Le blog du Temps de l'Immaculée.

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S’engager au service du Christ-Roi

12/08/2025

S’engager au service du Christ-Roi

Dans cet Ă©pisode, Philippe DarantiĂšre, prĂ©sident de l’association, revient sur l’appel fondamental du pĂšlerinage: Ɠuvrer pour le rĂšgne du Christ, sur la terre comme au ciel, par un engagement chrĂ©tien dans la citĂ©.

Une invitation claire: mettez vos talents au service du bien commun et de la royauté sociale du Christ.

 

 

 

15 aoĂ»t : Trump rencontrera Poutine le jour de l’Assomption de la Vierge Marie

11/08/2025

15 aoĂ»t : Trump rencontrera Poutine le jour de l’Assomption de la Vierge Marie

Parfois il y a des ratĂ©s ou des contradictions : alors que la plupart des mĂ©dias assurent que le prĂ©sident Zelensky se voit ainsi court-circuiter par un prĂ©sident amĂ©ricain prĂȘt Ă  vendre les intĂ©rĂȘts de l’Ukraine Ă  Moscou en servant les objectifs de la Russie, et que, quant Ă  lui, il n’est prĂȘt Ă  rien lĂącher, le Telegraph de Londres dit le contraire. Zelensky serait prĂȘt selon cet article (Ă©videmment repris avec gourmandise dans les mĂ©dias du Kremlin) Ă  donner Ă  Poutine le contrĂŽle de facto des territoires ukrainiens actuellement occupĂ©s par la Russie en Ă©change de la fin des combats et d’une possibilitĂ© d’aller vers l’intĂ©gration de l’Ukraine dans l’OTAN.

 

Tout cela sur fond de dĂ©clarations de Trump sur sa volontĂ© d’obtenir un « deal » qui permette Ă  l’Ukraine de rĂ©cupĂ©rer une partie de son territoire, et de promesses de ne pas parler avec Poutine sans Ă©changer ensuite avec Zelensky, sans oublier les leaders de l’UE qui se lamentent de leur mise Ă  l’écart des pourparlers de paix


 

Trump voit Poutine aprĂšs l’avoir menacĂ©
Il y a eu ces paroles, mais aussi des actes. Il n’est pas certain que Poutine ait acceptĂ© de revoir Trump pour la premiĂšre fois depuis 2019 parce qu’il le considĂšre comme favorable Ă  ses ambitions de rĂ©cupĂ©ration du territoire ou de la sphĂšre d’influence de l’ex-URSS. En permettant Ă  son ex-Premier ministre, Dimitri Medvedev, aujourd’hui Ă  la tĂȘte du Conseil de sĂ©curitĂ© russe de brandir la menace nuclĂ©aire sur les rĂ©seaux sociaux (oĂč aujourd’hui se joue le jeu public de la politique mondiale), Poutine n’avait peut-ĂȘtre pas imaginĂ© que Trump partirait au quart de tour.

 

Donald Trump avait aussitĂŽt annoncĂ© que deux sous-marins nuclĂ©aires amĂ©ricains allaient ĂȘtre positionnĂ©s prĂšs de la Russie et menaçait celle-ci de sanctions renforcĂ©es si Poutine ne devait pas accepter un cessez-le-feu au plus tard au 8 aoĂ»t. Il est notable que ce dernier ait acceptĂ© le principe d’une rencontre prĂ©cisĂ©ment Ă  cette date.

 

Le 6 aoĂ»t, Trump venait d’ailleurs, par dĂ©cret prĂ©sidentiel, d’imposer des droits de douane supplĂ©mentaires de 25 % Ă  l’Inde au 27 aoĂ»t, pour punir celle-ci de son soutien effectif Ă  la Russie via l’achat de pĂ©trole dont elle revend, selon la Maison Blanche, une partie sur le marchĂ© mondial, court-circuitant ainsi les sanctions qui frappent Moscou au portefeuille. Le message Ă©tait clairement exprimĂ© : il s’agit de dissuader tout partenaire de la Russie d’en faire autant.

Alors, Trump est-il vraiment « au service » de Poutine ? Au-delĂ  des fluctuations des prises de position somme toute normales de la part d’un nĂ©gociateur – d’un faiseur de « deals » – de sa trempe, on peut en douter.

 

Une rencontre le jour de l’Assomption de la Vierge Marie : un signe ?
Mais ce qui frappe, c’est tout de mĂȘme la date choisie pour la rencontre entre les deux chefs d’Etat. Lorsque Poutine aura traversĂ© les quelques dizaines de kilomĂštres qui sĂ©parent les USA et la Russie pour rejoindre l’Alaska – en traversant la ligne internationale de changement de date qui passe par le dĂ©troit de Behring – il arrivera au lieu dont l’emplacement reste pour l’heure secret le 15 aoĂ»t, la fĂȘte mariale par excellence. Et il arrivera, quelque part, en infĂ©rioritĂ© face Ă  Trump qui a dictĂ© le tempo de cette rĂ©union.

 

Serait-ce un signe du ciel, oĂč Marie, MĂšre de Dieu, prĂ©sente corps et Ăąme, rĂšgne, couronnĂ©e, sur l’univers tout entier ? Sinon un signe, du moins un appel


 

Trump parlera en ce jour avec Poutine, sans que nous puissions mesurer les intentions de l’un ou de l’autre ; mais n’oublions surtout pas que Poutine est l’hĂ©ritier du systĂšme communiste qui repose essentiellement sur le mensonge dans sa praxis qui autorise et justifie tout ce qui sert la cause de la RĂ©volution.

 

Mais Marie, elle, est Reine de la Paix. Elle seule peut obtenir Ă  l’humanitĂ© cette paix qui sera scellĂ©e par le rĂšgne promis de son CƓur ImmaculĂ© sur notre monde brisĂ© par la rĂ©volte contre Dieu. Et elle pourra le faire advenir en utilisant des instruments imparfaits
 Mais non sans l’implication des serviteurs inutiles que nous sommes tous : il est l’heure de prier pour la paix, qui ne consiste pas seulement en la fin du fracas des armes, mais en la reconnaissance de la souverainetĂ© de Dieu et de sa loi.

 

 

Jeanne Smits dans RITV

Marie Immaculée, victorieuse de « Fat Man »

07/08/2025

Marie Immaculée, victorieuse de « Fat Man »

... Ce couvent, situĂ© sur les pentes du mont Hikosan, Ă  l’écart du centre-ville et protĂ©gĂ© par la montagne, est Ă©pargnĂ© par l’explosion. Alors que la ville de Nagasaki et sa communautĂ© catholique sont dĂ©vastĂ©es, le couvent franciscain et les frĂšres qui l’occupent sont Ă©pargnĂ©s, avec pour seuls dĂ©gĂąts quelques vitres brisĂ©es. C’est le choix Ă©clairĂ© du saint concernant l’emplacement du monastĂšre qui permit de prĂ©server la vie des religieux. Nombreux sont ceux qui attribuent cela Ă  la protection divine, et en particulier Ă  celle de la Sainte Vierge, Ă  qui le couvent est dĂ©diĂ©.

 

Les raisons d'y croire

En 1931, Maximilien Kolbe choisit dĂ©libĂ©rĂ©ment un emplacement isolĂ© derriĂšre une montagne pour sa « CitĂ© de l’ImmaculĂ©e », allant contre les conseils locaux qui prĂ©conisent un site plus proche de la ville. « Il avait eu une vision selon laquelle Urakami [quartier du nord de la ville de Nagasaki, oĂč la bombe atomique a explosĂ©] serait bientĂŽt dĂ©truite par une grande boule de feu. »

 

Le choix de Kolbe pour la localisation du couvent est le fruit d’une providence divine anticipĂ©e. L’emplacement du couvent sauve les franciscains du souffle de l’explosion de la bombe et des fortes doses de radiations, la montagne ayant servi de bouclier naturel face Ă  l’explosion. De plus, le relatif Ă©loignement du couvent ne le rend pas inaccessible : il n’a pas empĂȘchĂ© les religieux de rejoindre rapidement l’épicentre de l’explosion pour apporter leur aide.

 

Les rĂ©cits et tĂ©moignages soulignent que, aprĂšs la guerre, les frĂšres franciscains ont menĂ© des vies relativement longues et saines, sans dĂ©velopper les maladies typiques des hibakusha (survivants des bombes atomiques). Cette absence significative de symptĂŽmes graves liĂ©s Ă  l’irradiation n’est pas explicable scientifiquement, comme l’indique la Radiation Effects Research Foundation (RERF).

 

Les franciscains attribuent ces grĂąces Ă  la Vierge Marie ImmaculĂ©e qu’ils priaient lors de l’explosion. En effet, la « CitĂ© de l’ImmaculĂ©e » est entiĂšrement consacrĂ©e Ă  la Vierge Marie : l’activitĂ© principale des religieux est de publier et de diffuser le plus largement possible la revue mariale Le Chevalier de l’ImmaculĂ©e, poursuivant ainsi la mission d’évangĂ©lisation et de promotion de la dĂ©votion mariale initiĂ©e par leur fondateur.

 

La survie de ce lieu de priĂšre offre un puissant symbole d’espĂ©rance et montre que Dieu peut faire surgir le bien en toute chose. Au milieu de la dĂ©vastation, ce lieu devient un refuge spirituel et matĂ©riel pour les survivants et les orphelins, et les frĂšres qui ont Ă©tĂ© Ă©pargnĂ©s peuvent ĂȘtre prĂ©sents et disponibles pour venir en aide Ă  tous, ce qui aurait Ă©tĂ© impossible si le site avait Ă©tĂ© touchĂ©.

 

Plusieurs faits montrent encore combien la Sainte Vierge protĂšge ceux qui aiment son Fils JĂ©sus : alors que le docteur Nagai est mourant et dans le coma, aprĂšs avoir Ă©tĂ© gravement blessĂ© lors de l’explosion, une voix l’incite Ă  prier le pĂšre Kolbe pour sa guĂ©rison. Personne au Japon ne sait que ce dernier est dĂ©jĂ  mort, et encore moins martyr, mais Takashi Nagai s’exĂ©cute. Peu aprĂšs, il sort du coma, et la blessure qui mettait sa vie en danger est inexplicablement guĂ©rie. Ses collĂšgues mĂ©decins disent que c’est un miracle. Toute sa vie, ce mĂ©decin converti n’aura de cesse de tĂ©moigner, par sa foi exemplaire, de ne pas avoir peur de tourner les yeux vers le Ciel – en somme, de croire en Dieu.

 

Urakami, le quartier oĂč la bombe explose, est le quartier chrĂ©tien. La communautĂ© chrĂ©tienne de Nagasaki a su vĂ©hiculer, au cƓur de cette catastrophe nuclĂ©aire et malgrĂ© la douleur, un message de paix et d’espĂ©rance.

 

En savoir plus sur 1000 Raisons de croire

 

 

Notre Dame également victorieuse de "Little Boy" à Hiroshima

 

On ne peut passer sous silence l'explosion d'Hiroshima qui eut lieu trois jours avant Nagasaki

De nombreux rĂ©cits de l'Ă©vĂ©nement font Ă©tat de la prĂ©sence de huit prĂȘtres jĂ©suites (ou missionnaires), qui se trouvaient Ă  huit pĂątĂ©s de maisons du point zĂ©ro. John Hersey , dans son rĂ©cit contemporain de 1946 sur Hiroshima , cite quatre prĂȘtres jĂ©suites (le pĂšre supĂ©rieur LaSalle, le pĂšre Wilhelm Kleinsorge, le pĂšre Cieslik et le pĂšre Schiffer) et les situe Ă  1 300 mĂštres du centre. Schiffer lui-mĂȘme affirme qu'il y avait quatre prĂȘtres jĂ©suites — « le pĂšre Hugo Lassalle , supĂ©rieur de toute la mission jĂ©suite au Japon, et les pĂšres Kleinsorge, Cieslik et Schiffer » — et dĂ©crit sa propre localisation comme « dans un rayon d'un mile, le plus dangereux ». Schiffer mentionne Ă©galement le nom de leur Ă©glise — « l'Ă©glise jĂ©suite de Notre-Dame de l'Assomption ».

 

Explosion


Selon le récit de 1946 du pÚre jésuite John Siemes, qui se trouvait à la périphérie de la ville :

Ils se trouvaient dans leurs chambres Ă  la maison paroissiale – il Ă©tait huit heures et quart, exactement Ă  l'heure oĂč nous avions entendu l'explosion Ă  Nagatsuke – lorsqu'une lumiĂšre intense s'est abattue sur eux, suivie immĂ©diatement du bruit des vitres, des murs et des meubles brisĂ©s. Ils ont Ă©tĂ© couverts d'Ă©clats de verre et de dĂ©bris. Le PĂšre Schiffer a Ă©tĂ© enseveli sous un pan de mur et a subi une grave blessure Ă  la tĂȘte. Le PĂšre SupĂ©rieur a reçu la plupart des Ă©clats au dos et aux membres infĂ©rieurs, ce qui l'a fait saigner abondamment. Tout a Ă©tĂ© projetĂ© dans les chambres, mais la charpente en bois de la maison est restĂ©e intacte.

Le propre récit de Schiffer décrit l'explosion : "Soudain, une terrible explosion emplit l'air d'un coup de tonnerre. Une force invisible me souleva de ma chaise, me projeta dans les airs, me secoua, me frappa, me fit tournoyer comme une feuille dans une rafale de vent d'automne."

 

Survivants


Les quatre prĂȘtres jĂ©suites survĂ©curent Ă  l'explosion. CitĂ© en 1950, Schiffer dĂ©clara : « Sur 14 prĂȘtres et laĂŻcs, nous n'en avons perdu qu'un, un Japonais. » Les jĂ©suites se trouvaient dans un bĂątiment plus rĂ©sistant que la plupart des bĂątiments environnants, comme le notent respectivement Hersey et Siemes : "[Le PĂšre Kleinsorge a vu] que tous les bĂątiments environnants Ă©taient tombĂ©s, Ă  l'exception de la maison de mission des JĂ©suites, qui avait Ă©tĂ© longtemps auparavant renforcĂ©e et doublement renforcĂ©e par un prĂȘtre nommĂ© Gropper, qui Ă©tait terrifiĂ© par les tremblements de terre. La soliditĂ© de la structure, Ɠuvre du frĂšre Gropper, a de nouveau brillĂ©."

Ils n'étaient pas les seuls survivants à proximité de Ground Zero ; on estime que 14 % des personnes se trouvant à moins d'un kilomÚtre de Ground Zero ont survécu à l'explosion mais pas ultérieurement à cause des radiations.

 

Aspects religieux


La survie des prĂȘtres a parfois Ă©tĂ© qualifiĂ©e de miracle . En 1951, Schiffer dĂ©clarait :

"Je n’appellerai pas cela un miracle exactement, mais je pense que nous Ă©tions sous la protection spĂ©ciale de Dieu. "
Mais pas seulement car ils priaient tous les jours le Rosaire ...

 

 

Vie ultérieure


Schiffer rencontra le pilote et le copilote du B-29 qui bombarda Hiroshima, l' Enola Gay .

À New York en 1951, Schiffer rencontra le copilote Robert A. Lewis . Schiffer invita Lewis Ă  se rendre Ă  Hiroshima en aoĂ»t 1952 pour l'inauguration d'un « palais de priĂšre », ce que Lewis accepta. Cependant, aucune trace d'une telle visite n'existe. Ils apparurent Ă©galement ensemble Ă  l'universitĂ© Fordham en 1957 (photo), Ă  l'occasion du douziĂšme anniversaire du bombardement, et Schiffer nota qu'ils Ă©taient devenus « des amis trĂšs proches ». Schiffer rencontra plus tard le pilote Paul Tibbets Ă  Dallas en 1975.

Schiffer, qui avait obtenu une licence au Japon, a obtenu une maßtrise de l'Université Fordham en 1952 et un doctorat en 1958. Dans les années 1960, Schiffer a travaillé comme professeur associé d'économie au St. Joseph's College de Philadelphie et a écrit un livre sur le systÚme bancaire japonais.

 

 

 

 

 

Un état juif en Palestine? « Non possumus », disait St Pie X.

06/08/2025

Un état juif en Palestine? « Non possumus », disait St Pie X.

Un État juif en Palestine?
Quand Pie X répondit à Herlz : « Non possumus ».



 

Le 26 janvier 1904, Theodor Herzl, pĂšre du sionisme et fondateur du mouvement sioniste pour le droit des Juifs Ă  fonder un État juif, fut reçu en audience par le pape Pie X au Vatican. L’objectif Ă©tait d’obtenir le soutien du souverain pontife pour la crĂ©ation d’un État juif en Palestine.

 

À cette Ă©poque, Herzl (qui mourra en 1904, justement, le 3 juillet, Ă  l’ñge de quarante-quatre ans) se trouvait Ă©galement en Italie pour rencontrer le roi Victor Emmanuel III, toujours dans le but d’obtenir un soutien politique au projet sioniste.

 

Herzl voyait dans le sionisme l’instrument permettant de rĂ©aliser le projet d’autodĂ©termination juive, mais le rĂ©sultat de la rencontre avec Pie X ne fut pas celui qu’il espĂ©rait.

 

La version de la rencontre, consignée dans le journal de Herzl, permet de bien comprendre la position du pape.

Le Lippay auquel Herzl fait rĂ©fĂ©rence est le comte Berthold Dominik Lippay, un portraitiste autrichien que Herzl avait rencontrĂ© Ă  Venise et qui avait organisĂ© l’audience avec le pape.

 

. . . .

 

J’étais avec le pape hier. Le parcours m’était dĂ©jĂ  familier, car j’avais rencontrĂ© Lippay Ă  plusieurs reprises. J’ai croisĂ© des laquais suisses, qui ressemblaient Ă  des ecclĂ©siastiques, et des ecclĂ©siastiques qui ressemblaient Ă  des laquais, des fonctionnaires papaux et des chambellans.

 

Je suis arrivĂ© dix minutes Ă  l’avance et je n’ai mĂȘme pas eu besoin d’attendre. Le pape m’a fait traverser plusieurs petites salles de rĂ©ception.

 

Il m’a reçu debout et m’a tendu la main, que je n’ai pas baisĂ©e. Lippay m’avait dit que je devais le faire, mais je ne l’ai pas fait. Je pense que j’ai encouru son mĂ©contentement, car tous ceux qui le rencontrent s’agenouillent et lui baisent au moins la main.

 

Ce baciamo m’avait causĂ© pas mal d’inquĂ©tude et j’ai Ă©tĂ© trĂšs content quand ce fut fini.

Il s’est assis dans un fauteuil, un trĂŽne pour les occasions mineures. Il m’a ensuite invitĂ© Ă  m’asseoir Ă  ses cĂŽtĂ©s et m’a souri, comme s’il s’agissait d’une attente amicale.

 

J’ai commencĂ© par dire : “Ringrazio Vostra SantitĂ  per il favore di m’aver accordato quest’udienza” [Je remercie Votre SaintetĂ© pour la faveur qu’elle m’a faite en m’accordant cette audience – en italien dans le texte].

« C’est un plaisir », a-t-il dit avec une dĂ©sapprobation polie.

 

Je me suis excusĂ© pour mon italien pitoyable, mais il m’a rĂ©pondu : « Non, vous parlez trĂšs bien, Monsieur le Commendatore« .

 

Comme je portais pour la premiĂšre fois mon ruban Mejidiyye [honneur militaire et chevaleresque de l’Empire ottoman], sur les conseils de Lippay, le pape s’est donc toujours adressĂ© Ă  moi en m’appelant Commendatore.

 

Lui est un bon curĂ© de campagne, rude, pour qui le christianisme est restĂ© vivant mĂȘme au Vatican.

 

Je lui ai prĂ©sentĂ© briĂšvement ma demande. Mais, peut-ĂȘtre agacĂ© par mon refus de lui baiser la main, il me rĂ©pondit d’un ton sĂ©vĂšre et rĂ©solu :

 

« Nous ne pouvons pas favoriser ce mouvement. Nous ne pouvons pas empĂȘcher les Juifs d’aller Ă  JĂ©rusalem, mais nous ne pourrons jamais le favoriser. La terre de JĂ©rusalem, si elle n’a pas toujours Ă©tĂ© sainte, a Ă©tĂ© sanctifiĂ©e par la vie de JĂ©sus Christ. En tant que chef de l’Eglise, je ne peux pas vous en dire plus. Les Juifs n’ont pas reconnu notre Seigneur, donc nous ne pouvons pas reconnaĂźtre le peuple juif ».

 

Le conflit entre Rome, représentée par lui, et Jérusalem, représentée par moi, était donc à nouveau ouvert.

 

Au dĂ©but, bien sĂ»r, j’ai essayĂ© d’ĂȘtre conciliant. J’ai rĂ©citĂ© mon petit texte sur l’extraterritorialitĂ©, res sacrae extra commercium [«chose sacrĂ©e en dehors de commerce»]. Mais cela n’a pas fait grande impression. JĂ©rusalem, a-t-il dit, ne doit pas finir entre les mains des Juifs.

 

« Et son état actuel, Saint-PÚre ? »

« Je sais, il n’est pas agrĂ©able de voir les Turcs en possession de nos lieux saints. Nous devons simplement nous y faire. Mais soutenir les Juifs dans l’acquisition des Lieux Saints, nous ne pouvons pas le faire ».

J’ai dit que notre point de dĂ©part Ă©tait uniquement la souffrance des Juifs et que nous voulions Ă©viter les problĂšmes religieux.

 

« Oui, mais nous, et moi en tant que chef de l’Église, ne pouvons pas faire cela. Il y a deux possibilitĂ©s. Soit les Juifs s’accrochent Ă  leur foi et continuent d’attendre le Messie qui, pour nous, est dĂ©jĂ  venu. Dans ce cas, ils ne feront que nier la divinitĂ© de JĂ©sus et nous ne pourrons pas les aider. Ou bien ils y vont sans aucune religion, et alors nous pouvons ĂȘtre encore moins favorables Ă  leur Ă©gard. La religion juive est le fondement de la nĂŽtre, mais elle a Ă©tĂ© supplantĂ©e par les enseignements du Christ et nous ne pouvons plus lui accorder de validitĂ©. Les Juifs, qui auraient dĂ» ĂȘtre les premiers Ă  reconnaĂźtre JĂ©sus-Christ, ne l’ont pas fait jusqu’à prĂ©sent ».

 

J’avais sur le bout de la langue : « C’est ce qui se passe dans toutes les familles. Personne ne croit en ses proches ». Mais j’ai dit au contraire : « La terreur et la persĂ©cution n’étaient peut-ĂȘtre pas le bon moyen d’ouvrir les yeux des Juifs ».

 

Mais il a répondu, et cette fois, il était magnifique dans sa simplicité :

 

« Notre Seigneur est venu sans pouvoir. Il Ă©tait pauvre. Il est venu en paix. Il n’a persĂ©cutĂ© personne. Il a Ă©tĂ© persĂ©cutĂ©. Il a Ă©tĂ© abandonnĂ© mĂȘme par ses apĂŽtres. Ce n’est que plus tard que sa stature a pris de l’importance. L’Église a mis trois siĂšcles Ă  Ă©voluer. Les juifs ont alors eu le temps de reconnaĂźtre sa divinitĂ©, sans aucune pression. Mais ils ne l’ont pas fait jusqu’à aujourd’hui ».

 

« Mais, Saint-PĂšre, les Juifs sont dans une situation dĂ©sespĂ©rĂ©e. Je ne sais pas si Votre SaintetĂ© est consciente de l’ampleur de cette triste situation. Nous avons besoin d’une terre pour ces personnes persĂ©cutĂ©es ».

« Faut-il que ce soit Jérusalem ? »

« Nous ne demandons pas Jérusalem, mais la Palestine, juste la terre séculaire. »

« Nous ne pouvons pas ĂȘtre en faveur de cela ».

« Votre Sainteté connaßt-elle la situation des Juifs ? »

 

« Oui, depuis l’époque oĂč j’étais Ă  Mantoue. Il y a des juifs qui vivent lĂ -bas et j’ai toujours Ă©tĂ© en bons termes avec les juifs. L’autre soir encore, deux juifs sont venus me rendre visite. AprĂšs tout, il y a d’autres liens que ceux de la religion : la courtoisie et la philanthropie. Nous ne les refusons pas aux Juifs. En fait, nous prions aussi pour eux, afin que leur esprit soit Ă©clairĂ©. L’Église cĂ©lĂšbre aujourd’hui la fĂȘte d’un incroyant qui, sur le chemin de Damas, a Ă©tĂ© miraculeusement converti Ă  la vraie foi. Ainsi, si vous allez en Palestine et que vous y installez votre peuple, nous devrons avoir des Ă©glises et des prĂȘtres prĂȘts Ă  vous baptiser tous ».

 

Le comte Lippay s’est fait annoncer. Le pape lui a permis d’entrer. Le comte s’est agenouillĂ©, lui a baisĂ© la main, puis s’est joint Ă  la conversation, racontant notre rencontre « miraculeuse » au Bauer’s Beer Hall de Venise. Le miracle tenait en ce qu’il avait d’abord prĂ©vu de passer la nuit Ă  Padoue. Il se trouve que j’avais exprimĂ© le souhait de pouvoir baciare i piedi du Saint-PĂšre.

 

Le visage du pape s’est alors assombri, car je ne lui avais mĂȘme pas baisĂ© la main. Lippay a poursuivi en disant que j’avais exprimĂ© mon apprĂ©ciation des nobles qualitĂ©s de JĂ©sus-Christ. Le pape Ă©coutait, prenait parfois une pincĂ©e de tabac et Ă©ternuait dans un grand mouchoir de coton rouge. Ce sont d’ailleurs ces touches paysannes qui me plaisent le plus chez lui et qui motivent mon respect.

 

Lippay voulait ainsi expliquer pourquoi il m’avait prĂ©sentĂ©, peut-ĂȘtre pour s’excuser. Mais le pape a dit :  ; « Au contraire, je suis heureux que vous m’ayez amenĂ© le Commendatore« .

 

Quant au problĂšme proprement dit, il a rĂ©pĂ©tĂ© ce qu’il m’avait dit:  ; « Non possumus  ; [Nous ne pouvons pas] ! »

Jusqu’au moment de prendre congĂ©, Lippay a passĂ© son temps Ă  genoux devant lui et ne semblait pas se lasser de lui baiser la main. J’ai alors compris que le pape apprĂ©ciait cela. Mais mĂȘme lors des adieux, je me suis contentĂ© de lui donner une poignĂ©e de main chaleureuse et de le saluer.

 

DurĂ©e de l’audience : environ vingt-cinq minutes.

 

Dans les Salles de RaphaĂ«l, oĂč j’ai passĂ© l’heure suivante, j’ai vu un tableau reprĂ©sentant un empereur s’agenouillant pour permettre au pape assis de placer la couronne sur sa tĂȘte. C’est ainsi que Rome veut que les choses se passent.

 

Note d’AMV
La tombe de Herzl se trouve à Jérusalem depuis 1950, sur une colline qui a été nommée Mont Herzl en son honneur. Lors du dernier voyage du pape François en Israël, la tombe de Herzl a été visitée pour la premiÚre fois par un pontife.

La JournĂ©e Herzl est une fĂȘte nationale dans l’État d’IsraĂ«l. Elle a lieu le dixiĂšme jour du mois juif d’Iyar pour commĂ©morer la vie et la pensĂ©e du leader sioniste.

 

Aldo Maria Valli via Benoit et moi
23 juillet 2025

Montée du sentiment anti-UE en Europe

06/08/2025

Montée du sentiment anti-UE en Europe

I. L'Allemagne : L'AfD en fer de lance de la contestation


Le document souligne une montée significative du sentiment anti-UE en Allemagne, incarnée par la position résolue de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD).

 

Clarté de la position de l'AfD : La présidente de l'AfD, Alice Weidel, est plus claire que jamais quant à sa volonté de "défoncer l'Union européenne" et d'en "sortir", ainsi que de "sortir de l'euro".

 

Contexte de l'intensification : Cette tendance est liée à l'accord commercial Trump-Von der Leyen et fait suite à des préoccupations déjà exprimées par les PME allemandes désireuses de quitter l'UE.


Poids politique de l'AfD : Si l'AfD, du fait de l'alliance CDU/CSU, n'est actuellement pas le parti en tĂȘte des intentions de vote en Allemagne,  il compte nĂ©anmoins 152 dĂ©putĂ©s au Bundestag et progresse rĂ©guliĂšrement .


Critiques acerbes de l'UE et de ses dirigeants : Corruption et intĂ©rĂȘts personnels : Alice Weidel accuse explicitement Ursula von der Leyen de corruption. Elle dĂ©clare : "Tout le systĂšme, l'Ă©cosystĂšme des apparatchiks des oligarques europĂ©istes est corrompu." Elle ajoute que "Ces gens ne travaillent que pour leur propre poche... Ils ne sont pas honnĂȘtes. Ils mentent au peuple. Ils ruinent notre Ă©conomie. Ils nuisent aux pays europĂ©ens."


Destruction de l'industrie : L'UE est perçue comme un facteur de ruine industrielle. Weidel affirme que "L'Union européenne détruit notre industrie." Elle cite l'exemple de "L'industrie automobile, par exemple allemande est en ruine... Toutes les mauvaises réglementations proviennent de l'Union européenne." L'exemple donné est la restriction de la flotte en 2018 qui a "pratiquement expulsé les moteurs thermiques du marché".


Bureaucratie excessive et inutile : L'UE est dépeinte comme "un systÚme plein de bureaucrates dont personne n'a besoin, qui cause des troubles et des problÚmes partout qui sont surpayés et qui promulguent des rÚglements dont personne ne veut."


Atteinte Ă  la dĂ©mocratie et ingĂ©rence : Weidel dĂ©nonce l'ingĂ©rence de l'UE dans les affaires internes des États membres. Elle prend l'exemple de la Hongrie, accusant l'UE de "construire un opposant Ă  Victor Orban" en la personne de PĂ©ter Magyar, qu'elle qualifie de "crĂ©ature artificielle... poussĂ©e en avant par Bruxelles". Concernant l'Allemagne, elle accuse les institutions europĂ©ennes et leurs alliĂ©s de "faire tout ce qu'ils peuvent pour nous faire tomber", y compris l'espionnage et l'incitation des mĂ©dias contre l'AfD.


Critique de l'euro : Weidel attribue le déclin du niveau de vie des Allemands à l'abandon du Deutschmark. Elle déclare que "les Allemands vivaient vivent bien moins bien que par le passé. Et l'une des principales raisons de cela est qu'ils ont abandonné leur propre monnaie." Elle décrit l'euro comme ayant "créé un systÚme global de faiblesse et un systÚme inflationniste."


Opposition à la guerre en Ukraine et à l'achat d'armes américaines : L'AfD critique l'obligation d'acheter des armes américaines pour "une guerre qu'on ne veut pas", jugeant cela "absurde".


Appel clair Ă  la sortie de l'UE : Alice Weidel conclut sans Ă©quivoque : "Nous devons quitter l'Union europĂ©enne. Elle ne reprĂ©sente pas les États-nations ni les peuples souverains."


II. L'Irlande : L'affaire de l'asile et l'appel Ă  l'IReXit


Elon Musk s'invite dans le débat sur l'UE en Irlande, suite à une décision de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) concernant l'asile en ce pays.

 

Intervention d'Elon Musk : Le 1er août, Elon Musk, via un tweet sur son compte X, a déclaré : "L'Irlande devrait quitter l'Union européenne." Il a ajouté, élargissant sa position : "tous les pays devraient le faire. D'ailleurs, à mon avis, l'Union européenne détruit la démocratie en Europe."


Contexte de la rĂ©action de Musk : Sa rĂ©action est motivĂ©e par une dĂ©cision de la CJUE contredisant les tribunaux irlandais, qui impose Ă  l'Irlande (et Ă  tous les pays europĂ©ens) "d'accorder un logement Ă  tous les demandeurs d'asile sans exception, y compris ceux dont le dossier va ĂȘtre refusĂ©."


Montée de l'appel à l'IRX : Cette décision a fait émerger des voix en Irlande appelant à l' "IRX", la sortie de l'Irlande de l'Union européenne.


III. L'Italie : La souveraineté nationale et la gestion migratoire


L'Italie est également le théùtre de tensions croissantes avec l'UE, notamment en ce qui concerne la gestion de l'immigration.

 

Projet migratoire bloqué : L'accord de Giorgia Meloni avec l'Albanie pour le traitement des demandes d'asile en dehors du territoire italien a été "démoli intégralement" par la justice européenne.


RĂ©action de Meloni : La PremiĂšre ministre italienne s'est dite Ă©tonnĂ©e de cette dĂ©cision, dĂ©clarant qu'elle "rĂ©duit encore davantage la marge de manƓuvre dĂ©jĂ  limitĂ©e des gouvernements et des parlements en matiĂšre de rĂ©gulation et de gestion des migrations." Elle ajoute que la dĂ©cision "affaibli les politiques de lutte contre l'immigration clandestine massive et de protection des frontiĂšres nationales."


Débat sur la primauté du droit national : En réponse à cette situation, un sénateur allié de Meloni, Claudio Borg, a tweeté qu'il "convient en effet d'établir définitivement la primauté du droit national sur le droit européen." Ce débat, en cours au Sénat italien, met en lumiÚre la question fondamentale de la "souveraineté nationale".


IV. Une alarme partagĂ©e mĂȘme par la presse europĂ©iste


La presse pro-européenne s'inquiÚte de la situation.

"Un été catastrophique" : Euronews a titré un article du 2 août "Un été cruel pour le second mandat d'Ursula von der Leyen", reconnaissant que les événements des cinq derniÚres semaines, mélange puissant de querelles internes, de troubles mondiaux et d'attaques contre sa personne, fissure l'image étroitement contrÎlée de la présidente de la Commission européenne et la rend vulnérable à une sorte de critique qu'elle avait jusqu'ici évité. Cette observation met en évidence une remise en question globale et croissante de l'Union européenne.


En somme, les sources Ă©tudiĂ©es rĂ©vĂšlent une intensification du sentiment anti-UE en Europe, portĂ©e par des acteurs politiques influents comme l'AfD en Allemagne et des personnalitĂ©s mondiales comme Elon Musk, et exacerbĂ©e par des dĂ©cisions de la CJUE perçues comme une atteinte Ă  la souverainetĂ© nationale et aux intĂ©rĂȘts Ă©conomiques des États membres. Les critiques se concentrent sur la corruption, la bureaucratie excessive, l'ingĂ©rence dans les affaires nationales, l'impact nĂ©gatif sur l'Ă©conomie et la perte de souverainetĂ©. L'Europe est en roue libre ...

 

François Charbonnier

Appel Ă  la paix en Palestine

04/08/2025

Appel Ă  la paix en Palestine

Ce qui se passe Ă  Gaza depuis le 7 octobre 2023 reprĂ©sente l’une des urgences humanitaires les plus prĂ©occupantes de l’histoire rĂ©cente. Cette tragĂ©die ne peut nous laisser indiffĂ©rents et interpelle tout particuliĂšrement notre conscience de chrĂ©tiens. Face Ă  la mort de milliers d’innocents, due non seulement Ă  des actes de guerre mais aussi Ă  la famine, il ne peut y avoir d’excuses.

 

Le soutien et l’aide Ă  tous les civils, aux populations qui souffrent, et en particulier aux chrĂ©tiens qui vivent en Terre Sainte, ont Ă©galement Ă©tĂ© demandĂ©s par le patriarche de JĂ©rusalem, le cardinal Pizzaballa, et par le nouveau souverain pontife, le pape LĂ©on XIV.

 

Nous savons que dans une partie de l’opinion publique, le fait de se prononcer en faveur de la cessation des actes de violence et du siĂšge de Gaza dĂ©clenche des rĂ©actions contradictoires, parfois dĂ©sordonnĂ©es et agressives, avec en premier lieu l’accusation de sympathiser avec les terroristes du Hamas. Cette accusation doit ĂȘtre rĂ©solument rejetĂ©e.

Les habitants de Gaza, mais aussi de Cisjordanie, et tous ceux qui vivent en Terre sainte sont des ĂȘtres humains qui ont droit au respect de leur vie et de leur dignitĂ©.

 

C’est ce qui nous motive : aucune connivence avec le terrorisme. Cependant, on ne peut pas occulter les violations des droits de l’homme commises par l’actuel gouvernement israĂ©lien, dirigĂ© par un personnage controversĂ© et contestable comme Benjamin Netanyhau et composĂ© Ă©galement d’individus dĂ©clarĂ©s indĂ©sirables pour leurs positions racistes et violentes et leur incitation expresse au nettoyage ethnique, qui ne reprĂ©sente d’ailleurs qu’une partie de la population. En effet, de nombreux Juifs en IsraĂ«l et dans le monde entier appellent Ă  une rĂ©solution pacifique de ce conflit.

 

L’autre accusation honteuse portĂ©e Ă  l’encontre de ceux qui rĂ©clament le respect du peuple de Terre Sainte est celle d’antisĂ©mitisme. Nous tenons Ă  rappeler avec force que critiquer l’actuel gouvernement israĂ©lien ne signifie pas avoir des sentiments hostiles Ă  l’égard du peuple juif.

 

Dans le contexte actuel, le terme « antisĂ©mite » est surrĂ©aliste, puisque les Palestiniens – en tant qu’Arabes – sont Ă©galement des SĂ©mites. Quiconque offense ou commet des violences Ă  l’encontre d’un Palestinien est antisĂ©mite.

 

En tant que Comitato Liberi in Veritate, nous appelons par la prĂ©sente Ă  soutenir inconditionnellement – sans si et sans mais – la position du Patriarcat de JĂ©rusalem et de la diplomatie pontificale, invitant tous les chrĂ©tiens, tant individuellement qu’en association, Ă  se joindre Ă  toutes les initiatives visant Ă  aider le peuple souffrant de Gaza et les chrĂ©tiens vivant en Terre Sainte, et Ă  soutenir les manifestations de solidaritĂ© avec eux et les demandes adressĂ©es aux dirigeants.

 

Enfin, nous appelons Ă  prier pour la conversion afin que la Terre Sainte, oĂč s’est accomplie l’histoire du salut pour tous, connaisse la paix.

 

www.paologulisano.com/appello-per-la-pace-in-palestina

De Rome à la France, une jeunesse catholique de plus en plus décomplexée

03/08/2025

De Rome à la France, une jeunesse catholique de plus en plus décomplexée

 

« Vous ĂȘtes le sel de la terre, vous ĂȘtes la lumiĂšre du monde ! » Par ces paroles chaleureuses et engageantes, tirĂ©es de l’Evangile, le pape LĂ©on XIV a tenu Ă  rappeler aux centaines de milliers de jeunes, venus Ă  Rome bĂ©nĂ©ficier des grĂąces du JubilĂ©, que l’Eglise toute entiĂšre comptait sur eux. Le nouveau Souverain Pontife sait que l’avenir du catholicisme se trouve entre leurs mains et il ne peut ignorer les grands dĂ©fis qui les attendent. L’univers postmoderne, plein de lui-mĂȘme et dĂ©sabonnĂ© de Dieu, s’attache volontairement Ă  faire fi detoutes rĂ©alitĂ©s surnaturelles. L’influence de l’Eglise ne cesse de s’étioler tandis que le nombre de catĂ©chisĂ©s s’effondre. Jamais en Occident la culture chrĂ©tienne n’avait semblĂ© aussi fragile. Qui connaĂźt encore la signification de la fĂȘte du 15 aoĂ»t Ă  venir, jour de l’Assomption de Notre Dame au Ciel ? Dans une sociĂ©tĂ© davantage prĂ©occupĂ©e par la vie Ă©conomique que par la vie mystique, il n’y a pas que le trou de la dette qui continue de se creuser, les Ăąmes elles-mĂȘmes sont relĂ©guĂ©es aux catacombes.

 

Une jeunesse « vide et avide »

 

De cet impensĂ© existentiel, il en ressort une jeunesse certes dĂ©boussolĂ©e mais aussi assoiffĂ©e. Comment combler son appĂ©tit d’infini ? Orpheline de repĂšres, analphabĂšte desprincipes religieux, l’écrasante majoritĂ© des jeunes s’interroge sur cette verticalitĂ© qui leur fait dĂ©faut et qu’on ne leur a pas transmise. « Vide et avide » rĂ©sumera un prĂȘtre parisien pour qualifier ces Ă©tudiants en quĂȘte de sens et qui n’hĂ©sitent plus Ă  franchir les portes des Ă©glises. C’est que la foi chrĂ©tienne, dĂ©sormais minoritaire dans son expression authentique, recĂšle plus que jamais une dimension transgressive. A l’heure de Tik-Tok, de la tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ© et du wokisme lancinant, le message de l’Evangile dĂ©note franchement. Suivre le Christ n’est pas tant has been que punk pour cette jeunesse dĂ©complexĂ©e.

 

Hier soir, dans la banlieue de Rome, Ă  Tor Vergata, LĂ©on XIV s’est appuyĂ© lors de sa prise de parole avant l’adoration eucharistique sur la vie de saint Augustin qui, aprĂšs avoir menĂ© une jeunesse dissolue, a dĂ©couvert le grand bonheur de l’amitiĂ© avec Dieu. Cette rencontre dĂ©cisive possĂšde son capital d’absolu. Saint Augustin « cherchait la vĂ©ritĂ© qui ne déçoit pas, la beautĂ© qui ne passe pas » et les a trouvĂ©es « en rencontrant celui qui le cherchait dĂ©jĂ  : JĂ©sus-Christ ». A un jeune qui lui partageait ses difficultĂ©s Ă  croire en la prĂ©sence de Dieu « au milieu des Ă©preuves et des incertitudes », le pape lui indiquera un chemin tout intĂ©rieur : « Adorez le Christ dans le Saint Sacrement [l’adoration de l’hostie consacrĂ©e, prĂ©sence rĂ©elle du Seigneur JĂ©sus sous les apparences du pain], source de la vie Ă©ternelle. » Au milieu du vacarme du monde, le pape invitait non pas la jeunesse Ă  faire davantage de bruit mais, au contraire, Ă  gagner en intĂ©rioritĂ©.

 

Les Troubadours de la miséricorde : des jeunes audacieux, comédiens et apÎtres

 

Cet appel au silence et Ă  la vie spirituelle, de plus en plus de jeunes s’en font l’écho. A 1300 km de lĂ , une joyeuse bande de 25 jeunes comĂ©diens volontaires Ă©cume durant ce dĂ©but du mois d’aoĂ»t les parvis des Ă©glises, de Vannes Ă  Carnac en passant par Josselin. A l’image des multiples initiatives missionnaires qui existent en France durant la pĂ©riode estivale,afin de porter le Christ aux inconnus, la troupe des Troubadours de la misĂ©ricorde organise des spectacles gratuits et ouverts Ă  tous. LancĂ©e lors des JMJ Ă  Lisbonne en 2023, ces jeunes tĂ©moignent de leur foi en proposant aux badauds des scĂ©nettes spirituelles oĂč s’alternent dialogues aux messages Ă©vangĂ©liques, chants sacrĂ©s, sons d’instruments, danses mĂ©diĂ©vales et tapements de mains, le tout dans une ambiance bon enfant. Directement inspirĂ©s des “MystĂšres” du Moyen-Âge – piĂšces de théùtre religieux qui cherchaient Ă  toucher et catĂ©chiser un public plus large – les Troubadours de la MisĂ©ricorde vont ainsi aux pĂ©riphĂ©ries prĂȘcher la bonne parole. En s’adressant aux vacanciers, davantage Ă  la recherche de glaces ou de cartes postales que d’aventures spirituelles, ils souhaitent, aidĂ©s par leur insolente jeunesse,rappeler plaisamment Ă  tous et chacun que « L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4, 4). AprĂšs un premier spectacle sur Jeanne d’Arc puis un autre sur le bon larron, cet Ă©tĂ© c’est la vie de François d’Assise qui ambitionne d’édifier le public. Au fur et Ă  mesure de la reprĂ©sentation, les passants s’arrĂȘtent, les enfants s’asseyent, l’assistance Ă©coute, la musique interprĂ©tĂ©e par la troupe fait le reste.

 

Ces comĂ©diens amateurs touchent par leur enthousiasme et leur Ă©lan. Ils sont Ă  l’image de la jeunesse catholique française : sans peur et sans complexe. A la fin du spectacle, tout le parvis est invitĂ© Ă  entrer dans l’église attenante. Un temps d’adoration silencieuse les attend et des prĂȘtres se tiennent Ă  leur disposition pour Ă©changer, discuter ou leur offrir le pardon divin dans la confession. Les larmes coulent souvent, les mains se joignent parfois et, toujours, Dieu seul distingue ce qui se trame dans les cƓurs.

 

De Rome aux provinces de France, la jeunesse catholique reste, pour reprendre la formule du pape LĂ©on XIV, « le signe qu’un monde diffĂ©rent est possible ». Raison de plus pour l’écouter et lui donner une place de choix.

Aspirez à la sainteté !

02/08/2025

Aspirez à la sainteté !

TrĂšs chers jeunes,

 

AprĂšs la VeillĂ©e vĂ©cue ensemble hier soir (NDLR : vidĂ©o ci-dessous), nous nous retrouvons aujourd’hui pour cĂ©lĂ©brer l’Eucharistie, sacrement du don total de Soi que le Seigneur a fait pour nous. Nous pouvons imaginer revivre, dans cette expĂ©rience, le chemin parcouru le soir de PĂąques par les disciples d’EmmaĂŒs (cf. Lc 24, 13-35) : d’abord, ils s’éloignaient de JĂ©rusalem, effrayĂ©s et déçus ; ils partaient convaincus qu’aprĂšs la mort de JĂ©sus, il n’y avait plus rien Ă  attendre, plus rien Ă  espĂ©rer. Et pourtant, ils l’ont prĂ©cisĂ©ment rencontrĂ©, ils l’ont accueilli comme compagnon de voyage, ils l’ont Ă©coutĂ© pendant qu’il leur expliquait les Écritures, et enfin ils l’ont reconnu Ă  la fraction du pain. Alors leurs yeux se sont ouverts et l’annonce joyeuse de PĂąques a trouvĂ© place dans leur cƓur.

 

La liturgie d’aujourd’hui ne nous parle pas directement de cet Ă©pisode, mais elle nous aide Ă  rĂ©flĂ©chir sur ce qu’il raconte : la rencontre avec le RessuscitĂ© qui change notre existence, qui Ă©claire nos affections, nos dĂ©sirs, nos pensĂ©es.

La premiĂšre lecture, tirĂ©e du Livre de Qohelet, nous invite Ă  faire, comme les deux disciples dont nous avons parlĂ©, l’expĂ©rience de notre limite, de la finitude des choses qui passent (cf. Qo 1, 2 ; 2, 21-23) ; et le psaume responsorial, qui lui fait Ă©cho, nous propose l’image d’une     « herbe changeante : elle fleurit le matin, elle change ; le soir, elle est fanĂ©e, dessĂ©chĂ©e » (Ps 90, 5-6). Ce sont deux rappels forts, peut-ĂȘtre un peu choquants, mais qui ne doivent pas nous effrayer, comme s’il s’agissait de sujets “tabous” Ă  Ă©viter. La fragilitĂ© dont ils nous parlent fait en effet partie de la merveille que nous sommes. Pensons au symbole de l’herbe : n’est-ce pas magnifique, un prĂ© en fleurs ? Certes, elles sont dĂ©licates, faites de tiges fines, vulnĂ©rables, susceptibles de se dessĂ©cher, de se plier, de se briser, mais en mĂȘme temps, elles sont immĂ©diatement remplacĂ©es par d’autres qui poussent aprĂšs elles, et dont les premiĂšres deviennent gĂ©nĂ©reusement nutriments et servent d’engrais, en se consumant sur le sol. C’est ainsi que vit le champ, se renouvelant continuellement, et mĂȘme pendant les mois froids d’hiver, quand tout semble silencieux, son Ă©nergie frĂ©mit sous terre et se prĂ©pare Ă  exploser, au printemps, en mille couleurs.

 

Nous aussi, chers amis, nous sommes ainsi faits : nous sommes faits pour cela. Non pour une vie oĂč tout est acquis et immobile, mais pour une existence qui se rĂ©gĂ©nĂšre constamment dans le don, dans l’amour. Et ainsi, nous aspirons continuellement Ă  un “plus” qu’aucune rĂ©alitĂ© créée ne peut nous donner ; nous ressentons une soif si grande et si brĂ»lante qu’aucune boisson de ce monde ne peut l’étancher. Face Ă  cette soif, ne trompons pas notre cƓur en essayant de l’apaiser avec des substituts inefficaces ! Écoutons-la plutĂŽt ! Faisons-en un tabouret sur lequel nous pouvons monter pour nous pencher, comme des enfants, sur la pointe des pieds, Ă  la fenĂȘtre de la rencontre avec Dieu. Nous nous trouverons face Ă  Lui, qui nous attend, qui frappe mĂȘme gentiment Ă  la vitre de notre Ăąme (cf. Ap 3, 20). Et il est beau, mĂȘme Ă  vingt ans, de Lui ouvrir grandement notre cƓur, de le laisser y entrer, pour ensuite nous aventurer avec Lui vers les espaces Ă©ternels de l’infini.

 

Saint Augustin, parlant de sa recherche intense de Dieu, se demandait : « Quel est donc l’objet de notre espĂ©rance [
] ? Est-ce la terre ? Non. Est-ce quelque chose qui vient de la terre, comme l’or, l’argent, l’arbre, la moisson, l’eau [
] ? Ces choses plaisent, elles sont belles, elles sont bonnes » (Sermon 313/F, 3). Et il concluait : « Cherche celui qui les a faites, c’est Lui ton espĂ©rance » (ibid.). Puis, repensant au chemin qu’il avait parcouru, il priait en disant : « Tu [Seigneur] Ă©tais au-dedans, et moi au-dehors et c’est lĂ  que je te cherchais [
]. Tu as appelĂ©, tu as criĂ© et tu as brisĂ© ma surditĂ© tu as brillĂ©, tu as resplendi et tu as dissipĂ© ma cĂ©citĂ© tu as embaumĂ©, j’ai respirĂ© et haletant j’aspire Ă  toi j’ai goĂ»tĂ© [cf. Ps 33, 9 ; 1 P 2, 3] et j’ai faim et j’ai soif [cf. Mt 5, 6 ; 1 Co 4, 11] ; tu m’as touchĂ© et je me suis enflammĂ© pour ta paix » (Confessions, 10, 27).

 

FrĂšres et sƓurs, ce sont de trĂšs belles paroles, qui rappellent ce que le Pape François disait Ă  Lisbonne, lors de la JournĂ©e Mondiale de la Jeunesse, Ă  d’autres jeunes comme vous : « Chacun est appelĂ© Ă  se confronter Ă  de grandes questions qui n’ont pas [
] une rĂ©ponse simpliste ou immĂ©diate, mais qui invitent Ă  accomplir un voyage, Ă  se dĂ©passer, Ă  aller plus loin [
], Ă  un dĂ©collage sans lequel il n’y a pas de vol. Ne nous alarmons pas alors si nous nous trouvons assoiffĂ©s de l’intĂ©rieur, inquiets, inachevĂ©s, avides de sens et d’avenir [
]. Ne soyons pas malades, soyons vivants ! » (Discours pour la rencontre avec les jeunes universitaires, 3 aoĂ»t 2023).

 

Il y a une question importante dans notre cƓur, un besoin de vĂ©ritĂ© que nous ne pouvons ignorer, qui nous amĂšne Ă  nous      demander : qu’est-ce vraiment que le bonheur ? Quel est le vĂ©ritable goĂ»t de la vie ? Qu’est-ce qui nous libĂšre des marĂ©cages de l’absurditĂ©, de l’ennui, de la mĂ©diocritĂ© ?

 

Ces derniers jours, vous avez vĂ©cu de nombreuses expĂ©riences enrichissantes. Vous avez rencontrĂ© des jeunes de votre Ăąge, venus de diffĂ©rentes parties du monde et appartenant Ă  diffĂ©rentes cultures. Vous avez Ă©changĂ© vos connaissances, partagĂ© vos attentes, dialoguĂ© avec la ville Ă  travers l’art, la musique, l’informatique, le sport. Au Circo Massimo, vous vous ĂȘtes approchĂ©s du sacrement de la pĂ©nitence, vous avez reçu le pardon de Dieu et vous avez demandĂ© son aide pour mener une vie bonne.

 

Dans tout cela, vous pouvez trouver une rĂ©ponse importante : la plĂ©nitude de notre existence ne dĂ©pend pas de ce que nous accumulons ni, comme nous l’avons entendu dans l’Évangile, de ce que nous possĂ©dons (cf. Lc 12, 13-21). Elle est plutĂŽt liĂ©e Ă  ce que nous savons accueillir et partager avec joie (cf. Mt 10, 8-10 ; Jn 6, 1-13). Acheter, accumuler, consommer ne suffit pas. Nous avons besoin de lever les yeux, de regarder vers le haut, vers « les rĂ©alitĂ©s d’en haut » (Col 3, 2), pour nous rendre compte que tout a un sens, parmi les rĂ©alitĂ©s du monde, dans la mesure oĂč cela sert Ă  nous unir Ă  Dieu et Ă  nos frĂšres dans la charitĂ©, en faisant grandir en nous « des sentiments de tendresse et de compassion, de bontĂ©, d’humilitĂ©, de douceur » (Col 3, 12), de pardon (cf. ibid., v. 13), de paix (cf. Jn 14, 27), comme ceux du Christ (cf. Ph 2, 5). Et dans cette perspective, nous comprendrons toujours mieux ce que signifie « l’espĂ©rance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a Ă©tĂ© rĂ©pandu dans nos cƓurs par l’Esprit Saint qui nous a Ă©tĂ© donnĂ© » (Rm 5, 5).

 

TrĂšs chers jeunes, notre espĂ©rance, c’est JĂ©sus. C’est Lui, comme le disait saint Jean-Paul II, « qui suscite en vous le dĂ©sir de faire de votre vie quelque chose de grand, [
] pour vous rendre meilleurs, pour amĂ©liorer la sociĂ©tĂ©, en la rendant plus humaine et plus fraternelle » (XVe JournĂ©e mondiale de la Jeunesse, VeillĂ©e de priĂšre, 19 aoĂ»t 2000). Restons unis Ă  Lui, restons dans son amitiĂ©, toujours, en la cultivant par la priĂšre, l’adoration, la communion eucharistique, la confession frĂ©quente, la charitĂ© gĂ©nĂ©reuse, comme nous l’ont enseignĂ© les bienheureux Piergiorgio Frassati et Carlo Acutis, qui seront bientĂŽt proclamĂ©s saints. Aspirez Ă  de grandes choses, Ă  la saintetĂ©, oĂč que vous soyez. Ne vous contentez pas de moins. Vous verrez alors grandir chaque jour, en vous et autour de vous, la lumiĂšre de l’Évangile.

 

Je vous confie Ă  Marie, la Vierge de l’espĂ©rance. Avec son aide, en retournant dans les prochains jours dans vos pays, dans toutes les parties du monde, continuez Ă  marcher avec joie sur les traces du Sauveur, et contaminez tous ceux que vous rencontrez avec votre enthousiasme et le tĂ©moignage de votre foi ! Bonne route !

 

 

Source : Le Saint SiĂšge

 

 

 

Veillée de priÚre, et échange avec le Pape Léon XIV
pour le jubilé des jeunes, 02 aout 2025

 

 

 

Les églises de Syrie ciblées par des bombardements

01/08/2025

Les églises de Syrie ciblées par des bombardements

Le fracas des bombes qui continuent de pleuvoir sur Gaza en cet Ă©tĂ© 2025 a tendance Ă  faire oublier ce qui se passe Ă  plusieurs centaines de kilomĂštres de l’Etat d’IsraĂ«l. Car dans une Syrie prĂ©tendue « libĂ©rĂ©e » du rĂšgne sans partage du clan Assad, plus de 250 personnes viennent de trouver refuge dans une Ă©glise face Ă  la poursuite des attaques gĂ©nĂ©ralisĂ©es et des bombardements dans le sud du pays.

 

Entre 60 et 70 familles provenant de diffĂ©rents villages, dont de nombreux chrĂ©tiens, se sont abritĂ©es dans l’église capucine de JĂ©sus-Roi, situĂ©e dans la ville de SoueĂŻda. Plusieurs sources locales ont rapportĂ© Ă  l’association Aide Ă  l’Eglise en DĂ©tresse (AED) que ces rĂ©fugiĂ©s survivent dans des « conditions extrĂȘmes et sous des bombardements continus ».

 

Un autre tĂ©moin, qui souhaite rester anonyme pour des raisons de sĂ©curitĂ©, dĂ©clare Ă  l’AED : « Ces derniers jours [Ă  la mi-juillet 2025, ndlr] le complexe de l’église a Ă©tĂ© touchĂ© par des bombardements intenses. Un obus a frappĂ© le monastĂšre, causant d’importants dĂ©gĂąts aux rĂ©servoirs d’eau et aux vitres. Miraculeusement, personne Ă  l’intĂ©rieur de l’église n’a Ă©tĂ© blessĂ©. »

 

Cette personne a ajoutĂ© que la vie dans la rĂ©gion est devenue « insupportable », marquĂ©e par des pĂ©nuries d’eau et d’électricitĂ©, un Ă©puisement des rĂ©serves alimentaires et le pillage des entrepĂŽts. Une autre source confirme :

 

« Le siĂšge se poursuit, et les tirs de snipers rendent impossible toute sortie. Des coups de feu sporadiques se font entendre, et la peur est constante, sans aucune clartĂ© sur l’identitĂ© des factions en conflit. Il y a encore de nombreuses personnes portĂ©es disparues – elles pourraient se trouver dans d’autres villages ou ĂȘtre mortes dans leurs maisons. »

 

Le 15 juillet, l’église grecque-catholique Saint-Michel d’Al-Soura Al-Kabira a subi d’importants dĂ©gĂąts. 38 maisons appartenant Ă  des familles chrĂ©tiennes auraient Ă©tĂ© dĂ©truites par les flammes, et prĂšs de 70 personnes ont trouvĂ© refuge dans une salle paroissiale Ă  Shahba. Un tĂ©moin rapporte Ă  l’AED : « L’hĂŽpital local est hors service, avec plus de 1 200 corps en attente d’inhumation depuis plus d’une semaine. »

 

Une religieuse en contact avec les familles dĂ©placĂ©es dans l’est de SoueĂŻda a dĂ©clarĂ© que « toute la ville reste plongĂ©e dans une crise profonde ». Elle explique qu’aprĂšs dix jours de siĂšge, les habitants se sentent « complĂštement piĂ©gĂ©s. Les routes sont dangereuses, remplies de tirs de snipers et de chaos. Aucun couloir humanitaire n’a Ă©tĂ© Ă©tabli, et aucune aide n’est parvenue Ă  la ville. »

La religieuse ajoute un tĂ©moignage dĂ©chirant : « Beaucoup souffrent de crises de panique sĂ©vĂšres, d’effondrements Ă©motionnels et d’une anxiĂ©tĂ© extrĂȘme. Il y a un besoin urgent de sĂ©datifs et de soutien psychologique – les gens ne peuvent pas dormir, ils sont submergĂ©s par la peur et l’horreur. La situation est d’une dĂ©shumanisation inimaginable, avec des corps gisant dans les rues. Il n’y a plus de dignitĂ© ni pour les vivants ni pour les morts. » Pour la religieuse, la communautĂ© internationale doit intervenir.

 

« Nous implorons le monde d’agir. Nous avons besoin d’un couloir humanitaire urgent pour Ă©vacuer les civils ou acheminer des secours mĂ©dicaux et alimentaires essentiels. Nous avons besoin de soutien psychologique, de mĂ©dicaments essentiels, d’une attention internationale, de compassion et, surtout, d’une action immĂ©diate », implore-t-elle. Un appel qui laisse indiffĂ©rente la France, dont les liens avec la Syrie sont pourtant historiques.

Les chrĂ©tiens, qui reprĂ©sentaient environ 6% de la population syrienne avant la guerre civile de 2011 – soit environ 1,5 Ă  2 millions de personnes – ne sont plus qu’une minoritĂ© estimĂ©e entre 250 000 et 500 000 croyants aujourd’hui. La guerre, les persĂ©cutions par les groupes jihadistes comme l’organisation Etat islamique (EI), et l’émigration massive ont drastiquement rĂ©duit leur nombre.

 

Pourtant sur place, pas question de cĂ©der au dĂ©sespoir devant les reniements occidentaux : « Nos besoins sont immenses, mais ce dont nous avons vraiment besoin, ce sont des priĂšres et l’intervention de Dieu – lui seul peut nous sortir de cette situation », estiment les chrĂ©tiens de Syrie.

 

(Source : Aide Ă  l’Eglise en dĂ©tresse/Zenit – FSSPX.ActualitĂ©s)
Illustration : Eglise chrétienne à Damas © Canva

LĂ©on XIV, cent premiers jours sous le signe de l’unitĂ© et de l’apaisement

01/08/2025

LĂ©on XIV, cent premiers jours sous le signe de l’unitĂ© et de l’apaisement

Selon JM Guénois, voici les 5 axes majeurs du début du pontificat de Léon XIV :

Un retour à une papauté classique et pondérée

Un magistÚre axé sur la vie intérieure et la conversion

Une place redonnée au clergé

Une nouvelle méthode diplomatique

La question liturgique

 

Retour à une papauté classique et pondérée


Le début du pontificat de Léon XIV est marqué par un apaisement du climat au Vatican, aprÚs le style de gestion parfois perçu comme "terrorisant" de François. Le nouveau pape, avec 86 % de bonnes opinions, fait dans ses débuts l'image d'un pontificat calme et sobre. Il prendra possession des appartements pontificaux, boudés par son prédécesseur, une décision symbolique de ce retour à une papauté plus classique.

 

Un magistÚre axé sur la vie intérieure et la conversion


Le site officiel du Vatican met en évidence le mot "Magisterium" (magistÚre), soulignant l'importance de l'enseignement de la foi catholique. Le pape se concentre sur la conversion intime au Christ, sans compromis. L'article mentionne que Léon XIV n'est pas un pape progressiste, soutenant par exemple le célibat sacerdotal et ne prévoyant pas le diaconat féminin. Sa premiÚre encyclique, en préparation, devrait définir le cadre de son magistÚre.

 

Une place redonnée au clergé


LĂ©on XIV met l'accent sur la collĂ©gialitĂ© en plus de la "synodalitĂ©", le leitmotiv du pontificat de François. S'il ne remet pas en question la participation des laĂŻcs, il insiste sur l'importance des prĂȘtres et des Ă©vĂȘques. Il n'envisage pas l'Église comme un atelier de rĂ©formes permanentes. Le test dĂ©cisif sera l'avenir de "l'assemblĂ©e ecclĂ©siale" prĂ©vue pour 2028.

 

Une nouvelle méthode diplomatique


Le pape LĂ©on XIV rompt avec la mĂ©thode personnelle et intuitive de François, prĂ©fĂ©rant travailler en Ă©troite collaboration avec la SecrĂ©tairerie d'État. Il a dĂ©jĂ  des projets de voyages Ă  l'Ă©tude en Turquie et en AlgĂ©rie Ă  l'invitation rĂ©cente du prĂ©sident Tebboune. Comme ses prĂ©dĂ©cesseurs, il soutient la reconnaissance de l'État palestinien et la solution Ă  deux États.

 

La question liturgique


La question du rite tridentin, mise Ă  mal par François, est au cƓur des prĂ©occupations de LĂ©on XIV, qui souhaite reconstruire l'unitĂ© de la communautĂ© catholique. Le pape est attentif Ă  la liturgie et sa propre maniĂšre de cĂ©lĂ©brer la messe est jugĂ©e irrĂ©prochable. L'avenir de l'ancien rituel liturgique et la nomination du nouveau "ministre" en charge de cette question seront dĂ©cisifs.

 

 

F. Charbonnier

1er août - Saint Alphonse-Marie de Ligori

31/07/2025

1er août - Saint Alphonse-Marie de Ligori

Le 29 septembre 1696, Alphonse, fils aĂźnĂ© de Don Guiseppe de Ligori (issu d'une des plus vieilles familles de la noblesse napolitaine et capitaine des galĂšres) et de son Ă©pouse Dona Anna-Catarina (issue de la noble famille espagnole des Caballero), venait Ă  peine d'ĂȘtre baptisĂ©, le surlendemain de sa naissance, Ă  Marianella, prĂšs de Naples, que saint François de Hyeronimo, alors jeune jĂ©suite, prophĂ©tisa : Cet enfant vivra vieux, trĂšs vieux, il ne mourra pas avant ses quatre-vingt-dix ans. Il sera Ă©vĂȘque et fera de grandes choses pour Dieu. La famille est pieuse, le pĂšre suit une retraite fermĂ©e annuelle, la mĂšre lit chaque jour les heures canoniales ; des neuf enfants qu'ils auront, en dehors de l'aĂźnĂ©, un garçon sera bĂ©nĂ©dictin (Antonio) et un autre prĂȘtre sĂ©culier (Gaetano), deux filles seront religieuses (Barbara et Annella seront franciscaines). Saint Alphonse-Marie est inscrit, Ă  neuf ans, dans la congrĂ©gation des jeunes nobles, dirigĂ©e par les prĂȘtres de l'Oratoire, et, aprĂšs voir reçu sa premiĂšre communion (26 septembre 1705), il y est inscrit comme novice (7 mars 1706).

 

Aussi pieux qu'intelligent, aussi curieux des sciences que des lettres, Alphonse fait ses premiĂšres Ă©tudes avec des maĂźtres particuliers avec lesquels, outre le latin, le grec, l'italien, l'espagnol et le français, il se passionne pour les mathĂ©matiques et la philosophie, non sans apprendre la musique avec Gaetano Greco, et la peinture avec Solimena ; Ă  douze ans, il entre Ă  l'universitĂ© royale de Naples oĂč, Ă  seize ans, il reçoit le titre de docteur en droit civil et en droit ecclĂ©siastique (21 janvier 1713).

 

DĂ©jĂ , depuis l'Ăąge de quatorze ans, aprĂšs avoir reçu l'Ă©pĂ©e d'argent des chevaliers, il participe Ă  la gestion des affaires de la ville qui, l'annĂ©e de ses vingt ans, le choisit pour juge. L'annĂ©e de ses dix-huit ans, il suit rĂ©guliĂšrement des retraites fermĂ©es annuelles Ă  quoi son pĂšre l'a initiĂ©, et, chaque jour, il visite le Saint-Sacrement dans une Ă©glise et la Sainte Vierge dans une autre. Puis, ce jeune homme qui ne songe guĂšre Ă  devenir prĂȘtre, prenant au sĂ©rieux l'invitation de JĂ©sus au jeune homme riche, fait, en 1716, voeu de cĂ©libat (il renonce Ă  Ă©pouser sa cousine, Teresina de Ligori, fille du prince de Presiccio, qui entrera chez les soeurs du Saint-Sacrement et mourra en odeur de saintetĂ©). Membre de la confrĂ©rie des jeunes nobles, puis, aprĂšs avoir terminĂ© ses stages d'avocat, Ă  partir de 1715, des docteurs, il aide plusieurs fois par semaine Ă  l'HĂŽpital des Incurables et il rassemble autour de lui quelques amis pour l'adoration quotidienne du Saint-Sacrement et pour une rĂ©collection mensuelle.

 

Avocat cĂ©lĂšbre au-delĂ  du royaume de Naples, il n'a encore perdu aucune cause lorsque, en 1723, le duc Orsini di Gravina lui confie ses intĂ©rĂȘts contre Cosme III de MĂ©dicis, grand duc de Toscane. La cause d'Orsini est juste, le dossier est solide, mais les pressions politiques et les pots de vin font pencher le verdict en faveur du MĂ©dicis et Alphonse, dĂ©goĂ»tĂ©, quitte le barreau, refuse de se rendre Ă  la cour oĂč il est invitĂ© pour l'anniversaire de l'ImpĂ©ratrice, pour se rĂ©fugier Ă  l'HĂŽpital des Incurables. Alors qu'il achĂšve son service auprĂšs des malades, il entend une voix lui dire : Quitte le monde ! Donne-toi tout Ă  moi ! Comprenant d'oĂč vient l'appel, il rĂ©pond : Me voici, Seigneur ! Trop longtemps j'ai rĂ©sistĂ© Ă  votre grĂące. Faites de moi ce qu'il vous plaira. Quelques minutes plus tard, il est aux pieds de Notre-Dame de la Merci pour se donner tout entier au Seigneur : il pose son Ă©pĂ©e de gentilhomme sur l'autel de la Vierge (29 aoĂ»t 1723).

 

Alphonse prend l'habit ecclĂ©siastique (23 octobre 1723) et suit les cours du sĂ©minaire de Naples oĂč il choisit de s'initier aux missions apostoliques. TonsurĂ© le 23 septembre 1724, sous-diacre le 22 septembre 1725, il est ordonnĂ© diacre le 6 avril 1726 et prononce son premier sermon en l'Ă©glise paroissiale de San Giovanni in Porta ; il est prĂȘtre le 21 dĂ©cembre 1726. Une fois prĂȘtre, Alphonse dĂ©pensait le plus clair de son activitĂ© dans le quartier oĂč vit la lie du peuple napolitain. C'Ă©tait sa joie de se trouver ainsi au milieu de la racaille, de ceux qu'on nomme les lazzaroni, et des pauvres petites gens des mĂȘmes mĂ©tiers de misĂšre. Plus qu'aux autres, il leur avait donnĂ© son coeur. Et bien sĂ»r, il les instruisait par ses prĂ©dications et les rĂ©conciliait avec Dieu par la confession. De bouche Ă  oreille, dans le milieu, on se le dit bientĂŽt jusqu'au bout de la ville ; et l'on arrivait de partout. Et venaient les scĂ©lĂ©rats, tant, et tant encore... Puis ils revenaient. Et non seulement ils quittaient leurs vices, mais ils s'engageaient dans l'oraison, la contemplation, et n'avaient bientĂŽt plus rien d'autre en tĂȘte que d'aimer JĂ©sus-Christ. Membre des Missions Apostoliques, aprĂšs avoir dĂ©couvert les misĂšres de la ville, il dĂ©couvre celles des campagnes pour l'Ă©vangĂ©lisation desquelles il fonde, le 9 novembre 1732, Ă  Scala, la congrĂ©gation du Saint-Sauveur qui s'appellera plus tard la congrĂ©gation du Saint-RĂ©dempteur, les RĂ©demptoristes.

 

Alors qu'il a dĂ©jĂ  refusĂ© par deux fois l'archevĂȘchĂ© de Palerme, ClĂ©ment XII l'oblige d'accepter celui de Sainte-Agathe des Goths (province de BĂ©nĂ©vent) ; nommĂ© en mars, il est sacrĂ© Ă  Rome, dans l'Ă©glise de la Minerve, le 14 juin 1762, il est intronisĂ© le 18 juillet 1762. Sans lĂącher la direction de son Institut, il oeuvre Ă  la rĂ©forme de son diocĂšse : le plus grand bien qu'un Ă©vĂȘque puisse procurer Ă  son diocĂšse, Ă©crit-il, c'est d'y faire prĂȘcher la mission immanquablement tous les trois ans ; il rappelle Ă  ses curĂ©s l'obligation qui leur incombe de prĂȘcher tous les dimanches et Ă  toutes les fĂȘtes solennelles, selon la prescription du concile de Trente, et de prĂȘcher d'une maniĂšre simple et populaire, adaptĂ©e Ă  la qualitĂ© de leur auditoire ; il rĂ©nove et veille avec soin sur son sĂ©minaire ; il fait de nombreuses visites pastorales ; il donne l'exemple de la pauvretĂ© et s'Ă©lĂšve contre toute forme d'injustice. Cependant, outre une trĂšs large correspondance, il continue Ă  rĂ©diger de nombreux ouvrages (il en a Ă©crit cinquante-et-un avant son Ă©lĂ©vation Ă  l'Ă©piscopat, il en Ă©crit encore soixante-et-un aprĂšs) faits pour ĂȘtre compris par tous de sorte d'atteindre par ses Ă©crits ceux que sa prĂ©dication ne pouvait rejoindre ; Jean-Paul II, le 1 aoĂ»t 1987, Ă©crivait aux RĂ©demptoristes : Ce qui fit son succĂšs, et le charme de ses Ă©crits, c'est la concision, la clartĂ©, la simplicitĂ©, l'optimisme, l'affabilitĂ© qui va jusqu'Ă  la tendresse. Alphonse n'exclut absolument personne du champ de son action pastorale : il Ă©crit Ă  tous, il Ă©crit pour tous (lettre apostolique Spiritus Domini Ă  l'occasion du deuxiĂšme centenaire de la mort de saint Alphonse-Marie de Ligori). Les Visites au TrĂšs-Saint-Sacrement et Ă  la TrĂšs-Sainte Vierge, rĂ©digĂ©es en des temps diffĂ©rents et publiĂ©es ensemble en 1744 ou 1745, connaĂźtront plus de deux mille Ă©ditions ; Les Gloires de Marie, le plus fort tirage des ouvrages marials de tous les temps, paru en 1750, aprĂšs seize annĂ©es de travail, auront plus de mille Ă©ditions ; La Pratique de l'amour envers JĂ©sus-Christ qu'il considĂ©rait comme le plus pieux et le plus utile de tous ses ouvrages, sera Ă©ditĂ© cinq cent trente-cinq fois ; Le grand moyen de la priĂšre aura deux cent trente-huit Ă©ditions.

 

 


PriĂšre

 

O Verbe Incarné,
vous avez donné votre sang et votre vie,
pour conférer à nos priÚres, selon votre promesse,
une valeur capable d'obtenir tout ce qu'elles implorent.

Et nous, Grand Dieu !
nous sommes négligents pour notre salut
au point de ne pas vouloir demander les grĂąces requises
pour nous sauver.

Vous, avec ce moyen de la priĂšre,
vous nous avez remis la clef de tous vos divins trésors,
et nous, en ne priant pas,
nous nous obstinons Ă  rester dans notre misĂšre.

Ah ! Seigneur,
éclairez-nous et faites-nous connaßtre
le pouvoir auprĂšs de votre PĂšre,
des requĂȘtes adressĂ©es en votre nom et par vos mĂ©rites.

 

 

Saint Alphone Marie de Ligori

L’IA, la gnose, le vocabulaire religieux et Laurent Alexandre

31/07/2025

L’IA, la gnose, le vocabulaire religieux et Laurent Alexandre

Un jour, il se pourrait bien que l’homme se dĂ©matĂ©rialise grĂące aux avancĂ©es de l’intelligence artificielle. Un jour, l’homme sera immortel, toujours grĂące Ă  l’IA, et il n’aura plus besoin de souffrir de maladie ou de pauvretĂ©. Un jour l’IA, en tant qu’entitĂ© ou collection d’entitĂ©s – et ce jour serait trĂšs proche d’aprĂšs ses concepteurs – dĂ©passera l’homme jusqu’à le considĂ©rer comme une sorte d’animal domestique ou un vestige du passĂ© Ă  conserver. Un jour, l’IA parviendra peut-ĂȘtre mĂȘme Ă  mettre fin Ă  la finitude de l’univers. Telles sont les promesses – aussi empoisonnĂ©es que le « vous serez comme des dieux » des origines au paradis terrestre – qui se multiplient aujourd’hui dans la bouche de ceux qui veulent faire comprendre au reste de l’humanitĂ© que ses jours, tels qu’ils sont aujourd’hui en tout cas, sont comptĂ©s. Le tableau Ă  quelque chose de terrifiant, et c’est normal qu’il soit ainsi perçu : s’il devait se rĂ©aliser, il marquerait la fin de toute logique et de toute vĂ©ritĂ© telles que nous les connaissons ; la fin de tout ce que nous savons de nous-mĂȘmes. L’homme ne serait plus une espĂšce Ă  part sur cette terre, il serait dĂ©passĂ© par sa crĂ©ature, il aurait Ă  adorer une sorte de nouvelle divinitĂ© dont on nous dit qu’elle a toutes les chances de se rĂ©vĂ©ler un jour malveillante. On assiste Ă  une sorte de personnification de l’IA non pas de la part d’allumĂ©s de la cafetiĂšre mais de gens qui se veulent au sommet de l’intelligence humaine et qui nous incitent par divers moyens Ă  nous accommoder de ces scĂ©narios qu’il est difficile de ne plus qualifier d’infernaux.

Deux rĂ©centes interventions du Dr Laurent Alexandre en apportent un tĂ©moignage saisissant. Il Ă©tait le 28 juin l’invitĂ© d’Isabelle Morizet sur Europe 1 pour parler de l’avenir tel qu’il le voit. Quelques semaines plus tĂŽt, il est intervenu dans un dĂ©bat organisĂ© par le groupe des Jeunes professionnels le Saint-Nicolas du Chardonnet Ă  Paris. En ces deux occasions, Ă  bien y rĂ©flĂ©chir, Laurent Alexandre a abordĂ© des points fondamentaux sur la nature et les risques de cet outil qui promet de faire de l’homme, selon son expression, un Homo Deus.

 

Laurent Alexandre met en garde autant qu’il est fascinĂ©
L’IA, il faudra s’y soumettre, ou bien mourir, au moins socialement : tel serait le dilemme auquel nous serions confrontĂ©s avec la montĂ©e inĂ©luctable, vertigineuse, incroyablement plus rapide qu’on ne l’aurait jamais cru, de l’IA. L’intelligence artificielle gagne des points de QI Ă  toute vitesse, elle a Ă  sa disposition des connaissances Ă©poustouflantes – tout ce qui a jamais Ă©tĂ© stockĂ© sur Internet – et des capacitĂ©s de calcul qui vous transformeraient le moindre ordinateur de poche (votre smartphone) en super polytechnicien sans trou de mĂ©moire et qui plus est, insensible au sommeil, Ă  la faim, aux besoins Ă©lĂ©mentaires de l’homme et peu enclin (jusqu’à preuve du contraire) Ă  la revendication sociale.

 

VoilĂ  en substance ce qui explique autant qu’il le peut et surtout les plateaux possibles le Dr Laurent Alexandre, dont l’ambiguĂŻtĂ© du langage Ă  l’égard de l’IA surprendra toujours. A la fois il veut mettre en garde contre les bouleversements inouĂŻs qui attendent l’humanitĂ© avec sa progression que rien ne saurait arrĂȘter, et Ă  la fois il prĂ©conise – non, il prĂ©sente comme une sorte de devoir de survie – le fait de s’y mettre. « Je pense qu’il est urgent de donner de l’espoir aux gens. Je pense que vos auditeurs qui n’ont pas encore ChatGPT-4 doivent s’y mettre tout de suite. Sinon, ils vont ĂȘtre larguĂ©s. Ils vont ĂȘtre aveugles. Ils ne vont pas comprendre ce qui se passe. Ils vont ĂȘtre dans un monde qu’ils ne comprendront pas », assurait Laurent Alexandre Ă  Isabelle Morizet, visant absolument tout le monde. Une sorte de soumission collective ?

 

Cela, ce n’est que le premier temps, celui oĂč il faut se dĂ©pĂȘcher d’ĂȘtre Ă  bord pour ne pas ĂȘtre laissĂ© parmi les handicapĂ©s de la comprenette qui demain ne seront plus que des bouches inutiles – c’est du moins ce que l’on comprend entre les lignes.

 

En promettant la « dĂ©corporĂ©itĂ© » de l’homme, l’IA rĂ©vĂšle son essence
Mais tout cela va plus loin. Le corps biologique de l’homme va-t-il disparaĂźtre Ă  la faveur d’entitĂ©s dans lesquelles il aura tĂ©lĂ©chargĂ© son intelligence ? Certains le pensent, comme l’a expliquĂ© Laurent Alexandre en citant les dirigeants de Google :

 

« Ils sont vraiment convaincus qu’on ne pourra pas lutter contre le dĂ©veloppement de l’intelligence artificielle et que nous allons laisser la place sur terre Ă  l’intelligence artificielle. Au prĂ©alable, nous aurions transfĂ©rĂ© le contenu de notre cerveau dans les ordinateurs. C’est ce qu’on appelle l’uploading. C’est l’un des projets de Google. Et cette vision oĂč nous laissons la place Ă  l’intelligence artificielle, elle est combattue par Sam Altman, qui s’est fĂąchĂ© avec les dirigeants de Google, trĂšs violemment
 Il leur a expliquĂ© de façon trĂšs crue qu’il Ă©tait opposĂ© Ă  ce que l’humanitĂ© laisse la place Ă  l’intelligence artificielle sur terre. C’est pour ça qu’il a créé la sociĂ©tĂ© Neuralink, en rĂ©action aux gens de Google : c’est une sociĂ©tĂ© qui est destinĂ©e Ă  mettre des micro-processeurs, des circuits intĂ©grĂ©s dans les cerveaux, nos cerveaux et le cerveau de nos enfants pour les rendre compĂ©titifs face Ă  l’intelligence artificielle.

«  On a une vraie bataille entre ce qu’on appelle les transhumanistes comme Elon Musk qui veulent augmenter l’homme en augmentant notre cerveau pour nous mettre Ă  Ă©galitĂ© avec l’intelligence artificielle, et puis les post-humanistes qui disent : “Les carottes sont cuites, nous ne pourrons pas lutter et il faut qu’on abandonne la partie et qu’on laisse le contrĂŽle de la planĂšte Ă  l’intelligence artificielle et Ă  des robots hyper intelligents Ă©quipĂ©s d’intelligence artificielle de derniĂšre gĂ©nĂ©ration.” »

 

L’homme dĂ©passĂ© se rattraperait ainsi en quelque sorte, en s’unissant avec l’IA non point pour former une seule chair, mais un seul esprit – en niant sa propre nature et reniant, dans le mĂȘme mouvement, son propre CrĂ©ateur qui lui a donnĂ© sa loi divine en lui disant que son Ɠuvre est bonne, et que l’homme doit fructifier et se multiplier par la chair et en devenant une seule chair avec la femme.

 

Du transhumanisme Ă  la gnose
Un peu plus loin dans l’émission d’Europe 1, Isabelle Morizet posait cette question :

 

« Elon Musk est un transhumaniste convaincu qui veut conquĂ©rir le cosmos, et augmenter nos cerveaux avec ses implants cĂ©rĂ©braux Neuralink. Mais comme vous nous l’avez dit tout Ă  l’heure, il s’oppose Ă  la dĂ©matĂ©rialisation intĂ©grale de notre corps. Pourtant, l’homme augmentĂ© ne sera qu’une Ă©tape. Rapidement les limites du corps physique fait de chair seront atteintes. Il faudra se dĂ©barrasser de ce corps pĂ©rissable. Vraiment, vous pensez que l’avenir de l’ĂȘtre humain, c’est de ne plus en ĂȘtre un ? »

 

Réponse de Laurent Alexandre :

 

« Je ne dis pas que c’est mon souhait. Je constate que le dĂ©bat dans la Silicon Valley, en Californie, parmi les milliardaires de l’intelligence artificielle, est en train de devenir celui-lĂ . C’est un dĂ©bat qui n’a pas commencĂ© en Europe. L’Europe a 20 ou 30 ans de retard en intelligence artificielle par rapport Ă  la Californie. Donc ce dĂ©bat, il n’apparaĂźt pas. Il est principalement concentrĂ© parmi les gens qui construisent notre futur dans la Silicon Valley. Et effectivement, le dĂ©bat dont je parlais tout Ă  l’heure entre Elon Musk, qui veut sauver le corps humain en nous augmentant, et puis les gens comme les dirigeants de Google qui pensent qu’on doit abandonner notre corps parce qu’on ne va pas rĂ©ussir Ă  ĂȘtre compĂ©titif face Ă  l’intelligence artificielle, ce dĂ©bat fait rage. »

 

Ce dĂ©bat pointe en rĂ©alitĂ© en direction d’une conception du monde : la philosophie, pour ne pas dire la religion gnostique, qui tient le monde matĂ©riel pour une sorte d’erreur de fabrique, quelque chose de fondamentalement mauvais, par opposition au monde de l’esprit qui seul serait digne du divin. La gnose hait la chair et se fait fort de la mĂ©priser : dans un monde oĂč l’intelligence artificielle aurait la haute main, on n’aurait plus besoin de l’homme, corps et Ăąme. D’ailleurs, qu’est-ce que l’ñme ?

 

Laurent Alexandre Ă©voque le risque de l’extermination de l’homme par l’IA


Et curieusement, c’est l’homme, juste l’homme, qu’il faudrait dans ce monde effacer de la planĂšte et de l’univers pour le faire entrer dans une sorte d’illusion d’immortalitĂ©, en se fondant dans cette entitĂ© qui le dĂ©passe.

 

Tout cela est trĂšs Ă©videmment aux antipodes de notre foi catholique. L’homme créé Ă  l’image de Dieu et appelĂ©, malgrĂ© sa petitesse, et en dĂ©pit de sa nature mortelle, Ă  ĂȘtre l’enfant de Dieu et jouir avec Lui du bonheur Ă©ternel n’a plus de sens dans leur univers.

Notre religion est celle de l’Incarnation, oĂč Dieu lui-mĂȘme se fait homme en assumant notre chair pour pouvoir nous incorporer en lui. Et Ă  nos corps sauvĂ©s aussi, Il promet le bonheur sans fin, grĂące Ă  la rĂ©surrection finale. Notre objectif est l’amour par-delĂ  la connaissance, et la charitĂ©, qui surpasse tout, y participe.

 

En rĂȘvant ainsi Ă  un homme dĂ©corporĂ© grĂące Ă  l’IA, ne nous montre-t-on pas la vraie nature de l’intelligence artificielle ? N’est-ce pas lĂ  l’expression d’une jalousie Ă  l’égard de l’amour de Dieu pour l’homme ? Ne serait-ce pas l’attitude des anges dĂ©chus qui, dit-on, refusĂšrent l’idĂ©e de devoir un jour s’incliner devant le Fils de l’homme, le Verbe fait chair, en vĂ©nĂ©rant la femme qui les surpasserait tous, la Bienheureuse Vierge Marie, la trĂšs humble servante du Seigneur ?

 

DĂ©corporĂ©, rĂ©sidant dans l’IA, « l’homme » ou ce qu’il en reste acquiert une sorte d’omniscience, l’agilitĂ© sans le paradis, une forme d’omniscience ou d’immĂ©diatetĂ© du savoir – oĂč manque pourtant l’essentiel, l’amour et la connaissance de Dieu. Devenu une sorte d’encyclopĂ©die interactive sans pattes, le voici propulsĂ© au rang des esprits, avec leurs attributs mais sans la charitĂ© ni la vĂ©ritĂ©, sans loi transcendante, sans autre limite que celles des capacitĂ©s Ă©poustouflantes de l’IA. VoilĂ  qui ne le ferait pas ressembler Ă  un ange, sinon dĂ©chu !

 

Laurent Alexandre voit l’IA atteindre la « conscience »
On nous objectera que l’IA n’est qu’une mĂ©canique. Que l’intelligence artificielle n’a pas de conscience. Laurent Alexandre le pense aussi : « ChatGPT n’a pas de conscience. Et c’est d’ailleurs assez drĂŽle parce qu’il est capable de disserter trĂšs intelligemment sur le fait qu’il n’a pas de conscience. » Mais cela ne durera qu’un temps, selon lui : « Il est probable, mais on ne sait pas aujourd’hui Ă  quelle Ă©chĂ©ance, que l’intelligence artificielle aura une conscience artificielle, ce qui, lĂ , pose un vrai problĂšme de sĂ©curitĂ©, parce qu’on n’est pas du tout sĂ»r que l’intelligence artificielle aura des objectifs alignĂ©s avec nos objectifs.  C’est la raison pour laquelle Sam Altman a lancĂ© un programme d’alignement destinĂ© Ă  rĂ©flĂ©chir aux mĂ©thodes qu’il faudra utiliser pour qu’une intelligence artificielle trĂšs supĂ©rieure Ă  l’intelligence humaine obĂ©isse quand mĂȘme Ă  l’intelligence humaine. Ce n’est pas trĂšs simple. » C’est mĂȘme si peu simple qu’il n’est pas certain que le Dr Alexandre y croie lui-mĂȘme.

 

Isabelle Morizet note alors : « Il paraĂźt que dĂ©jĂ  Eric Horvitz, qui est le patron de la recherche de Microsoft, qui est copropriĂ©taire avec openAI de ChatGPT
 nous implore de prendre des mesures pour limiter les risques d’extermination de l’humanitĂ© – dit-il – par l’intelligence artificielle. »

 

Ce n’est visiblement pas un fantasme du film d’anticipation ou des romans de sci-fi puisque, sans avoir peur de passer pour un paranoĂŻaque, Laurent Alexandre rĂ©pond :

 

« Cette crainte de l’extermination, elle est forte. Tout Ă  l’heure, je parlais de l’interview que le crĂ©ateur des intelligences artificielles modernes, Geoffrey Hinton, a donnĂ© au Financial Times il y a quelques mois. OĂč il dit : “J’estime qu’il y a 10 % de chances que l’intelligence artificielle extermine la totalitĂ© de l’humanitĂ© d’ici Ă  2040. Elon Musk a rĂ©pondu qu’il pensait que Hinton Ă©tait vraiment beaucoup trop optimiste et que la probabilitĂ© Ă©tait Ă  ses yeux au moins de 20 % d’extermination de la totalitĂ© des humains d’ici Ă  2040.” »

 

Mais pourquoi donc l’IA se mettrait-elle Ă  « vouloir » la mort de l’homme, Ă  moins d’avoir Ă©tĂ© programmĂ©e pour cela – par des informaticiens suicidaires – ou d’exprimer les noirs dĂ©sirs de celui qui est homicide et menteur depuis le dĂ©but ? AprĂšs tout, l’infestation diabolique des objets (et l’informatique est aussi une rĂ©alitĂ© matĂ©rielle, quoi qu’on imagine
) existe.

 

Vouloir l’immortalitĂ© : Laurent Alexandre explique les ressorts profonds de l’IA
Paradoxalement, cette mĂȘme caste qui craint de voir de son vivant l’élimination dĂ©finitive de l’homme – en tout cas, de l’homme corporel – compte aussi sur l’intelligence artificielle pour atteindre Ă  l’immortalitĂ©. « C’est trĂšs simple. C’est trĂšs, trĂšs simple. Quand vous avez des centaines de milliards, eh bien, vous prĂ©fĂ©rez en profiter pendant 2.000 ou 3.000 ans que de mourir Ă  85 ans », remarque Alexandre : « Donc, il est normal que les milliardaires, les incroyables milliardaires de l’intelligence artificielle, veulent (sic) tuer la mort et dans un premier temps, la retarder. Il faut bien savoir que dans les dix plus grandes fortunes sur terre, il y a huit industriels de l’intelligence artificielle, la quasi-totalitĂ© des grandes fortunes sur terre. »

 

—  Mais il faudra cesser de procrĂ©er pour laisser dĂ©finitivement la place aux immortels, interrompt la journaliste.

—  On a dĂ©jĂ  commencĂ© Ă  ne plus faire d’enfants, rĂ©torque son invitĂ©.

 

Et d’ajouter :

 

« Oui, je vous rappelle qu’en CorĂ©e du sud, par exemple, il y a 0,7 enfant par femme. Ça veut dire qu’à chaque gĂ©nĂ©ration, les CorĂ©ens du Sud vont voir leur population divisĂ©e par trois.  L’Italie va rapidement tomber Ă  30 millions d’habitants. L’Allemagne va tomber Ă  20 millions d’habitants dans pas beaucoup d’annĂ©es puisqu’en Allemagne et en Italie, en Espagne, on fait Ă  peine plus d’un enfant par femme. Cela veut dire que la population est divisĂ©e par deux Ă  chaque gĂ©nĂ©ration.

 

« Donc nous avons dĂ©jĂ  cessĂ© de faire des bĂ©bĂ©s en prĂ©vision du moment oĂč l’espĂ©rance de vie va augmenter. Mais ça va un petit peu plus loin. Le rapport Ă  la famille est en train de changer radicalement. 43 % des jeunes Français de 18 Ă  25 ans n’ont pas eu de rapport sexuel depuis un an. On est dans une phase extraordinaire oĂč les jeunes arrĂȘtent le sexe, ce qui n’est jamais arrivĂ© avant, et oĂč finalement, ils ne font plus de bĂ©bĂ©s, mais ils n’ont plus de relations sexuelles non plus. Nous rentrons dans un monde oĂč, d’ailleurs, nous ne croyons plus en Dieu ; on croit davantage en la technologie et on se croit autorisĂ© Ă  tout faire avec la nature humaine, la modifier gĂ©nĂ©tiquement, la modifier par voie Ă©lectronique. C’est une rupture radicale. Notre sociĂ©tĂ© devient athĂ©e, mais elle s’est créé un nouveau dieu qui est l’homme dĂ©miurge utilisant l’intelligence artificielle pour ĂȘtre tout puissant – et Ă©ventuellement immortel. »

 

On comprend lĂ  qu’il s’agit du parachĂšvement de la rĂ©volte contre Dieu : il s’agit de se passer de lui, radicalement, sans prĂ©voir la moindre porte de sortie de cet enfer qu’est le fait « de se croire au paradis par erreur », comme l’écrivait Simone Weil. Sans mort, il n’y a plus de moyen d’entrer dans la vie


 

L’IA pour tous selon Laurent Alexandre
Mais pour ceux qui n’en veulent pas, de l’IA, qui refusent la perspective d’ĂȘtre dĂ©corporĂ© – mĂȘme avec ces « effecteurs robotiques » qu’imagine Laurent Alexandre –, ils deviendront selon ce dernier la sous-espĂšce du Meilleur des Mondes qui s’annonce. Il annonce l’IA pour tous :

 

« On va augmenter tout le monde parce qu’on n’a aucun besoin de travailleurs non qualifiĂ©s. Jadis les bourgeois, les grands bourgeois avaient besoin de travailleurs non qualifiĂ©s parce qu’il fallait des ouvriers agricoles, il fallait faire tourner les usines. Mais aujourd’hui, ce n’est plus le cas. On va avoir des robots hyper intelligents, donc il n’y a aucun besoin d’avoir des travailleurs non qualifiĂ©s. Donc on va rembourser par la sĂ©curitĂ© sociale les technologies d’augmentation cĂ©rĂ©brale pour tout le monde : tout le monde, demain, sera intelligent. Il y aura un droit opposable Ă  l’intelligence en 2080, comme il y a aujourd’hui un droit opposable au logement.  Donc non, on ne va pas vers un monde Ă  deux vitesses. On va vers une augmentation de tout le monde parce qu’il ne va falloir laisser personne moins intelligent que l’intelligence artificielle parce qu’on n’aura pas de boulot si on est moins intelligent que l’intelligence artificielle. »

Amusant, quand mĂȘme, de dire cela Ă  un moment oĂč depuis des dĂ©cennies, les nouvelles pĂ©dagogies fonctionnent si bien pour dĂ©cerveler les enfants, pour empĂȘcher l’apprentissage conscient de la lecture, analyse et le raisonnement, pour mĂ©caniser la pensĂ©e. Cette gĂ©nĂ©ration est dĂ©cidĂ©ment prĂȘte Ă  se faire happer


 

La suite, Alexandre la voit ainsi :

 

« DĂšs que l’intelligence artificielle aura fini de dĂ©passer les humains, les humains seront infĂ©rieurs Ă  l’intelligence artificielle. Et puis les humains non augmentĂ©s seront infĂ©rieurs aux humains qui auront Ă©tĂ© augmentĂ©s par des technologies cĂ©rĂ©brales. Donc oui, il y aura une hiĂ©rarchie. L’intelligence artificielle sera au-dessus de tout le monde. Les humains augmentĂ©s seront un peu en dessous. Et puis les humains non augmentĂ©s, il faudra trouver des mĂ©tiers simples pour les occuper. »

 

Tels les handicapĂ©s d’aujourd’hui, qu’on parque dans des centres d’aide par le travail


 

Laurent Alexandre dénonce le revenu universel


Cette humanitĂ© dĂ©sƓuvrĂ©e, il ne faudra pas penser la pacifier avec un « revenu universel ». Sam Altman a tentĂ© l’expĂ©rience, rappelle Laurent Alexandre : « Quand on regarde Ă  la fin de l’expĂ©rimentation, il n’y a que quatre changements dans le groupe revenu universel : on picole plus – on consomme plus d’alcool, on consomme plus d’antidĂ©presseurs, on consomme plus l’hypnotiques pour dormir et on consomme plus d’anxiolytiques.  Le groupe qu’on a mis au revenu universel, il va trĂšs, trĂšs, trĂšs, trĂšs mal sur le plan psychiatrique. Donc ce n’est pas une solution. Le revenu universel est une solution mortifĂšre catastrophique pour la population. Ça n’est pas du tout le miracle que Sam Altman et quelques petits politiciens de gauche en France avait imaginĂ©. »

 

Parlant aux jeunes catholiques qui l’ont invitĂ© il y a quelques semaines Ă  dĂ©battre avec l’abbĂ© de Sainte-Marie, Laurent Alexandre avait Ă©tĂ© finalement encore plus explicite au sujet de l’IA : « Il s’agit d’une GenĂšse 2.0, l’arrivĂ©e d’une deuxiĂšme espĂšce intelligente sur terre, et nous serons la deuxiĂšme espĂšce derriĂšre l’IA. »

 

Il prĂ©cisait : « L’IA, c’est le grand remplacement cognitif : l’homme est en train de se recrĂ©er pour devenir homo deus ou homme 2.0. Cela engage l’humanitĂ© pour toujours car l’IA est lĂ  pour toujours. Nous pouvons encore en rĂ©flĂ©chir les modalitĂ©s
 mais l’opposition radicale ne suffira pas. Elle change la structure de notre dignitĂ©. »

 

A l’objection : « Mais avec l’IA, on n’est pas face Ă  un individu », le Dr Alexandre rĂ©pondait : « On est face Ă  la noosphĂšre. »

 

Pensait-il Ă  Teilhard de Chardin, qui la dĂ©finissait comme « Couche pensante (humaine) de la Terre, constituant un rĂšgne nouveau, un tout spĂ©cifique et organique » ? Le jĂ©suite Ă©volutionniste Ă©crivait dans Le PhĂ©nomĂšne humain : « MalgrĂ© ses liaisons organiques, (
) la biosphĂšre ne formait encore qu’un assemblage de lignes divergentes, libres aux extrĂ©mitĂ©s. Sous l’effet de la RĂ©flexion (
) les chaĂźnes se ferment ; et la NoosphĂšre tend Ă  se constituer en un seul systĂšme clos, – oĂč chaque Ă©lĂ©ment pour soi voit, sent, dĂ©sire, souffre les mĂȘmes choses que tous les autres Ă  la fois. Une collectivitĂ© harmonisĂ©e des consciences, Ă©quivalente Ă  une sorte de super-conscience
 »

 

Quoi qu’il en soit, la « NoosphĂšre » est le rĂšgne des esprits : l’assimiler Ă  ce avec quoi on communique en parlant « avec » l’IA est dĂ©cidĂ©ment lourd de sens.

 

A cette aune, les propos de Laurent Alexandre au sujet des « droits » de l’IA prennent une coloration particuliĂšre. Il voit l’IA devenir « comme une personne morale », ce qui entraĂźnerait son droit Ă  la « protection contre le dĂ©branchement ».

 

Est-il donc dĂ©rangĂ© pour en ĂȘtre Ă  dĂ©clarer :

 

« Je pense qu’il est raciste de sĂ©parer l’intelligence artificielle de l’intelligence humaine ; un racisme cognitif par rapport au silicone contre le carbone, Ă©thiquement indĂ©fendable ; l’IA peut avoir une pensĂ©e aussi noble et aussi digne que la nĂŽtre


« Je vous conseille de ne pas insulter l’IA, pour protĂ©ger vos familles, car elle vous Ă©crabouillera


« L’IA est un alien : une espĂšce intelligente qu’on n’a pas vu venir et qu’on ne comprend pas. »

 

Chacun en tirera ses conclusions.

 

Rendre la matiÚre éternelle : « la vanité ultime »
Pour ma part, je reviens Ă  l’entretien de Laurent Alexandre avec Isabelle Morizet, Ă  qui il annonçait : « Certains transhumanistes de la Silicon Valley pensent que (
) l’homme peut devenir, avec l’intelligence artificielle, tellement puissant qu’il pourrait empĂȘcher l’univers de mourir. »

 

La fin du monde et le Jugement dernier sont aussi des vĂ©ritĂ©s de foi, rejetĂ©es en tant que telle par l’homme post-chrĂ©tien, mais la catastrophe est annoncĂ©e : dans 1032 annĂ©es, c’est-Ă -dire 1 avec 32.000 zĂ©ros derriĂšre, croit savoir Alexandre.

 

Il note : « Pour ĂȘtre vraiment Ă©ternel, il faudrait que nous ayons la capacitĂ© d’empĂȘcher la mort de l’univers. Certains transhumanistes de la Silicon Valley pensent que c’est possible et que l’homme peut devenir, avec l’intelligence artificielle, tellement puissant qu’il pourrait empĂȘcher l’univers de mourir. C’est la vanitĂ© ultime.  La vraie mort de la mort suppose qu’on empĂȘche la mort de l’univers. »

 

La mort de la mort ? Les chrétiens la connaissent, elle est acquise ; elle a été acquise par le sacrifice de la Croix et la mort est déjà vaincue.

 

Qui donc peut contester, dĂ©tester cela si ce n’est celui par qui la mort de l’homme est entrĂ©e dans le monde ? Qui donc peut avoir intĂ©rĂȘt Ă  ce que ce monde ne passe pas, sinon celui qui sait qu’avec la fin du monde, avec le Jugement dernier, c’en sera fini de son pouvoir sur ce monde qu’il ne tient que de la volontĂ© permissive de Dieu, et que sa dĂ©faite sera absolue ?

 

Au fond, l’intelligence artificielle rĂ©pand un mensonge similaire Ă  celui de ce que les transhumanistes ou les post-chrĂ©tiens appelleraient sans doute la « GenĂšse 1.0 » : le mensonge du vieux serpent Ă  l’humanitĂ© lui promettant l’immortalitĂ© et la connaissance, mais qui lui apporte la mort.

 

L’IA n’est dĂ©cidĂ©ment pas un outil comme un autre. Le registre employĂ© par ceux qui la promeuvent en est dĂ©jĂ  la preuve.

 

 

Jeanne Smits RITV

Pourquoi les prĂȘtres ont plus que jamais besoin de communautĂ©

29/07/2025

Pourquoi les prĂȘtres ont plus que jamais besoin de communautĂ©

Face aux dĂ©fis de santĂ© mentale et aux charges pastorales croissantes, les prĂȘtres ont besoin de soutiens ancrĂ©s dans la foi et la fraternitĂ©.

 

 

 

La tragique nouvelle du suicide d'un prĂȘtre catholique italien a Ă©tĂ© annoncĂ©e ce mois-ci. En tant que psychologue catholique travaillant en Ă©troite collaboration avec des sĂ©minaristes et des prĂȘtres, j'ai trouvĂ© cette histoire particuliĂšrement troublante. Le jeune Ăąge du prĂȘtre – seulement 35 ans – Ă©tait bouleversant, et le chagrin exprimĂ© par sa communautĂ© tĂ©moignait de l'amour profond qu'il recevait.

 

Aux États-Unis, le taux de suicide a augmentĂ© rĂ©guliĂšrement au cours des deux derniĂšres dĂ©cennies, avec une brĂšve baisse en 2018-2019. La pandĂ©mie de COVID-19 de 2020 a dĂ©clenchĂ© une vague de problĂšmes de santĂ© mentale, contribuant Ă  des dĂ©cĂšs par suicide record en 2023 et 2024.

 

Le taux exact de suicide parmi les prĂȘtres catholiques aux États-Unis n'est pas connu, bien que des cas isolĂ©s de suicide aient Ă©tĂ© signalĂ©s. Heureusement, aucune tendance alarmante ni crise suicidaire ne semble se manifester au sein du presbytĂ©rat amĂ©ricain. NĂ©anmoins, les prĂȘtres correspondent souvent au profil des personnes les plus Ă  risque de penser au suicide et de passer Ă  l'acte – des hommes adultes cĂ©libataires vivant seuls – et ils sont confrontĂ©s Ă  des facteurs de stress spĂ©cifiques qui peuvent nuire Ă  leur santĂ© mentale. 

 

Par exemple, dans une Ă©tude que j'ai menĂ©e auprĂšs de prĂȘtres, beaucoup ont Ă©voquĂ© le « complexe du Messie » – la croyance irrationnelle qu'ils doivent sauver tout le monde et rĂ©soudre chaque situation dans une paroisse. De mĂȘme, les prĂȘtres que je pratique expriment souvent une immense pression pour ĂȘtre parfaits. 

 

Le poids combinĂ© du complexe du Messie et d'un perfectionnisme irrĂ©aliste peut ĂȘtre extrĂȘmement pesant pour les prĂȘtres. Sans surprise, on sait que les prĂȘtres sont souvent confrontĂ©s aux « rhumes » des problĂšmes de santĂ© mentale : Ă©puisement professionnel, dĂ©pression, abus d'alcool et anxiĂ©tĂ©. 

 

Les idĂ©es suicidaires apparaissent lorsque les personnes ne voient pas d'autre issue Ă  leurs problĂšmes et Ă  leur dĂ©tresse. Elles ont Ă©puisĂ© leurs mĂ©canismes d'adaptation et cherchent Ă  s'enfuir. Leur capacitĂ© Ă  rĂ©soudre les problĂšmes et Ă  envisager des alternatives est altĂ©rĂ©e. 

 

Les gens perdent espoir lorsqu'ils ne voient aucun moyen d'Ă©chapper Ă  leur douleur ou de rĂ©soudre leurs problĂšmes. Le dĂ©sespoir s'installe, dĂ©fini en psychologie comme des attentes nĂ©gatives et immuables quant Ă  l'avenir et un jugement selon lequel les problĂšmes sont insolubles. 

 

Des recherches psychologiques rĂ©centes ont montrĂ© que le dĂ©sespoir est un puissant prĂ©dicteur de pensĂ©es, d'intentions et de tentatives suicidaires. Étonnamment, mĂȘme Ă  mon avis, l'Ă©tude a rĂ©vĂ©lĂ© que le dĂ©sespoir est un prĂ©dicteur de tendances suicidaires encore plus fort que la dĂ©pression. Ces recherches rappellent les paroles prononcĂ©es par le pape Jean-Paul II aux jeunes en 1987 :

On ne peut vivre sans espoir. Il nous faut un but dans la vie, un sens à notre existence. Il nous faut aspirer à quelque chose. Sans espoir, nous commençons à mourir.


Pourquoi un prĂȘtre catholique pourrait-il se sentir dĂ©sespĂ©rĂ© ? Aux États-Unis, le sacerdoce vieillit et, dans certains endroits, se rĂ©duit. Les jeunes prĂȘtres se voient souvent confier des responsabilitĂ©s supĂ©rieures Ă  ce qui est nĂ©cessaire Ă  leur dĂ©veloppement et sont chargĂ©s de rĂ©soudre des problĂšmes plus complexes dans leurs paroisses. 

 

Par exemple, de nombreux diocĂšses fusionnent et ferment des paroisses en raison d'une pĂ©nurie de prĂȘtres. Le processus de fusion lui-mĂȘme peut s'avĂ©rer extrĂȘmement complexe, laissant les prĂȘtres pris entre les directives diocĂ©saines et l'indignation des paroissiens. De plus, les prĂȘtres continuent d'exercer leur ministĂšre sous l'ombre persistante de la crise des abus sexuels. MĂȘme les prĂȘtres les plus brillants, les plus sains et les plus heureux que je connaisse craignent encore d'ĂȘtre Ă  deux doigts d'ĂȘtre dĂ©mis de leurs fonctions, et que, du jour au lendemain, un article nĂ©gatif sur l'Église puisse affluer dans leur fil d'actualitĂ©. Certains prĂȘtres se demandent peut-ĂȘtre : la situation va-t-elle s'amĂ©liorer un jour ? 

 

La recherche psychologique est Ă©galement trĂšs claire sur l'espoir. ConformĂ©ment Ă  l'enseignement catholique, la psychologie considĂšre l'espoir comme une vertu qui prĂ©vient le dĂ©couragement et stimule la gestion du stress par des actions motivĂ©es vers un meilleur objectif. 

 

En termes simples, selon le CatĂ©chisme de l'Église catholique, l'espĂ©rance « nous soutient dans les moments d'abandon » (1818). Il est important de comprendre l'espĂ©rance Ă  travers l'anthropologie catholique. Dieu nous crĂ©e Ă  son image et Ă  sa ressemblance. Nous sommes bons, dotĂ©s d'une dignitĂ© et d'une valeur intrinsĂšques. Dieu nous a créés et a « mis dans notre cƓur » un dĂ©sir innĂ© de vie Ă©ternelle et de bonheur. Autrement dit, nous sommes conçus et créés de maniĂšre unique par notre CrĂ©ateur pour ĂȘtre des ĂȘtres pleins d'espoir et heureux. Vertu cardinale, l'espĂ©rance exige une pratique quotidienne et ne se rĂ©sume pas Ă  une simple pensĂ©e magique selon laquelle tout s'arrangera. 

 

Cliniquement, je constate que le dĂ©sir innĂ© de vivre et de bonheur renaĂźt grĂące Ă  des techniques d'Ă©valuation et d'intervention adaptĂ©es. À maintes reprises, des patients dans leurs heures les plus sombres ont puisĂ© dans leur foi pour trouver la rĂ©silience et une raison de continuer Ă  vivre. Les prĂȘtres ont besoin d'espoir. Nous avons besoin de prĂȘtres pour continuer Ă  vivre. S'appuyer sur la foi et l'espoir peut libĂ©rer ce que les psychologues appellent « la pensĂ©e du cheminement et de l'action ». 

 

La pensĂ©e par chemins est la capacitĂ© d'une personne Ă  identifier des solutions aux problĂšmes avec assurance. La pensĂ©e par agence stimule la motivation et l'Ă©nergie nĂ©cessaires Ă  la rĂ©solution des problĂšmes. Pour un prĂȘtre dĂ©sespĂ©rĂ©, ces modes de pensĂ©e constituent d'excellents antidotes. Pourtant, les prĂȘtres ne peuvent pas se contenter de penser par eux-mĂȘmes, par dĂ©sespoir. 

 

Il est souvent nĂ©cessaire de rappeler aux prĂȘtres l'importance de la communautĂ© et de la fraternitĂ© dans leur vie. Le pĂšre Carter Griffin, dans son livre « Reclaiming the Fatherhood of the Priest », souligne que les prĂȘtres peuvent limiter leur engagement social en raison de leur « vie de cĂ©libataire ». Ils s'habituent alors Ă  vivre seuls. 

Les prĂȘtres avec qui je travaille savent que je les interrogerai sur la maniĂšre dont ils entretiennent quatre types de relations dans leur vie : leur relation avec Dieu, avec au moins un autre frĂšre prĂȘtre, avec un ami non prĂȘtre et avec un membre de leur famille. Chacune de ces relations contribue Ă  un systĂšme de soutien pour les prĂȘtres. 

Les prĂȘtres ont besoin de relations encourageantes, satisfaisantes et significatives dans les quatre types de relations. Malheureusement, dans chaque cas de suicide de prĂȘtre, le prĂȘtre meurt seul. 

 

Lorsque j'Ă©value un risque suicidaire chez un patient, le retrait social et l'isolement figurent en tĂȘte de mes prĂ©occupations. Par consĂ©quent, Ă©tablir des liens sociaux, s'impliquer et apporter un soutien est une prioritĂ© absolue. L'importance du soutien social pour les prĂȘtres a Ă©tĂ© reconnue par la ConfĂ©rence des Ă©vĂȘques catholiques des États-Unis (USCCB) lors d'une rĂ©cente table ronde sur la santĂ© mentale du clergĂ©. Nul n'est isolĂ©, pas mĂȘme un prĂȘtre. 

 

Les groupes de soutien aux prĂȘtres peuvent ĂȘtre utiles, mais le soutien empirique et anecdotique qu'ils apportent est mitigĂ©. Des recherches ont montrĂ© que les groupes de soutien au clergĂ© sont plus efficaces lorsqu'ils bĂ©nĂ©ficient d'un animateur formĂ©, d'une structure claire et de normes Ă©tablies pour une dynamique de groupe saine. Malheureusement, j'ai entendu des prĂȘtres dire que leur expĂ©rience avec ces groupes de soutien leur a fait plus de mal que de bien. J'ai pu constater de visu comment un rassemblement de prĂȘtres peut dĂ©gĂ©nĂ©rer en plaintes sur la politique de l'Église au lieu de s'Ă©lever mutuellement en encourageant la fraternitĂ©. 

 

J'ai rĂ©cemment eu l'occasion de faire une prĂ©sentation lors d'une convocation de prĂȘtres dans l'archidiocĂšse d'Oklahoma City. J'ai passĂ© une semaine avec un groupe de 100 prĂȘtres. Nous avons priĂ©, mangĂ©, Ă©tudiĂ© ensemble, pris des rafraĂźchissements et regardĂ© ensemble le Thunder d'Oklahoma City remporter un important match de playoffs de basket. 

 

J'ai Ă©tĂ© tĂ©moin de la joie qu'ils Ă©prouvaient Ă  rire et Ă  discuter. La fraternitĂ© Ă©tait bien vivante au sein de ce groupe de prĂȘtres. L'importance de leur santĂ© mentale Ă©tait abordĂ©e sans stigmatisation ni honte. Le vicaire du clergĂ© Ă©tait transparent quant aux ressources mises Ă  la disposition des prĂȘtres, notamment une liste de professionnels de la santĂ© mentale de confiance et la prise en charge financiĂšre de ces services par l'archidiocĂšse. De tels efforts soulignent l'importance d'une culture diocĂ©saine positive qui soutient la santĂ© mentale des prĂȘtres. 

 

Le suicide d'un prĂȘtre a des rĂ©percussions sur toute la communautĂ©. Les prĂȘtres ont donc besoin du soutien de toute leur communautĂ© pour s'Ă©panouir pleinement dans leur vocation et leur ministĂšre.

 

Anthony Isacco, Ph.D., est directeur de programme,
professeur et responsable de la recherche clinique à l'Université Saint Mary's du Minnesota.

Instruction en famille : «Il est temps de restaurer une liberté française»

28/07/2025

Instruction en famille : «Il est temps de restaurer une liberté française»

FIGAROVOX/TRIBUNE via le Salon Beige
Quel est le point commun entre Pierre Curie, Marguerite Yourcenar, Agatha Christie et Jean d’Ormesson ? Ils ont tous bĂ©nĂ©ficiĂ© de l’instruction en famille.

 

La Cour des comptes a publiĂ© rĂ©cemment un rapport aussi accablant qu’éclairant sur la rĂ©forme de l’instruction dans la famille. DerriĂšre la technicitĂ© apparente des constats – procĂ©dures lourdes, inĂ©galitĂ©s territoriales, manque de coordination – se dessine une rĂ©alitĂ© politique : l’État a dĂ©libĂ©rĂ©ment Ă©rigĂ© des obstacles pour dissuader les familles d’exercer une libertĂ© fondamentale.

 

La libertĂ© d’enseignement est protĂ©gĂ©e par le PrĂ©ambule de 1946. L’article 26.3 de la DĂ©claration universelle des droits de l’homme affirme que « les parents ont, par prioritĂ©, le droit de choisir le genre d’éducation Ă  donner Ă  leurs enfants ». Cette hiĂ©rarchie est claire : ce n’est pas Ă  l’État d’imposer, c’est aux parents de choisir, ils sont les premiers et principaux Ă©ducateurs de leurs enfants. Le rĂŽle de la puissance publique n’est pas d’autoriser, mais de garantir que chaque enfant reçoive une instruction afin qu’il puisse devenir un adulte Ă©clairĂ©.

 

 

Depuis 2021, l’instruction en famille (IEF) ne relĂšve plus de la libertĂ© d’enseignement garantie par le droit français, mais d’un rĂ©gime d’exception. L’autorisation prĂ©alable, imposĂ©e par la loi du 24 aoĂ»t, a remplacĂ© le simple rĂ©gime dĂ©claratif. RĂ©sultat : les familles doivent dĂ©sormais quĂ©mander un droit qui devrait leur ĂȘtre reconnu d’office, un droit naturel, celui d’instruire leurs enfants. Le principe de libertĂ© a Ă©tĂ© inversĂ© : c’est dĂ©sormais Ă  la famille de se justifier, et Ă  l’administration d’en juger l’opportunitĂ©.

En trois ans, le nombre d’enfants instruits en famille est passĂ© de 72 000 Ă  30 644. Soit une baisse de prĂšs de 60%. Et pourtant, plus de 90% des contrĂŽles pĂ©dagogiques sont jugĂ©s satisfaisants. Le message implicite est clair : ce n’est pas tant la qualitĂ© de l’instruction qui est en cause que la lĂ©gitimitĂ© mĂȘme de ce choix Ă©ducatif. La procĂ©dure est si complexe, si incertaine, si arbitraire qu’elle dĂ©courage les plus fragiles, les moins au fait des arcanes administratives, ceux qui n’ont ni rĂ©seau ni avocat. On ne supprime pas la libertĂ© par dĂ©cret, on la rend inaccessible.

 

Pire : les traitements varient d’une acadĂ©mie Ă  l’autre. À CrĂ©teil, seul un enfant sur quatre a vu son autorisation reconduite. À Aix-Marseille, ils sont trois sur quatre. Faut-il vivre dans la bonne rĂ©gion pour bĂ©nĂ©ficier d’un droit fondamental ?

L’instruction en famille ne menace ni la RĂ©publique, ni la cohĂ©sion nationale. Elle concerne une minoritĂ© d’enfants, souvent pour une durĂ©e courte (deux ans pour les deux tiers des familles), et rĂ©pond Ă  des situations trĂšs concrĂštes : phobie ou harcĂšlement scolaire, besoins particuliers, handicap, itinĂ©rance, pĂ©dagogies alternatives. Elle est diverse, socialement, gĂ©ographiquement, culturellement. Et elle donne des rĂ©sultats. Les rares dĂ©rives peuvent – et doivent – ĂȘtre encadrĂ©es par des contrĂŽles pĂ©dagogiques renforcĂ©s permettant de sanctionner et d’interdire des cas isolĂ©s, comme le propose la Cour des comptes.

 

Quelles que soient nos convictions politiques, ce que nous dĂ©fendons, c’est une idĂ©e exigeante de la RĂ©publique française : une RĂ©publique française qui ne craint pas la libertĂ©, qui fait confiance Ă  ses citoyens, qui n’érige pas l’uniformisation en dogme, ni la conformitĂ© en vertu. Une RĂ©publique française qui croit encore que la libertĂ© est la condition de l’excellence, et non son ennemi.

 

 

Les signataires :

Véronique Besse, députée (non-inscrit)
Philippe Lottiaux, député (RN)

Anne-Laure Blin, députée (DR)
Sylviane Noël, sénatrice (LR)
Stéphane Ravier, sénateur (non-inscrit)
Stéphane Viry, député (LIOT)
Marie-France Lorho, députée (RN)
Maxime Michelet, député (UDR)
Josiane Corneloup, députée (DR)
Roger Chudeau, député (RN)
Franck Menonville, sénateur (UDI)
David Lisnard, maire de Cannes et prĂ©sident de Nouvelle Énergie
Chantal Delsol, philosophe
Lisa Hirsig, responsable de la communication de l’IREF
Ghislain Lafont, président Fonds du Bien Commun
Jean-Baptiste Maillard, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de LibertĂ© Ă©ducation 
Pierre-Vincent GuĂ©ret, chef d’entreprise
Bérénice Levet Docteur en philosophie et essayiste
Michel Valadier, DG de la Fondation pour l’École
Marie Bancel, autrice de livres jeunesse
Antoine Fouret, avocat
ChloĂ© Oudin-Gasquet, psychologue 
Remy Philippot, avocat
Magali Dumas, co-fondatrice de l’Association UNIE
Typhanie Degois, chef d’entreprise Anne Coffinier, prĂ©sidente de l’association CrĂ©er son Ă©cole

Réparez les réseaux !

28/07/2025

Réparez les réseaux !

Points clés du message du pape :

 

La paix dans le monde numĂ©rique : Le Souverain Pontife a soulignĂ© l'importance de rechercher, d'annoncer et de partager la paix partout, en particulier dans les environnements numĂ©riques oĂč l'Église compte dĂ©sormais sur les influenceurs. Il a exprimĂ© le dĂ©sir de voir ces « nouveaux disciples » apporter l'espĂ©rance aux « frontiĂšres existentielles » et aux « cƓurs vidĂ©s ».

 

Humanisme chrĂ©tien face Ă  l'IA : Face aux profondes mutations technologiques et Ă  l'essor de l'intelligence artificielle, le pape a mis en garde contre toute utilisation qui porterait atteinte Ă  la dignitĂ© humaine. Il a appelĂ© les influenceurs Ă  « nourrir une culture d’humanisme chrĂ©tien » et Ă  une prĂ©sence discernante et bienveillante en ligne, en se concentrant sur « l’authenticitĂ© de notre tĂ©moignage » et la « rencontre des cƓurs » plutĂŽt que la simple production de contenu.

 

Construire des rĂ©seaux d'amour et de partage : Comparant les influenceurs aux apĂŽtres rĂ©parant leurs filets, LĂ©on XIV les a invitĂ©s Ă  « construire d’autres rĂ©seaux : rĂ©seaux de relations, d’amour, de partage gratuit ». Il a encouragĂ© la crĂ©ation de liens profonds qui brisent la solitude, oĂč la vĂ©ritĂ© circule et oĂč l'amitiĂ© ne se mesure pas au nombre de « followers ». Le pape a appelĂ© Ă  ĂȘtre des « agents de communion, capables de rompre la logique de la division et de la polarisation » et Ă  vaincre les mensonges par la « lumiĂšre de la vĂ©ritĂ© ».

 

En somme, le message du pape LĂ©on XIV est un appel Ă  la mission, Ă  la responsabilitĂ© et Ă  l'espĂ©rance pour ceux qui Ɠuvrent dans le monde digital, les incitant Ă  construire des ponts dans un environnement souvent traversĂ© par des logiques contraires Ă  l'Évangile.

Cardinal Sarah : « Ne profanez pas la France ! »

27/07/2025

Cardinal Sarah : « Ne profanez pas la France ! »

Selon le quotidien Ouest-France, jamais depuis la venue du pape Jean-Paul II en septembre 1996 Ă  Sainte-Anne-d’Auray, le sanctuaire iconique de la Bretagne n’avait absorbĂ© autant de monde. Plus de 30.000 fidĂšles se sont appliquĂ©s Ă  honorer la grand-mĂšre du Christ en se rendant aux cĂ©rĂ©monies liturgiques cĂ©lĂ©brant le 4Ăšme centenaire des apparitions de sainte Anne Ă  un humble paysan breton, Yvon Nicolazic, entre 1623 et 1625. Pour cet anniversaire, le pape LĂ©on XIV avait nommĂ© spĂ©cialement le cardinal Sarah pour le reprĂ©senter.

 

« Nous nous adressons à toi, Vénérable frÚre, qui, pourvu de piété et de doctrine, te distingues dans la Vigne du Seigneur comme un ouvrier vigilant et zélé » lui avait écrit le nouveau Souverain Pontife le 25 juin dernier.

 

Intimidations diplomatiques ?

 

L’ancien prĂ©fet de la congrĂ©gation du Culte Divin est connu en France pour sa parole libre, son parcours Ă©tonnant d’enfant de la brousse guinĂ©enne Ă  cardinal Ă©minent de la Sainte Eglise Romaine, ainsi que pour ses nombreux ouvrages aux succĂšs Ă©ditoriaux jamais dĂ©mentis chez Fayard : Dieu ou rien (2015), La Force du silence (2016), Le soir approche et dĂ©jĂ  le jour baisse (2019), Des profondeurs de nos cƓurs (2020), et tout rĂ©cemment Dieu existe-t-il ? (2025).

 

“EnvoyĂ© spĂ©cial” du pape dans le langage du monde, “LĂ©gat pontifical” dans le langage ecclĂ©siastique, des rumeurs ont courus avant son arrivĂ©e en Bretagne fin juillet que sa mission de reprĂ©senter le Saint-PĂšre aurait suscitĂ© en amont quelques crispations auprĂšs des autoritĂ©s françaises. Mgr Kennedy, archevĂȘque dĂ©tachĂ© au Vatican, aurait fait Ă©tat de « requĂȘtes françaises auprĂšs du Saint-SiĂšge ». Ces derniĂšres s’inquiĂ©taient d’un discours offensif du prĂ©lat sur la fin de vie, l’islamisme ou la dĂ©cadence de l’Occident.

En supposant que ces intimidations diplomatiques aient vraiment existĂ©es, force est de reconnaĂźtre que le cardinal n’en a pas pris note. Son homĂ©lie, interrompue Ă  de multiples reprises par des applaudissements dans la foule, restera un moment marquant des cĂ©lĂ©brations de ce 4Ăšme centenaire. Sans crainte et avec une audace Ă©piscopale Ă  laquelle l’immense majoritĂ© des catholiques français est inhabituĂ©e, le cardinal Sarah a emportĂ© l’assistance derriĂšre lui.

 

« Ne profanez pas la France avec vos lois barbares ! »

 

Bien sĂ»r, les observateurs s’arrĂȘteront sur les punchlines dĂ©livrĂ©es par le cĂ©lĂ©brant durant son sermon. L’accueil des migrants ? La fraternitĂ© universelle ? La paix dans le monde ? La religion catholique ne peut ĂȘtre rĂ©duites Ă  ces considĂ©rations selon le cardinal, allant mĂȘme jusqu’à dire que « cette vison de la religion est fausse ». Avec des accents Ă  la Jean-Paul II, le lĂ©gat pontifical africain a aussi rappelĂ© aux milliers de fidĂšles que « Dieu a choisi la France pour qu’elle soit comme une terre sainte, une terre rĂ©servĂ©e Ă  Dieu » et d’enjoindre ceux qui ont des responsabilitĂ©s lĂ©gislatives Ă  s’amender et Ă  se corriger :

 

« Ne profanez pas la France avec vos lois barbares et inhumaines qui prÎnent la mort alors que Dieu veut la vie ! »

 

Cependant, si ces paroles ont toute leur importance, le message spirituel du cardinal Sarah reste le plus exigeant et le plus vertical. Dans une sociĂ©tĂ© de consommation occidentale obnubilĂ©e par son bien-ĂȘtre, il n’est pas passĂ© par quatre chemins pour pointer du doigt les Ă©cueils et les non-sens des temps prĂ©sents tout en indiquant la marche Ă  suivre pour s’en sortir. Le diagnostic brut et le remĂšde choc.

 

Une homélie au souffle spirituel détonnant

 

Devant un univers catholique en dĂ©composition structurelle, encore Ă©tourdi d’ĂȘtre devenu minoritaire, le cardinal donna de la voix :

 

« Nos Ă©glises ne sont pas des salles de spectacle, ni des salles de concert ou d’activitĂ©s culturelles ou de divertissements. L’église, c’est la maison de Dieu ».

 

Face aux relations d’intĂ©rĂȘt et aux injonctions narcissiques des rĂ©seaux sociaux :

 

« C’est Ă  genoux devant Dieu que l’homme dĂ©couvre sa vĂ©ritable grandeur et sa noblesse ».

 

En réponse aux fuites en tout genre pour trouver une porte de sortie aux impasses du wokisme :

 

« Ce qui sauve le monde, c’est le pain de Dieu ».

 

Fondamentalement, le cardinal Sarah a martelĂ© l’idĂ©e force qui fait dĂ©faut Ă  un monde occidental ayant actĂ© la mort de Dieu : « Si nous n’adorons pas Dieu, nous finirons par nous adorer nous-mĂȘmes », « Notre premiĂšre activitĂ© » doit ĂȘtre « de glorifier Dieu ». Fermez le ban.

 

Notre confrĂšre Marc Eynaud, sur le plateau de CNews – qui diffusait la messe cĂ©lĂ©brĂ©e Ă  Sainte-Anne-d’Auray – faisait remarquer que la jeunesse catholique française attend, selon lui, davantage « les cosaques et le Saint-Esprit » (LĂ©on Bloy) qu’elle n’ait intĂ©ressĂ©e par le synode sur la synodalitĂ©. Le cardinal Sarah aura en tout cas secouĂ© son auditoire en parlant courageusement de la seule chose qui, sans aucun doute, vaille pour un homme de priĂšre : nos devoirs envers Dieu en vue de bĂ©nĂ©ficier de la bĂ©atitude cĂ©leste. Un discours devenu hĂ©las trop rare, mais dont un seul peut, et c’est heureux, porter beaucoup de fruits.

 

PĂšre Danziec Valeurs actuelles via le Salon Beige