Le blog du Temps de l'Immaculée.
12/11/2025
Ce sont les circonstances qui ont favorisé la proximité entre mère et fils, proximité émouvante et féconde, bien qu’excessivement fusionnelle parfois. Après la mort brutale de son père, en 1904 - il a 4 ans -, puis de son frère cadet en 1917 - il en a alors 17 -, voilà Antoine devenu le seul homme de la maison. Veuve et mère éprouvée, Marie s’appuie sur ce fils un brin capricieux mais si aimant, qu’elle avait imploré saint Antoine de lui donner, après la naissance de deux filles.
Une relation privilégiée
Empreinte d’une touchante délicatesse, leur correspondance, partiellement dévoilée au grand public, ne laisse aucun doute : ces deux-là s’aimaient d’amour tendre et Antoine n’aurait pas rejoint la cohorte de nos grands écrivains et poètes français experts en humanité s’il n’avait été profondément influencé par sa mère.
Enfant, il lui assurait fièrement : "Vous êtes fatiguée, maman, appuyez-vous sur moi, je suis votre chevalier !". Adolescent, il ne cesse de lui répéter combien il lui est attaché, combien il l’aime "du fond du cœur". Homme mûr, désespéré par l’affaissement moral et spirituel de la France occupée, il lui écrit quatre ans avant sa mort : "J’ai infiniment besoin de votre tendresse, maman chérie, ma petite maman. Pourquoi faut-il que tout ce que j’aime sur terre soit menacé ? (…) La seule fontaine rafraîchissante, je la trouve dans certains souvenirs d’enfance."
Quelle mère ne rêverait se d’entendre dire "Dites-vous bien que de toutes les tendresses la vôtre est la plus précieuse et que l'on revient dans vos bras aux minutes lourdes. Et que l'on a besoin de vous, comme un petit enfant, souvent. Et que vous êtes un grand réservoir de paix et que votre image rassure autant que lorsque vous donniez du lait à vos tout-petits." ? (Lettre de 1930).
Une influence bienfaisante et protectrice
De fait, Marie a transmis à son fils son amour du beau, son attachement aux valeurs morales (courage, obéissance, sens du devoir), son goût pour le silence et l’intériorité, sa foi en la dignité de tout être, quel qu’il soit. Convaincue du talent d’Antoine, elle ne cessa de l’encourager à écrire et eut la primeur de presque tous ses manuscrits. La quintessence de l’œuvre de Saint-Exupéry, son humanisme tourmenté, ses appels désespérés pour la sauvegarde de la civilisation, sa quête des cimes lui viennent de sa mère, sa fée tutélaire. Ne lui doit-il pas d’avoir eu souvent la vie sauve, lui qui bravait parfois le danger avec un zeste d’inconscience ou la fougue d’un conquérant ?
Ceux pour qui la communion des saints est une réalité tangible n’en douteront pas : Marie prie sans cesse pour son fils, le recommande au Tout-Puissant au cours de messes en semaine, le confie à ses deux enfants appelés auprès du Père, François et Marie-Madeleine ("que nos anges veillent sur toi" lui écrit-elle en septembre 1939, au début de la guerre).
Quand Antoine, en 1935, s’écrase en avion dans le désert libyen et manque d’y laisser sa peau, sa mère exhorte ses proches convaincus de sa mort à prier encore et à croire au miracle. Exaucée, elle se rend à Assise dans le couvent de Saint-Damien pour rendre grâce à Dieu et remercier le Poverello pour son intercession. Le pilote lui avoue d’ailleurs que c’est avant tout son image qui lui a permis de tenir pendant ces trois jours d’errance où la chaleur et la soif faillirent avoir raison de lui. Ne l’a-t-il pas toujours considérée comme "son ange gardienne" ?
Médiatrice auprès du Père
Marie ne s’est pas contentée d’implorer le Seigneur pour la protection de son fils. Meurtrie que ce dernier ait perdu Sa trace après la mort de son petit frère, elle ne cessa jamais de prier pour qu’il retrouve la foi. En 1940, elle adresse à Antoine ces mots bouleversants : "Je voudrais que tu sois en paix, je dis au bon Dieu que je prends tout sur moi, tout ce qui dans ta vie a pu être imparfait, je Lui dis aussi que tu as fait beaucoup de bien, que tes livres ont réveillé beaucoup d'âmes."
Telle sainte Monique, la mère de saint Augustin, elle ne perdit jamais l’espoir d’être exaucée un jour… et ce jour vint. Plus d’un an après la disparition de son fils, en septembre 1945, elle eut une vision qu’elle transcrivit dans un poème : Antoine dans la maison du Père accueilli par tous ses proches morts avant lui…
Ce que le livre posthume de l’écrivain poète Citadelle lui faisait pressentir se révélait donc vrai : à la toute fin de sa traversée terrestre, l’auteur du Petit Prince avait retrouvé le Dieu de son enfance ! Dans cet ultime manuscrit, Antoine n’écrivait-il pas, sans doute en mémoire de sa foi en la vertu des prières maternelles : "Je ne connais qu'un acte fertile qui est la prière, mais je connais aussi que tout acte est prière s'il est don de soi pour devenir." ? L’une des nombreuses apostrophes adressées au Créateur par un vieux souverain du désert, personnage-clé de ce recueil : "Seigneur, je vais à toi, selon ta grâce, le long de la pente qui fait devenir" ne fait-elle pas écho à une exhortation de sa mère, après la parution de Courrier Sud en 1929, soit 15 ans plus tôt "Abandonne-toi au Seigneur, répète-Lui chaque jour : Seigneur je vais à Toi selon Ta grâce. Ta foi n'est pas éteinte puisque tu n'as pas perdu l'essentiel : le goût de Dieu." ? Cette lecture avait convaincu Marie que son fils était revenu à Dieu. Sa vision acheva de l’en convaincre et lui rendit la paix, paix qu’elle avait imploré le Père de lui donner : "Mon Dieu, vous m'avez tout repris/ Donnez-moi la paix à ce prix."
Raphaëlle Coquebert dans ALETEIA
Lettres à sa mère, Antoine de Saint-Exupéry, Gallimard, 1997, 8 euros.
11/11/2025
Elle est la Vierge Immaculée, pleine de grâce dès sa conception, la plus belle de toutes les créatures. Par son oui, libre et amoureux, elle est « cause de salut pour elle-même et pour tout le genre humain », comme l’affirmait avec force saint Irénée ; elle est la Fille obéissante du Père, la Mère du Fils de Dieu, l’Epouse de l’Esprit Saint qui la prit sous son ombre quand elle eut consenti à l’Incarnation… Comment, si tout cela est vrai (et c’est bien ce que l’Eglise nous demande de croire), Marie ne serait-elle pas co-rédemptrice et médiatrice de toutes grâces ? Par elle, grâce à elle, Jésus-Christ, notre unique Salut, est entré dans le monde pour y réaliser l’œuvre de la Rédemption. Marie a consenti à son sacrifice, elle s’y est associée librement et sans réserve, elle donne son Fils par tout son être, de toute son âme et de tout son corps.
Et d’ailleurs s’il est demandé à chacun de nous-autres, pauvres pécheurs, d’achever dans sa chair ce qui manque à la passion du Christ, c’est-à-dire de coopérer à l’œuvre de la Rédemption, combien plus peut-on dire que Marie la toute sainte y a coopéré de manière unique et prééminente ? Si on ne peut dire qu’elle est co-rédemptrice, notre propre coopération au salut n’existe plus…
Mater Populi Fidelis, la note du Dicastère pour la Doctrine de la foi qui refuse d’attribuer explicitement ces titres de co-rédemptrice et de médiatrice de toutes les grâces à la Très Sainte Vierge Marie, suggère qu’ils ne sont pas erronés, mais qu’il ne faut pas les dire. Notamment parce qu’ils exigent quelques explications. Nul ne conteste ce dernier point, mais est-ce vraiment une raison acceptable pour refuser de proclamer une vérité ? Nous savons bien que le mystère nous dépasse et que son expression exige des explications claires. Le dogme se définit…
Marie Co-rédemptrice et médiatrice de toutes grâces : une évidence « inopportune » ?
La Note affirme donc que la proclamation de ces titres est « toujours inopportune ».
Comme si la chose n’était pas importante, comme s’il n’était pas urgent de dire et redire, sur tous les tons, avec amour et parce qu’il nous faut honorer père et mère, le rôle incomparable, quoiqu’évidemment subordonné, joué par la Vierge dans l’économie du salut… S’il est une co-rédemptrice et une médiatrice de toutes les grâces, c’est cela précisément qui nous dit que nous devons aller à Jésus par Marie. C’est le secret de Marie qu’enseigne encore et toujours saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Totus Tuus disait à sa suite la devise de Jean-Paul II…
Marie est Mère de Dieu. En faisant l’offrande de son Fils au temple, elle a consenti à toute la volonté de Dieu, de la Sainte Trinité, au sujet de son plan de salut. Au glaive qui transpercerait son âme et aux clous et à la lance qui transperceraient le corps de Jésus.
Marie est Médiatrice. Au jour des noces de Cana, alors que l’heure de la mort de notre Seigneur n’était pas encore venue, elle a présenté les besoins des époux à son Fils, et elle a obtenu la grâce du bon vin, figure du sang qui allait être versé par le Crucifié.
Marie la toute innocente est Avocate au pied de la Croix. Elle a vu le plus innocent des hommes torturé et souffrant avant de subir cette mort à laquelle elle a consenti. Dans n’importe quel procès humain, elle aurait été considérée comme partie civile, en droit de dénoncer l’iniquité de la crucifixion, et demander réparation. Mais non, elle plaide pour nous, pauvres pécheurs qui lui demandons, dans chaque Ave Maria, grâce pour les malfaiteurs que nous sommes. Pour que nos fautes dont elle a si cruellement souffert soient effacées et réparées.
Marie Co-rédemptrice et médiatrice parce qu’elle est Mère
Marie est Mère au pied de la Croix, elle a compati aux souffrances de son fils. Toute femme ayant donné la vie comprend qu’une mère souffre presque autant que son enfant de la douleur et des souffrances qui le frappent. Marie a été véritablement associée au sacrifice rédempteur. Elle y a participé d’une manière inconcevable pour le commun des mortels, car il n’y a en elle, pleine de grâce, qu’amour de Dieu.
Marie est Mère de tous les hommes depuis l’instant où Jésus a exprimé cette dernière volonté. Quelle mère serait-elle si elle ne donnait pas à ses enfants qui l’implorent les grâces obtenues par son Fils du fait de son indispensable « oui » à elle ?
Elle est Mère de l’Eglise qui nous distribue et communique son Fils lui-même. Hors de l’Eglise, point de salut. Ne pourrait-on pas dire dès lors : « Fors Marie, point de salut ? » On n’a pas l’une sans l’autre…
Elle est Reine du Ciel et Reine de l’Univers – ce Cosmos dont je me plais à penser qu’il fut sa dot, de telle sorte que le Créateur le conçut merveilleusement beau…
Elle est la Reine-Mère de Notre Seigneur qui est notre Roi… N’est-il pas vrai que dans l’Ancien Testament, c’est la mère du roi qui est assise à sa droite et que même le roi se lève à son entrée ? N’est-ce pas elle qui est chargée de présenter les demandes du peuple, et que le Roi les honore non par devoir, mais par amour filial ?
« Faites tout ce qu’Il vous dira », dit la Vierge Mère à Cana, car elle sait qu’elle sera elle-même entendue, écoutée, exaucée.
Par amour filial à notre tour, et parce qu’elle nous donne Dieu lui-même, nous honorons en elle la Co-rédemptrice et la Médiatrice de toutes grâces.
10/11/2025
Célébrer les saints, honorer les morts
Avec la pédagogie qu’on lui connaît, l’Église, en ce début du mois de novembre, ne lie donc point par hasard la fête de la Toussaint avec celle de la commémoraison des fidèles défunts.
Célébrer les saints qui, ici-bas, ont vécu en amis de Jésus et ont manifesté de manière significative la puissance de la victoire du Christ dans leur âme ; honorer les morts qui, entrés dans leur éternité, réclament nos prières pour se laisser, à leur tour et à la suite des saints, posséder par Dieu tout entier. Une méditation s’impose : si la mort fait partie de la vie, il s’agit de ne pas oublier trop vite aussi que la sainteté doit faire partie de la vie chrétienne. Ou, à défaut qu’elle n’en tienne la meilleure place, ambitionner à tout le moins de commencer à l’avoir pour but.
« Que demandez-vous à l’Église de Dieu ? » interroge le ministre au commencement du rituel du baptême, « La Foi ! » répondent les parrain et marraine. « Que vous procure la foi ? », « La vie éternelle ! ». Ainsi, cet être de sang et de boue qu’est l’homme se trouve appelé, dès le frémissement de la vie en lui, au plus glorieux des héritages. Dieu veut que l’humanité dans son ensemble relève la tête vers la lumière, cette « lumière véritable » (Jn 1, 9) qui brille dans la personne de son fils, jaillit de son Évangile et éclate dans l’enseignement constant de son Église.
« La foi, expliquait, espiègle, Gustave Thibon, c’est la noblesse de l’homme qui, une fois dégrisé, tient ses promesses d’ivrogne. » Oui, il y a dans l’hygiène de vie chrétienne – celle-là qui fait les saints – quelque chose de profondément contre-intuitif et d’apparence déraisonnable. Cette foi, qui donne droit à la vie éternelle, paraît, à vue humaine, insensée.
Elle fait rire les mondains et suscite l’ironie des puissants, comme on a pu le voir dernièrement à l’occasion du succès du film Sacré Cœur, contre tous les pronostics et les coups bas de l’entre-soi « médiatiquement correct ». À ce monde du spectacle, saint Paul pourrait à nouveau lancer ses percutantes envolées sur la folie raisonnable du message divin. Sa première lettre aux Corinthiens en est truffée :
« Dieu a choisi ce qui est folie pour le monde afin de confondre les sages. » (1 Co 1, 27)
« Que personne ne s’y trompe : si quelqu’un parmi vous se croit sage selon ce monde, qu’il devienne fou pour devenir sage. Car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. » (1 Co 3, 18-19)
« Nous sommes fous à cause du Christ. » (1 Co 4, 10)
« Car ce qui serait folie de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes. » (1 Co 1, 25)
Tel est l’enjeu de notre propre conversion : devenir raisonnablement fou. S’interdire d’appréhender la sainteté comme une affaire de développement personnel, s’empêcher de croire que l’amitié avec Dieu est question de recette. On ne s’initie pas à la sainteté selon la même logique cognitive de l’apprentissage d’une langue étrangère. Pas d’application DuoSancto comme Duolingo.
De même, pas de croissance dans la grâce à la manière d’une prise de masse musculaire. Pratiquer les commandements réclame tout autre chose qu’une docilité scrupuleuse à des exercices quotidiens, tels qu’ils peuvent être préconisés par le youtubeur Tibo InShape.
Aimer Dieu follement avec toute sa raison
Qu’est-ce que la sainteté, sinon d’aimer Dieu follement avec toute sa raison ? L’aimer et lui plaire certes, mais avec une précision de taille : « en tâchant d’anéantir son amour-propre pour faire vivre et régner l’amour de Dieu » (saint François de Sales).
Reconnaître l’incohérence de ses certitudes pour vivre de l’amour de Dieu, c’est cet « anéantissement de l’amour-propre » dont Bruno Guillot a fait l’expérience saisissante, jusqu’à modifier le cours de sa vie : Belge converti au salafisme, imam repenti redevenu catholique, vous pourrez lire son formidable témoignage dans ce numéro.
« Faire vivre et régner l’amour de Dieu », c’est encore tout le projet du Congrès Mission qui se tient actuellement à Paris-Bercy et qui s’attache à rassembler, sans exclusive, tous ceux qui aspirent à diffuser le message d’amour et de vérité de l’Église. Comme quoi, la sainteté n’a pas dit son dernier mot. Et vous ?
09/11/2025
C’est précisément ce dernier type de consistoire qui caractérise la convocation que le pape Léon XIV entend tenir au début de l’année prochaine. Dans une communication confidentielle adressée le 6 novembre par le Secrétariat d’État aux membres du Sacré Collège , il est indiqué que « le Saint-Père Léon XIV entend convoquer un consistoire extraordinaire les 7 et 8 janvier 2026 ». La note, signée avec la formule de respect habituelle, précise simplement que le doyen du Collège des cardinaux communiquera en temps voulu les détails officiels. Rien n'a encore été révélé quant au thème de la réunion, mais cette annonce suffit à susciter attente et interrogations .
Après des années où la gouvernance de l'Église s'est exercée par des cercles restreints et des instances parallèles – comme le Conseil des Neuf Cardinaux institué par le pape François et surnommé au Vatican « le Conseil du Roi » –, Léon XIV semble désormais déterminé à redonner au Collège des Cardinaux son rôle originel : conseiller le pape de manière collégiale et universelle . Le 21 avril 2025 , le Conseil a été dissous et les théologiennes invitées à s'exprimer sur l' ordination des femmes et autres sujets mineurs sont rentrées chez elles.
Avant François, Benoît XVI préférait remplacer ces instances par des réunions informelles à la veille de la création de nouveaux cardinaux, tandis que saint Jean-Paul II convoqua six consistoires extraordinaires : trois concernant la réforme de la Curie et les finances du Vatican , et trois consacrés à la doctrine et des thèmes pastoraux de grande portée — de la défense de la vie à la préparation du Jubilé de l’an 2000 , et enfin la réflexion sur la mission de l’Église au XXIe siècle à la lumière de l’ encyclique Novo Millennio Ineunte (2001). Le premier consistoire extraordinaire du pape François remonte aux 20 et 21 février 2014 , lorsque les cardinaux se sont réunis pour discuter de la famille , en préparation des deux synodes de 2014 et 2015. Les 29 et 30 août 2022 , malgré la mention d’une « réunion de cardinaux » par le Bureau de presse du Saint-Siège, il s’agissait en réalité d’un consistoire extraordinaire convoqué pour « informer les cardinaux » de la nouvelle constitution apostolique Praedicate Evangelium concernant la réforme de la Curie romaine . À cette occasion, plusieurs cardinaux ont déploré d’avoir été convoqués seulement après la publication du document, un texte qui restructurait l’ensemble de la Curie .
Un signe de méthode , avant même toute question de contenu.
Ce geste de Léon XIV revêt une signification qui dépasse le sujet qui sera abordé. La forme même du consistoire symbolise un retour à la collégialité ecclésiale , après une longue période durant laquelle de nombreux cardinaux ont déploré leur exclusion des processus décisionnels . Ce n'est pas un hasard si, lors des congrégations générales précédant le conclave , plusieurs cardinaux avaient exprimé le désir d'un pape capable d'écouter et d' associer l'ensemble du cardinalat .
Léon XIV semble déterminé à répondre à cette attente, en choisissant de convoquer tous les cardinaux , et non seulement un petit groupe de conseillers de confiance ou de « théologiens ». Dans l'attente du thème, on a le sentiment que ce consistoire extraordinaire pourrait marquer un tournant , non pas tant par ce qui sera dit , mais par ce qu'il représente . Une Église qui retrouve le droit de délibérer ensemble , en présence de son Pasteur , est déjà une Église qui respire à nouveau pleinement .
Source : Silere non Possum (Italie)
08/11/2025
Un droit fondamental bafoué : Le Rapport 2025 de l'AED
Le Rapport 2025 sur la liberté religieuse dans le monde, réalisé par la fondation pontificale Aide à l'Église en Détresse (AED), dresse un état des lieux dramatique de la situation entre janvier 2023 et décembre 2024.
Deux tiers de l'humanité menacés
Portée et Aggravation : Sur 196 pays étudiés, plus de 5,4 milliards de personnes (soit près des deux tiers de l'humanité) vivent dans un État où la liberté religieuse est gravement menacée.
Pays de Persécution : 24 pays sont classés dans la catégorie la plus grave, celle de la persécution, où les violations sont "graves et systémiques". Cela concerne plus de 1,4 milliard de personnes dans des pays comme la Chine, la Corée du Nord, l'Inde, le Nigeria et le Nicaragua.
Pays de Discrimination : 38 pays sont classés dans la catégorie des discriminations, où les groupes religieux (soit 1,3 milliard de personnes) font face à des restrictions de culte et d'expression, notamment l'Égypte, l'Éthiopie et la Turquie.
Situation en Déclin : L'état global de la liberté religieuse ne s'est pas amélioré depuis le précédent rapport, avec une aggravation de la situation dans 75% des pays de persécution. Seuls le Sri Lanka et le Kazakhstan ont montré une légère amélioration, tout en restant des pays où les droits sont encore profondément bafoués.
Le bilan particulièrement lourd pour les Chrétiens
Le christianisme reste la confession la plus touchée par la violence et la répression :
Chiffres alarmants : Un chrétien sur six dans le monde vit dans un pays où les persécutions antichrétiennes représentent une menace forte.
Exemples de Violences :
Au Nigéria, plus de 1 600 victimes chrétiennes ont été recensées depuis 2023, la majorité étant victimes des violences menées par Boko Haram et l'État islamique.
En Chine, le rapport fait état de morts sous la torture, de la surveillance électronique des églises et de l'interdiction formelle faite aux mineurs d'assister à la messe.
En Irak, des centaines de chrétiens auraient été arrêtés, avec des interdictions similaires de pratique religieuse pour les mineurs.
L'Europe n'est pas épargnée par les actes antichrétiens
Bien que l'Occident ne soit pas classé dans les catégories de violations graves, le rapport note une augmentation significative des attaques contre les sites et les fidèles chrétiens :
La France en tête : Avec environ 1 000 actes anti-chrétiens enregistrés en 2023, la France est identifiée par Amélie Berthelin de l'AED comme le pays d'Europe le plus touché par ce type d'actes.
Autres pays concernés : La Grèce (plus de 600 cas de vandalisme d'églises), l'Italie, l'Espagne, les États-Unis et la Croatie sont également cités pour des profanations de lieux de culte, des agressions de membres du clergé et des perturbations d'offices religieux.
Un appel à la conscience et à l'action
Face à cette "souffrance cachée", l'AED passe à l'action en lançant, pour la première fois de son histoire, une pétition mondiale pour la protection du droit à la liberté religieuse. L'objectif est double : susciter une réelle prise de conscience auprès des signataires et, surtout, interpeller les responsables politiques afin qu'ils "prennent à leur tour la mesure de l’enjeu". L'urgence de la situation globale ne fait que souligner la nécessité de cet engagement.
07/11/2025
Il fallait sans doute cela pour réveiller les consciences. Il fallait un film capable de déplacer les foules, croyantes ou non, un film qui parle d’amour, du seul véritable amour, celui qui se donne sans retour : l’amour du Christ. Sacré-Cœur, produit et co-réalisé par Steven et Sabrina Gunnell,distribué par SAJE Distribution, a su toucher le cœur du public comme peu d’œuvres contemporaines.
En plein triomphe en France où le film s’apprête à franchir le cap des 400 000 entrées, Hubert de Torcy, patron de SAJE films, a confié à Tribune Chrétienne que le film reçoit également un accueil triomphal en Afrique et dans l’océan Indien, avec des sorties programmées jusqu’en Amérique et en Asie : c’est une véritable aventure missionnaire du grand écran qui ne fait que commencer et de se poursuivre. « En Belgique et en Suisse, les salles sont combles comme en France. À Monaco, le film est même prolongé devant la demande du public ».Le film, véritable phénomène, a entamé sa diffusion en Afrique et dans l’océan Indien la semaine dernière. Les premiers résultats confirment un accueil exceptionnel. « À l’île Maurice, nous avons dépassé les 7 000 entrées en deux semaines. En Côte d’Ivoire, c’est un véritable carton avec plus de 2 300 entrées en un seul week-end ! » explique le distributeur français.
« Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consumer pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce sacrement d’amour. »
Sainte Marguerite-Marie-Alacoque (1647-1690)
Et la véritable success story de Sacré-Cœur s’étend désormais au Sénégal, au Burkina Faso, au Togo, au Cameroun et en République démocratique du Congo. Pour le responsable de SAJE Distribution, cette expansion témoigne d’une véritable soif spirituelle. « Tout cela est très réjouissant. On sent que le public, partout, a besoin d’histoires vraies, lumineuses, porteuses d’espérance », souligne-t-il.Il nous confie également que « le film poursuivra sa route au Liban courant décembre, avant d’arriver au Canada à la même période. »
Et l’aventure ne s’arrête pas là : « Nous préparons une version pour les États-Unis, dont la sortie est prévue à l’occasion des fêtes du Sacré-Cœur, en juin 2026 », précise le distributeur. Des accords sont également en discussion avec des partenaires en Allemagne et en Espagne, tandis que l’Amérique latine se prépare à accueillir le film : « Des contacts sont déjà établis au Mexique, en Colombie et au Chili ».Et la demande s’élargit encore : « De nombreuses sollicitations nous parviennent des Philippines, mais aussi de Corée du Sud », confie-t-il, avant d’ajouter avec un sourire : « Ce n’est que le début de l’aventure internationale de Sacré-Cœur. »
Partout où il est projeté, Sacré-Cœur rassemble et touche les âmes. De Bruxelles à Abidjan, de Genève à Port-Louis, les spectateurs sortent bouleversés par ce film qui remet le Christ au centre des vies et des histoires humaines. Il y avait longtemps qu’un film n’avait pas su dire l’amour vrai avec autant de simplicité et de force. Dans les regards des spectateurs émus, dans les applaudissements qui montent à la fin des séances, on devine qu’il se passe quelque chose de plus grand qu’un simple succès de cinéma : un réveil des cœurs. Rappelons que les Visitandines de Nantes peinent à répondre à l’avalanche de commandes de leur « Sauvegarde du Sacré Cœur » ( photo).
Le film ne se contente pas d’émouvoir, il appelle à aimer, à croire, à espérer. Et de même qu’il y eut, dans les années 90 , une « génération Grand Bleu », marquée par le rêve et la mer, il semble qu’émerge aujourd’hui une génération Sacré-Cœur, toute tournée vers le Cœur du Cœur de l’amour, une génération qui cherche, dans l’obscurité du monde, la lumière du monde.
07/11/2025
Le 4 novembre 2025, lors de l’ouverture de l’Assemblée plénière d’automne des évêques de France à Lourdes, le cardinal Jean-Marc Aveline a pris la parole devant l’ensemble de l’épiscopat. S’inscrivant dans la continuité du magistère de ses prédécesseurs, le cardinal Aveline a alerté sur la fragilité du climat social et politique en France, affirmant que « la démocratie elle-même semble être en danger, comme le révèlent la recrudescence de l’antisémitisme et l’attrait exercé par des populismes devenus menaçants ». Ces mots, prononcés avec gravité, traduisent une inquiétude face à la montée des divisions et à la perte du sens spirituel dans la vie publique. Pour lui, la dérive du débat démocratique et la banalisation des discours de haine témoignent d’une crise plus profonde. Citant le patriarche Bartholomée, il a rappelé : « Lorsque Dieu disparaît du regard humain, la terre devient un bien à exploiter, l’autre un rival à craindre et la vie elle-même une marchandise. »
Le cardinal a également appelé à une attention particulière envers les jeunes générations, dont il a voulu comprendre les aspirations : « Ce désir d’identité taraude le cœur de nombreux jeunes et nous devons le considérer positivement, le comprendre et le nourrir, afin qu’il ne soit pas récupéré pour servir d’alibi à de dangereuses crispations identitaires. » Selon lui, ce besoin d’enracinement ne doit pas être jugé mais accompagné, pour qu’il devienne un chemin d’ouverture et non de fermeture.
Pour éclairer la mission de l’Église dans ce contexte, le cardinal Aveline s’est référé à Jean-Paul II, citant l’encyclique Dominum et vivificantem (1986) : « Il est beau et salutaire de penser que, partout où l’on prie dans le monde, l’Esprit Saint, souffle vital de la prière, est présent. » Il a ajouté : « Je dois au pape Jean-Paul II d’avoir mieux compris, pour tout ce qui concerne la mission, l’urgence d’une solide théologie trinitaire et notamment d’une pneumatologie (c’est-à-dire la partie de la théologie qui étudie la personne et l’action du Saint-Esprit). » Le prélat a ensuite résumé cette vision en une formule marquante : « L’Église s’essouffle vite si elle prétend souffler à la place de l’Esprit. » Cette image, simple et percutante, illustre la conviction que la fécondité pastorale naît de la docilité à l’Esprit Saint et non d’une activité purement humaine.
Évoquant enfin la pensée de Benoît XVI, le cardinal Aveline a rappelé le dialogue que le cardinal Ratzinger avait mené avec le philosophe Jürgen Habermas en 2004 : « Peut-être nous faudra-t-il […] avoir le courage de dénoncer, grâce à la raison, les pathologies de la religion, lorsque celle-ci préfère la contrainte à la liberté, et, dans le même temps, dénoncer, grâce à la religion, les pathologies de la raison, lorsque celle-ci choisit d’ignorer la dimension spirituelle de l’humain. » Cette référence, a-t-il expliqué, souligne la nécessité d’un équilibre entre foi et raison pour préserver la liberté et la dignité de l’homme.Par ces références à Jean-Paul II et à Benoît XVI, le cardinal Aveline a voulu replacer la réflexion de l’Église de France dans la continuité d’une tradition spirituelle et intellectuelle solide. À Lourdes, son intervention a insisté sur la nécessité d’un engagement lucide face aux tensions sociales et d’une fidélité renouvelée à l’Esprit Saint, source du véritable discernement chrétien.
06/11/2025
Le temps d'enseignement est sacré : pas de prière sur les heures de cours.
Devant la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale, le 4 novembre dernier, la position d'Édouard Geffray a été limpide : le temps d'enseignement, financé par l'État, doit être exclusivement consacré à l'enseignement. Chaque minute payée par le contribuable a pour unique vocation la transmission des savoirs inscrits aux programmes, sans exception.
Cette mise au point est une réponse directe à Guillaume Prévost, le nouveau secrétaire général de l’Enseignement catholique. Ce dernier avait récemment suscité la polémique en défendant la possibilité pour les enseignants de prier avec leurs élèves, invoquant la « liberté pédagogique et la liberté de conscience ».
Pour asseoir son propos, le ministre a utilisé une formule simple et directe, se plaçant sur le terrain du contrat qui lie l'État aux établissements privés :
« Lorsque l’État paie un professeur, il le paie pour enseigner. Ça me semble l’évidence. Donc une minute payée par l’État, c’est une minute d’enseignement, ça ne sert pas à autre chose. Et donc je ne vois pas comment, sur un temps d’enseignement, on pourrait faire une prière ».
L'argument du ministre est particulièrement puissant car il déplace le débat. En ramenant la question à une logique de service rendu contre financement public (« une minute payée… c’est une minute d’enseignement »), il contourne un débat philosophique ou théologique potentiellement sans fin sur la laïcité. Il transforme l'enjeu en une question quasi managériale de respect du contrat d'association avec l'État. Pour une institution "sous contrat", un tel argument fondé sur le bon sens et les obligations contractuelles devient difficile à contester.
L'éducation à la sexualité : un menu unique, obligatoire pour tous
La fermeté du ministre ne s'est pas limitée à la question de la prière. Concernant le nouveau programme d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars), la ligne est tout aussi stricte. Son application est qualifiée d'obligatoire « partout », sans aucune possibilité d'adaptation ou de sélection.
Là encore, Édouard Geffray répond aux propositions de Guillaume Prévost. Bien qu'il se soit engagé à appliquer le programme, le secrétaire général de l’Enseignement catholique avait évoqué la mise en place d'un « projet de réseau » spécifique à ses établissements sur ce sujet, suggérant une marge de manœuvre.
La réplique du ministre, qu'il a lui-même qualifiée de réponse « en loi et en bon sens », ne laisse aucune place à l'interprétation et réaffirme l'autorité du programme national :
« Un programme, c’est un programme, c’est obligatoire partout. Ce n’est ni discutable, ni négociable, ni amendable. On ne fait pas son marché dans un programme, on ne commence pas à dire je le fais, je ne le fais pas, etc. ».
Cette déclaration réaffirme sans détour l'autorité de l'État sur les contenus pédagogiques fondamentaux. En refusant un « projet de réseau » spécifique, Édouard Geffray ne défend pas seulement le programme EVARS ; il protège le principe même d'un curriculum national unifié. Accepter une exception créerait un dangereux précédent, ouvrant la porte à d'autres réseaux ou établissements qui pourraient réclamer un traitement « à la carte » sur d'autres sujets. C'est un rappel que le contrat avec l'État n'est pas un buffet où l'on choisit ce qui convient. L'insistance martelée du ministre est le coup de grâce à toute ambiguïté : « Je veux m’assurer que ce soit partout. Et j’ai bien dit partout. »
Partout ? On lui souhaite bon courage ! Les enseignants musulmans feront à raison ce qu'ils veulent et le ministre – nous le savons tous – regardera ailleurs.
À la rentrée 2023, l'Enseignement catholique scolarisait 2 060 000 élèves. Forte de ce nombre, la hiérarchie catholique aurait tort de ne pas élever le ton pour défendre son nouveau secrétaire de l'Enseignement catholique. l'éphémère et faible gouvernement en place a d'autres chats à fouetter !
Vive le Christ Roi !
Sources : Le Figaro, le Salon Beige et La Croix
05/11/2025
Le cardinal Gerhard Müller a averti que certains évêques contraignent de fait les catholiques conservateurs à rester chez eux ou à se réfugier auprès de la Fraternité Saint-Pie-X. Dans un entretien approfondi avec Raymond Arroyo d'EWTN, l'ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a déclaré : « J'ai entendu dire par certains évêques que les catholiques qui ne souhaitent pas la nouvelle forme de la liturgie peuvent soit rester chez eux, soit rejoindre les Lefebvristes [FSSPX]. » Il a plaidé pour un dialogue, affirmant : « Nous devons faire preuve d'une grande ouverture, dialoguer avec les fidèles dans un esprit synodal, afin de parler ensemble. »
Le cardinal Müller a ajouté que ce n'est pas la messe en latin qui divise l'Église, mais plutôt la bénédiction des couples homosexuels, qui, selon lui, « relativise le sacrement du mariage, qui est une vérité révélée ». Il a critiqué ce qu'il perçoit comme un relativisme théologique croissant dans l'approche du Vatican en matière de dialogue interreligieux et a condamné l'établissement d'une salle de prière musulmane au sein du Vatican. « Le Vatican est le siège de l'Église catholique, et y autoriser le culte non catholique revient à se relativiser soi-même », a-t-il déclaré. « Cette décision semble motivée par un désir de paraître "ouvert" plutôt que par une réflexion théologique. »
Il s'est également interrogé sur la consultation des autorités compétentes, déclarant : « J'ignore si un cardinal, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ou le Pape ont été consultés. Les musulmans pourraient y voir une victoire symbolique, la reconnaissance de leur prétendue supériorité. » Le cardinal Müller a réaffirmé que les fondements de la doctrine catholique puisent leurs racines dans la philosophie grecque et romaine, telle que l'interprétaient les Pères de l'Église, qui « reconnaissaient la part de vérité dans la philosophie, mais jamais dans les religions païennes grecques ou romaines. Ils n'ont jamais accepté les anciennes religions. »
Mettant en garde contre toute confusion entre les confessions, il a déclaré : « Les différentes religions ont des conceptions différentes de la paix, de la liberté et de la dignité de la personne. Nous ne pouvons les mélanger. Nous ne sommes pas tous frères. » Concernant l’ordination des femmes, il a affirmé clairement : « Il est contraire à la foi catholique que les femmes puissent recevoir le sacrement de l’Ordre. Seuls les hommes peuvent devenir évêques, prêtres ou diacres. »
Depuis le concile Vatican II, les divisions entre courants conservateurs et libéraux au sein de l'Église catholique se sont accentuées, notamment quant à l'interprétation de ses réformes. La mise en œuvre de Fiducia Supplicans , qui a ouvert la voie à la bénédiction des couples de même sexe, et le maintien de Traditionis Custodes , qui restreint la messe traditionnelle en latin, ont exacerbé ces tensions. Nombreux sont ceux qui perçoivent désormais un conflit naissant entre ceux qui cherchent à préserver la continuité doctrinale et liturgique et ceux qui promeuvent une approche plus pastorale et inclusive.
Source : Le Catholic Herald
Le cardinal Müller, théologien renommé et l'une des figures les plus influentes du conservatisme au sein de l'Église, continue de défendre ce qu'il appelle les « vérités immuables de la foi » face à ce qu'il perçoit comme un relativisme croissant. En 2019, il a pris la défense de ceux qui avaient jeté les statues de la Pachamama dans le Tibre, déclarant : « La grande erreur a été d'introduire les idoles dans l'Église, et non de les en expulser. » Il s'est également montré un critique virulent du Chemin synodal allemand, qui vise à libéraliser la doctrine de l'Église. En 2024, il a célébré la messe pontificale solennelle traditionnelle en latin lors de la clôture du pèlerinage de Chartres, en France.
04/11/2025
Le 29 octobre dernier, à l’occasion d’un événement organisé à l’université du Mississipi et dédié à la mémoire de Charlie Kirk, le vice-président américain en personne se confiait sur le génie du christianisme. Avec conviction et assurance, JD Vance affirmait en effet à la tribune :
« L’un de mes versets préférés de la Bible est : “C’est à leurs fruits que vous les reconnaitrez”. Je pense que les fruits de la foi chrétienne sont la civilisation la plus morale, la plus juste et la plus prospère de l’histoire. Je n’ai aucune honte à penser que les valeurs chrétiennes sont un fondement important dans ce pays. »
La religion chrétienne civilise les mœurs
Il y aurait beaucoup à écrire sur ce que, non seulement les Etats-Unis mais aussi les pays du monde entier doivent à l’Eglise. Pour cela, il suffirait de se plonger dans le superbe livre de l’historien Christophe Dickès, sobrement intitulé Pour l’Eglise, mais prolongé d’un sous-titre significatif : Ce que le monde lui doit (Perrin, 2024). Pourtant, c’est peu de le dire, entre des scandales en tout genre qui éclaboussent l’institution ecclésiale et un personnel ecclésiastique en manque de repères et de figures fédératrices, l’Eglise peine à s’imposer dans le paysage politico-médiatique actuel. Le message de l’Evangile ne porte-t-il pas en lui les mêmes vertus dynamiques d’il y a 2000 ans ? Au contact de l’enseignement du Christ, tout homme est censé trouver à sa disposition une rampe de lancement inouïe : celle seule qui est en capacité de tirer ce qu’il y a de meilleur en lui. Encore faut-il prendre du temps pour son âme.
Aussi, lorsque JD Vance affirme voir dans le christianisme un génie particulier, le responsable politique n’a pas pour ambition de se cantonner à un prosélytisme civilisationnel. En homme de foi, il sait qu’une telle attitude se révélerait vite sèche et stérile. Il précise donc, à bon droit, que le Nouveau Monde, avant d’avoir été civilisé par la croix, l’Evangile et l’enseignement de l’Eglise, était en proie à un paganisme éhonté qui pratiquait les sacrifices humains. Cette réalité historique, qui s’oppose en tout point au mythe rousseauiste du “bon sauvage” (l’homme nait naturellement bon, c’est la société qui le corrompt ensuite), avait déjà été filmée par la caméra de Mel Gibson, dans Apocalypto (2006). Oui, la religion chrétienne a fait œuvre de civilisation. Comment ? En commençant par infuser la charité dans les mœurs des hommes.
Le christianisme confère à l’existence un sens et se propose d’en anoblir le cours.
Alors que nous entrons de plein pied dans le mois de la grisaille et de la mélancolie, ce fameux mois de Novembre, qui selon les vers d’Emile Verhaeren « en son manteau grisâtre, se blottit de peur au fond de l’âtre », nous donne l’occasion de méditer sur une réalité à laquelle la tradition culturelle et cultuelle de l’Eglise nous invite à nous élever : la mort, la vie, la filiation et la sainteté.
L’Eglise civilise nos coutumes en nous rappelant sans cesse – dans sa liturgie, dans ses prières et dans son patrimoine esthétique – que nous ne venons pas de nulle part. Se méprendre sur la piété filiale qui doit être la nôtre à l’endroit de ceux qui nous ont précédés ici-bas ne relève pas seulement de l’ingratitude. L’attitude adolescente de “révolté qui ne doit rien à personne” est surtout dangereusement mortifère. Comment se donner soi-même si l’on n’a pas appris à remercier ? Comment célébrer le présent si l’on se refuse à honorer le passé ? Dans un entretien donné au Figaro Magazine, le directeur du département Opinion de l’Ifop, Jérôme Fourquet, constatait, lucide :
« La citrouille d’Halloween n’a pas encore remplacé le chrysanthème mais on s’en approche. (…) Le substrat chrétien est en voie d’effacement. »
« Le héros est un homme qui se croit au-dessus des autres, le saint est un homme qui se sait avec les autres » Georges Bernanos
Au-delà du sujet de la piété filiale, comprenons que le corpus du christianisme s’avère proprement en mesure de réchauffer l’enthousiasme de la vie. En conférant à l’existence un sens, il propose à tout homme de se dépasser sans cesse pour en anoblir le cours.
Entre la civilisation païenne et la civilisation chrétienne, la différence est de taille. La première conduit au transhumanisme et la deuxième conduit, plus humblement quoique plus avantageusement, à devenir plus humain. Dans un recueil de textes épars de Bernanos, Les Prédestinés, la sainteté est une aventure (Le Passeur Editeur), ce contraste est souligné :
« Le monde admire les héros et persécute les saints. Le monde réclame des idoles, car il a peur des témoins. »
Et l’auteur d’expliquer que les saints ne sont pas des héros, à la manière des héros de Plutarque. Pour Bernanos, le héros donne l’illusion de dépasser l’humanité quand le saint, lui ne la dépasse pas mais l’assume. Il s’efforce même de la réaliser le mieux possible :
« Le héros est un destin, le saint est une vocation. Le héros est seul, le saint est solidaire. Le héros se fait admirer, le saint se fait aimer. Le héros est un homme qui se croit au-dessus des autres, le saint est un homme qui se sait avec les autres, dans la même misère, dans la même espérance. […] Le héros est un homme qui se fait dieu, le saint est un homme qui laisse Dieu se faire homme en lui. […] Le héros finit toujours par se trahir lui-même, car il porte en lui la contradiction de vouloir être plus qu’homme sans Dieu. Le saint, lui, ne se trahit jamais, car il n’a rien à défendre que la vérité de Dieu en lui. »
En ce mois de novembre, honorer nos défunts consistera pour les plus initiés – les plus catéchisés, j’entends – à prier pour le repos de leur âme, à faire célébrer des messes à leur mémoire pour appeler sur chacun d’eux la miséricorde de Dieu. Mais il y aura toujours tout à gagner que de visiter les cimetières, de fleurir les tombes de ses aïeuls et de se rappeler à leur bon souvenir. Tous ces gestes, tous ces rites, justement parce qu’ils peuvent paraître les plus inutiles ont leur pesant de noblesse. Ils permettent de s’inscrire sur le temps long, et nous rappeler que le pari de la foi ouvre la voie à la plus belle des expériences : l’élargissement de notre horizon.
03/11/2025
«Mais dites-moi votre avis. Un homme avait deux enfants. S’adressant au premier, il dit : Mon enfant, va-t’en aujourd’hui travailler à la vigne. Je ne veux pas, répondit-il ; ensuite pris de remords, il y alla. S’adressant au second, il dit la même chose ; l’autre répondit : Entendu, Seigneur, et il n’y alla point. Lequel des deux a fait la volonté du père ? » (Mt 21, 28-31).
Cette parabole du Sauveur peut servir d’exergue à ce modeste propos. Notre vie d’ici-bas doit se mouler sur celle de notre Seigneur et Sauveur. Or que nous dit-il ? Citons-le un peu, et d’abord en saint Jean : « Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin » (Jn 4, 34). « Je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé » (Jn 6, 38). De leur côté, les synoptiques ont conservé, entre autres, une maxime du Sauveur sur la nécessité d’adhérer à la volonté divine pour répondre à notre vocation d’enfants de Dieu, vocation si fortement marquée dans le Prologue de saint Jean : « Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m’est un frère et une sœur et une mère » (Mc 3, 35 ; cf. Mt 12, 49). Mais on pourrait multiplier les citations de ce genre. Saint Paul résumera toute la vie du divin Maître dans cette formule de son Épître aux Philippiens qui est devenue célèbre (citée ici dans la traduction de Crampon) : « Bien qu’il fût dans la condition de Dieu, il n’a pas retenu avidement son égalité avec Dieu ; mais il s’est anéanti lui-même en prenant la condition d’esclave, en se rendant semblable aux hommes, et reconnu pour homme par tout ce qui a paru de lui ; il s’est abaissé lui-même, se faisant obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix » (Ph 2, 6-8). La perfection de notre union à notre Sauveur se mesurera à celle de notre imitation de sa vie suivant notre vocation ; ainsi accomplirons-nous le commandement que le Père nous a donné au travers du saint patriarche Abraham qui est, selon l’Écriture, le père spirituel de toutes les âmes de foi : « Marche devant ma face et sois parfait » (Gn 17, 1).
Ces considérations sont remplies de conséquences pour notre vie de chaque jour. L’important pour nous rendre Dieu proche n’est pas d’accomplir ici-bas des œuvres extraordinaires, et surtout pas celles qui nous vaudront des admirateurs (qui nous vaudront aussi, hélas, des jaloux !). L’amitié avec Dieu n’exige pas davantage la multiplication des exercices religieux ni les macérations en tout genre ; elle n’implique même pas que nous consacrions notre vie aux œuvres de miséricorde, même si celles-ci sont mises en avant par Notre Seigneur lui-même dans le tableau qu’il nous fait du jugement dernier. Tout cela est très bon, excellent même, mais tout cela ne fait pas forcément de nous des amis de Dieu et de Notre Seigneur ; bref, tout cela ne nous mène pas sûrement à cette perfection que le Tout-Puissant et son Verbe Incarné désirent de nous. On connaît le célèbre passage de saint Paul (1 Cor 13, 3) : « Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien. » C’est l’amour surnaturel de charité qui fait de nous des amis de Dieu ; c’est son intensité en nous qui marque l’intensité de notre union avec le Sauveur et son Père.
Mais cette intensité d’union avec Dieu et avec Notre Seigneur est en lien indissoluble avec l’obéissance à la volonté divine qui nous a été manifestée. Dans cette obéissance, notre liberté elle-même se déploie et notre volonté se fortifie. Le Seigneur Jésus, en effet, n’a pas voulu être autre chose qu’une obéissance à son Père, comme le note l’Épître aux Hébreux (10, 5s), se faisant l’écho de l’Épître aux Philippiens citée plus haut : « En entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation ; mais tu m’as façonné un corps. Tu n’as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour les péchés. Alors j’ai dit : “Voici, je viens, car c’est de moi qu’il est question dans le rouleau du livre, pour faire, ô Dieu, ta volonté”. » Le Christ est tout pour nous, et nous ne plairons au Père que dans la mesure où il retrouvera son Fils divin en nous ; et il ne le retrouvera que s’il trouve en nous les dispositions de son Cœur sacré, et avant tout celle-ci qui est préjudicielle : notre souci d’accomplir constamment sa divine volonté.
« Dans le plan de Dieu, notait un spiritain, notre programme de vie est fixé, notre route est tracée ; notre tâche de manœuvre consiste à laisser Dieu agir, à écouter et comprendre, à nous laisser conduire pas à pas. La meilleure préoccupation, touchant notre avenir et notre salut, est de nous en rapporter entièrement à Dieu. Personne ne peut mieux que lui pourvoir à notre bien. Il est la Bonté même. Il est notre Père, nous sommes ses enfants. Notre plus grand ennemi est une trop grande bonne volonté. Conduits par le moi, nous nous égarons […]. Dire “Oui, Père !” au moment présent, voilà la sainteté. Et le dire aussi par rapport à l’avenir. Personne ne peut faire à Dieu de plus bel hommage que de remettre, les yeux fermés, tout son avenir entre ses mains. C’est un sacrifice d’agréable odeur qui monte vers le trône du Très-Haut. Quoi que l’avenir me réserve, joies ou peines, croix ou consolations, je dis résolument : “Oui, Père !” Je me fie à Vous. “Ita, Pater !” telle est la signature au bas de mon programme de vie. Et je sais que par là je ne signe pas un arrêt de mort, mais que je m’ouvre les perspectives du plus grand bonheur. Et pourtant je signe aussi un arrêt de mort car nous devons être ensevelis avec le Christ pour ressusciter avec lui » (1).
Demandons à la Vierge Marie cette grâce de suivre le Christ Jésus selon la voie qu’il a tracée pour nous. Avec elle, accompagnons-le dans l’obéissance du Calvaire, et réjouissons-nous pour toujours de sa victoire.
Par un moine de Triors
(1) Richard Graef, cssp : Oui, Père ! (Ita Pater), Éditions Le Laurier, rééd. 2004.
02/11/2025
La journée des défunts est à la fois une journée de commémoraison et une journée d’intercession. On fait mémoire de ceux qui nous ont quittés, et l’on prie pour eux. Cette prière s’enracine dans la conviction profonde que la mort ne rompt pas la communion entre les membres du Corps du Christ. L’Église enseigne que les âmes appelées à la vision de Dieu passent par une purification nécessaire pour être pleinement unies à Lui. Notre prière, nos sacrifices et nos œuvres de charité peuvent les soutenir dans cette ultime étape, en vertu du mystère de la communion des saints. Celle-ci exprime le lien spirituel et indestructible entre les vivants et les morts : dans le Christ, une véritable solidarité unit les membres de l’Église terrestre, les âmes du purgatoire et les saints du ciel.
Le 2 novembre, chaque fidèle est donc invité à se recueillir, à visiter les cimetières, et à prier pour les défunts. Prier pour les morts, c’est poser un acte de foi et d’amour, une affirmation silencieuse de l’espérance chrétienne : la vie n’est pas détruite, elle est transformée. Pour que la Toussaint, instituée en France en 835, conserve son sens propre de fête de la gloire céleste, saint Odilon, abbé de Cluny, décida vers l’an 1000 d’instaurer, dans tous les monastères de l’ordre, une messe solennelle pour les défunts le lendemain, le 2 novembre. Cette commémoration, d’abord limitée à la famille monastique, s’étendit rapidement à toute la chrétienté sous l’influence du puissant réseau clunisien. À cette époque, la doctrine du purgatoire n’était pas encore pleinement formulée, mais les moines de Cluny exprimaient déjà la foi de l’Église : celle d’un Dieu miséricordieux, qui purifie et sauve. Le saint curé d’Ars résumera plus tard ce mystère avec des mots simples : « Le purgatoire est l’infirmerie du Bon-Dieu. »
Au XVᵉ siècle, les Dominicains d’Espagne introduisirent la pratique de célébrer trois messes le jour des défunts, en signe d’intercession renouvelée. Ce privilège fut étendu à toute l’Église par le pape Benoît XV en 1915, en mémoire des innombrables victimes de la Première Guerre mondiale, afin que les prêtres puissent offrir le Saint Sacrifice pour les âmes de tous les défunts. Aujourd’hui encore, l’Église continue de prier avec ferveur pour ses enfants défunts. Le sanctuaire de Notre-Dame de Montligeon, en Normandie, demeure un lieu privilégié où des fidèles du monde entier confient leurs proches à la miséricorde divine. Les communautés paroissiales organisent des liturgies, et de nombreux fidèles se rendent dans les cimetières pour prier au pied des tombes, souvent en famille, un chapelet à la main.
Ce geste humble est un acte de foi : croire que nos morts vivent en Dieu, croire que notre prière peut les accompagner vers la lumière éternelle, croire enfin que la mort ne sépare pas ceux que le Christ a unis. La sainte Mère Église, fidèle à sa mission d’intercession, implore Dieu « pour les âmes de tous ceux qui se sont endormis dans l’espérance de la résurrection, mais aussi en faveur de tous les hommes depuis la création du monde, dont le Seigneur seul connaît la foi », afin qu’ils rejoignent « la communauté des habitants du ciel » et jouissent du bonheur éternel.
Et, selon la belle parole de saint Ambroise :
« Nos morts ont été envoyés non pas loin de nous, mais avant nous — eux que la mort ne prendra pas mais que l’éternité recevra. » Ainsi, la commémoration du 2 novembre n’est pas une journée de tristesse, mais une fête d’espérance, celle de la fidélité de Dieu et de la communion sans fin entre les vivants et les morts dans le Christ ressuscité.
Avec nominis
01/11/2025
Nous vivrons avec des gens qui ont un cœur de pauvre, pas avec des orgueilleux, des râleurs, des malcontents, des méprisants… Quel bonheur de vivre avec des gens qui cherchent à promouvoir l’autre plutôt qu’eux-mêmes ! Nous vivrons avec des doux, avec des miséricordieux qui ne font pas la liste de leurs griefs envers nous mais nous accueillent avec un grand cœur. Avec des personnes sensibles qui osent pleurer du mal qui frappe l’homme. Avec des pacifiques. Avec des amoureux de la justice — non pas seulement la justice sociale, mais aussi celle qui concerne Dieu : que Dieu soit honoré comme il convient, et le prochain servi comme il convient ! Nous vivrons avec des gens qui ont tant aimé le Seigneur qu’ils n’ont pas craint les insultes ou la persécution. Bref, quel paradis partagé avec de tels frères et sœurs, à contempler l’auteur de toute beauté, de toute joie, de tout amour : nous verrons Dieu tel qu’il est ! (1 Jn 3,2)
Vous me direz : et pour tous ceux qui ne sont pas comme le dit Jésus, qu’y aura-t-il pour eux ? C’est pour eux que la méditation de l’Église, a partir des indications de l’Écriture qui parlent d’une purification possible après la mort, a imaginé qu’il y avait un Purgatoire : un lieu où l’âme trop tournée vers elle-même apprend à s’ouvrir, à devenir généreuse, à entrer dans le pardon et la louange. C’est pourquoi nous prions pour nos morts, afin de les soutenir dans ce processus de transformation qui introduit à la vie du ciel. Sans doute que ce sont eux aussi, et pas seulement les martyrs, ceux qui « viennent de la grande épreuve » et « ont blanchi leur robe par le sang de l’Agneau » (Ap 7,14)
Revenons à la question qui demande : est-ce seulement pour l’avenir ? En réalité nous pouvons déjà commencer le paradis maintenant. Le Royaume des cieux est déjà présent. Regardez-vous : nous sommes entre saints ! Il n’y a pas que les saints canonisés, ni les saints inconnus que nous fêtons en cette fête de Toussaint qui méritent ce nom de saint. Saint Paul appelait souvent « saints » les chrétiens auxquels il s’adressait. Vous me direz : avec tous les défauts de l’Église, ce n’est pas trop ça… Mais qui donne la sainteté ? Le saint fait des efforts pour se corriger, pour devenir plus aimant et plus persévérant, mais ce ne sont pas ses efforts qui lui donnent la sainteté. Le saint n’est pas celui qui est irréprochable, mais celui qui se laisse purifier par Dieu. Plus déterminant que les efforts que nous faisons, ce sont les efforts que Dieu fait qui changent la donne. Ce qui nous rend saints, c’est d’accueillir sa miséricorde, c’est de se laisser animer par lui. Lui seul est capable de nous rendre purs, de redonner à notre âme sa beauté, son ardeur à aimer. En cette fête de tous les saints, désirons à notre tour être saints : désirons que Dieu nous transforme par son amour, et qu’ainsi nous allions de l’avant.
Abbé Christophe Cossement
NDLR sur l'image : Des hautes montagnes en Galilée ... quand l'I.A. a la foi, tout est possible, je ne l'ai pas brimée !
01/11/2025
La Fondation pontificale Aide à l'Église en Détresse, qui se consacre à l'assistance aux chrétiens persécutés dans le monde entier, a récemment publié son Rapport 2025 sur la liberté religieuse , également relayé par La Nuova Bussola Quotidiana. Pour marquer la parution de ce document, qui analyse le niveau de liberté religieuse dans 196 pays, la section italienne de la Fondation a organisé à Florence, en collaboration avec le diocèse local et l'association Agata Smeralda, la rencontre publique « Témoins d'espérance de la Syrie blessée ». L'invité d'honneur était Son Excellence Monseigneur Jacques Mourad, moine syriaque catholique et ancien abbé du monastère Saint-Élian, archevêque de Homs à partir de 2023. Monseigneur Mourad a un parcours singulier : né et élevé à Alep, il est issu d’une famille de syriaques catholiques qui a fui Mardin (aujourd’hui en Turquie) en 1915 en raison des persécutions des Jeunes-Turcs contre les chrétiens, notamment les Arméniens (le tristement célèbre génocide), mais aussi les syriaques catholiques, les Chaldéens, les orthodoxes grecs et les Assyriens.
Après des études de théologie au Liban, il entre dans la communauté monastique de Mar Moussa, fondée par le père jésuite italien Paolo Dall’Oglio, enlevé en 2013, vraisemblablement par des militants de l’État islamique. Ordonné prêtre, Mourad répond à la demande de son évêque de restaurer l’ancien monastère de Mar-Élian, dans la région de Homs, dont il devient l’abbé. En 2015, il est lui-même victime d’un enlèvement par l’État islamique, mais parvient à s’échapper après quatre mois de captivité.
En marge de la réunion publique, Monseigneur Mourad a accordé un long entretien à Nuova Bussola Quotidiana au sujet de la Syrie et de son expérience personnelle en tant que chrétien.
Monseigneur Mourad, dans un entretien accordé à l'Agence Fides le 31 janvier, vous aviez évoqué la profonde confusion qui régnait en Syrie après la prise de pouvoir par l'ancien groupe d'Al-Qaïda, Hayat Tahrir al-Sham. Quelle a été la situation aujourd'hui, près d'un an plus tard ?
Il est difficile de se prononcer, car la situation est complexe et surtout parce que le nouveau gouvernement manque de clarté : ceux qui sont au pouvoir adoptent une stratégie de manipulation, c'est-à-dire qu'ils disent une chose et en font une autre. Les relations avec la population sont marquées par une absence totale de franchise. Pour les nouveaux dirigeants, la population syrienne, composée en grande partie de résistants ayant souffert et été persécutés sous le régime d'Assad, est une population de « flul » (alliés, terme sous-entendu par l'ancien régime) à persécuter.
C'est ainsi que le peuple syrien a souffert et souffre encore aujourd'hui…
Bien sûr. Le peuple subit innocemment les représailles contre Assad, et le paradoxe est que le nouveau gouvernement utilise, encore plus raffiné, les mêmes méthodes criminelles déjà éprouvées par l'ancien régime. De plus, le peuple syrien est appauvri : le nouveau gouvernement a licencié la plupart des fonctionnaires, les laissant sans salaire. Les rares qui ont pu conserver leur emploi sont payés en livres syriennes, tandis que les nouveaux arrivants le sont en dollars : 60 dollars par mois pour les premiers, 500 dollars pour les seconds. Le gouvernement a récemment déclaré que la situation allait changer le mois prochain et que tous seraient payés de la même manière. Espérons-le.
Selon certaines sources, des élections législatives ont eu lieu en Syrie le 5 octobre, mais la majorité de la population n'a pas pu y participer. Avez-vous voté personnellement ?
Non ! Personne n'a voté. Seul un petit groupe d'électeurs sélectionnés par le gouvernement s'est rendu aux urnes pour voter pour les candidats désignés par le gouvernement. Il n'y a pas eu d'élections : une mascarade pour les médias.
Vous étiez un ami et un confrère du père Dall'Oglio, disparu depuis 2013. Avez-vous des informations sur ce qui a pu lui arriver ?
Aucune nouvelle. À mon avis, l'histoire du père Dall'Oglio illustre une grave injustice ; elle symbolise toutes les personnes enlevées depuis des décennies en Syrie et la douleur de leurs familles. Le fait est que les enlèvements se poursuivent encore aujourd'hui, avec une grande violence. Il faudra beaucoup de temps pour que la situation s'améliore.
Et peut-être aurons-nous aussi besoin de nouveaux dirigeants…
Ce qui m'inquiète, c'est que ce gouvernement soit acceptable pour la communauté internationale.
À votre avis, pourquoi ?
Je crois que Trump souhaite ménager Israël, faire ce qu'Israël veut.
Nul n'ignore que Hayat Tahrir al-Sham a pris le pouvoir en Syrie grâce à l'aval de la Turquie, d'Israël et des États-Unis…
…et aussi de la Russie, qui a convaincu Assad de quitter le pays et de se réfugier à Moscou.
Y a-t-il quelqu'un en sécurité en Syrie actuellement ?
Non. Les musulmans sont autant en danger que les chrétiens, sinon plus. Les Druzes sont persécutés, les Alaouites sont persécutés, les Chiites sont persécutés…
Les Kurdes ?
Non, on ne les a pas persécutés, car ce sont des combattants courageux et armés. N’oublions pas que ce sont les Kurdes qui ont vaincu Daech dans le nord-est de la Syrie.
En 2015, vous avez été enlevé par des militants de l’État islamique. Avez-vous reconnu certains de vos ravisseurs parmi les nouveaux dirigeants syriens ?
Non, ceux qui sont actuellement au pouvoir sont membres de Hayat Tahrir al-Sham, un groupe issu d'al-Nosra, la branche syrienne d'al-Qaïda. L'EI et al-Nosra sont ennemis et s'affrontent.
Pourtant, dans le chaos de la nouvelle Syrie, il semble y avoir une place pour l'EI, dont les objectifs ne paraissent pas si éloignés de ceux du gouvernement de HTS : par exemple, l'élimination des minorités religieuses semble être un point commun aux deux groupes.
La différence réside dans le fait que l'EI poursuit le projet du califat islamique, un royaume où la communauté des croyants en Allah, l' umma islamya, serait soumise à un seul dirigeant. Al-Nosra, et donc HTS, visent quant à eux à répandre la loi islamique dans le monde entier, tout en respectant les différentes nations.
Pour revenir à vos quatre mois et vingt jours de captivité, quelle a été la plus grande souffrance que vous ayez endurée entre les mains de vos ravisseurs ?
Sans aucun doute, une souffrance psychologique. Les deux premiers jours, j'ai été sauvagement battu, mais la souffrance psychologique est plus intense et dangereuse que la souffrance physique. Je dois admettre que Daech a une méthode éprouvée et efficace pour exercer une pression psychologique. Au début, ils m'ont menacé de décapitation si je ne me convertissais pas à l'islam – pour eux, convertir un prêtre catholique aurait été un grand succès. Quand ils ont compris que cette méthode ne fonctionnait pas, ils m'ont envoyé un homme très gentil et respectueux qui m'a raconté l'histoire d'un pasteur anglican converti à l'islam, devenu un enseignant respecté et père de quatre femmes. Cela n'a pas fonctionné non plus.
Avez-vous déjà été tenté de céder ?
Bien sûr, c'est normal. Non seulement de céder, mais aussi de se sentir abandonné de Dieu. Quand je me sentais ainsi, je récitais le chapelet mentalement, car je n'en avais pas sur moi quand ils m'ont kidnappé. Quand ils m'ont battu violemment pour la première fois, j'ai cédé à la douleur physique et au sentiment d'abandon, et c'est la seule fois où j'ai pleuré. Puis je me suis endormie, j'ai dormi deux heures, et je me suis réveillée en chantant la prière de sainte Thérèse d'Avila – que rien ne te trouble, que rien ne t'effraie – en arabe, une langue dans laquelle je ne l'avais jamais récitée. J'y ai vu un signe que le Seigneur ne m'avait pas abandonnée, un don gratuit qui m'a donné la force d'avancer.
Que pouvons-nous faire, nous autres Occidentaux, pour la Syrie ?
Prier. Nous devons tous nous unir dans la prière : je suis convaincue que la prière est la véritable force capable de sauver le monde. Alors que j'étais prisonnière et que je priais pour tous, j'ai eu la grâce d'entendre les prières de tant de personnes qui imploraient Dieu pour moi. Si j'ai réussi à échapper à mes ravisseurs, c'est grâce à la puissance de la prière.
Avez-vous peur aujourd'hui ?
Non. J'en suis arrivé à la conclusion que, si je meurs pour la foi, je ne suis ni le premier ni le dernier. De plus, comme le dit saint Paul en parlant de sa propre mort, nous sommes avec Jésus ; que pouvons-nous désirer de plus ? Si la mort est le chemin qui mène à Jésus, c'est magnifique.
30/10/2025
"On parle beaucoup des crises de notre époque : divisions politiques, incertitudes économiques, menace de guerre. Pourtant, sous ce tumulte se cache une crise plus profonde, souvent négligée : une crise spirituelle. Comme l'observait mon héros Chesterton, nous avons tendance à nous préoccuper des mauvais dangers. Nous craignons les guerres et les effondrements financiers, alors que la véritable menace est la corruption morale et spirituelle qui ronge l'âme.
À la base, notre monde moderne a négligé la dimension spirituelle. Ce n'est pas tant le chaos qui nous entoure que le vide intérieur qui déstabilise la société. Les gens se perdent car ils ne savent plus pourquoi ils sont là – un problème profondément spirituel. Nous avons besoin d'idéaux plus élevés et d'une boussole morale, et non de simples slogans politiques. Lorsque l'humanité détourne le regard de Dieu, un vide se crée, comblé par des substituts : idéologies, modes et obsessions qui masquent le malaise sans jamais le guérir.
À une époque où la foi était encore vivante, l'impossible se produisit : le christianisme conquit l'Empire romain, édifia des cathédrales, engendra l'art, la littérature et des systèmes juridiques. Mais le monde moderne, qui se prétend rationnel et éclairé, a abandonné les miracles et vit dans une pauvreté spirituelle. Il nie le surnaturel et se plaint ensuite de son absence. C'est là la tragédie du monde moderne. Il dit : « Montrez-moi un miracle, et alors je croirai. » Mais en réalité, c'est l'inverse : croyez, et alors vous verrez le miracle. Le miracle n'est pas que Dieu apparaisse dans toute Sa splendeur et Sa majesté ; le miracle, c'est qu'Il Se soit tenu dans un atelier, en train de scier des planches.
« L'idolâtrie ne se commet pas seulement en érigeant de faux dieux, mais aussi en érigeant de faux démons ; en faisant craindre aux hommes la guerre, l'alcool ou les lois économiques, alors qu'ils devraient craindre la corruption spirituelle et la lâcheté. » – G.K. Chesterton
Cette remarque spirituelle de 1909 résonne aujourd'hui comme une prophétie. Nous identifions toutes sortes d'ennemis terrestres – du changement climatique aux épidémies virales – et nous nous mobilisons contre eux, tout en ignorant les ennemis invisibles de l'âme : l'absurdité de la vie, la décadence morale et le désespoir. C'est comme si l'humanité s'affairait à éteindre un petit feu dans le jardin, tandis que les fondations de la maison – le socle spirituel – s'affaissent lentement.
L'un des aspects les plus remarquables et radicaux de l'envoi des apôtres par Jésus est son commandement : « Si quelqu'un ne vous reçoit pas et ne vous écoute pas, secouez la poussière de vos pieds en témoignage contre lui. » Nous voyons ici quelque chose de presque impensable de nos jours : la certitude absolue de la foi. C'est un point crucial : le catholicisme n'est pas une opinion parmi d'autres sur Dieu et le monde. Il est la vérité, toute la vérité et rien que la vérité (je connais cette réplique d'une série télévisée américaine). Et la vérité n'est pas sujette à débat, à synodalité ou à compromis. Les apôtres n'ont pas reçu l'ordre de débattre, de négocier indéfiniment ni de s'adapter aux désirs de leurs auditeurs. Si quelqu'un n'accepte pas ce que proclament les apôtres, il passe à autre chose.
C'est tout le contraire du christianisme moderne, qui s'excuse souvent lui-même et se contorsionne par tous les moyens pour rester acceptable et pertinent aux yeux du monde séculier. L'injonction de secouer la poussière de ses pieds n'est pas un appel au mépris, mais un signe de la vérité objective de la foi. Refuser le Christ n'est pas une question d'interprétation, mais un rejet tragique de la réalité elle-même. Un avertissement retentit ici pour l'Église occidentale : n'ayez pas peur d'être impopulaire. Les apôtres ne l'étaient pas non plus. Et pourtant, ils ont changé le monde.
Les apôtres appellent à la repentance, à la conversion. Non pas à une spiritualité vague, ni à un message général d'amour, de paix et de compréhension, mais à la conversion – l'appel à un mode de vie radicalement nouveau. La religion n'est pas une simple préférence personnelle sans conséquences. Le christianisme n'est pas un mode de vie spirituel optionnel. C'est le chemin du salut. Et c'est pourquoi la mission des apôtres est la mission de l'Église à travers les âges. L'Église n'est pas une institution neutre qui préserve le patrimoine culturel. Elle est une défenseure de la vérité, une Église qui ne se soumet pas aux caprices du temps mais accomplit sa mission sans compromis. L'Église qui prend sa mission au sérieux sera persécutée. L'Église qui cherche à plaire au monde sera ignorée.
Et puis, point culminant de l'aventure, les apôtres sortent et chassent les esprits impurs. C'est l'apogée du combat : la véritable bataille n'est pas contre les hommes, ni contre les cultures, ni contre les dirigeants. La véritable bataille est contre les puissances des ténèbres. La mission de Jésus est la défaite du mal. C'est donc aussi la mission de l'Église. Le christianisme n'est pas une théorie, ni une simple morale, ni une affaire purement humaine. C'est une guerre contre le mal lui-même. Le monde moderne a tendance à psychologiser le mal, à le réduire à des facteurs sociaux, à le traiter comme une abstraction. Mais le christianisme est bien plus réaliste : le mal est une réalité.
Puisque la racine de la crise est spirituelle, la solution doit l'être aussi. C'est, au fond, un combat pour l'âme. On peut voter des centaines de lois et inventer des merveilles technologiques, mais si l'âme est malade, les symptômes ne cesseront de réapparaître. Nous le constatons clairement : la prospérité et la science ont accompli beaucoup, mais le malaise intérieur et la confusion morale n'ont pas diminué. En réalité, à mesure que les gens font moins confiance à Dieu, ils font confiance à tout le reste. Chesterton a bien saisi ce paradoxe : quand les hommes cessent de croire en Dieu, ils ne croient pas en rien ; ils croient en n'importe quoi.
On le constate partout. Là où les bancs des églises se vident, les gourous du développement personnel, les sites d'horoscope et les « spiritualités » à la mode pullulent. La soif humaine de sens demeure, même quand on rejette le Christ. Mais les substituts – qu'il s'agisse d'une foi aveugle dans le marché, d'un culte de la science érigé en sauveur tout-puissant ou d'expériences ésotériques – ne peuvent remplacer le Christ. Ils sont comme du sel sans saveur.
Ainsi, quand on abandonne le Christ, la crise ne fait que s'aggraver. On le voit autour de nous : à mesure que la foi chrétienne disparaît, les normes morales s'estompent et les communautés se désagrègent. Une société qui perd son âme perd aussi sa solidarité et son cap. Au lieu de la charité de l'Évangile, nous héritons d'une culture froide d'affirmation de soi radicale, où chacun a sa propre « vérité » et où plus rien n'est sacré. Cela engendre la solitude, la polarisation et le désespoir – une crise spirituelle qui amplifie toutes les autres. Cela mène inévitablement à la décadence et, finalement, à la destruction. Consultez vos livres d'histoire.
Comment cela se fait-il ? Laissez-moi vous parler de mon voisin. J'aime aller chez lui. Pourquoi ? Parce qu'il fait du bon café : une machine à café italienne de type barista haut de gamme. J'étais justement là quand il a déballé cette machine. Et j'ai essayé de la faire fonctionner. Mais nous n'y sommes pas parvenus. Elle a d'abord produit de la vapeur, puis un bruit infernal, et enfin un café fade. Une expérience très décevante, en somme. Le lendemain, il a eu une idée de génie : il a pris le mode d'emploi et a suivi les instructions. Résultat : un café délicieux. C'est tout simple : le fabricant de cette machine sait comment elle fonctionne. Il l'a conçue. Suivez ses instructions et vous obtiendrez le résultat escompté. Ignorez-les, et vous obtiendrez soit un café médiocre, soit une machine qui ne fonctionne pas du tout, soit, pire encore, vous la détruirez.
Pourquoi cet évêque vous parle-t-il de machines à café ? Comment un être humain peut-il s'épanouir pleinement ? Nous avons un Créateur, nous sommes conçus par un Concepteur. Comment connaître notre raison d'être et comment la réaliser ? Nous a-t-Il donné des instructions ? Oui. Il nous a donné l'Ancien Testament (principalement le diagnostic de nos erreurs) et le remède : le Nouveau Testament : Jésus-Christ, les Apôtres, l'Église, la Tradition, l'enseignement de l'Église. Suivez ces instructions et vous découvrirez votre raison d'être et comment atteindre votre but : la vie éternelle. Ignorez les instructions de notre Créateur et tout ira mal. Comme une machine défaillante qui tombe en panne. Là où le Christ est absent, les choses tournent mal. Là où le Christ n'est pas Roi, le chaos règne. Et cela, mes chers amis, c'est ce que nous appelons la modernité.
Sans Dieu, il nous incombe de guérir le monde de ses défauts. Que les choses aillent mal depuis la nuit des temps est une évidence. Sans le Christ, quel est le remède ? Le monde croit au progrès. Mais pourquoi se soucier du progrès quand la condition humaine est le problème ? Le problème, c'est que la modernité ne le perçoit pas comme tel. Elle pense que le problème, c'est la société, les structures, les autres, l'économie, la politique, et que nous ne pouvons agir que sur ces aspects. C'est ce que pensaient les révolutionnaires français, les bolcheviks, et c'est ce que le Printemps arabe était censé accomplir. Et nous savons où cela mène : au chaos et à la destruction. L'histoire biblique de la tour de Babel l'a déjà clairement démontré : la tentative humaine de reconquérir le paradis. Nous savons comment cela s'est terminé. Et nous continuons de croire que c'est possible : l'Union européenne, le Nouvel Ordre Mondial, la grande réinitialisation.
Avant le siècle des Lumières, personne ne croyait au progrès (le christianisme était dominant ; les idées utopiques n'avaient aucune chance). Les Lumières ne croyaient pas en Dieu. L'homme était fondamentalement bon ; le problème résidait dans les structures de la société. Voltaire avait cette idée du « bon sauvage ». Là où l'argent et le christianisme ne risquaient pas de perturber la vie en société, il devait y avoir harmonie, amour, paix et compréhension. Or, cela s'est avéré être une erreur. Voltaire a également écrit un livre sur l'éducation des enfants. Avait-il lui-même des enfants ? Oui, cinq. Savez-vous comment il les a élevés ? Il ne les a pas élevés. Juste après leur naissance, il les a tous abandonnés à l'orphelinat. Je n'en dirai pas plus.
Nous croyons encore au progrès : progrès technologique, progrès scientifique. Si les Lumières croyaient aussi au progrès moral, depuis le XXe siècle (Hitler, Staline, Mao, Pol Pot), nous n'y croyons plus. Mais puisque nous ne croyons ni à la vie après la mort ni au progrès moral, que reste-t-il : la folie, l'absurdité, l'antithèse d'une société utopique. Comment cela se fait-il ?
Deux raisons :
L'Église catholique a toujours adhéré à la philosophie de Thomas d'Aquin. Pourquoi ? Parce qu'elle repose sur le bon sens. La philosophie de saint Thomas se fonde sur la conviction universelle qu'un œuf est un œuf. Cela peut paraître évident, mais dans un monde complexe, ce n'est plus le cas. L'hégélien pourrait affirmer qu'un œuf est en réalité une poule, car il participe à un processus de devenir infini. Le partisan de Berkeley pourrait prétendre que les œufs pochés n'existent que comme un rêve, puisqu'il est tout aussi simple de dire que le rêve a engendré les œufs que l'inverse. Le pragmatiste pourrait croire que l'on apprécie au mieux les œufs brouillés en oubliant qu'il s'agissait d'œufs et en ne retenant que le résultat.
Mais aucun disciple de saint Thomas n'a besoin de se creuser la tête pour conclure qu'un œuf est simplement un œuf. Le thomiste sait que les œufs ne sont ni des poules, ni des rêves, ni de simples suppositions pratiques, mais des réalités confirmées par l'autorité des sens. Ainsi parlait l'apôtre à l'esprit brillant, G.K. Chesterton.
Il semble que les thomistes et les chestertoniens – ces personnes pour qui il est évident qu'un garçon est un garçon et une fille est une fille – soient rares. Ce sont des faits biologiques perceptibles par les sens. Un garçon n'existe pas comme un rêve ; ce n'est pas le rêve qui est la cause de son être, ni son être la cause du rêve. On peut recourir à autant de chirurgie esthétique qu'on veut et oublier à quoi ressemblait le corps à l'origine, cela ne change rien au fait qu'il reste un garçon. Et un bébé est un bébé…
Il y a deux vérités fondamentales que Chesterton défend : la famille et la foi. La société moderne tout entière s'attaque à ces deux vérités. S'attaquer à la famille, c'est s'attaquer à la vie elle-même, et s'attaquer à la foi, c'est s'attaquer au Créateur de la vie.
Chaque enfant est Jésus : un visiteur du ciel, confié un temps à ses parents. Le mariage est un sacrement. Il révèle une vérité religieuse : l'amour est inconditionnel et source de vie. S'attaquer à la famille, c'est avant tout s'attaquer à une vérité religieuse. Et c'est s'attaquer à la religion qui a révélé cette vérité : l'Église catholique romaine. Défendre la foi, c'est défendre la famille. Mais c'est aussi défendre la foi elle-même : ses préceptes, ses pratiques, sa pureté. Les attaques viennent de toutes parts, subtiles ou manifestes. Chesterton affirme : « Ce qui est réellement à l'œuvre dans le monde aujourd'hui, c'est l'anticatholicisme, et rien d'autre. »
Chesterton : « Les adversaires du christianisme croiraient n'importe quoi, sauf le christianisme. » Et en effet, nous avons constaté que les sectes et les cultes les plus étranges sont pris au sérieux, tandis que l'Église est tournée en ridicule. Chaque hérésie s'est appropriée un fragment de vérité et a rejeté le reste. Ainsi, les luthériens sont devenus obsédés par la « foi seule », les calvinistes par la souveraineté de Dieu, les baptistes par la Bible, les adventistes du septième jour par le sabbat, et ainsi de suite.
L'Église catholique a été attaquée pour être trop austère ou trop ostentatoire, trop matérialiste ou trop spirituelle, trop mondaine ou trop détachée du monde, trop complexe ou trop simpliste. On reproche aux catholiques d'être célibataires, mais aussi d'avoir trop d'enfants ; on leur reproche d'être injustes envers les femmes, mais aussi parce que « seules les femmes » assistent à la messe. Les modernistes déplorent la mort de l'Église catholique, et s'indignent encore plus de son pouvoir et de son influence. Les laïcs admirent l'art italien tout en méprisant la religion italienne. Le monde reproche aux catholiques leurs péchés – et pire encore, de les confesser. Les protestants affirment que les catholiques ne prennent pas la Bible au sérieux, puis les critiquent pour leur interprétation littérale de l'Eucharistie.
En fin de compte, toute attaque contre l'Église est une attaque contre le sacerdoce et l'Eucharistie. Toute attaque contre l'Église est une attaque contre le Christ : Dieu venu comme un enfant, fondateur de l'Église, qui a présenté le pain et le calice en disant : « Ceci est mon corps. Ceci est mon sang. » Chesterton a défendu l'Église alors même qu'il en était encore un étranger. Ironie du sort, aujourd'hui, nous devons parfois défendre l'Église contre des personnes de l'intérieur – contre des catholiques, même à Rome – qui cherchent à saper leur propre foi. Dieu merci, les choses semblent se normaliser.
Pourtant, ce combat n'est pas perdu d'avance. Au contraire, le premier pas vers la guérison est la reconnaissance : admettre que ce à quoi nous sommes confrontés n'est pas seulement politique ou économique, mais une urgence morale et spirituelle. Ce n'est qu'alors que nous pourrons choisir les armes appropriées. Aussi, nous devons nous interroger : comment mener un combat spirituel ? La foi est une affaire personnelle. Jésus a le plus souffert sur la croix, sachant qu'il ne sauverait pas tout le monde, que tous ne croiraient pas en lui (« Mon peuple, voyez ce que j'ai fait pour vous ; qu'aurais-je pu faire de plus ? C'est pourquoi Jésus connaît Jérusalem »). Il est vrai que nous avons le libre arbitre. Il nous appartient de coopérer au plan de salut de Jésus. Le monde séculier cherche à résoudre les problèmes ; les chrétiens aspirent au salut.
En temps de crise, certains déplorent l'échec du christianisme, la perte d'influence de l'Église. Mais l'idéal chrétien a-t-il jamais été véritablement mis à l'épreuve et jugé insuffisant ? Notre monde ne souffre pas parce que nous avons suivi le Christ de trop près, mais parce que nous ne l'avons pas suivi du tout. Même au sein de l'Église, le problème persiste. L'Église après Vatican II… Non pas le Concile lui-même, mais l'interprétation qu'on en a faite : le prétendu « Esprit de Vatican II ». Le document de Vatican II en lui-même n’est pas fondamentalement erroné. Sacrosanctum Concilium souligne l'importance du latin, du chant grégorien ; il n'est nullement question de supprimer la balustrade de l'autel ni de remplacer le maître-autel par une table de cuisine. Mais les médias et des personnalités comme Küng et Schillebeeckx ont détourné le Concile et l'ont transformé en quelque chose de complètement différent. J'ai eu des centaines de discussions avec ces personnes et je leur pose toujours la même question : « Avez-vous lu les documents ? » La réponse est invariablement : « Non, mais… » Non, non, pas de « mais », lisez-les et revenez ensuite. Ils ne le font jamais. Certes, Vatican II avait ses défauts et son langage pastoral laissait place à diverses interprétations, mais ne confondons pas le concile lui-même avec le concile des médias et de ceux qui cherchaient à modifier la doctrine de l'Église. Le résultat ? De la mauvaise foi. C'est alors qu'on sait que quelque chose cloche vraiment.
Le problème, bien sûr, c'est qu'il ne s'agissait pas d'un concile dogmatique. La seule raison d'être des conciles était de clarifier les choses. D'ailleurs, nous devrions être reconnaissants envers Arius et les autres hérétiques. Sans eux, nous n'aurions pas la confession de foi telle que formulée par le concile de Nicée. Les conciles étaient là pour clore les débats : si vous croyez ceci, vous êtes dedans, sinon, vous êtes dehors. Roma locuta, causa finita. Plus de Sed Contra.
Aggionamento. Nous pensions devoir suivre le courant de la société séculière. Nous voulions être pertinents à notre époque ; l'Église de Nice au lieu de l'Église de Nicée. Réunions mondaines. Nous avons réduit les dix commandements à un seul : aime ton prochain, sois bon. Cela se reflète dans le Novus Ordo : l'autel a été remplacé par une table [contrairement à Sacrosanctum Concilium]. L'autel symbolise le sacrifice. L'Eucharistie est un sacrifice sous la forme d'un repas, et non un repas sous la forme d'un sacrifice. Jésus a rompu le pain lors de la Cène, mais cela faisait référence au sacrifice sur la croix ! Et non au simple fait de « rompre et partager » ! Certes, nous sommes très sociables, mais qui parle de la vie après la mort, du jugement, des quatre dernières étapes humaines ?
Le problème n'est pas que l'Évangile soit dépassé, mais que nous l'ayons troqué contre des substituts plus faciles. Les demi-vérités ne peuvent guérir l'âme. Seule la vérité radicale et intégrale du Christ le peut. Il ne s'agit pas d'un idéal « médiéval ». La crise de notre temps – solitude, injustice, amertume – appelle de véritables chrétiens qui apportent un amour courageux et l'espérance là où règnent le cynisme et le désespoir.
Certains se détournent de la foi à cause des manquements des chrétiens : scandales, hypocrisie, compromis. Certes, ces manquements ont nui à la crédibilité de l’Église. Mais cela ne remet pas en cause la vérité de son message. L’Église n’est pas sainte parce que ses fidèles ne pèchent jamais, mais parce qu’elle offre aux pécheurs un chemin vers la sainteté. Les manquements des chrétiens prouvent non pas que le Christ a failli, mais que nous avons failli à le suivre.
La sortie de crise commence par un authentique retour au Christ. La foi ne doit pas être un accessoire culturel, mais la source de la vie. Lorsque les chrétiens vivent leur foi avec sérieux – non par obligation, mais par amour – elle rayonne. L’âme du monde ne peut être guérie que lorsque nos propres âmes s’embrasent à nouveau de foi, d’espérance et d’amour.
Ceci nous amène au rôle de l’Église. Certaines communautés tentent encore d’enrayer le déclin en s’adaptant à leur époque : modernisation, simplification, perfectionnement jusqu’à ce que rien ne choque. D’autres font le contraire : nager à contre-courant, s’accrocher à la tradition et à l’orthodoxie même si elles semblent « dépassées ». Lequel fonctionne vraiment ?
Chesterton, converti au catholicisme, était catégorique : adapter l’Église à chaque mode est vain. « Nous ne voulons pas, comme le disent les journaux, une Église qui suit le monde. Nous voulons une Église qui fasse bouger le monde. » Autrement dit : une Église gagne en crédibilité non pas en se faisant l’écho du monde, mais en le corrigeant. Nous avons besoin d’une foi qui nous interpelle lorsque nous avons tort, et non d’une foi qui se contente de nous rassurer lorsque nous sommes déjà d’accord.
Et de fait, que constatons-nous ? Les Églises dites « libérales » – celles qui diluent ou relativisent la doctrine pour paraître pertinentes – sont en déclin. Leurs bancs se vident et vieillissent. Les sociologues résument la situation ainsi : « Les Églises libérales n’ont pas d’enfants. » Elles ne peuvent inspirer les nouvelles générations. Dès le début des années 2000, on constatait le déclin de ces communautés, fréquentées principalement par des personnes âgées. Les jeunes ne sont pas attirés par un christianisme tiède et sécularisé. Un humanisme réchauffé n’a aucun pouvoir d’inspiration.
Parallèlement, les Églises orthodoxes – celles qui proclament avec audace leurs convictions, ancrées dans la tradition – attirent les jeunes. Ce sont des Églises qui défendent des valeurs, et cela se remarque. Une Église qui ose être une oasis dans le désert, offrant l'eau vive aux assoiffés, attire les chercheurs de vérité. Ce n'est pas une illusion : des enquêtes récentes confirment que les jeunes générations, de façon surprenante, connaissent un modeste retour à la foi, et que les communautés orthodoxes en sont les principales bénéficiaires.
En bref : les Églises qui restent fidèles – que ce soit par une liturgie empreinte de recueillement, une doctrine claire ou un enseignement moral intransigeant – sont précisément celles qui suscitent un renouveau, surtout chez les jeunes. J'en rencontre beaucoup. Ils ne veulent pas être dorlotés, mais interpellés. Ils veulent savoir s'il existe des convictions et des valeurs auxquelles croire et qu'il faut mettre en pratique. Ils veulent connaître la vérité. Ils arrivent dans nos Églises de façon totalement inattendue. Ils sont peu nombreux, mais ils sont là. Et cela se produit partout (4 caractéristiques : 1. un environnement laïque ; 2. le désir de connaître la vérité ; 3. un très jeune âge ; 4. tous de jeunes hommes/garçons).
Paradoxalement, au milieu de ce déclin, des signes d'espoir apparaissent chez les jeunes. Dans certains endroits, la génération Z semble légèrement plus religieuse que les Milleniaux qui l'ont précédée. Aux Pays-Bas, par exemple, des enquêtes montrent que 30 % des jeunes adultes âgés de 15 à 35 ans se déclarent religieux. Cela peut paraître peu, mais ce chiffre semblait avoir considérablement diminué. De plus, les communautés chrétiennes orthodoxes – catholiques, orthodoxes et évangéliques – sont en pleine expansion.
Pourquoi ? Parce que les jeunes recherchent la profondeur et la clarté. Ils ont grandi dans une culture où « chacun a sa propre vérité », mais ils ont constaté que cela les laissait insatisfaits. Ils aspirent à une Vérité qui les dépasse, un fondement solide sur un sol instable. Ils ne veulent pas d'une foi superficielle, mais de la foi authentique. Et ils ont soif de communauté. Dans une culture atomisée et individualiste, une authentique communauté chrétienne rayonne comme une famille. C'est pourquoi les groupes de jeunes, les pèlerinages et les paroisses traditionnelles, fréquentées par de jeunes familles, sont en plein essor. Loin d'être rebutés par une foi exigeante, beaucoup y sont attirés. Ils aspirent au mystère, à la beauté et au défi – et non à une pâle copie de la culture profane.
Nous sommes partis du principe que la crise actuelle est, au fond, spirituelle. Et en effet, les réponses les plus profondes doivent l'être aussi. L'apôtre Paul nous le rappelle dans sa lettre aux Éphésiens : « Car nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les princes, contre les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits mauvais répandus dans l'air. » Autrement dit, le combat le plus profond du chrétien n'est pas contre des êtres de chair et de sang, mais contre les puissances invisibles du mal. Il ne s'agit pas d'une superstition médiévale, mais d'une réalité concrète de la vie chrétienne. Nous vivons, comme l'a dit C.S. Lewis, en territoire ennemi, où les ténèbres rôdent encore malgré la victoire décisive remportée par le Christ sur la croix.
Pourtant, ce combat spirituel paraît étrange, voire irréel, à beaucoup. À notre époque moderne et éclairée, parler de diables et d'anges semble désuet. Le mal est expliqué par la psychologie ou la sociologie, sans intervention surnaturelle. Mais peut-être que ce scepticisme est précisément ce que Satan souhaite. Nous pouvons tomber dans deux pièges opposés concernant le diable : soit nous nions totalement son existence, soit nous développons une obsession malsaine à son sujet. Comme l'observait Lewis dans The Screwtape Letters (Tactique du diable), le diable se réjouit tout autant des deux extrêmes. Le chrétien sage reste vigilant sans hystérie : il reconnaît le mal avec lucidité, sans paranoïa.
Le prince des ténèbres n'est pas l'égal de Dieu. Il n'est pas un anti-dieu éternel, mais un ange déchu – une créature jadis bonne, désormais en révolte. Il est limité. Intelligent et dangereux comparé à nous, certes, mais fini et, en fin de compte, soumis à la puissance de Dieu. Il y a bien une guerre dans l'univers, mais non entre deux dieux égaux. C'est la rébellion d'une créature contre son Créateur. Cette perspective permet d'éviter à la fois la surestimation et la sous-estimation de l'ennemi.
Paul met en garde contre les « ruses du diable ». Ces ruses évoquent la tromperie et la subtilité. Le diable n'apparaît généralement pas avec des cornes et des collants rouges. Son but est de nous éloigner de Dieu, et il y parvient par le mensonge et les tentations déguisées en pensées et humeurs ordinaires.
Avez-vous remarqué avec quelle rapidité votre humeur peut basculer de la foi et de la joie au doute ou au découragement, parfois sans raison apparente ? Une force obscure peut être à l'œuvre, avide d'exploiter ces moments de faiblesse. Le diable connaît nos vulnérabilités. Il murmure : « Ta prière est vaine ; abandonne. » Il réveille de vieux remords pour nous démoraliser. Sa tactique ne consiste généralement pas à renier Dieu ouvertement, mais à éroder progressivement notre confiance en sa bonté.
Prenons l'exemple d'une dispute au sein de l'Église. En apparence, il s'agit d'un simple désaccord humain. Mais bientôt, l'orgueil ou le ressentiment s'insinuent. L'autre personne commence à ressembler à l'ennemi. Les paroles de Paul nous rappellent que cette personne n'est pas le véritable ennemi. Le véritable ennemi rit lorsque les chrétiens se déchirent.
Prenons par exemple les tentations modernes. Souvent, le diable n'a même pas besoin de nous effrayer ; il préfère nous endormir. Il nous noie sous un flot de divertissements, de distractions et de confort, jusqu'à ce que Dieu devienne insignifiant. Grâces soient rendues à Dieu, car il ne nous a pas laissés sans défense. Paul prescrit l'armure de Dieu (Eph 6,13-17). L'image est celle d'un soldat romain, mais les armes sont des vertus spirituelles, non de l'acier. Examinons-les :
• La ceinture de vérité : La ceinture d'un soldat maintenait tout en place. De même, la vérité nous empêche de sombrer dans la confusion. Dans un monde de relativisme et de mensonge, l'honnêteté et l'amour de la vérité sont notre première défense.
• La cuirasse de justice : La cuirasse protège le cœur. La justice désigne à la fois le don de la justification par le Christ et notre intégrité morale.
• Les chaussures de la disponibilité à proclamer l'Évangile de paix : Les chaussures donnent stabilité et mouvement. Notre disponibilité à vivre et à partager l'Évangile nous rend fermes sur nos appuis.
• Le bouclier de la foi : Par la foi, nous éteignons les « flèches enflammées du Malin ». La foi est la confiance dans les promesses de Dieu.
• Le casque du salut : Le casque protège l'esprit. Le salut est notre assurance d'appartenir au Christ et notre espérance de la vie éternelle.
• L'épée de l'Esprit, qui est la Parole de Dieu : La seule arme offensive. « Croyez-vous que je sois venu apporter la paix ? Non, la division. »
Paul ajoute ensuite ce qui donne vie à tous : la prière. La prière est le lien qui nous unit à notre Commandant. Elle nous maintient connectés à son commandement. Sans prière, même la meilleure armure nous laisse isolés.
Ayez le courage d'aller à contre-courant. N'ayez pas honte de l'orthodoxie ni des valeurs « traditionnelles ». Ce sont précisément elles qui donnent de la crédibilité.
Bâtissez des communautés de vrais catholiques. Une paroisse ou une famille où le Christ est véritablement roi est une réponse puissante à la crise du sens. Unissez les communautés.
Le combat n'est pas encore gagné. Mais il n'est pas perdu non plus. L'histoire montre que la Vérité, même étouffée ou oubliée, finit toujours par triompher. Et dans nos heures les plus sombres, la lumière du Christ peut briller de tout son éclat.
Le monde est plein de fous qui disent que les temps sont sombres. Mais moi, je dis : c'est précisément dans les ténèbres qu'une simple bougie – le petit reste – brille le plus fort.
Alors, levons haut la flamme de la foi. Non avec amertume, mais avec joie ; non avec résignation, mais avec espérance. Car le Christ seul est la réponse qui peut transformer la crise. Il est le même hier, aujourd'hui et éternellement.
Parfois, l'armure nous paraît lourde. Parfois, nous nous sentons las. Pourtant, le combat est celui du Seigneur. Notre rôle est de rester fidèles, de prier, de tenir bon. Souvenez-vous : le plus faible des saints, revêtu de l'armure de Dieu, est plus fort que l'enfer. Efforcez-vous de devenir un saint. Si ce n'est pas votre but dans la vie, vous l'aurez gâchée.
Merci de votre attention. Viva Christe Re !"
Mgr Robert Mutsaerts
29/10/2025
Ils ont pu démontrer que Benoît Payan avait méconnu les libertés publiques et porté atteinte aux droits des croyants catholiques.
Tout n’a pas pu être sauvé puisque des représentations du film étaient programmées du 22 au 28 octobre seulement, et que l’audience et l’ordonnance reconnaissant le bon droit des requérants n’ont pu intervenir que le 25 octobre. En pratique, cela ne laissait place qu’à deux projections à la Buzine, dont la première, le 25, n’a pas pu bénéficier d’une publicité correcte, faute de temps mais le symbole est là, et il est fort.
Comme lors de la levée des restrictions excessives imposées au culte catholique au sortir du confinement covid de 2020, où l’AGRIF était au nombre des requérants victorieux, cette association de défense des droits des chrétiens et des français en France est intervenue au soutien de Stéphane Ravier et des réalisateurs.
Stéphane Ravier et les Gunnell soutenus par l’AGRIF devant le tribunal administratif
L’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne (AGRIF) a cette fois agi en soutien des requérants, s’associant à leur démarche et en la soutenant financièrement par la prise en charge de 50 % des frais. Stéphane Ravier, qui s’est fortement mobilisé en faveur du droit de projeter Sacré Cœur comme n’importe quelle autre œuvre cinématographique et sans lui laisser infliger une discrimination anti-chrétienne, a d’ailleurs envoyé ce message à l’AGRIF : « Encore un grand merci pour votre réactivité le soir où nous vous avons appelé à l’aide. Très belle opération ! Elle eut été impossible sans votre généreux engagement. »
En effet, face à de telles décisions de la part des pouvoirs publics, il faut avoir les capacités et aussi les moyens matériels d’intervenir. L’AGRIF, association privée qui ne reçoit pas de subvention de l’Etat, a une fois de plus démontré ici la nécessité de son existence et l’efficacité de ses interventions de diverses natures.
En cette occurrence, c’est un référé-liberté qui a été déposé par l’avocat des requérants, Me Belmont, qui a pu faire reconnaître l’urgence d’obtenir une décision de la part du juge administratif – décision de surcroît favorable, qui joue en faveur des droits des chrétiens en France dans leur ensemble.
Au château de La Buzine à Marseille, on projette bien un film sur le Dalaï-Lama !
Benoît Payan s’était appuyé sur des conseils d’avocats pour censurer cette œuvre artistique portant sur la foi chrétienne qu’est Sacré Cœur. Comme le note le communiqué co-signé par « Marseille d’abord », la formation du sénateur Stéphane Ravier, et l’AGRIF, « étonnamment, la municipalité n’a rien trouvé à redire lors de la projection du film Kundun qui retraçait la vie du Dalaï-Lama, chef spirituel du bouddhisme tibétain ».
Les requérants signalaient également que Sacré Cœur a bel et bien obtenu un visa d’exploitation du Centre national du cinéma (CNC), qui l’autorise à être diffusé dans toutes les salles de France, y compris les 386 salles gérées en régie municipale, comme l’est celle du château de la Busine.
Leur communiqué souligne encore que « ce même maire n’hésite pas à se rendre à des prêches islamiques pour y promettre la construction de nouvelles et plus grandes mosquées ».
Devant le juge administratif de Marseille, l’avocat de la commune a conclu au rejet de la requête de Stéphane Ravier et des époux Gunnell, soutenant que le film était diffusé dans un autre cinéma de la ville et qu’il n’y avait donc pas d’urgence. Aucune liberté fondamentale n’était affectée, prétendait-on, puisqu’il n’y avait pas d’interdiction individuelle ou générale de la diffusion du film.
L’avocat Mendes Constante avançait également que, s’agissant d’un cinéma communal géré en régie directe et constituant un service public local, le principe de neutralité du service public devait s’appliquer, y compris dans le domaine culturel, pour faire obstacle à la diffusion d’un « film confessionnel et prosélyte ».
Le vice-président du tribunal administratif a donné raison aux premiers.
Reconnaître le bon droit de Sacré Cœur, une urgence
Pour ce qui est de l’urgence, le juge a décidé : « Il résulte de l’instruction que la décision en litige a pour effet de déprogrammer une œuvre cinématographique, restreignant ainsi sa diffusion, limitée à un seul autre cinéma à Marseille lors d’une séance unique à la date de la présente ordonnance, avec pour conséquence nécessaire d’empêcher une partie du public d’y avoir accès », alors même que les séances ne peuvent être reportées au château de La Buzine où les séances sont programmées à date précise.
Et de souligner que la commune de Marseille « ne fait état d’aucune circonstance tirée notamment de l’ordre public, susceptible de justifier l’atteinte aux libertés fondamentales invoquées par les requérants ».
Le juge a tout particulièrement tiré argument du devoir de neutralité de l’Etat par rapport aux religions, ce qui comporte notamment le droit de « garantir le libre exercice des cultes ». En outre, l’administration doit « se conformer aux principes d’égalité » et garantir à chacun « un traitement impartial », souligne l’ordonnance de référé.
La commune, dit-elle encore, a simplement le devoir de ne pas marquer de préférence religieuse à l’égard d’un culte donné, ni d’accorder une « subvention directe ou indirecte à une œuvre » au caractère religieux affirmé. Dans le cas de Sacré Cœur, note le juge, les conditions tarifaires pratiquées pour accéder à l’œuvre ne présentent aucune particularité.
Par conséquent, même si le maire de Marseille, Benoît Payan, n’a pas prononcé d’interdiction générale ou particulière à la diffusion de ce film, souligne le juge, « il a porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d’expression et à la liberté de création et à la liberté de diffusion artistique, libertés fondamentales » selon le code de justice administrative. Savourez ces mots : pour une fois ils sont prononcés au service du vrai, du bien et du beau.
Et savourez encore ceux-ci, par lesquels le juge ordonne la reconnaissance des droits de Sacré Cœur :
« Article 1er : L’exécution de la décision du maire de Marseille annulant les projections du film “Sacré-Coeur” au cinéma du château de La Buzine est suspendue.
« Article 2 : Il est enjoint au maire de Marseille d’autoriser la projection du film “Sacré-Coeur” au cinéma du château de La Buzine telle qu’elle avait été initialement programmée, à compter de la notification de la présente ordonnance et jusqu’au 28 octobre 2025. »
Le tribunal administratif reconnaît le devoir de garantir les droits des chrétiens
Pendant ce temps, le beau film sur le message du Sacré Cœur à sainte Marguerite Marie Alacoque et son appel à reconnaître l’amour que porte à la France le Christ crucifié poursuit son étonnant chemin en France. Le nombre de salles où il est projeté ne cesse de progresser, atteignant à l’heure d’écrire 467 séances à travers le pays. Et l’aventure semble devoir continuer. Qui l’eût cru ?
Lundi matin, Sacré Cœur avait déjà fait près de 250.000 entrées. Il pourrait, dit-on, dépasser les 400.000 au box office, ce qui serait plus qu’un exploit, puisque la plus grande partie des films qui sortent en France ne dépassent guère les 200.000 spectateurs en salles. C’est un succès contre vents et marées, un succès porté certes par l’adversité et par les tentatives de bâillonnement, comme le refus de la SNCF et de la RATP de faire de la publicité à ce film – l’affaire de Marseille a certainement aussi aidé – mais un succès qui dit avant tout autre chose.
Il crie à la face du monde que nous avons besoin d’amour et d’espérance, que cette espérance et que cet amour ont un nom et un visage, et surtout un Cœur qui bat, et qui veut ouvrir, autant que faire se peut, les portes du Ciel aux pauvres créatures que nous sommes.