Le blog du Temps de l'Immaculée.

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18 décembre, les grandes antiennes de l'Avent : Ô Adonaï

18/12/2025

18 décembre, les grandes antiennes de l'Avent : Ô Adonaï

O Seigneur suprême ! Adonaï ! Venez nous racheter, non plus dans votre puissance, mais dans votre humilité. Autrefois vous vous manifestâtes à Moïse, votre serviteur, au milieu d’une flamme divine ; vous donnâtes la Loi à votre peuple du sein des foudres et des éclairs : maintenant il ne s’agit plus d’effrayer, mais de sauver. C’est pourquoi votre très pure Mère Marie ayant connu, ainsi que son époux Joseph, l’Édit de l’Empereur qui va les obliger d’entreprendre le voyage de Bethléhem, s’occupe des préparatifs de votre heureuse naissance. Elle apprête pour vous, divin Soleil, les humbles langes qui couvriront votre nudité, et vous garantiront de la froidure dans ce monde que vous avez fait, à l’heure où vous paraîtrez, au sein de la nuit et du silence. C’est ainsi que vous nous délivrerez de la servitude de notre orgueil, et que votre bras se fera sentir plus puissant, alors qu’il semblera plus faible et plus immobile aux yeux des hommes. Tout est prêt, ô Jésus ! Vos langes vous attendent : partez donc bientôt et venez en Bethléhem, nous racheter des mains de notre ennemi.

 

 

 

O Adonai, et Dux domus Israel,
qui Moysi in igne flammae rubi apparuisti,
et ei in Sina legem dedisti:
veni ad redimendum nos in brachio extento.

 

 

Crèches dans les mairies : la République doit assumer son héritage culturel

18/12/2025

Crèches dans les mairies : la République doit assumer son héritage culturel

L’article d’Alexandra Borchio Fontimp s’inscrit dans un débat récurrent qui agite la société française chaque hiver : la place des symboles d'origine chrétienne dans l’espace républicain. Pour l'auteure, la question dépasse le cadre cultuel pour toucher à l’identité profonde de la nation.

 

Elle articule son argumentation autour de trois axes principaux :

 

Le refus de « l'amnésie » républicaine : À l'occasion des 120 ans de la loi de 1905, la sénatrice rappelle que la laïcité ne doit pas signifier l'effacement de l'histoire. Elle souligne que nos jours fériés, notre littérature et notre morale sont imprégnés d'un héritage chrétien qui a façonné l'humanisme français.

 

Une dimension culturelle et populaire : S'appuyant sur un sondage indiquant que 79 % des Français sont favorables aux crèches (1), elle transforme l'objet religieux en un objet patrimonial. La crèche devient une « scène familière » liée à l'enfance et à l'art de vivre, particulièrement dans le Sud de la France.

 

L'enjeu économique et artisanal : L'article met en avant la réalité concrète des territoires, notamment en Provence et dans les Alpes-Maritimes. La fabrication des santons et les marchés de Noël représentent un dynamisme local et un savoir-faire artisanal qu'il serait, selon elle, absurde de sacrifier au nom d'une interprétation restrictive de la loi.

 


En conclusion, Alexandra Borchio Fontimp livre un plaidoyer pour une France qui « ne se renie pas ». Elle invite à ne pas percevoir la crèche comme une menace pour la neutralité de l'État, mais comme le témoignage d'une continuité historique. Pour la sénatrice, assumer cet héritage est la condition d'une nation confiante, "capable de faire cohabiter ses traditions avec les exigences de la modernité républicaine". Roulement de tambours !

 

(1) de fait, c'est le sondage qui est intéressant : Selon un sondage CSA pour CNEWS, le JDD et Europe 1, publié ce dimanche 7 décembre, 79% des Français (même 2 sympathisants sur 3 de la gauche, soit 65%) sont en faveur de la présence de crèches de Noël dans les mairies.

En Chine, nouvel échec pour l’Église de Rome.

18/12/2025

En Chine, nouvel échec pour l’Église de Rome.

Concernant la Chine, le pape Léon a déclaré qu’il n’était pas pressé. À court terme, il a précisé qu’il s’en tiendrait à l’accord secret entre Rome et Pékin en vigueur depuis 2018 et qu’à plus longue échéance, il prendra une décision après avoir écouté toutes les parties, y compris « les catholiques chinois qui, pendant de nombreuses années, ont vécu une sorte d’oppression ou des difficultés à vivre leur foi librement sans devoir choisir un camp ».

 

Mais pendant ce temps, le régime de Pékin redouble de brutalité pour humilier l’Église. Et Rome subit. Elle va même jusqu’à rendre hommage à ses persécuteurs dans des déclarations exagérées.

 

C’est ce qui s’est passé lors de la dernière nomination d’un évêque chinois, rendue publique le 5 décembre. Il s’agit d’une copie conforme de la précédente, celle qui avait fait titrer Settimo Cielo : « Première gifle de la Chine au pape Léon. Qui encaisse en silence ».

 

Ce deuxième affront trouve aussi son origine dans l’interrègne entre la mort du pape François et l’élection de Léon. Fin avril, la rumeur circulait que les autorités chinoises avaient fait « élire » par des assemblées à leurs ordres deux évêques pour deux sièges importants.

En vertu de l’accord, c’est au nouveau pape d‘approuver ou non ces nominations. Et de fait, le 15 octobre, un communiqué du Saint-Siège confirmait que la première avait bien été acceptée : il s’agissait du nouvel évêque auxiliaire de Shanghai, Ignace Wu Jianlin — dans un diocèse qui comptait déjà deux auxiliaires, mais mis au ban par le régime, ce qui leur avait valu des punitions sévères : le premier, Joseph Xing Wenzi, contraint à se retirer depuis longtemps et le second, Thaddée Ma Daqin, aux arrêts depuis treize ans d’affilée.

 

Quant à la seconde nomination, le silence a été rompu le 5 décembre. Avec la précision, dans le communiqué du Vatican, que Léon l’avait approuvée le 11 août — le jour même où il avait signé la nomination de l’évêque auxiliaire de Shanghai.

 

Dans le même temps, comme toujours, l’agence officielle de l’Église chinoise asservie au régime publiait son propre communiqué — sans même mentionner le pape Léon, seul habilité à nommer les évêques — et antidatant avant la date fatidique du 30 avril, donc avant le conclave, l’« élection » de ce nouvel évêque.

 

Ce dernier s’appelle François Li Jianlin, il a 51 ans et a été ordonné le 5 décembre par l’évêque de Pékin Joseph Li Shan — également président de l’Association patriotique catholique chinoise et vice-président de la Conférence épiscopale chinoise non reconnue par Rome — et par d’autres évêques fidèles au régime. Il est désormais à la tête du diocèse (ou plutôt de la préfecture apostolique) de Xinxiang. Or, cette préfecture avait déjà un évêque depuis 1992 : Joseph Zhang Weizhu, 67 ans — l’un des quelque vingt évêques, sur une centaine, à ne pas être reconnus officiellement par Pékin, car refusant de se soumettre à ses diktats.

 

Mais le communiqué du Vatican du 5 décembre a déclaré que la question était réglée, affirmant que le pape avait également « accepté la renonciation au gouvernement pastoral » présentée par Mgr Zhang.

 

Le 6 décembre, une déclaration du directeur de la salle de presse du Vatican annonçait « avec satisfaction » que l’évêque déchu avait été « reconnu civilement ».

 

Avec cette précision redondante : « Ce geste est le fruit du dialogue entre le Saint-Siège et les autorités chinoises et représente une nouvelle étape importante dans le chemin de communion de cette circonscription ecclésiastique. »

Or, en lisant le communiqué chinois parallèle, on apprend que, lors de la cérémonie semi-secrète de sa soi-disant « mise à la retraite » — sans mention explicite de quelque reconnaissance officielle que ce soit — Zhang aurait « prononcé un discours pour exprimer la nécessité d’adhérer au patriotisme et à l’amour de la religion, de respecter le principe des Églises indépendantes et autonomes, de suivre l’orientation de la sinisation du catholicisme dans le pays, et de contribuer à la construction d’un pays socialiste moderne ainsi qu’à la grande renaissance de la nation chinoise ».

 

Un autodafé, identique à ce qu’on a fait dire à un autre évêque mis à la « retraite » forcée : Augustin Cui Tai, du diocèse supprimé de Xuanhua, malgré le caractère invraisemblable d’un tel acte de soumission de la part de deux évêques qui ont toujours témoigné avec héroïsme de leur foi, au prix d’arrestations et de persécutions incessantes.

 

Et ce jusqu’à la fin. Il suffit de préciser qu’on a interdit à l’évêque évincé d’assister à l’ordination de son successeur ou même de rencontrer sa famille.

 

Le curriculum du nouvel évêque de Xinxiang est très différent. Le 8 avril 2018, alors qu’il occupait la fonction de secrétaire de la Commission pour les affaires de l’Église de la province du Henan, il a signé une ordonnance interdisant à tous les enfants et jeunes de moins de 18 ans d’entrer dans les églises pour assister à la messe, et interdisant aux prêtres d’organiser toute activité de formation religieuse pour les enfants et jeunes, sous peine d’arrestation des prêtres et de la fermeture des églises.

 

On ne s’étonnera donc pas que, dans un article de l’agence Asia News de l’Institut Pontifical des Missions Étrangères — qui paraît et qui est lu également en langue chinoise —, rapportant la réflexion émouvante d’un prêtre « souterrain » de la diocèse de Xinxiang, on peut lire que la nomination du nouvel évêque et le limogeage de son prédécesseur « ouvrent de nouvelles blessures au lieu de les refermer ».

Le texte intégral de cette réflexion — que beaucoup espèrent parvenir au pape — figure dans cette édition du 6 décembre d’Asia News :
> Xinxiang : il vescovo Zhang e gli altri cattolici ridotti al silenzio

 

En voici un extrait :

 

Comme un agneau conduit à l’abattoir

(par un prêtre de la communauté « souterraine » de Chine)

Quel que soit le récit officiel, il est un fait qui ne peut être effacé : avant cette ordination, la préfecture apostolique de Xinxiang avait déjà un évêque légitime nommé par le Saint-Siège en la personne de Mgr Zhang Weizhu.


Après des années de surveillance, de restrictions et d’isolement, sans jamais se plaindre publiquement, il a finalement été incité à présenter sa démission. Et le jour où un nouvel évêque est ordonné, lui, le pasteur du diocèse, n’a même pas pu franchir le seuil de l’église. Il a été exclu de manière totale, silencieuse, presque chirurgicale, telle une ombre que l’on voudrait effacer du temps.

 

Mais l’histoire et la mémoire de l’Église ne l’oublieront pas. Il apparaît vraiment comme « un agneau conduit à l’abattoir », silencieux, doux, obéissant sous la croix. S’il y a en cela une victoire du monde, la victoire du Royaume revient au témoignage de Mgr Zhang.

Ce n’est ni la première ni la dernière fois que l’Église, soumise à un système de contrôle strict, se trouve contrainte au silence, à l’humiliation, à la souffrance.

 

Pourtant, nous continuons à croire que ce n’est pas le pouvoir qui soutient l’Église, mais bien la foi ; que ce n’est pas la volonté humaine qui fait un évêque, mais un don de l’Esprit ; que la véritable histoire ne s’écrit pas dans les communiqués, mais dans le témoignage ; que les oubliés, les exclus, les silencieux sont souvent les signes les plus profonds de la présence de Dieu dans l’histoire.

 

Aujourd’hui, un nouveau chapitre semble s’ouvrir à Xinxiang, mais de nombreuses blessures restent ouvertes et bien des questions demeurent sans réponse. Peut-être la seule voie est-elle celle-ci : aller vers la croix, vers la vérité, vers Celui qui voit ce que les hommes ignorent et qui ne raye jamais personne de son cœur.

 

Ce que vit Xinxiang n’est pas seulement une question religieuse ou politique, mais une manifestation des tensions et des épreuves de notre temps. Et pourtant, nous croyons que Dieu agit dans les silences de l’histoire, qu’il se manifeste dans les oubliés, qu’il plante des graines de résurrection précisément dans les endroits les plus obscurs.

 

Puisse le nouvel évêque être le gardien de ces graines. Que la croix de Zhang se fasse lumière pour le diocèse. Que tous ceux qui ont été exclus, réduits au silence et oubliés sachent que, pour Dieu, personne n’est un « vide ».

 

Nous ne savons pas ce que l’avenir réserve mais nous savons une chose : Dieu n’abandonnera pas son Église.

— — —

Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

Christophe Guilluy : Le réveil de la « Périphéria » face à l'astre mort métropolitain

18/12/2025

Christophe Guilluy : Le réveil de la « Périphéria » face à l'astre mort métropolitain

Un duel symbolique : les blindés contre le vivant
Pour Christophe Guilluy, l’image des blindés face aux éleveurs en Ariège n’est pas qu’un incident de maintien de l’ordre, c’est une scène de « décivilisation » au sens premier. Il y voit une réédition de La Guerre des mondes, où une technostructure froide tente d’asservir un monde de producteurs qu’elle ne comprend plus.

« Cette scène dévoile la nature profonde de l’affrontement entre Métropolia et Périphéria. [...] Les vrais décivilisés sont d’abord les fondateurs de Métropolia, cette machine à broyer les existences. »

 

Selon le géographe, le modèle métropolitain est désormais un « astre mort ». Surendetté, tertiarisé à l'excès et enfermé dans des bulles culturelles, il a sacrifié l’agriculture et l’industrie sur l’autel du libre-échange (Mercosur).

 

Le basculement de la puissance
L'un des points forts de l'entretien est le constat d'un basculement géographique du pouvoir. La puissance ne résiderait plus dans les tours de la Silicon Valley ou de Londres, mais dans les villes productives de la périphérie, comme Bourges ou Saint Charles (USA).

 

Le retour du producteur : Le XXIe siècle appartient à ceux qui maîtrisent les bases industrielles et agricoles.

 

La fin de l'attraction urbaine : Les métropoles s'enfoncent, au propre comme au figuré, sous le poids de leur propre modèle.

 

La victoire de la « majorité ordinaire » : Guilluy affirme que la Guerre des mondes est en passe d'être gagnée par Périphéria.

 

« La vraie puissance, elle, se trouve dans les villes qui produisent, inventent et résistent : Périphéria est en marche. »

 

Une révolte de l'âme contre le tableur Excel

Guilluy souligne que la crise actuelle, à l'instar de celle des « gilets jaunes », est avant tout existentielle et transcendante. Il oppose l'éleveur, « celui qui élève moralement », à une administration qui ne jure que par les data et les tableurs.

 

Le soutien massif de l'opinion publique à ces mouvements s'explique, selon lui, par une résonance spirituelle :

« L’argent n’est pas — et ne sera jamais — leur motivation. [...] Pour ceux que la transcendance effraie, souvenons-nous d’Hugo : "La réalité, c’est l’âme !" »

Effectivement , le vrai problème n'est pas politique, mais culturel et surtout spirituel. Nos chers évêques, et eux seuls, ont la clé… se réveilleront-ils ?.  

 

 

L'autonomie politique des classes populaires
Sur le plan politique, l'entretien balaie l'idée de l'homme providentiel. Guilluy décrit un mouvement « bottom-up » (du bas vers le haut) où les citoyens ont déjà construit leur propre diagnostic, rendant les clivages gauche-droite obsolètes.

 

Le « soft power » des classes populaires s'articule désormais autour de quatre piliers non négociables :

Le travail (réindustrialisation).

L’État-providence (services publics).

La sécurité.

La régulation des flux migratoires.

 


Christophe Guilluy nous livre ici une vision prophétique : celle d'une France qui refuse d'être dépossédée de son identité et de sa capacité de production. Si « Métropolia » a encore la montre, la « Périphéria », elle, semble avoir le temps. Le futur appartiendrait à ceux qui, face à la technostructure, choisissent de rester debout pour leurs troupeaux et leur terre.

Ave Maria !

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Petit lexique de la pensée de Christophe Guilluy


Métropolia Désigne la « France des métropoles » mondialisées. C’est le territoire des élites dirigeantes, des cadres supérieurs et d’une économie dématérialisée (services, finance). Pour Guilluy, c’est un modèle en fin de cycle, un « astre mort » qui brille encore mais ne produit plus de richesse réelle.

 

Périphéria La « France périphérique », composée des zones rurales, des petites et moyennes villes. Longtemps dépeinte comme fragile, elle est pour l'auteur le nouveau centre de la puissance réelle, car c’est là que se situent la production (agriculture, industrie) et la résistance culturelle.

 

La majorité ordinaire Elle regroupe les classes populaires et les classes moyennes qui vivent en dehors des grandes métropoles. Guilluy la décrit comme une force sociologique autonome qui ne suit plus les consignes des partis traditionnels et qui porte une demande de dignité « existentielle » plutôt que purement matérielle.

 

Soft Power des classes populaires Contrairement au « hard power » (le pouvoir politique ou militaire), c’est l’influence culturelle et intellectuelle que la base exerce sur le sommet. C’est la capacité de la majorité ordinaire à imposer ses thèmes (travail, sécurité, identité) dans le débat public sur le temps long, forçant les élites à s'y adapter.

 

La technostructure L'appareil administratif, politique et expert (souvent lié à l'Union européenne ou à la haute fonction publique) qui dirige le pays par les chiffres, les données et les tableurs Excel. Guilluy l'accuse d'être devenue aveugle aux réalités humaines et sensibles du terrain.

 

Décivilisation (version Guilluy) Loin d’être un simple manque de politesse, la décivilisation est ici le processus par lequel le modèle économique globalisé détruit les structures sociales, les métiers (producteurs) et les liens humains qui fondent une société stable.

 

 

 

 

O radix Jesse

18/12/2025

O radix Jesse

Vous voici donc en marche, ô Fils de Jessé, vers la ville de vos aïeux. L’Arche du Seigneur s’est levée et s’avance, avec le Seigneur qui est en elle, vers le lieu de son repos. « Qu’ils sont beaux vos pas, ô Fille du Roi, dans l’éclat de votre chaussure » , lorsque vous venez apporter leur salut aux villes de Juda ! Les Anges vous escortent, votre fidèle Époux vous environne de toute sa tendresse, le ciel se complaît en vous, et la terre tressaille sous l’heureux poids de son Créateur et de son auguste Reine. Avancez, ô Mère de Dieu et des hommes, Propitiatoire tout-puissant où est contenue la divine Manne qui garde l’homme de la mort ! Nos cœurs vous suivent, vous accompagnent, et, comme votre Royal ancêtre , nous jurons « de ne point entrer dans notre maison, de ne point monter sur notre couche, de ne point clore nos paupières, de ne point donner le repos à nos tempes, jusqu’à ce que nous ayons trouvé dans nos cœurs une demeure pour le Seigneur que vous portez, une tente pour le Dieu de Jacob. » Venez donc, ainsi voilé sous les flancs très purs de l’Arche sacrée, ô rejeton de Jessé, jusqu’à ce que vous en sortiez pour briller aux yeux des peuples, comme un étendard de victoire. Alors les rois vaincus se tairont devant vous, et les nations vous adresseront leurs vœux. Hâtez-vous, ô Messie ! Venez vaincre tous nos ennemis, et délivrez-nous.

Pierre de Porcaro, prêtre martyrisé à Dachau

17/12/2025

Pierre de Porcaro, prêtre martyrisé à Dachau

« Ein Laus, dein Tod. » Comme tous ses compagnons de misère, le Père de Porcaro avait certainement lu cet avertissement des autorités SS, affiché sur les murs du Konzentrationslager (KL) bavarois de Dachau. Quatre syllabes sèches comme les ordres aboyés à chaque instant par les gardiens et kapos du camp : « Un pou, ta mort. » Cynique avertissement d’une administration concentrationnaire, dont l’objectif ultime était de faire mourir tous les détenus après les avoir harassés par le travail. Mais comment le respecter lorsque la crasse des hardes, la promiscuité des châlits, l’absence de sanitaires, font du camp un terrain de chasse rêvé pour les parasites ? Le rasage intégral des têtes, des aisselles et des pubis, infligé aux déportés, qui subissent ensuite la brûlure insupportable du Crésyl rapidement badigeonné, ne ralentissent qu’à peine le pullulement des poux, dont les excréments sont porteurs de la bactérie du typhus.

 

Dans la « baraque des prêtres »

Alors que l’effondrement du Troisième Reich n’est plus qu’une question de semaines, de quelques mois au plus, l’abbé de Porcaro – comme tant de ses compagnons – est piqué. Âgé de 40 ans, il est arrivé à Dachau le 20 janvier 1945. Le matricule 138374 y a retrouvé des confrères dont certains sont là depuis 1938, dans les « Blocks » réservés par les SS aux ecclésiastiques, les fameuses « baraques des prêtres ». Les piqûres suscitent d’épouvantables démangeaisons et les anciens savent bien que les soulager est fatal : c’est par les plaies ainsi ouvertes que s’immisce la bactérie.

 

Arrivé à Dachau le 7 janvier 1945, l’abbé Robert Beauvais connaît le danger, lui qui croupissait auparavant à Buchenwald pour faits de résistance. Dans le froid mordant du camp, il ne cesse d’exhorter son camarade : « Pierre, ne te gratte pas ! » Mais Pierre s’est gratté. Il contracte le mal qui se répand dans son organisme affaibli. Terrassé par la fièvre, il reçoit les derniers sacrements, puis est conduit à l’« infirmerie » du camp, en fait un mouroir, où il s’éteint après douze jours d’agonie. Le crématoire, qui tourne à plein régime, a tôt fait de le faire disparaître. Seuls son ceinturon scout et son briquet, qu’il avait confiés au Père Beauvais, reprendront le chemin de la France.

 

Pierre de Porcaro fait partie des 2720 prêtres – dont une écrasante majorité de Polonais (1780) – qui ont été déportés dans ce camp qu’Himmler avait conçu, dès 1933, comme le prototype du système concentrationnaire. Son parcours est singulier. Issu d’une famille de la vieille noblesse bretonne, il entre au grand séminaire de Versailles en 1923, après être passé par le petit. Il est ordonné prêtre six ans plus tard, en 1929, par Mgr Roland-Gosselin, coadjuteur de Mgr Gibier, l’évêque de la ville royale.

 

Très rapidement, il va mettre son caractère dynamique au service des élèves du petit séminaire où il est nommé professeur. Il rejoindra ensuite la paroisse de Saint-Germain-en-Laye où il est nommé vicaire à la fin de l’année 1935. Marqué par le scoutisme et les patronages, c’est un entraîneur d’hommes né, même si son caractère parfois instable, contre lequel il mène un combat permanent, peut lui jouer des tours. « Il était plutôt pourvu – ou affligé, c’est comme vous voulez – d’un fort tempérament, que l’on pourrait même qualifier de volcanique ou de sanguin ; les choristes chantant sous sa direction et auteurs de fausses notes l’ont parfois appris à leurs dépens ! », sourit l’abbé Pierre Amar, qui signe le scénario d’une bande dessinée consacrée au personnage.

 

Prisonnier en 1940

Survient la guerre. Pierre de Porcaro, qui a fait son service militaire dans un régiment de chars de combat, est affecté dans un bataillon du génie, et rejoint la région des Vosges. C’est dans ce secteur que le surprend l’offensive allemande de 1940. Le 23 juin, alors qu’armés seulement de quelques fusils, ses camarades et lui avaient reçu pour ordre d’arrêter une colonne de blindés, il est fait prisonnier sur les hauteurs de Cornimont, à quelques encâblures du ballon d’Alsace. Détenu dans un « Stalag », il est libéré en août 1941 et regagne sa paroisse.

 

L’abbé de Porcaro reprend ses activités. L’occupation revêt une tonalité singulière à Saint-Germain-en-Laye, où le maréchal Von Rundstedt a établi le Grand Quartier général de l’armée allemande. Le 16 avril 1943, il reçoit une lettre décisive qui va sceller son destin : Mgr Roland-Gosselin lui demande de prendre le chemin de l’Allemagne pour y assurer une présence sacerdotale clandestine auprès des ouvriers du Service du travail obligatoire (STO). « Égoïstement, je préfèrerais rester ici. Oui égoïstement. En vérité, c’est un nouvel appel à la croix. Toute croix comporte ses grâces : s’il faut des grâces pour tenir, le Seigneur fera un miracle », écrit-il le soir même. Fiat. Le bouillant vicaire entre dans le mystère de l’oblation : « Oui mon Dieu, j’accepte avec toute la générosité possible, tout, y compris d’en mourir, de mourir sur une terre étrangère, loin de tout, loin de tous. Notre-Dame des Sept Douleurs, présentez mon offrande. »

 

Prêtre clandestin au STO

Son chemin l’emmène à Dresde dans une usine de carton ondulé. En bleu de travail, « Pierre » connaît les conditions de travail de tous les travailleurs, et profite de chaque instant pour assurer son ministère. Les autorités nazies ne tardent pas à avoir vent de l’existence d’un membre clandestin du clergé chez les ouvriers du STO, organisé depuis la France par Mgr Rodhain, futur fondateur du Secours catholique. Un décret de septembre 1943, signé par Ernst Kaltenbrunner, le chef du Reichsicherheitshauptamt (RSHA), intensifie la chasse aux aumôniers clandestins.

 

Le 11 septembre, probablement trahi par un mouchard, le Père de Porcaro est arrêté par les séides de la Gestapo, sans pouvoir exécuter la parade qu’avec humour il avait conçue : « Je me déguiserai en lapin, et ils pourront courir après moi ! » Il ne faudra pas plus de huit semaines à Dachau pour avoir raison du corps vigoureux de l’abbé de Porcaro. Le camp fut en revanche incapable de mettre à bas cette grande âme, qui avait confié à l’un de ses camarades de Dresde : « Dieu, qui fait les croix, fait aussi les épaules, et nul ne l’égale dans l’art des proportions. »

Guillaume Zeller

 

Pierre de Porcaro. Prêtre clandestin volontaire,
Venzac (illustrations), Pierre Amar (auteur),
éd. Plein Vent, février 2025, 48 pages, 15,90 € 

O Sapientia

17/12/2025

O Sapientia

t toujours plus pressante, retentit la promesse : « Voyez, tout est accompli », et finalement : « Sachez aujourd'hui que le Seigneur vient, et demain vous le verrez dans sa gloire ». Lors de la veillée, quand scintille l'arbre de lumière et que s'échangent les cadeaux, le désir inassouvi d'une autre lumière monte en nous, jusqu'à ce que sonnent les cloches de la messe de minuit et que se renouvelle, sur des autels parés de cierges et de fleurs, le miracle de Noël. Et le Verbe s'est chair. Nous voilà parvenus à l'instant bienheureux où notre attente est comblée.  »

 

( Le mystère de Noël , conférence de sainte Edith Stein, Janvier 1931)

La reine Adélaïde renonce à la vengeance

16/12/2025

La reine Adélaïde renonce à la vengeance

Confiante en Dieu, elle s’échappe et est secourue par Othon Ier. Ce dernier l’épouse et elle devient à ses côtés impératrice du Saint Empire romain germanique en 962. À nouveau veuve, elle est momentanément écartée de la cour par son fils Othon II, mais doit par la suite assurer la régence en attendant la majorité de son petit-fils Othon III. Elle consacre les dernières années de sa vie au soutien des pauvres et à la visite des nombreux monastères qu’elle a fondés, dont celui de Seltz, en Alsace, où elle meurt le 16 décembre 999. De toute sa vie, elle ne s’est jamais vengée de tous ceux qui lui ont fait du mal et qui l’ont trahie. En elle resplendissent au contraire toutes les vertus chrétiennes, notamment dans son attention pour les pauvres, ainsi que toutes les qualités d’un grand chef d’État. Sainte Adélaïde est l’une des personnalités les plus influentes de l’Europe du Xe siècle. Elle a durablement marqué la chrétienté médiévale.

 

Les raisons d'y croire


La vie d’Adélaïde ne nous est pas connue par des sources tardives et folkloriques, mais par de nombreux documents qui lui sont contemporains : chroniques, chartes, donations, traditions mémorielles, etc. Ses nombreux actes de charité envers les plus pauvres nous sont notamment rapportés par les actes impériaux officiels. Le récit de sa vie, son rôle politique et spirituel, son impact historique et son influence posthume reposent sur un ensemble de témoignages variés, issus d’auteurs, de clercs, d’institutions, d’actes juridiques et de pratiques cultuelles.

 

Malgré son jeune âge et sa haute naissance, qui l’a peu habituée aux tracas, Adélaïde fait face aux épreuves avec une force morale hors du commun. À dix-neuf ans, alors qu’elle vient de donner le jour à une fille, son mari meurt brutalement, probablement empoisonné par un de ses rivaux. Adélaïde se retrouve alors sans appui, sans conseil, sans secours : elle est menacée par un ennemi de son mari, qui l’emprisonne à Garda, dépouillée de sa dignité, humiliée, soumise à des tentatives de coercition politique et de mariage forcé. Seule une relation authentique à Dieu peut procurer, dans de telles circonstances, la paix et la constance dont Adélaïde fait preuve. Elle demeure confiante en la providence, et remet tout – sa personne et ses biens –, entre les mains de Dieu.

 

Les textes insistent sur le fait qu’elle « priait, jeûnait et s’abandonnait à Dieu » plutôt que de céder à la violence ou au désespoir. Sa captivité, au lieu de l’enfermer dans l’esprit de vengeance et le découragement, l’élève au contraire vers Dieu. L’endurance qu’elle manifeste est le signe d’une force qui n’est pas seulement naturelle : Adélaïde puise son courage en Dieu. « Elle supporta toutes choses avec patience, mettant son espérance dans le Seigneur. »

 

Secourue puis épousée par Othon Ier, elle passe de la captivité à la vie d’impératrice, dont les richesses et les honneurs n’entament en rien ses vertus. Il n’est pas courant, pour une personne disposant d’une telle position de gloire et de pouvoir, d’ainsi renoncer à la vengeance contre ceux qui ont voulu la détruire. Elle pardonne à ceux qui ont emprisonné et persécuté sa famille, y compris le meurtrier de son mari. Cette attitude remarquable est un indice de la vérité existentielle de l’Évangile, qui permet de faire ce que la nature humaine seule peinerait à réaliser.

 

Adelaïde consacre plutôt ses richesses à des œuvres de charité. Elle fonde aussi et soutient plusieurs monastères réformateurs (Cluny, Payerne, Selz), promeut la paix impériale, encourage la liturgie, la culture et la mission vers les Slaves, libère des captifs et soutient les évêques missionnaires, tout cela par amour de Dieu et pour l’annonce de l’Évangile. Adélaïde laisse ainsi des œuvres et une paix qui lui survivent. Le bien qu’elle suscite est réel, durable et profond ; cela suggère que la source de tout cela, ce en quoi elle croit, est conforme à la vérité.

 

Après une vie d’impératrice, de régente et de mère exemplaire, elle passe la dernière partie de son existence dans la prière et la pauvreté volontaire. La Vita rapporte : « Elle se tenait comme une servante parmi les servantes, et pleurait les péchés du monde. » Sa fidélité constante au Christ à travers les peines aussi bien que dans la puissance la mène tout naturellement à une fin humble et cachée, toute dévouée à la contemplation. Adélaïde se retire au monastère de Seltz, vit dans l’ascèse, se confesse publiquement et meurt en paix, entourée des offices liturgiques. Rien ne l’obligeait à ce dépouillement : c’est la cohérence profonde de sa foi qui l’y conduit. La cohérence intégrale de cette vie, du trône au cloître et jusque dans la mort, rend le message chrétien crédible, car il se vérifie dans l’existence de celle qui l’a vécu.


En savoir plus
Fille du roi Rodolphe II de Bourgogne et de Berthe de Souabe, Adélaïde reçoit dès l’enfance une éducation solide, nourrie à la fois de culture princière et de foi chrétienne. À seize ans, elle est donnée en mariage au roi Lothaire d’Italie pour renforcer une alliance stratégique. Mais cette union ne dure pas : en 950, Lothaire meurt dans des circonstances suspectes, laissant Adélaïde veuve, mère d’une petite fille, et exposée aux ambitions rivales.

 

Bérenger d’Ivrée, qui souhaite asseoir son autorité sur l’Italie, tente alors de la contraindre à épouser son fils. Devant son refus résolu, il la fait enfermer à Garda. Isolée, maltraitée, privée de liberté, Adélaïde trouve dans la prière la force de tenir et d’espérer. Sa captivité, relatée par les chroniqueurs, devient l’un des épisodes fondateurs de sa vie et de sa réputation. Elle parvient finalement à s’évader grâce au courage de quelques fidèles, au terme d’une fuite qui marquera durablement sa mémoire.

 

Elle trouve refuge auprès d’Othon Ier, roi de Germanie. Celui-ci la libère des menaces qui pèsent sur elle et l’épouse en 951. Ensemble, ils forment un couple politique exceptionnel : Othon et Adélaïde réorganisent l’Italie, consolident le pouvoir impérial et soutiennent les réformes ecclésiastiques qui préparent le renouveau de l’Église. Lors du couronnement impérial de 962, Adélaïde devient la première impératrice du Saint Empire romain germanique. Elle exerce alors une influence réelle : conseillère écoutée, arbitre dans les crises, protectrice des pauvres, bienfaitrice des monastères.

 

À la mort d’Othon Ier, en 973, elle assure la régence pendant la jeunesse de son fils Othon II, puis de son petit-fils Othon III. Cette mission la place au cœur d’une période troublée, marquée par les conflits avec sa belle-fille Théophano et les tensions familiales. Malgré ces épreuves, Adélaïde demeure une figure de stabilité. Elle continue de soutenir Cluny, favorise les réformes morales et religieuses, encourage l’évangélisation des peuples slaves et s’entoure de guides spirituels d’envergure, notamment saint Adalbert de Prague et saint Odilon de Cluny, qui contribuera à transmettre son souvenir.

 

Parvenue à un âge avancé, Adélaïde se retire au monastère de Seltz, en Alsace, qu’elle avait fondé. Là, loin des responsabilités politiques, elle choisit une vie de prière, d’humilité et de charité. Ses dernières années témoignent d’une impératrice devenue servante : elle se consacre aux pauvres, à la communauté, à la paix intérieure. Elle meurt le 16 décembre 999, entourée des moniales, après une longue préparation spirituelle. Sa sainteté est rapidement reconnue et son culte se répand, surtout en Alsace et en Allemagne.

 

Sophie Stevenson, normalienne diplômée en histoire.

 

 

Au delà
De la fin du Xe jusqu’au début du XIIe siècle, l’abbaye de Cluny s’impose comme un centre majeur de la vie religieuse en Europe, portée par une observance bénédictine rigoureuse et par le rayonnement de ses quatre premiers abbés, Odon, Mayeul, Odilon et Hugues, tous canonisés par l’Église. Leur action donne à Cluny une stature qui dépasse largement l’échelle locale, car l’abbaye organise un vaste réseau de prieurés qui lui sont directement reliés, ce qui assure une unité spirituelle et facilite la logistique. Cluny devient ainsi un pôle où se structurent des initiatives liturgiques, caritatives et intellectuelles qui influencent durablement la chrétienté latine. Les souverains, souvent confrontés à des tensions politiques ou morales, recherchent l’avis de l’abbé de Cluny, non pour recevoir une direction extérieure à leur pouvoir, mais parce que l’abbaye représente un lieu où la stabilité, la prière continue et l’expérience du gouvernement monastique offrent un appui solide dans un monde marqué par les rivalités. L’importance de Cluny tient aussi à sa capacité à inspirer d’autres communautés, à encourager une vie régulière plus ordonnée et à servir de relais pour la diffusion des manuscrits et des idées. En donnant un cadre clair et fidèle à la tradition bénédictine, Cluny façonne ainsi une partie de l’identité religieuse et culturelle de l’Occident médiéval.

 

Aller plus loin

Vita Adelheidis (Vita Adelheidis abbatissae Vilicensis), hagiographie rédigée par Bertha de Vilich (XIe siècle). Édition critique MGH (Monumenta Germaniae Historica).

En complément

Monique Goullet et Dominique Iogna‑Prat, (dir. Patrick Corbet), Adélaïde de Bourgogne : genèse et représentations d’une sainteté impériale, Éditions universitaires de Dijon / CTHS, 2002.

Chanoine L. Chaumont, Histoire de Cluny : depuis les origines jusqu’à la ruine de l’abbaye, 2e édition, Gallica / BnF, 2007. Une histoire classique de Cluny, utile pour saisir l’évolution de l’abbaye et son influence.

 

 

Source : 1000 raisons de croire

Mgr Aillet : le combat des agriculteurs est légitime

16/12/2025

Mgr Aillet : le combat des agriculteurs est légitime

La mobilisation des éleveurs qui s’insurgent contre l’abatage systématique des troupeaux en cas de dermatose nodulaire contagieuse, fait depuis plusieurs jours la une de l’actualité et attire de nouveau l’attention des médias sur la situation souvent dramatique des agriculteurs dans notre pays.

 

Cette colère des agriculteurs est on ne peut plus compréhensible, dans la mesure où l’abatage de tout un troupeau réduit pour ainsi dire à néant le travail de toute une vie…


C’est la raison pour laquelle plusieurs syndicats agricoles s’opposent à la politique d’abattage total, qu’à tort ou à raison ils jugent injuste et inefficace, préconisent l’abattage ciblé des animaux effectivement infectés, et proposent une stratégie préventive fondée sur la vaccination du cheptel dans les zones à risque et si nécessaire, sur l’ensemble du territoire national.

 

Les inquiétudes du monde agricole sont d’autant plus vives que l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, qui pourrait être adopté par le Conseil de l’Europe à Bruxelles les 18 et 19 décembre, prévoit de facto l’importation de dizaines de milliers de tonnes supplémentaires de viande bovine et de volaille en provenance de plusieurs pays d’Amérique du Sud, qui ne sont nullement tenus de respecter les normes environnementales et sanitaires auxquelles nos agriculteurs et nos éleveurs sont soumis.

 

Dans ces conditions, le combat légitimement mené par les agriculteurs et les éleveurs qui luttent pour leur dignité et leur survie, et par conséquent, pour la pérennité de l’agriculture française, ne peut laisser quiconque indifférent.

 

A-t-on suffisamment conscience qu’en France, près de 20% des agriculteurs vivent sous le seuil de pauvreté et que les statistiques officielles font état de plus d’un suicide d’agriculteur tous les deux jours ?

 

Les agriculteurs sont aujourd’hui deux fois moins nombreux qu’il y a 15 ou 20 ans, et si l’on en croit M. François Guillaume (ancien président de la FNSEA et ancien Ministre de l’agriculture), la France « perd chaque année des dizaines de milliers d’hectares de terres cultivables, plusieurs centaines de milliers de têtes de bétail et, bientôt, la capacité de nourrir les Français ».

 

Mais peut-on vraiment imaginer une France sans paysans ? Ce serait bien évidemment une tragédie pour le monde rural dans son ensemble et pour nos territoires, mais aussi, la fin de la « souveraineté alimentaire » du pays.

 

Aux agriculteurs des Pyrénées-Atlantiques ou d’ailleurs qui souffrent et qui luttent pour un modèle agricole plus juste et plus conforme aux exigences du Bien commun, j’exprime mon profond respect, ma proximité et mon soutien fraternel, tout en les assurant de ma prière pour eux-mêmes et leurs familles.

 

+Marc Aillet
évêque de Bayonne, Lescar et Oloron

Fait à Bayonne, le 15 décembre 2025

Rod Dreher : Trump, l'allié inattendu pour le salut civilisationnel de l'Europe

15/12/2025

Rod Dreher : Trump, l'allié inattendu pour le salut civilisationnel de l'Europe

Distinguer l'Europe de sa bureaucratie
Rod Dreher commence par dissiper un malentendu fondamental : la critique américaine vise les institutions supranationales, non les nations. S'appuyant sur ses échanges avec Michael Anton, ancien conseiller de Trump et rédacteur de la stratégie incriminée, Dreher souligne une distinction cruciale. L'administration Trump ne rejette pas les peuples européens, leurs cultures ou leur histoire ; elle rejette la bureaucratie de l'Union européenne qui, selon elle, étouffe les spécificités nationales.

« Je ne suis pas un fan de l’Union européenne en tant que bureaucratie, mais j’aime les pays européens, leurs peuples et leurs cultures. » — Michael Anton cité par R. Dreher.

Pour Dreher, francophile revendiqué, aimer l'Europe, c'est aimer ce qui la rend spécifique : le génie français, les cathédrales, l'art de vivre. Or, c'est précisément cet héritage que les élites actuelles trahissent.

 

L'immigration et la « déculturation »
L'auteur aborde sans détour la question migratoire, qu'il lie directement à la préservation du patrimoine culturel. Il cite l'exemple de Vienne, où 41 % des élèves sont désormais musulmans, pour illustrer ce qu'il perçoit comme une substitution culturelle progressive.

Son argumentaire se veut toutefois nuancé : reconnaître le danger de l'immigration de masse pour l'identité européenne n'est pas de la haine, mais du bon sens. De la même manière que l'Égypte s'inquiéterait d'une colonisation culturelle européenne, l'Europe a le droit — et le devoir — de préserver sa singularité.

 

La trahison des clercs et l'anti-culture
Le point le plus philosophique de l'article réside dans la critique des élites occidentales (politiques, médiatiques, artistiques). Dreher convoque le sociologue Philip Rieff pour dénoncer une « anti-culture » : un mouvement qui cherche à détruire l'ordre sacré et les racines chrétiennes de l'Occident au nom du désir individuel.

Il prend pour exemple une exposition d'art contemporain à Vienne tournant le christianisme en dérision (une grenouille crucifiée), cautionnée par l'Église elle-même en la personne de l'archevêque d'Innsbrück. Pour Dreher, ces « œuvres de mort » (deathworks) prouvent que l'Occident tente de survivre en niant ses propres sources de vie.

 

Un électrochoc nécessaire
Rod Dreher conclut son plaidoyer en présentant le message de Donald Trump comme une forme d'« amour vache ». En heurtant la sensibilité des élites technocratiques, l'Amérique tenterait en réalité de réveiller les peuples européens.

Le message est clair : pour que l'Amérique soit grande, elle a besoin d'une Europe qui l'est tout autant. Et cette grandeur ne passera pas par le projet mondialiste de Bruxelles, mais par un sursaut mémoriel et spirituel. Loin d'être un ennemi, le Trumpisme est ici dépeint comme le miroir tendu à une Europe qui a oublié qui elle était, l'invitant à puiser dans son passé chrétien et national pour assurer son futur.

 

 

Rod Dreher est écrivain américain, professeur associé au Danube Institute à Budapest. Son dernier essai : Comment retrouver le goût de Dieu dans un monde qui l’a chassé (Éditions Artège, 2025)

Le premier sermon du pape Léon pour la fête de N-D de Guadalupe nous livre le fond de son cœur

14/12/2025

Le premier sermon du pape Léon pour la fête de N-D de Guadalupe nous livre le fond de son cœur

Vatican (kath.net/pl) « Mère du vrai Dieu, par qui nous vivons, venez en aide au Successeur de Pierre, afin qu’il fortifie tous ceux qui lui sont confiés sur l’unique chemin qui conduit au fruit béni de vos entrailles. » Tels furent les mots du pape Léon XVI dans sa première homélie pour la solennité de Notre-Dame de Guadalupe, célébrée en la basilique Saint-Pierre. « Aidez-nous à comprendre que nous sommes destinataires, mais non maîtres, de ce message, mais, à l’exemple de saint Juan Diego, ses simples serviteurs. » Le pape, originaire des États-Unis et ayant exercé son ministère pendant de nombreuses années en Amérique latine comme supérieur d’un ordre religieux et comme évêque, connaît profondément la piété qui entoure les apparitions mariales de Guadalupe. 

 

NOTRE-DAME DE GUADALUPE

HOMÉLIE DU SAINT PÈRE LÉON XIV

Basilique Saint-Pierre, vendredi 12 décembre 2025

 

Chers frères et sœurs :

Dans le passage du Siracide, nous trouve une description poétique de la Sagesse, image qui trouve sa pleine expression dans le Christ, « la sagesse de Dieu » ( 1 Co  1, 24), qui, lorsque les temps furent accomplis, s’est fait chair, né d’une femme (cf.  Ga  4, 4). La tradition chrétienne a également interprété ce passage à la lumière de la figure mariale, car il évoque la femme préparée par Dieu pour recevoir le Christ. En effet, qui d’autre que Marie peut dire : « En moi est toute la grâce du chemin et de la vérité, toute espérance de la vie et de la vertu » ( Sir  24, 25) ? C’est pourquoi la tradition chrétienne n’hésite pas à la reconnaître comme « la mère de l’amour » ( ibid.,  v. 24).

 

Dans l’Évangile, nous entendons comment Marie vit la transformation que procure la Parole de Dieu dans sa vie. Telle une flamme ardente et inextinguible, la Parole nous pousse à partager la joie du don reçu (cf.  Jr  20, 9 ;  Lc  24, 32). Réjouie par l’annonce de l’ange, elle comprend que la joie de Dieu s’accomplit dans la charité et se hâte donc chez Élisabeth.

 

En vérité, les paroles de la Pleine de Grâce sont « plus douces que le miel » ( Siracide  24, 27). Son seul salut suffit à faire tressaillir de joie l’enfant dans le sein d’Élisabeth, et celle-ci, remplie de l’Esprit Saint, se demande : « Qui suis-je pour que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? » ( Luc  1, 43). Cette joie culmine dans le  Magnificat , où Marie reconnaît que son bonheur vient du Dieu fidèle, qui a tourné son regard vers son peuple et l’a béni (cf.  Psaume  66, 2) d’un héritage plus doux que le miel en rayon (cf.  Siracide  24, 20) : la présence même de son Fils.

 

Tout au long de sa vie, Marie apporte cette joie là où la joie humaine est insuffisante, là où le vin a manqué (cf.  Jn  2, 3). C’est ce qui se produit en Guadalupe. À Tepeyac, elle éveille chez les habitants des Amériques la joie de se savoir aimés de Dieu. Lors des apparitions de 1531, s’adressant à saint Juan Diego dans sa langue maternelle,  elle déclare « désirer ardemment » qu’une « petite maison sacrée » y soit construite, d’où elle exaltera Dieu et le fera se manifester (cf.  Nican Mopohua , 26-27). Au milieu des conflits, des injustices et des souffrances incessantes qui cherchent un soulagement, Notre-Dame de Guadalupe proclame le cœur de son message : « Ne suis-je pas ici, moi qui suis votre mère ? » ( ibid. , 119). Elle est la voix qui fait résonner la promesse de la fidélité divine, la présence qui soutient quand la vie devient insupportable.

 

La maternité qu’elle proclame nous fait nous redécouvrir comme des enfants. Quiconque entend « Je suis votre mère » se souvient que, depuis la croix, le « Voici votre mère » correspond à « Voici votre fils » (cf.  Jn  19, 26-27). Et comme des enfants, nous nous tournerons vers elle pour lui demander : « Mère, que devons-nous faire pour être les enfants que ton cœur désire ? » Elle, fidèle à sa mission, nous répondra tendrement : « Faites tout ce qu’il vous dira » ( Jn  2, 5). Oui, Mère, nous voulons être tes vrais enfants : dis-nous comment grandir dans la foi quand nos forces nous abandonnent et que les ombres s’étendent. Aide-nous à comprendre qu’avec toi, même l’hiver se pare de roses.

 

Et en tant que ton enfant, je te le demande : Mère, enseigne aux nations qui aspirent à être tes enfants à ne pas diviser le monde en factions irréconciliables, à ne pas laisser la haine marquer leur histoire, ni les mensonges écrire leur mémoire. Montre-leur que l'autorité doit s'exercer au service des autres, et non par domination. Instruis leurs dirigeants sur leur devoir de préserver la dignité de chaque personne à chaque étape de la vie. Fais de ces nations, tes enfants, des lieux où chacun se sente le bienvenu.

 

Mère, accompagne les jeunes afin qu'ils reçoivent du Christ la force de choisir le bien et le courage de demeurer fermes dans la foi, même lorsque le monde tente de les détourner de leur chemin. Montre-leur que ton Fils marche à leurs côtés. Que rien ne trouble leur cœur afin qu'ils accueillent sans crainte les projets de Dieu. Préserve-les des menaces du crime, de la dépendance et des dangers d'une vie vaine.

 

Mère, allez à la rencontre de ceux qui se sont égarés loin de la sainte Église : que votre regard les atteigne là où le nôtre ne peut les atteindre, abattez les murs qui nous séparent et ramenez-les à la maison par la puissance de votre amour. Mère, je vous supplie d’incliner le cœur de ceux qui sèment la discorde vers le désir de votre Fils que « tous soient un » ( Jn  17, 21) et ramenez-les à la charité qui rend la communion possible, car au sein de l’Église, Mère, vos enfants ne peuvent être divisés.

 

Fortifie les familles : que les parents, à ton exemple, élèvent leurs enfants avec tendresse et fermeté, afin que chaque foyer soit une école de foi. Inspire, Mère, ceux qui forment les esprits et les cœurs, afin qu’ils transmettent la vérité avec la douceur, la précision et la clarté qui jaillissent de l’Évangile. Encourage ceux que ton Fils a appelés à le suivre de plus près : soutiens le clergé et les personnes consacrées dans leur fidélité quotidienne et ravive leur premier amour. Garde leur vie intérieure par la prière, protège-les dans la tentation, encourage-les dans la fatigue et secourt les affligés.

 

Sainte Vierge, puisse-t-on, comme vous, garder l’Évangile dans nos cœurs (cf.  Lc  2, 51). Aide-nous à comprendre que, bien que nous en soyons les destinataires, ce message ne nous appartient pas, mais que, comme saint Juan Diego, nous en sommes les simples serviteurs. Puissions-nous vivre convaincus que partout où la Bonne Nouvelle se répand, tout devient beau, tout est restauré, tout est renouvelé. « Ceux qui te suivent ne pécheront pas » (cf.  Sr  24, 22) ; assistez-nous afin que notre péché et notre misère ne ternissent pas la sainteté de l’Église qui, comme vous, est une mère.

 

Mère du vrai Dieu par qui nous vivons, venez en aide au Successeur de Pierre, afin qu’il confirme tous ceux qui lui sont confiés sur l’unique chemin qui conduit au fruit béni de vos entrailles. Rappelez-le à votre Fils, à qui le Christ a confié  les clés du Royaume des Cieux  pour le bien de tous, afin que ces clés servent à lier et à délier,  et à racheter toute misère humaine ( Saint Jean-Paul II ,  Homélie à Syracuse , 6 novembre 1994). Et faites que, confiants en votre protection, nous avancions toujours plus unis à Jésus et les uns aux autres vers la demeure éternelle qu’il nous a préparée et où vous nous attendez. Amen.

 

 

À Nicée, Léon XIV appelle à l’unité autour de la foi chrétienne

13/12/2025

À Nicée, Léon XIV appelle à l’unité autour de la foi chrétienne

Lors de sa visite à la Mosquée Bleue d’Istanbul, Léon XIV s’est arrêté pour admirer en silence les décorations typiques de la coupole de la mosquée, mais lorsque le muezzin, Asgin Tunca, l’a invité à prier, il a gentiment décliné l’invitation. La presse internationale a souligné l’épisode non tant pour le geste en lui-même, mais parce qu’il a semblé marquer une rupture par rapport à l’attitude de Benoît XVI et, surtout, du pape François, mettant à mal l’image diffusée par les médias progressistes, mais aussi par certains blogs conservateurs et traditionalistes, selon laquelle le pontificat du pape Léon serait une réédition du précédent, fût-ce dans une version plus « douce ». 

 

Benoît XVI avait visité la mosquée d’Istanbul le 30 novembre 2006 et, après avoir fermé les yeux, s’était arrêté pour prier. Pourtant, moins de deux mois auparavant, le 12 septembre, le pape Benoît avait prononcé à l’université de Ratisbonne un célèbre discours dans lequel, citant les paroles de l’empereur byzantin Manuel II, il avait affirmé que Mahomet avait introduit « des choses mauvaises et inhumaines » et qu’il n’est pas admissible d’imposer violemment une croyance religieuse. Une tempête de polémiques avait suivi ces paroles, transformant Benoît XVI en « ennemi » de l’Islam. 

 

Le pape François pria dans la Mosquée Bleue le 29 novembre 2014, aux côtés du Grand Mufti, sans que ce geste ne suscitât de scandale particulier ; mais si le jugement de Benoît XVI sur l’islam avait été exprimé dans le discours de Ratisbonne, la clé de lecture du rapport entre François et la religion musulmane fut la déclaration œcuménique controversée d’Abou Dhabi, signée par le Pape avec le Grand Imam de la mosquée Al-Azhar le 4 février 2019. 

 

Le cœur du voyage en Turquie de Léon XIV n’a toutefois pas été l’arrêt à Istanbul, mais la célébration du 1700ᵉ anniversaire du Concile de Nicée, aujourd’hui Iznik, où le Pontife a rencontré les chefs des Églises orthodoxes, avec trois grands absents : le patriarche de Moscou Kirill et ceux d’Antioche et de Jérusalem, tous deux liés à la Russie de Poutine. En Turquie, Léon XIV a réaffirmé une vérité commune à tous les chrétiens : Jésus-Christ, seconde Personne de la Très Sainte Trinité, est le Fils de Dieu, vrai Dieu lui-même. Le 28 novembre, le pape déclara :

 

« Nicée affirme la divinité de Jésus et son égalité avec le Père. En Jésus, nous trouvons le vrai visage de Dieu et sa parole définitive sur l’humanité et sur l’histoire. Cette vérité met constamment en crise nos représentations de Dieu lorsqu’elles ne correspondent pas à ce que Jésus nous a révélé, et elle nous invite à un discernement critique continu sur les formes de notre foi, de notre prière, de la vie pastorale et, en général, de notre spiritualité. (…) Le Symbole de la foi, professé de manière unanime et commune, devient ainsi critère de discernement, boussole d’orientation, pivot autour duquel doivent tourner notre croire et notre agir. » 

 

Qu’il ait proclamé cette vérité en terre d’Islam n’est pas sans signification. La religion catholique fondée par Jésus-Christ a son cœur dans deux mystères : la Très Sainte Trinité et l’Incarnation. La divinité du Christ est niée par la religion musulmane, qui le considère comme un simple prophète, précurseur de Mahomet. Dans sa lettre de 1461 au sultan Mehmed le Conquérant, pour le convertir à la foi catholique, le pape Pie II l’affirmait avec force :

 

« Il existe de nombreuses différences entre la conception de Dieu des Chrétiens et celle des Sarrasins ou des Turcs. Vous considérez Dieu comme corporel, nous le disons incorporel. Vous attribuez au hasard les événements terrestres et pensez que Dieu ne s’en soucie pas ; nous n’avons aucun doute : celui qui a créé le Tout le gouverne. Vous niez la paternité divine, nous reconnaissons le Père et le Fils. Vous niez la divinité de l’Esprit, nous l’affirmons et la vénérons. » 

 

Les conséquences de ces différences théologiques sont immenses. Ignorer Jésus-Christ, seconde Personne de la Très Sainte Trinité et Verbe Incarné, signifie ignorer l’unique Sauveur et Rédempteur du genre humain. Dans la Lettre apostolique In unitate fidei du 23 novembre, le Pape avait déclaré :

 

« Le Credo de Nicée ne formule pas une théorie philosophique. Il professe la foi dans le Dieu qui nous a rachetés à travers Jésus-Christ. Il s’agit du Dieu vivant : il veut que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance (cf. Jn 10, 10). C’est pourquoi le Credo poursuit avec les mots de la profession baptismale : le Fils de Dieu qui “pour nous les hommes et pour notre salut descendit et s’est incarné et s’est fait homme, mourut, et le troisième jour ressuscita, monta au ciel et viendra pour juger les vivants et les morts”. Cela montre clairement que les affirmations de foi christologiques du Concile s’inscrivent dans l’histoire du salut entre Dieu et ses créatures. » 

 

Léon XIV a donc dénoncé le « néo-arianisme » moderne, diffusé également au sein du monde catholique.

 

« Mais il y a aussi un autre défi, que je définirais comme un “arianisme de retour”, présent dans la culture actuelle et parfois chez les croyants eux-mêmes : lorsque l’on regarde Jésus avec admiration humaine, peut-être même avec un esprit religieux, mais sans le considérer réellement comme le Dieu vivant et vrai présent au milieu de nous. Sa divinité, son être Seigneur de l’histoire, se trouve en quelque sorte obscurci, et l’on se limite à le considérer comme un grand personnage historique, un maître sage, un prophète qui a lutté pour la justice, mais rien de plus. Nicée nous le rappelle : le Christ Jésus n’est pas un personnage du passé, il est le Fils de Dieu présent parmi nous, qui guide l’histoire vers l’avenir que Dieu nous a promis. » 

 

Certains ont critiqué Léon XIV pour avoir omis le « Filioque » en récitant le Credo avec les patriarches orthodoxes lors de la célébration interreligieuse du 1700ᵉ anniversaire du Concile de Nicée. Le « Filioque », c’est-à-dire la confession selon laquelle l’Esprit « procède du Père et du Fils », est un dogme catholique défini par le Concile de Florence en 1439. L’affirmation du Filioque manquait toutefois au Symbole de Nicée, confessé à Constantinople en 381. L’usage de cette formule dans le Credo est entré progressivement dans la liturgie latine (entre les VIIIᵉ et XIᵉ siècles).

 

Tant Jean-Paul II, dans les années 1990, que Benoît XVI, à plusieurs reprises, notamment lors de voyages dans des pays orthodoxes, ont récité le Credo dans sa forme nicéenne, sans que cela puisse être interprété comme une défection de la foi catholique. L’omission de ces mots, accomplie non pour nier le dogme, mais pour favoriser dans une circonstance précise le rapprochement avec les orthodoxes, ne doit pas scandaliser. Le véritable point de divergence avec les orthodoxes est d’ailleurs un autre dogme : celui de la primauté de Pierre, aujourd’hui malheureusement mis en discussion même au sein du monde catholique. 

 

Pour comprendre le pontificat de Léon XIV, aussi dans sa discontinuité avec le précédent, il semble donc plus sage de déplacer l’attention vers de petits gestes, mais significatifs, tels que, comme l’a noté Robert Royal, la résistance du pape Léon à la Mosquée Bleue. 

 

Le soir du 9 décembre, en rentrant au Vatican après une journée passée à Castel Gandolfo, le Pape s’est entretenu avec les journalistes devant la villa Barberini. Le vaticaniste de La Repubblica, Jacopo Scaramuzzi, lui a demandé pourquoi il n’avait pas prié dans la mosquée lors de son récent voyage en Turquie. Le Pape, comme surpris de devoir expliquer pourquoi un Pontife ne prie pas dans une mosquée, a répondu : « Je préfère prier dans une église catholique en présence du Saint-Sacrement. » 

 

Ainsi doit parler un pape, et en se rappelant l’image de Léon XIV tenant le Saint-Sacrement entre ses mains, le 22 juin dernier, de Saint-Jean-de-Latran à Sainte-Marie-Majeure pour la procession de la Fête-Dieu, on pourrait ajouter : « Ainsi doit agir un pape. »

 

Roberto de Mattei | Historien

Esclavage en Méditerranée : L’histoire oubliée de la traite barbaresque

13/12/2025

Esclavage en Méditerranée : L’histoire oubliée de la traite barbaresque

Un passé sous domination étrangère
L'article débute par un rappel historique essentiel : avant la colonisation française de 1830, la région qui deviendra l'Algérie a vécu sous une domination étrangère quasi continue pendant des siècles (romaine, arabe, puis ottomane). L'auteure souligne le paradoxe d'une mémoire sélective qui semble avoir effacé la participation active des régences barbaresques (Alger, Tunis, Tripoli) à un vaste système esclavagiste.

 

L'ampleur de la traite arabo-musulmane
Marie-Claude Mosimann-Barbier remet en perspective la chronologie de l'esclavage. Bien avant la traite atlantique, la traite transsaharienne drainait des millions d'Africains vers le Maghreb et le Moyen-Orient dès le VIIe siècle.

Les chiffres : L'auteure cite les estimations des spécialistes (comme Olivier Grenouilleau) évaluant à près de 18 millions le nombre de victimes africaines de la traite arabo-musulmane, contre 11 à 12 millions pour la traite atlantique.

 

Le sort des captifs : Les hommes étaient souvent castrés ou envoyés aux galères, les femmes destinées aux harems, avec une mortalité effrayante.

 

La « traite des Blancs » : razzias et piraterie
L'article met surtout l'accent sur un volet méconnu : l'esclavage des chrétiens européens. Sous la suzeraineté ottomane, Alger et les ports barbaresques deviennent les plaques tournantes d'une industrie de la capture.

 

Un phénomène massif : L'historien Robert C. Davis estime qu'entre le XVIe et le XVIIIe siècle, environ un million d'Européens de l'Ouest et près de trois millions d'Européens de l'Est ont été réduits en esclavage.

 

Modes opératoires : Les pirates barbaresques ne se contentaient pas d'attaquer les navires (« la course ») ; ils menaient de véritables razzias sur les côtes d'Espagne, d'Italie, et de Provence, vidant parfois des villages entiers de leurs habitants.

 

La réponse de la Chrétienté : payer ou combattre
Face à ces exactions et aux conditions de détention terribles (tortures, empalements, travaux forcés), l'Europe s'organise. Dès le Moyen-Âge, des ordres religieux « rédempteurs » voient le jour, tels que les Trinitaires (fondés en 1198) et les Mercédaires (1218). Ces religieux collectaient des fonds pour payer les rançons ou s'offraient eux-mêmes en otage pour libérer les captifs, parmi lesquels figurait le célèbre Cervantès.

 

L'article rappelle enfin que ce sont les interventions militaires occidentales (bombardements de Louis XIV, guerres menées par les États-Unis au début du XIXe siècle) et finalement la prise d'Alger par la France en 1830 qui mirent un terme définitif à cette traite.

 

Cet article du Figaro Histoire offre un contrepoint saisissant aux discours unilatéraux sur la colonisation. En documentant la réalité brutale de l'esclavage en Barbarie, Marie-Claude Mosimann-Barbier ne cherche pas à excuser les fautes de la colonisation ultérieure, mais à rappeler que l'histoire méditerranéenne est faite de blessures partagées. Elle souligne que la mémoire de l'esclavage ne doit pas être sélective : les souffrances des millions de captifs, qu'ils soient Africains subsahariens ou Européens, razziés et asservis au Maghreb, méritent elles aussi de figurer dans nos livres d'histoire.

 

 

Marie-Claude Mosimann-Barbier est maître de conférences honoraire de l’École normale supérieure de Paris-Saclay, membre du GRER (groupe de recherche sur le racisme et l’eugénisme) de l’université Paris-Cité.

Léon XIV aime mieux prier devant le Saint Sacrement que dans une mosquée…

12/12/2025

Léon XIV aime mieux prier devant le Saint Sacrement que dans une mosquée…

Le pape sortait du Palais Barberini à Castel Gandolfo mardi soir lorsque, assailli par des journalistes, il s’est prêté de bonne grâce à un échange de cinq minutes où il se montrait, comme à son habitude, amène, souriant et prudent, s’exprimant en plusieurs langues et veillant à ne pas tenir des propos trop pointus.

 

C’est un journaliste italien qui lui a rappelé le fait : « A la mosquée Sultanahmet, vous n’avez pas prié, du moins visiblement… » Aussitôt, Léon XIV l’interrompt : « Mais qui a dit que je n’avais pas prié ? Ils ont dit que je n’avais pas prié, mais j’ai déjà répondu dans l’avion, j’ai mentionné un livre [La pratique de la présence de Dieu de Frère Laurent], il se peut que je sois en train de prier en ce moment même, vous comprenez ? »

 

Léon XIV rappelle qu’on peut « prier sans cesse »
Le chrétien qui aime Dieu de tout son cœur et de toute son âme prie en effet « sans cesse » comme l’y exhorte saint Paul, et dans chaque circonstance de la vie, des plus banales aux plus sublimes. Telle est justement la leçon du carme français, frère Laurent de la Résurrection : « Le temps de l’action n’est point différent de celui de l’oraison ; je possède Dieu aussi tranquillement dans le tracas de ma cuisine, où quelquefois plusieurs personnes me demandent en même temps des choses différentes, que si j’étais à genoux devant le Saint-Sacrement… »

L’exemple des saints est là : on prie là où on est, dans l’arène face aux bêtes sauvages comme dans le monastère, en vaquant à ses occupations quotidiennes comme dans le camp de concentration, recueilli dans la ville ou en adoration devant le Saint-Sacrement. Dieu ne nous lâche jamais, ce n’est jamais lui qui rompt le contact.

 

Mais prier visiblement, quoiqu’en silence à la mosquée – comme l’avaient fait avant lui Jean-Paul II, à la mosquée des Omeyyades à Damas en 2001, Benoît XVI à la Mosquée Bleue en 2006, le pape François dans le même lieu en 2014 puis à la mosquée Istiqlal de Djakarta en 2024 – le pape régnant ne l’a pas fait. Il a courtoisement, mais expressément refusé de le faire. Si son voyage était bien préparé, s’il a été averti des gestes posés par ses prédécesseurs immédiats (et comment ne pas croire que ce fut le cas ?), son attitude est d’autant plus remarquable, et sans doute préparée d’avance. Elle marque une rupture – ou bien plutôt, un retour à une normalité : bien que l’on puisse s’adresser au vrai Dieu en prière où que l’on soit, le faire dans un temple d’une religion qui ne connaît pas le vrai Dieu et le rejette expressément comme le fait l’islam est en soi un désordre, source de confusion.

 

La mosquée, « la maison d’Allah »
Le muezzin qui invita le pape Léon à prier à l’intérieur de la mosquée lui avait d’abord dit : « Ce n’est pas ma maison, ni la vôtre, c’est la maison d’Allah » – manière de dire que Dieu transcende la diversité des religions et d’inviter à un syncrétisme explicite (encore que dans l’esprit du musulman, Allah soit parfaitement identifié comme le dieu de l’islam). Mais Léon XIV a répondu, gentiment mais fermement, « It’s okay ». « Ça va… »

 

Après quelques instants de réflexion, Léon XIV a explicité sa réponse au journaliste à Castel Gandolfo : « Je préfère prier dans une église catholique en présence du Très Saint Sacrement. »

 

Oui, on peut prier partout, mais en la Présence réelle de Notre Seigneur, devant le Saint-Sacrement – et quoi qu’il en soit de la possession de Dieu – cette Présence dépasse tout. C’est devant le tabernacle, dans un sanctuaire catholique, que Léon XIV conçoit sa prière au plus haut. Il l’a dit au débotté, l’expérience de sa vie débordant de son cœur. C’est la prière d’adoration face à face avec Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, celui qu’au demeurant l’islam rejette en même temps qu’il proscrit la religion des « associateurs », les chrétiens…

Il est remarquable que Léon XIV n’ait pas poursuivi sa visite de la ville en se rendant à la toute proche Sainte-Sophie, haut lieu du christianisme byzantin. Mais après avoir été prise aux chrétiens et aussitôt transformée en mosquée, puis rendue « à l’humanité » comme musée sous Atatürk, elle a été retransformée en mosquée en 2020. Il est vrai que le pape François avait dit à cette occasion : « Je pense à Sainte-Sophie et je ressens une grande douleur. »

 

Prier devant le Saint-Sacrement, c’est aussi affirmer sa foi
La clarification de Léon XIV sur la prière aura été inattendue, sans ambiguïté, et montre le pape sous son meilleur jour : parlant du Christ dans son adorable vérité.

Léon XIV, pour finir, a dit : « Mais on a fait si grand cas de ce moment, cela me semble, disons, curieux. »

Mais non, Saint-Père, ce fut un très grand moment et une joie profonde, augmentée par le fait de le voir désormais si tranquillement expliqué.

 

Jeanne Smits sur RITV

Inspections ou inquisitions ? Les dérives inquiétantes des contrôles dans le privé

12/12/2025

Inspections ou inquisitions ? Les dérives inquiétantes des contrôles dans le privé

Un constat accablant : des méthodes « disproportionnées » L'article de Cyriac Zeller relaie des témoignages qui font froid dans le dos. Loin de la simple vérification administrative, le rapport décrit de véritables « coups de force ». Des inspecteurs arrivant par escouades de dix à seize personnes, interrompant les cours sans préavis, ou circulant sans accompagnement dans les locaux.

 

Plus inquiétant encore, les méthodes d'investigation semblent franchir la ligne rouge de la légalité et du respect de la vie privée. Le rapport mentionne des fouilles de cartables et, fait stupéfiant, la photographie de « carnets d’intériorité » appartenant aux élèves. Les enseignants ne sont pas épargnés : certains subissent des interrogatoires quasi policiers devant leurs propres élèves, fragilisant ainsi leur autorité et le climat de confiance nécessaire à l'enseignement.

 

Le « caractère propre » dans le viseur Au-delà de la forme, c'est le fond des inspections qui inquiète. L'article souligne une attaque ciblée contre l'identité chrétienne des établissements. Les questions posées aux équipes éducatives relèvent de l'intime et de la liberté de conscience : « Allez-vous aux offices religieux ? », « Vos élèves ont-ils une vision genrée de la société ? ».

 

Des pressions sont exercées pour « lisser » les projets d'établissement, rendre l'enseignement de culture chrétienne facultatif ou exiger le retrait de signes religieux, en contradiction totale avec le statut de l'école catholique. Comme le note l'article, ces dérives touchent toutes les académies, de Versailles à Toulon.

 

Vers une crise de confiance ? Guillaume Prévost, secrétaire général de l’Enseignement catholique, rappelle qu'il ne s'agit pas de refuser le contrôle — jugé indispensable — mais d'exiger « prudence et discernement ». Face à cette situation qualifiée de « délétère », le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a promis des consignes fermes et une clarification rapide.

 

Pour conclure, Famille Chrétienne met en lumière une fracture grandissante entre l'administration et l'enseignement libre. Si l'État est dans son rôle de contrôleur, les dérives rapportées s'apparentent à une tentative de normalisation idéologique. La réponse du ministère dans les jours à venir sera décisive pour savoir si le contrat de confiance peut être restauré ou si l'on s'achemine vers une guerre scolaire.

 

Europe : la perspective réelle d’un effacement civilisationnel

11/12/2025

Europe : la perspective réelle d’un effacement civilisationnel

Les responsables américains ont pris l’habitude d’envisager les problèmes européens sous l’angle de l’insuffisance des dépenses militaires et de la stagnation économique. Cela est vrai, mais les véritables problèmes de l’Europe sont encore plus profonds.

 

L’Europe continentale a perdu des parts du PIB mondial, passant de 25% en 1990 à 14% aujourd’hui, en partie à cause des réglementations nationales et transnationales qui sapent la créativité et l’esprit d’initiative.

 

Mais ce déclin économique est éclipsé par la perspective réelle et plus sombre d’un effacement civilisationnel. Parmi les problèmes les plus importants auxquels l’Europe est confrontée, citons les activités de l’Union européenne et d’autres organismes transnationaux qui sapent la liberté politique et la souveraineté, les politiques migratoires qui transforment le continent et créent des conflits, la censure de la liberté d’expression et la répression de l’opposition politique, l’effondrement des taux de natalité et la perte des identités nationales et de la confiance en soi.

 

Si les tendances actuelles se poursuivent, le continent sera méconnaissable d’ici 20 ans ou moins. Dans ces conditions, il est loin d’être évident que certains pays européens disposeront d’une économie et d’une armée suffisamment solides pour rester des alliés fiables. Bon nombre de ces nations redoublent actuellement d’efforts dans la voie qu’elles ont empruntée. Nous voulons que l’Europe reste européenne, qu’elle retrouve sa confiance en sa civilisation et qu’elle abandonne sa stratégie infructueuse de suffocation réglementaire.

 

Ce manque de confiance en soi est particulièrement évident dans les relations entre l’Europe et la Russie. Les alliés européens jouissent d’un avantage significatif en matière de puissance militaire sur la Russie dans presque tous les domaines, à l’exception des armes nucléaires. À la suite de la guerre menée par la Russie en Ukraine, les relations entre l’Europe et la Russie sont désormais profondément affaiblies, et de nombreux Européens considèrent la Russie comme une menace existentielle. La gestion des relations entre l’Europe et la Russie nécessitera un engagement diplomatique important de la part des États-Unis, à la fois pour rétablir les conditions d’une stabilité stratégique sur le continent eurasien et pour atténuer le risque de conflit entre la Russie et les États européens.

 

Il est dans l’intérêt fondamental des États-Unis de négocier une cessation rapide des hostilités en Ukraine, afin de stabiliser les économies européennes, d’empêcher une escalade ou une extension involontaire de la guerre, de rétablir la stabilité stratégique avec la Russie et de permettre la reconstruction de l’Ukraine après les hostilités afin qu’elle puisse survivre en tant qu’État viable.

 

La guerre en Ukraine a eu pour effet pervers d’accroître la dépendance extérieure de l’Europe, en particulier de l’Allemagne. Aujourd’hui, les entreprises chimiques allemandes construisent certaines des plus grandes usines de transformation au monde en Chine, en utilisant du gaz russe qu’elles ne peuvent pas obtenir chez elles. L’administration Trump se trouve en désaccord avec les responsables européens qui ont des attentes irréalistes concernant la guerre, juchés dans des gouvernements minoritaires instables, dont beaucoup bafouent les principes fondamentaux de la démocratie pour réprimer l’opposition. Une large majorité des Européens souhaite la paix, mais ce désir ne se traduit pas en politique, en grande partie à cause de la subversion des processus démocratiques par ces gouvernements. Cela revêt une importance stratégique pour les États-Unis, précisément parce que les États européens ne peuvent se réformer s’ils sont enlisés dans une crise politique.

Pourtant, l’Europe reste stratégiquement et culturellement vitale pour les États-Unis. Le commerce transatlantique reste l’un des piliers de l’économie mondiale et de la prospérité américaine. Les secteurs européens, de l’industrie manufacturière à la technologie en passant par l’énergie, restent parmi les plus solides au monde. L’Europe abrite des institutions culturelles de premier plan et mène des recherches scientifiques de pointe. Non seulement nous ne pouvons pas nous permettre de faire une croix sur l’Europe, mais cela irait à l’encontre des objectifs de cette stratégie.

 

La diplomatie américaine doit continuer à défendre la démocratie authentique, la liberté d’expression et la célébration sans complexe du caractère et de l’histoire propres à chaque nation européenne. Les États-Unis encouragent leurs alliés politiques en Europe à promouvoir ce renouveau spirituel, et l’influence croissante des partis patriotiques européens est en effet source d’un grand optimisme.

 

Notre objectif doit être d’aider l’Europe à corriger sa trajectoire actuelle. Nous aurons besoin d’une Europe forte pour nous aider à être compétitifs et pour travailler de concert avec nous afin d’empêcher tout adversaire de dominer l’Europe.

 

Les États-Unis sont, naturellement, attachés sentimentalement au continent européen et, bien sûr, à la Grande-Bretagne et à l’Irlande. Le caractère de ces pays est également important sur le plan stratégique, car nous comptons sur des alliés créatifs, compétents, confiants et démocratiques pour établir des conditions de stabilité et de sécurité. Nous voulons travailler avec des pays alignés qui souhaitent retrouver leur grandeur d’antan.

 

À long terme, il est plus que plausible que d’ici quelques décennies au plus tard, certains membres de l’OTAN deviennent majoritairement non européens. À ce titre, la question reste ouverte de savoir s’ils considéreront leur place dans le monde, ou leur alliance avec les États-Unis, de la même manière que ceux qui ont signé la charte de l’OTAN.

 

Notre politique générale pour l’Europe doit donner la priorité aux éléments suivants :

Rétablir les conditions de stabilité en Europe et la stabilité stratégique avec la Russie ;
Permettre à l’Europe de voler de ses propres ailes et de fonctionner comme un groupe de nations souveraines alignées, notamment en assumant la responsabilité principale de sa propre défense, sans être dominée par une puissance adverse ;
Cultiver la résistance à la trajectoire actuelle de l’Europe au sein des nations européennes ;
Ouvrir les marchés européens aux biens et services américains et garantir un traitement équitable aux travailleurs et aux entreprises américains ;
Renforcer les nations prospères d’Europe centrale, orientale et méridionale grâce à des liens commerciaux, à la vente d’armes, à la collaboration politique et aux échanges culturels et éducatifs ;
Mettre fin à la perception, et empêcher la réalité, d’une OTAN comme une alliance en expansion perpétuelle ; et
Encourager l’Europe à prendre des mesures pour lutter contre la surcapacité mercantiliste, le vol de technologies, le cyberespionnage et d’autres pratiques économiques hostiles.