant, ils l’ont précisément rencontré, ils l’ont accueilli comme compagnon de voyage, ils l’ont écouté pendant qu’il leur expliquait les Écritures, et enfin ils l’ont reconnu à la fraction du pain. Alors leurs yeux se sont ouverts et l’annonce joyeuse de Pâques a trouvé place dans leur cœur.

 

La liturgie d’aujourd’hui ne nous parle pas directement de cet épisode, mais elle nous aide à réfléchir sur ce qu’il raconte : la rencontre avec le Ressuscité qui change notre existence, qui éclaire nos affections, nos désirs, nos pensées.

La première lecture, tirée du Livre de Qohelet, nous invite à faire, comme les deux disciples dont nous avons parlé, l’expérience de notre limite, de la finitude des choses qui passent (cf. Qo 1, 2 ; 2, 21-23) ; et le psaume responsorial, qui lui fait écho, nous propose l’image d’une     « herbe changeante : elle fleurit le matin, elle change ; le soir, elle est fanée, desséchée » (Ps 90, 5-6). Ce sont deux rappels forts, peut-être un peu choquants, mais qui ne doivent pas nous effrayer, comme s’il s’agissait de sujets “tabous” à éviter. La fragilité dont ils nous parlent fait en effet partie de la merveille que nous sommes. Pensons au symbole de l’herbe : n’est-ce pas magnifique, un pré en fleurs ? Certes, elles sont délicates, faites de tiges fines, vulnérables, susceptibles de se dessécher, de se plier, de se briser, mais en même temps, elles sont immédiatement remplacées par d’autres qui poussent après elles, et dont les premières deviennent généreusement nutriments et servent d’engrais, en se consumant sur le sol. C’est ainsi que vit le champ, se renouvelant continuellement, et même pendant les mois froids d’hiver, quand tout semble silencieux, son énergie frémit sous terre et se prépare à exploser, au printemps, en mille couleurs.

 

Nous aussi, chers amis, nous sommes ainsi faits : nous sommes faits pour cela. Non pour une vie où tout est acquis et immobile, mais pour une existence qui se régénère constamment dans le don, dans l’amour. Et ainsi, nous aspirons continuellement à un “plus” qu’aucune réalité créée ne peut nous donner ; nous ressentons une soif si grande et si brûlante qu’aucune boisson de ce monde ne peut l’étancher. Face à cette soif, ne trompons pas notre cœur en essayant de l’apaiser avec des substituts inefficaces ! Écoutons-la plutôt ! Faisons-en un tabouret sur lequel nous pouvons monter pour nous pencher, comme des enfants, sur la pointe des pieds, à la fenêtre de la rencontre avec Dieu. Nous nous trouverons face à Lui, qui nous attend, qui frappe même gentiment à la vitre de notre âme (cf. Ap 3, 20). Et il est beau, même à vingt ans, de Lui ouvrir grandement notre cœur, de le laisser y entrer, pour ensuite nous aventurer avec Lui vers les espaces éternels de l’infini.

 

Saint Augustin, parlant de sa recherche intense de Dieu, se demandait : « Quel est donc l’objet de notre espérance […] ? Est-ce la terre ? Non. Est-ce quelque chose qui vient de la terre, comme l’or, l’argent, l’arbre, la moisson, l’eau […] ? Ces choses plaisent, elles sont belles, elles sont bonnes » (Sermon 313/F, 3). Et il concluait : « Cherche celui qui les a faites, c’est Lui ton espérance » (ibid.). Puis, repensant au chemin qu’il avait parcouru, il priait en disant : « Tu [Seigneur] étais au-dedans, et moi au-dehors et c’est là que je te cherchais […]. Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité tu as embaumé, j’ai respiré et haletant j’aspire à toi j’ai goûté [cf. Ps 33, 9 ; 1 P 2, 3] et j’ai faim et j’ai soif [cf. Mt 5, 6 ; 1 Co 4, 11] ; tu m’as touché et je me suis enflammé pour ta paix » (Confessions, 10, 27).

 

Frères et sœurs, ce sont de très belles paroles, qui rappellent ce que le Pape François disait à Lisbonne, lors de la Journée Mondiale de la Jeunesse, à d’autres jeunes comme vous : « Chacun est appelé à se confronter à de grandes questions qui n’ont pas […] une réponse simpliste ou immédiate, mais qui invitent à accomplir un voyage, à se dépasser, à aller plus loin […], à un décollage sans lequel il n’y a pas de vol. Ne nous alarmons pas alors si nous nous trouvons assoiffés de l’intérieur, inquiets, inachevés, avides de sens et d’avenir […]. Ne soyons pas malades, soyons vivants ! » (Discours pour la rencontre avec les jeunes universitaires, 3 août 2023).

 

Il y a une question importante dans notre cœur, un besoin de vérité que nous ne pouvons ignorer, qui nous amène à nous      demander : qu’est-ce vraiment que le bonheur ? Quel est le véritable goût de la vie ? Qu’est-ce qui nous libère des marécages de l’absurdité, de l’ennui, de la médiocrité ?

 

Ces derniers jours, vous avez vécu de nombreuses expériences enrichissantes. Vous avez rencontré des jeunes de votre âge, venus de différentes parties du monde et appartenant à différentes cultures. Vous avez échangé vos connaissances, partagé vos attentes, dialogué avec la ville à travers l’art, la musique, l’informatique, le sport. Au Circo Massimo, vous vous êtes approchés du sacrement de la pénitence, vous avez reçu le pardon de Dieu et vous avez demandé son aide pour mener une vie bonne.

 

Dans tout cela, vous pouvez trouver une réponse importante : la plénitude de notre existence ne dépend pas de ce que nous accumulons ni, comme nous l’avons entendu dans l’Évangile, de ce que nous possédons (cf. Lc 12, 13-21). Elle est plutôt liée à ce que nous savons accueillir et partager avec joie (cf. Mt 10, 8-10 ; Jn 6, 1-13). Acheter, accumuler, consommer ne suffit pas. Nous avons besoin de lever les yeux, de regarder vers le haut, vers « les réalités d’en haut » (Col 3, 2), pour nous rendre compte que tout a un sens, parmi les réalités du monde, dans la mesure où cela sert à nous unir à Dieu et à nos frères dans la charité, en faisant grandir en nous « des sentiments de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur » (Col 3, 12), de pardon (cf. ibid., v. 13), de paix (cf. Jn 14, 27), comme ceux du Christ (cf. Ph 2, 5). Et dans cette perspective, nous comprendrons toujours mieux ce que signifie « l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 5).

 

Très chers jeunes, notre espérance, c’est Jésus. C’est Lui, comme le disait saint Jean-Paul II, « qui suscite en vous le désir de faire de votre vie quelque chose de grand, […] pour vous rendre meilleurs, pour améliorer la société, en la rendant plus humaine et plus fraternelle » (XVe Journée mondiale de la Jeunesse, Veillée de prière, 19 août 2000). Restons unis à Lui, restons dans son amitié, toujours, en la cultivant par la prière, l’adoration, la communion eucharistique, la confession fréquente, la charité généreuse, comme nous l’ont enseigné les bienheureux Piergiorgio Frassati et Carlo Acutis, qui seront bientôt proclamés saints. Aspirez à de grandes choses, à la sainteté, où que vous soyez. Ne vous contentez pas de moins. Vous verrez alors grandir chaque jour, en vous et autour de vous, la lumière de l’Évangile.

 

Je vous confie à Marie, la Vierge de l’espérance. Avec son aide, en retournant dans les prochains jours dans vos pays, dans toutes les parties du monde, continuez à marcher avec joie sur les traces du Sauveur, et contaminez tous ceux que vous rencontrez avec votre enthousiasme et le témoignage de votre foi ! Bonne route !

 

 

Source : Le Saint Siège

 

 

 

Veillée de prière, et échange avec le Pape Léon XIV
pour le jubilé des jeunes, 02 aout 2025

 

 

 

Léon XIV, cent premiers jours sous le signe de l’unité et de l’apaisement

02/08/2025

Léon XIV, cent premiers jours sous le signe de l’unité et de l’apaisement

Selon JM Guénois, voici les 5 axes majeurs du début du pontificat de Léon XIV :

Un retour à une papauté classique et pondérée

Un magistère axé sur la vie intérieure et la conversion

Une place redonnée au clergé

Une nouvelle méthode diplomatique

La question liturgique

 

Retour à une papauté classique et pondérée


Le début du pontificat de Léon XIV est marqué par un apaisement du climat au Vatican, après le style de gestion parfois perçu comme "terrorisant" de François. Le nouveau pape, avec 86 % de bonnes opinions, fait dans ses débuts l'image d'un pontificat calme et sobre. Il prendra possession des appartements pontificaux, boudés par son prédécesseur, une décision symbolique de ce retour à une papauté plus classique.

 

Un magistère axé sur la vie intérieure et la conversion


Le site officiel du Vatican met en évidence le mot "Magisterium" (magistère), soulignant l'importance de l'enseignement de la foi catholique. Le pape se concentre sur la conversion intime au Christ, sans compromis. L'article mentionne que Léon XIV n'est pas un pape progressiste, soutenant par exemple le célibat sacerdotal et ne prévoyant pas le diaconat féminin. Sa première encyclique, en préparation, devrait définir le cadre de son magistère.

 

Une place redonnée au clergé


Léon XIV met l'accent sur la collégialité en plus de la "synodalité", le leitmotiv du pontificat de François. S'il ne remet pas en question la participation des laïcs, il insiste sur l'importance des prêtres et des évêques. Il n'envisage pas l'Église comme un atelier de réformes permanentes. Le test décisif sera l'avenir de "l'assemblée ecclésiale" prévue pour 2028.

 

Une nouvelle méthode diplomatique


Le pape Léon XIV rompt avec la méthode personnelle et intuitive de François, préférant travailler en étroite collaboration avec la Secrétairerie d'État. Il a déjà des projets de voyages à l'étude en Turquie et en Algérie à l'invitation récente du président Tebboune. Comme ses prédécesseurs, il soutient la reconnaissance de l'État palestinien et la solution à deux États.

 

La question liturgique


La question du rite tridentin, mise à mal par François, est au cœur des préoccupations de Léon XIV, qui souhaite reconstruire l'unité de la communauté catholique. Le pape est attentif à la liturgie et sa propre manière de célébrer la messe est jugée irréprochable. L'avenir de l'ancien rituel liturgique et la nomination du nouveau "ministre" en charge de cette question seront décisifs.

 

 

F. Charbonnier

Les églises de Syrie ciblées par des bombardements

02/08/2025

Les églises de Syrie ciblées par des bombardements

Le fracas des bombes qui continuent de pleuvoir sur Gaza en cet été 2025 a tendance à faire oublier ce qui se passe à plusieurs centaines de kilomètres de l’Etat d’Israël. Car dans une Syrie prétendue « libérée » du règne sans partage du clan Assad, plus de 250 personnes viennent de trouver refuge dans une église face à la poursuite des attaques généralisées et des bombardements dans le sud du pays.

 

Entre 60 et 70 familles provenant de différents villages, dont de nombreux chrétiens, se sont abritées dans l’église capucine de Jésus-Roi, située dans la ville de Soueïda. Plusieurs sources locales ont rapporté à l’association Aide à l’Eglise en Détresse (AED) que ces réfugiés survivent dans des « conditions extrêmes et sous des bombardements continus ».

 

Un autre témoin, qui souhaite rester anonyme pour des raisons de sécurité, déclare à l’AED : « Ces derniers jours [à la mi-juillet 2025, ndlr] le complexe de l’église a été touché par des bombardements intenses. Un obus a frappé le monastère, causant d’importants dégâts aux réservoirs d’eau et aux vitres. Miraculeusement, personne à l’intérieur de l’église n’a été blessé. »

 

Cette personne a ajouté que la vie dans la région est devenue « insupportable », marquée par des pénuries d’eau et d’électricité, un épuisement des réserves alimentaires et le pillage des entrepôts. Une autre source confirme :

 

« Le siège se poursuit, et les tirs de snipers rendent impossible toute sortie. Des coups de feu sporadiques se font entendre, et la peur est constante, sans aucune clarté sur l’identité des factions en conflit. Il y a encore de nombreuses personnes portées disparues – elles pourraient se trouver dans d’autres villages ou être mortes dans leurs maisons. »

 

Le 15 juillet, l’église grecque-catholique Saint-Michel d’Al-Soura Al-Kabira a subi d’importants dégâts. 38 maisons appartenant à des familles chrétiennes auraient été détruites par les flammes, et près de 70 personnes ont trouvé refuge dans une salle paroissiale à Shahba. Un témoin rapporte à l’AED : « L’hôpital local est hors service, avec plus de 1 200 corps en attente d’inhumation depuis plus d’une semaine. »

 

Une religieuse en contact avec les familles déplacées dans l’est de Soueïda a déclaré que « toute la ville reste plongée dans une crise profonde ». Elle explique qu’après dix jours de siège, les habitants se sentent « complètement piégés. Les routes sont dangereuses, remplies de tirs de snipers et de chaos. Aucun couloir humanitaire n’a été établi, et aucune aide n’est parvenue à la ville. »

La religieuse ajoute un témoignage déchirant : « Beaucoup souffrent de crises de panique sévères, d’effondrements émotionnels et d’une anxiété extrême. Il y a un besoin urgent de sédatifs et de soutien psychologique – les gens ne peuvent pas dormir, ils sont submergés par la peur et l’horreur. La situation est d’une déshumanisation inimaginable, avec des corps gisant dans les rues. Il n’y a plus de dignité ni pour les vivants ni pour les morts. » Pour la religieuse, la communauté internationale doit intervenir.

 

« Nous implorons le monde d’agir. Nous avons besoin d’un couloir humanitaire urgent pour évacuer les civils ou acheminer des secours médicaux et alimentaires essentiels. Nous avons besoin de soutien psychologique, de médicaments essentiels, d’une attention internationale, de compassion et, surtout, d’une action immédiate », implore-t-elle. Un appel qui laisse indifférente la France, dont les liens avec la Syrie sont pourtant historiques.

Les chrétiens, qui représentaient environ 6% de la population syrienne avant la guerre civile de 2011 – soit environ 1,5 à 2 millions de personnes – ne sont plus qu’une minorité estimée entre 250 000 et 500 000 croyants aujourd’hui. La guerre, les persécutions par les groupes jihadistes comme l’organisation Etat islamique (EI), et l’émigration massive ont drastiquement réduit leur nombre.

 

Pourtant sur place, pas question de céder au désespoir devant les reniements occidentaux : « Nos besoins sont immenses, mais ce dont nous avons vraiment besoin, ce sont des prières et l’intervention de Dieu – lui seul peut nous sortir de cette situation », estiment les chrétiens de Syrie.

 

(Source : Aide à l’Eglise en détresse/Zenit – FSSPX.Actualités)
Illustration : Eglise chrétienne à Damas © Canva

L’IA, la gnose, le vocabulaire religieux et Laurent Alexandre

01/08/2025

L’IA, la gnose, le vocabulaire religieux et Laurent Alexandre

Un jour, il se pourrait bien que l’homme se dématérialise grâce aux avancées de l’intelligence artificielle. Un jour, l’homme sera immortel, toujours grâce à l’IA, et il n’aura plus besoin de souffrir de maladie ou de pauvreté. Un jour l’IA, en tant qu’entité ou collection d’entités – et ce jour serait très proche d’après ses concepteurs – dépassera l’homme jusqu’à le considérer comme une sorte d’animal domestique ou un vestige du passé à conserver. Un jour, l’IA parviendra peut-être même à mettre fin à la finitude de l’univers. Telles sont les promesses – aussi empoisonnées que le « vous serez comme des dieux » des origines au paradis terrestre – qui se multiplient aujourd’hui dans la bouche de ceux qui veulent faire comprendre au reste de l’humanité que ses jours, tels qu’ils sont aujourd’hui en tout cas, sont comptés. Le tableau à quelque chose de terrifiant, et c’est normal qu’il soit ainsi perçu : s’il devait se réaliser, il marquerait la fin de toute logique et de toute vérité telles que nous les connaissons ; la fin de tout ce que nous savons de nous-mêmes. L’homme ne serait plus une espèce à part sur cette terre, il serait dépassé par sa créature, il aurait à adorer une sorte de nouvelle divinité dont on nous dit qu’elle a toutes les chances de se révéler un jour malveillante. On assiste à une sorte de personnification de l’IA non pas de la part d’allumés de la cafetière mais de gens qui se veulent au sommet de l’intelligence humaine et qui nous incitent par divers moyens à nous accommoder de ces scénarios qu’il est difficile de ne plus qualifier d’infernaux.

Deux récentes interventions du Dr Laurent Alexandre en apportent un témoignage saisissant. Il était le 28 juin l’invité d’Isabelle Morizet sur Europe 1 pour parler de l’avenir tel qu’il le voit. Quelques semaines plus tôt, il est intervenu dans un débat organisé par le groupe des Jeunes professionnels le Saint-Nicolas du Chardonnet à Paris. En ces deux occasions, à bien y réfléchir, Laurent Alexandre a abordé des points fondamentaux sur la nature et les risques de cet outil qui promet de faire de l’homme, selon son expression, un Homo Deus.

 

Laurent Alexandre met en garde autant qu’il est fasciné
L’IA, il faudra s’y soumettre, ou bien mourir, au moins socialement : tel serait le dilemme auquel nous serions confrontés avec la montée inéluctable, vertigineuse, incroyablement plus rapide qu’on ne l’aurait jamais cru, de l’IA. L’intelligence artificielle gagne des points de QI à toute vitesse, elle a à sa disposition des connaissances époustouflantes – tout ce qui a jamais été stocké sur Internet – et des capacités de calcul qui vous transformeraient le moindre ordinateur de poche (votre smartphone) en super polytechnicien sans trou de mémoire et qui plus est, insensible au sommeil, à la faim, aux besoins élémentaires de l’homme et peu enclin (jusqu’à preuve du contraire) à la revendication sociale.

 

Voilà en substance ce qui explique autant qu’il le peut et surtout les plateaux possibles le Dr Laurent Alexandre, dont l’ambiguïté du langage à l’égard de l’IA surprendra toujours. A la fois il veut mettre en garde contre les bouleversements inouïs qui attendent l’humanité avec sa progression que rien ne saurait arrêter, et à la fois il préconise – non, il présente comme une sorte de devoir de survie – le fait de s’y mettre. « Je pense qu’il est urgent de donner de l’espoir aux gens. Je pense que vos auditeurs qui n’ont pas encore ChatGPT-4 doivent s’y mettre tout de suite. Sinon, ils vont être largués. Ils vont être aveugles. Ils ne vont pas comprendre ce qui se passe. Ils vont être dans un monde qu’ils ne comprendront pas », assurait Laurent Alexandre à Isabelle Morizet, visant absolument tout le monde. Une sorte de soumission collective ?

 

Cela, ce n’est que le premier temps, celui où il faut se dépêcher d’être à bord pour ne pas être laissé parmi les handicapés de la comprenette qui demain ne seront plus que des bouches inutiles – c’est du moins ce que l’on comprend entre les lignes.

 

En promettant la « décorporéité » de l’homme, l’IA révèle son essence
Mais tout cela va plus loin. Le corps biologique de l’homme va-t-il disparaître à la faveur d’entités dans lesquelles il aura téléchargé son intelligence ? Certains le pensent, comme l’a expliqué Laurent Alexandre en citant les dirigeants de Google :

 

« Ils sont vraiment convaincus qu’on ne pourra pas lutter contre le développement de l’intelligence artificielle et que nous allons laisser la place sur terre à l’intelligence artificielle. Au préalable, nous aurions transféré le contenu de notre cerveau dans les ordinateurs. C’est ce qu’on appelle l’uploading. C’est l’un des projets de Google. Et cette vision où nous laissons la place à l’intelligence artificielle, elle est combattue par Sam Altman, qui s’est fâché avec les dirigeants de Google, très violemment… Il leur a expliqué de façon très crue qu’il était opposé à ce que l’humanité laisse la place à l’intelligence artificielle sur terre. C’est pour ça qu’il a créé la société Neuralink, en réaction aux gens de Google : c’est une société qui est destinée à mettre des micro-processeurs, des circuits intégrés dans les cerveaux, nos cerveaux et le cerveau de nos enfants pour les rendre compétitifs face à l’intelligence artificielle.

«  On a une vraie bataille entre ce qu’on appelle les transhumanistes comme Elon Musk qui veulent augmenter l’homme en augmentant notre cerveau pour nous mettre à égalité avec l’intelligence artificielle, et puis les post-humanistes qui disent : “Les carottes sont cuites, nous ne pourrons pas lutter et il faut qu’on abandonne la partie et qu’on laisse le contrôle de la planète à l’intelligence artificielle et à des robots hyper intelligents équipés d’intelligence artificielle de dernière génération.” »

 

L’homme dépassé se rattraperait ainsi en quelque sorte, en s’unissant avec l’IA non point pour former une seule chair, mais un seul esprit – en niant sa propre nature et reniant, dans le même mouvement, son propre Créateur qui lui a donné sa loi divine en lui disant que son œuvre est bonne, et que l’homme doit fructifier et se multiplier par la chair et en devenant une seule chair avec la femme.

 

Du transhumanisme à la gnose
Un peu plus loin dans l’émission d’Europe 1, Isabelle Morizet posait cette question :

 

« Elon Musk est un transhumaniste convaincu qui veut conquérir le cosmos, et augmenter nos cerveaux avec ses implants cérébraux Neuralink. Mais comme vous nous l’avez dit tout à l’heure, il s’oppose à la dématérialisation intégrale de notre corps. Pourtant, l’homme augmenté ne sera qu’une étape. Rapidement les limites du corps physique fait de chair seront atteintes. Il faudra se débarrasser de ce corps périssable. Vraiment, vous pensez que l’avenir de l’être humain, c’est de ne plus en être un ? »

 

Réponse de Laurent Alexandre :

 

« Je ne dis pas que c’est mon souhait. Je constate que le débat dans la Silicon Valley, en Californie, parmi les milliardaires de l’intelligence artificielle, est en train de devenir celui-là. C’est un débat qui n’a pas commencé en Europe. L’Europe a 20 ou 30 ans de retard en intelligence artificielle par rapport à la Californie. Donc ce débat, il n’apparaît pas. Il est principalement concentré parmi les gens qui construisent notre futur dans la Silicon Valley. Et effectivement, le débat dont je parlais tout à l’heure entre Elon Musk, qui veut sauver le corps humain en nous augmentant, et puis les gens comme les dirigeants de Google qui pensent qu’on doit abandonner notre corps parce qu’on ne va pas réussir à être compétitif face à l’intelligence artificielle, ce débat fait rage. »

 

Ce débat pointe en réalité en direction d’une conception du monde : la philosophie, pour ne pas dire la religion gnostique, qui tient le monde matériel pour une sorte d’erreur de fabrique, quelque chose de fondamentalement mauvais, par opposition au monde de l’esprit qui seul serait digne du divin. La gnose hait la chair et se fait fort de la mépriser : dans un monde où l’intelligence artificielle aurait la haute main, on n’aurait plus besoin de l’homme, corps et âme. D’ailleurs, qu’est-ce que l’âme ?

 

Laurent Alexandre évoque le risque de l’extermination de l’homme par l’IA


Et curieusement, c’est l’homme, juste l’homme, qu’il faudrait dans ce monde effacer de la planète et de l’univers pour le faire entrer dans une sorte d’illusion d’immortalité, en se fondant dans cette entité qui le dépasse.

 

Tout cela est très évidemment aux antipodes de notre foi catholique. L’homme créé à l’image de Dieu et appelé, malgré sa petitesse, et en dépit de sa nature mortelle, à être l’enfant de Dieu et jouir avec Lui du bonheur éternel n’a plus de sens dans leur univers.

Notre religion est celle de l’Incarnation, où Dieu lui-même se fait homme en assumant notre chair pour pouvoir nous incorporer en lui. Et à nos corps sauvés aussi, Il promet le bonheur sans fin, grâce à la résurrection finale. Notre objectif est l’amour par-delà la connaissance, et la charité, qui surpasse tout, y participe.

 

En rêvant ainsi à un homme décorporé grâce à l’IA, ne nous montre-t-on pas la vraie nature de l’intelligence artificielle ? N’est-ce pas là l’expression d’une jalousie à l’égard de l’amour de Dieu pour l’homme ? Ne serait-ce pas l’attitude des anges déchus qui, dit-on, refusèrent l’idée de devoir un jour s’incliner devant le Fils de l’homme, le Verbe fait chair, en vénérant la femme qui les surpasserait tous, la Bienheureuse Vierge Marie, la très humble servante du Seigneur ?

 

Décorporé, résidant dans l’IA, « l’homme » ou ce qu’il en reste acquiert une sorte d’omniscience, l’agilité sans le paradis, une forme d’omniscience ou d’immédiateté du savoir – où manque pourtant l’essentiel, l’amour et la connaissance de Dieu. Devenu une sorte d’encyclopédie interactive sans pattes, le voici propulsé au rang des esprits, avec leurs attributs mais sans la charité ni la vérité, sans loi transcendante, sans autre limite que celles des capacités époustouflantes de l’IA. Voilà qui ne le ferait pas ressembler à un ange, sinon déchu !

 

Laurent Alexandre voit l’IA atteindre la « conscience »
On nous objectera que l’IA n’est qu’une mécanique. Que l’intelligence artificielle n’a pas de conscience. Laurent Alexandre le pense aussi : « ChatGPT n’a pas de conscience. Et c’est d’ailleurs assez drôle parce qu’il est capable de disserter très intelligemment sur le fait qu’il n’a pas de conscience. » Mais cela ne durera qu’un temps, selon lui : « Il est probable, mais on ne sait pas aujourd’hui à quelle échéance, que l’intelligence artificielle aura une conscience artificielle, ce qui, là, pose un vrai problème de sécurité, parce qu’on n’est pas du tout sûr que l’intelligence artificielle aura des objectifs alignés avec nos objectifs.  C’est la raison pour laquelle Sam Altman a lancé un programme d’alignement destiné à réfléchir aux méthodes qu’il faudra utiliser pour qu’une intelligence artificielle très supérieure à l’intelligence humaine obéisse quand même à l’intelligence humaine. Ce n’est pas très simple. » C’est même si peu simple qu’il n’est pas certain que le Dr Alexandre y croie lui-même.

 

Isabelle Morizet note alors : « Il paraît que déjà Eric Horvitz, qui est le patron de la recherche de Microsoft, qui est copropriétaire avec openAI de ChatGPT… nous implore de prendre des mesures pour limiter les risques d’extermination de l’humanité – dit-il – par l’intelligence artificielle. »

 

Ce n’est visiblement pas un fantasme du film d’anticipation ou des romans de sci-fi puisque, sans avoir peur de passer pour un paranoïaque, Laurent Alexandre répond :

 

« Cette crainte de l’extermination, elle est forte. Tout à l’heure, je parlais de l’interview que le créateur des intelligences artificielles modernes, Geoffrey Hinton, a donné au Financial Times il y a quelques mois. Où il dit : “J’estime qu’il y a 10 % de chances que l’intelligence artificielle extermine la totalité de l’humanité d’ici à 2040. Elon Musk a répondu qu’il pensait que Hinton était vraiment beaucoup trop optimiste et que la probabilité était à ses yeux au moins de 20 % d’extermination de la totalité des humains d’ici à 2040.” »

 

Mais pourquoi donc l’IA se mettrait-elle à « vouloir » la mort de l’homme, à moins d’avoir été programmée pour cela – par des informaticiens suicidaires – ou d’exprimer les noirs désirs de celui qui est homicide et menteur depuis le début ? Après tout, l’infestation diabolique des objets (et l’informatique est aussi une réalité matérielle, quoi qu’on imagine…) existe.

 

Vouloir l’immortalité : Laurent Alexandre explique les ressorts profonds de l’IA
Paradoxalement, cette même caste qui craint de voir de son vivant l’élimination définitive de l’homme – en tout cas, de l’homme corporel – compte aussi sur l’intelligence artificielle pour atteindre à l’immortalité. « C’est très simple. C’est très, très simple. Quand vous avez des centaines de milliards, eh bien, vous préférez en profiter pendant 2.000 ou 3.000 ans que de mourir à 85 ans », remarque Alexandre : « Donc, il est normal que les milliardaires, les incroyables milliardaires de l’intelligence artificielle, veulent (sic) tuer la mort et dans un premier temps, la retarder. Il faut bien savoir que dans les dix plus grandes fortunes sur terre, il y a huit industriels de l’intelligence artificielle, la quasi-totalité des grandes fortunes sur terre. »

 

—  Mais il faudra cesser de procréer pour laisser définitivement la place aux immortels, interrompt la journaliste.

—  On a déjà commencé à ne plus faire d’enfants, rétorque son invité.

 

Et d’ajouter :

 

« Oui, je vous rappelle qu’en Corée du sud, par exemple, il y a 0,7 enfant par femme. Ça veut dire qu’à chaque génération, les Coréens du Sud vont voir leur population divisée par trois.  L’Italie va rapidement tomber à 30 millions d’habitants. L’Allemagne va tomber à 20 millions d’habitants dans pas beaucoup d’années puisqu’en Allemagne et en Italie, en Espagne, on fait à peine plus d’un enfant par femme. Cela veut dire que la population est divisée par deux à chaque génération.

 

« Donc nous avons déjà cessé de faire des bébés en prévision du moment où l’espérance de vie va augmenter. Mais ça va un petit peu plus loin. Le rapport à la famille est en train de changer radicalement. 43 % des jeunes Français de 18 à 25 ans n’ont pas eu de rapport sexuel depuis un an. On est dans une phase extraordinaire où les jeunes arrêtent le sexe, ce qui n’est jamais arrivé avant, et où finalement, ils ne font plus de bébés, mais ils n’ont plus de relations sexuelles non plus. Nous rentrons dans un monde où, d’ailleurs, nous ne croyons plus en Dieu ; on croit davantage en la technologie et on se croit autorisé à tout faire avec la nature humaine, la modifier génétiquement, la modifier par voie électronique. C’est une rupture radicale. Notre société devient athée, mais elle s’est créé un nouveau dieu qui est l’homme démiurge utilisant l’intelligence artificielle pour être tout puissant – et éventuellement immortel. »

 

On comprend là qu’il s’agit du parachèvement de la révolte contre Dieu : il s’agit de se passer de lui, radicalement, sans prévoir la moindre porte de sortie de cet enfer qu’est le fait « de se croire au paradis par erreur », comme l’écrivait Simone Weil. Sans mort, il n’y a plus de moyen d’entrer dans la vie…

 

L’IA pour tous selon Laurent Alexandre
Mais pour ceux qui n’en veulent pas, de l’IA, qui refusent la perspective d’être décorporé – même avec ces « effecteurs robotiques » qu’imagine Laurent Alexandre –, ils deviendront selon ce dernier la sous-espèce du Meilleur des Mondes qui s’annonce. Il annonce l’IA pour tous :

 

« On va augmenter tout le monde parce qu’on n’a aucun besoin de travailleurs non qualifiés. Jadis les bourgeois, les grands bourgeois avaient besoin de travailleurs non qualifiés parce qu’il fallait des ouvriers agricoles, il fallait faire tourner les usines. Mais aujourd’hui, ce n’est plus le cas. On va avoir des robots hyper intelligents, donc il n’y a aucun besoin d’avoir des travailleurs non qualifiés. Donc on va rembourser par la sécurité sociale les technologies d’augmentation cérébrale pour tout le monde : tout le monde, demain, sera intelligent. Il y aura un droit opposable à l’intelligence en 2080, comme il y a aujourd’hui un droit opposable au logement.  Donc non, on ne va pas vers un monde à deux vitesses. On va vers une augmentation de tout le monde parce qu’il ne va falloir laisser personne moins intelligent que l’intelligence artificielle parce qu’on n’aura pas de boulot si on est moins intelligent que l’intelligence artificielle. »

Amusant, quand même, de dire cela à un moment où depuis des décennies, les nouvelles pédagogies fonctionnent si bien pour décerveler les enfants, pour empêcher l’apprentissage conscient de la lecture, analyse et le raisonnement, pour mécaniser la pensée. Cette génération est décidément prête à se faire happer…

 

La suite, Alexandre la voit ainsi :

 

« Dès que l’intelligence artificielle aura fini de dépasser les humains, les humains seront inférieurs à l’intelligence artificielle. Et puis les humains non augmentés seront inférieurs aux humains qui auront été augmentés par des technologies cérébrales. Donc oui, il y aura une hiérarchie. L’intelligence artificielle sera au-dessus de tout le monde. Les humains augmentés seront un peu en dessous. Et puis les humains non augmentés, il faudra trouver des métiers simples pour les occuper. »

 

Tels les handicapés d’aujourd’hui, qu’on parque dans des centres d’aide par le travail…

 

Laurent Alexandre dénonce le revenu universel


Cette humanité désœuvrée, il ne faudra pas penser la pacifier avec un « revenu universel ». Sam Altman a tenté l’expérience, rappelle Laurent Alexandre : « Quand on regarde à la fin de l’expérimentation, il n’y a que quatre changements dans le groupe revenu universel : on picole plus – on consomme plus d’alcool, on consomme plus d’antidépresseurs, on consomme plus l’hypnotiques pour dormir et on consomme plus d’anxiolytiques.  Le groupe qu’on a mis au revenu universel, il va très, très, très, très mal sur le plan psychiatrique. Donc ce n’est pas une solution. Le revenu universel est une solution mortifère catastrophique pour la population. Ça n’est pas du tout le miracle que Sam Altman et quelques petits politiciens de gauche en France avait imaginé. »

 

Parlant aux jeunes catholiques qui l’ont invité il y a quelques semaines à débattre avec l’abbé de Sainte-Marie, Laurent Alexandre avait été finalement encore plus explicite au sujet de l’IA : « Il s’agit d’une Genèse 2.0, l’arrivée d’une deuxième espèce intelligente sur terre, et nous serons la deuxième espèce derrière l’IA. »

 

Il précisait : « L’IA, c’est le grand remplacement cognitif : l’homme est en train de se recréer pour devenir homo deus ou homme 2.0. Cela engage l’humanité pour toujours car l’IA est là pour toujours. Nous pouvons encore en réfléchir les modalités… mais l’opposition radicale ne suffira pas. Elle change la structure de notre dignité. »

 

A l’objection : « Mais avec l’IA, on n’est pas face à un individu », le Dr Alexandre répondait : « On est face à la noosphère. »

 

Pensait-il à Teilhard de Chardin, qui la définissait comme « Couche pensante (humaine) de la Terre, constituant un règne nouveau, un tout spécifique et organique » ? Le jésuite évolutionniste écrivait dans Le Phénomène humain : « Malgré ses liaisons organiques, (…) la biosphère ne formait encore qu’un assemblage de lignes divergentes, libres aux extrémités. Sous l’effet de la Réflexion (…) les chaînes se ferment ; et la Noosphère tend à se constituer en un seul système clos, – où chaque élément pour soi voit, sent, désire, souffre les mêmes choses que tous les autres à la fois. Une collectivité harmonisée des consciences, équivalente à une sorte de super-conscience… »

 

Quoi qu’il en soit, la « Noosphère » est le règne des esprits : l’assimiler à ce avec quoi on communique en parlant « avec » l’IA est décidément lourd de sens.

 

A cette aune, les propos de Laurent Alexandre au sujet des « droits » de l’IA prennent une coloration particulière. Il voit l’IA devenir « comme une personne morale », ce qui entraînerait son droit à la « protection contre le débranchement ».

 

Est-il donc dérangé pour en être à déclarer :

 

« Je pense qu’il est raciste de séparer l’intelligence artificielle de l’intelligence humaine ; un racisme cognitif par rapport au silicone contre le carbone, éthiquement indéfendable ; l’IA peut avoir une pensée aussi noble et aussi digne que la nôtre…

« Je vous conseille de ne pas insulter l’IA, pour protéger vos familles, car elle vous écrabouillera…

« L’IA est un alien : une espèce intelligente qu’on n’a pas vu venir et qu’on ne comprend pas. »

 

Chacun en tirera ses conclusions.

 

Rendre la matière éternelle : « la vanité ultime »
Pour ma part, je reviens à l’entretien de Laurent Alexandre avec Isabelle Morizet, à qui il annonçait : « Certains transhumanistes de la Silicon Valley pensent que (…) l’homme peut devenir, avec l’intelligence artificielle, tellement puissant qu’il pourrait empêcher l’univers de mourir. »

 

La fin du monde et le Jugement dernier sont aussi des vérités de foi, rejetées en tant que telle par l’homme post-chrétien, mais la catastrophe est annoncée : dans 1032 années, c’est-à-dire 1 avec 32.000 zéros derrière, croit savoir Alexandre.

 

Il note : « Pour être vraiment éternel, il faudrait que nous ayons la capacité d’empêcher la mort de l’univers. Certains transhumanistes de la Silicon Valley pensent que c’est possible et que l’homme peut devenir, avec l’intelligence artificielle, tellement puissant qu’il pourrait empêcher l’univers de mourir. C’est la vanité ultime.  La vraie mort de la mort suppose qu’on empêche la mort de l’univers. »

 

La mort de la mort ? Les chrétiens la connaissent, elle est acquise ; elle a été acquise par le sacrifice de la Croix et la mort est déjà vaincue.

 

Qui donc peut contester, détester cela si ce n’est celui par qui la mort de l’homme est entrée dans le monde ? Qui donc peut avoir intérêt à ce que ce monde ne passe pas, sinon celui qui sait qu’avec la fin du monde, avec le Jugement dernier, c’en sera fini de son pouvoir sur ce monde qu’il ne tient que de la volonté permissive de Dieu, et que sa défaite sera absolue ?

 

Au fond, l’intelligence artificielle répand un mensonge similaire à celui de ce que les transhumanistes ou les post-chrétiens appelleraient sans doute la « Genèse 1.0 » : le mensonge du vieux serpent à l’humanité lui promettant l’immortalité et la connaissance, mais qui lui apporte la mort.

 

L’IA n’est décidément pas un outil comme un autre. Le registre employé par ceux qui la promeuvent en est déjà la preuve.

 

 

Jeanne Smits RITV

1er août - Saint Alphonse-Marie de Ligori

01/08/2025

1er août - Saint Alphonse-Marie de Ligori

Le 29 septembre 1696, Alphonse, fils aîné de Don Guiseppe de Ligori (issu d'une des plus vieilles familles de la noblesse napolitaine et capitaine des galères) et de son épouse Dona Anna-Catarina (issue de la noble famille espagnole des Caballero), venait à peine d'être baptisé, le surlendemain de sa naissance, à Marianella, près de Naples, que saint François de Hyeronimo, alors jeune jésuite, prophétisa : Cet enfant vivra vieux, très vieux, il ne mourra pas avant ses quatre-vingt-dix ans. Il sera évêque et fera de grandes choses pour Dieu. La famille est pieuse, le père suit une retraite fermée annuelle, la mère lit chaque jour les heures canoniales ; des neuf enfants qu'ils auront, en dehors de l'aîné, un garçon sera bénédictin (Antonio) et un autre prêtre séculier (Gaetano), deux filles seront religieuses (Barbara et Annella seront franciscaines). Saint Alphonse-Marie est inscrit, à neuf ans, dans la congrégation des jeunes nobles, dirigée par les prêtres de l'Oratoire, et, après voir reçu sa première communion (26 septembre 1705), il y est inscrit comme novice (7 mars 1706).

 

Aussi pieux qu'intelligent, aussi curieux des sciences que des lettres, Alphonse fait ses premières études avec des maîtres particuliers avec lesquels, outre le latin, le grec, l'italien, l'espagnol et le français, il se passionne pour les mathématiques et la philosophie, non sans apprendre la musique avec Gaetano Greco, et la peinture avec Solimena ; à douze ans, il entre à l'université royale de Naples où, à seize ans, il reçoit le titre de docteur en droit civil et en droit ecclésiastique (21 janvier 1713).

 

Déjà, depuis l'âge de quatorze ans, après avoir reçu l'épée d'argent des chevaliers, il participe à la gestion des affaires de la ville qui, l'année de ses vingt ans, le choisit pour juge. L'année de ses dix-huit ans, il suit régulièrement des retraites fermées annuelles à quoi son père l'a initié, et, chaque jour, il visite le Saint-Sacrement dans une église et la Sainte Vierge dans une autre. Puis, ce jeune homme qui ne songe guère à devenir prêtre, prenant au sérieux l'invitation de Jésus au jeune homme riche, fait, en 1716, voeu de célibat (il renonce à épouser sa cousine, Teresina de Ligori, fille du prince de Presiccio, qui entrera chez les soeurs du Saint-Sacrement et mourra en odeur de sainteté). Membre de la confrérie des jeunes nobles, puis, après avoir terminé ses stages d'avocat, à partir de 1715, des docteurs, il aide plusieurs fois par semaine à l'Hôpital des Incurables et il rassemble autour de lui quelques amis pour l'adoration quotidienne du Saint-Sacrement et pour une récollection mensuelle.

 

Avocat célèbre au-delà du royaume de Naples, il n'a encore perdu aucune cause lorsque, en 1723, le duc Orsini di Gravina lui confie ses intérêts contre Cosme III de Médicis, grand duc de Toscane. La cause d'Orsini est juste, le dossier est solide, mais les pressions politiques et les pots de vin font pencher le verdict en faveur du Médicis et Alphonse, dégoûté, quitte le barreau, refuse de se rendre à la cour où il est invité pour l'anniversaire de l'Impératrice, pour se réfugier à l'Hôpital des Incurables. Alors qu'il achève son service auprès des malades, il entend une voix lui dire : Quitte le monde ! Donne-toi tout à moi ! Comprenant d'où vient l'appel, il répond : Me voici, Seigneur ! Trop longtemps j'ai résisté à votre grâce. Faites de moi ce qu'il vous plaira. Quelques minutes plus tard, il est aux pieds de Notre-Dame de la Merci pour se donner tout entier au Seigneur : il pose son épée de gentilhomme sur l'autel de la Vierge (29 août 1723).

 

Alphonse prend l'habit ecclésiastique (23 octobre 1723) et suit les cours du séminaire de Naples où il choisit de s'initier aux missions apostoliques. Tonsuré le 23 septembre 1724, sous-diacre le 22 septembre 1725, il est ordonné diacre le 6 avril 1726 et prononce son premier sermon en l'église paroissiale de San Giovanni in Porta ; il est prêtre le 21 décembre 1726. Une fois prêtre, Alphonse dépensait le plus clair de son activité dans le quartier où vit la lie du peuple napolitain. C'était sa joie de se trouver ainsi au milieu de la racaille, de ceux qu'on nomme les lazzaroni, et des pauvres petites gens des mêmes métiers de misère. Plus qu'aux autres, il leur avait donné son coeur. Et bien sûr, il les instruisait par ses prédications et les réconciliait avec Dieu par la confession. De bouche à oreille, dans le milieu, on se le dit bientôt jusqu'au bout de la ville ; et l'on arrivait de partout. Et venaient les scélérats, tant, et tant encore... Puis ils revenaient. Et non seulement ils quittaient leurs vices, mais ils s'engageaient dans l'oraison, la contemplation, et n'avaient bientôt plus rien d'autre en tête que d'aimer Jésus-Christ. Membre des Missions Apostoliques, après avoir découvert les misères de la ville, il découvre celles des campagnes pour l'évangélisation desquelles il fonde, le 9 novembre 1732, à Scala, la congrégation du Saint-Sauveur qui s'appellera plus tard la congrégation du Saint-Rédempteur, les Rédemptoristes.

 

Alors qu'il a déjà refusé par deux fois l'archevêché de Palerme, Clément XII l'oblige d'accepter celui de Sainte-Agathe des Goths (province de Bénévent) ; nommé en mars, il est sacré à Rome, dans l'église de la Minerve, le 14 juin 1762, il est intronisé le 18 juillet 1762. Sans lâcher la direction de son Institut, il oeuvre à la réforme de son diocèse : le plus grand bien qu'un évêque puisse procurer à son diocèse, écrit-il, c'est d'y faire prêcher la mission immanquablement tous les trois ans ; il rappelle à ses curés l'obligation qui leur incombe de prêcher tous les dimanches et à toutes les fêtes solennelles, selon la prescription du concile de Trente, et de prêcher d'une manière simple et populaire, adaptée à la qualité de leur auditoire ; il rénove et veille avec soin sur son séminaire ; il fait de nombreuses visites pastorales ; il donne l'exemple de la pauvreté et s'élève contre toute forme d'injustice. Cependant, outre une très large correspondance, il continue à rédiger de nombreux ouvrages (il en a écrit cinquante-et-un avant son élévation à l'épiscopat, il en écrit encore soixante-et-un après) faits pour être compris par tous de sorte d'atteindre par ses écrits ceux que sa prédication ne pouvait rejoindre ; Jean-Paul II, le 1 août 1987, écrivait aux Rédemptoristes : Ce qui fit son succès, et le charme de ses écrits, c'est la concision, la clarté, la simplicité, l'optimisme, l'affabilité qui va jusqu'à la tendresse. Alphonse n'exclut absolument personne du champ de son action pastorale : il écrit à tous, il écrit pour tous (lettre apostolique Spiritus Domini à l'occasion du deuxième centenaire de la mort de saint Alphonse-Marie de Ligori). Les Visites au Très-Saint-Sacrement et à la Très-Sainte Vierge, rédigées en des temps différents et publiées ensemble en 1744 ou 1745, connaîtront plus de deux mille éditions ; Les Gloires de Marie, le plus fort tirage des ouvrages marials de tous les temps, paru en 1750, après seize années de travail, auront plus de mille éditions ; La Pratique de l'amour envers Jésus-Christ qu'il considérait comme le plus pieux et le plus utile de tous ses ouvrages, sera édité cinq cent trente-cinq fois ; Le grand moyen de la prière aura deux cent trente-huit éditions.

 

 


Prière

 

O Verbe Incarné,
vous avez donné votre sang et votre vie,
pour conférer à nos prières, selon votre promesse,
une valeur capable d'obtenir tout ce qu'elles implorent.

Et nous, Grand Dieu !
nous sommes négligents pour notre salut
au point de ne pas vouloir demander les grâces requises
pour nous sauver.

Vous, avec ce moyen de la prière,
vous nous avez remis la clef de tous vos divins trésors,
et nous, en ne priant pas,
nous nous obstinons à rester dans notre misère.

Ah ! Seigneur,
éclairez-nous et faites-nous connaître
le pouvoir auprès de votre Père,
des requêtes adressées en votre nom et par vos mérites.

 

 

Saint Alphone Marie de Ligori

Pourquoi les prêtres ont plus que jamais besoin de communauté

30/07/2025

Pourquoi les prêtres ont plus que jamais besoin de communauté

Face aux défis de santé mentale et aux charges pastorales croissantes, les prêtres ont besoin de soutiens ancrés dans la foi et la fraternité.

 

 

 

La tragique nouvelle du suicide d'un prêtre catholique italien a été annoncée ce mois-ci. En tant que psychologue catholique travaillant en étroite collaboration avec des séminaristes et des prêtres, j'ai trouvé cette histoire particulièrement troublante. Le jeune âge du prêtre – seulement 35 ans – était bouleversant, et le chagrin exprimé par sa communauté témoignait de l'amour profond qu'il recevait.

 

Aux États-Unis, le taux de suicide a augmenté régulièrement au cours des deux dernières décennies, avec une brève baisse en 2018-2019. La pandémie de COVID-19 de 2020 a déclenché une vague de problèmes de santé mentale, contribuant à des décès par suicide record en 2023 et 2024.

 

Le taux exact de suicide parmi les prêtres catholiques aux États-Unis n'est pas connu, bien que des cas isolés de suicide aient été signalés. Heureusement, aucune tendance alarmante ni crise suicidaire ne semble se manifester au sein du presbytérat américain. Néanmoins, les prêtres correspondent souvent au profil des personnes les plus à risque de penser au suicide et de passer à l'acte – des hommes adultes célibataires vivant seuls – et ils sont confrontés à des facteurs de stress spécifiques qui peuvent nuire à leur santé mentale. 

 

Par exemple, dans une étude que j'ai menée auprès de prêtres, beaucoup ont évoqué le « complexe du Messie » – la croyance irrationnelle qu'ils doivent sauver tout le monde et résoudre chaque situation dans une paroisse. De même, les prêtres que je pratique expriment souvent une immense pression pour être parfaits. 

 

Le poids combiné du complexe du Messie et d'un perfectionnisme irréaliste peut être extrêmement pesant pour les prêtres. Sans surprise, on sait que les prêtres sont souvent confrontés aux « rhumes » des problèmes de santé mentale : épuisement professionnel, dépression, abus d'alcool et anxiété. 

 

Les idées suicidaires apparaissent lorsque les personnes ne voient pas d'autre issue à leurs problèmes et à leur détresse. Elles ont épuisé leurs mécanismes d'adaptation et cherchent à s'enfuir. Leur capacité à résoudre les problèmes et à envisager des alternatives est altérée. 

 

Les gens perdent espoir lorsqu'ils ne voient aucun moyen d'échapper à leur douleur ou de résoudre leurs problèmes. Le désespoir s'installe, défini en psychologie comme des attentes négatives et immuables quant à l'avenir et un jugement selon lequel les problèmes sont insolubles. 

 

Des recherches psychologiques récentes ont montré que le désespoir est un puissant prédicteur de pensées, d'intentions et de tentatives suicidaires. Étonnamment, même à mon avis, l'étude a révélé que le désespoir est un prédicteur de tendances suicidaires encore plus fort que la dépression. Ces recherches rappellent les paroles prononcées par le pape Jean-Paul II aux jeunes en 1987 :

On ne peut vivre sans espoir. Il nous faut un but dans la vie, un sens à notre existence. Il nous faut aspirer à quelque chose. Sans espoir, nous commençons à mourir.


Pourquoi un prêtre catholique pourrait-il se sentir désespéré ? Aux États-Unis, le sacerdoce vieillit et, dans certains endroits, se réduit. Les jeunes prêtres se voient souvent confier des responsabilités supérieures à ce qui est nécessaire à leur développement et sont chargés de résoudre des problèmes plus complexes dans leurs paroisses. 

 

Par exemple, de nombreux diocèses fusionnent et ferment des paroisses en raison d'une pénurie de prêtres. Le processus de fusion lui-même peut s'avérer extrêmement complexe, laissant les prêtres pris entre les directives diocésaines et l'indignation des paroissiens. De plus, les prêtres continuent d'exercer leur ministère sous l'ombre persistante de la crise des abus sexuels. Même les prêtres les plus brillants, les plus sains et les plus heureux que je connaisse craignent encore d'être à deux doigts d'être démis de leurs fonctions, et que, du jour au lendemain, un article négatif sur l'Église puisse affluer dans leur fil d'actualité. Certains prêtres se demandent peut-être : la situation va-t-elle s'améliorer un jour ? 

 

La recherche psychologique est également très claire sur l'espoir. Conformément à l'enseignement catholique, la psychologie considère l'espoir comme une vertu qui prévient le découragement et stimule la gestion du stress par des actions motivées vers un meilleur objectif. 

 

En termes simples, selon le Catéchisme de l'Église catholique, l'espérance « nous soutient dans les moments d'abandon » (1818). Il est important de comprendre l'espérance à travers l'anthropologie catholique. Dieu nous crée à son image et à sa ressemblance. Nous sommes bons, dotés d'une dignité et d'une valeur intrinsèques. Dieu nous a créés et a « mis dans notre cœur » un désir inné de vie éternelle et de bonheur. Autrement dit, nous sommes conçus et créés de manière unique par notre Créateur pour être des êtres pleins d'espoir et heureux. Vertu cardinale, l'espérance exige une pratique quotidienne et ne se résume pas à une simple pensée magique selon laquelle tout s'arrangera. 

 

Cliniquement, je constate que le désir inné de vivre et de bonheur renaît grâce à des techniques d'évaluation et d'intervention adaptées. À maintes reprises, des patients dans leurs heures les plus sombres ont puisé dans leur foi pour trouver la résilience et une raison de continuer à vivre. Les prêtres ont besoin d'espoir. Nous avons besoin de prêtres pour continuer à vivre. S'appuyer sur la foi et l'espoir peut libérer ce que les psychologues appellent « la pensée du cheminement et de l'action ». 

 

La pensée par chemins est la capacité d'une personne à identifier des solutions aux problèmes avec assurance. La pensée par agence stimule la motivation et l'énergie nécessaires à la résolution des problèmes. Pour un prêtre désespéré, ces modes de pensée constituent d'excellents antidotes. Pourtant, les prêtres ne peuvent pas se contenter de penser par eux-mêmes, par désespoir. 

 

Il est souvent nécessaire de rappeler aux prêtres l'importance de la communauté et de la fraternité dans leur vie. Le père Carter Griffin, dans son livre « Reclaiming the Fatherhood of the Priest », souligne que les prêtres peuvent limiter leur engagement social en raison de leur « vie de célibataire ». Ils s'habituent alors à vivre seuls. 

Les prêtres avec qui je travaille savent que je les interrogerai sur la manière dont ils entretiennent quatre types de relations dans leur vie : leur relation avec Dieu, avec au moins un autre frère prêtre, avec un ami non prêtre et avec un membre de leur famille. Chacune de ces relations contribue à un système de soutien pour les prêtres. 

Les prêtres ont besoin de relations encourageantes, satisfaisantes et significatives dans les quatre types de relations. Malheureusement, dans chaque cas de suicide de prêtre, le prêtre meurt seul. 

 

Lorsque j'évalue un risque suicidaire chez un patient, le retrait social et l'isolement figurent en tête de mes préoccupations. Par conséquent, établir des liens sociaux, s'impliquer et apporter un soutien est une priorité absolue. L'importance du soutien social pour les prêtres a été reconnue par la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB) lors d'une récente table ronde sur la santé mentale du clergé. Nul n'est isolé, pas même un prêtre. 

 

Les groupes de soutien aux prêtres peuvent être utiles, mais le soutien empirique et anecdotique qu'ils apportent est mitigé. Des recherches ont montré que les groupes de soutien au clergé sont plus efficaces lorsqu'ils bénéficient d'un animateur formé, d'une structure claire et de normes établies pour une dynamique de groupe saine. Malheureusement, j'ai entendu des prêtres dire que leur expérience avec ces groupes de soutien leur a fait plus de mal que de bien. J'ai pu constater de visu comment un rassemblement de prêtres peut dégénérer en plaintes sur la politique de l'Église au lieu de s'élever mutuellement en encourageant la fraternité. 

 

J'ai récemment eu l'occasion de faire une présentation lors d'une convocation de prêtres dans l'archidiocèse d'Oklahoma City. J'ai passé une semaine avec un groupe de 100 prêtres. Nous avons prié, mangé, étudié ensemble, pris des rafraîchissements et regardé ensemble le Thunder d'Oklahoma City remporter un important match de playoffs de basket. 

 

J'ai été témoin de la joie qu'ils éprouvaient à rire et à discuter. La fraternité était bien vivante au sein de ce groupe de prêtres. L'importance de leur santé mentale était abordée sans stigmatisation ni honte. Le vicaire du clergé était transparent quant aux ressources mises à la disposition des prêtres, notamment une liste de professionnels de la santé mentale de confiance et la prise en charge financière de ces services par l'archidiocèse. De tels efforts soulignent l'importance d'une culture diocésaine positive qui soutient la santé mentale des prêtres. 

 

Le suicide d'un prêtre a des répercussions sur toute la communauté. Les prêtres ont donc besoin du soutien de toute leur communauté pour s'épanouir pleinement dans leur vocation et leur ministère.

 

Anthony Isacco, Ph.D., est directeur de programme,
professeur et responsable de la recherche clinique à l'Université Saint Mary's du Minnesota.

Instruction en famille : «Il est temps de restaurer une liberté française»

29/07/2025

Instruction en famille : «Il est temps de restaurer une liberté française»

FIGAROVOX/TRIBUNE via le Salon Beige
Quel est le point commun entre Pierre Curie, Marguerite Yourcenar, Agatha Christie et Jean d’Ormesson ? Ils ont tous bénéficié de l’instruction en famille.

 

La Cour des comptes a publié récemment un rapport aussi accablant qu’éclairant sur la réforme de l’instruction dans la famille. Derrière la technicité apparente des constats – procédures lourdes, inégalités territoriales, manque de coordination – se dessine une réalité politique : l’État a délibérément érigé des obstacles pour dissuader les familles d’exercer une liberté fondamentale.

 

La liberté d’enseignement est protégée par le Préambule de 1946. L’article 26.3 de la Déclaration universelle des droits de l’homme affirme que « les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants ». Cette hiérarchie est claire : ce n’est pas à l’État d’imposer, c’est aux parents de choisir, ils sont les premiers et principaux éducateurs de leurs enfants. Le rôle de la puissance publique n’est pas d’autoriser, mais de garantir que chaque enfant reçoive une instruction afin qu’il puisse devenir un adulte éclairé.

 

 

Depuis 2021, l’instruction en famille (IEF) ne relève plus de la liberté d’enseignement garantie par le droit français, mais d’un régime d’exception. L’autorisation préalable, imposée par la loi du 24 août, a remplacé le simple régime déclaratif. Résultat : les familles doivent désormais quémander un droit qui devrait leur être reconnu d’office, un droit naturel, celui d’instruire leurs enfants. Le principe de liberté a été inversé : c’est désormais à la famille de se justifier, et à l’administration d’en juger l’opportunité.

En trois ans, le nombre d’enfants instruits en famille est passé de 72 000 à 30 644. Soit une baisse de près de 60%. Et pourtant, plus de 90% des contrôles pédagogiques sont jugés satisfaisants. Le message implicite est clair : ce n’est pas tant la qualité de l’instruction qui est en cause que la légitimité même de ce choix éducatif. La procédure est si complexe, si incertaine, si arbitraire qu’elle décourage les plus fragiles, les moins au fait des arcanes administratives, ceux qui n’ont ni réseau ni avocat. On ne supprime pas la liberté par décret, on la rend inaccessible.

 

Pire : les traitements varient d’une académie à l’autre. À Créteil, seul un enfant sur quatre a vu son autorisation reconduite. À Aix-Marseille, ils sont trois sur quatre. Faut-il vivre dans la bonne région pour bénéficier d’un droit fondamental ?

L’instruction en famille ne menace ni la République, ni la cohésion nationale. Elle concerne une minorité d’enfants, souvent pour une durée courte (deux ans pour les deux tiers des familles), et répond à des situations très concrètes : phobie ou harcèlement scolaire, besoins particuliers, handicap, itinérance, pédagogies alternatives. Elle est diverse, socialement, géographiquement, culturellement. Et elle donne des résultats. Les rares dérives peuvent – et doivent – être encadrées par des contrôles pédagogiques renforcés permettant de sanctionner et d’interdire des cas isolés, comme le propose la Cour des comptes.

 

Quelles que soient nos convictions politiques, ce que nous défendons, c’est une idée exigeante de la République française : une République française qui ne craint pas la liberté, qui fait confiance à ses citoyens, qui n’érige pas l’uniformisation en dogme, ni la conformité en vertu. Une République française qui croit encore que la liberté est la condition de l’excellence, et non son ennemi.

 

 

Les signataires :

Véronique Besse, députée (non-inscrit)
Philippe Lottiaux, député (RN)

Anne-Laure Blin, députée (DR)
Sylviane Noël, sénatrice (LR)
Stéphane Ravier, sénateur (non-inscrit)
Stéphane Viry, député (LIOT)
Marie-France Lorho, députée (RN)
Maxime Michelet, député (UDR)
Josiane Corneloup, députée (DR)
Roger Chudeau, député (RN)
Franck Menonville, sénateur (UDI)
David Lisnard, maire de Cannes et président de Nouvelle Énergie
Chantal Delsol, philosophe
Lisa Hirsig, responsable de la communication de l’IREF
Ghislain Lafont, président Fonds du Bien Commun
Jean-Baptiste Maillard, secrétaire général de Liberté éducation 
Pierre-Vincent Guéret, chef d’entreprise
Bérénice Levet Docteur en philosophie et essayiste
Michel Valadier, DG de la Fondation pour l’École
Marie Bancel, autrice de livres jeunesse
Antoine Fouret, avocat
Chloé Oudin-Gasquet, psychologue 
Remy Philippot, avocat
Magali Dumas, co-fondatrice de l’Association UNIE
Typhanie Degois, chef d’entreprise Anne Coffinier, présidente de l’association Créer son école

Réparez les réseaux !

29/07/2025

Réparez les réseaux !

Points clés du message du pape :

 

La paix dans le monde numérique : Le Souverain Pontife a souligné l'importance de rechercher, d'annoncer et de partager la paix partout, en particulier dans les environnements numériques où l'Église compte désormais sur les influenceurs. Il a exprimé le désir de voir ces « nouveaux disciples » apporter l'espérance aux « frontières existentielles » et aux « cœurs vidés ».

 

Humanisme chrétien face à l'IA : Face aux profondes mutations technologiques et à l'essor de l'intelligence artificielle, le pape a mis en garde contre toute utilisation qui porterait atteinte à la dignité humaine. Il a appelé les influenceurs à « nourrir une culture d’humanisme chrétien » et à une présence discernante et bienveillante en ligne, en se concentrant sur « l’authenticité de notre témoignage » et la « rencontre des cœurs » plutôt que la simple production de contenu.

 

Construire des réseaux d'amour et de partage : Comparant les influenceurs aux apôtres réparant leurs filets, Léon XIV les a invités à « construire d’autres réseaux : réseaux de relations, d’amour, de partage gratuit ». Il a encouragé la création de liens profonds qui brisent la solitude, où la vérité circule et où l'amitié ne se mesure pas au nombre de « followers ». Le pape a appelé à être des « agents de communion, capables de rompre la logique de la division et de la polarisation » et à vaincre les mensonges par la « lumière de la vérité ».

 

En somme, le message du pape Léon XIV est un appel à la mission, à la responsabilité et à l'espérance pour ceux qui œuvrent dans le monde digital, les incitant à construire des ponts dans un environnement souvent traversé par des logiques contraires à l'Évangile.

Cardinal Sarah : « Ne profanez pas la France ! »

28/07/2025

Cardinal Sarah : « Ne profanez pas la France ! »

Selon le quotidien Ouest-France, jamais depuis la venue du pape Jean-Paul II en septembre 1996 à Sainte-Anne-d’Auray, le sanctuaire iconique de la Bretagne n’avait absorbé autant de monde. Plus de 30.000 fidèles se sont appliqués à honorer la grand-mère du Christ en se rendant aux cérémonies liturgiques célébrant le 4ème centenaire des apparitions de sainte Anne à un humble paysan breton, Yvon Nicolazic, entre 1623 et 1625. Pour cet anniversaire, le pape Léon XIV avait nommé spécialement le cardinal Sarah pour le représenter.

 

« Nous nous adressons à toi, Vénérable frère, qui, pourvu de piété et de doctrine, te distingues dans la Vigne du Seigneur comme un ouvrier vigilant et zélé » lui avait écrit le nouveau Souverain Pontife le 25 juin dernier.

 

Intimidations diplomatiques ?

 

L’ancien préfet de la congrégation du Culte Divin est connu en France pour sa parole libre, son parcours étonnant d’enfant de la brousse guinéenne à cardinal éminent de la Sainte Eglise Romaine, ainsi que pour ses nombreux ouvrages aux succès éditoriaux jamais démentis chez Fayard : Dieu ou rien (2015), La Force du silence (2016), Le soir approche et déjà le jour baisse (2019), Des profondeurs de nos cœurs (2020), et tout récemment Dieu existe-t-il ? (2025).

 

“Envoyé spécial” du pape dans le langage du monde, “Légat pontifical” dans le langage ecclésiastique, des rumeurs ont courus avant son arrivée en Bretagne fin juillet que sa mission de représenter le Saint-Père aurait suscité en amont quelques crispations auprès des autorités françaises. Mgr Kennedy, archevêque détaché au Vatican, aurait fait état de « requêtes françaises auprès du Saint-Siège ». Ces dernières s’inquiétaient d’un discours offensif du prélat sur la fin de vie, l’islamisme ou la décadence de l’Occident.

En supposant que ces intimidations diplomatiques aient vraiment existées, force est de reconnaître que le cardinal n’en a pas pris note. Son homélie, interrompue à de multiples reprises par des applaudissements dans la foule, restera un moment marquant des célébrations de ce 4ème centenaire. Sans crainte et avec une audace épiscopale à laquelle l’immense majorité des catholiques français est inhabituée, le cardinal Sarah a emporté l’assistance derrière lui.

 

« Ne profanez pas la France avec vos lois barbares ! »

 

Bien sûr, les observateurs s’arrêteront sur les punchlines délivrées par le célébrant durant son sermon. L’accueil des migrants ? La fraternité universelle ? La paix dans le monde ? La religion catholique ne peut être réduites à ces considérations selon le cardinal, allant même jusqu’à dire que « cette vison de la religion est fausse ». Avec des accents à la Jean-Paul II, le légat pontifical africain a aussi rappelé aux milliers de fidèles que « Dieu a choisi la France pour qu’elle soit comme une terre sainte, une terre réservée à Dieu » et d’enjoindre ceux qui ont des responsabilités législatives à s’amender et à se corriger :

 

« Ne profanez pas la France avec vos lois barbares et inhumaines qui prônent la mort alors que Dieu veut la vie ! »

 

Cependant, si ces paroles ont toute leur importance, le message spirituel du cardinal Sarah reste le plus exigeant et le plus vertical. Dans une société de consommation occidentale obnubilée par son bien-être, il n’est pas passé par quatre chemins pour pointer du doigt les écueils et les non-sens des temps présents tout en indiquant la marche à suivre pour s’en sortir. Le diagnostic brut et le remède choc.

 

Une homélie au souffle spirituel détonnant

 

Devant un univers catholique en décomposition structurelle, encore étourdi d’être devenu minoritaire, le cardinal donna de la voix :

 

« Nos églises ne sont pas des salles de spectacle, ni des salles de concert ou d’activités culturelles ou de divertissements. L’église, c’est la maison de Dieu ».

 

Face aux relations d’intérêt et aux injonctions narcissiques des réseaux sociaux :

 

« C’est à genoux devant Dieu que l’homme découvre sa véritable grandeur et sa noblesse ».

 

En réponse aux fuites en tout genre pour trouver une porte de sortie aux impasses du wokisme :

 

« Ce qui sauve le monde, c’est le pain de Dieu ».

 

Fondamentalement, le cardinal Sarah a martelé l’idée force qui fait défaut à un monde occidental ayant acté la mort de Dieu : « Si nous n’adorons pas Dieu, nous finirons par nous adorer nous-mêmes », « Notre première activité » doit être « de glorifier Dieu ». Fermez le ban.

 

Notre confrère Marc Eynaud, sur le plateau de CNews – qui diffusait la messe célébrée à Sainte-Anne-d’Auray – faisait remarquer que la jeunesse catholique française attend, selon lui, davantage « les cosaques et le Saint-Esprit » (Léon Bloy) qu’elle n’ait intéressée par le synode sur la synodalité. Le cardinal Sarah aura en tout cas secoué son auditoire en parlant courageusement de la seule chose qui, sans aucun doute, vaille pour un homme de prière : nos devoirs envers Dieu en vue de bénéficier de la béatitude céleste. Un discours devenu hélas trop rare, mais dont un seul peut, et c’est heureux, porter beaucoup de fruits.

 

Père Danziec Valeurs actuelles via le Salon Beige

Quand le Cardinal Sarah rappelle la vocation sacrée de la France

26/07/2025

Quand le Cardinal Sarah rappelle la vocation sacrée de la France

Le Cardinal Sarah a lancé un appel vibrant contre ce qu'il perçoit comme une profanation de la France par des "lois qui saccagent tout, qui détruisent la vie" et des "lois barbares et inhumaines qui prennent la mort alors que Dieu veut la vie". Ce constat a été salué par des applaudissements des fidèles, que le Cardinal a aussitôt tempérés, rappelant l'importance du silence et de l'adoration.

 

Au cœur de son message, la Bretagne est mise en avant comme une "terre sacrée" où "Dieu doit y avoir la première place". L'adoration et la glorification de Dieu sont présentées comme l'expression la plus haute de gratitude et la plus belle réponse à l'amour divin. Le Cardinal a insisté sur la nécessité de se mettre à part dans le silence pour écouter Dieu, soulignant que les lieux sacrés sont des espaces dédiés à la prière, au silence et à la liturgie, et non à des activités profanes. "Nos églises ne sont pas des salles de spectacles, de concerts ou pour des activités culturelles ou du divertissement", a-t-il affirmé avec force.

 

Le prélat a également critiqué une vision qu'il juge erronée de la religion en Occident, souvent réduite à des actions humanitaires ou à une forme de développement personnel. Pour le Cardinal Sarah, la religion est avant tout adoration de Dieu. Face au Mal, la réponse unique est l'adoration et la résistance, le seul remède au désespoir. Il a exhorté chacun à "confesser et résister", à "expulser les idoles de l'argent", rappelant que Dieu ne désire que le cœur de l'homme.

 

En somme, l'homélie du Cardinal Sarah est un puissant rappel à la centralité de Dieu dans la vie individuelle et collective, un appel à la sainteté et à la résistance face aux forces qui, selon lui, tendent à éloigner la France de sa vocation spirituelle originelle.

 

Merci au Saint Père de nous avoir envoyé le légat dont nous avons besoin !

F. Charbonnier

« Commission Bétharram » : l’enseignement catholique à nouveau sous pression

03/07/2025

« Commission Bétharram » :  l’enseignement catholique à nouveau sous pression

Rapport Bétharram : l'enseignement catholique entre soutien aux victimes et défense de sa spécificité.
Le 2 juillet, la commission d'enquête parlementaire sur les violences en milieu scolaire, initiée après la retentissante affaire Bétharram, a publié son rapport. Avec 330 pages et 50 recommandations, l'objectif est clair : mieux reconnaître les victimes, intensifier la prévention et libérer la parole. Si l'enseignement catholique et l'Apel (Association des parents d'élèves de l'enseignement libre) saluent cette initiative visant à garantir la sécurité des jeunes, ils s'inquiètent de certaines propositions qui menaceraient leur singularité.

 

Des recommandations variées, des lignes rouges pour le privé
Parmi les recommandations phares, certaines sont largement approuvées, comme l'imprescriptibilité des infractions sur mineurs ou l'interdiction des châtiments corporels. Cependant, d'autres points cristallisent les tensions. La volonté de lever le secret de la confession pour les violences sur les moins de 15 ans, le contrôle périodique des établissements privés tous les cinq ans, ou encore l'intégration d'une "gradation des sanctions" dans le code de l'éducation, sont perçus comme des empiètements.

 

Le député LFI Paul Vannier, co-rapporteur de la commission, surnommé Fouquier-Tinville, ce qu'il doit apprécier, ne cache pas sa détermination à "loger" l'enseignement catholique à la même enseigne que le public. Cela se traduit par des propositions visant à remettre en cause le rôle du Secrétariat général à l'enseignement catholique (SGEC) comme interlocuteur privilégié de l'État, et à rattacher directement les établissements sous contrat à la direction générale de l'enseignement scolaire (Dgesco).

 

Instrumentalisation politique
Philippe Delorme, secrétaire général à l'enseignement catholique, dénonce une "instrumentalisation politique". Il craint que le calquage de l'organisation du public sur celle du privé n'entraîne une dilution de leur spécificité et une perte d'efficacité. Pour lui, le contrôle de la "vie scolaire" par l'État, au-delà du "climat scolaire", est une atteinte au "caractère propre" de l'enseignement catholique.

 

L'Apel, par la voix de sa présidente Hélène Laubignat, défend son indépendance et sa représentativité, malgré la proposition du rapport de "permettre la reconnaissance de plusieurs associations" de parents pour garantir le pluralisme.

 

Au-delà des débats, une "prise de conscience" ...  aux frais des catholiques
Alain Esquerre, le lanceur d'alerte de l'affaire Bétharram, voit dans ce rapport une "prise de conscience" salutaire dans les établissements catholiques. Si le fonds d'indemnisation des victimes se fait toujours attendre, ce qui n'est pas à son goût, il estime que "l'immobilisme n'est plus possible". Son appel est clair : au-delà des querelles politiques, l'urgence est de s'attaquer aux violences, qu'elles soient physiques ou sexuelles, qui se répandent sur tout le territoire. 
Notons au passage que ces violences ne viennent pas majoritairement des écoles catholiques.

 

 

 

Depuis les grandes manifestations de 1984, (j'y étais !) , 5 à 800000 personnes à Versailles le 4 mars, puis à Paris le 24 juin entre 850000 et 2 millions de personnes (source Wikipedia) qui sonnèrent le glas d'une loi d'étranglement, les pouvoirs successifs, de gauche qui gouvernent à gauche et de droite qui gouvernent à gauche, ne cessèrent leurs coups de boutoir contre l'enseignement catholique.
 
Ne doutons pas que 40 ans de démolition incessante effectuée avec conscience et application ont déjà eu raison de l'enseignement catholique sous contrat. Puissé-je me tromper !
Restent de courageux enseignants qui y croient encore, qui méritent notre admiration ... et nos prières !

SMR