30/05/24

 

Magna opera Domini !
Les œuvres de Dieu sont grandes !

Dieu qui, dans son éternelle majesté, est invisible aux mortels, s’est rendu en quelque sorte visible par l’Incarnation de Notre-Seigneur. Et quand Notre-Seigneur eut accompli sur la terre l’œuvre que son Père lui avait donné à accomplir, il remonta au ciel avec son humanité ressuscitée et à tout jamais glorifiée.

Et puis, voulant cependant demeurer avec nous, même selon son humanité, il trouva le moyen de nous la laisser par le Saint-Sacrement, toutefois en la rendant invisible. Et voilà comment la sagesse de Dieu se joue dans le monde.



*


L’invisible se fait visible, c’est l’Incarnation ; le visible se fait invisible, c’est l’Eucharistie. Le Verbe s’est fait chair, dit saint Jean ; voici maintenant que la chair se fait comme esprit, demeurant tout entière dans la sainte hostie, comme une âme demeure dans un corps.

C’est là l’Eucharistie, la grande œuvre de Dieu sur la terre, la grande merveille qui tous les jours se renouvelle sous nos yeux.

Nous sommes ici pour la connaître, pour l’adorer, l’aimer, la chanter et aussi la manger.
Oh ! L ’Eucharistie ! l’Eiicharistie !
Prions, adorons, aimons,

Père E. André

Notre église 

Horaires de cette semaine
dans notre église 

Messes de rite tridentin

Lundi 17 à jeudi 20 juin,
Messe à 9h30

suivie de l'Adoration Eucharistique 
et confessions de 10h15 à 12h.

 

 Vendredi 21 juin

Messe à 19h

Adoration Eucharistique 
et confessions de 19h45 à 22h.


Samedi 22 juin
Adoration eucharistique à 10h

Messe à 11h

Dimanche 23 juin, 
5e dim. ap. la Pentecôte 

Messe chantée à 10h30


À retenir :

Fête paroissiale le 30 juin

 

Stigmates, transverbération, bilocation... :
ces phénomènes mystiques
qui ont marqué la vie de Padre Pio

De Constantin de Vergennes sur France Catholique via Belgicatho:

« Padre Pio lisait dans les âmes des pénitents »

Stigmates, bilocation… Comment interpréter les phénomènes mystiques qui ont jalonné la vie du saint de Pietrelcina ? Entretien avec Yves Chiron, auteur de Padre Pio. Vérités, mystères, controverses (éd. Tallandier).

1er mai 2024

 

Parmi les phénomènes mystiques les plus spectaculaires que connut Padre Pio, le plus visible est celui des stigmates…

Yves Chiron : La stigmatisation a été progressive : des douleurs, intermittentes, aux mains et aux pieds à partir d’août ou septembre 1910 ; des marques visibles à partir de septembre 1911 mais qui ne furent pas permanentes ; puis le 20 septembre 1918, survient une apparition du Christ souffrant qui marqua Padre Pio, aux mains, aux pieds et sur le côté, de stigmates qui resteront sanglants et visibles jusqu’à sa mort, cinquante ans plus tard. Le sens spirituel de ces stigmates a été donné par le Christ lui-même lors de cette apparition du 20 septembre : « Je t’associe à ma Passion. » Padre Pio a revécu, par participation, la Passion du Christ et a souffert pour le salut des âmes.

 

Selon vous, sont-ils crédibles ?

Ces stigmates ont été constatés par trois médecins mandatés successivement par les autorités ecclésiastiques dès 1919 et contestés aussi très tôt par d’autres médecins – notamment le Père Gemelli, qui avait été médecin avant d’entrer chez les franciscains. En 1921, le pape Benoît XV nommera un visiteur apostolique, Mgr Rossi, chargé d’enquêter sur Padre Pio, sa vie religieuse et les phénomènes extraordinaires dont il bénéficiait. Il interrogera notamment le religieux sur les stigmates et les examinera attentivement. Le rapport qu’il a rédigé n’a été publié qu’en 2008. C’est un document précieux qui conclut à l’authenticité des stigmates.

 

Padre Pio a aussi connu trois épisodes de transverbération… En quoi cela a-t-il consisté ?

La transverbération est un phénomène mystique très rare dans la vie des saints. Sainte Thérèse d’Avila, sainte Véronique Giuliani, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus l’ont connu. Padre Pio l’a vécu trois fois : en août 1912, en août 1918 et en décembre 1918. C’est une grâce surnaturelle. Il s’agit d’une « blessure d’amour » que lui inflige au cœur « un personnage céleste » qui porte « une très longue lame de fer avec une pointe bien effilée, et de cette pointe il semblait que sortait du feu ». Cette blessure fut aussi une « consolation divine », un « feu » et une « douceur » en même temps, dira Padre Pio. La transverbération a fait de lui une « victime d’amour ».

 

Le phénomène mystique le plus troublant est sans doute la bilocation…

La bilocation – être à deux endroits en même temps – est un phénomène extraordinaire de la vie mystique que Padre Pio a connu dès 1905, dans les premiers temps de sa vie religieuse et qu’il a expérimenté à de nombreuses reprises dans les décennies suivantes. La bilocation est contraire aux lois de la physique, de l’espace et du temps. Padre Pio a décrit ce phénomène lors de la visite apostolique de 1921 : « Je constate que je suis en présence de telle ou telle personne, dans tel ou tel lieu ; mais je ne sais pas si je me suis transporté là en esprit, ou si quelque représentation du lieu ou de la personne s’est présentée à moi, je ne sais pas si c’est avec le corps ou sans le corps que j’ai été présent. » Les spécialistes de la mystique s’accordent à dire que la présence du saint dans un autre lieu n’est pas physique, mais qu’il apparaît dans un autre lieu à la personne qu’il vient secourir. Dans tous les cas, la bilocation a un motif spirituel : Padre Pio vient assister un mourant ou vient au secours d’une personne en péril ou encore vient réconforter une âme.

 

Dans l’histoire de l’Église, est-il commun qu’un seul homme reçoive autant de phénomènes mystiques ?

Padre Pio est effectivement, dans l’histoire de la mystique, un de ceux qui ont reçu le plus grand nombre de grâces : des visions, des apparitions, la bilocation, une stigmatisation visible pendant exactement cinquante années et le don de clairvoyance. Que cela se produise pendant le XXe siècle n’est pas un hasard. Dans un siècle où l’incroyance ou l’abandon de la pratique religieuse n’ont cessé de se développer, on peut considérer que Padre Pio a reçu une mission particulière : rappeler dans un monde de plus en plus éloigné de la religion le salut apporté par le Christ. Et dans ce monde qui se réclame de la seule raison et des faits constatables et mesurables scientifiquement, les stigmates de Padre Pio sont venus apporter comme un témoignage visible de la Passion du Christ.

 

Les phénomènes mystiques ne doivent pas faire oublier que Padre Pio restait prêtre et religieux. À quoi ressemblait une messe du Padre Pio ?

La messe que célébrait Padre Pio, toujours très tôt le matin, attirait tous les jours beaucoup de fidèles. Paul VI dira après sa mort : « Regardez quelle renommée il a eue, quelle audience mondiale il a rassemblée autour de lui ! Mais pourquoi ? […] Parce qu’il célébrait la Messe avec humilité, confessait du matin au soir, et était, c’est difficile à dire, un représentant de notre Seigneur marqué de ses stigmates. C’était un homme de prière et de souffrance. »

Padre Pio célébrait sa messe sobrement et avec intensité. Il était comme abîmé dans la contemplation. Il revivait la Passion du Christ pendant la messe. La consécration, l’élévation de l’hostie, puis du calice, duraient longtemps. Il confiera à une fille spirituelle que, pendant la messe il souffrait « toujours et de façon croissante ». Comme tous les prêtres, il offrait un sacrifice et, par sa vocation propre, il s’offrait lui-même, par participation, en sacrifice.

 

L’autre sacrement auquel il était attaché était la confession…

La confession a tenu une place considérable dans la vie de Padre Pio. Il résumera lui-même un jour sa mission en disant : « Je suis confesseur. » Hormis les deux années où il fut interdit de ministère (1931-1933), il confessait huit à dix heures par jour. Il aimait pêcher ceux qu’il appelait les « gros poissons », c’est-à-dire ramener à la foi et à la pratique religieuse des personnes qui s’étaient éloignées de l’Église ou qui la combattaient. Il avait reçu une grâce particulière, le don de clairvoyance : il lisait dans les âmes de ceux qui venaient se confesser. Si nécessaire, il rappelait au pénitent ses péchés passés. Parfois aussi, il lui arrivait de refuser l’absolution à un pénitent qui n’avait pas manifesté un vrai repentir ou la ferme résolution de se corriger. « J’enlève ce qui est vieux et j’y mets du neuf ! » aimait-il à dire pour expliquer en termes simples sa mission de confesseur. Comment a-t-il réagi à sa popularité ?

 

Sa stigmatisation a été connue rapidement dans la bourgade où se trouvait son couvent, San Giovanni Rotondo. Puis la nouvelle s’est répandue. Le premier article qui lui a été consacré est paru en mai 1919 dans Il Giornale d’Italia, un grand quotidien de Rome.

Dès l’automne 1919, des articles paraissent dans des revues franciscaines en France. Les premiers ouvrages consacrés à Padre Pio sont parus non pas en Italie, mais en Espagne en 1921. Les visiteurs, curieux et pèlerins, venus de toute l’Italie puis de l’étranger, vont se multiplier dès cette époque. Le développement des moyens de transport, après la Deuxième Guerre mondiale, va faire venir des millions de visiteurs dans cette petite bourgade du sud de l’Italie.

Lui-même n’a pas cherché à entretenir cette popularité. La plus ancienne photographie qu’on a de lui portant les stigmates date de mai 1919. Il ne l’avait pas souhaitée. Elle a été prise par un de ses confrères et sur ordre de ses supérieurs. Durant cette période, et par la suite, Padre Pio ne recevait pas habituellement les « visiteurs ». Pour l’approcher, il fallait soit se confesser à lui, soit assister à sa messe.

 

À plusieurs reprises, l’Église est intervenue pour tenter de faire cesser le climat d’exaltation religieuse et d’adulation de Padre Pio qui se développait. 

 

Padre Pio. Vérités, mystères, controverses. L’enquête, Yves Chiron, éd. Tallandier, avril 2024, 256 pages, 9,50 €.

Brèves de parvis 

Qui est l’homme du Pape
pour la crise de Gaza?

 

 

Nico Spuntoni Il Giornale 5 mai 2024

 

C’est certainement un bon choix du Pape. Le cardinal Pizzaballa joint à une piété qui n’est plus si courante dans la hiérarchie de l’Eglise ce que Nico Spuntoni appelle « un sain réalisme lombard » qu’il doit à sa terre d’origine. Son analyse de la situation à Gaza est celle qui devrait guider tous ceux qui poursuivent sincèrement l’objectif de la paix, mais, avertit-il, sur le long terme: il ne faut pas s’attendre à ce qu’un coup de baguette magique amène la paix..

 

Résumé de l’article :

Le patriarche Latin de Jérusalem Pizzaballa se distingue par son pragmatisme et sa fermeté dans ses prises de position d’équilibre mais pas de funambulisme sur le conflit israélo-palestinien.


Il reconnaît la complexité de la situation et la nécessité d'une solution durable, mais il insiste sur l'urgence d'un cessez-le-feu pour mettre fin aux souffrances des populations.


Son expérience en Terre Sainte lui permet de parler avec franchise des échecs du passé et de la nécessité d'une approche différente, basée sur la reconnaissance mutuelle et la justice.


Il n'hésite pas à critiquer les boycotts d'Israël, qu'il juge contre-productifs, et plaide plutôt pour un dialogue ouvert et constructif.


Le message de Pizzaballa est clair : la paix ne peut être obtenue que par le dialogue et la reconnaissance mutuelle, et il est temps d'agir pour mettre fin à ce conflit meurtrier.

 

Article original beaucoup plus long ici


Passages essentiels du discours prononcé le 9/04/2024
devant les évêques
de la Conférence Episcopale du Cameroun
à Mvolyé Yaoundé (photo)

Les Évêques d’Afrique,
les défenseurs de l’unité de la foi



de Robert Sarah

Chers frères Évêques du Cameroun, dans votre courageuse et prophétique déclaration du 21 décembre dernier au sujet de l’homosexualité et de la bénédiction des « couples homosexuels », en rappelant la doctrine catholique à ce sujet vous avez servi grandement et profondément l’unité de l’Église ! Vous avez fait œuvre de charité pastorale en rappelant la vérité. […]

 

Certains, en Occident, ont voulu faire croire que vous aviez agi au nom d’un particularisme culturel africain. C’est faux et ridicule de vous attribuer de tels propos ! Certains ont affirmé, dans une logique de néo-colonialisme intellectuel, que les africains n’étaient pas « encore » prêts à bénir les couples homosexuels pour des raisons culturelles. Comme si l’Occident avait de l’avance par rapport à des africains arriérés. Non ! Vous avez parlé pour toute l’Église : « au nom de la vérité de l’Évangile et pour la dignité humaine et le Salut de l’humanité tout entière en Jésus Christ. » Vous avez parlé au nom de l’unique Seigneur, de l’unique foi de l’Eglise. Depuis quand la vérité de la foi, l’enseignement de l’Evangile serait-il soumis aux cultures particulières ? Cette vision d’une foi adaptée aux cultures révèle à quel point le relativisme divise et corrompt l’unité de l’Église.

 

Basilique Marie Reine des Apôtres Mvolyé Yaoundé
Steve Mvondo, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons



Chers frères Évêques, il y a là un point de grande vigilance à garder en vue de la prochaine session du synode. Nous savons que certains, même s’ils disent le contraire, vont y défendre un agenda de réforme. Parmi celles-ci il y a l’idée destructrice que la vérité de la foi devrait être reçue de manière différenciée selon les lieux, les cultures et les peuples.

 

Cette idée n’est qu’un déguisement de la dictature du relativisme si fortement dénoncée par Benoît XVI. Elle vise à permettre des manques à la doctrine et à la morale en certains lieu sous prétexte d’adaptation culturelle. On voudrait permettre le diaconat féminin en Allemagne, les prêtres mariés en Belgique, la confusion entre sacerdoce ordonné et sacerdoce baptismal en Amazonie. Certains experts théologiens nommés récemment ne se cachent pas de leurs projets. Alors on vous dira avec une fausse gentillesse : « Rassurez-vous, en Afrique, on ne vous imposera pas ce genre d’innovation. Vous n’êtes culturellement pas prêts ».

 

Mais nous, successeurs des Apôtres, nous ne sommes pas ordonnés pour promouvoir et défendre nos cultures, mais l’unité universelle de la foi ! Nous agissons, selon vos mots, Évêques du Cameroun, « au nom de la vérité de l’Évangile et pour la dignité humaine et le Salut de l’humanité tout entière en Jésus Christ ». Cette vérité est la même partout, en Europe comme en Afrique et aux Etats-Unis ! Comme la dignité humaine est la même partout.

 

Il semble que par un mystérieux dessein de la providence les épiscopats africains sont désormais les défenseurs de l’universalité de la foi face aux tenants d’une vérité morcelée ; les africains sont les défenseurs de l’unité de la foi face aux tenants du relativisme culturel. Pourtant Jésus a été explicite dans le mandat donné aux apôtres : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé » (Mt 28,18-19). C’est bien à toutes les nations que les Apôtres sont envoyés pour prêcher et la foi et la morale évangélique.

 

A la prochaine session du Synode, il est capital que les évêques africains parlent au nom de l’unité de la foi et non pas au nom de cultures particulières. L’Église d’Afrique a porté avec force la défense de la dignité de l’homme et de la femme créés par Dieu au dernier synode. Sa voix a été ignorée et méprisée par ceux qui n’ont pour unique obsession que de complaire aux lobbys occidentaux. L’Église d’Afrique aura bientôt à défendre la vérité du sacerdoce et l’unité de la foi. L’Église d’Afrique est la voix des pauvres, des simples et des petits. Elle est chargée de clamer la parole de Dieu face à des chrétiens d’Occident qui, parce qu’ils sont riches, se croient évolués, modernes et sages de la sagesse du monde. Mais « la folie de Dieu est plus sage que les hommes. » (1Cor 1,25).

 

Il n’est donc pas surprenant que les évêques d’Afrique dans leur pauvreté soient aujourd’hui les héraults de cette vérité divine face à la puissance et à la richesse de certains épiscopats d’Occident car « ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi pour réduire à rien ce qui est » (1Cor 1,28).

 

Mais osera-t-on les écouter lors de la prochaine session du Synode sur la synodalité ? Ou doit-on croire que, malgré les promesses d’écoute et de respect, il ne sera tenu aucun compte de leurs avertissements comme on le voit aujourd’hui ? Doit-on croire que le synode sera instrumentalisé par ceux qui sous couvert d’écoute mutuelle et de « conversation dans l’Esprit » servent un agenda de réformes mondaines ? Chaque successeur des apôtres doit oser prendre au sérieux les paroles de Jésus : « Que votre parole soit oui si c’est oui, non si c’est non. Tout ce qu’on ajoute vient du Mauvais » (Mt 5,35).

 

Chers frères Évêques, on nous dit parfois que nous n’avons pas compris l’esprit de Vatican II qui imposerait une nouvelle approche de l’objectivité de la foi. Certains nous disent que Vatican II, sans changer la foi elle-même, aurait changer le rapport à la foi. Ils disent que désormais ce qui serait le plus important pour un évêque serait l’accueil des individus dans leur subjectivité plutôt que l’annonce du contenu du message révélé. Tout devrait être relations et dialogue et on devrait reléguer au second plan la proclamation du kérygme et l’annonce de la foi comme si ces réalités étaient contraires au bien des personnes. […]

 

Je crois que ce sera une tâche majeure les années à venir, et certainement d’un prochain pontificat, d’éclaircir définitivement cette question. A la vérité, nous connaissons déjà la réponse. Mais le Magistère devra l’enseigner avec une solennité définitive. Il y a derrière cette question une sorte de peur psychologique qui a gagné l’Occident : la peur d’être en contradiction avec le monde. Comme le disait Benoît XVI : « à notre époque, l’Église demeure un signe de contradiction » (Lc 2,34) ; ce n’est pas sans raison que le Pape Jean-Paul II, alors qu’il était encore Cardinal, avait donné ce titre aux Exercices spirituels prêchés en 1976 au Pape Paul VI et à la Curie romaine. Le Concile ne pouvait avoir l’intention d’abolir cette contradiction de l’Évangile à l’égard des dangers et des erreurs de l’homme. En revanche, “son intention était certainement d’écarter les contradictions erronées ou superflues, pour présenter à notre monde l’exigence de l’Évangile dans toute sa grandeur et sa portée » (Benoit XVI, 22 décembre 2005).

 

Mais de nombreux prélats occidentaux sont tétanisés à l’idée de s’opposer au monde. Ils rêvent d’être aimés par le monde. Ils ont perdu le souci d’être un signe de contradiction. Peut-être une trop grande richesse matérielle entraine-t-elle une compromission avec les affaires du monde. La pauvreté est un gage de liberté pour Dieu. Je crois que l’Eglise de notre temps vit la tentation de l’athéisme. Non pas de l’athéisme intellectuel. Mais cet état d’esprit subtil et dangereux : l’athéisme fluide et pratique. Ce dernier est une maladie dangereuse même si ses premiers symptômes semblent bénins. […]

 

Nous devons en prendre conscience : cet athéisme fluide coule dans les veines de la culture contemporaine. Il ne dit jamais son nom mais s’infiltre partout même dans les discours ecclésiastiques. Son premier effet est une forme de léthargie de la foi. Il anesthésie notre capacité à réagir, à reconnaître l’erreur, le danger. Il s’est répandu dans l’Église. […]

 

Qu’avons-nous à faire ? On vous dira peut-être que le monde est ainsi fait. On ne peut y échapper. On vous dira peut-être que l’Église doit s’adapter ou mourir. On vous dira peut-être que du moment que l’essentiel est sauf, il faut être souple sur les détails. On vous dira peut-être que la vérité est théorique mais que les cas particuliers lui échappent. Autant de maximes qui confirment la grave maladie qui nous ronge tous !

 

Je voudrais plutôt vous inviter à raisonner autrement. On ne compose pas avec le mensonge ! Le propre de l’athéisme fluide est la promesse d’un accommodement entre la vérité et le mensonge. C’est la tentation majeure de notre temps ! Tous nous sommes coupables d’accommodements, de complicité avec ce mensonge majeur qu’est l’athéisme fluide ! Nous faisons semblant d’être des croyants chrétiens et des hommes de foi, nous célébrons des rites religieux, mais de fait nous vivons en païens et en incroyants. Ne vous y trompez pas, on ne se bat pas avec cet ennemi-là. Il finit toujours par vous emporter. L’athéisme fluide est insaisissable et gluant. Si vous l’attaquez, il vous engluera dans ses compromissions subtiles. Il est comme une toile d’araignée, plus on se débat contre elle, et plus elle se resserre sur vous. L’athéisme fluide est le piège ultime du Tentateur, de Satan.

 

Il vous attire sur son propre terrain. Si vous l’y suivez, vous serez amenés à utiliser ses armes : le mensonge, la dissimulation et le compromis. Il fomente autour de lui la confusion, la division, le ressentiment, l’aigreur et l’esprit de parti. Regardez donc l’état de l’Église ! Partout il n’y a que dissension et soupçon. L’athéisme fluide vit et se nourrit de toutes nos petites faiblesses, de toutes nos capitulations et compromissions avec son mensonge. […]

 

De tout mon cœur de pasteur, je veux vous inviter aujourd’hui à prendre cette résolution. Nous n’avons pas à créer des partis dans l’Église. Nous n’avons pas à nous proclamer les sauveurs de telle ou telle institution. Tout cela contribuerait au jeu de l’adversaire. Mais chacun de nous peut aujourd’hui décider : le mensonge de l’athéisme ne passera plus par moi. Je ne veux plus renoncer à la lumière de la foi, je ne veux plus, par commodité, par paresse ou conformisme faire cohabiter en moi la lumière et les ténèbres. C’est une décision très simple, à la fois intérieure et concrète. Elle changera notre vie. Il ne s’agit pas de partir en guerre. Il ne s’agit pas de dénoncer des ennemis. Quand on ne peut changer le monde, on peut se changer soi-même. Si chacun, humblement le décidait, alors le système du mensonge s’écroulerait de lui-même, car sa seule force est la place que nous lui faisons en nous. […]

 

Chers frères Évêques, en nous offrant la foi Dieu ouvre sa main pour que nous y posions la nôtre et que nous nous laissions conduire par lui. De quoi aurions-nous peur ? L’essentiel est de garder fermement notre main dans la sienne ! Notre foi est ce lien profond avec Dieu lui-même. Je sais en qui j’ai cru, dit Saint Paul (2Tm 1,12). C’est en Lui que nous avons mis notre foi. Face à l’athéisme fluide, la foi acquiert une importance essentielle. Elle est en même temps le trésor que nous voulons défendre, et la force qui nous permet de nous défendre.

 

Garder l’esprit de foi, c’est renoncer à toute compromission, c’est refuser de voir les choses autrement que par la foi. C’est garder notre main dans la main de Dieu. Je crois profondément que c’est la seule source possible de paix et de douceur. Garder notre main dans celle de Dieu est le gage d’une vraie bienveillance sans complicité, d’une vraie douceur sans lâcheté, d’une vraie force sans violence.

 

Je veux souligner aussi combien la foi est source de joie. Comment ne pas être en joie quand nous sommes remis à Celui qui est la source de la joie. Une attitude de foi est exigeante, mais elle n’est pas rigide et tendue. Soyons heureux puisque nous lui donnons la main. La foi engendre tout ensemble la force et la joie. « Le Seigneur est mon rempart, qui craindrai-je ? » (Ps 27,1). L’Église se meure, infestée par l’aigreur et l’esprit de parti. Seul l’esprit de foi peut fonder une authentique bienveillance fraternelle. Le monde se meure, rongé par le mensonge et la rivalité, seul l’esprit de foi peut lui apporter la paix.

 

 

Sandro Magister est vaticaniste à L’Espresso.
Tous les articles de Settimo Cielo depuis 2017 sont disponibles en ligne.