Le blog du Temps de l'Immaculée.
28/11/2025
La seule bonne nouvelle dans toute cette affaire, c’est que la crèche est bel et bien installée depuis le 26 novembre sur la Grand-Place de Bruxelles, l’un des rares lieux publics où le signe chrétien continue d’être assumé sans détour. Et l’on aimerait la voir aussi sur la place de l’Hôtel-de-Ville à Paris, témoignage simple et courageux d’un héritage chrétien assumé. Rappelons cependant qu’on ne représente pas la beauté divine, ni le mystère de la naissance du Christ, avec des chiffons. Non par mépris de la matière simple ou des moyens pauvres, mais parce que la crèche n’est pas un bricolage.
Elle est un signe donné au monde, un premier éclat de la lumière de Dieu qui se laisse voir. Il ne s’agit pas d’un objet décoratif mais d’un lieu où la foi contemple la tendresse de Dieu dans la fragilité d’un enfant. Utiliser des silhouettes informes de tissu revient non pas à exprimer la simplicité de Noël, mais à appauvrir le sens profond de cet événement, à confondre pauvreté matérielle et laideur symbolique, à oublier que le Dieu qui se fait proche demeure le Dieu de majesté.
Des personnages de tissu sans visage, un patchwork de couleurs censées représenter toutes les teintes de peau, une structure transparente qui évoque davantage une installation d’art contemporain qu’un lieu d’adoration, c’est selon un membre de l’organisation, “un mélange inclusif de toutes les couleurs de peau, pour que tout le monde s’y retrouve.”
Depuis quand faut-il diluer le mystère de Noël sous les apparences de la laideur pour le rendre acceptable par tous par seul soucis » de ne discriminer personne ? » La conceptrice de cette crèche ,Victoria-Maria Geyer, se justifie en expliquant » qu’il y a eu une longue concertation avec l’archevéché de Bruxelles ».Oui, Jésus est né dans une étable, oui il a choisi la petitesse, le froid, la précarité. Mais cette pauvreté n’a jamais été synonyme de laideur ou d’indignité. S’il s’est fait proche des plus humbles, c’est pour révéler la beauté de leur humanité, pas pour réduire le divin à une apparence confuse et sans visage. L’humilité du Christ n’est pas la défiguration, la pauvreté n’est pas l’effacement et la discrimination de vient pas de la différence mais de l’intolérance.
Le Seigneur fait homme est né dans une famille juive, il était Juif Lui-même et son identité d’homme ne peut être renié car c’est là que réside la vraie discrimination, dans la négation d’une identité.
La crèche représentant la Sainte Famille a toujours cherché à montrer que la tendresse de Dieu s’offre dans une lumière douce, dans une présence identifiable, dans un visage d’enfant. Le priver de visage, c’est contredire la réalité même de sa venue parmi nous.
Il ne faut pas confondre l’abaissement volontaire de Dieu avec une négation de sa majesté. Il s’est fait pauvre pour nous rejoindre dans notre misère, mais il reste celui dont les anges chantent la gloire divine. Dans la crèche, cette tension est toujours présente : la paille et la gloire, la pauvreté et la beauté, la fragilité et la splendeur discrète qui émane du Sauveur. Représenter la Sainte Famille par des chiffons multicolores revient à dissoudre cette vérité. Ce n’est plus la crèche de Bethléem, mais un symbole flou, interchangeable, neutre qui n’est plus porteur du mystère divin.
L’inclusivité, lorsqu’elle devient une idéologie, finit par avaler ce qu’elle prétend protéger. À force de vouloir que chacun “s’y retrouve”, on gomme tout, jusqu’à la singularité du mystère célébré.
Une crèche chrétienne devient alors un signe vide. Elle n’annonce plus rien, elle n’évoque plus personne, elle n’ouvre plus aucun chemin spirituel. Elle ne témoigne plus de la venue d’un enfant, mais de la prudence d’une époque qui a peur d’affirmer quelque chose de clair : La Majesté de Dieu qui a rencontré la misère humaine.
Pourtant, malgré tout, Bruxelles ose maintenir une crèche au cœur de sa place principale. Dans un contexte européen où tant de villes effacent peu à peu les symboles chrétiens par peur ou par calcul au motif de la seule laïcité , cette simple présence demeure une petite victoire . Et l’on aimerait sincèrement que Paris ait la même audace, l’audace tranquille de proposer une crèche à l’Hôtel-de-Ville, non pour imposer quoi que ce soit, mais pour rappeler un héritage, une mémoire, une espérance, celle de Noël.
Philippe Marie dans Tribune Chrétienne
28/11/2025
Au début du IVe siècle, émerge une menace mortelle pour le jeune christianisme, à peine sorti de la terrible période des persécutions romaines. Né sous l’impulsion d’un prêtre d’Alexandrie, Arius, l’arianisme présente aux chrétiens impériaux le visage séduisant d’un ascétisme philosophique, propre à nourrir les aspirations intellectuelles et spirituelles de la nature humaine (cf. FC n° 3904 du 30 mai 2025). Et pourtant, cette doctrine, qui repose sur l’exagération de principes fondamentaux de la religion – l’éternité, la toute-puissance et la transcendance du dieu –, introduit une distorsion gravissime dans la foi chrétienne et le message révélé.
La divinité du Christ niée
En assénant sans nuance que la plénitude divine est incommunicable et que le Fils – engendré – ne peut être l’égal du Père, Arius détruit simultanément les trois mystères essentiels de la foi. La Sainte Trinité bien sûr, puisque les personnes du Verbe et de l’Esprit ne peuvent plus être considérées comme divines et partageant une unique substance avec le Père. L’Incarnation ensuite, car le Christ n’est plus qu’une créature hors du commun. La Rédemption enfin, car les actes et le sacrifice de Jésus sont alors loin d’avoir cette valeur salvifique infinie qui rachète le péché du genre humain et toute la création avec lui. Une fois niée la divinité du Fils, le christianisme se trouve vidé de sa substance.
Les divers courants de cette hérésie polymorphe ont profondément fragilisé les Églises d’Orient puis d’Occident au tournant de l’Antiquité, favorisant l’émergence de l’islam, qui apparaît à bien des égards comme un ultime sursaut de la vieille rengaine arienne.
Pour le christianisme contemporain, l’arianisme peut cependant apparaître comme un enjeu du passé, à peine digne d’être remémoré, à l’heure des défis de la sécularisation et de la nouvelle évangélisation.
Notre conviction est pourtant que l’erreur d’Arius n’est jamais loin, au point que certains parlent encore avec raison de néo-arianisme – comme le cardinal Koch, président du dicastère pour la promotion de l’Unité des chrétiens, dans un entretien au Tagespost en 2024.
Notre époque partage en effet avec l’antique hérésie ses racines rationalistes et gnostiques : on y trouve en germe la réaction de rejet face à toute forme de mystère, la tentation de niveler toutes les vérités surnaturelles en les mettant au niveau de notre propre raison, aplatissement qui favorise paradoxalement la recherche désordonnée de spiritualités ésotériques et de voies religieuses de traverse.
Cette tentation rejoint les différentes formes contemporaines de dualisme, au terme duquel le corps et l’esprit sont deux principes antagonistes, le second étant attaché au premier pour son malheur et tâchant par tous les moyens de s’en libérer.
Cette mentalité est d’abord nourrie par le rejet d’un matérialisme trop strict : le temps est loin où l’on pensait que l’univers et l’homme n’étaient que matière et pourraient être un jour entièrement maîtrisés par les sciences. Elle s’alimente paradoxalement aussi par l’omniprésence des technologies et la fascination pour l’intelligence artificielle, sorte d’esprit terrestre surpuissant et sans corps, et par l’influence des spiritualités orientales : yoga, méditation transcendantale… dans lesquelles on cherche à libérer l’âme des nécessités corporelles.
L’arianisme contemporain se retrouve encore, selon le cardinal Koch, dans une tendance à ne considérer le Christ que sous l’angle de sa nature humaine, à refuser de voir en lui le Fils éternel, vrai Dieu incarné, à refuser aussi de reconnaître comme divine l’Église fondée par lui pour prolonger auprès de nous son action.
L’Église de 2025 face à la tentation arienne
Ces diverses tentations contemporaines sont-elles une véritable résurgence du vieil arianisme ? Elles constituent, quoi qu’il en soit, un vrai défi pour l’Église et posent la question de la vérité dogmatique : au siècle du relativisme triomphant – grand thème de combat de Benoît XVI, – peut-on encore défendre le vrai contre le faux, est-on capable comme Athanase à Nicée de se battre pour la vérité, au moins en idée ?
Comme à Nicée cependant, la tentation arienne peut être pour l’Église l’occasion de retrouver son essence profonde : la meilleure réponse au nivellement contemporain n’est-elle pas de reprendre conscience qu’« à l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne » (Benoît XVI, Deus Caritas est), et que cette personne humaine et divine nous ouvre seule le chemin du Ciel ? Le christianisme, autrement dit, n’est pas autre chose qu’un regard, une fascination pour le Christ, et la première mission de l’Église est donc d’« annoncer l’Évangile et témoigner de la personne de Jésus-Christ dans toutes les parties du monde et jusqu’aux extrémités de la terre » (Léon XIV). Sans ce retour à un vrai christo-centrisme, le catholicisme contemporain risque de devenir une spiritualité fade et creuse parmi tant d’autres.
Ainsi, face à l’arianisme et à toutes les erreurs contemporaines, les catholiques célébrant le dix-septième centenaire de Nicée pourraient se décourager et désespérer de trouver une réponse adéquate. Que cet anniversaire soit donc l’occasion de refaire de l’Incarnation du Verbe éternel le cœur de notre prédication : « Notre Dieu s’est fait homme pour que nous devenions Dieu » (saint Athanase, Sur l’Incarnation du Verbe).
27/11/2025
La Pâque du Christ éclaire le mystère de la vie et nous permet de le regarder avec espérance. Cela n’est pas toujours facile ni évident. Partout dans le monde, beaucoup de vies semblent difficiles, douloureuses, pleines de problèmes et d’obstacles à surmonter. Et pourtant, l’être humain reçoit la vie comme un don : il ne la demande pas, il ne la choisit pas, il en fait l’expérience dans son mystère, du premier jour jusqu’au dernier. La vie a une spécificité extraordinaire : elle nous est offerte, nous ne pouvons pas nous la donner nous-mêmes, mais elle doit être nourrie constamment : il faut un soin qui la maintienne, la dynamise, la préserve, la relance.
On peut dire que la question de la vie est l’une des questions abyssales du cœur humain. Nous sommes entrés dans l’existence sans avoir rien fait pour le décider. De cette évidence jaillissent comme un fleuve en crue les questions de tous les temps : qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Quel est le sens ultime de tout ce voyage ?
Vivre, en effet, implique un sens, une direction, une espérance. Et l’espérance agit comme une force profonde qui nous fait avancer dans les difficultés, qui nous empêche d’abandonner dans la fatigue du voyage, qui nous rend certains que le pèlerinage de l’existence nous conduit à la maison. Sans l’espérance, la vie risque d’apparaître comme une parenthèse entre deux nuits éternelles, une brève pause entre l’avant et l’après de notre passage sur terre. Espérer dans la vie, c’est plutôt anticiper le but, croire comme certain ce que nous ne voyons ni ne touchons encore, faire confiance et nous en remettre à l’amour d’un Père qui nous a créés parce qu’il nous a voulus avec amour et qu’il nous veut heureux.
Très chers amis, il existe dans le monde une maladie répandue : le manque de confiance dans la vie. Comme si l’on s’était résigné à une fatalité négative, à un renoncement. La vie risque de ne plus représenter une opportunité reçue en don, mais une inconnue, presque une menace dont il faut se préserver pour ne pas être déçu. C’est pourquoi le courage de vivre et de générer la vie, de témoigner que Dieu est par excellence « l’amant de la vie », comme l’affirme le Livre de la Sagesse (11, 26), est aujourd’hui un appel plus que jamais urgent.
Dans l’Évangile, Jésus confirme constamment sa diligence à guérir les malades, à soigner les corps et les esprits blessés, à redonner vie aux morts. Ce faisant, le Fils incarné révèle le Père : il restitue leur dignité aux pécheurs, accorde la rémission des péchés et inclut tout le monde, spécialement les désespérés, les exclus, les éloignés, dans sa promesse de salut.
Engendré par le Père, Christ est la vie et il a engendré la vie sans compter jusqu’à nous donner la sienne, et il nous invite également à donner notre vie. Engendrer signifie donner la vie à quelqu’un d’autre. L’univers des vivants s’est étendu grâce à cette loi qui, dans la symphonie des créatures, connaît un admirable “crescendo” culminant dans le duo de l’homme et de la femme : Dieu les a créés à son image et leur a confié la mission de donner la vie à son image, c’est-à-dire par amour et dans l’amour.
Dès le début, l’Écriture Sainte nous révèle que la vie, dans sa forme la plus élevée, celle de l’être humain, reçoit le don de la liberté et devient un drame. Ainsi, les relations humaines sont également marquées par la contradiction, jusqu’au fratricide. Caïn perçoit son frère Abel comme un concurrent, une menace, et dans sa frustration, il ne se sent pas capable de l’aimer et de l’estimer. Et voilà la jalousie, l’envie, le sang (Gn 4, 1-16). La logique de Dieu, en revanche, est tout autre. Dieu reste fidèle pour toujours à son dessein d’amour et de vie ; il ne se lasse pas de soutenir l’humanité même lorsque, à l’instar de Caïn, elle obéit à l’instinct aveugle de la violence dans les guerres, les discriminations, les racismes, les multiples formes d’esclavage.
Donner la vie signifie donc faire confiance au Dieu de la vie et promouvoir l’humain dans toutes ses expressions : tout d’abord dans la merveilleuse aventure de la maternité et de la paternité, même dans des contextes sociaux où les familles ont du mal à supporter le poids du quotidien, souvent freinées dans leurs projets et leurs rêves. Dans cette même logique, donner la vie signifie s’engager pour une économie solidaire, rechercher le bien commun dont tous puissent profiter équitablement, respecter et prendre soin de la création, offrir du réconfort par l’écoute, la présence, l’aide concrète et désintéressée.
Frères et sœurs, la Résurrection de Jésus-Christ est la force qui nous soutient dans cette épreuve, même lorsque les ténèbres du mal obscurcissent notre cœur et notre esprit. Lorsque la vie semble s’être éteinte, bloquée, voici que le Seigneur Ressuscité passe encore, jusqu’à la fin des temps, et marche avec nous et pour nous. Il est notre espérance.
26/11/2025
Afin de financer elles-mêmes les travaux d’isolation et de toiture, les religieuses se sont lancé comme défi de vendre une part importante de leur production de miels et de sirops, soit au moins 2 500 produits, avant le 30 novembre. En lien avec l’équipe Divine Box, elles proposent donc cinq parfums de miels différents, réalisés avec les apiculteurs de leurs environs, ainsi qu’un sirop de thym, que tout un chacun peut se procurer aisément sur le site Internet de Divine Box.
Les chanoinesses se sont donné jusqu’au 30 novembre pour vendre leur produits. Les commandes seront donc expédiées par la suite, pour une réception avant Noël. Une belle idée de cadeaux ou de petit-déjeuner gourmand pour régaler ses proches pendant les vacances.
Pour voir et écouter les chanoinesses présenter ce défi un peu particulier, c’est ici.
Pour commander : https://divinebox.fr/azille/
26/11/2025
La grande enquête menée par l’Ifop sur les musulmans de France n’en finit pas de faire des vagues. On ne s’étonnera pas que Libération souligne que cette étude ait été particulièrement reprise dans la presse conservatrice française, du Figaro au Point, en passant par le Journal Du Dimanche ou Valeurs Actuelles.
Dès le soir de sa publication, Jean-Michel Apathie s’empressait sur le plateau de Quotidien de détricoter l’analyse qui en était faite par les médias classés à droite. Il s’indignait du jeu dangereux qui consiste, selon lui, à exacerber sur les peurs et à stigmatiser les musulmans dans leur ensemble.
Quelque temps après cette chronique, une éditorialiste économie de l’émission 20h BFM, Amélie Rosique, se disait quant à elle terrorisée de la montée dans les prisons françaises des détenus qui se réclament de l’intégrisme… catholique. Évidemment, une telle sortie, par sa déconnexion de la réalité, a suscité l’étonnement sarcastique de nombreux observateurs, ces derniers se déclarant très curieux de prendre connaissance du rapport sur lequel l’éditorialiste appuyait ses dires.
Le rétropédalage ne tarda pas à venir, puisque le 20 novembre, la journaliste de BFM s’excusait sur X en avouant avoir « fait un raccourci hâtif des conclusions du rapport de l’historien Nicolas Lebourg, ce qui a pu semer le trouble chez un certain nombre de nos téléspectateurs ». L’on peine cependant à comprendre deux points, qui sont souvent partagés par les mêmes personnes : la frousse devant un catholicisme de conviction et l’indifférence – voire la bienveillance – devant un islam de plus en plus conquérant.
Comment en effet ne pas s’étonner devant le sentiment de terreur que semble susciter chez certains commentateurs une parole chrétienne authentique ? L’Évangile vécue avec foi : voilà l’ennemi ! Les fantasmes les plus fous, dignes des pires heures des hussards noirs de la République, surgissent à nouveau avec une agilité déconcertante. À croire que ces derniers ne faisaient que sommeiller…
Entendons-nous bien : on peut tout à fait, librement, refuser le dogme catholique et se fiche de sa “première communion” comme de sa première chemise. Mais quelle est cette étrange construction de l’esprit qui permet d’évoquer la montée de l’intégrisme catholique dans les prisons sans craindre le ridicule ? Un tel déphasage ne fait pas qu’interroger, il est en soi l’aveu d’une mauvaise foi.
Il n’y aurait du reste, qu’à se plonger dans l’histoire pénitentiaire pour découvrir ce que le catholicisme produit lorsqu’il est vécu de façon intégrale derrière les barreaux. Que provoque-t-il ? La conversion d’un Jacques Fesch, le dernier condamné à mort. Le témoignage bouleversant d’un André Levet, voyou multirécidiviste rattrapé par le Christ au fond de sa cellule, « la plus grande cavale que j’ai jamais effectuée, c’est celle avec Jésus », écrira-t-il.
On pourrait encore citer les Poèmes de Fresnes de Brasillach qui témoignent combien une captivité vécue unie au Fils de l’homme, lui-même condamné à mort, donne un renouveau spirituel et un souffle dont personne de sensé ne saurait raisonnablement s’inquiéter.
Dans son discours de clôture de l’assemblée plénière des évêques de France à Lourdes, début novembre, le cardinal Aveline dressait justement les contours d’un chantier qu’il lui semble important de mener : le combat de la raison.
En reprenant à son compte la tenue d’un débat qui réunit, le 17 janvier 2004 à l’Académie catholique de Bavière, le cardinal Joseph Ratzinger et le philosophe Jürgen Habermas, l’actuel archevêque de Marseille exprimait son souhait que les hommes de foi aient
« le courage de dénoncer, grâce à la raison, les pathologies de la religion, lorsque celle-ci préfère la contrainte à la liberté, et, dans le même temps, dénoncer, grâce à la religion, les pathologies de la raison, lorsque celle-ci choisit d’ignorer la dimension spirituelle de l’humain ou cherche à la confiner dans l’espace privé ».
Religion de l’amour, du pardon et du prochain, le catholicisme ne terrorise personne, il invite au contraire à la plus belle des libertés, la liberté intérieure qui donne d’accomplir le bien non sous la menace du bâton mais sous l’égide d’un saint nom : Jésus.
Le deuxième point cité plus haut concernait l’indifférence – voire la bienveillance – devant un islam de plus en plus conquérant. L’éditorial de Riss dans le numéro du 12 novembre dernier de Charlie Hebdo aborde cette question.
Qu’on m’excuse par avance de le citer abondamment, mais il exprime avec précision l’étendue du problème :
« On honore la mémoire du 13 Novembre alors que beaucoup de Français ont oublié l’attentat à la station de RER Saint-Michel, en 1995, ainsi que ses auteurs, Khaled Kelkal et son complice Boualem Bensaïd. (…) L’islamisme, c’est comme le réchauffement climatique : on a beau disposer de toutes les informations sur le phénomène, personne ne le combat efficacement. Au contraire, on nous incite à l’accepter en nous y habituant. Contre les canicules futures qui rendront invivables les agglomérations bétonnées, on préconise de planter des arbres pour faire de l’ombre. (…) De la même manière, contre l’islamisme qui attaque lentement les fondations de notre démocratie aussi inexorablement que la montée du niveau des océans le fait avec le littoral, on suggère des mesures dérisoires. (…) À l’image des arbres qu’on plante pour soi-disant lutter contre le réchauffement climatique, on dissimule notre trouille sous d’obscures circulaires administratives en pensant qu’elles suffiront à nous protéger de la canicule islamiste ».
De fait, l’auteur de l’attentat du RER B, Boualem Bensaïd, avait déclaré en 1995 : « OK, c’est bon, moi j’ai perdu, mais d’autres viendront, car ici nous sommes chez nous, vos femmes porteront le hijab, et on montera jusqu’en Europe du Nord ». Pour Riss, la couardise généralisée est plus efficace que les kalachnikovs des attentats de janvier et de novembre 2015, de Toulouse et de Montauban en 2012, et de tous les autres attentats.
Éviter le piège de la frousse ou de l’indifférence, c’est faire le choix exigeant du réel : s’appuyer sur les faits, s’inspirer de l’expérience du passé et conserver dans son âme une invincible espérance. Celle qui fait dire que le bien finit toujours par l’emporter quand il est défendu, avec la grâce de la foi et la puissance de la raison.
25/11/2025
De Gianluca Alimonti - NBQ
La « Déclaration sur l’intégrité des informations relatives au changement climatique », signée lors de la COP30 à Belém, ressemble à un texte que George Orwell aurait rejeté comme étant trop direct.
« Reconnaissant que l’urgence de la crise climatique exige non seulement une action décisive des États, mais aussi la large participation de tous les segments de la société… » Le document s’ouvre sur cette invocation prévisible de « l’urgence », cette formule magique éculée qui cherche à suspendre la raison et à justifier tout ce qui se passe. Une urgence et une crise climatique qui ne se reflètent pas dans les séries historiques d’indicateurs climatiques .
Les auteurs déclarent être : « Préoccupés par l’impact croissant de la désinformation , de la mésinformation, du négationnisme, des attaques délibérées contre les journalistes environnementaux, les défenseurs des droits humains, les scientifiques, les chercheurs et autres voix publiques… » Traduction : Quiconque pose des questions gênantes sur les modèles climatiques, les incertitudes des données ou les échecs politiques est désormais coupable de « négationnisme » – un terme emprunté directement au lexique de l’hérésie religieuse.
Si ce n'était qu'une simple bulle diplomatique , ce serait ridicule, mais cette déclaration va plus loin. Elle appelle ouvertement les gouvernements à : « Créer et mettre en œuvre des politiques et des cadres juridiques… qui favorisent l'intégrité des informations sur le changement climatique et respectent, protègent et promeuvent les droits humains, notamment le droit à la liberté d'expression… » Une contradiction choquante : comment peut-on « promouvoir la liberté d'expression » tout en rédigeant des lois pour décider de ce qui est acceptable en matière d'expression ?
Bien sûr, des enjeux financiers sont également en jeu , et la Déclaration suggère aux bailleurs de fonds de « faire un don au Fonds mondial pour l’intégrité de l’information sur les changements climatiques, administré par l’UNESCO au nom de l’Initiative ». Cette même UNESCO qui a passé des décennies à produire une propagande optimiste sur « l’éducation au développement durable » se retrouvera désormais à la tête d’un système mondial d’information, décidant quelles informations sont dignes d’être diffusées auprès du public. Difficile d’imaginer une caricature plus flagrante des excès bureaucratiques.
Comme toujours, toute tyrannie prétend défendre la « vérité ». L’Union soviétique emprisonnait des scientifiques qui remettaient en question le lyssenkisme, le tout au nom de la protection de « l’intégrité scientifique ». Le clergé actuel du climat ne fait pas exception.
Toute cette entreprise transpire l'incertitude. Si la science était aussi « établie » qu'on le prétend, pourquoi cette obsession à faire taire les critiques ? Pourquoi ces campagnes interminables pour « accroître la confiance du public » et « renforcer la confiance dans la science du climat » ? La véritable science accueille le scepticisme ; la propagande exige la foi, et c'est de la propagande.
L'invocation constante de la « confiance » et de l'« intégrité » relève du contrôle , non de l'investigation. La véritable confiance se gagne par la transparence, le débat et les preuves, et non par décret. Nul besoin d'un « écosystème d'information » géré par l'UNESCO pour informer le public que l'eau bout à 100 °C. La censure n'est nécessaire que lorsque les « faits » sont trop fragiles pour résister à l'examen.
L'aspect le plus inquiétant de toute cette mascarade est peut-être que la Déclaration appelle les gouvernements à : « Promouvoir des campagnes de sensibilisation au changement climatique et soutenir les initiatives qui favorisent l'éducation au climat et le droit du public à accéder à une information fiable sur le sujet . » En clair, cela revient à financer une propagande qui dicte aux citoyens ce qu'ils doivent penser, en qualifiant les opinions divergentes de « non fiables ».
L'ironie, bien sûr, c'est que la soi-disant « désinformation climatique » qu'ils cherchent désespérément à éradiquer se révèle souvent être une vérité gênante. Remettre en question la courbe en forme de crosse de hockey était autrefois considéré comme de la « désinformation », jusqu'à ce qu'elle s'effondre sous l'effet de l'analyse. Souligner que les modèles climatiques ont systématiquement surestimé le réchauffement climatique était du « déni ». Faire remarquer que les obligations en matière d'énergies renouvelables font grimper les coûts de l'énergie et déstabilisent les réseaux électriques était jugé « dangereux », jusqu'à ce que des pannes de courant contraignent même les gouvernements les plus favorables à revoir leur position.
Aujourd'hui, au lieu de corriger leurs erreurs , les instances dirigeantes du climat redoublent d'efforts, passant de la persuasion à la coercition. Leur message est simple : croyez-y ou taisez-vous. Le véritable danger ne menace pas le climat, mais la liberté elle-même. Lorsque les gouvernements, les médias et les instances supranationales s'entendent pour déterminer quelles opinions peuvent être exprimées, la science disparaît. À sa place surgit une bureaucratie dogmatique, maîtrisant le langage du « développement durable », de l'« intégrité » et des « politiques fondées sur des preuves », mais totalement aveugle à son propre autoritarisme. Ce n'est pas de la science. C'est de la surveillance sous couvert de moralité.
24/11/2025
Et voici que maintenant on nous brandit un Pistorius, ministre allemand de la Défense de son état, qui déclare sans ciller que “nous devons être prêts pour la guerre d'ici 2029. Nous devons fournir une force de dissuasion pour éviter que le pire ne se produise.”
Des fois qu’on n’ait pas compris, on nous invite à constituer un kit de survie suivant la documentation disponible sur le net et en mairies.
Attendez chers lecteurs, on nous en remet une couche (c’est connu, le Français est obtus) à l’aide du chef d’état-major le général Mandon qui, sur commande, déclare benoitement au congrès des maires de France que « … si notre pays flanche parce qu'il n'est pas prêt à accepter de perdre ses enfants parce qu'il faut tout de même dire les choses… ».
Des enfants, mon général, nous en perdons ici, chez nous, et ne l’acceptons pas, parce que rien n’a été fait sur le plan politique pour les garder en vie. Le terrorisme islamiste est en roue libre : souvenons-nous, premier front, d’Anne-Lorraine, de Lola, de Philippine, d’Elias et de Thomas, pour ne citer que ceux-là, sans oublier le Bataclan, 130 morts et plus de 400 blessés. Combien d’agressions au couteau tous les jours ?
Deuxième front, l’islamo-gauchisme qui prône l’antisémitisme décomplexé et invite à brûler les églises. Que fait-on pour les calmer ?
Troisième front, le narcotrafic et le grand banditisme… Allô, mon général, êtes-vous toujours là ?
Oui, ça va, hélas, être votre travail d’aller chercher les armes dans les caves, ici, chez nous !
Pour conclure, mon général, soyez certain que nos jeunes accepteront de mourir pour Arras.
Mais pas pour le Donbass.
Nicolas Machiavel, dans son œuvre Le Prince, nous a dit que « celui qui contrôle la peur des gens devient le maître de leurs âmes ». Nous sommes catholiques et nos âmes sont à Dieu, nous n’avons donc pas peur, et d’ailleurs Il nous dit : « Ne crains rien, car je suis avec toi ; ne promène pas des regards inquiets, car je suis ton Dieu ; je te fortifie, je viens à ton secours, je te soutiens par ma droite triomphante. » (Isaïe 41:10)
Ah ! N'oubliez pas d'ajouter du bon café à votre kit de survie : c'est la base pour affronter n'importe quelle crise.
Haut les cœurs !
ADDENDUM
Aujourd'hui justement, dans la Grande Interview de CNEWS, Sonia Mabrouk reçoit, lundi 24 novembre, Stéphanie Bonhomme, la mère de l’adolescent Elias tué à coups de machette à Paris à l’âge de 14 ans il y a 10 mois. Elle évoque le récent rapport de l’Inspection générale de la Justice sur la mort de son fils.
22/11/2025
Un long déclin démographique et une répression étatique
Autrefois nommée Asie Mineure, cette région fut le berceau du christianisme (saint Paul, concile de Nicée, Éphèse). Bien que la chute de Byzance en 1453 ait marqué un premier coup, c'est au XXe siècle que le déclin s'est accéléré, notamment avec le génocide des Arméniens, Assyro-chaldéens, Syriaques et Grecs pontiques à partir de 1915, qui a fait jusqu'à 2 millions de victimes. L'État turc moderne nie ce génocide, considérant toute remise en question comme une atteinte à la sécurité intérieure.
Pour l'État, les chrétiens sont souvent perçus comme des ennemis intérieurs. Seuls les Arméniens et les Grecs orthodoxes sont reconnus comme minorités par le traité de Lausanne (1923). Les autres communautés (assyriennes, catholiques, protestantes) n'ont pas de personnalité juridique, ce qui entrave leur capacité à posséder des biens ou ouvrir des séminaires (comme celui d'Halki, fermé depuis 1971).
Le double étau : Kémalisme et Islamisme
Le laïcisme d'Atatürk n'a pas garanti une tolérance réelle ; dès les débuts de la République, le nationalisme kémaliste considérait l'islam comme un facteur d'unité et les chrétiens comme de potentiels agents de l'étranger. Des mesures vexatoires et des pogroms (comme celui d'Istanbul en 1955) ont accéléré l'exode.
L'arrivée au pouvoir de l'AKP d'Erdogan, bien que parfois contradictoire, a ajouté une couche d'islamisation, notamment par l'augmentation des écoles islamiques et l'intégration d'imams dans l'enseignement public. Le climat demeure hostile ; les chrétiens intériorisent leur infériorité et sont exclus de la fonction publique ou de l'armée. Les convertis sont baptisés discrètement et sont très isolés. L'abbé Gabriel Ferone, ancien vicaire général du diocèse d’Izmir, parle d'un « étouffement » des chrétiens.
Un mince espoir
Malgré l'exode continu, l'Église catholique latine, de nature non ethnique, offre une voie de conversion et peut compter sur l'émergence de séminaristes turcs, laissant entrevoir la possibilité d'un clergé autochtone à l'avenir.
Dans ce contexte de pression intense et de délitement constant, la visite attendue de Léon XIV le 27 novembre est perçue comme un moment d'espoir. Les chrétiens de Turquie attendent du Pape qu'il rappelle au monde et au pouvoir turc que, malgré deux millénaires de persécutions et d'assimilation forcée, leur place est toujours sur cette terre qui est le berceau de leur foi.
Photo : La basilique Ste Sophie, basilique chrétienne depuis le IVè siècle, a atteint sa forme actuelle au VIè siècle. Après la prise de Constantinople par les armées ottomanes en 1453, elle est convertie en mosquée sous le sultan Mehmet II, statut qu'elle conserve jusqu'à la fin de l'Empire ottoman. En 1934, elle perd son statut de lieu de culte pour devenir un musée, sur décision de Mustafa Kemal Atatürk, devenant l'un des musées les plus visités de la république de Turquie. Puis le 10 juillet 2020, un décret du Conseil d'État turc décide sa réouverture au culte musulman comme mosquée, provoquant une vague de critiques internationales.
21/11/2025
Un article d'Étiennette de la Ruffie met en lumière dans Famille Chrétienne cet essor à travers l'exemple de Laurent, un Suédois qui n'hésite pas à faire des milliers de kilomètres pour participer aux sessions de chant à l'abbaye de Kergonan. Sa découverte du grégorien lors d'une retraite fut un choc existentiel qui mena à sa conversion radicale. Il témoigne de l'immense pouvoir du premier psaume chanté par les moines, qui l'a « complètement bouleversé ».
Selon Anne Pouget, professeure laïque lors de ces sessions, le chant grégorien séduit de plus en plus de nouveaux profils, y compris des jeunes. Elle explique que ce chant est universel, car il « vous travaille intérieurement et procure la paix », ce qui explique pourquoi il « provoque de nombreuses conversions ».
Frère Jean-Tugdual, co-organisateur, confirme la double dimension de cet enseignement : donner aux stagiaires les clés pour mieux chanter, mais surtout « façonner leur vie spirituelle ». Le grégorien, constitutif de l'identité du monastère de la congrégation de Solesmes, est vu comme un trésor à cultiver et la « forme chantée de la prière de l'Église catholique romaine ». D'un point de vue spirituel, c'est avant tout un chant biblique qui déploie la parole de Dieu, obligé de « vibrer » pour exprimer sa largeur. Malgré sa difficulté technique, les participants comme Laurent soulignent la richesse de se sentir « participants actifs de la liturgie », voyant dans le chant qui s'élève vers Dieu une immense beauté.
L'intérêt croissant pour le chant grégorien, comme en témoigne le succès des Rencontres grégoriennes annuelles, révèle un besoin profond d'intériorité dans notre société. Loin d'être une simple performance musicale, il est un « chant incarné » qui touche au plus profond de l'être. La beauté et la vérité spirituelle de ce chant millénaire continuent de résonner, offrant un chemin de paix et de foi pour ceux qui s'y initient.
21/11/2025
Une famille amoureuse de la France
Au-delà des constructions intellectuelles, souvent brillantes et érudites, le président de Reconquête apparaît fondamentalement comme un homme marqué par une histoire bien particulière. Sa famille a accueilli l’entrée des troupes françaises dans Alger en 1830 comme une libération du pesant statut de dhimmi imposé par la Sublime Porte aux Juifs de l’Empire ottoman. Reconnaissance portée à son paroxysme par le décret Crémieux (24 octobre 1870) qui attribuait aux Israélites d’Algérie la citoyenneté française, déniée aux populations indigènes musulmanes. Désormais, entre les Juifs séfarades d’Algérie et la France c’est une union à la vie à la mort comme en témoigne le fait qu’en 1962 les 140 000 Juifs d’Algérie quitteront quasiment tous le pays pour rejoindre la France ou Israël. Ce » patriotisme incandescent » s’était scellé dans le sang du grand-père maternel d’Eric Zemmour, officier français, blessé d’un coup de couteau lors des émeutes de Sétif en mai 1945. Parallèlement à cet amour inconditionnel de la France la famille de notre auteur ne nourrit pas, et cela depuis des siècles, un amour immodéré pour un Islam qui l’avait réduite à un statut social inférieur.
Une connaissance approximative du catholicisme
Ce bref essai est la réponse à la demande du directeur d’une revue américaine : First things demandant de répondre à la question suivante : Comment sauver le catholicisme en Europe ? Logiquement l’auteur ne peut manquer de s’interroger sur ce qui constitue, selon lui, l’âme et l’essence du catholicisme. D’heureuses observations : « Le message évangélique se focalisa sur le salut de l’âme individuelle » ou « Saint Paul (mais pas que lui NDA) favorisa l’émergence d’un individu développant un contact personnel avec la divinité » cohabitent avec de plus étranges considérations sur l’opposition artificielle et systémique créée entre l’Eglise comme institution, héritage de saint Pierre et de la synagogue et la religion intérieure, héritage de saint Paul. Parler de « Jacques, frère de Jésus » n’est-il pas inutilement provocateur ? Quant à l’affirmation selon laquelle : « La Loi n’importe guère, les œuvres n’importent guère, le salut ne vient que de Jésus, fils de Dieu » notre auteur doit confondre le catholicisme avec le luthéranisme.
Une nouvelle Sainte-Alliance ?
Nonobstant ces approximations Eric Zemmour dénonce les complaisances de l’Eglise post conciliaire, rongée par la repentance et la culpabilité, avec la submersion migratoire, en bonne partie de religion musulmane que subit l’Europe et ne craint pas de faire l’éloge d’un « catholicisme viril » que ne renierait pas l’abbé Raffray. Prenant acte des racines juives du christianisme notre auteur en appelle à une union des Juifs et des catholiques car « seule leur alliance peut sauver la France et l’Europe d’une inéluctable et funeste islamisation ». Cette proposition soulève de nombreuses questions. Tout d’abord n’est-il pas un peu rapide de présenter les Juifs comme une entité homogène ? Zemmour note, en effet, que de nombreux Juifs ont joué un rôle déterminant dans toutes les sanglantes révolutions bolcheviques en Europe de l’Est et en Russie et que de nombreux Juifs, en particulier ashkénazes, ont mené en France depuis les années 1970 une lutte acharnée contre toutes les tentatives de préserver l’identité française et de limiter les flux migratoires. Ensuite, l’auteur du suicide français tient sur la laïcité des propos, certes cohérents avec son histoire personnelle : « Français dans la rue et Juif à la maison » lui répétait sa mère, mais tout à fait étrangers à notre tradition nationale : « La seule solution est d’appliquer la laïcité dans toute sa rigueur, toute la laïcité à la française, celle qui prévoit un « devoir de discrétion dans l’espace public » et qui doit donc interdire tout signe religieux comme le voile, non seulement à l’école, mais aussi à l’université, au travail dans la rue même ». Emile Combes ou Jules Ferry ne pensaient pas autre chose : expulser la religion de la vie publique et la cantonner à la sphère privée. Il s’agit ni plus ni moins que de la négation de deux millénaires d’histoire de France. Interdire tout signe religieux dans la rue c’est interdire les processions de la Fête-Dieu et raser les calvaires. Ce n’est, bien sûr, pas ce que souhaite Eric Zemmour mais c’est néanmoins la conséquence logique de ce qu’il écrit. Parce qu’il n’a pas la foi notre auteur ne peut comprendre qu’une expérience religieuse authentique demande aussi à s’exprimer dans la sphère publique. La vie chrétienne ne peut se cantonner à la sphère privée.
Le piège de la laïcité.
Contre la doxa largement dominante, à droite comme à gauche, il nous apparaît que la laïcité est à la fois un piège et une trahison. Un piège car elle est un athéisme pratique qui conduit au nihilisme de la modernité, terreau sur lequel prospère un Islam au pouvoir de séduction inentamé. Une trahison de la vocation catholique de la fille aînée de l’Eglise qui ne peut accepter de voir la religion qui l’a portée sur les fonts baptismaux de Reims cantonnée aux foyers domestiques et aux lieux de culte. Eric Zemmour n’étant pas catholique il ne peut être accusé de trahison, un catholique est cependant dispensé de le suivre sur ce point. Enfin, comme vient d’opportunément le rappeler Pierre Manent : « Pendant deux bons siècles (…) on a cru que l’on pouvait garder les vertus et les principes chrétiens sans la foi au Christ. Les esprits les plus lucides-je pense en particulier à Nietzsche- se sont aperçus que cela ne tenait pas : avec l’eau du bain il fallait jeter aussi le bébé ». (Ecrits de Rome No 25- Novembre 2025) Un christianisme sans le Christ est à la fois un non-sens et une impasse. Rappelons au passage que la foi est un don gratuit de Dieu. C’est ce don que sollicitent pour Eric Zemmour les pieuses personnes qui lui offrent « des médailles sacrées de la Vierge Marie » non pas pour lui « porter bonheur » mais pour contribuer à sa conversion, gage du salut.
Comment sauver le catholicisme en Europe ?
Comment sauver le catholicisme en Europe ? était la question originellement posée. D’abord en refaisant des catholiques. Fidèles aux promesses de leur baptême, au décalogue- commun avec les Juifs- et aux Béatitudes. Si Eric Zemmour semble avoir bien compris que les enjeux actuels sont, effectivement, des enjeux de civilisation et se réjouit du dynamisme du catholicisme traditionnel, il est à craindre qu’il ne tire pas toutes les conséquences logiques de ses analyses préliminaires. S’il observe, justement, que « La jeunesse occidentale est la première depuis deux mille ans à n’avoir reçu aucun héritage religieux et quasiment aucun héritage culturel » son mépris pour l’islam est, en partie, mal placé. En effet, un musulman, dans sa version modérée et occidentalisée, a au moins le sens de la loi naturelle et du culte rendu à Dieu en justice. C’est d’ailleurs de la faute des laïcards de combat, largement déconstruits et dégénérés, si une partie de la jeunesse se jette dans les bras de l’Islam car on l’a dépossédée des grandes questions métaphysiques et religieuses.
Eric Zemmour mérite notre reconnaissance pour le courageux combat qu’il mène au service de la France éternelle. Il mérite aussi nos prières pour qu’il ait le courage, et la grâce, de mettre ses pas dans les traces de Jean-Marie Lustiger, Véronique Lévy – la sœur de Bernard-Henri -, Marcel Dassault ou Edith Stein. Ce sera certainement sa contribution la plus déterminante au sauvetage du catholicisme en Europe.
Jean-Pierre Maugendre
Source : Renaissance Catholique
20/11/2025
Il est peut-être émouvant mais tout à fait inefficace politiquement de répondre à des terroristes : « Mon amour est plus fort que ta haine ne le sera jamais. » Et, pour le cas particulier du terrorisme islamique, la distinction islam-islamisme n’a aucun sens.
Ce que l’on appelle aujourd’hui islamisme n’est rien d’autre que l’islam des origines.
On peut inviter les musulmans à se désolidariser des terroristes, mais je persiste à ne pas comprendre au nom de quelle autorité ou de quelle compétence les dirigeants français (par ailleurs méprisés par le monde musulman, comme l’a abondamment montré l’incapacité de la France à faire libérer Boualem Sansal pendant un an) pourraient promouvoir telle lecture du Coran plutôt que telle autre.
Mais, plutôt que de redire une énième fois ces choses (qui ne sont d’ailleurs ignorées que des aveugles volontaires), je voudrais ici insister sur le fait que la bataille est d’abord culturelle.
Notre amie Évelyne Joslain a écrit un excellent livre sur le sujet. Mais la guerre culturelle n’est pas réservée au monde anglo-saxon, ni aux intellectuels : la semaine dernière a montré à l’envi que ceux qui prétendent nous diriger ont déjà fait allégeance en esprit à nos ennemis. Or, c’est dans la tête que commence la soumission. Et que commence la résistance.
Deux romans au moins invitent à la dissidence mieux que bien des analyses scientifiques : « Soumission » de Houellebecq et « 1984 » d’Orwell.
Le premier décrit un Occident sans espérance, engoncé dans son consumérisme. C’est sur ce nihilisme que l’islam prospère. Une civilisation pour laquelle plus personne ne trouve de raison de mourir ne mérite pas de vivre – et qui accepterait de mourir pour des zones commerciales d’une laideur à faire peur ou les pseudo-libertés du wokisme ?
Cette étouffante grisaille s’accompagne d’un flicage dont Orwell n’aurait pas pu rêver et qui prend modèle sur l’une des pires tyrannies de l’histoire de l’humanité : le communisme chinois et son contrôle social.
Que des dirigeants « libéraux » envisagent sans sourciller, pêle-mêle, la suppression de l’argent liquide (pour tracer tous les transferts financiers des citoyens), des ausweis sanitaires ou écologiques pour sortir de chez soi, ou encore l’interdiction des médias alternatifs pour imposer sans opposition leur post-vérité est littéralement glaçant. Et il est plus glaçant encore de voir les peuples obéir comme des moutons à l’abattoir.
Houellebecq et Orwell (parmi beaucoup d’autres, dont Sansal n’est pas le moindre, notamment pour son roman « 2084 », qui fait explicitement référence à « 1984 » et à la domination islamique) décrivent (hélas) admirablement notre monde.
Je ne vois qu’une façon de sortir de cette domination culturelle de l’islamo-gauchisme : réaffirmer clairement et courageusement les fondements de notre civilisation chrétienne et rappeler que l’homme est une créature libre et responsable – et que le vieux fantasme saint-simonien de remplacer le « gouvernement des hommes » par « l’administration des choses » nous conduira inéluctablement l’humanité en enfer.
19/11/2025
Je suis toujours étonné de constater que, dans le monde moderne, les gens ont particulièrement peur des mots. On ne semble plus craindre le péché ni la folie, mais seulement les malentendus. Et comme si cela n'était pas assez clair : il n'existe pas de vérité qui ne puisse être mal comprise. La théologie catholique romaine a toujours accordé une importance extraordinaire au Christ comme unique Sauveur. C'est précisément pourquoi je n'ai jamais perçu de menace dans la manière dont on parle de Marie. La position du Christ est si absolue qu'il serait absurde de penser que quiconque puisse véritablement l'éclipser. Coopérer ne signifie pas rivaliser. Si Dieu s'est véritablement fait homme, alors non seulement il s'est abaissé, mais il s'est aussi rendu dépendant de l'obéissance humaine : d'abord à Marie, puis aux apôtres, et enfin à nous tous. Le cardinal Fernandez se trompe lourdement lorsqu'il affirme qu'il n'est plus conseillé d'utiliser le titre de « Co-Rédemptrice » pour Marie.
Je ne vois donc rien d'injustifié à l'idée que Marie, dans une soumission totale et par grâce, ait participé à l'œuvre du Christ. Le terme « Co-Rédemptrice » n'est pas aussi choquant que certains le craignent. Et, franchement, si le cardinal Fernandez craint que l'on place Marie sur un pied d'égalité avec le Christ, le problème ne vient pas de Marie, mais de Fernandez. C'est précisément la présence de Marie qui me rappelle que la foi chrétienne n'est ni une idée, ni une philosophie, ni un système moral, mais une histoire. La réalité concrète de la coopération de Marie à l'œuvre de notre rédemption ne découle pas d'une invention humaine, mais du fait que Dieu lui-même a décidé d'agir par l'intermédiaire d'un homme. Chaque étape de l'histoire du salut montre que Dieu n'agit pas malgré l'homme, mais par l'homme. Le « fiat » de Marie est le premier, et peut-être le plus clair, exemple de cette coopération surnaturelle.
Lorsque l'Église parle de Marie comme Co-Rédemptrice – un terme employé avec ferveur par les saints et les papes –, cela ne signifie pas que ses mérites aient une valeur intrinsèque, ni qu'elle diminue la place unique du Christ. La Tradition signifie que, par une grâce ineffable, elle est impliquée d'une manière incomparable dans l'œuvre du Christ. Cette doctrine a connu un certain développement. Ce développement ne signifie pas une modification du dogme, mais le déploiement de ce qui était toujours présent en son sein. Il me semble que le titre de « Co-Rédemptrice » n'est pas une nouveauté, mais la conséquence d'une croyance ancienne : Marie, par la grâce, a été l'instrument par lequel le Verbe s'est fait chair, et elle a participé à l'œuvre de salut du Christ par la foi, l'amour et la souffrance.
Pendant des siècles, le titre de « Co-Rédemptrice » a été inscrit paisiblement dans les pages de l’Église. Les saints n’employaient pas ce terme par imprudence, mais par respect. Ainsi, saint Bonaventure parlait de Marie comme de celle qui « a œuvré avec le Christ à la rédemption ». Bernardin de Sienne eut le courage de louer la coopération de la Vierge avec le Fils, car il savait que coopération ( co-operatio ) ne signifie pas égalité. Les Pères de l’Église ne craignaient pas que les fidèles n’oublient le Christ dès lors que Marie était louée. Ils étaient convaincus que chacun comprendrait cette distinction, comme on comprend celle qui existe entre le Soleil et la Lune.
Et les papes ? Léon XIII parlait de Marie comme de celle « par qui nous avons reçu le Mystère de la Rédemption ». Pie X évoquait son union unique avec le Christ dans sa souffrance. Benoît XV employait des termes qui seraient considérés comme dangereux aujourd’hui : il qualifiait son combat sur la Croix d’« presque égal » à celui du Christ – presque, je le répète, pas tout à fait égal, et seul un monde insensible ne percevrait pas la différence. Pie XI, pape réputé pour sa fermeté, alla même jusqu’à utiliser explicitement le terme « Co-Rédemptrice » dans un discours, comme si c’était la chose la plus naturelle au monde pour la Mère du Seigneur de porter un tel titre. Les saints et les papes ne craignaient pas que Marie ne devienne trop grande. Ils craignaient par-dessus tout que nous ne devenions trop petits.
Il est étrange que Fernandez veuille interdire un mot par crainte d'un malentendu. On s'attendrait à ce qu'il tente d'abord de le faire comprendre en l'expliquant simplement. Si quelqu'un dit qu'une carte est confuse, apprenez-lui à la lire. On ne déchire pas une carte en mille morceaux pour ensuite déclarer que la Terre est plate. Si vous dites qu'un terme théologique est dangereux, vous pourriez expliquer que « co » vient de « cum », « avec » ; ce n'est pas un terme de coordination. Il n'y a jamais eu de malentendu à ce sujet. Mais au lieu de cela, le préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi rend ce mot suspect.
Si Dieu n'a pas craint de donner à une jeune fille de Nazareth le titre de « Mère de Dieu », pourquoi hésiterions-nous à lui accorder des titres plus modestes ? Les hérétiques de l'Antiquité s'indignaient de ce paradoxe divin, mais l'Église, elle, ne s'en est pas offusquée. Qui peut imaginer une créature plus humble que Marie ? Et pourtant, Dieu lui a donné un titre qui a bouleversé l'univers. Cela prouve que Dieu se plaît à faire naître la grandeur de l'humilité.
Le catholicisme est la foi qui nous enseigne que Dieu œuvre de concert avec les êtres humains. L'Évangile commence par une coopération : un ange attend la réponse d'un être humain, celui-ci dit « oui », et le ciel retient son souffle. Si cela n'est pas coopération, alors le mot « coopération » n'a pas de sens. Toute l'histoire de l'Incarnation est le triomphe de la coopération voulue par Dieu entre le Créateur et la créature. Et si l'humanité – par Marie – a été associée à la venue du Sauveur, pourquoi ne l'a-t-elle pas été à son sacrifice sur la Croix, d'une manière entièrement tributaire de la grâce divine ? Il est plus facile et plus simple d'expliquer les grands concepts que de guérir une foi fragile. Convertir les gens au christianisme demeure une tâche immense. L'Église n'a jamais voulu minimiser la vérité pour apaiser les hommes. Elle a toujours voulu les élever afin qu'ils puissent la supporter.
J'ose formuler quelques suggestions : 1) Enseigner le sens des mots au lieu de les rejeter. 2) La continuité ecclésiastique ne doit pas dépendre des sensibilités contemporaines. 3) Le paradoxe et la richesse du langage font partie intégrante de l'identité catholique. 4) Le rôle de Marie n'est pas une menace pour le Christ, mais plutôt une confirmation de son Incarnation et de son amour pour la coopération humaine.
+Rob Mutsaerts
Source: LifeSiteNews
Cet article a été initialement publié en néerlandais et se trouve sur le blog de l'évêque Robert Mutsaerts, « Paarse Pepers ».
18/11/2025
Le rigorisme s'installe, marqué par la banalisation du port du voile, le rejet de la mixité et une conviction, non marginale, que la charia devrait prévaloir sur les lois de la République. La sympathie pour les mouvances islamistes vient compléter ce tableau préoccupant.
Cette situation, jugée inquiétante, est le résultat de décennies de laisser-faire, de lâcheté ou d'indifférence face à la nécessité de défendre fermement la laïcité et de valoriser l'héritage judéo-chrétien de la France, dont le recul coupable du catholicisme a laissé un vide. Quarante ans après les premières affaires du voile, la société française continue de tergiverser sur les limites de la tolérance.
Mener la bataille culturelle et spirituelle qui s'impose est d'autant plus difficile que le rapport de force est déséquilibré. Toute critique se heurte immédiatement à l'accusation d'islamophobie, de réactionnarisme ou de racisme, amplifiée par les réseaux sociaux.
Le défi est exacerbé par le cynisme politique d'une partie de la gauche. Par pur clientélisme électoral, cette frange, symbolisée par Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise, a choisi de se faire l'alliée de l'islam radical. Estimant que le jeune musulman victime de discrimination est le nouveau "prolétaire", cet électorat primo-votant est considéré comme un carburant stratégique pour les échéances électorales futures. L'appel à l'« insoumission » et à l'affichage de drapeaux palestiniens après le 7 octobre 2023 illustre cette dérive, où l'ancien « grand bouffeur de curés », après avoir été enfant de chœur, finit par flatter une mouvance religieuse rigoriste, trahissant les principes historiques de la gauche.
La France est à un carrefour : confrontée à un rigorisme religieux croissant et à un opportunisme politique décomplexé, elle va enfin comprendre que le modèle de société issu de la Révolution est ... révolu. Le vieux peuple gaulois qui a abandonné son Dieu ne sait plus où il habite et se couchera quand les conquérants se lèveront. Il n'y aura pas de guerre civile.
Le combat qui vient est hautement et seulement spirituel. Et sous le régime islamique, le califat qui vient, si Dieu le veut et suscite des âmes, une grande conversion se produira comme en témoignent déjà les prémices, et notre "nation prédestinée" comme l'a qualifiée St Pie X se lavera de ses souillures.
Sursum Corda ! C'est le temps de l'Immaculée !
18/11/2025
L'idolâtrie de Salomon commença donc lorsqu'il chercha des épouses hors d'Israël. À l'époque où Achab régnait sur Israël avec la perfide Jézabel, la loyauté envers Dieu pouvait coûter la vie. Abdias, maître de la maison d'Achab, dut cacher cent cinquante prophètes du Seigneur dans une grotte pour les protéger de la haine meurtrière de Jézabel.
Comme si cela ne suffisait pas, Achaz, roi de Juda, se tournant vers les dieux d’Assyrie, « fit briser les ustensiles de la maison de Dieu, ferma les portes de la maison de l’Éternel et construisit des autels à tous les coins de Jérusalem » (2 Chroniques 28:24). Nul doute qu’Achaz se considérait comme un homme religieux.
Lorsque la situation est devenue si critique, pour retrouver la sérénité, il faut parfois arracher le mal à la racine. Le saint roi Josias ne s'est pas contenté d'encourager le culte du vrai Dieu tout en tolérant l'idolâtrie, si répandue et si puissante, en son sein. Dès qu'il fut en âge de gouverner, « il commença à purifier Juda et Jérusalem des hauts lieux, des bosquets sacrés, des idoles et des statues de métal fondu », brisant les autels de Baal, réduisant les idoles en poussière et la répandant sur les tombes de ceux qui leur avaient offert des sacrifices. (2 Chroniques 34:3-4)
Alors le véritable renouveau put commencer. Il fit réparer le Temple, et le grand prêtre Hilkija, fouillant un ancien lieu abandonné, « trouva un livre de la loi de l’Éternel, donné par Moïse » (34:14). Peut-être le prêtre savait-il où il se trouvait depuis toujours. Josias lut alors le livre devant tout le peuple de Jérusalem, fit vœu de respecter les commandements de l’Éternel et exigea du peuple qu’il en fasse autant.
La réforme de Josias eut un certain impact durable, se poursuivant tout au long de son règne et conservant une certaine influence par la suite, malgré quelques rechutes. Seules la destruction de Jérusalem et la captivité à Babylone suffirent à ramener le peuple vers le Seigneur.
Pourtant, je suis certain qu'avant cela, les gens s'étaient habitués à l'idolâtrie. Pluralistes et tolérants, tous autant qu'ils sont ! Et si l'on sacrifiait des nourrissons à Moloch (image) ? Les bébés n'ont pas encore de vie.
Et si certains appréciaient la prostitution rituelle et la sodomie dans le culte des Baals ? Hiel est peut-être allé un peu trop loin en reconstruisant Jéricho sous le règne d’Achab, en posant ses fondations dans le corps de son fils aîné Abiram et en plantant les portes dans celui de son plus jeune fils Segub (1 Rois 16:34), mais qui pourrait s’en offusquer, sinon un personnage comme ce brigand à moitié fou qu’est Élie ?
Nous sommes aujourd'hui en proie à un fléau grave et généralisé. Aux États-Unis, entre 2 500 et 3 000 enfants meurent chaque jour dans le ventre de leur mère. Nombreux sont ceux qui dénoncent ces meurtres et qui tolèrent sans problème une pratique liée à l'avortement, tout aussi abominable, voire plus destructrice encore pour la civilisation humaine : la procréation médicalement assistée et la congélation d'embryons non désirés.
Le mariage est en chute libre, tout comme le taux de natalité. De nombreux quartiers sont déserts la majeure partie, voire la totalité, de la journée, ce qui signifie qu'ils ne sont plus des quartiers, mais seulement des lieux.
La pornographie est omniprésente. Les bibliothèques accueillent des drag queens qui lisent aux jeunes enfants des histoires qui imprègnent leurs esprits de perversion. Le contre nature est glorifié et, dans de nombreux lieux de travail, il est imposé si constamment qu'il est difficile de passer une journée sans au moins s'y soumettre.
Des enfants sont mutilés, et on applaudit ces mutilations, en prétendant qu'un garçon peut devenir une fille ou une fille un garçon. La confusion est si répandue et contagieuse que la langue elle-même se tord et se déforme pour s'y conformer. Imaginez devoir expliquer à quelqu'un, il y a encore peu de temps, qu'on pouvait utiliser le « mauvais » pronom pour parler de quelqu'un, juste devant vous.
Dans cette situation effroyable, l'Église représente le dernier espoir. Ses enseignements condamnent cette folie multiforme. Elle promeut et confirme ce qui est sain et conforme à la nature humaine.
Elle défend la valeur inestimable de la vie humaine dans le sein maternel. Elle condamne la rupture du lien conjugal dès la conception des enfants, que ce soit par contraception ou par procréation. Elle autorise la séparation mais interdit le divorce. Ses doctrines – hélas, pas toujours appliquées par ses ministres – protègent l’innocence des enfants.
Elle est convaincue de la bonté de l'homme et de la femme, et elle ne tolère pas la stérilisation qui s'ensuit nécessairement lorsqu'on mutile des organes sexuels sains pour affirmer un fantasme.
Mais le signe le plus visible de sa santé mentale est peut-être ce qui embarrasse aujourd'hui nombre de ses dirigeants et de ses disciples : le sacerdoce masculin.
J'accepte l'argument selon lequel une femme ne peut véritablement accomplir le sacrifice de la messe in persona Christi, puisque Jésus était un homme et non une femme. Mais nous ne pouvons nous en tenir là. S'il est bon pour nous qu'il y ait un sacerdoce exclusivement masculin, nous devons en connaître la raison.
Cette question ne concerne pas l'homme seul devant l'autel, mais le sens même de la virilité et de la fraternité sacerdotale. Puisque la grâce s'appuie sur la nature, nous ne devrions pas considérer une telle fraternité comme une exception. Elle devrait être un modèle de sagesse. Ce ne sont pas seulement les prêtres qui devraient s'unir dans la fraternité.
Nous ne sommes pas en position de reprocher à l'Église de ne pas s'adapter à son époque. Notre époque est mauvaise. Pire encore : elle est folle. L'Église est notre bouée de sauvetage. Rendons grâce à Dieu et saisissons-la sans hésiter.
Anthony Esolen, The Catholic Thing
Anthony Esolen est conférencier, traducteur et écrivain. Parmi ses ouvrages figurent *Out of the Ashes: Rebuilding American Culture* , * Nostalgia: Going Home in a Homeless World * et, plus récemment, *The Hundredfold: Songs for the Lord *. Il est professeur émérite au Thales College. N'hésitez pas à visiter son nouveau site web, *Word and Song* .
17/11/2025
L'Abbé Vallançon insiste sur le fait que le manque de persévérance n'est pas une fatalité générationnelle, mais le résultat d'une pédagogie de catéchuménat à revoir. L'erreur principale, selon lui, est de faire du baptême un "temps fort" émotionnel et extraordinaire. Cette "pédagogie du temps fort" mène inévitablement à une désillusion lorsque la vie chrétienne ordinaire s'installe, caractérisée par des périodes de "sécheresse spirituelle" (comme l'enseignent les maîtres du Carmel).
Pour contrecarrer cela, la nouvelle orientation pastorale devrait :
1. Déplacer la Focalisation : Le baptême n'est qu'un moyen vers le Salut. Toute la pastorale doit être orientée vers la préparation à la vie chrétienne en vue de la Vie éternelle, ce qui implique de vivre selon la loi de Dieu et de rejeter le péché mortel.
2. Renforcer la Doctrine : Sans une formation doctrinale et morale solide, la foi se réduit à une expérience et des sentiments "volatils". Il est essentiel de nourrir l'intelligence des convertis par un enseignement doctrinal pour les ancrer profondément dans le Christ.
3. Insister sur la Pénitence : Le repentir des fautes passées est trop souvent sous-estimé. Il faut inviter les catéchumènes à une relecture de vie et au regret de leurs péchés en préparation du baptême, qui est la mort au péché et la résurrection dans le Christ.
4. Affirmer les Exigences Morales : Les convertis doivent être avertis que la société (relativisme, hédonisme) fait obstacle à la foi. En particulier, les couples non mariés doivent célébrer leur mariage immédiatement après le baptême — ou différer le sacrement — pour vivre réellement dans l'état de grâce et ne pas "brader les exigences du Christ."
5. Valoriser le Lien Personnel à Dieu : Pour les néophytes (déjà baptisés), il est crucial de construire d'abord une relation profonde avec le Christ. C'est ce lien personnel qui les poussera à s'intégrer dans la paroisse et à accepter les inévitables déceptions de la vie communautaire.
En somme, l'urgence pour l'Église est de sortir d'un catéchuménat qui prépare à un événement, pour entrer dans un processus qui prépare à une vie de persévérance. La pédagogie de l'Évangile n'est pas celle de l'émotion passagère, mais celle de la fidélité ordinaire, ancrée dans la doctrine, la prière, les sacrements, et vécue dans la perspective des fins dernières. L'enjeu n'est pas la communauté, ni le sacrement lui-même, mais bien le Salut.
Pour compléter cet article, je vous ajoute ci-après le commentaire de bon sens d'un participant du Forum Catholique sur cet article de France Catholique :
Je note les excellentes intuitions de l’abbé Vallançon qui me paraissent en grande partie en phase avec ce que je peux observer à mon niveau. Il y aurait bien sûr beaucoup d’autres points à évoquer.
On a effectivement parfois tendance à en faire trop sur l’intégration dans la vie communautaire. Tous les néophytes ne sont pas forcément demandeurs dans ce domaine, loin de là. Simplement, ceux qui ont besoin de soutien de la communauté doivent le trouver au moment où ils en ont besoin. Les déceptions dans ce domaine peuvent hélas faire des dégâts.
Je pense aussi qu’il faut insister sur non seulement l’obligation, mais même la nécessité absolue de la présence à la messe dominicale.
Chaque catéchumène fermement engagé dans la voie du baptême doit savoir que désormais, quelque soient les difficultés, doutes, questionnements qu’il traversera durant sa vie, il assistera à la messe chaque dimanche, même s’il se trouve dans un état où il ne peut communier. Ce qui peut arriver et arrivera dans la plupart des cas durant des périodes plus ou moins longues, et c’est la marge de « respiration » dans la vie chrétienne qu’il faut permettre. En effet certains commandements peuvent nécessiter beaucoup du temps et de la maturité humaine pour pouvoir être observés avec régularité, surtout dans la société actuelle. L’acquisition de certaines vertus s’effectue sur le temps long et chaque fidèle soit se sentir libre d’avancer à son rythme. Cela signifie sortir de l’idéologie (récente) de la « communion fréquente » (comprendre: systématique) et insister dans ce domaine sur la qualité plus que sur la quantité/systématicité. Avant le XXe siècle on ne communiait que rarement, en tout cas pas tous les dimanches, et ce n’était pas seulement un fruit d’une dérive janséniste (saint Louis IX par exemple ne communiait que cinq ou six fois dans l’année!).
Mais en cas de « nuit des sens » ou de crise spirituelle prolongée, entendre la Parole de Dieu et assister au saint sacrifice au moins le dimanche est le dernier lien qui ne doit être rompu à aucun prix, et qu’il faut conserver toute la vie, chaque jour, jusqu’à la mort.
Je note aussi avec tristesse que même dans les milieux très pratiquants on n’apprend plus aux fidèles l’art de la prière et qu’il n’y ait pas de réelle formation à la vie spirituelle. La tradition de l’Eglise est pourtant extrêmement riche sur ce point mais en dehors de quelques slogans sur la nécessité du chapelet quotidien, personne ne songe à y puiser les principes fondamentaux de la vie intérieure.
16/11/2025
L’archevêque Miguel Maury Buendía, nonce apostolique en Grande-Bretagne, a récemment prononcé un discours devant l’assemblée plénière de la Conférence des évêques catholiques d’Angleterre et du Pays de Galles, informant les évêques que le Vatican se montrerait « généreux » lorsqu’on lui demanderait de déroger aux restrictions imposées à la liturgie traditionnelle, a déclaré un haut dignitaire ecclésiastique au journal The Pillar.
Selon une source présente lors du discours, le nonce a expliqué que même si le pape Léon « n’est pas disposé à changer [ Traditionis custodes ] , mais comme il existe de nombreux rites différents dans l’Église, il n’y a aucune raison d’exclure la messe traditionnelle en latin ».
« Les détails étaient un peu flous », a déclaré une source. Mais le nonce a bien indiqué que, même si les curés des paroisses auraient toujours besoin de l’approbation de leurs évêques pour célébrer le rite extraordinaire dans les églises paroissiales, et que les évêques diocésains devraient toujours en faire la demande au Dicastère pour le Culte Divin, « Léon demandera au cardinal Arthur [Roche, préfet du dicastère] de faire preuve de clémence ».
Plus tôt cette semaine, la Conférence des évêques d'Angleterre et du Pays de Galles a rencontré le nonce apostolique dans le cadre de son assemblée plénière. À l'issue de cette rencontre, des informations ont commencé à circuler selon lesquelles le nonce aurait transmis au pape Léon XIV l'intention d'autoriser plus largement la célébration des offices liturgiques antérieurs au concile Vatican II.
Selon un ecclésiastique présent lors du discours du nonce, bien que le pape Léon n'ait pas été enclin à abroger le motu proprio de l'ère François, « l'impression [que le nonce a donnée] était que le pape voulait que la porte reste ouverte et non pas qu'elle soit rétrécie ou fermée ».
« Ce n'était qu'un point parmi d'autres », a déclaré le nonce, a-t-on rapporté au journal The Pillar , et non le thème central de son discours.
Depuis l'élection du pape Léon XIV en début d'année, des spéculations circulent quant à la possibilité qu'il décide de revenir sur les exigences de Traditionis custodes , un motu proprio de 2021 émis par le pape François qui restreignait fortement la célébration de l'ancienne forme de la liturgie.
Parmi les nouvelles restrictions mises en place par le document, les évêques peuvent désigner des lieux pour la poursuite de la célébration de la liturgie pré-Vatican II, mais pas dans les églises paroissiales ni par la création de nouvelles paroisses personnelles.
Toute exception à cette règle requiert l'autorisation directe du Dicastère pour le Culte Divin. Les dérogations doivent être renouvelées tous les deux ans.
Ces restrictions ont provoqué un tollé, suscitant l'indignation tant des fidèles assistant à la messe traditionnelle en latin que des critiques qui s'opposaient à l'ecclésiologie sous-jacente aux nouvelles règles et à l' interprétation qu'en faisait le dicastère.
Les réactions des évêques à l' encyclique Traditionis custodes ont été très diverses, donnant lieu à une mosaïque de politiques. Dans certains diocèses, la messe traditionnelle en latin continue d'être célébrée presque comme avant la publication du motu proprio, tandis que dans d'autres, elle a été de facto interdite.
Certains diocèses ont bénéficié d'une dispense initiale des normes de Traditionis custodes pour une période de transition de deux ans, mais sous le pape François, il était largement admis qu'aucune autre prolongation ne serait accordée.
Cependant, depuis l'accession au trône pontifical de Léon XIII en mai, le Dicastère pour le Culte Divin a commencé à étendre ces dispenses et à en examiner de nouvelles, ce qui a alimenté les spéculations selon lesquelles le nouveau pape pourrait être disposé à assouplir ou à annuler les exigences créées par son prédécesseur.
Une source proche de la Conférence des évêques d'Angleterre et du Pays de Galles a déclaré qu'il ressort des propos du nonce que le pape souhaite que la porte à la célébration de l'ancienne liturgie reste ouverte.
L'approche générale du pape semble être « Todos, todos, todos – y compris les fidèles de la messe tridentine », a déclaré la source.