Le blog du Temps de l'Immaculée.

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La carrière internationale du film Sacré-Cœur a déjà commencé

06/11/2025

La carrière internationale du film Sacré-Cœur a déjà commencé

Il fallait sans doute cela pour réveiller les consciences. Il fallait un film capable de déplacer les foules, croyantes ou non, un film qui parle d’amour, du seul véritable amour, celui qui se donne sans retour : l’amour du Christ. Sacré-Cœur, produit et co-réalisé par Steven et Sabrina Gunnell,distribué par SAJE Distribution, a su toucher le cœur du public comme peu d’œuvres contemporaines.

 

En plein triomphe en France où le film s’apprête à franchir le cap des 400 000 entrées, Hubert de Torcy, patron de SAJE films, a confié à Tribune Chrétienne que le film  reçoit également un accueil triomphal en Afrique et dans l’océan Indien, avec des sorties programmées jusqu’en Amérique et en Asie : c’est une véritable aventure missionnaire du grand écran qui ne fait que commencer et de se poursuivre. « En Belgique et en Suisse, les salles sont combles comme en France. À Monaco, le film est même prolongé devant la demande du public ».Le film, véritable phénomène, a entamé sa diffusion en Afrique et dans l’océan Indien la semaine dernière. Les premiers résultats confirment un accueil exceptionnel. « À l’île Maurice, nous avons dépassé les 7 000 entrées en deux semaines. En Côte d’Ivoire, c’est un véritable carton avec plus de 2 300 entrées en un seul week-end ! » explique le distributeur français.

 

« Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consumer pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce sacrement d’amour. »

Sainte Marguerite-Marie-Alacoque (1647-1690)

 

Et la véritable success story de Sacré-Cœur s’étend désormais au Sénégal, au Burkina Faso, au Togo, au Cameroun et en République démocratique du Congo. Pour le responsable de SAJE Distribution, cette expansion témoigne d’une véritable soif spirituelle. « Tout cela est très réjouissant. On sent que le public, partout, a besoin d’histoires vraies, lumineuses, porteuses d’espérance », souligne-t-il.Il nous confie également que «  le film poursuivra sa route au Liban courant décembre, avant d’arriver au Canada à la même période. »

 

Et l’aventure ne s’arrête pas là : « Nous préparons une version pour les États-Unis, dont la sortie est prévue à l’occasion des fêtes du Sacré-Cœur, en juin 2026 », précise le distributeur. Des accords sont également en discussion avec des partenaires en Allemagne et en Espagne, tandis que l’Amérique latine se prépare à accueillir le film : « Des contacts sont déjà établis au Mexique, en Colombie et au Chili ».Et la demande s’élargit encore : « De nombreuses sollicitations nous parviennent des Philippines, mais aussi de Corée du Sud », confie-t-il, avant d’ajouter avec un sourire : « Ce n’est que le début de l’aventure internationale de Sacré-Cœur. »

 

Partout où il est projeté, Sacré-Cœur rassemble et touche les âmes. De Bruxelles à Abidjan, de Genève à Port-Louis, les spectateurs sortent bouleversés par ce film qui remet le Christ au centre des vies et des histoires humaines. Il y avait longtemps qu’un film n’avait pas su dire l’amour vrai avec autant de simplicité et de force. Dans les regards des spectateurs émus, dans les applaudissements qui montent à la fin des séances, on devine qu’il se passe quelque chose de plus grand qu’un simple succès de cinéma : un réveil des cœurs. Rappelons que les Visitandines de Nantes peinent à répondre à l’avalanche de commandes de leur « Sauvegarde du Sacré Cœur » ( photo).

 

Le film ne se contente pas d’émouvoir, il appelle à aimer, à croire, à espérer. Et de même qu’il y eut, dans les années 90 , une « génération Grand Bleu », marquée par le rêve et la mer, il semble qu’émerge aujourd’hui une génération Sacré-Cœur, toute tournée vers le Cœur du Cœur de l’amour, une génération qui cherche, dans l’obscurité du monde, la lumière du monde.

 

Philippe Marie dans Tribune Chrétienne

À Lourdes, le cardinal Jean-Marc Aveline dénonce un climat politique et social inquiétant

06/11/2025

À Lourdes, le cardinal Jean-Marc Aveline dénonce un climat politique et social inquiétant

Le 4 novembre 2025, lors de l’ouverture de l’Assemblée plénière d’automne des évêques de France à Lourdes, le cardinal Jean-Marc Aveline a pris la parole devant l’ensemble de l’épiscopat. S’inscrivant dans la continuité du magistère de ses prédécesseurs, le cardinal Aveline a alerté sur la fragilité du climat social et politique en France, affirmant que « la démocratie elle-même semble être en danger, comme le révèlent la recrudescence de l’antisémitisme et l’attrait exercé par des populismes devenus menaçants ». Ces mots, prononcés avec gravité, traduisent une inquiétude face à la montée des divisions et à la perte du sens spirituel dans la vie publique. Pour lui, la dérive du débat démocratique et la banalisation des discours de haine témoignent d’une crise plus profonde. Citant le patriarche Bartholomée, il a rappelé : « Lorsque Dieu disparaît du regard humain, la terre devient un bien à exploiter, l’autre un rival à craindre et la vie elle-même une marchandise. »

 

Le cardinal a également appelé à une attention particulière envers les jeunes générations, dont il a voulu comprendre les aspirations : « Ce désir d’identité taraude le cœur de nombreux jeunes et nous devons le considérer positivement, le comprendre et le nourrir, afin qu’il ne soit pas récupéré pour servir d’alibi à de dangereuses crispations identitaires. » Selon lui, ce besoin d’enracinement ne doit pas être jugé mais accompagné, pour qu’il devienne un chemin d’ouverture et non de fermeture.

 

Pour éclairer la mission de l’Église dans ce contexte, le cardinal Aveline s’est référé à Jean-Paul II, citant l’encyclique Dominum et vivificantem (1986) : « Il est beau et salutaire de penser que, partout où l’on prie dans le monde, l’Esprit Saint, souffle vital de la prière, est présent. » Il a ajouté : « Je dois au pape Jean-Paul II d’avoir mieux compris, pour tout ce qui concerne la mission, l’urgence d’une solide théologie trinitaire et notamment d’une pneumatologie (c’est-à-dire la partie de la théologie qui étudie la personne et l’action du Saint-Esprit). » Le prélat a ensuite résumé cette vision en une formule marquante : « L’Église s’essouffle vite si elle prétend souffler à la place de l’Esprit. » Cette image, simple et percutante, illustre la conviction que la fécondité pastorale naît de la docilité à l’Esprit Saint et non d’une activité purement humaine.

 

Évoquant enfin la pensée de Benoît XVI, le cardinal Aveline a rappelé le dialogue que le cardinal Ratzinger avait mené avec le philosophe Jürgen Habermas en 2004 : « Peut-être nous faudra-t-il […] avoir le courage de dénoncer, grâce à la raison, les pathologies de la religion, lorsque celle-ci préfère la contrainte à la liberté, et, dans le même temps, dénoncer, grâce à la religion, les pathologies de la raison, lorsque celle-ci choisit d’ignorer la dimension spirituelle de l’humain. » Cette référence, a-t-il expliqué, souligne la nécessité d’un équilibre entre foi et raison pour préserver la liberté et la dignité de l’homme.Par ces références à Jean-Paul II et à Benoît XVI, le cardinal Aveline a voulu replacer la réflexion de l’Église de France dans la continuité d’une tradition spirituelle et intellectuelle solide. À Lourdes, son intervention a insisté sur la nécessité d’un engagement lucide face aux tensions sociales et d’une fidélité renouvelée à l’Esprit Saint, source du véritable discernement chrétien.

 

Source : Philippe Marie dans Tribune Chrétienne

Enseignement catholique le coup de menton du ministre

05/11/2025

Enseignement catholique  le coup de menton du ministre

Le temps d'enseignement est sacré : pas de prière sur les heures de cours.

Devant la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale, le 4 novembre dernier, la position d'Édouard Geffray a été limpide : le temps d'enseignement, financé par l'État, doit être exclusivement consacré à l'enseignement. Chaque minute payée par le contribuable a pour unique vocation la transmission des savoirs inscrits aux programmes, sans exception.

Cette mise au point est une réponse directe à Guillaume Prévost, le nouveau secrétaire général de l’Enseignement catholique. Ce dernier avait récemment suscité la polémique en défendant la possibilité pour les enseignants de prier avec leurs élèves, invoquant la « liberté pédagogique et la liberté de conscience ». 

Pour asseoir son propos, le ministre a utilisé une formule simple et directe, se plaçant sur le terrain du contrat qui lie l'État aux établissements privés :
« Lorsque l’État paie un professeur, il le paie pour enseigner. Ça me semble l’évidence. Donc une minute payée par l’État, c’est une minute d’enseignement, ça ne sert pas à autre chose. Et donc je ne vois pas comment, sur un temps d’enseignement, on pourrait faire une prière ».

L'argument du ministre est particulièrement puissant car il déplace le débat. En ramenant la question à une logique de service rendu contre financement public (« une minute payée… c’est une minute d’enseignement »), il contourne un débat philosophique ou théologique potentiellement sans fin sur la laïcité. Il transforme l'enjeu en une question quasi managériale de respect du contrat d'association avec l'État. Pour une institution "sous contrat", un tel argument fondé sur le bon sens et les obligations contractuelles devient difficile à contester.

L'éducation à la sexualité : un menu unique, obligatoire pour tous

La fermeté du ministre ne s'est pas limitée à la question de la prière. Concernant le nouveau programme d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars), la ligne est tout aussi stricte. Son application est qualifiée d'obligatoire « partout », sans aucune possibilité d'adaptation ou de sélection.

Là encore, Édouard Geffray répond aux propositions de Guillaume Prévost. Bien qu'il se soit engagé à appliquer le programme, le secrétaire général de l’Enseignement catholique avait évoqué la mise en place d'un « projet de réseau » spécifique à ses établissements sur ce sujet, suggérant une marge de manœuvre.

La réplique du ministre, qu'il a lui-même qualifiée de réponse « en loi et en bon sens », ne laisse aucune place à l'interprétation et réaffirme l'autorité du programme national :
« Un programme, c’est un programme, c’est obligatoire partout. Ce n’est ni discutable, ni négociable, ni amendable. On ne fait pas son marché dans un programme, on ne commence pas à dire je le fais, je ne le fais pas, etc. ». 

Cette déclaration réaffirme sans détour l'autorité de l'État sur les contenus pédagogiques fondamentaux. En refusant un « projet de réseau » spécifique, Édouard Geffray ne défend pas seulement le programme EVARS ; il protège le principe même d'un curriculum national unifié. Accepter une exception créerait un dangereux précédent, ouvrant la porte à d'autres réseaux ou établissements qui pourraient réclamer un traitement « à la carte » sur d'autres sujets. C'est un rappel que le contrat avec l'État n'est pas un buffet où l'on choisit ce qui convient. L'insistance martelée du ministre est le coup de grâce à toute ambiguïté : « Je veux m’assurer que ce soit partout. Et j’ai bien dit partout. » 

Partout ? On lui souhaite bon courage ! Les enseignants musulmans feront à raison ce qu'ils veulent et le ministre – nous le savons tous – regardera ailleurs.
À la rentrée 2023, l'Enseignement catholique scolarisait 2 060 000 élèves. Forte de ce nombre, la hiérarchie catholique aurait tort de ne pas élever le ton pour défendre son nouveau secrétaire de l'Enseignement catholique. l'éphémère et faible gouvernement en place a d'autres chats à fouetter !

Vive le Christ Roi !

 

 

Sources : Le Figaro, le Salon Beige et La Croix 

 

 

Tradis hors des églises ? Mise en garde du cardinal Müller

04/11/2025

Tradis hors des églises ? Mise en garde du cardinal Müller

Le cardinal Gerhard Müller a averti que certains évêques contraignent de fait les catholiques conservateurs à rester chez eux ou à se réfugier auprès de la Fraternité Saint-Pie-X. Dans un entretien approfondi avec Raymond Arroyo d'EWTN, l'ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a déclaré : « J'ai entendu dire par certains évêques que les catholiques qui ne souhaitent pas la nouvelle forme de la liturgie peuvent soit rester chez eux, soit rejoindre les Lefebvristes [FSSPX]. » Il a plaidé pour un dialogue, affirmant : « Nous devons faire preuve d'une grande ouverture, dialoguer avec les fidèles dans un esprit synodal, afin de parler ensemble. »


Le cardinal Müller a ajouté que ce n'est pas la messe en latin qui divise l'Église, mais plutôt la bénédiction des couples homosexuels, qui, selon lui, « relativise le sacrement du mariage, qui est une vérité révélée ». Il a critiqué ce qu'il perçoit comme un relativisme théologique croissant dans l'approche du Vatican en matière de dialogue interreligieux et a condamné l'établissement d'une salle de prière musulmane au sein du Vatican. « Le Vatican est le siège de l'Église catholique, et y autoriser le culte non catholique revient à se relativiser soi-même », a-t-il déclaré. « Cette décision semble motivée par un désir de paraître "ouvert" plutôt que par une réflexion théologique. »

 

Il s'est également interrogé sur la consultation des autorités compétentes, déclarant : « J'ignore si un cardinal, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ou le Pape ont été consultés. Les musulmans pourraient y voir une victoire symbolique, la reconnaissance de leur prétendue supériorité. » Le cardinal Müller a réaffirmé que les fondements de la doctrine catholique puisent leurs racines dans la philosophie grecque et romaine, telle que l'interprétaient les Pères de l'Église, qui « reconnaissaient la part de vérité dans la philosophie, mais jamais dans les religions païennes grecques ou romaines. Ils n'ont jamais accepté les anciennes religions. »

 

Mettant en garde contre toute confusion entre les confessions, il a déclaré : « Les différentes religions ont des conceptions différentes de la paix, de la liberté et de la dignité de la personne. Nous ne pouvons les mélanger. Nous ne sommes pas tous frères. » Concernant l’ordination des femmes, il a affirmé clairement : « Il est contraire à la foi catholique que les femmes puissent recevoir le sacrement de l’Ordre. Seuls les hommes peuvent devenir évêques, prêtres ou diacres. »

 

Depuis le concile Vatican II, les divisions entre courants conservateurs et libéraux au sein de l'Église catholique se sont accentuées, notamment quant à l'interprétation de ses réformes. La mise en œuvre de Fiducia Supplicans , qui a ouvert la voie à la bénédiction des couples de même sexe, et le maintien de Traditionis Custodes , qui restreint la messe traditionnelle en latin, ont exacerbé ces tensions. Nombreux sont ceux qui perçoivent désormais un conflit naissant entre ceux qui cherchent à préserver la continuité doctrinale et liturgique et ceux qui promeuvent une approche plus pastorale et inclusive.


Source : Le Catholic Herald

 

Le cardinal Müller, théologien renommé et l'une des figures les plus influentes du conservatisme au sein de l'Église, continue de défendre ce qu'il appelle les « vérités immuables de la foi » face à ce qu'il perçoit comme un relativisme croissant. En 2019, il a pris la défense de ceux qui avaient jeté les statues de la Pachamama dans le Tibre, déclarant : « La grande erreur a été d'introduire les idoles dans l'Église, et non de les en expulser. » Il s'est également montré un critique virulent du Chemin synodal allemand, qui vise à libéraliser la doctrine de l'Église. En 2024, il a célébré la messe pontificale solennelle traditionnelle en latin lors de la clôture du pèlerinage de Chartres, en France.

Honorer les morts, un signe de foi

03/11/2025

Honorer les morts, un signe de foi

Le 29 octobre dernier, à l’occasion d’un événement organisé à l’université du Mississipi et dédié à la mémoire de Charlie Kirk, le vice-président américain en personne se confiait sur le génie du christianisme. Avec conviction et assurance, JD Vance affirmait en effet à la tribune :

 

« L’un de mes versets préférés de la Bible est : “C’est à leurs fruits que vous les reconnaitrez”. Je pense que les fruits de la foi chrétienne sont la civilisation la plus morale, la plus juste et la plus prospère de l’histoire. Je n’ai aucune honte à penser que les valeurs chrétiennes sont un fondement important dans ce pays. »

 

La religion chrétienne civilise les mœurs

 

Il y aurait beaucoup à écrire sur ce que, non seulement les Etats-Unis mais aussi les pays du monde entier doivent à l’Eglise. Pour cela, il suffirait de se plonger dans le superbe livre de l’historien Christophe Dickès, sobrement intitulé Pour l’Eglise, mais prolongé d’un sous-titre significatif : Ce que le monde lui doit (Perrin, 2024). Pourtant, c’est peu de le dire, entre des scandales en tout genre qui éclaboussent l’institution ecclésiale et un personnel ecclésiastique en manque de repères et de figures fédératrices, l’Eglise peine à s’imposer dans le paysage politico-médiatique actuel. Le message de l’Evangile ne porte-t-il pas en lui les mêmes vertus dynamiques d’il y a 2000 ans ? Au contact de l’enseignement du Christ, tout homme est censé trouver à sa disposition une rampe de lancement inouïe : celle seule qui est en capacité de tirer ce qu’il y a de meilleur en lui. Encore faut-il prendre du temps pour son âme.

 

Aussi, lorsque JD Vance affirme voir dans le christianisme un génie particulier, le responsable politique n’a pas pour ambition de se cantonner à un prosélytisme civilisationnel. En homme de foi, il sait qu’une telle attitude se révélerait vite sèche et stérile. Il précise donc, à bon droit, que le Nouveau Monde, avant d’avoir été civilisé par la croix, l’Evangile et l’enseignement de l’Eglise, était en proie à un paganisme éhonté qui pratiquait les sacrifices humains. Cette réalité historique, qui s’oppose en tout point au mythe rousseauiste du “bon sauvage” (l’homme nait naturellement bon, c’est la société qui le corrompt ensuite), avait déjà été filmée par la caméra de Mel Gibson, dans Apocalypto (2006). Oui, la religion chrétienne a fait œuvre de civilisation. Comment ? En commençant par infuser la charité dans les mœurs des hommes.

 

Le christianisme confère à l’existence un sens et se propose d’en anoblir le cours.

 

Alors que nous entrons de plein pied dans le mois de la grisaille et de la mélancolie, ce fameux mois de Novembre, qui selon les vers d’Emile Verhaeren « en son manteau grisâtre, se blottit de peur au fond de l’âtre », nous donne l’occasion de méditer sur une réalité à laquelle la tradition culturelle et cultuelle de l’Eglise nous invite à nous élever : la mort, la vie, la filiation et la sainteté.

 

L’Eglise civilise nos coutumes en nous rappelant sans cesse – dans sa liturgie, dans ses prières et dans son patrimoine esthétique – que nous ne venons pas de nulle part. Se méprendre sur la piété filiale qui doit être la nôtre à l’endroit de ceux qui nous ont précédés ici-bas ne relève pas seulement de l’ingratitude. L’attitude adolescente de “révolté qui ne doit rien à personne” est surtout dangereusement mortifère. Comment se donner soi-même si l’on n’a pas appris à remercier ? Comment célébrer le présent si l’on se refuse à honorer le passé ? Dans un entretien donné au Figaro Magazine, le directeur du département Opinion de l’Ifop, Jérôme Fourquet, constatait, lucide :

 

« La citrouille d’Halloween n’a pas encore remplacé le chrysanthème mais on s’en approche. (…) Le substrat chrétien est en voie d’effacement. »

 

« Le héros est un homme qui se croit au-dessus des autres, le saint est un homme qui se sait avec les autres » Georges Bernanos

 

Au-delà du sujet de la piété filiale, comprenons que le corpus du christianisme s’avère proprement en mesure de réchauffer l’enthousiasme de la vie. En conférant à l’existence un sens, il propose à tout homme de se dépasser sans cesse pour en anoblir le cours.

 

Entre la civilisation païenne et la civilisation chrétienne, la différence est de taille. La première conduit au transhumanisme et la deuxième conduit, plus humblement quoique plus avantageusement, à devenir plus humain. Dans un recueil de textes épars de Bernanos, Les Prédestinés, la sainteté est une aventure (Le Passeur Editeur), ce contraste est souligné :

 

« Le monde admire les héros et persécute les saints. Le monde réclame des idoles, car il a peur des témoins. »

 

Et l’auteur d’expliquer que les saints ne sont pas des héros, à la manière des héros de Plutarque. Pour Bernanos, le héros donne l’illusion de dépasser l’humanité quand le saint, lui ne la dépasse pas mais l’assume. Il s’efforce même de la réaliser le mieux possible :

 

« Le héros est un destin, le saint est une vocation. Le héros est seul, le saint est solidaire. Le héros se fait admirer, le saint se fait aimer. Le héros est un homme qui se croit au-dessus des autres, le saint est un homme qui se sait avec les autres, dans la même misère, dans la même espérance. […] Le héros est un homme qui se fait dieu, le saint est un homme qui laisse Dieu se faire homme en lui. […] Le héros finit toujours par se trahir lui-même, car il porte en lui la contradiction de vouloir être plus qu’homme sans Dieu. Le saint, lui, ne se trahit jamais, car il n’a rien à défendre que la vérité de Dieu en lui. »

 

En ce mois de novembre, honorer nos défunts consistera pour les plus initiés – les plus catéchisés, j’entends – à prier pour le repos de leur âme, à faire célébrer des messes à leur mémoire pour appeler sur chacun d’eux la miséricorde de Dieu. Mais il y aura toujours tout à gagner que de visiter les cimetières, de fleurir les tombes de ses aïeuls et de se rappeler à leur bon souvenir. Tous ces gestes, tous ces rites, justement parce qu’ils peuvent paraître les plus inutiles ont leur pesant de noblesse. Ils permettent de s’inscrire sur le temps long, et nous rappeler que le pari de la foi ouvre la voie à la plus belle des expériences : l’élargissement de notre horizon.

 

Méditation sur l’obéissance à Dieu

02/11/2025

Méditation sur l’obéissance à Dieu

«Mais dites-moi votre avis. Un homme avait deux enfants. S’adressant au premier, il dit : Mon enfant, va-t’en aujourd’hui travailler à la vigne. Je ne veux pas, répondit-il ; ensuite pris de remords, il y alla. S’adressant au second, il dit la même chose ; l’autre répondit : Entendu, Seigneur, et il n’y alla point. Lequel des deux a fait la volonté du père ? » (Mt 21, 28-31).

 

Cette parabole du Sauveur peut servir d’exergue à ce modeste propos. Notre vie d’ici-bas doit se mouler sur celle de notre Seigneur et Sauveur. Or que nous dit-il ? Citons-le un peu, et d’abord en saint Jean : « Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin » (Jn 4, 34). « Je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé » (Jn 6, 38). De leur côté, les synoptiques ont conservé, entre autres, une maxime du Sauveur sur la nécessité d’adhérer à la volonté divine pour répondre à notre vocation d’enfants de Dieu, vocation si fortement marquée dans le Prologue de saint Jean : « Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m’est un frère et une sœur et une mère » (Mc 3, 35 ; cf. Mt 12, 49). Mais on pourrait multiplier les citations de ce genre. Saint Paul résumera toute la vie du divin Maître dans cette formule de son Épître aux Philippiens qui est devenue célèbre (citée ici dans la traduction de Crampon) : « Bien qu’il fût dans la condition de Dieu, il n’a pas retenu avidement son égalité avec Dieu ; mais il s’est anéanti lui-même en prenant la condition d’esclave, en se rendant semblable aux hommes, et reconnu pour homme par tout ce qui a paru de lui ; il s’est abaissé lui-même, se faisant obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix » (Ph 2, 6-8). La perfection de notre union à notre Sauveur se mesurera à celle de notre imitation de sa vie suivant notre vocation ; ainsi accomplirons-nous le commandement que le Père nous a donné au travers du saint patriarche Abraham qui est, selon l’Écriture, le père spirituel de toutes les âmes de foi : « Marche devant ma face et sois parfait » (Gn 17, 1).

Ces considérations sont remplies de conséquences pour notre vie de chaque jour. L’important pour nous rendre Dieu proche n’est pas d’accomplir ici-bas des œuvres extraordinaires, et surtout pas celles qui nous vaudront des admirateurs (qui nous vaudront aussi, hélas, des jaloux !). L’amitié avec Dieu n’exige pas davantage la multiplication des exercices religieux ni les macérations en tout genre ; elle n’implique même pas que nous consacrions notre vie aux œuvres de miséricorde, même si celles-ci sont mises en avant par Notre Seigneur lui-même dans le tableau qu’il nous fait du jugement dernier. Tout cela est très bon, excellent même, mais tout cela ne fait pas forcément de nous des amis de Dieu et de Notre Seigneur ; bref, tout cela ne nous mène pas sûrement à cette perfection que le Tout-Puissant et son Verbe Incarné désirent de nous. On connaît le célèbre passage de saint Paul (1 Cor 13, 3) : « Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien. » C’est l’amour surnaturel de charité qui fait de nous des amis de Dieu ; c’est son intensité en nous qui marque l’intensité de notre union avec le Sauveur et son Père.

 

Mais cette intensité d’union avec Dieu et avec Notre Seigneur est en lien indissoluble avec l’obéissance à la volonté divine qui nous a été manifestée. Dans cette obéissance, notre liberté elle-même se déploie et notre volonté se fortifie. Le Seigneur Jésus, en effet, n’a pas voulu être autre chose qu’une obéissance à son Père, comme le note l’Épître aux Hébreux (10, 5s), se faisant l’écho de l’Épître aux Philippiens citée plus haut : « En entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation ; mais tu m’as façonné un corps. Tu n’as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour les péchés. Alors j’ai dit : “Voici, je viens, car c’est de moi qu’il est question dans le rouleau du livre, pour faire, ô Dieu, ta volonté”. » Le Christ est tout pour nous, et nous ne plairons au Père que dans la mesure où il retrouvera son Fils divin en nous ; et il ne le retrouvera que s’il trouve en nous les dispositions de son Cœur sacré, et avant tout celle-ci qui est préjudicielle : notre souci d’accomplir constamment sa divine volonté.

 

« Dans le plan de Dieu, notait un spiritain, notre programme de vie est fixé, notre route est tracée ; notre tâche de manœuvre consiste à laisser Dieu agir, à écouter et comprendre, à nous laisser conduire pas à pas. La meilleure préoccupation, touchant notre avenir et notre salut, est de nous en rapporter entièrement à Dieu. Personne ne peut mieux que lui pourvoir à notre bien. Il est la Bonté même. Il est notre Père, nous sommes ses enfants. Notre plus grand ennemi est une trop grande bonne volonté. Conduits par le moi, nous nous égarons […]. Dire “Oui, Père !” au moment présent, voilà la sainteté. Et le dire aussi par rapport à l’avenir. Personne ne peut faire à Dieu de plus bel hommage que de remettre, les yeux fermés, tout son avenir entre ses mains. C’est un sacrifice d’agréable odeur qui monte vers le trône du Très-Haut. Quoi que l’avenir me réserve, joies ou peines, croix ou consolations, je dis résolument : “Oui, Père !” Je me fie à Vous. “Ita, Pater !” telle est la signature au bas de mon programme de vie. Et je sais que par là je ne signe pas un arrêt de mort, mais que je m’ouvre les perspectives du plus grand bonheur. Et pourtant je signe aussi un arrêt de mort car nous devons être ensevelis avec le Christ pour ressusciter avec lui » (1).

Demandons à la Vierge Marie cette grâce de suivre le Christ Jésus selon la voie qu’il a tracée pour nous. Avec elle, accompagnons-le dans l’obéissance du Calvaire, et réjouissons-nous pour toujours de sa victoire.

 

Par un moine de Triors

 

(1) Richard Graef, cssp : Oui, Père ! (Ita Pater), Éditions Le Laurier, rééd. 2004.

 

Source : LA NEF 

 

 

Commémoration de tous les fidèles défunts

01/11/2025

Commémoration de tous les fidèles défunts

La journée des défunts est à la fois une journée de commémoraison et une journée d’intercession. On fait mémoire de ceux qui nous ont quittés, et l’on prie pour eux. Cette prière s’enracine dans la conviction profonde que la mort ne rompt pas la communion entre les membres du Corps du Christ. L’Église enseigne que les âmes appelées à la vision de Dieu passent par une purification nécessaire pour être pleinement unies à Lui. Notre prière, nos sacrifices et nos œuvres de charité peuvent les soutenir dans cette ultime étape, en vertu du mystère de la communion des saints. Celle-ci exprime le lien spirituel et indestructible entre les vivants et les morts : dans le Christ, une véritable solidarité unit les membres de l’Église terrestre, les âmes du purgatoire et les saints du ciel.

 

Le 2 novembre, chaque fidèle est donc invité à se recueillir, à visiter les cimetières, et à prier pour les défunts. Prier pour les morts, c’est poser un acte de foi et d’amour, une affirmation silencieuse de l’espérance chrétienne : la vie n’est pas détruite, elle est transformée. Pour que la Toussaint, instituée en France en 835, conserve son sens propre de fête de la gloire céleste, saint Odilon, abbé de Cluny, décida vers l’an 1000 d’instaurer, dans tous les monastères de l’ordre, une messe solennelle pour les défunts le lendemain, le 2 novembre. Cette commémoration, d’abord limitée à la famille monastique, s’étendit rapidement à toute la chrétienté sous l’influence du puissant réseau clunisien. À cette époque, la doctrine du purgatoire n’était pas encore pleinement formulée, mais les moines de Cluny exprimaient déjà la foi de l’Église : celle d’un Dieu miséricordieux, qui purifie et sauve. Le saint curé d’Ars résumera plus tard ce mystère avec des mots simples : « Le purgatoire est l’infirmerie du Bon-Dieu. »

 

Au XVᵉ siècle, les Dominicains d’Espagne introduisirent la pratique de célébrer trois messes le jour des défunts, en signe d’intercession renouvelée. Ce privilège fut étendu à toute l’Église par le pape Benoît XV en 1915, en mémoire des innombrables victimes de la Première Guerre mondiale, afin que les prêtres puissent offrir le Saint Sacrifice pour les âmes de tous les défunts. Aujourd’hui encore, l’Église continue de prier avec ferveur pour ses enfants défunts. Le sanctuaire de Notre-Dame de Montligeon, en Normandie, demeure un lieu privilégié où des fidèles du monde entier confient leurs proches à la miséricorde divine. Les communautés paroissiales organisent des liturgies, et de nombreux fidèles se rendent dans les cimetières pour prier au pied des tombes, souvent en famille, un chapelet à la main.

 

Ce geste humble est un acte de foi : croire que nos morts vivent en Dieu, croire que notre prière peut les accompagner vers la lumière éternelle, croire enfin que la mort ne sépare pas ceux que le Christ a unis. La sainte Mère Église, fidèle à sa mission d’intercession, implore Dieu « pour les âmes de tous ceux qui se sont endormis dans l’espérance de la résurrection, mais aussi en faveur de tous les hommes depuis la création du monde, dont le Seigneur seul connaît la foi », afin qu’ils rejoignent « la communauté des habitants du ciel » et jouissent du bonheur éternel.

 

Et, selon la belle parole de saint Ambroise :
« Nos morts ont été envoyés non pas loin de nous, mais avant nous — eux que la mort ne prendra pas mais que l’éternité recevra. » Ainsi, la commémoration du 2 novembre n’est pas une journée de tristesse, mais une fête d’espérance, celle de la fidélité de Dieu et de la communion sans fin entre les vivants et les morts dans le Christ ressuscité.

 

 

Avec nominis

Vivre au milieu des saints

31/10/2025

Vivre au milieu des saints

Nous vivrons avec des gens qui ont un cœur de pauvre, pas avec des orgueilleux, des râleurs, des malcontents, des méprisants… Quel bonheur de vivre avec des gens qui cherchent à promouvoir l’autre plutôt qu’eux-mêmes ! Nous vivrons avec des doux, avec des miséricordieux qui ne font pas la liste de leurs griefs envers nous mais nous accueillent avec un grand cœur. Avec des personnes sensibles qui osent pleurer du mal qui frappe l’homme. Avec des pacifiques. Avec des amoureux de la justice — non pas seulement la justice sociale, mais aussi celle qui concerne Dieu : que Dieu soit honoré comme il convient, et le prochain servi comme il convient ! Nous vivrons avec des gens qui ont tant aimé le Seigneur qu’ils n’ont pas craint les insultes ou la persécution. Bref, quel paradis partagé avec de tels frères et sœurs, à contempler l’auteur de toute beauté, de toute joie, de tout amour : nous verrons Dieu tel qu’il est ! (1 Jn 3,2)

 

Vous me direz : et pour tous ceux qui ne sont pas comme le dit Jésus, qu’y aura-t-il pour eux ? C’est pour eux que la méditation de l’Église, a partir des indications de l’Écriture qui parlent d’une purification possible après la mort, a imaginé qu’il y avait un Purgatoire : un lieu où l’âme trop tournée vers elle-même apprend à s’ouvrir, à devenir généreuse, à entrer dans le pardon et la louange. C’est pourquoi nous prions pour nos morts, afin de les soutenir dans ce processus de transformation qui introduit à la vie du ciel. Sans doute que ce sont eux aussi, et pas seulement les martyrs, ceux qui « viennent de la grande épreuve » et « ont blanchi leur robe par le sang de l’Agneau » (Ap 7,14)

 

Revenons à la question qui demande : est-ce seulement pour l’avenir ? En réalité nous pouvons déjà commencer le paradis maintenant. Le Royaume des cieux est déjà présent. Regardez-vous : nous sommes entre saints ! Il n’y a pas que les saints canonisés, ni les saints inconnus que nous fêtons en cette fête de Toussaint qui méritent ce nom de saint. Saint Paul appelait souvent « saints » les chrétiens auxquels il s’adressait. Vous me direz : avec tous les défauts de l’Église, ce n’est pas trop ça… Mais qui donne la sainteté ? Le saint fait des efforts pour se corriger, pour devenir plus aimant et plus persévérant, mais ce ne sont pas ses efforts qui lui donnent la sainteté. Le saint n’est pas celui qui est irréprochable, mais celui qui se laisse purifier par Dieu. Plus déterminant que les efforts que nous faisons, ce sont les efforts que Dieu fait qui changent la donne. Ce qui nous rend saints, c’est d’accueillir sa miséricorde, c’est de se laisser animer par lui. Lui seul est capable de nous rendre purs, de redonner à notre âme sa beauté, son ardeur à aimer. En cette fête de tous les saints, désirons à notre tour être saints : désirons que Dieu nous transforme par son amour, et qu’ainsi nous allions de l’avant.

 

Abbé Christophe Cossement

 

NDLR sur l'image : Des hautes montagnes en Galilée ... quand l'I.A. a la foi, tout est possible, je ne l'ai pas brimée !

Personne n'est en sécurité dans la nouvelle Syrie

31/10/2025

Personne n'est en sécurité dans la nouvelle Syrie

La Fondation pontificale Aide à l'Église en Détresse, qui se consacre à l'assistance aux chrétiens persécutés dans le monde entier, a récemment publié son Rapport 2025 sur la liberté religieuse , également relayé par La Nuova Bussola Quotidiana. Pour marquer la parution de ce document, qui analyse le niveau de liberté religieuse dans 196 pays, la section italienne de la Fondation a organisé à Florence, en collaboration avec le diocèse local et l'association Agata Smeralda, la rencontre publique « Témoins d'espérance de la Syrie blessée ». L'invité d'honneur était Son Excellence Monseigneur Jacques Mourad, moine syriaque catholique et ancien abbé du monastère Saint-Élian, archevêque de Homs à partir de 2023. Monseigneur Mourad a un parcours singulier : né et élevé à Alep, il est issu d’une famille de syriaques catholiques qui a fui Mardin (aujourd’hui en Turquie) en 1915 en raison des persécutions des Jeunes-Turcs contre les chrétiens, notamment les Arméniens (le tristement célèbre génocide), mais aussi les syriaques catholiques, les Chaldéens, les orthodoxes grecs et les Assyriens.

 

Après des études de théologie au Liban, il entre dans la communauté monastique de Mar Moussa, fondée par le père jésuite italien Paolo Dall’Oglio, enlevé en 2013, vraisemblablement par des militants de l’État islamique. Ordonné prêtre, Mourad répond à la demande de son évêque de restaurer l’ancien monastère de Mar-Élian, dans la région de Homs, dont il devient l’abbé. En 2015, il est lui-même victime d’un enlèvement par l’État islamique, mais parvient à s’échapper après quatre mois de captivité.

 

En marge de la réunion publique, Monseigneur Mourad a accordé un long entretien à Nuova Bussola Quotidiana au sujet de la Syrie et de son expérience personnelle en tant que chrétien.

 

Monseigneur Mourad, dans un entretien accordé à l'Agence Fides le 31 janvier, vous aviez évoqué la profonde confusion qui régnait en Syrie après la prise de pouvoir par l'ancien groupe d'Al-Qaïda, Hayat Tahrir al-Sham. Quelle a été la situation aujourd'hui, près d'un an plus tard ?

Il est difficile de se prononcer, car la situation est complexe et surtout parce que le nouveau gouvernement manque de clarté : ceux qui sont au pouvoir adoptent une stratégie de manipulation, c'est-à-dire qu'ils disent une chose et en font une autre. Les relations avec la population sont marquées par une absence totale de franchise. Pour les nouveaux dirigeants, la population syrienne, composée en grande partie de résistants ayant souffert et été persécutés sous le régime d'Assad, est une population de « flul » (alliés, terme sous-entendu par l'ancien régime) à persécuter.

 

C'est ainsi que le peuple syrien a souffert et souffre encore aujourd'hui…

Bien sûr. Le peuple subit innocemment les représailles contre Assad, et le paradoxe est que le nouveau gouvernement utilise, encore plus raffiné, les mêmes méthodes criminelles déjà éprouvées par l'ancien régime. De plus, le peuple syrien est appauvri : le nouveau gouvernement a licencié la plupart des fonctionnaires, les laissant sans salaire. Les rares qui ont pu conserver leur emploi sont payés en livres syriennes, tandis que les nouveaux arrivants le sont en dollars : 60 dollars par mois pour les premiers, 500 dollars pour les seconds. Le gouvernement a récemment déclaré que la situation allait changer le mois prochain et que tous seraient payés de la même manière. Espérons-le.

 

Selon certaines sources, des élections législatives ont eu lieu en Syrie le 5 octobre, mais la majorité de la population n'a pas pu y participer. Avez-vous voté personnellement ?

Non ! Personne n'a voté. Seul un petit groupe d'électeurs sélectionnés par le gouvernement s'est rendu aux urnes pour voter pour les candidats désignés par le gouvernement. Il n'y a pas eu d'élections : une mascarade pour les médias.

 

Vous étiez un ami et un confrère du père Dall'Oglio, disparu depuis 2013. Avez-vous des informations sur ce qui a pu lui arriver ?

Aucune nouvelle. À mon avis, l'histoire du père Dall'Oglio illustre une grave injustice ; elle symbolise toutes les personnes enlevées depuis des décennies en Syrie et la douleur de leurs familles. Le fait est que les enlèvements se poursuivent encore aujourd'hui, avec une grande violence. Il faudra beaucoup de temps pour que la situation s'améliore.

 

Et peut-être aurons-nous aussi besoin de nouveaux dirigeants…

Ce qui m'inquiète, c'est que ce gouvernement soit acceptable pour la communauté internationale.

 

À votre avis, pourquoi ?

Je crois que Trump souhaite ménager Israël, faire ce qu'Israël veut.

 

Nul n'ignore que Hayat Tahrir al-Sham a pris le pouvoir en Syrie grâce à l'aval de la Turquie, d'Israël et des États-Unis…

…et aussi de la Russie, qui a convaincu Assad de quitter le pays et de se réfugier à Moscou.

 

Y a-t-il quelqu'un en sécurité en Syrie actuellement ?

Non. Les musulmans sont autant en danger que les chrétiens, sinon plus. Les Druzes sont persécutés, les Alaouites sont persécutés, les Chiites sont persécutés…

 

Les Kurdes ?

Non, on ne les a pas persécutés, car ce sont des combattants courageux et armés. N’oublions pas que ce sont les Kurdes qui ont vaincu Daech dans le nord-est de la Syrie.

 

En 2015, vous avez été enlevé par des militants de l’État islamique. Avez-vous reconnu certains de vos ravisseurs parmi les nouveaux dirigeants syriens ?

Non, ceux qui sont actuellement au pouvoir sont membres de Hayat Tahrir al-Sham, un groupe issu d'al-Nosra, la branche syrienne d'al-Qaïda. L'EI et al-Nosra sont ennemis et s'affrontent.

 

Pourtant, dans le chaos de la nouvelle Syrie, il semble y avoir une place pour l'EI, dont les objectifs ne paraissent pas si éloignés de ceux du gouvernement de HTS : par exemple, l'élimination des minorités religieuses semble être un point commun aux deux groupes.

La différence réside dans le fait que l'EI poursuit le projet du califat islamique, un royaume où la communauté des croyants en Allah, l' umma islamya,  serait soumise à un seul dirigeant. Al-Nosra, et donc HTS, visent quant à eux à répandre la loi islamique dans le monde entier, tout en respectant les différentes nations.

 

Pour revenir à vos quatre mois et vingt jours de captivité, quelle a été la plus grande souffrance que vous ayez endurée entre les mains de vos ravisseurs ? 

Sans aucun doute, une souffrance psychologique. Les deux premiers jours, j'ai été sauvagement battu, mais la souffrance psychologique est plus intense et dangereuse que la souffrance physique. Je dois admettre que Daech a une méthode éprouvée et efficace pour exercer une pression psychologique. Au début, ils m'ont menacé de décapitation si je ne me convertissais pas à l'islam – pour eux, convertir un prêtre catholique aurait été un grand succès. Quand ils ont compris que cette méthode ne fonctionnait pas, ils m'ont envoyé un homme très gentil et respectueux qui m'a raconté l'histoire d'un pasteur anglican converti à l'islam, devenu un enseignant respecté et père de quatre femmes. Cela n'a pas fonctionné non plus.

 

Avez-vous déjà été tenté de céder ?

Bien sûr, c'est normal. Non seulement de céder, mais aussi de se sentir abandonné de Dieu. Quand je me sentais ainsi, je récitais le chapelet mentalement, car je n'en avais pas sur moi quand ils m'ont kidnappé. Quand ils m'ont battu violemment pour la première fois, j'ai cédé à la douleur physique et au sentiment d'abandon, et c'est la seule fois où j'ai pleuré. Puis je me suis endormie, j'ai dormi deux heures, et je me suis réveillée en chantant la prière de sainte Thérèse d'Avila –  que rien ne te trouble, que rien ne t'effraie  – en arabe, une langue dans laquelle je ne l'avais jamais récitée. J'y ai vu un signe que le Seigneur ne m'avait pas abandonnée, un don gratuit qui m'a donné la force d'avancer.

 

Que pouvons-nous faire, nous autres Occidentaux, pour la Syrie ?

Prier. Nous devons tous nous unir dans la prière : je suis convaincue que la prière est la véritable force capable de sauver le monde. Alors que j'étais prisonnière et que je priais pour tous, j'ai eu la grâce d'entendre les prières de tant de personnes qui imploraient Dieu pour moi. Si j'ai réussi à échapper à mes ravisseurs, c'est grâce à la puissance de la prière.

 

Avez-vous peur aujourd'hui ?

Non. J'en suis arrivé à la conclusion que, si je meurs pour la foi, je ne suis ni le premier ni le dernier. De plus, comme le dit saint Paul en parlant de sa propre mort, nous sommes avec Jésus ; que pouvons-nous désirer de plus ? Si la mort est le chemin qui mène à Jésus, c'est magnifique.

 

 

Elisa Gestri sur la NBQ 

Là où le Christ n'est pas roi, le chaos règne .

29/10/2025

Là où le Christ n'est pas roi, le chaos règne .

"On parle beaucoup des crises de notre époque : divisions politiques, incertitudes économiques, menace de guerre. Pourtant, sous ce tumulte se cache une crise plus profonde, souvent négligée : une crise spirituelle. Comme l'observait mon héros Chesterton, nous avons tendance à nous préoccuper des mauvais dangers. Nous craignons les guerres et les effondrements financiers, alors que la véritable menace est la corruption morale et spirituelle qui ronge l'âme.

 

À la base, notre monde moderne a négligé la dimension spirituelle. Ce n'est pas tant le chaos qui nous entoure que le vide intérieur qui déstabilise la société. Les gens se perdent car ils ne savent plus pourquoi ils sont là – un problème profondément spirituel. Nous avons besoin d'idéaux plus élevés et d'une boussole morale, et non de simples slogans politiques. Lorsque l'humanité détourne le regard de Dieu, un vide se crée, comblé par des substituts : idéologies, modes et obsessions qui masquent le malaise sans jamais le guérir.

 

À une époque où la foi était encore vivante, l'impossible se produisit : le christianisme conquit l'Empire romain, édifia des cathédrales, engendra l'art, la littérature et des systèmes juridiques. Mais le monde moderne, qui se prétend rationnel et éclairé, a abandonné les miracles et vit dans une pauvreté spirituelle. Il nie le surnaturel et se plaint ensuite de son absence. C'est là la tragédie du monde moderne. Il dit : « Montrez-moi un miracle, et alors je croirai. » Mais en réalité, c'est l'inverse : croyez, et alors vous verrez le miracle. Le miracle n'est pas que Dieu apparaisse dans toute Sa splendeur et Sa majesté ; le miracle, c'est qu'Il Se soit tenu dans un atelier, en train de scier des planches.

 

« L'idolâtrie ne se commet pas seulement en érigeant de faux dieux, mais aussi en érigeant de faux démons ; en faisant craindre aux hommes la guerre, l'alcool ou les lois économiques, alors qu'ils devraient craindre la corruption spirituelle et la lâcheté. » – G.K. Chesterton

 

Cette remarque spirituelle de 1909 résonne aujourd'hui comme une prophétie. Nous identifions toutes sortes d'ennemis terrestres – du changement climatique aux épidémies virales – et nous nous mobilisons contre eux, tout en ignorant les ennemis invisibles de l'âme : l'absurdité de la vie, la décadence morale et le désespoir. C'est comme si l'humanité s'affairait à éteindre un petit feu dans le jardin, tandis que les fondations de la maison – le socle spirituel – s'affaissent lentement.

 

L'un des aspects les plus remarquables et radicaux de l'envoi des apôtres par Jésus est son commandement : « Si quelqu'un ne vous reçoit pas et ne vous écoute pas, secouez la poussière de vos pieds en témoignage contre lui. » Nous voyons ici quelque chose de presque impensable de nos jours : la certitude absolue de la foi. C'est un point crucial : le catholicisme n'est pas une opinion parmi d'autres sur Dieu et le monde. Il est la vérité, toute la vérité et rien que la vérité (je connais cette réplique d'une série télévisée américaine). Et la vérité n'est pas sujette à débat, à synodalité ou à compromis. Les apôtres n'ont pas reçu l'ordre de débattre, de négocier indéfiniment ni de s'adapter aux désirs de leurs auditeurs. Si quelqu'un n'accepte pas ce que proclament les apôtres, il passe à autre chose.

 

C'est tout le contraire du christianisme moderne, qui s'excuse souvent lui-même et se contorsionne par tous les moyens pour rester acceptable et pertinent aux yeux du monde séculier. L'injonction de secouer la poussière de ses pieds n'est pas un appel au mépris, mais un signe de la vérité objective de la foi. Refuser le Christ n'est pas une question d'interprétation, mais un rejet tragique de la réalité elle-même. Un avertissement retentit ici pour l'Église occidentale : n'ayez pas peur d'être impopulaire. Les apôtres ne l'étaient pas non plus. Et pourtant, ils ont changé le monde.

 

Les apôtres appellent à la repentance, à la conversion. Non pas à une spiritualité vague, ni à un message général d'amour, de paix et de compréhension, mais à la conversion – l'appel à un mode de vie radicalement nouveau. La religion n'est pas une simple préférence personnelle sans conséquences. Le christianisme n'est pas un mode de vie spirituel optionnel. C'est le chemin du salut. Et c'est pourquoi la mission des apôtres est la mission de l'Église à travers les âges. L'Église n'est pas une institution neutre qui préserve le patrimoine culturel. Elle est une défenseure de la vérité, une Église qui ne se soumet pas aux caprices du temps mais accomplit sa mission sans compromis. L'Église qui prend sa mission au sérieux sera persécutée. L'Église qui cherche à plaire au monde sera ignorée.

 

Et puis, point culminant de l'aventure, les apôtres sortent et chassent les esprits impurs. C'est l'apogée du combat : la véritable bataille n'est pas contre les hommes, ni contre les cultures, ni contre les dirigeants. La véritable bataille est contre les puissances des ténèbres. La mission de Jésus est la défaite du mal. C'est donc aussi la mission de l'Église. Le christianisme n'est pas une théorie, ni une simple morale, ni une affaire purement humaine. C'est une guerre contre le mal lui-même. Le monde moderne a tendance à psychologiser le mal, à le réduire à des facteurs sociaux, à le traiter comme une abstraction. Mais le christianisme est bien plus réaliste : le mal est une réalité.

 

Puisque la racine de la crise est spirituelle, la solution doit l'être aussi. C'est, au fond, un combat pour l'âme. On peut voter des centaines de lois et inventer des merveilles technologiques, mais si l'âme est malade, les symptômes ne cesseront de réapparaître. Nous le constatons clairement : la prospérité et la science ont accompli beaucoup, mais le malaise intérieur et la confusion morale n'ont pas diminué. En réalité, à mesure que les gens font moins confiance à Dieu, ils font confiance à tout le reste. Chesterton a bien saisi ce paradoxe : quand les hommes cessent de croire en Dieu, ils ne croient pas en rien ; ils croient en n'importe quoi.

 

On le constate partout. Là où les bancs des églises se vident, les gourous du développement personnel, les sites d'horoscope et les « spiritualités » à la mode pullulent. La soif humaine de sens demeure, même quand on rejette le Christ. Mais les substituts – qu'il s'agisse d'une foi aveugle dans le marché, d'un culte de la science érigé en sauveur tout-puissant ou d'expériences ésotériques – ne peuvent remplacer le Christ. Ils sont comme du sel sans saveur.

 

Ainsi, quand on abandonne le Christ, la crise ne fait que s'aggraver. On le voit autour de nous : à mesure que la foi chrétienne disparaît, les normes morales s'estompent et les communautés se désagrègent. Une société qui perd son âme perd aussi sa solidarité et son cap. Au lieu de la charité de l'Évangile, nous héritons d'une culture froide d'affirmation de soi radicale, où chacun a sa propre « vérité » et où plus rien n'est sacré. Cela engendre la solitude, la polarisation et le désespoir – une crise spirituelle qui amplifie toutes les autres. Cela mène inévitablement à la décadence et, finalement, à la destruction. Consultez vos livres d'histoire.

 

Comment cela se fait-il ? Laissez-moi vous parler de mon voisin. J'aime aller chez lui. Pourquoi ? Parce qu'il fait du bon café : une machine à café italienne de type barista haut de gamme. J'étais justement là quand il a déballé cette machine. Et j'ai essayé de la faire fonctionner. Mais nous n'y sommes pas parvenus. Elle a d'abord produit de la vapeur, puis un bruit infernal, et enfin un café fade. Une expérience très décevante, en somme. Le lendemain, il a eu une idée de génie : il a pris le mode d'emploi et a suivi les instructions. Résultat : un café délicieux. C'est tout simple : le fabricant de cette machine sait comment elle fonctionne. Il l'a conçue. Suivez ses instructions et vous obtiendrez le résultat escompté. Ignorez-les, et vous obtiendrez soit un café médiocre, soit une machine qui ne fonctionne pas du tout, soit, pire encore, vous la détruirez.

 

Pourquoi cet évêque vous parle-t-il de machines à café ? Comment un être humain peut-il s'épanouir pleinement ? Nous avons un Créateur, nous sommes conçus par un Concepteur. Comment connaître notre raison d'être et comment la réaliser ? Nous a-t-Il donné des instructions ? Oui. Il nous a donné l'Ancien Testament (principalement le diagnostic de nos erreurs) et le remède : le Nouveau Testament : Jésus-Christ, les Apôtres, l'Église, la Tradition, l'enseignement de l'Église. Suivez ces instructions et vous découvrirez votre raison d'être et comment atteindre votre but : la vie éternelle. Ignorez les instructions de notre Créateur et tout ira mal. Comme une machine défaillante qui tombe en panne. Là où le Christ est absent, les choses tournent mal. Là où le Christ n'est pas Roi, le chaos règne. Et cela, mes chers amis, c'est ce que nous appelons la modernité.

 

Sans Dieu, il nous incombe de guérir le monde de ses défauts. Que les choses aillent mal depuis la nuit des temps est une évidence. Sans le Christ, quel est le remède ? Le monde croit au progrès. Mais pourquoi se soucier du progrès quand la condition humaine est le problème ? Le problème, c'est que la modernité ne le perçoit pas comme tel. Elle pense que le problème, c'est la société, les structures, les autres, l'économie, la politique, et que nous ne pouvons agir que sur ces aspects. C'est ce que pensaient les révolutionnaires français, les bolcheviks, et c'est ce que le Printemps arabe était censé accomplir. Et nous savons où cela mène : au chaos et à la destruction. L'histoire biblique de la tour de Babel l'a déjà clairement démontré : la tentative humaine de reconquérir le paradis. Nous savons comment cela s'est terminé. Et nous continuons de croire que c'est possible : l'Union européenne, le Nouvel Ordre Mondial, la grande réinitialisation.

 

Avant le siècle des Lumières, personne ne croyait au progrès (le christianisme était dominant ; les idées utopiques n'avaient aucune chance). Les Lumières ne croyaient pas en Dieu. L'homme était fondamentalement bon ; le problème résidait dans les structures de la société. Voltaire avait cette idée du « bon sauvage ». Là où l'argent et le christianisme ne risquaient pas de perturber la vie en société, il devait y avoir harmonie, amour, paix et compréhension. Or, cela s'est avéré être une erreur. Voltaire a également écrit un livre sur l'éducation des enfants. Avait-il lui-même des enfants ? Oui, cinq. Savez-vous comment il les a élevés ? Il ne les a pas élevés. Juste après leur naissance, il les a tous abandonnés à l'orphelinat. Je n'en dirai pas plus.

 

Nous croyons encore au progrès : progrès technologique, progrès scientifique. Si les Lumières croyaient aussi au progrès moral, depuis le XXe siècle (Hitler, Staline, Mao, Pol Pot), nous n'y croyons plus. Mais puisque nous ne croyons ni à la vie après la mort ni au progrès moral, que reste-t-il : la folie, l'absurdité, l'antithèse d'une société utopique. Comment cela se fait-il ?

Deux raisons :

  1. Nous avons rayé Dieu de l'équation.
  2. 2. Le bon sens n'est plus aussi répandu, comme Chesterton l'avait déjà constaté il y a un siècle.

L'Église catholique a toujours adhéré à la philosophie de Thomas d'Aquin. Pourquoi ? Parce qu'elle repose sur le bon sens. La philosophie de saint Thomas se fonde sur la conviction universelle qu'un œuf est un œuf. Cela peut paraître évident, mais dans un monde complexe, ce n'est plus le cas. L'hégélien pourrait affirmer qu'un œuf est en réalité une poule, car il participe à un processus de devenir infini. Le partisan de Berkeley pourrait prétendre que les œufs pochés n'existent que comme un rêve, puisqu'il est tout aussi simple de dire que le rêve a engendré les œufs que l'inverse. Le pragmatiste pourrait croire que l'on apprécie au mieux les œufs brouillés en oubliant qu'il s'agissait d'œufs et en ne retenant que le résultat.

 

Mais aucun disciple de saint Thomas n'a besoin de se creuser la tête pour conclure qu'un œuf est simplement un œuf. Le thomiste sait que les œufs ne sont ni des poules, ni des rêves, ni de simples suppositions pratiques, mais des réalités confirmées par l'autorité des sens. Ainsi parlait l'apôtre à l'esprit brillant, G.K. Chesterton.

 

Il semble que les thomistes et les chestertoniens – ces personnes pour qui il est évident qu'un garçon est un garçon et une fille est une fille – soient rares. Ce sont des faits biologiques perceptibles par les sens. Un garçon n'existe pas comme un rêve ; ce n'est pas le rêve qui est la cause de son être, ni son être la cause du rêve. On peut recourir à autant de chirurgie esthétique qu'on veut et oublier à quoi ressemblait le corps à l'origine, cela ne change rien au fait qu'il reste un garçon. Et un bébé est un bébé…

 

Il y a deux vérités fondamentales que Chesterton défend : la famille et la foi. La société moderne tout entière s'attaque à ces deux vérités. S'attaquer à la famille, c'est s'attaquer à la vie elle-même, et s'attaquer à la foi, c'est s'attaquer au Créateur de la vie.

 

Chaque enfant est Jésus : un visiteur du ciel, confié un temps à ses parents. Le mariage est un sacrement. Il révèle une vérité religieuse : l'amour est inconditionnel et source de vie. S'attaquer à la famille, c'est avant tout s'attaquer à une vérité religieuse. Et c'est s'attaquer à la religion qui a révélé cette vérité : l'Église catholique romaine. Défendre la foi, c'est défendre la famille. Mais c'est aussi défendre la foi elle-même : ses préceptes, ses pratiques, sa pureté. Les attaques viennent de toutes parts, subtiles ou manifestes. Chesterton affirme : « Ce qui est réellement à l'œuvre dans le monde aujourd'hui, c'est l'anticatholicisme, et rien d'autre. »

 

Chesterton : « Les adversaires du christianisme croiraient n'importe quoi, sauf le christianisme. » Et en effet, nous avons constaté que les sectes et les cultes les plus étranges sont pris au sérieux, tandis que l'Église est tournée en ridicule. Chaque hérésie s'est appropriée un fragment de vérité et a rejeté le reste. Ainsi, les luthériens sont devenus obsédés par la « foi seule », les calvinistes par la souveraineté de Dieu, les baptistes par la Bible, les adventistes du septième jour par le sabbat, et ainsi de suite.

 

L'Église catholique a été attaquée pour être trop austère ou trop ostentatoire, trop matérialiste ou trop spirituelle, trop mondaine ou trop détachée du monde, trop complexe ou trop simpliste. On reproche aux catholiques d'être célibataires, mais aussi d'avoir trop d'enfants ; on leur reproche d'être injustes envers les femmes, mais aussi parce que « seules les femmes » assistent à la messe. Les modernistes déplorent la mort de l'Église catholique, et s'indignent encore plus de son pouvoir et de son influence. Les laïcs admirent l'art italien tout en méprisant la religion italienne. Le monde reproche aux catholiques leurs péchés – et pire encore, de les confesser. Les protestants affirment que les catholiques ne prennent pas la Bible au sérieux, puis les critiquent pour leur interprétation littérale de l'Eucharistie.

 

En fin de compte, toute attaque contre l'Église est une attaque contre le sacerdoce et l'Eucharistie. Toute attaque contre l'Église est une attaque contre le Christ : Dieu venu comme un enfant, fondateur de l'Église, qui a présenté le pain et le calice en disant : « Ceci est mon corps. Ceci est mon sang. » Chesterton a défendu l'Église alors même qu'il en était encore un étranger. Ironie du sort, aujourd'hui, nous devons parfois défendre l'Église contre des personnes de l'intérieur – contre des catholiques, même à Rome – qui cherchent à saper leur propre foi. Dieu merci, les choses semblent se normaliser.

 

Pourtant, ce combat n'est pas perdu d'avance. Au contraire, le premier pas vers la guérison est la reconnaissance : admettre que ce à quoi nous sommes confrontés n'est pas seulement politique ou économique, mais une urgence morale et spirituelle. Ce n'est qu'alors que nous pourrons choisir les armes appropriées. Aussi, nous devons nous interroger : comment mener un combat spirituel ? La foi est une affaire personnelle. Jésus a le plus souffert sur la croix, sachant qu'il ne sauverait pas tout le monde, que tous ne croiraient pas en lui (« Mon peuple, voyez ce que j'ai fait pour vous ; qu'aurais-je pu faire de plus ? C'est pourquoi Jésus connaît Jérusalem »). Il est vrai que nous avons le libre arbitre. Il nous appartient de coopérer au plan de salut de Jésus. Le monde séculier cherche à résoudre les problèmes ; les chrétiens aspirent au salut.

 

En temps de crise, certains déplorent l'échec du christianisme, la perte d'influence de l'Église. Mais l'idéal chrétien a-t-il jamais été véritablement mis à l'épreuve et jugé insuffisant ? Notre monde ne souffre pas parce que nous avons suivi le Christ de trop près, mais parce que nous ne l'avons pas suivi du tout. Même au sein de l'Église, le problème persiste. L'Église après Vatican II… Non pas le Concile lui-même, mais l'interprétation qu'on en a faite : le prétendu « Esprit de Vatican II ». Le document de Vatican II en lui-même n’est pas fondamentalement erroné. Sacrosanctum Concilium souligne l'importance du latin, du chant grégorien ; il n'est nullement question de supprimer la balustrade de l'autel ni de remplacer le maître-autel par une table de cuisine. Mais les médias et des personnalités comme Küng et Schillebeeckx ont détourné le Concile et l'ont transformé en quelque chose de complètement différent. J'ai eu des centaines de discussions avec ces personnes et je leur pose toujours la même question : « Avez-vous lu les documents ? » La réponse est invariablement : « Non, mais… » Non, non, pas de « mais », lisez-les et revenez ensuite. Ils ne le font jamais. Certes, Vatican II avait ses défauts et son langage pastoral laissait place à diverses interprétations, mais ne confondons pas le concile lui-même avec le concile des médias et de ceux qui cherchaient à modifier la doctrine de l'Église. Le résultat ? De la mauvaise foi. C'est alors qu'on sait que quelque chose cloche vraiment.

 

Le problème, bien sûr, c'est qu'il ne s'agissait pas d'un concile dogmatique. La seule raison d'être des conciles était de clarifier les choses. D'ailleurs, nous devrions être reconnaissants envers Arius et les autres hérétiques. Sans eux, nous n'aurions pas la confession de foi telle que formulée par le concile de Nicée. Les conciles étaient là pour clore les débats : si vous croyez ceci, vous êtes dedans, sinon, vous êtes dehors. Roma locuta, causa finita. Plus de Sed Contra.

 

Aggionamento. Nous pensions devoir suivre le courant de la société séculière. Nous voulions être pertinents à notre époque ; l'Église de Nice au lieu de l'Église de Nicée. Réunions mondaines. Nous avons réduit les dix commandements à un seul : aime ton prochain, sois bon. Cela se reflète dans le Novus Ordo : l'autel a été remplacé par une table [contrairement à Sacrosanctum Concilium]. L'autel symbolise le sacrifice. L'Eucharistie est un sacrifice sous la forme d'un repas, et non un repas sous la forme d'un sacrifice. Jésus a rompu le pain lors de la Cène, mais cela faisait référence au sacrifice sur la croix ! Et non au simple fait de « rompre et partager » ! Certes, nous sommes très sociables, mais qui parle de la vie après la mort, du jugement, des quatre dernières étapes humaines ?

 

Le problème n'est pas que l'Évangile soit dépassé, mais que nous l'ayons troqué contre des substituts plus faciles. Les demi-vérités ne peuvent guérir l'âme. Seule la vérité radicale et intégrale du Christ le peut. Il ne s'agit pas d'un idéal « médiéval ». La crise de notre temps – solitude, injustice, amertume – appelle de véritables chrétiens qui apportent un amour courageux et l'espérance là où règnent le cynisme et le désespoir.

 

Certains se détournent de la foi à cause des manquements des chrétiens : scandales, hypocrisie, compromis. Certes, ces manquements ont nui à la crédibilité de l’Église. Mais cela ne remet pas en cause la vérité de son message. L’Église n’est pas sainte parce que ses fidèles ne pèchent jamais, mais parce qu’elle offre aux pécheurs un chemin vers la sainteté. Les manquements des chrétiens prouvent non pas que le Christ a failli, mais que nous avons failli à le suivre.

 

La sortie de crise commence par un authentique retour au Christ. La foi ne doit pas être un accessoire culturel, mais la source de la vie. Lorsque les chrétiens vivent leur foi avec sérieux – non par obligation, mais par amour – elle rayonne. L’âme du monde ne peut être guérie que lorsque nos propres âmes s’embrasent à nouveau de foi, d’espérance et d’amour.

 

Ceci nous amène au rôle de l’Église. Certaines communautés tentent encore d’enrayer le déclin en s’adaptant à leur époque : modernisation, simplification, perfectionnement jusqu’à ce que rien ne choque. D’autres font le contraire : nager à contre-courant, s’accrocher à la tradition et à l’orthodoxie même si elles semblent « dépassées ». Lequel fonctionne vraiment ?

 

Chesterton, converti au catholicisme, était catégorique : adapter l’Église à chaque mode est vain. « Nous ne voulons pas, comme le disent les journaux, une Église qui suit le monde. Nous voulons une Église qui fasse bouger le monde. » Autrement dit : une Église gagne en crédibilité non pas en se faisant l’écho du monde, mais en le corrigeant. Nous avons besoin d’une foi qui nous interpelle lorsque nous avons tort, et non d’une foi qui se contente de nous rassurer lorsque nous sommes déjà d’accord.

 

Et de fait, que constatons-nous ? Les Églises dites « libérales » – celles qui diluent ou relativisent la doctrine pour paraître pertinentes – sont en déclin. Leurs bancs se vident et vieillissent. Les sociologues résument la situation ainsi : « Les Églises libérales n’ont pas d’enfants. » Elles ne peuvent inspirer les nouvelles générations. Dès le début des années 2000, on constatait le déclin de ces communautés, fréquentées principalement par des personnes âgées. Les jeunes ne sont pas attirés par un christianisme tiède et sécularisé. Un humanisme réchauffé n’a aucun pouvoir d’inspiration.

 

Parallèlement, les Églises orthodoxes – celles qui proclament avec audace leurs convictions, ancrées dans la tradition – attirent les jeunes. Ce sont des Églises qui défendent des valeurs, et cela se remarque. Une Église qui ose être une oasis dans le désert, offrant l'eau vive aux assoiffés, attire les chercheurs de vérité. Ce n'est pas une illusion : des enquêtes récentes confirment que les jeunes générations, de façon surprenante, connaissent un modeste retour à la foi, et que les communautés orthodoxes en sont les principales bénéficiaires.

En bref : les Églises qui restent fidèles – que ce soit par une liturgie empreinte de recueillement, une doctrine claire ou un enseignement moral intransigeant – sont précisément celles qui suscitent un renouveau, surtout chez les jeunes. J'en rencontre beaucoup. Ils ne veulent pas être dorlotés, mais interpellés. Ils veulent savoir s'il existe des convictions et des valeurs auxquelles croire et qu'il faut mettre en pratique. Ils veulent connaître la vérité. Ils arrivent dans nos Églises de façon totalement inattendue. Ils sont peu nombreux, mais ils sont là. Et cela se produit partout (4 caractéristiques : 1. un environnement laïque ; 2. le désir de connaître la vérité ; 3. un très jeune âge ; 4. tous de jeunes hommes/garçons).

 

Paradoxalement, au milieu de ce déclin, des signes d'espoir apparaissent chez les jeunes. Dans certains endroits, la génération Z semble légèrement plus religieuse que les Milleniaux qui l'ont précédée. Aux Pays-Bas, par exemple, des enquêtes montrent que 30 % des jeunes adultes âgés de 15 à 35 ans se déclarent religieux. Cela peut paraître peu, mais ce chiffre semblait avoir considérablement diminué. De plus, les communautés chrétiennes orthodoxes – catholiques, orthodoxes et évangéliques – sont en pleine expansion.

 

Pourquoi ? Parce que les jeunes recherchent la profondeur et la clarté. Ils ont grandi dans une culture où « chacun a sa propre vérité », mais ils ont constaté que cela les laissait insatisfaits. Ils aspirent à une Vérité qui les dépasse, un fondement solide sur un sol instable. Ils ne veulent pas d'une foi superficielle, mais de la foi authentique. Et ils ont soif de communauté. Dans une culture atomisée et individualiste, une authentique communauté chrétienne rayonne comme une famille. C'est pourquoi les groupes de jeunes, les pèlerinages et les paroisses traditionnelles, fréquentées par de jeunes familles, sont en plein essor. Loin d'être rebutés par une foi exigeante, beaucoup y sont attirés. Ils aspirent au mystère, à la beauté et au défi – et non à une pâle copie de la culture profane.

 

Nous sommes partis du principe que la crise actuelle est, au fond, spirituelle. Et en effet, les réponses les plus profondes doivent l'être aussi. L'apôtre Paul nous le rappelle dans sa lettre aux Éphésiens : « Car nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les princes, contre les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits mauvais répandus dans l'air. » Autrement dit, le combat le plus profond du chrétien n'est pas contre des êtres de chair et de sang, mais contre les puissances invisibles du mal. Il ne s'agit pas d'une superstition médiévale, mais d'une réalité concrète de la vie chrétienne. Nous vivons, comme l'a dit C.S. Lewis, en territoire ennemi, où les ténèbres rôdent encore malgré la victoire décisive remportée par le Christ sur la croix.

 

Pourtant, ce combat spirituel paraît étrange, voire irréel, à beaucoup. À notre époque moderne et éclairée, parler de diables et d'anges semble désuet. Le mal est expliqué par la psychologie ou la sociologie, sans intervention surnaturelle. Mais peut-être que ce scepticisme est précisément ce que Satan souhaite. Nous pouvons tomber dans deux pièges opposés concernant le diable : soit nous nions totalement son existence, soit nous développons une obsession malsaine à son sujet. Comme l'observait Lewis dans The Screwtape Letters (Tactique du diable), le diable se réjouit tout autant des deux extrêmes. Le chrétien sage reste vigilant sans hystérie : il reconnaît le mal avec lucidité, sans paranoïa.

 

Le prince des ténèbres n'est pas l'égal de Dieu. Il n'est pas un anti-dieu éternel, mais un ange déchu – une créature jadis bonne, désormais en révolte. Il est limité. Intelligent et dangereux comparé à nous, certes, mais fini et, en fin de compte, soumis à la puissance de Dieu. Il y a bien une guerre dans l'univers, mais non entre deux dieux égaux. C'est la rébellion d'une créature contre son Créateur. Cette perspective permet d'éviter à la fois la surestimation et la sous-estimation de l'ennemi.

 

Paul met en garde contre les « ruses du diable ». Ces ruses évoquent la tromperie et la subtilité. Le diable n'apparaît généralement pas avec des cornes et des collants rouges. Son but est de nous éloigner de Dieu, et il y parvient par le mensonge et les tentations déguisées en pensées et humeurs ordinaires.

 

Avez-vous remarqué avec quelle rapidité votre humeur peut basculer de la foi et de la joie au doute ou au découragement, parfois sans raison apparente ? Une force obscure peut être à l'œuvre, avide d'exploiter ces moments de faiblesse. Le diable connaît nos vulnérabilités. Il murmure : « Ta prière est vaine ; abandonne. » Il réveille de vieux remords pour nous démoraliser. Sa tactique ne consiste généralement pas à renier Dieu ouvertement, mais à éroder progressivement notre confiance en sa bonté.

 

Prenons l'exemple d'une dispute au sein de l'Église. En apparence, il s'agit d'un simple désaccord humain. Mais bientôt, l'orgueil ou le ressentiment s'insinuent. L'autre personne commence à ressembler à l'ennemi. Les paroles de Paul nous rappellent que cette personne n'est pas le véritable ennemi. Le véritable ennemi rit lorsque les chrétiens se déchirent.

 

Prenons par exemple les tentations modernes. Souvent, le diable n'a même pas besoin de nous effrayer ; il préfère nous endormir. Il nous noie sous un flot de divertissements, de distractions et de confort, jusqu'à ce que Dieu devienne insignifiant. Grâces soient rendues à Dieu, car il ne nous a pas laissés sans défense. Paul prescrit l'armure de Dieu (Eph 6,13-17). L'image est celle d'un soldat romain, mais les armes sont des vertus spirituelles, non de l'acier. Examinons-les :


• La ceinture de vérité : La ceinture d'un soldat maintenait tout en place. De même, la vérité nous empêche de sombrer dans la confusion. Dans un monde de relativisme et de mensonge, l'honnêteté et l'amour de la vérité sont notre première défense.
• La cuirasse de justice : La cuirasse protège le cœur. La justice désigne à la fois le don de la justification par le Christ et notre intégrité morale.
• Les chaussures de la disponibilité à proclamer l'Évangile de paix : Les chaussures donnent stabilité et mouvement. Notre disponibilité à vivre et à partager l'Évangile nous rend fermes sur nos appuis.
• Le bouclier de la foi : Par la foi, nous éteignons les « flèches enflammées du Malin ». La foi est la confiance dans les promesses de Dieu.
• Le casque du salut : Le casque protège l'esprit. Le salut est notre assurance d'appartenir au Christ et notre espérance de la vie éternelle.
• L'épée de l'Esprit, qui est la Parole de Dieu : La seule arme offensive. « Croyez-vous que je sois venu apporter la paix ? Non, la division. »


Paul ajoute ensuite ce qui donne vie à tous : la prière. La prière est le lien qui nous unit à notre Commandant. Elle nous maintient connectés à son commandement. Sans prière, même la meilleure armure nous laisse isolés.

Ayez le courage d'aller à contre-courant. N'ayez pas honte de l'orthodoxie ni des valeurs « traditionnelles ». Ce sont précisément elles qui donnent de la crédibilité.

Bâtissez des communautés de vrais catholiques. Une paroisse ou une famille où le Christ est véritablement roi est une réponse puissante à la crise du sens. Unissez les communautés.

 

Le combat n'est pas encore gagné. Mais il n'est pas perdu non plus. L'histoire montre que la Vérité, même étouffée ou oubliée, finit toujours par triompher. Et dans nos heures les plus sombres, la lumière du Christ peut briller de tout son éclat.

Le monde est plein de fous qui disent que les temps sont sombres. Mais moi, je dis : c'est précisément dans les ténèbres qu'une simple bougie – le petit reste – brille le plus fort.

     

Alors, levons haut la flamme de la foi. Non avec amertume, mais avec joie ; non avec résignation, mais avec espérance. Car le Christ seul est la réponse qui peut transformer la crise. Il est le même hier, aujourd'hui et éternellement.          

                                                                 

Parfois, l'armure nous paraît lourde. Parfois, nous nous sentons las. Pourtant, le combat est celui du Seigneur. Notre rôle est de rester fidèles, de prier, de tenir bon. Souvenez-vous : le plus faible des saints, revêtu de l'armure de Dieu, est plus fort que l'enfer. Efforcez-vous de devenir un saint. Si ce n'est pas votre but dans la vie, vous l'aurez gâchée.

 

Merci de votre attention. Viva Christe Re !"

 

Mgr Robert Mutsaerts

Au tribunal administratif de Marseille, une ordonnance qui doit faire date

28/10/2025

Au tribunal administratif de Marseille, une ordonnance qui doit faire date

Ils ont pu démontrer que Benoît Payan avait méconnu les libertés publiques et porté atteinte aux droits des croyants catholiques.

 

Tout n’a pas pu être sauvé puisque des représentations du film étaient programmées du 22 au 28 octobre seulement, et que l’audience et l’ordonnance reconnaissant le bon droit des requérants n’ont pu intervenir que le 25 octobre. En pratique, cela ne laissait place qu’à deux projections à la Buzine, dont la première, le 25, n’a pas pu bénéficier d’une publicité correcte, faute de temps mais le symbole est là, et il est fort.

 

Comme lors de la levée des restrictions excessives imposées au culte catholique au sortir du confinement covid de 2020, où l’AGRIF était au nombre des requérants victorieux, cette association de défense des droits des chrétiens et des français en France est intervenue au soutien de Stéphane Ravier et des réalisateurs.

 

 

Stéphane Ravier et les Gunnell soutenus par l’AGRIF devant le tribunal administratif
L’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne (AGRIF) a cette fois agi en soutien des requérants, s’associant à leur démarche et en la soutenant financièrement par la prise en charge de 50 % des frais. Stéphane Ravier, qui s’est fortement mobilisé en faveur du droit de projeter Sacré Cœur comme n’importe quelle autre œuvre cinématographique et sans lui laisser infliger une discrimination anti-chrétienne, a d’ailleurs envoyé ce message à l’AGRIF : « Encore un grand merci pour votre réactivité le soir où nous vous avons appelé à l’aide. Très belle opération ! Elle eut été impossible sans votre généreux engagement. »

 

En effet, face à de telles décisions de la part des pouvoirs publics, il faut avoir les capacités et aussi les moyens matériels d’intervenir. L’AGRIF, association privée qui ne reçoit pas de subvention de l’Etat, a une fois de plus démontré ici la nécessité de son existence et l’efficacité de ses interventions de diverses natures.

 

En cette occurrence, c’est un référé-liberté qui a été déposé par l’avocat des requérants, Me Belmont, qui a pu faire reconnaître l’urgence d’obtenir une décision de la part du juge administratif – décision de surcroît favorable, qui joue en faveur des droits des chrétiens en France dans leur ensemble.

 

Au château de La Buzine à Marseille, on projette bien un film sur le Dalaï-Lama !
Benoît Payan s’était appuyé sur des conseils d’avocats pour censurer cette œuvre artistique portant sur la foi chrétienne qu’est Sacré Cœur. Comme le note le communiqué co-signé par « Marseille d’abord », la formation du sénateur Stéphane Ravier, et l’AGRIF, « étonnamment, la municipalité n’a rien trouvé à redire lors de la projection du film Kundun qui retraçait la vie du Dalaï-Lama, chef spirituel du bouddhisme tibétain ».

 

Les requérants signalaient également que Sacré Cœur a bel et bien obtenu un visa d’exploitation du Centre national du cinéma (CNC), qui l’autorise à être diffusé dans toutes les salles de France, y compris les 386 salles gérées en régie municipale, comme l’est celle du château de la Busine.

 

Leur communiqué souligne encore que « ce même maire n’hésite pas à se rendre à des prêches islamiques pour y promettre la construction de nouvelles et plus grandes mosquées ».

 

Devant le juge administratif de Marseille, l’avocat de la commune a conclu au rejet de la requête de Stéphane Ravier et des époux Gunnell, soutenant que le film était diffusé dans un autre cinéma de la ville et qu’il n’y avait donc pas d’urgence. Aucune liberté fondamentale n’était affectée, prétendait-on, puisqu’il n’y avait pas d’interdiction individuelle ou générale de la diffusion du film.

 

L’avocat Mendes Constante avançait également que, s’agissant d’un cinéma communal géré en régie directe et constituant un service public local, le principe de neutralité du service public devait s’appliquer, y compris dans le domaine culturel, pour faire obstacle à la diffusion d’un « film confessionnel et prosélyte ».

 

Le vice-président du tribunal administratif a donné raison aux premiers.

 

Reconnaître le bon droit de Sacré Cœur, une urgence
Pour ce qui est de l’urgence, le juge a décidé : « Il résulte de l’instruction que la décision en litige a pour effet de déprogrammer une œuvre cinématographique, restreignant ainsi sa diffusion, limitée à un seul autre cinéma à Marseille lors d’une séance unique à la date de la présente ordonnance, avec pour conséquence nécessaire d’empêcher une partie du public d’y avoir accès », alors même que les séances ne peuvent être reportées au château de La Buzine où les séances sont programmées à date précise.

 

Et de souligner que la commune de Marseille « ne fait état d’aucune circonstance tirée notamment de l’ordre public, susceptible de justifier l’atteinte aux libertés fondamentales invoquées par les requérants ».

 

Le juge a tout particulièrement tiré argument du devoir de neutralité de l’Etat par rapport aux religions, ce qui comporte notamment le droit de « garantir le libre exercice des cultes ». En outre, l’administration doit « se conformer aux principes d’égalité » et garantir à chacun « un traitement impartial », souligne l’ordonnance de référé.

 

La commune, dit-elle encore, a simplement le devoir de ne pas marquer de préférence religieuse à l’égard d’un culte donné, ni d’accorder une « subvention directe ou indirecte à une œuvre » au caractère religieux affirmé. Dans le cas de Sacré Cœur, note le juge, les conditions tarifaires pratiquées pour accéder à l’œuvre ne présentent aucune particularité.

 

Par conséquent, même si le maire de Marseille, Benoît Payan, n’a pas prononcé d’interdiction générale ou particulière à la diffusion de ce film, souligne le juge, « il a porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d’expression et à la liberté de création et à la liberté de diffusion artistique, libertés fondamentales » selon le code de justice administrative. Savourez ces mots : pour une fois ils sont prononcés au service du vrai, du bien et du beau.

 

Et savourez encore ceux-ci, par lesquels le juge ordonne la reconnaissance des droits de Sacré Cœur :

« Article 1er : L’exécution de la décision du maire de Marseille annulant les projections du film “Sacré-Coeur” au cinéma du château de La Buzine est suspendue.

« Article 2 : Il est enjoint au maire de Marseille d’autoriser la projection du film “Sacré-Coeur” au cinéma du château de La Buzine telle qu’elle avait été initialement programmée, à compter de la notification de la présente ordonnance et jusqu’au 28 octobre 2025. »

 

Le tribunal administratif reconnaît le devoir de garantir les droits des chrétiens
Pendant ce temps, le beau film sur le message du Sacré Cœur à sainte Marguerite Marie Alacoque et son appel à reconnaître l’amour que porte à la France le Christ crucifié poursuit son étonnant chemin en France. Le nombre de salles où il est projeté ne cesse de progresser, atteignant à l’heure d’écrire 467 séances à travers le pays. Et l’aventure semble devoir continuer. Qui l’eût cru ?

 

Lundi matin, Sacré Cœur avait déjà fait près de 250.000 entrées. Il pourrait, dit-on, dépasser les 400.000 au box office, ce qui serait plus qu’un exploit, puisque la plus grande partie des films qui sortent en France ne dépassent guère les 200.000 spectateurs en salles. C’est un succès contre vents et marées, un succès porté certes par l’adversité et par les tentatives de bâillonnement, comme le refus de la SNCF et de la RATP de faire de la publicité à ce film – l’affaire de Marseille a certainement aussi aidé – mais un succès qui dit avant tout autre chose.

 

Il crie à la face du monde que nous avons besoin d’amour et d’espérance, que cette espérance et que cet amour ont un nom et un visage, et surtout un Cœur qui bat, et qui veut ouvrir, autant que faire se peut, les portes du Ciel aux pauvres créatures que nous sommes.

 

Jeanne Smits dans RITV

4 Leçons Inattendues de Taybeh, le Dernier Village Chrétien de Cisjordanie

27/10/2025

4 Leçons Inattendues de Taybeh, le Dernier Village Chrétien de Cisjordanie

La vie à Taybeh est marquée par une pression constante, une lutte sourde qui ne s'arrête pas avec les accords signés à des kilomètres de là. À travers les témoignages poignants de ses habitants relevés par Samuel Pruvost de Famille Chrétienne, ce village millénaire nous offre quatre leçons surprenantes sur la résilience, la foi et la complexité d'un conflit où la paix reste un horizon lointain.

 

Pour eux, le cessez-le-feu ne change presque rien
Si la trêve à Gaza est perçue comme une bonne nouvelle, son impact sur la vie pratique à Taybeh est quasi nul. Pour les habitants, c'est un « poids psychologique » en moins, la fin des bombardements sur leurs « frères », mais la réalité de leur isolement demeure inchangée. Le village reste encerclé par les colonies juives d'Allosaurus, Kohav Hasor et Rimoni à l'est, et Ofra et Amona à l'ouest. Les restrictions de mouvement sont toujours en place, comme l'interdiction formelle de se rendre à Jérusalem depuis le 7 octobre 2023.


Cette stagnation est parfaitement résumée par Natalia, une jeune dentiste du village, dont les mots traduisent un soulagement teinté d'amertume :
« Le cessez-le-feu nous enlève un poids psychologique, parce que nos frères ne sont plus sous les bombes. Mais ça ne change rien du point de vue pratique. »
Pire encore, l'avenir immédiat suscite l'inquiétude. Sanad, le directeur de la radio Nabd El-Haya (« Le Pouls de la Vie »), craint que la situation n'empire avec l'arrivée potentielle en Cisjordanie des soldats stationnés à Gaza, réputés pour leur agressivité. Pour Taybeh, la fin des combats au loin ne signifie pas la fin de l'étau qui se resserre.

 

 La résistance se fait par la bière, l'emploi et les ondes radio
Face à une oppression qui s'exprime par un taux de chômage avoisinant les 60 % et des attaques de colons sur leurs oliveraies, la résilience de Taybeh prend des formes inattendues et créatives. C'est une résistance économique et culturelle menée pour simplement continuer d'exister.


Cette persévérance est incarnée par Madees, une quinquagénaire née à Boston. Revenue pleine d'espoir en 1993 après les accords d'Oslo, elle se présente aujourd'hui fièrement comme la « seule femme à brasser de la bière au Proche-Orient ». Sa brasserie familiale est un acte de foi en l'avenir. Dans le même esprit, Abouna Bashar Fawadleh, le jeune curé de la paroisse latine agissant en véritable homme-orchestre, a créé plus de soixante-dix emplois pour freiner l'exode des familles, dont plus de dix sont parties depuis le 7 octobre. Enfin, la radio Nabd El-Haya diffuse en arabe, anglais et français, portant la voix de Taybeh bien au-delà des collines qui l'enserrent.


Ces initiatives sont d'autant plus remarquables qu'elles naissent dans un contexte de privations profondes, comme le souligne Madees, dont l'optimisme d'antan a fait place à une lucidité amère :
« La vie à Taybeh n’est pas comparable à celle que vous avez en Europe : en Cisjordanie, vous n’avez pas de liberté, vous ne pouvez pas aller prier à Jérusalem ni vous détendre sur la plage à Tel-Aviv ! »

 

Une amitié « impossible » entre un prêtre et un colon
Au cœur des tensions les plus vives, Abouna Jack Nobel Abed, curé de la paroisse melkite catholique, défend farouchement le droit de sa communauté à exister sur cette terre. Sa détermination est sans faille.
« Mais nos racines sont si profondes que ceux qui veulent nous déraciner subiront les feux de l’enfer ! »


Pourtant, cette posture intransigeante s'accompagne d'une philosophie surprenante : une « résistance non violente » qui vise à « faire tomber les murs qui séparent ». L'exemple le plus significatif est son amitié avec Jabo, un archéologue vivant dans la colonie voisine d'Ofra. Jabo a été tué l’année dernière dans le sud du Liban. Les deux hommes se retrouvaient pour discuter des textes bibliques, en évitant la politique. Abouna Jack était le « seul arabe chrétien à entrer dans la colonie ». Pour le premier anniversaire de son décès, la famille de Jabo a invité le prêtre, preuve que ce lien unique, forgé au cœur de l'impossible, a laissé une trace durable.

 

Le poids de l'histoire : vivre là où Jésus s'est réfugié
Taybeh n'est pas un village comme les autres. Ancienne cité d'Ephraïm mentionnée dans l'Ancien Testament, son histoire est inscrite dans les pages de la Bible. C'est ici, dans cette « cité refuge », que Jésus lui-même s'est retiré avec ses disciples avant sa Passion, car il ne pouvait « circuler librement à Jérusalem » (Jn 11, 54). De ses 900 mètres d’altitude, on peut deviner les reliefs de la Jordanie, la vallée du Jourdain et le reflet lumineux de la mer Morte, un site stratégique depuis des millénaires.

 

Ce parallèle historique est saisissant : deux mille ans plus tard, les chrétiens palestiniens de Taybeh sont à leur tour interdits d'accès à la Ville sainte. Leur présence ici est un héritage vivant. Les oliviers de Nadim, qui remontent à l'époque romaine, en sont la preuve tangible, tout comme sa fière déclaration face aux menaces :
« Mes ancêtres vivent ici depuis six cents ans ! »

 

Cette richesse historique est malheureusement aussi une source de conflit. L'incendie criminel allumé par des colons près des ruines de l'église byzantine Saint-Georges rappelle que chaque pierre, chaque arbre de cette terre est un enjeu. Vivre à Taybeh, c'est porter le poids et la fierté d'une histoire qui continue de s'écrire dans la douleur.

 

 

Taybeh est un lieu de paradoxes. C'est un refuge de foi et d'histoire profonde, mais aussi la ligne de front d'une lutte quotidienne pour la survie et la dignité. Ses habitants, par leurs initiatives économiques, leurs dialogues improbables et leur attachement viscéral à leur terre, montrent que la paix ne se décrète pas. Leur histoire pose une question essentielle qui résonne bien au-delà de leurs collines : quel avenir est possible pour une nation si son futur dépend d'un accord avec des voisins qui, eux, ne partiront jamais ?

"Que l’Église en vienne à comprendre et à aimer le don de la liturgie sacrée"

27/10/2025

"Que l’Église en vienne à comprendre et à aimer le don de la liturgie sacrée"

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

C’est pour moi une joie immense de célébrer la messe pontificale à l’autel de la chaire de Saint-Pierre, point culminant du pèlerinage Summorum Pontificum de 2025. Au nom de toutes les personnes présentes, j’exprime ma sincère gratitude à ceux qui ont travaillé avec tant de diligence et d’efficacité pour rendre possible ce pèlerinage. J’offre cette messe pour les fidèles de l’Église à travers le monde, qui s’efforcent de préserver et de promouvoir la beauté de l’Usus Antiquior du rite romain. Que l’offrande de la messe pontificale d’aujourd’hui nous encourage et nous fortifie tous dans l’amour de notre Seigneur eucharistique qui, par la tradition apostolique et avec un amour inébranlable et incommensurable pour nous, renouvelle sacramentellement son sacrifice sur le Calvaire et nous nourrit du fruit incomparable de son sacrifice : la nourriture céleste de son corps, de son sang, de son âme et de sa divinité.

 

En célébrant la Sainte Messe de la Bienheureuse Vierge Marie ce samedi, nous contemplons le Cœur douloureux et immaculé de Notre Dame, élevé dans la gloire et qui ne cesse de battre d’amour pour nous, les enfants que son Divin Fils lui a confiés à sa maternité, alors qu’il mourait sur la Croix. Lorsque Notre Seigneur a prononcé les mots « Femme, voici ton fils… Voici ta mère » à sa Mère et à saint Jean l’apôtre et évangéliste, debout au pied de la croix, il a exprimé une réalité essentielle du salut qu’il était en train de gagner pour nous : la pleine coopération de sa Mère, la Bienheureuse Vierge Marie, à son œuvre salvatrice.

 

Dieu le Père, dans son plan d’amour pour notre salut éternel, a accordé à la Bienheureuse Vierge Marie, dès le moment de sa conception, de participer à la grâce du salut que son Divin Fils allait accomplir au Calvaire. Par son Immaculée Conception, Marie était totalement pour le Christ et, dans le Christ, totalement pour nous dès le premier instant de son existence. La médiation de notre salut par le Cœur douloureux et immaculé de Marie est illustrée dans les dernières paroles de la Vierge Mère du Sauveur rapportées dans les Évangiles. Elle les a adressées aux serveurs de vin lors des noces de Cana, qui étaient venus la trouver, angoissés par le manque de vin pour les invités des jeunes mariés. Elle a répondu à leur grande détresse en les conduisant vers son Divin Fils, également invité au festin de noces, avec cette instruction maternelle : « Faites tout ce qu’il vous dira. »

 

Ces mots simples expriment le mystère de la Maternité divine par laquelle la Vierge Marie est devenue la Mère de Dieu, amenant Dieu le Fils incarné dans le monde pour notre salut. Par ce même mystère, elle continue d’être le canal de toutes les grâces qui jaillissent sans cesse et de manière incommensurable du Cœur glorieux et transpercé de son Divin Fils vers le cœur de ses frères et sœurs, adoptés par le baptême, alors qu’ils cheminent sur terre vers leur demeure éternelle auprès de Lui dans les cieux. Nous sommes les fils et les filles de Marie en son Fils, Dieu le Fils incarné. Avec une sollicitude maternelle, elle attire nos cœurs vers son Cœur immaculé et glorieux et les conduit vers Lui, vers son Sacré-Cœur, et elle nous enseigne : « Faites tout ce qu’il vous dira. »

 

En la Bienheureuse Vierge Marie, nous voyons « la manifestation créée la plus parfaite » de la Sagesse éternelle de Dieu, Dieu le Fils, le Verbe à l’œuvre depuis le tout début de la création et ordonnant toutes choses et, surtout, le cœur humain en accord avec la perfection de Dieu, « à la fois parce qu’elle est la « servante » particulièrement fidèle du Seigneur et parce qu’en elle, en tant que Mère du Christ, le plan divin a trouvé son accomplissement ». Elle est, selon les paroles inspirées du Livre de l’Ecclésiastique, « la mère de l’amour, de la crainte, de la connaissance et de l’espérance sainte ». Nous sommes remplis d’espoir que Notre Seigneur, la Sagesse divine incarnée, entendant les prières de la Mère de la grâce divine qui est toujours en sa présence, aura également pitié de notre génération, rétablissant l’ordre d’amour écrit par Dieu dans la création, écrit par Dieu, avant tout, dans chaque cœur humain. En nous efforçant, à chaque instant de la journée, de reposer nos cœurs dans le Cœur glorieux et transpercé de Jésus, nous annonçons au monde la vérité que le salut est venu dans le monde. Nous, unis dans notre cœur au Cœur immaculé et glorieux de Marie, attirons les autres vers le Christ, plénitude de la miséricorde et de l’amour de Dieu parmi nous, dans sa sainte Église.

 

Nous célébrons cette année à la fois le centenaire de l’apparition de l’Enfant Jésus, avec Notre-Dame de Fatima, à la vénérable servante de Dieu, sœur Lúcia dos Santos, le 10 décembre 1925, et le centenaire de la publication de la lettre encyclique Quas Primas du pape Pie XI, qui a institué la fête du Christ Roi du Ciel et de la Terre dans l’Église universelle, le 11 décembre 1925. Nous rendons ainsi témoignage à la vérité que Notre Seigneur Jésus-Christ est le Roi de tous les cœurs par le mystère de la Croix et que sa Mère vierge est la médiatrice par laquelle il amène nos cœurs à demeurer toujours plus complètement dans son Sacré-Cœur.

 

Dans l’apparition à la vénérable servante de Dieu, sœur Lúciados Santos, Notre Seigneur nous a montré le Cœur douloureux et immaculé de Notre Dame, couvert de nombreuses épines à cause de notre indifférence et de notre ingratitude, et à cause de nos péchés. D’une manière particulière, Notre-Dame de Fatima désire nous protéger du mal du communisme athée qui éloigne les cœurs du Cœur de Jésus, seule source de salut, qui conduit les cœurs à se rebeller contre Dieu et contre l’ordre qu’Il a établi dans Sa création et inscrit dans le cœur de chaque homme.  À travers ses apparitions et le message qu’elle a confié aux petits bergers saints Francisco et Jacinta Marto, ainsi qu’à la vénérable Lúcia dos Santos, qui s’adresse à toute l’Église, Notre-Dame a dénoncé l’influence de la culture athée sur l’Église elle-même, conduisant beaucoup à l’apostasie, à l’abandon des vérités de la foi catholique.

 

En même temps, Notre-Dame nous a demandé de réparer avec amour nos offenses au Sacré-Cœur de Jésus et à son Cœur immaculé par la dévotion des premiers samedis, c’est-à-dire le premier samedi du mois, en confessant nos péchés, en recevant dignement la Sainte Communion, en priant cinq dizaines du Saint Rosaire et en tenant compagnie à Notre-Dame en méditant les mystères du Saint Rosaire. Il ressort clairement du message de Notre-Dame que seule la foi, qui place l’homme dans une relation d’unité de cœur avec le Sacré-Cœur de Jésus, par l’intermédiaire de son Cœur Immaculé, peut sauver l’homme des châtiments spirituels que la rébellion contre Dieu inflige nécessairement à ses auteurs et à l’ensemble de la société et de l’Église. La dévotion des premiers samedis est notre réponse d’obéissance à notre Mère céleste qui ne manquera pas d’intercéder pour toutes les grâces dont nous et notre monde avons désespérément besoin. La dévotion n’est pas un acte isolé, mais exprime un mode de vie, à savoir la conversion quotidienne du cœur au Sacré-Cœur de Jésus sous la guidance et les soins maternels du Cœur douloureux et immaculé de Marie, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

 

Lorsque nous réfléchissons à la rébellion contre le bon ordre et la paix dont Dieu dote chaque cœur humain, conduisant le monde et même l’Église à une confusion, une division et une destruction toujours plus grandes des autres et de soi-même, nous comprenons, comme l’a compris le pape Pie XI, l’importance de notre adoration du Christ sous son titre de Roi du Ciel et de la Terre. Cette adoration n’est pas une forme d’idéologie. Ce n’est pas l’adoration d’une idée ou d’un idéal. C’est une communion avec le Christ Roi, en particulier à travers la Très Sainte Eucharistie, par laquelle notre propre mission royale en Lui est comprise, embrassée et vécue. C’est la réalité dans laquelle nous sommes appelés à vivre, la réalité de l’obéissance à la Loi de Dieu écrite dans nos cœurs et dans la nature même de toutes choses. C’est la réalité de nos cœurs, unis au Cœur Immaculé de Marie, reposant toujours plus complètement dans le Très Saint Cœur de Jésus.

 

La messe pontificale est célébrée aujourd’hui selon la forme la plus ancienne du rite romain, l’Usus Antiquior. L’Église célèbre le 18e anniversaire de la promulgation du Motu Proprio Summorum Pontificum par lequel le pape Benoît XVI a rendu possible la célébration régulière de la messe selon cette forme utilisée depuis l’époque du pape saint Grégoire le Grand. Ayant le privilège de participer aujourd’hui au Saint Sacrifice de la messe, nous ne pouvons nous empêcher de penser aux fidèles qui, tout au long des siècles chrétiens, ont rencontré Notre Seigneur et ont approfondi leur vie en Lui, grâce à cette forme vénérable du rite romain. Beaucoup ont été inspirés à pratiquer une sainteté héroïque, allant jusqu’au martyre. Ceux d’entre nous qui sont assez âgés pour avoir grandi en adorant Dieu selon l’Usus Antiquior ne peuvent s’empêcher de considérer comment cela nous a inspirés à garder notre regard fixé sur Jésus, en particulier dans la réponse à notre vocation dans la vie. Enfin, nous ne pouvons manquer de remercier Dieu pour la manière dont cette forme vénérable du rite romain a amené à la foi et approfondi la vie de foi de tant de personnes qui ont découvert pour la première fois sa beauté incomparable, grâce à la discipline établie dans SummorumPontificum. Nous remercions Dieu que, grâce à Summorum Pontificum, toute l’Église en vienne à comprendre et à aimer toujours davantage le grand don de la liturgie sacrée telle qu’elle nous a été transmise, dans une ligne ininterrompue, par la Tradition sacrée, par les apôtres et leurs successeurs. Grâce à la liturgie sacrée, notre adoration de Dieu « en esprit et en vérité », Notre Seigneur est avec nous de la manière la plus parfaite qui soit sur cette terre. C’est l’expression la plus excellente de notre vie en Lui. Témoins aujourd’hui de la grande beauté du rite de la messe, soyons inspirés et fortifiés pour refléter cette beauté dans la bonté de notre vie quotidienne sous la protection maternelle de Notre-Dame.

 

Élevons maintenant nos cœurs, unis au Cœur immaculé de Marie, vers le Cœur glorieux et transpercé de Jésus, ouvert pour nous dans le sacrifice eucharistique par lequel Il rend sacramentellement présent pour nous Son sacrifice au Calvaire. Élevons nos cœurs, remplis de tant de joies et de douleurs, vers la source inépuisable de la Miséricorde et de l’Amour divins, confiants que dans le Cœur eucharistique de Jésus, nous serons confirmés dans la paix et fortifiés pour porter la croix de nos douleurs avec la confiance de la Vierge Marie. Ainsi, sous le regard maternel constant et miséricordieux de la Bienheureuse Vierge Marie, puissions-nous progresser fidèlement et de tout cœur sur le chemin de notre pèlerinage terrestre vers notre demeure éternelle au Ciel.

 

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

 

Raymond Leo Cardinal BURKE

Convertis de l'islam au christianisme les 3 révélations inattendues sur leur parcours

26/10/2025

Convertis de l'islam au christianisme  les 3 révélations inattendues sur leur parcours

Une vague de conversions plus profonde et spontanée qu'on ne l'imagine
Contrairement aux idées reçues, le nombre de musulmans demandant le baptême est significatif et en croissance constante. La Conférence des évêques de France recense plus de 700 baptêmes de personnes d'origine musulmane chaque année, un chiffre que l'association Mission Ismérie estime même à 1 700 pour l'année 2025. Cette tendance est confirmée par la forte demande numérique : le média en ligne « La Rencontre », géré par l'association, a actuellement 500 demandes de contact en attente.
Le point le plus surprenant est que ce mouvement n'est pas le fruit d'une stratégie d'évangélisation active. Pour les observateurs, il s'agit d'une quête spirituelle personnelle et intérieure, un mystère divin à l'œuvre. Comme le résume Vincent Neymon, qui dirige Mission Ismérie, « c’est évident, Dieu travaille le cœur des musulmans ».
« L’église constate que ce mouvement ne vient pas de ce qu’elle a mis en place, mais d’un élan intérieur de plus en plus grand. » - Abbé Jean-Raphaël Dubrule

 


Le plus grand défi : trouver sa place dans sa nouvelle famille
Pour un converti, le départ de l'« oumma » (la communauté musulmane) est souvent vécu comme une trahison, entraînant le rejet de sa famille et parfois la perte de ses biens. Mais de manière contre-intuitive, le défi le plus ardu se trouve souvent à l'intérieur de l'Église elle-même, qui devrait être leur nouveau foyer.
Les obstacles rencontrés dans les paroisses sont multiples et parfois dévastateurs :
• Des maladresses théologiques graves. Certains prêtres, voulant se montrer accueillants, assurent à tort que le Coran et la Bible se ressemblent ou qu'Allah n'est pas différent de Dieu, sapant ainsi les fondements de la foi nouvelle du converti. Une erreur que Simon-Matthieu juge sévèrement : « C’est une incompréhension grave du sacrifice de la Croix et de la Rédemption, et c’est insuffler le doute dans le cœur des catéchumènes. »
• Un accueil froid ou méfiant. Le parcours de Simon-Matthieu illustre ce risque : il a dû changer de paroisse et en choisir une « assez éloignée de chez moi, ce qui m’évitait des représailles ». Il a su qu'il avait trouvé sa place quand, très simplement, « dès le début, on m’a demandé de faire la quête ». Myriam témoigne aussi de la difficulté persistante du « regard des gens » dans les églises où elle n'est pas connue.
• Une différence culturelle mal comprise. Comme le souligne l'abbé Dubrule, l'intégration de ces nouveaux convertis demande « un effort supplémentaire que les paroissiens ne saisissent pas toujours ».
Ce manque de préparation au sein des communautés peut avoir de lourdes conséquences, fermant la porte à ceux que Dieu envoie.
« Dieu fait son travail en se révélant à des musulmans, puis il nous les envoie. Le problème, c’est que certaines paroisses leur ferment la porte sans le savoir. » - Responsable de la mission Ananie


Un cadeau inattendu : comment les convertis revitalisent l'Église
Face à la solitude, à l'incompréhension et aux difficultés matérielles, le risque pour ces nouveaux chrétiens est grand : « le risque est l’abandon ». Pourtant, lorsque ces défis sont relevés et que l'accueil est authentique, l'arrivée de ces baptisés se révèle être une source puissante de renouveau pour les communautés chrétiennes.
Portés par une foi ardente et un parcours souvent exigeant, ils insufflent une nouvelle énergie dans les paroisses. Leur « esprit missionnaire et communautaire » réveille des assemblées parfois installées dans leurs habitudes. En cherchant une nouvelle famille spirituelle, ils rappellent à tous l'importance fondamentale de la fraternité et de la ferveur.
« Ils enseignent l’amour de l’Église, qui souvent s’attiédit chez les catholiques. » - Vincent Neymon

Pour conclure, le parcours d'un converti de l'islam ne s'arrête pas au baptême ; il marque le début d'un chemin d'intégration complexe qui met l'Église elle-même au défi. Face à ces parcours, la question n'est plus seulement de savoir comment accueillir l'autre, mais comment se laisser transformer par son arrivée.

Assez de confusion !

24/10/2025

Assez de confusion !

Dans une interview exclusive avec Per Mariam, l'évêque Athanasius Schneider a averti que l'Église catholique connaît « une confusion de foi sans précédent » et a demandé au pape Léon XIV un acte magistériel qui réaffirmerait la doctrine et restaurerait la clarté perdue au cours des dernières décennies.


« Le pape doit affermir toute l’Église dans la foi ; c’est sa première tâche », a rappelé Schneider, « une mission que Dieu lui-même a confiée à Pierre et à ses successeurs. »


Le prélat, auxiliaire d'Astana (Kazakhstan), a souligné que l'Église est « plongée dans un brouillard doctrinal » qui affecte la foi, la morale et la liturgie, affaiblissant ainsi l'identité catholique. « Nous ne pouvons pas continuer à avancer dans la confusion. Cela va à l'encontre du Christ lui-même et de l'Évangile. Le Christ est venu nous apporter la vérité, et la vérité signifie la clarté », a-t-il affirmé avec fermeté.Pour Schneider, la solution réside dans un geste public du pape réaffirmant l'intégrité de la foi catholique. À cet égard, il a proposé un document similaire au Credo du Peuple de Dieu promulgué par saint Paul VI en 1968, en pleine crise postconciliaire.


Après plus de cinquante ans, la confusion s'est accrue, au lieu de diminuer, surtout durant le dernier pontificat. Un tel acte constituerait l'un des plus grands gestes de charité du pape envers ses enfants spirituels et ses frères évêques.

 


« Fiducia Supplicans » et la confusion autour des bénédictions pour les couples de même sexe

Interrogé sur le document Fiducia Supplicans et les récentes déclarations du pape Léon XIV sur l'« accueil des personnes », Schneider s'est montré catégorique. Selon lui, le texte du Dicastère pour la doctrine de la foi « doit être aboli » car il introduit une ambiguïté sur une question morale essentielle à la vie de l'Église.


Le document fait expressément référence aux “couples de même sexe”. Bien qu’il affirme que ce ne sont pas leurs relations qui sont bénies, mais les personnes elles-mêmes, elles sont indissociables. C’est un jeu de mots qui prête à confusion et suggère que l’Église approuve de telles unions.


L'évêque a rappelé que l'Église a toujours béni les pécheurs qui cherchent sincèrement la conversion, mais n'a jamais béni une situation contraire à la loi de Dieu. « Nous ne pouvons pas bénir ce qui contredit la création et la volonté divine », a-t-il souligné.


Dieu accepte tout le monde, mais appelle à la repentance. Accepter les pécheurs sans les inviter à changer n'est ni la voie de Dieu ni celle de l'Évangile.


Le prélat a expliqué que le véritable accueil chrétien consiste à accompagner avec charité ceux qui souhaitent abandonner le péché, et non à les confirmer dans leur erreur. « Nous devons leur dire : "Vous êtes les bienvenus, mais ce que vous vivez ne correspond pas à la volonté de Dieu. Nous vous aiderons à échapper au mal, même si cela prend du temps." Voilà le véritable amour », a-t-il souligné. Enfin, il a mis en garde contre la participation de clercs ou de fidèles à des mouvements qui cherchent à modifier la morale révélée :


Nous ne pouvons pas participer à des organisations qui visent à modifier les commandements de Dieu. Soutenir leurs objectifs serait une trahison de l'Évangile et de la mission de l'Église de sauver les âmes.


« Marcher ensemble » signifie pèlerinage vers le Christ, et non s’adapter au monde

Concernant le concept de « marcher ensemble », si souvent répété dans le processus synodal, Schneider a averti que sa véritable signification a été déformée et doit revenir à ses racines christologiques.


La synodalité signifie cheminer vers le Christ, qui est la Voie, la Vérité et la Vie. L'Église ne peut pas parler pour elle-même, mais transmet fidèlement ce que le Christ a révélé.


L'évêque a expliqué que l'Église est militante, appelée à combattre l'erreur, le péché et la confusion spirituelle. « L'Église sur terre est une Église combattante. Nous luttons contre nos mauvais penchants, contre le diable et contre l'esprit du monde », a-t-il rappelé, citant saint Paul et saint Jean.Pour Schneider, le sens de « marcher ensemble » ne consiste pas dans l’écoute sociologique ou l’adaptation au monde, mais dans la communion des fidèles qui cheminent vers la Jérusalem céleste.


« Marcher ensemble signifie avancer comme un cortège de croyants qui savent en qui ils ont cru, qui professent clairement la vérité et l’expriment dans la beauté de la liturgie. »


Le prélat a également mis en garde contre la présence de « faux prophètes au sein de la communauté ecclésiale » qui égarent les fidèles du droit chemin. Il a donc appelé à la vigilance et à la fermeté doctrinale.
« La synodalité doit servir à proclamer plus clairement la beauté de la vérité du Christ et à éviter toute ambiguïté. L'Église doit adorer Dieu par une liturgie digne et sacrée, témoignage visible de sa foi », a-t-il insisté.


Le Seigneur n'a pas dit : “Écoutez les gens et demandez-leur leur avis.” Il a dit : “Allez proclamer la vérité.” Le pape et les évêques ont la lourde tâche de proclamer la vérité avec amour et fermeté, pour libérer l'humanité du mal.

 

Source et ITW complète sur INFOVATICANA

Le rôle des élites ecclésiastiques dans le suicide de l'Europe

23/10/2025

Le rôle des élites ecclésiastiques dans le suicide de l'Europe

J'ai choisi, chers amis lecteurs, de ne pas publier ici l'article de Rod Dreher, du fait qu'il utilise avec agressivité des exemples - par ailleurs bien vus - pour illustrer ses propos. Ce n'est pas très charitable, j'en fais donc une recension mais je vous laisse en juger si vous le voulez, c'est ici

Il faut savoir que Rod Dreher est un déçu du catholicisme, car venant du méthodisme, il s'est converti à notre religion qu'il a finalement trouvée trop "féminine", pour enfin, à la suite de ses recherches sur son dernier livre (1), se rapprocher de l'orthodoxie, plus radicale, plus combative. 
Par ailleurs, il faut garder à l'esprit que Rod Dreher est à l'origine de la conversion au catholicisme de son ami JD Vance, vice-président US (Wikipédia) et que de ce fait sa pensée révélée par son premier best-seller traduit en France (2) prend une importance non négligeable qui devrait rejaillir chez nous dans quelques années. Sa rencontre avec Thibault de Montbrial nous concerne tout particulièrement.

 

Voici donc dans les grandes lignes ce que nous dit Rod Dreher sur son blog :

Une anxiété diffuse mais profonde plane sur l'avenir de l'Europe. Au-delà des gros titres et des crises politiques quotidiennes, beaucoup pressentent que le continent est à la croisée des chemins, confronté à des changements fondamentaux qui remettent en question son identité et sa survie même. Cette inquiétude, souvent inexprimée, témoigne d'une rupture silencieuse avec les certitudes d'hier.


Plus que de simples turbulences passagères, ces secousses révèlent des failles structurelles profondes. Dreher et Montbrial explorent quatre constats qui, mis bout à bout, dessinent les contours d'un effondrement : une menace sécuritaire imminente, un vide spirituel béant, une Église paralysée de l'intérieur et des élites accusées de trahison.


Thibault de Montbrial, expert en sécurité prévient : l'Europe doit se préparer à la violence de masse

L'un des avertissements les plus frappants a été formulé par Thibault de Montbrial, un avocat français de premier plan, profondément impliqué dans l'appareil de sécurité nationale. Selon lui, l'Europe occidentale doit se préparer à des violences de masse d'une ampleur inédite depuis la Seconde Guerre mondiale, pouvant s'apparenter à des guerres civiles.


Il est crucial de souligner que cette prédiction ne provient pas d'un extrémiste isolé, mais d'une figure crédible et respectée de l'establishment de la sécurité nationale. Engagé professionnellement dans la lutte contre l'islamisme, Thibault de Montbrial vit lui-même sous protection policière armée depuis neuf ans. Son analyse est si sensible que les services de renseignement français ont exigé qu'il soit accompagné d'un agent armé en civil pour ce déplacement en Croatie, un fait qui ancre son analyse dans une réalité tangible et périlleuse.


Mais cette menace sécuritaire n'est, selon les participants, que le symptôme d'un mal plus profond.

 

Le vrai problème n'est pas politique, mais culturel et spirituel
Pour Montbrial, les solutions purement politiques ou sécuritaires sont insuffisantes car elles ne traitent pas le mal à la racine. Le cœur du problème serait un effondrement culturel profond – ce que l'écrivain Renaud Camus nomme « La Grande Déculturation ». L'Europe, en perdant la connexion avec son passé et son identité, a créé un vide existentiel.


Ce vide rend sa jeunesse particulièrement vulnérable au recrutement par des groupes, comme les islamistes, qui proposent un récit, une identité et une culture forte. Cette idée a été cristallisée par une formule percutante entendue durant le sommet, soulignant la racine religieuse de toute culture :
« au cœur de la culture se trouve le culte, ou la religion. »


Cette perspective pose un choix binaire et radical pour l'avenir du continent : l'Europe se rechristianisera ou elle s'islamisera. Selon cette analyse, il n'existe pas de troisième voie stable.


Si la crise est spirituelle, l'institution historiquement chargée de l'âme de l'Europe est elle-même jugée incapable de répondre au défi.


Une chrétienté « féminisée » est incapable de se défendre


Un autre argument, soulevé par un catholique croate et partagé par plusieurs participants, est que le christianisme occidental souffre d'un « grave déséquilibre en faveur du féminin ». Concrètement, cela se traduirait par une survalorisation de vertus comme la « compassion » et l'« accueil », au détriment des « vertus masculines » jugées nécessaires à la défense, à la résilience et à l'affirmation de soi.


Ce déséquilibre aurait transformé l'Église en une institution qui peine à attirer et à retenir les hommes, qui sentent que leurs vertus naturelles y sont plus souvent réprimées que développées et mises au service du sacré. L'argument central a été résumé de manière lapidaire :
"The feminization of Western Christianity is leading to its suicide in Europe."
(La féminisation du christianisme occidental conduit à son suicide en Europe.)


Un contraste a été établi avec le christianisme orthodoxe, décrit comme ayant réussi à rester « masculin sans être macho » et continuant de révérer ses saints guerriers, maintenant ainsi un équilibre jugé plus robuste.


Cette paralysie interne de l'Église est vue comme une partie d'un problème plus large : celui de la faillite des institutions dirigeantes.


Les élites, y compris religieuses, sont accusées de trahir leur propre peuple
La critique la plus virulente a été dirigée contre les élites européennes, y compris les plus hauts dirigeants de l'Église, incarnés ici par le pape lui-même. Leur insistance sur l'accueil inconditionnel des migrants est perçue comme un abandon de leur propre troupeau, les Européens de souche, dont les inquiétudes et les souffrances (liées notamment à la criminalité migratoire) seraient systématiquement ignorées.


Le roman Le Camp des Saints de Jean Raspail, souvent qualifié de pamphlet raciste, a été cité par les participants comme une œuvre « totalement prophétique ». L'analyse la plus choquante tirée du livre n'est pas la description de l'arrivée massive de migrants, mais l'identification des véritables responsables : non pas les nouveaux arrivants, mais les élites occidentales – évêques et prêtres inclus. Ils capitulent non par faiblesse, mais par une forme de « haine de soi civilisationnelle », cherchant rédemption dans la soumission à l'Autre.


Le roman se conclut sur une scène où le gouvernement français ordonne à sa propre armée de l'air de bombarder une poignée de patriotes français qui tentent de résister, une allégorie puissante du thème de la trahison des élites contre leur propre peuple.



Le tableau brossé par ces quatre constats est sombre : un continent au bord de possibles conflits internes, vidé de sa substance spirituelle, doté d'une Église affaiblie et dirigé par des élites perçues comme déconnectées, voire hostiles, aux peuples qu'elles sont censées guider.
Face à ce diagnostic, la question demeure : l'Europe trouvera-t-elle la volonté de redécouvrir son âme avant qu'il ne soit trop tard, ou le déclin est-il désormais inéluctable ? En observant les pèlerinages qui s'organisent partout et le nombre de baptêmes d'adultes en grande augmentation, comment ne pas penser à la prophétie de St Pie X sur la France :

Un jour viendra, et nous espérons qu’il n’est pas très éloigné, où la France, comme Saül sur le chemin de Damas, sera enveloppée d’une Lumière Céleste et entendra une voix qui lui répétera : « Ma Fille, pourquoi Me persécutes-tu ? ». Et, sur sa réponse : « Qui es-tu, Seigneur ? », la voix répliquera : « Je suis Jésus, que tu persécutes. Il t’est dur de regimber contre l’aiguillon, parce que, dans ton obstination, tu te ruines toi-même » . Et elle, tremblante, étonnée, dira : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? ». Et Lui : « Lève-toi, lave-toi des souillures qui t’ont défigurée, réveille dans ton sein les sentiments assoupis et le pacte de notre alliance, et va, Fille Aînée de l’Eglise, nation prédestinée, vase d’élection, va porter, comme par le passé, Mon Nom devant tous les peuples et devant les rois de la Terre ».

Allocution du 29 novembre 1911

 

La période que nous vivons ressemble à plus d'un titre à l'effondrement de l'empire romain et des invasions barbares.  L'historienne Anne Bernet nous dit à ce sujet : "À vues humaines, l'Eglise, le catholicisme était condamné. Or, ce fut le contraire qui arriva [...] les barbares se convertirent. Ce retournement improbable fut l'oeuvre d'une poignée d'évêques gallo-romains [...] les prélats de Gaules, face au danger, comprenant que l'envahisseur ne partirait plus, décidèrerent de l'amener à la foi chrétienne et à l'idée civilisatrice qui l'accompagnait"(3)

C'est clair, non ?
Nos chers évêques ont la clé. Eux seuls, quand ils en prendront conscience.

 

 

Kyrie Eleison !

 

 

 

 

 

 

(1) Résister au mensonge : Vivre en chrétiens dissidents Ed. Artège

(2) Comment être chrétien dans un monde qui ne l'est plus : Le pari bénédictin Ed Artège

(3) Marie Reine de France p.11 & 12 - Anne Bernet - Via Romana  

 

Illustration : « Sverd i fjell » monument commémorant la bataille de Hafrsfjord qui se déroula dans le fjord du même nom en juillet 812 et opposa plusieurs chefs vikings. La victoire de Harald Ier conduisit à l’unification de la Norvège. Le monument symbolise la mémoire des conflits passés, l’union et son importance pour préserver la paix. Source : Pixabay, Konstantins Jaunzems.