Le blog du Temps de l'Immaculée.

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VIDEO – SOS Calvaires Les mains qui restaurent le patrimoine

21/12/2025

VIDEO – SOS Calvaires  Les mains qui restaurent le patrimoine

Lorsqu’ils ne sont pas dans leurs ateliers situés au Lion d’Angers dans le Maine-et-Loire ou au pied de calvaires à restaurer des cimetières ou des croix en bordure de route, les bénévoles de SOS Calvaires, tous amoureux du patrimoine catholique de France, montent au sommet de montagnes, pour remplacer ou réparer des calvaires abimés par le temps.

 

Un film d'Armel Joubert des Ouches.

 

 

Ô Rex gentium - 22 décembre, les grandes antiennes de l'Avent

21/12/2025

Ô Rex gentium - 22 décembre, les grandes antiennes de l'Avent

O Roi des nations ! Vous approchez toujours plus de cette Bethléhem où vous devez naître. Le voyage tire à son terme, et votre auguste Mère, qu’un si doux fardeau console et fortifie, va sans cesse conversant avec vous par le chemin.

Elle adore votre divine majesté, elle remercie votre miséricorde ; elle se réjouit d’avoir été choisie pour le sublime ministère de servir de Mère à un Dieu. Elle désire et elle appréhende tout à la fois le moment où enfin ses yeux vous contempleront. Comment pourra-t-elle vous rendre les services dignes de votre souveraine grandeur, elle qui s’estime la dernière des créatures ?

Comment osera-t-elle vous élever dans ses bras, vous presser contre son cœur, vous allaiter à son sein mortel ? Et pourtant, quand elle vient à songer que l’heure approche où, sans cesser d’être son fils, vous sortirez d’elle et réclamerez tous les soins de sa tendresse, son cœur défaille et l’amour maternel se confondant avec l’amour qu’elle a pour son Dieu, elle est au moment d’expirer dans cette lutte trop inégale de la faible nature humaine contre les plus fortes et les plus puissantes de toutes les affections réunies dans un même cœur.

Mais vous la soutenez, ô Désiré des nations ! Car vous voulez qu’elle arrive à ce terme bienheureux qui doit donner à la terre son Sauveur, et aux hommes la Pierre angulaire qui les réunira dans une seule famille.

Soyez béni dans les merveilles de votre puissance et de votre bonté, ô divin Roi ! et venez bientôt nous sauver, vous souvenant que l’homme vous est cher, puisque vous l’avez pétri de vos mains. Oh ! Venez, car votre œuvre est dégénérée ; elle est tombée dans la perdition ; la mort l’a envahie : reprenez-la dans vos mains puissantes, refaites-la ; sauvez-la ; car vous l’aimez toujours, et vous ne rougissez pas de votre ouvrage.

Ô Oriens - Les gandes antiennes de l'Avent

20/12/2025

Ô Oriens - Les gandes antiennes de l'Avent

Divin Soleil, ô Jésus ! Vous venez nous arracher à la nuit éternelle : soyez à jamais béni ! Mais combien vous exercez notre foi, avant de luire à nos yeux dans toute votre splendeur ! Combien vous aimez à voiler vos rayons, jusqu’à l’instant marqué par votre Père céleste, où vous devez épanouir tous vos feux ! Voici que vous traversez la Judée ; vous approchez de Jérusalem ; le voyage de Marie et de Joseph tire à son terme.

 

Sur le chemin, vous rencontrez une multitude d’hommes qui marchent en toutes les directions, et qui se rendent chacun dans sa ville d’origine, pour satisfaire à l’Édit du dénombrement. De tous ces hommes, aucun ne vous a soupçonné si près de lui, ô divin Orient ! Marie, votre Mère, est estimée par eux une femme vulgaire ; tout au plus, s’ils remarquent la majesté et l’incomparable modestie de cette auguste Reine, sentiront-ils vaguement le contraste frappant entre une si souveraine dignité et une condition si humble ; encore ont-ils bientôt oublié cette heureuse rencontre. S’ils voient avec tant d’indifférence la mère, le fils non encore enfanté à la lumière visible, lui donneront-ils une pensée ?

 

Et cependant ce fils, c’est vous-même, ô Soleil de justice ! Augmentez en nous la Foi, mais accroissez aussi l’amour. Si ces hommes vous aimaient, ô libérateur du genre humain, vous vous feriez sentir à eux ; leurs yeux ne vous verraient pas encore, mais du moins leur cœur serait ardent dans leur poitrine, ils vous désireraient, et ils hâteraient votre arrivée par leurs vœux et leurs soupirs.

 

O Jésus, qui traversez ainsi ce monde que vous avez fait, et qui ne forcez point l’hommage de vos créatures, nous voulons vous accompagner dans le reste de votre voyage ; nous baisons sur la terre les traces bénies des pas de celle qui vous porte en son sein ; nous ne voulons point vous quitter jusqu’à ce que nous soyons arrivés avec vous à l’heureuse Bethléhem, à cette Maison du Pain, où enfin nos yeux vous verront, ô Splendeur éternelle, notre Seigneur et notre Dieu !

 

 

 

J'en connais deux qui vont hurler à propos de cette version !

Foi et fertilité : la résilience des familles nombreuses catholiques

20/12/2025

Foi et fertilité : la résilience des familles nombreuses catholiques
  1. Plus qu'une impression : une corrélation prouvée par les chiffres
    Le premier constat qui émerge des données brutes est une corrélation sans équivoque : le taux de natalité des catholiques est directement lié à l'intensité de leur pratique religieuse. Les chiffres sont particulièrement percutants. Parmi les fidèles se rendant à la messe chaque semaine, 10 % sont parents de quatre enfants ou plus, un chiffre qui chute de moitié, à 5 %, chez les pratiquants occasionnels. Au total, selon l'étude, 22 % des pratiquants réguliers ont au moins trois enfants. La tendance s'inverse pour les familles plus petites : alors qu'un tiers des catholiques occasionnels ont deux enfants, ils ne sont qu'un quart chez les messalisants réguliers.

  2. 2. Le secret n'est pas (seulement) la contraception, mais l'âge du mariage
    Alors que le débat public se focalise souvent sur la position de l’Église concernant la contraception, les sociologues pointent un moteur démographique bien plus puissant et moins visible : l'âge du mariage. Pour le sociologue Yann Raison du Cleuziou, l’impact du magistère sur la contraception est en réalité « limité ». Le facteur le plus déterminant est la précocité de la mise en couple stable chez les catholiques pratiquants. Comme le souligne Pascale Morinière, porte-parole des Associations familiales catholiques, cette tendance a une conséquence démographique directe.
    Or, un jeune couple qui se marie à 22 ou 23 ans bénéficie d’une fenêtre de fécondité plus large que ceux qui se lancent à 30 ans.
    Cette approche du couple, qui valorise « l’ouverture à la vie » comme un pilier de l’engagement, n'écarte cependant pas totalement la question de la contraception. Si son impact est jugé secondaire, Pascale Morinière note que l'usage de méthodes naturelles de régulation des naissances, privilégié par certains, laisse le couple « ouvert à un bébé surprise », jouant un rôle non négligeable dans la dynamique de ces familles.

  3. 3. Un choix délibéré, pas une obligation subie
    Loin du stéréotype d’une obligation religieuse subie, les jeunes couples catholiques vivent la constitution d'une grande famille comme un « choix positif » et le fruit d'un « discernement de couple ». Diane, 30 ans, responsable marketing et suivie par 29 000 abonnés sur Instagram, incarne cette modernité. Mariée à 24 ans, elle avoue avoir été initialement « angoissée » par une image « un peu oppressante » de la famille nombreuse, avant que la réalité de la maternité ne transforme sa perspective.
    L’entourage et le mimétisme social jouent un rôle crucial. Pour Louise, cet environnement est une évidence : elle est l'« aînée d'une fratrie de cinq, et de 25 cousins ». Pour Diane, côtoyer d’autres familles nombreuses a un effet « inspirant » et « déculpabilisant », montrant « qu’il n’y a pas besoin que tout soit parfait pour accueillir un bébé ». Cette valeur transmise est aussi au cœur du témoignage de Philippine Chauvin, photographe et mère de cinq enfants. « J’ai toujours entendu mes parents dire que chaque enfant était une bénédiction », explique-t-elle, une conviction qu’elle a partagée dans une vidéo virale encourageant les jeunes à ne pas attendre pour fonder une famille.

  4. 4. La force du "microcosme" : quand la communauté devient un village
    L'analyse sociologique de Yann Raison du Cleuziou révèle un mécanisme clé de la vitalité de ce groupe.
    Le catholicisme ne se reproduit pas par les institutions mais par les familles.
    Cette reproduction n’a rien d’abstrait ; elle repose sur un réseau tangible qui crée un véritable écosystème de soutien, particulièrement efficace en milieu urbain. Paroisses, scoutisme, bourses aux vêtements et réseaux de babysitters forment un village solidaire qui relâche la pression sur le couple parental. Ce modèle communautaire contraste vivement avec l'individualisme de la société moderne, où les jeunes parents peuvent rapidement faire l'expérience de l'isolement. Dans ces cercles, c'est au contraire l'absence d'enfant qui peut isoler un couple marié.

  5. 5. Une réponse à l'anxiété moderne : l'espérance comme moteur
    Face aux inquiétudes de la génération actuelle, de la crise écologique à l'incertitude de l'avenir, ces familles apportent une réponse singulière. Louise et Matthieu, parents de quatre enfants, retournent l’argument écologique avec un optimisme désarmant.
    On nous a déjà dit que ce n’était pas écologique, ou que c’était égoïste de faire venir des enfants dans ce monde qui va si mal. Mais ce sont nos enfants qui peuvent le changer !
    Cette attitude est profondément enracinée dans la foi. Elle se nourrit d'une « confiance dans la Providence », comme le confie Diane. Pour Véronique Lonchamp, déléguée nationale famille à la Conférence des évêques de France, cette perspective est au cœur du message chrétien : faire un enfant, malgré les crises, est avant tout un « acte d’espérance ».

    Plus qu'une question de foi
    Le phénomène des familles nombreuses catholiques n'est pas simplement le fruit d'une doctrine, mais le résultat d'un écosystème complet. Il s'agit d'une boucle auto-renforcée où un mariage précoce offre la fenêtre biologique, un soutien communautaire solide atténue les charges logistiques et financières, et une culture partagée de l'espérance fournit le carburant psychologique.
  6. Alors que la société s'interroge sur la solitude et l'avenir, le modèle de ces familles, au-delà de la foi, aurait-il quelque chose à nous apprendre sur la force du lien social ?
Le nouvel archevêque de New York

19/12/2025

Le nouvel archevêque de New York

Cette nomination revêt une signification toute particulière. Que cela plaise ou non, les États-Unis sont le pays le plus important au monde, et New York est la ville la plus importante des États-Unis. C’est en quelque sorte la caput mundi séculière, et son évêque dispose d’une tribune planétaire.

 

D’autre part, étant donné l’importance de ce siège, il ne fait aucun doute que le pape Léon s’est personnellement impliqué dans cette nomination, et c’est précisément ce que nous attendions pour déduire l’orientation de son pontificat.

 

Les raisons invoquées par ce média pour attribuer à Mgr Hicks l’appartenance aux rangs du « printemps franciscain » prêtent à rire ou font pitié ; on ne sait pas si elles sont le fruit de la méchanceté ou de la sénilité des journalistes responsables. Ce qu’ils ont fait, c’est émettre des hypothèses sur la base de faits qui ne menaient pas nécessairement aux conclusions qu’ils souhaitaient. Ils n’ont pas fait ce que tout professionnel aurait fait, c’est-à-dire consulter les fidèles actuels du nouvel archevêque ou, au moins, les médias américains.

 

La première raison était d’affirmer que Hicks était un proche du cardinal Cupich, un disciple de Bergoglio, comme nous le savons tous. En réalité, il a été formé et était un fidèle disciple du cardinal Francis George, prédécesseur de Cupich au siège de Chicago et clairement conservateur, défenseur explicite de la doctrine morale catholique traditionnelle et opposé à toute forme de relativisme doctrinal.

 

La deuxième raison était d’affirmer que Mgr Hicks est un évêque missionnaire et soucieux des pauvres, puisqu’il a passé cinq ans de sa vie à diriger un orphelinat pour enfants pauvres au Salvador et dans d’autres pays d’Amérique centrale.

 

Il s’agit là, une fois de plus, de la même vieille tactique : dans ce cas, partir du principe que tout missionnaire et tout prêtre proche des pauvres est progressiste. Selon ce critère, saint François Xavier, saint Vincent de Paul, Mère Teresa de Calcutta et Mgr Marcel Lefebvre lui-même auraient appartenu à cette faction. Il s’agit là de vertus chrétiennes fondamentales et cela en dit long sur Mgr Hicks qui a consacré une partie de sa vie à ce service, laissant de côté le confort de la vie paroissiale aux États-Unis. Les auteurs de l’article veulent nous faire croire que tout « agent pastoral » qui se consacre au soin des pauvres adhère à la théologie de la libération ou à sa version plus modérée mais tout aussi néfaste, la théologie du peuple.


L’article ajoute que le fait que Léon accepte la démission du cardinal conservateur Dolan du siège new-yorkais sept mois seulement après sa présentation est un signe de l’inimitié qu’il lui porte et de sa volonté d’imprimer rapidement un changement dans la direction de l’Église américaine.

 

Il ignore, ou ne veut pas savoir, que c’est le cardinal Dolan lui-même qui a demandé à être remplacé, car son archidiocèse est confronté à de nombreux problèmes graves qu’il n’est plus en mesure de résoudre. Parmi ceux-ci, on peut citer la nécessité de réunir, par la vente de biens immobiliers, la somme de 300 millions de dollars pour indemniser les victimes d’abus sexuels commis par des prêtres, et la pénurie profonde de vocations sacerdotales : pour une population de deux millions et demi de catholiques, il n’y a que 16 séminaristes.

D’autre part, le manque de professionnalisme dont font preuve les auteurs de l’article est surprenant, car il est facile de savoir que Mgr Hicks a été élu par 68 % de ses collègues pour présider l’une des commissions de la Conférence épiscopale. On peut donc difficilement parler d’un changement de direction de l’épiscopat américain.

 

Ce que les médias ont rapporté et les témoignages que l’on peut lire sur les réseaux sociaux des fidèles de Joliet concordent : Mgr Ronald Hicks est considéré comme un père spirituel très proche des prêtres et des fidèles, c’est un homme de prière profonde et un promoteur du culte eucharistique, un fervent défenseur de la messe traditionnelle (dans le diocèse de Joliet, Traditiones custodes n’a pratiquement pas été appliqué) et un excellent administrateur.

 


Dès que la nouvelle a été confirmée, le site Rorate coeli, qui ne peut être soupçonné de progressisme, a commenté ainsi : « Si c’est vrai, c’est un excellent choix ».

 

Deo gratias!

 

Source : Wanderer

 

O clavis David

19/12/2025

O clavis David

O Fils de David, héritier de son trône et de sa puissance, vous parcourez, dans votre marche triomphale, une terre soumise autrefois à votre aïeul, aujourd’hui asservie par les Gentils. Vous reconnaissez de toutes parts, sur la route, tant de lieux témoins des merveilles de la justice et de la miséricorde de Jéhovah votre Père envers son peuple, au temps de cette ancienne Alliance qui tire à sa fin.

Bientôt, le nuage virginal qui vous couvre étant ôté, vous entreprendrez de nouveaux voyages sur cette même terre ; vous y passerez en faisant le bien, et guérissant toute langueur et toute infirmité, et cependant n’ayant pas où reposer votre tête. Du moins, aujourd’hui, le sein maternel vous offre encore un asile doux et tranquille, où vous ne recevez que les témoignages de l’amour le plus tendre et le plus respectueux.

Mais, ô Seigneur ! il vous faut sortir de cette heureuse retraite ; il vous faut, Lumière éternelle, luire au milieu des ténèbres ; car le captif que vous êtes venu délivrer languit dans sa prison. Il s’est assis dans l’ombre de la mort, et il y va périr, si vous ne venez promptement en ouvrir les portes avec votre Clef toute-puissante !

Ce captif, ô Jésus, c’est le genre humain, esclave de ses erreurs et de ses vices : venez briser le joug qui l’accable et le dégrade ; ce captif, c’est notre cœur trop souvent asservi à des penchants qu’il désavoue : venez, ô divin Libérateur, affranchir tout ce que vous avez daigné faire libre par votre grâce, et relever en nous la dignité de vos frères.

Dom Guéranger


 

ANTIENNE A L’ANGE GABRIEL.

O Gabriel ! Messager des cieux, qui es entré près de moi les portes fermées, et m’as dit cette parole : Vous concevrez et enfanterez ; on l’appellera Emmanuel !

 

Christophe Guilluy : Le réveil de la « Périphéria » face à l'astre mort métropolitain

17/12/2025

Christophe Guilluy : Le réveil de la « Périphéria » face à l'astre mort métropolitain

Un duel symbolique : les blindés contre le vivant
Pour Christophe Guilluy, l’image des blindés face aux éleveurs en Ariège n’est pas qu’un incident de maintien de l’ordre, c’est une scène de « décivilisation » au sens premier. Il y voit une réédition de La Guerre des mondes, où une technostructure froide tente d’asservir un monde de producteurs qu’elle ne comprend plus.

« Cette scène dévoile la nature profonde de l’affrontement entre Métropolia et Périphéria. [...] Les vrais décivilisés sont d’abord les fondateurs de Métropolia, cette machine à broyer les existences. »

 

Selon le géographe, le modèle métropolitain est désormais un « astre mort ». Surendetté, tertiarisé à l'excès et enfermé dans des bulles culturelles, il a sacrifié l’agriculture et l’industrie sur l’autel du libre-échange (Mercosur).

 

Le basculement de la puissance
L'un des points forts de l'entretien est le constat d'un basculement géographique du pouvoir. La puissance ne résiderait plus dans les tours de la Silicon Valley ou de Londres, mais dans les villes productives de la périphérie, comme Bourges ou Saint Charles (USA).

 

Le retour du producteur : Le XXIe siècle appartient à ceux qui maîtrisent les bases industrielles et agricoles.

 

La fin de l'attraction urbaine : Les métropoles s'enfoncent, au propre comme au figuré, sous le poids de leur propre modèle.

 

La victoire de la « majorité ordinaire » : Guilluy affirme que la Guerre des mondes est en passe d'être gagnée par Périphéria.

 

« La vraie puissance, elle, se trouve dans les villes qui produisent, inventent et résistent : Périphéria est en marche. »

 

Une révolte de l'âme contre le tableur Excel

Guilluy souligne que la crise actuelle, à l'instar de celle des « gilets jaunes », est avant tout existentielle et transcendante. Il oppose l'éleveur, « celui qui élève moralement », à une administration qui ne jure que par les data et les tableurs.

 

Le soutien massif de l'opinion publique à ces mouvements s'explique, selon lui, par une résonance spirituelle :

« L’argent n’est pas — et ne sera jamais — leur motivation. [...] Pour ceux que la transcendance effraie, souvenons-nous d’Hugo : "La réalité, c’est l’âme !" »

Effectivement , le vrai problème n'est pas politique, mais culturel et surtout spirituel. Nos chers évêques, et eux seuls, ont la clé… se réveilleront-ils ?.  

 

 

L'autonomie politique des classes populaires
Sur le plan politique, l'entretien balaie l'idée de l'homme providentiel. Guilluy décrit un mouvement « bottom-up » (du bas vers le haut) où les citoyens ont déjà construit leur propre diagnostic, rendant les clivages gauche-droite obsolètes.

 

Le « soft power » des classes populaires s'articule désormais autour de quatre piliers non négociables :

Le travail (réindustrialisation).

L’État-providence (services publics).

La sécurité.

La régulation des flux migratoires.

 


Christophe Guilluy nous livre ici une vision prophétique : celle d'une France qui refuse d'être dépossédée de son identité et de sa capacité de production. Si « Métropolia » a encore la montre, la « Périphéria », elle, semble avoir le temps. Le futur appartiendrait à ceux qui, face à la technostructure, choisissent de rester debout pour leurs troupeaux et leur terre.

Ave Maria !

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Petit lexique de la pensée de Christophe Guilluy


Métropolia Désigne la « France des métropoles » mondialisées. C’est le territoire des élites dirigeantes, des cadres supérieurs et d’une économie dématérialisée (services, finance). Pour Guilluy, c’est un modèle en fin de cycle, un « astre mort » qui brille encore mais ne produit plus de richesse réelle.

 

Périphéria La « France périphérique », composée des zones rurales, des petites et moyennes villes. Longtemps dépeinte comme fragile, elle est pour l'auteur le nouveau centre de la puissance réelle, car c’est là que se situent la production (agriculture, industrie) et la résistance culturelle.

 

La majorité ordinaire Elle regroupe les classes populaires et les classes moyennes qui vivent en dehors des grandes métropoles. Guilluy la décrit comme une force sociologique autonome qui ne suit plus les consignes des partis traditionnels et qui porte une demande de dignité « existentielle » plutôt que purement matérielle.

 

Soft Power des classes populaires Contrairement au « hard power » (le pouvoir politique ou militaire), c’est l’influence culturelle et intellectuelle que la base exerce sur le sommet. C’est la capacité de la majorité ordinaire à imposer ses thèmes (travail, sécurité, identité) dans le débat public sur le temps long, forçant les élites à s'y adapter.

 

La technostructure L'appareil administratif, politique et expert (souvent lié à l'Union européenne ou à la haute fonction publique) qui dirige le pays par les chiffres, les données et les tableurs Excel. Guilluy l'accuse d'être devenue aveugle aux réalités humaines et sensibles du terrain.

 

Décivilisation (version Guilluy) Loin d’être un simple manque de politesse, la décivilisation est ici le processus par lequel le modèle économique globalisé détruit les structures sociales, les métiers (producteurs) et les liens humains qui fondent une société stable.

 

 

 

 

O radix Jesse

17/12/2025

O radix Jesse

Vous voici donc en marche, ô Fils de Jessé, vers la ville de vos aïeux. L’Arche du Seigneur s’est levée et s’avance, avec le Seigneur qui est en elle, vers le lieu de son repos. « Qu’ils sont beaux vos pas, ô Fille du Roi, dans l’éclat de votre chaussure » , lorsque vous venez apporter leur salut aux villes de Juda ! Les Anges vous escortent, votre fidèle Époux vous environne de toute sa tendresse, le ciel se complaît en vous, et la terre tressaille sous l’heureux poids de son Créateur et de son auguste Reine. Avancez, ô Mère de Dieu et des hommes, Propitiatoire tout-puissant où est contenue la divine Manne qui garde l’homme de la mort ! Nos cœurs vous suivent, vous accompagnent, et, comme votre Royal ancêtre , nous jurons « de ne point entrer dans notre maison, de ne point monter sur notre couche, de ne point clore nos paupières, de ne point donner le repos à nos tempes, jusqu’à ce que nous ayons trouvé dans nos cœurs une demeure pour le Seigneur que vous portez, une tente pour le Dieu de Jacob. » Venez donc, ainsi voilé sous les flancs très purs de l’Arche sacrée, ô rejeton de Jessé, jusqu’à ce que vous en sortiez pour briller aux yeux des peuples, comme un étendard de victoire. Alors les rois vaincus se tairont devant vous, et les nations vous adresseront leurs vœux. Hâtez-vous, ô Messie ! Venez vaincre tous nos ennemis, et délivrez-nous.

Crèches dans les mairies : la République doit assumer son héritage culturel

17/12/2025

Crèches dans les mairies : la République doit assumer son héritage culturel

L’article d’Alexandra Borchio Fontimp s’inscrit dans un débat récurrent qui agite la société française chaque hiver : la place des symboles d'origine chrétienne dans l’espace républicain. Pour l'auteure, la question dépasse le cadre cultuel pour toucher à l’identité profonde de la nation.

 

Elle articule son argumentation autour de trois axes principaux :

 

Le refus de « l'amnésie » républicaine : À l'occasion des 120 ans de la loi de 1905, la sénatrice rappelle que la laïcité ne doit pas signifier l'effacement de l'histoire. Elle souligne que nos jours fériés, notre littérature et notre morale sont imprégnés d'un héritage chrétien qui a façonné l'humanisme français.

 

Une dimension culturelle et populaire : S'appuyant sur un sondage indiquant que 79 % des Français sont favorables aux crèches (1), elle transforme l'objet religieux en un objet patrimonial. La crèche devient une « scène familière » liée à l'enfance et à l'art de vivre, particulièrement dans le Sud de la France.

 

L'enjeu économique et artisanal : L'article met en avant la réalité concrète des territoires, notamment en Provence et dans les Alpes-Maritimes. La fabrication des santons et les marchés de Noël représentent un dynamisme local et un savoir-faire artisanal qu'il serait, selon elle, absurde de sacrifier au nom d'une interprétation restrictive de la loi.

 


En conclusion, Alexandra Borchio Fontimp livre un plaidoyer pour une France qui « ne se renie pas ». Elle invite à ne pas percevoir la crèche comme une menace pour la neutralité de l'État, mais comme le témoignage d'une continuité historique. Pour la sénatrice, assumer cet héritage est la condition d'une nation confiante, "capable de faire cohabiter ses traditions avec les exigences de la modernité républicaine". Roulement de tambours !

 

(1) de fait, c'est le sondage qui est intéressant : Selon un sondage CSA pour CNEWS, le JDD et Europe 1, publié ce dimanche 7 décembre, 79% des Français (même 2 sympathisants sur 3 de la gauche, soit 65%) sont en faveur de la présence de crèches de Noël dans les mairies.

En Chine, nouvel échec pour l’Église de Rome.

17/12/2025

En Chine, nouvel échec pour l’Église de Rome.

Concernant la Chine, le pape Léon a déclaré qu’il n’était pas pressé. À court terme, il a précisé qu’il s’en tiendrait à l’accord secret entre Rome et Pékin en vigueur depuis 2018 et qu’à plus longue échéance, il prendra une décision après avoir écouté toutes les parties, y compris « les catholiques chinois qui, pendant de nombreuses années, ont vécu une sorte d’oppression ou des difficultés à vivre leur foi librement sans devoir choisir un camp ».

 

Mais pendant ce temps, le régime de Pékin redouble de brutalité pour humilier l’Église. Et Rome subit. Elle va même jusqu’à rendre hommage à ses persécuteurs dans des déclarations exagérées.

 

C’est ce qui s’est passé lors de la dernière nomination d’un évêque chinois, rendue publique le 5 décembre. Il s’agit d’une copie conforme de la précédente, celle qui avait fait titrer Settimo Cielo : « Première gifle de la Chine au pape Léon. Qui encaisse en silence ».

 

Ce deuxième affront trouve aussi son origine dans l’interrègne entre la mort du pape François et l’élection de Léon. Fin avril, la rumeur circulait que les autorités chinoises avaient fait « élire » par des assemblées à leurs ordres deux évêques pour deux sièges importants.

En vertu de l’accord, c’est au nouveau pape d‘approuver ou non ces nominations. Et de fait, le 15 octobre, un communiqué du Saint-Siège confirmait que la première avait bien été acceptée : il s’agissait du nouvel évêque auxiliaire de Shanghai, Ignace Wu Jianlin — dans un diocèse qui comptait déjà deux auxiliaires, mais mis au ban par le régime, ce qui leur avait valu des punitions sévères : le premier, Joseph Xing Wenzi, contraint à se retirer depuis longtemps et le second, Thaddée Ma Daqin, aux arrêts depuis treize ans d’affilée.

 

Quant à la seconde nomination, le silence a été rompu le 5 décembre. Avec la précision, dans le communiqué du Vatican, que Léon l’avait approuvée le 11 août — le jour même où il avait signé la nomination de l’évêque auxiliaire de Shanghai.

 

Dans le même temps, comme toujours, l’agence officielle de l’Église chinoise asservie au régime publiait son propre communiqué — sans même mentionner le pape Léon, seul habilité à nommer les évêques — et antidatant avant la date fatidique du 30 avril, donc avant le conclave, l’« élection » de ce nouvel évêque.

 

Ce dernier s’appelle François Li Jianlin, il a 51 ans et a été ordonné le 5 décembre par l’évêque de Pékin Joseph Li Shan — également président de l’Association patriotique catholique chinoise et vice-président de la Conférence épiscopale chinoise non reconnue par Rome — et par d’autres évêques fidèles au régime. Il est désormais à la tête du diocèse (ou plutôt de la préfecture apostolique) de Xinxiang. Or, cette préfecture avait déjà un évêque depuis 1992 : Joseph Zhang Weizhu, 67 ans — l’un des quelque vingt évêques, sur une centaine, à ne pas être reconnus officiellement par Pékin, car refusant de se soumettre à ses diktats.

 

Mais le communiqué du Vatican du 5 décembre a déclaré que la question était réglée, affirmant que le pape avait également « accepté la renonciation au gouvernement pastoral » présentée par Mgr Zhang.

 

Le 6 décembre, une déclaration du directeur de la salle de presse du Vatican annonçait « avec satisfaction » que l’évêque déchu avait été « reconnu civilement ».

 

Avec cette précision redondante : « Ce geste est le fruit du dialogue entre le Saint-Siège et les autorités chinoises et représente une nouvelle étape importante dans le chemin de communion de cette circonscription ecclésiastique. »

Or, en lisant le communiqué chinois parallèle, on apprend que, lors de la cérémonie semi-secrète de sa soi-disant « mise à la retraite » — sans mention explicite de quelque reconnaissance officielle que ce soit — Zhang aurait « prononcé un discours pour exprimer la nécessité d’adhérer au patriotisme et à l’amour de la religion, de respecter le principe des Églises indépendantes et autonomes, de suivre l’orientation de la sinisation du catholicisme dans le pays, et de contribuer à la construction d’un pays socialiste moderne ainsi qu’à la grande renaissance de la nation chinoise ».

 

Un autodafé, identique à ce qu’on a fait dire à un autre évêque mis à la « retraite » forcée : Augustin Cui Tai, du diocèse supprimé de Xuanhua, malgré le caractère invraisemblable d’un tel acte de soumission de la part de deux évêques qui ont toujours témoigné avec héroïsme de leur foi, au prix d’arrestations et de persécutions incessantes.

 

Et ce jusqu’à la fin. Il suffit de préciser qu’on a interdit à l’évêque évincé d’assister à l’ordination de son successeur ou même de rencontrer sa famille.

 

Le curriculum du nouvel évêque de Xinxiang est très différent. Le 8 avril 2018, alors qu’il occupait la fonction de secrétaire de la Commission pour les affaires de l’Église de la province du Henan, il a signé une ordonnance interdisant à tous les enfants et jeunes de moins de 18 ans d’entrer dans les églises pour assister à la messe, et interdisant aux prêtres d’organiser toute activité de formation religieuse pour les enfants et jeunes, sous peine d’arrestation des prêtres et de la fermeture des églises.

 

On ne s’étonnera donc pas que, dans un article de l’agence Asia News de l’Institut Pontifical des Missions Étrangères — qui paraît et qui est lu également en langue chinoise —, rapportant la réflexion émouvante d’un prêtre « souterrain » de la diocèse de Xinxiang, on peut lire que la nomination du nouvel évêque et le limogeage de son prédécesseur « ouvrent de nouvelles blessures au lieu de les refermer ».

Le texte intégral de cette réflexion — que beaucoup espèrent parvenir au pape — figure dans cette édition du 6 décembre d’Asia News :
> Xinxiang : il vescovo Zhang e gli altri cattolici ridotti al silenzio

 

En voici un extrait :

 

Comme un agneau conduit à l’abattoir

(par un prêtre de la communauté « souterraine » de Chine)

Quel que soit le récit officiel, il est un fait qui ne peut être effacé : avant cette ordination, la préfecture apostolique de Xinxiang avait déjà un évêque légitime nommé par le Saint-Siège en la personne de Mgr Zhang Weizhu.


Après des années de surveillance, de restrictions et d’isolement, sans jamais se plaindre publiquement, il a finalement été incité à présenter sa démission. Et le jour où un nouvel évêque est ordonné, lui, le pasteur du diocèse, n’a même pas pu franchir le seuil de l’église. Il a été exclu de manière totale, silencieuse, presque chirurgicale, telle une ombre que l’on voudrait effacer du temps.

 

Mais l’histoire et la mémoire de l’Église ne l’oublieront pas. Il apparaît vraiment comme « un agneau conduit à l’abattoir », silencieux, doux, obéissant sous la croix. S’il y a en cela une victoire du monde, la victoire du Royaume revient au témoignage de Mgr Zhang.

Ce n’est ni la première ni la dernière fois que l’Église, soumise à un système de contrôle strict, se trouve contrainte au silence, à l’humiliation, à la souffrance.

 

Pourtant, nous continuons à croire que ce n’est pas le pouvoir qui soutient l’Église, mais bien la foi ; que ce n’est pas la volonté humaine qui fait un évêque, mais un don de l’Esprit ; que la véritable histoire ne s’écrit pas dans les communiqués, mais dans le témoignage ; que les oubliés, les exclus, les silencieux sont souvent les signes les plus profonds de la présence de Dieu dans l’histoire.

 

Aujourd’hui, un nouveau chapitre semble s’ouvrir à Xinxiang, mais de nombreuses blessures restent ouvertes et bien des questions demeurent sans réponse. Peut-être la seule voie est-elle celle-ci : aller vers la croix, vers la vérité, vers Celui qui voit ce que les hommes ignorent et qui ne raye jamais personne de son cœur.

 

Ce que vit Xinxiang n’est pas seulement une question religieuse ou politique, mais une manifestation des tensions et des épreuves de notre temps. Et pourtant, nous croyons que Dieu agit dans les silences de l’histoire, qu’il se manifeste dans les oubliés, qu’il plante des graines de résurrection précisément dans les endroits les plus obscurs.

 

Puisse le nouvel évêque être le gardien de ces graines. Que la croix de Zhang se fasse lumière pour le diocèse. Que tous ceux qui ont été exclus, réduits au silence et oubliés sachent que, pour Dieu, personne n’est un « vide ».

 

Nous ne savons pas ce que l’avenir réserve mais nous savons une chose : Dieu n’abandonnera pas son Église.

— — —

Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

18 décembre, les grandes antiennes de l'Avent : Ô Adonaï

17/12/2025

18 décembre, les grandes antiennes de l'Avent : Ô Adonaï

O Seigneur suprême ! Adonaï ! Venez nous racheter, non plus dans votre puissance, mais dans votre humilité. Autrefois vous vous manifestâtes à Moïse, votre serviteur, au milieu d’une flamme divine ; vous donnâtes la Loi à votre peuple du sein des foudres et des éclairs : maintenant il ne s’agit plus d’effrayer, mais de sauver. C’est pourquoi votre très pure Mère Marie ayant connu, ainsi que son époux Joseph, l’Édit de l’Empereur qui va les obliger d’entreprendre le voyage de Bethléhem, s’occupe des préparatifs de votre heureuse naissance. Elle apprête pour vous, divin Soleil, les humbles langes qui couvriront votre nudité, et vous garantiront de la froidure dans ce monde que vous avez fait, à l’heure où vous paraîtrez, au sein de la nuit et du silence. C’est ainsi que vous nous délivrerez de la servitude de notre orgueil, et que votre bras se fera sentir plus puissant, alors qu’il semblera plus faible et plus immobile aux yeux des hommes. Tout est prêt, ô Jésus ! Vos langes vous attendent : partez donc bientôt et venez en Bethléhem, nous racheter des mains de notre ennemi.

 

 

 

O Adonai, et Dux domus Israel,
qui Moysi in igne flammae rubi apparuisti,
et ei in Sina legem dedisti:
veni ad redimendum nos in brachio extento.

 

 

O Sapientia

16/12/2025

O Sapientia

t toujours plus pressante, retentit la promesse : « Voyez, tout est accompli », et finalement : « Sachez aujourd'hui que le Seigneur vient, et demain vous le verrez dans sa gloire ». Lors de la veillée, quand scintille l'arbre de lumière et que s'échangent les cadeaux, le désir inassouvi d'une autre lumière monte en nous, jusqu'à ce que sonnent les cloches de la messe de minuit et que se renouvelle, sur des autels parés de cierges et de fleurs, le miracle de Noël. Et le Verbe s'est chair. Nous voilà parvenus à l'instant bienheureux où notre attente est comblée.  »

 

( Le mystère de Noël , conférence de sainte Edith Stein, Janvier 1931)

Pierre de Porcaro, prêtre martyrisé à Dachau

16/12/2025

Pierre de Porcaro, prêtre martyrisé à Dachau

« Ein Laus, dein Tod. » Comme tous ses compagnons de misère, le Père de Porcaro avait certainement lu cet avertissement des autorités SS, affiché sur les murs du Konzentrationslager (KL) bavarois de Dachau. Quatre syllabes sèches comme les ordres aboyés à chaque instant par les gardiens et kapos du camp : « Un pou, ta mort. » Cynique avertissement d’une administration concentrationnaire, dont l’objectif ultime était de faire mourir tous les détenus après les avoir harassés par le travail. Mais comment le respecter lorsque la crasse des hardes, la promiscuité des châlits, l’absence de sanitaires, font du camp un terrain de chasse rêvé pour les parasites ? Le rasage intégral des têtes, des aisselles et des pubis, infligé aux déportés, qui subissent ensuite la brûlure insupportable du Crésyl rapidement badigeonné, ne ralentissent qu’à peine le pullulement des poux, dont les excréments sont porteurs de la bactérie du typhus.

 

Dans la « baraque des prêtres »

Alors que l’effondrement du Troisième Reich n’est plus qu’une question de semaines, de quelques mois au plus, l’abbé de Porcaro – comme tant de ses compagnons – est piqué. Âgé de 40 ans, il est arrivé à Dachau le 20 janvier 1945. Le matricule 138374 y a retrouvé des confrères dont certains sont là depuis 1938, dans les « Blocks » réservés par les SS aux ecclésiastiques, les fameuses « baraques des prêtres ». Les piqûres suscitent d’épouvantables démangeaisons et les anciens savent bien que les soulager est fatal : c’est par les plaies ainsi ouvertes que s’immisce la bactérie.

 

Arrivé à Dachau le 7 janvier 1945, l’abbé Robert Beauvais connaît le danger, lui qui croupissait auparavant à Buchenwald pour faits de résistance. Dans le froid mordant du camp, il ne cesse d’exhorter son camarade : « Pierre, ne te gratte pas ! » Mais Pierre s’est gratté. Il contracte le mal qui se répand dans son organisme affaibli. Terrassé par la fièvre, il reçoit les derniers sacrements, puis est conduit à l’« infirmerie » du camp, en fait un mouroir, où il s’éteint après douze jours d’agonie. Le crématoire, qui tourne à plein régime, a tôt fait de le faire disparaître. Seuls son ceinturon scout et son briquet, qu’il avait confiés au Père Beauvais, reprendront le chemin de la France.

 

Pierre de Porcaro fait partie des 2720 prêtres – dont une écrasante majorité de Polonais (1780) – qui ont été déportés dans ce camp qu’Himmler avait conçu, dès 1933, comme le prototype du système concentrationnaire. Son parcours est singulier. Issu d’une famille de la vieille noblesse bretonne, il entre au grand séminaire de Versailles en 1923, après être passé par le petit. Il est ordonné prêtre six ans plus tard, en 1929, par Mgr Roland-Gosselin, coadjuteur de Mgr Gibier, l’évêque de la ville royale.

 

Très rapidement, il va mettre son caractère dynamique au service des élèves du petit séminaire où il est nommé professeur. Il rejoindra ensuite la paroisse de Saint-Germain-en-Laye où il est nommé vicaire à la fin de l’année 1935. Marqué par le scoutisme et les patronages, c’est un entraîneur d’hommes né, même si son caractère parfois instable, contre lequel il mène un combat permanent, peut lui jouer des tours. « Il était plutôt pourvu – ou affligé, c’est comme vous voulez – d’un fort tempérament, que l’on pourrait même qualifier de volcanique ou de sanguin ; les choristes chantant sous sa direction et auteurs de fausses notes l’ont parfois appris à leurs dépens ! », sourit l’abbé Pierre Amar, qui signe le scénario d’une bande dessinée consacrée au personnage.

 

Prisonnier en 1940

Survient la guerre. Pierre de Porcaro, qui a fait son service militaire dans un régiment de chars de combat, est affecté dans un bataillon du génie, et rejoint la région des Vosges. C’est dans ce secteur que le surprend l’offensive allemande de 1940. Le 23 juin, alors qu’armés seulement de quelques fusils, ses camarades et lui avaient reçu pour ordre d’arrêter une colonne de blindés, il est fait prisonnier sur les hauteurs de Cornimont, à quelques encâblures du ballon d’Alsace. Détenu dans un « Stalag », il est libéré en août 1941 et regagne sa paroisse.

 

L’abbé de Porcaro reprend ses activités. L’occupation revêt une tonalité singulière à Saint-Germain-en-Laye, où le maréchal Von Rundstedt a établi le Grand Quartier général de l’armée allemande. Le 16 avril 1943, il reçoit une lettre décisive qui va sceller son destin : Mgr Roland-Gosselin lui demande de prendre le chemin de l’Allemagne pour y assurer une présence sacerdotale clandestine auprès des ouvriers du Service du travail obligatoire (STO). « Égoïstement, je préfèrerais rester ici. Oui égoïstement. En vérité, c’est un nouvel appel à la croix. Toute croix comporte ses grâces : s’il faut des grâces pour tenir, le Seigneur fera un miracle », écrit-il le soir même. Fiat. Le bouillant vicaire entre dans le mystère de l’oblation : « Oui mon Dieu, j’accepte avec toute la générosité possible, tout, y compris d’en mourir, de mourir sur une terre étrangère, loin de tout, loin de tous. Notre-Dame des Sept Douleurs, présentez mon offrande. »

 

Prêtre clandestin au STO

Son chemin l’emmène à Dresde dans une usine de carton ondulé. En bleu de travail, « Pierre » connaît les conditions de travail de tous les travailleurs, et profite de chaque instant pour assurer son ministère. Les autorités nazies ne tardent pas à avoir vent de l’existence d’un membre clandestin du clergé chez les ouvriers du STO, organisé depuis la France par Mgr Rodhain, futur fondateur du Secours catholique. Un décret de septembre 1943, signé par Ernst Kaltenbrunner, le chef du Reichsicherheitshauptamt (RSHA), intensifie la chasse aux aumôniers clandestins.

 

Le 11 septembre, probablement trahi par un mouchard, le Père de Porcaro est arrêté par les séides de la Gestapo, sans pouvoir exécuter la parade qu’avec humour il avait conçue : « Je me déguiserai en lapin, et ils pourront courir après moi ! » Il ne faudra pas plus de huit semaines à Dachau pour avoir raison du corps vigoureux de l’abbé de Porcaro. Le camp fut en revanche incapable de mettre à bas cette grande âme, qui avait confié à l’un de ses camarades de Dresde : « Dieu, qui fait les croix, fait aussi les épaules, et nul ne l’égale dans l’art des proportions. »

Guillaume Zeller

 

Pierre de Porcaro. Prêtre clandestin volontaire,
Venzac (illustrations), Pierre Amar (auteur),
éd. Plein Vent, février 2025, 48 pages, 15,90 € 

Mgr Aillet : le combat des agriculteurs est légitime

15/12/2025

Mgr Aillet : le combat des agriculteurs est légitime

La mobilisation des éleveurs qui s’insurgent contre l’abatage systématique des troupeaux en cas de dermatose nodulaire contagieuse, fait depuis plusieurs jours la une de l’actualité et attire de nouveau l’attention des médias sur la situation souvent dramatique des agriculteurs dans notre pays.

 

Cette colère des agriculteurs est on ne peut plus compréhensible, dans la mesure où l’abatage de tout un troupeau réduit pour ainsi dire à néant le travail de toute une vie…


C’est la raison pour laquelle plusieurs syndicats agricoles s’opposent à la politique d’abattage total, qu’à tort ou à raison ils jugent injuste et inefficace, préconisent l’abattage ciblé des animaux effectivement infectés, et proposent une stratégie préventive fondée sur la vaccination du cheptel dans les zones à risque et si nécessaire, sur l’ensemble du territoire national.

 

Les inquiétudes du monde agricole sont d’autant plus vives que l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, qui pourrait être adopté par le Conseil de l’Europe à Bruxelles les 18 et 19 décembre, prévoit de facto l’importation de dizaines de milliers de tonnes supplémentaires de viande bovine et de volaille en provenance de plusieurs pays d’Amérique du Sud, qui ne sont nullement tenus de respecter les normes environnementales et sanitaires auxquelles nos agriculteurs et nos éleveurs sont soumis.

 

Dans ces conditions, le combat légitimement mené par les agriculteurs et les éleveurs qui luttent pour leur dignité et leur survie, et par conséquent, pour la pérennité de l’agriculture française, ne peut laisser quiconque indifférent.

 

A-t-on suffisamment conscience qu’en France, près de 20% des agriculteurs vivent sous le seuil de pauvreté et que les statistiques officielles font état de plus d’un suicide d’agriculteur tous les deux jours ?

 

Les agriculteurs sont aujourd’hui deux fois moins nombreux qu’il y a 15 ou 20 ans, et si l’on en croit M. François Guillaume (ancien président de la FNSEA et ancien Ministre de l’agriculture), la France « perd chaque année des dizaines de milliers d’hectares de terres cultivables, plusieurs centaines de milliers de têtes de bétail et, bientôt, la capacité de nourrir les Français ».

 

Mais peut-on vraiment imaginer une France sans paysans ? Ce serait bien évidemment une tragédie pour le monde rural dans son ensemble et pour nos territoires, mais aussi, la fin de la « souveraineté alimentaire » du pays.

 

Aux agriculteurs des Pyrénées-Atlantiques ou d’ailleurs qui souffrent et qui luttent pour un modèle agricole plus juste et plus conforme aux exigences du Bien commun, j’exprime mon profond respect, ma proximité et mon soutien fraternel, tout en les assurant de ma prière pour eux-mêmes et leurs familles.

 

+Marc Aillet
évêque de Bayonne, Lescar et Oloron

Fait à Bayonne, le 15 décembre 2025

La reine Adélaïde renonce à la vengeance

15/12/2025

La reine Adélaïde renonce à la vengeance

Confiante en Dieu, elle s’échappe et est secourue par Othon Ier. Ce dernier l’épouse et elle devient à ses côtés impératrice du Saint Empire romain germanique en 962. À nouveau veuve, elle est momentanément écartée de la cour par son fils Othon II, mais doit par la suite assurer la régence en attendant la majorité de son petit-fils Othon III. Elle consacre les dernières années de sa vie au soutien des pauvres et à la visite des nombreux monastères qu’elle a fondés, dont celui de Seltz, en Alsace, où elle meurt le 16 décembre 999. De toute sa vie, elle ne s’est jamais vengée de tous ceux qui lui ont fait du mal et qui l’ont trahie. En elle resplendissent au contraire toutes les vertus chrétiennes, notamment dans son attention pour les pauvres, ainsi que toutes les qualités d’un grand chef d’État. Sainte Adélaïde est l’une des personnalités les plus influentes de l’Europe du Xe siècle. Elle a durablement marqué la chrétienté médiévale.

 

Les raisons d'y croire


La vie d’Adélaïde ne nous est pas connue par des sources tardives et folkloriques, mais par de nombreux documents qui lui sont contemporains : chroniques, chartes, donations, traditions mémorielles, etc. Ses nombreux actes de charité envers les plus pauvres nous sont notamment rapportés par les actes impériaux officiels. Le récit de sa vie, son rôle politique et spirituel, son impact historique et son influence posthume reposent sur un ensemble de témoignages variés, issus d’auteurs, de clercs, d’institutions, d’actes juridiques et de pratiques cultuelles.

 

Malgré son jeune âge et sa haute naissance, qui l’a peu habituée aux tracas, Adélaïde fait face aux épreuves avec une force morale hors du commun. À dix-neuf ans, alors qu’elle vient de donner le jour à une fille, son mari meurt brutalement, probablement empoisonné par un de ses rivaux. Adélaïde se retrouve alors sans appui, sans conseil, sans secours : elle est menacée par un ennemi de son mari, qui l’emprisonne à Garda, dépouillée de sa dignité, humiliée, soumise à des tentatives de coercition politique et de mariage forcé. Seule une relation authentique à Dieu peut procurer, dans de telles circonstances, la paix et la constance dont Adélaïde fait preuve. Elle demeure confiante en la providence, et remet tout – sa personne et ses biens –, entre les mains de Dieu.

 

Les textes insistent sur le fait qu’elle « priait, jeûnait et s’abandonnait à Dieu » plutôt que de céder à la violence ou au désespoir. Sa captivité, au lieu de l’enfermer dans l’esprit de vengeance et le découragement, l’élève au contraire vers Dieu. L’endurance qu’elle manifeste est le signe d’une force qui n’est pas seulement naturelle : Adélaïde puise son courage en Dieu. « Elle supporta toutes choses avec patience, mettant son espérance dans le Seigneur. »

 

Secourue puis épousée par Othon Ier, elle passe de la captivité à la vie d’impératrice, dont les richesses et les honneurs n’entament en rien ses vertus. Il n’est pas courant, pour une personne disposant d’une telle position de gloire et de pouvoir, d’ainsi renoncer à la vengeance contre ceux qui ont voulu la détruire. Elle pardonne à ceux qui ont emprisonné et persécuté sa famille, y compris le meurtrier de son mari. Cette attitude remarquable est un indice de la vérité existentielle de l’Évangile, qui permet de faire ce que la nature humaine seule peinerait à réaliser.

 

Adelaïde consacre plutôt ses richesses à des œuvres de charité. Elle fonde aussi et soutient plusieurs monastères réformateurs (Cluny, Payerne, Selz), promeut la paix impériale, encourage la liturgie, la culture et la mission vers les Slaves, libère des captifs et soutient les évêques missionnaires, tout cela par amour de Dieu et pour l’annonce de l’Évangile. Adélaïde laisse ainsi des œuvres et une paix qui lui survivent. Le bien qu’elle suscite est réel, durable et profond ; cela suggère que la source de tout cela, ce en quoi elle croit, est conforme à la vérité.

 

Après une vie d’impératrice, de régente et de mère exemplaire, elle passe la dernière partie de son existence dans la prière et la pauvreté volontaire. La Vita rapporte : « Elle se tenait comme une servante parmi les servantes, et pleurait les péchés du monde. » Sa fidélité constante au Christ à travers les peines aussi bien que dans la puissance la mène tout naturellement à une fin humble et cachée, toute dévouée à la contemplation. Adélaïde se retire au monastère de Seltz, vit dans l’ascèse, se confesse publiquement et meurt en paix, entourée des offices liturgiques. Rien ne l’obligeait à ce dépouillement : c’est la cohérence profonde de sa foi qui l’y conduit. La cohérence intégrale de cette vie, du trône au cloître et jusque dans la mort, rend le message chrétien crédible, car il se vérifie dans l’existence de celle qui l’a vécu.


En savoir plus
Fille du roi Rodolphe II de Bourgogne et de Berthe de Souabe, Adélaïde reçoit dès l’enfance une éducation solide, nourrie à la fois de culture princière et de foi chrétienne. À seize ans, elle est donnée en mariage au roi Lothaire d’Italie pour renforcer une alliance stratégique. Mais cette union ne dure pas : en 950, Lothaire meurt dans des circonstances suspectes, laissant Adélaïde veuve, mère d’une petite fille, et exposée aux ambitions rivales.

 

Bérenger d’Ivrée, qui souhaite asseoir son autorité sur l’Italie, tente alors de la contraindre à épouser son fils. Devant son refus résolu, il la fait enfermer à Garda. Isolée, maltraitée, privée de liberté, Adélaïde trouve dans la prière la force de tenir et d’espérer. Sa captivité, relatée par les chroniqueurs, devient l’un des épisodes fondateurs de sa vie et de sa réputation. Elle parvient finalement à s’évader grâce au courage de quelques fidèles, au terme d’une fuite qui marquera durablement sa mémoire.

 

Elle trouve refuge auprès d’Othon Ier, roi de Germanie. Celui-ci la libère des menaces qui pèsent sur elle et l’épouse en 951. Ensemble, ils forment un couple politique exceptionnel : Othon et Adélaïde réorganisent l’Italie, consolident le pouvoir impérial et soutiennent les réformes ecclésiastiques qui préparent le renouveau de l’Église. Lors du couronnement impérial de 962, Adélaïde devient la première impératrice du Saint Empire romain germanique. Elle exerce alors une influence réelle : conseillère écoutée, arbitre dans les crises, protectrice des pauvres, bienfaitrice des monastères.

 

À la mort d’Othon Ier, en 973, elle assure la régence pendant la jeunesse de son fils Othon II, puis de son petit-fils Othon III. Cette mission la place au cœur d’une période troublée, marquée par les conflits avec sa belle-fille Théophano et les tensions familiales. Malgré ces épreuves, Adélaïde demeure une figure de stabilité. Elle continue de soutenir Cluny, favorise les réformes morales et religieuses, encourage l’évangélisation des peuples slaves et s’entoure de guides spirituels d’envergure, notamment saint Adalbert de Prague et saint Odilon de Cluny, qui contribuera à transmettre son souvenir.

 

Parvenue à un âge avancé, Adélaïde se retire au monastère de Seltz, en Alsace, qu’elle avait fondé. Là, loin des responsabilités politiques, elle choisit une vie de prière, d’humilité et de charité. Ses dernières années témoignent d’une impératrice devenue servante : elle se consacre aux pauvres, à la communauté, à la paix intérieure. Elle meurt le 16 décembre 999, entourée des moniales, après une longue préparation spirituelle. Sa sainteté est rapidement reconnue et son culte se répand, surtout en Alsace et en Allemagne.

 

Sophie Stevenson, normalienne diplômée en histoire.

 

 

Au delà
De la fin du Xe jusqu’au début du XIIe siècle, l’abbaye de Cluny s’impose comme un centre majeur de la vie religieuse en Europe, portée par une observance bénédictine rigoureuse et par le rayonnement de ses quatre premiers abbés, Odon, Mayeul, Odilon et Hugues, tous canonisés par l’Église. Leur action donne à Cluny une stature qui dépasse largement l’échelle locale, car l’abbaye organise un vaste réseau de prieurés qui lui sont directement reliés, ce qui assure une unité spirituelle et facilite la logistique. Cluny devient ainsi un pôle où se structurent des initiatives liturgiques, caritatives et intellectuelles qui influencent durablement la chrétienté latine. Les souverains, souvent confrontés à des tensions politiques ou morales, recherchent l’avis de l’abbé de Cluny, non pour recevoir une direction extérieure à leur pouvoir, mais parce que l’abbaye représente un lieu où la stabilité, la prière continue et l’expérience du gouvernement monastique offrent un appui solide dans un monde marqué par les rivalités. L’importance de Cluny tient aussi à sa capacité à inspirer d’autres communautés, à encourager une vie régulière plus ordonnée et à servir de relais pour la diffusion des manuscrits et des idées. En donnant un cadre clair et fidèle à la tradition bénédictine, Cluny façonne ainsi une partie de l’identité religieuse et culturelle de l’Occident médiéval.

 

Aller plus loin

Vita Adelheidis (Vita Adelheidis abbatissae Vilicensis), hagiographie rédigée par Bertha de Vilich (XIe siècle). Édition critique MGH (Monumenta Germaniae Historica).

En complément

Monique Goullet et Dominique Iogna‑Prat, (dir. Patrick Corbet), Adélaïde de Bourgogne : genèse et représentations d’une sainteté impériale, Éditions universitaires de Dijon / CTHS, 2002.

Chanoine L. Chaumont, Histoire de Cluny : depuis les origines jusqu’à la ruine de l’abbaye, 2e édition, Gallica / BnF, 2007. Une histoire classique de Cluny, utile pour saisir l’évolution de l’abbaye et son influence.

 

 

Source : 1000 raisons de croire

Rod Dreher : Trump, l'allié inattendu pour le salut civilisationnel de l'Europe

14/12/2025

Rod Dreher : Trump, l'allié inattendu pour le salut civilisationnel de l'Europe

Distinguer l'Europe de sa bureaucratie
Rod Dreher commence par dissiper un malentendu fondamental : la critique américaine vise les institutions supranationales, non les nations. S'appuyant sur ses échanges avec Michael Anton, ancien conseiller de Trump et rédacteur de la stratégie incriminée, Dreher souligne une distinction cruciale. L'administration Trump ne rejette pas les peuples européens, leurs cultures ou leur histoire ; elle rejette la bureaucratie de l'Union européenne qui, selon elle, étouffe les spécificités nationales.

« Je ne suis pas un fan de l’Union européenne en tant que bureaucratie, mais j’aime les pays européens, leurs peuples et leurs cultures. » — Michael Anton cité par R. Dreher.

Pour Dreher, francophile revendiqué, aimer l'Europe, c'est aimer ce qui la rend spécifique : le génie français, les cathédrales, l'art de vivre. Or, c'est précisément cet héritage que les élites actuelles trahissent.

 

L'immigration et la « déculturation »
L'auteur aborde sans détour la question migratoire, qu'il lie directement à la préservation du patrimoine culturel. Il cite l'exemple de Vienne, où 41 % des élèves sont désormais musulmans, pour illustrer ce qu'il perçoit comme une substitution culturelle progressive.

Son argumentaire se veut toutefois nuancé : reconnaître le danger de l'immigration de masse pour l'identité européenne n'est pas de la haine, mais du bon sens. De la même manière que l'Égypte s'inquiéterait d'une colonisation culturelle européenne, l'Europe a le droit — et le devoir — de préserver sa singularité.

 

La trahison des clercs et l'anti-culture
Le point le plus philosophique de l'article réside dans la critique des élites occidentales (politiques, médiatiques, artistiques). Dreher convoque le sociologue Philip Rieff pour dénoncer une « anti-culture » : un mouvement qui cherche à détruire l'ordre sacré et les racines chrétiennes de l'Occident au nom du désir individuel.

Il prend pour exemple une exposition d'art contemporain à Vienne tournant le christianisme en dérision (une grenouille crucifiée), cautionnée par l'Église elle-même en la personne de l'archevêque d'Innsbrück. Pour Dreher, ces « œuvres de mort » (deathworks) prouvent que l'Occident tente de survivre en niant ses propres sources de vie.

 

Un électrochoc nécessaire
Rod Dreher conclut son plaidoyer en présentant le message de Donald Trump comme une forme d'« amour vache ». En heurtant la sensibilité des élites technocratiques, l'Amérique tenterait en réalité de réveiller les peuples européens.

Le message est clair : pour que l'Amérique soit grande, elle a besoin d'une Europe qui l'est tout autant. Et cette grandeur ne passera pas par le projet mondialiste de Bruxelles, mais par un sursaut mémoriel et spirituel. Loin d'être un ennemi, le Trumpisme est ici dépeint comme le miroir tendu à une Europe qui a oublié qui elle était, l'invitant à puiser dans son passé chrétien et national pour assurer son futur.

 

 

Rod Dreher est écrivain américain, professeur associé au Danube Institute à Budapest. Son dernier essai : Comment retrouver le goût de Dieu dans un monde qui l’a chassé (Éditions Artège, 2025)