Le blog du Temps de l'Immaculée.
23/10/2025
L’anglicanisme se divise : huit anglicans sur dix rompent leurs relations avec Canterbury après l’élection de la première femme à la tête de l’Église.
Dans la pratique, cela signifie que le GAFCON agira désormais comme le centre mondial de facto de l’orthodoxie anglicane. Il prévoit de former un nouveau Conseil des primats et d’élire un leader qui présidera le groupe, lequel servira de primus inter pares (premier parmi ses pairs) au sein de cette communion reconstituée.
Le monde anglican a pris conscience d’une rupture historique lorsque la Conférence mondiale sur l’avenir anglican (GAFCON) a officiellement rompu ses liens avec Canterbury et l’Église d’Angleterre, déclarant qu’elle ne pouvait plus « rester en communion avec ceux qui ont abandonné la Parole infaillible de Dieu comme leur autorité ultime ».
La déclaration, publiée le 16 octobre et signée par l’archevêque Laurent Mbanda du Rwanda, président du GAFCON et primat de l’Église anglicane du Rwanda, marque la fracture la plus décisive de l’anglicanisme depuis sa naissance au XVIᵉ siècle. Avec cette déclaration, les Églises membres du GAFCON, qui représentent environ 80 % des anglicans dans le monde, ont redessiné la carte de l’anglicanisme mondial.
Au cœur du conflit se trouve la récente élection de Sarah Mullally par l’Église d’Angleterre comme première archevêque de Canterbury. Cette décision a été saluée à Londres comme une avancée historique vers l’inclusion, mais condamnée par de nombreux anglicans en Afrique, en Asie et en Amérique latine comme une capitulation face aux pressions culturelles séculières. «Ce choix abandonne les anglicans du monde entier, a déclaré Mbanda au début du mois, en nommant une dirigeante qui divisera encore davantage une communion déjà divisée. »
Aujourd’hui, le GAFCON a mis sa menace à exécution. Son communiqué rejette non seulement l’archevêque de Canterbury en tant qu’« instrument de communion », mais renonce également à participer à toutes les structures anglicanes mondiales traditionnellement liées à cette fonction: la Conférence de Lambeth, le Conseil consultatif anglican et la Réunion des primats. «Ces organismes, affirme la déclaration, ont cessé de défendre la doctrine et la discipline de notre foi. »
À la place, le GAFCON annonce une réorganisation audacieuse de l’identité anglicane : « Nous sommes désormais la Communion anglicane mondiale. »
Fondé en 2008 à Jérusalem comme mouvement d’« anglicans confessants », le GAFCON est né en réponse à ce que ses membres percevaient comme une dérive morale et théologique de l’Église d’Angleterre et de l’Église épiscopale des États-Unis, en particulier sur les questions de sexualité, de genre et d’autorité biblique. Depuis ses débuts, le slogan du mouvement était le repentir : un appel aux dirigeants anglicans ayant embrassé la théologie révisionniste à revenir à l’autorité des Écritures. Cet appel, selon le GAFCON, est resté ignoré pendant près de deux décennies.
Le manifeste du groupe, intitulé L’avenir est arrivé, réaffirme que le seul fondement authentique de la communion est « l’Écriture sainte : traduite, lue, prêchée, enseignée et à qui l’on obéit dans son sens simple et canonique, fidèle à la lecture historique et consensuelle de l’Église ».
Division au sein de l’anglicanisme
Concrètement, cela signifie que le GAFCON agira désormais comme le centre mondial de facto de l’orthodoxie anglicane. Il prévoit de former un nouveau Conseil des primats et d’élire un leader qui présidera le groupe, lequel servira de primus inter pares au sein de cette communion reconstituée. La première réunion organisationnelle est prévue pour mars 2026 à Abuja, au Nigeria.
La portée mondiale du GAFCON est impressionnante. Ses provinces membres s’étendent à travers toute l’Afrique, du Nigeria au Kenya et à l’Ouganda, en passant par le Soudan, le Rwanda et la République démocratique du Congo, et comprennent des Églises en pleine expansion en Asie, en Amérique latine et dans le Pacifique. Ensemble, elles représentent près de 49 millions d’anglicans. En Occident, il a également inspiré une constellation de congrégations et de réseaux dissidents, notamment aux États-Unis, en Europe et en Australie, formés par des anglicans qui rejettent les politiques progressistes sur le mariage, la sexualité et l’ordination.
La division n’est pas seulement théologique, mais aussi ecclésiologique. Le GAFCON insiste sur le fait qu’il n’abandonne pas l’anglicanisme, mais qu’il le récupère, en restaurant ce qu’il appelle la « structure originale » de la communion : une communauté de provinces autonomes soumises non pas à la bureaucratie institutionnelle, mais aux formulaires de la Réforme — les Trente-neuf Articles, le Livre de prière commune et l’Ordinal. Dans cette vision, Canterbury n’est plus le centre spirituel de l’unité anglicane, mais simplement une province parmi d’autres.
Pour l’Église d’Angleterre, cette rupture est un coup dur tant sur le plan symbolique que pratique. L’archevêque de Canterbury, historiquement reconnu comme primus inter pares parmi les primats anglicans, a toujours été une référence morale et spirituelle. Avec le retrait du GAFCON, ce centre moral se déplace vers le Sud — à Lagos, Kampala, Kigali et Nairobi — où l’anglicanisme reste dynamique et en pleine croissance.
Les implications dépassent les frontières anglicanes. Cette décision souligne un réalignement plus large au sein du christianisme mondial, où la croissance démographique et l’autorité théologique migrent vers le Sud. Pour de nombreux observateurs, elle reflète des tensions visibles depuis longtemps dans d’autres traditions chrétiennes : la lutte pour trouver un équilibre entre l’adaptation culturelle et la fidélité doctrinale.
Pendant ce temps, le Vatican observera attentivement la situation. En 2009, le pape Benoît XVI a créé les ordinariats personnels, des juridictions spéciales pour les anglicans souhaitant entrer en pleine communion avec l’Église catholique tout en conservant leur héritage liturgique. Cependant, ces ordinariats sont restés modestes — à peine 5 000 membres dans trois régions. La déclaration du GAFCON confirme que la majorité des anglicans conservateurs préfèrent réformer l’anglicanisme de l’intérieur plutôt que de traverser le Tibre.
Il n’est pas certain que l’affirmation du GAFCON selon laquelle il représente « la véritable Communion anglicane » soit reconnue par d’autres. Mais ses dirigeants sont convaincus que l’histoire — et les Écritures — sont de leur côté.
« La restauration de notre communion bien-aimée est désormais entre nos mains », a déclaré Mgr Mbanda. « Nous existons, nous résistons et nous sommes prêts à diriger. »
22/10/2025
Comme pour chaque vidéo, vous pouvez trouver sur notre site un article plus détaillé, pour vous permettre d’approfondir les différents thèmes de notre épisode : https://claves.org/lencensement-de-la...
Dans cette vidéo, après les prières au bas de l’autel, nous poursuivons le déroulé de la messe en approfondissant l’origine et le sens des encensement de l’autel et de l’Introït, l’antienne qui accompagne la montée à l’autel du prêtre. Nous parlerons de la doxologie (le Gloria Patri) qui termine ce chant en exprimant la gloire du Dieu un et trine, d’une importance dogmatique et historique majeure, notamment face aux hérésies concernant la Sainte Trinité.
Nous remercions :
Alexandre Manzaroli et Aurélien Fillola pour le conseil, le tournage et la réalisation de l’ensemble des vidéos de la série.
Le monastère Notre-Dame de l’Annonciation (Le Barroux) pour la possibilité d’utiliser ses magnifiques mélodies grégoriennes.
La chorale de la Basilique Notre-Dame de Fribourg pour ses enregistrements de grande qualité.
Bon visionnage et à très vite, pour une nouvelle vidéo de “La Messe, trésor de la foi”.
21/10/2025
Loin de rassurer ou de confirmer les craintes habituelles, son analyse, froide et méthodique, propose un diagnostic encore plus complexe, et peut-être plus inquiétant. Cet article distille les cinq points les plus surprenants et percutants de son intervention, qui bousculent les idées reçues sur l'avenir du pays.
1. Oubliez la "guerre civile", ce qui nous attend est une "confrontation interne"
Pour Pierre Brochand, le terme "guerre civile" est inadéquat pour décrire la situation. Il explique qu'une guerre civile, historiquement, oppose des factions "autochtones" pour le contrôle du pouvoir. Or, selon lui, le conflit qui se dessine en France est fondamentalement "importé".
Il soutient que la violence politique et sociale entre les citoyens "de souche" n'est plus une réalité. Pour ces derniers, les grands conflits idéologiques sont terminés, au sens où l'entendait le philosophe Francis Fukuyama : leurs différends se règlent désormais dans les urnes, sans basculer dans l'affrontement. Il préfère ainsi parler de "confrontation interne", une situation hybride où la géopolitique pèse autant que la politique, brouillant les lignes entre un conflit civil et une guerre étrangère, alimentée par la persistance des cultures d'origine à travers les générations.
Nos immigrés sont entrés avec de lourds bagages culturels, religieux, historiques, qu’ils n’ont pas abandonnés à la frontière.
2. Le vrai clivage : une France fracturée en quatre groupes distincts
L'analyse de Brochand met en lumière une société qui n'est plus unifiée, mais fragmentée en quatre blocs aux intérêts et aux perceptions radicalement différents. Cette division explique en grande partie l'incapacité du pays à formuler une réponse cohérente à la crise.
• "Ceux venus d’ailleurs" : Constituant 25 à 30% des résidents, ce groupe se décompose en trois strates. Une petite minorité (5-10%) est "assimilée". Une part plus importante (30-40%) est "intégrée", ce que Brochand qualifie de "CDD" : un respect de la loi en échange de l'emploi, mais chacun conserve sa culture. Le reste, soit la moitié, "flotte de la non-adhésion à la haine".
• "Ceux d'en haut" : Il s'agit d'une minorité vivant dans les métropoles, largement protégée des chocs culturels. C'est elle qui promeut et diffuse l'idéologie du "laissez passer, laissez tomber", considérant l'ouverture sans limites comme l'aboutissement de la civilisation.
• "Ceux d'en bas" : Formant la majorité silencieuse du pays (65-70%), ce groupe est directement et quotidiennement confronté aux conséquences de l'immigration de masse. Il exprime poliment son désaccord dans les urnes, mais son message n'est pas entendu par les élites.
• Les forces de l’ordre : Quatrième acteur, ce groupe détient le monopole de la violence légitime mais se trouve de plus en plus contraint. D'une part par des restrictions budgétaires qui le menacent de saturation, d'autre part et surtout par le cadre juridique de l'"État de droit", qui a supplanté l'ancien "État régalien" et limite sa capacité d'action.
Cette fragmentation profonde rend tout diagnostic commun et toute action concertée quasiment impossibles.
3. La démographie est l'accélérateur décisif hors de contrôle
Au cœur du raisonnement de Pierre Brochand se trouve un facteur qu'il juge implacable : la démographie. Il la qualifie d'"indicateur le plus fiable des temps futurs", car elle dessine une trajectoire lourde que les discours politiques ne peuvent masquer.
Le concept clé est celui du "chassé-croisé" démographique. Selon ses projections, ce mouvement, alimenté par une immigration de masse et des taux de natalité très différents, mènera inéluctablement à une "inversion de majorité, ethnique et religieuse" en France bien avant la fin du siècle. Ce changement n'est pas qu'une question de chiffres ; il entraîne une transformation qualitative de la société.
Brochand introduit ici la notion de "masse critique". Il explique qu'au-delà d'un certain seuil quantitatif, les mécanismes d'intégration, qui fonctionnaient pour des flux plus faibles et culturellement plus proches, cessent d'opérer. Dans les quartiers où ce seuil est dépassé, les caractéristiques des pays de départ (incivisme, intolérance, organisation clanique) se généralisent et remplacent la norme française. Pour lui, il est certain que ce "chamboulement annoncé par l'arithmétique ne peut se dérouler sans convulsions".
4. Notre calme apparent n'est qu'une illusion entretenue par des "sédatifs"
Si la confrontation n'a pas encore éclaté de manière généralisée, c'est parce que plusieurs "freins" maintiennent une paix sociale précaire. Brochand prévient cependant qu'il ne s'agit que d'"expédients temporaires visant à reculer pour mieux sauter".
• L'évitement : Le premier mécanisme est la ségrégation géographique. Chacun "vote avec ses pieds" pour éviter le contact : les "ceux d'en haut" se réfugient dans les centres-villes gentrifiés, les "ceux d'en bas" dans la France périphérique, et les "ceux d'ailleurs" se concentrent dans les banlieues.
• Les arrangements : À tous les niveaux, de l'État aux mairies, des "concessions unilatérales" sont faites pour acheter la paix sociale. Ces compromissions visent à calmer les tensions immédiates sans jamais traiter la racine du problème.
• La passivité des "natifs d'en bas" : Bien que majoritaires et mécontents, leur opposition s'exprime dans l'isoloir mais jamais dans la rue. Brochand identifie plusieurs "sédatifs" qui endorment leur capacité de réaction : la société de consommation, la manipulation par la peur (climat, épidémies) et la culpabilité (passé colonial), le divertissement de masse, et surtout le prix démesuré que l'individu accorde à sa propre vie biologique, le rendant incapable d'envisager le moindre risque physique.
5. L'État est volontairement impuissant face au chaos
Le point le plus contre-intuitif et peut-être le plus glaçant de l'analyse de Brochand concerne le rôle de l'État. Il soutient que l'État français n'est pas simplement dépassé, mais qu'il s'est volontairement rendu impuissant.
Le paradoxe central réside dans le passage d'un "État régalien", dont la mission était de défendre la nation et son peuple, à un "État de droit" moderne. Ce dernier, en se concentrant sur la protection absolue des droits fondamentaux de chaque individu — y compris, précise-t-il, les "étrangers et malfaisants" — a complètement désarmé la puissance publique. L'État ne peut plus défendre les droits collectifs du peuple français (sécurité, pérennité culturelle) car ils entreraient en conflit avec les droits individuels de ceux qui les menacent.
Sous la forme de l’État de droit, l’État régalien n’est plus que l’ombre de lui-même.
Cette situation mène à ce que Brochand nomme une "quadrature du cercle" : "une société qui se veut ouverte mais ne peut se perpétuer que fermée à ceux qui ne partagent pas sa xénophilie". Autrement dit, pour survivre, notre modèle devrait se protéger de ceux qui, profitant de son ouverture, refusent ses règles fondamentales. Mais le système juridique qu'il a lui-même mis en place le lui interdit.
Conclusion
Le tableau dressé par Pierre Brochand n'est pas celui d'une explosion soudaine, mais d'un processus quasi volcanique. Il décrit une dégradation lente et continue du tissu social, un magma de tensions souterraines qui s'accumulent et donnent lieu à des éruptions de violence de plus en plus fréquentes et intenses. Si rien ne change, la trajectoire semble inéluctable.
Sa mise en garde finale est sans appel. Si la France, par confort ou par aveuglement, persiste à céder au "biais de normalité" en croyant que les choses finiront par s'arranger d'elles-mêmes, alors "nous ne préparons pas à nos descendants des lendemains qui chantent".
Face à un diagnostic d'une telle sévérité, posé par un homme qui fut au cœur du pouvoir, une question demeure : comment continuer à ignorer les secousses qui annoncent le séisme ?
21/10/2025
Reprenant le fil rouge de ses « Litanies de l’humilité », bien connues, Léon XIV a dressé un portrait véritablement élogieux de ce grand homme d’Eglise qui a vécu « dans la fidélité à l’Evangile et la liberté d’esprit » (comprendre : la liberté par rapport au monde).
Son prédécesseur, François, avait lui aussi beaucoup parlé de l’humilité, cette vertu « qui sauve l’homme », en route vers le Ciel… Mais, exactement comme ce qu’a dit Roberto de Mattei de la pauvreté dans Dilexi te, cité ici par Jeanne Smits, « l’approche n’est pas la même ». Dans ce discours, Léon XIV semble faire sienne la conviction du cardinal Merry del Val : l’homme n’est vraiment humble qu’en tant qu’il sert d’outil à la Vérité. C’est en ce sens qu’il fut foncièrement anti-libéral. Si l’hommage du pape est, en soi, justifié, il détonne en des temps si troublés.
L’hommage à celui qui ne souffrit aucune « compromission »
A un cardinal qui l’interrogeait sur les raisons pour lesquelles il avait choisi un Secrétaire d’Etat aussi jeune (Rafael Merry del Val avait 38 ans), Pie X qui venait d’être élu répondit : « Je l’ai choisi parce qu’il est polyglotte : né en Angleterre, éduqué en Belgique, espagnol de nationalité, il a vécu en Italie ; fils de diplomate et diplomate lui-même, il connaît les problèmes de tous les pays. Il est très modeste, il est un saint. Il vient ici tous les matins et m’informe de toutes les questions du monde. Je ne dois jamais lui faire une observation. Et puis, il n’a pas de compromissions. »
Ces mots résument parfaitement la personne de Rafael Merry del Val, cet aristocrate né de père espagnol et de mère irlandaise, qui n’avait jamais aspiré à mener la vie qui fut la sienne au cœur même du Vatican, mais trouva « dans l’obéissance la perfection de sa vocation », comme l’a si bien dit Roberto de Mattei. L’œuvre d’apostolat dont il rêvait (il fut néanmoins très présent pour les jeunes du Trastevere) fut consacrée à l’Eglise et à la préservation de sa doctrine – sans « compromission » aucune.
Une autre manière de s’occuper de ces âmes pour lesquelles il voulait tout donner. Léon XIV rappela que le cardinal ne voulut voir qu’une seule inscription sur sa tombe, aujourd’hui dans la crypte de Saint-Pierre, à savoir sa devise épiscopale : Da mihi animas, cetera tolle, donne-moi les âmes, prends tout le reste. Les voies de Dieu ne sont pas toujours, et même pas souvent les nôtres.
« L’une des figures les plus marquantes de la diplomatie papale du XXe siècle » (Léon XIV)
Le parcours curial du cardinal Rafael Merry del Val fut des plus rapides. Ordonné prêtre à 23 ans, il est nommé camérier secret participant à 26 ans, puis délégué apostolique au Canada à 31 ans, archevêque à 34 ans, cardinal à 38 ans, enfin archiprêtre de la basilique Saint-Pierre à 48 ans et secrétaire du Saint-Office à 49 ans. « Sa jeunesse, cependant, ne constitua pas un obstacle, car l’histoire de l’Eglise enseigne que la véritable maturité ne dépend pas de l’âge, mais de l’identification à la mesure de la plénitude du Christ » rappela Léon XIV.
C’est lui qui fut chargé par le pape Léon XIII d’examiner la validité des ordres anglicans : la bulle papale Apostolicae curae de 1896 déclara, in fine, les ordinations anglicanes « absolument nulles et non avenues ». Lors de la crise de 1905, en France, il orienta et soutint la position de Giuseppe Sarto, devenu le pape Pie X, qui refusa tout net que les biens de l’Eglise soient gérés par des associations dites cultuelles : la France perdait d’un seul coup tout son patrimoine, mais recouvrait par là-même sa pleine liberté, son indépendance vis-à-vis du pouvoir et de la politique dans laquelle elle baignait depuis trop longtemps. Il s’investira également contre la laïcisation de l’enseignement sous la IIIe République et invitera l’épiscopat français à lutter pour une école libre, à savoir catholique.
Quant à la lutte contre le modernisme, il en fut un des fleurons, sans qu’il soit aisé de dissocier son œuvre de celle de saint Pie X dont il fut le fils et l’ami, comme il l’écrivit plus tard, durant onze années. Comme lui, il percevait la grave crise de la foi qui pouvait en résulter. Et en 1907, l’encyclique Pascendi Dominici gregis était publiée qui définissait le modernisme comme « la synthèse de toutes les hérésies », parce qu’elle dissolvait le dogme dans l’expérience personnelle : le fils préféré du libéralisme. Les prêtres Alfred Loisy et George Tyrrell, instigateurs du mouvement, furent excommuniés.
La vie du cardinal Merry de Val : « un trésor de témoignage chrétien » pour le pape
Intégralisme ? Autoritarisme ? Il apparaît qu’à ce combat difficile, le cardinal ait toujours lié une pratique profonde de la vertu d’humilité. Léon XIV cite ses Litanies que son auteur récitait chaque jour : « Du désir d’être estimé (…) Du désir d’être consulté (…) De la peur d’être humilié (…) Du désir d’être approuvé… délivre-moi, ô Jésus ! » « La véritable autorité ne repose ni sur les fonctions ni sur les titres, mais sur la liberté de servir, même loin des projecteurs », continue le pape. Or la liberté, c’est le Bien, c’est la Vérité. Pas d’humilité sans Vérité.
« La fécondité de la vie chrétienne ne dépend pas de l’approbation humaine, mais de la persévérance de ceux qui, unis au Christ comme le sarment à la vigne, portent du fruit en leur saison », nous dit le pape, soit de leur adéquation avec l’approbation divine, signifiée dans la doctrine et la Tradition qui nous ont été léguées. L’exemple du cardinal Merry del Val, a déclaré le pape Léon XIV, devrait inspirer ceux qui servent l’Eglise « à unir vérité et charité, prudence et audace, service et humilité, afin qu’en tout seul le Christ resplendisse ».
On est loin de « l’humilité sociale » défendue par le pape François, qui prônait au Brésil, en 2013, « la culture du dialogue » aussi bien entre personnes qu’entre grandes traditions religieuses. Elle ne doit pas devenir le prétexte d’un abaissement pour l’Eglise et son message. Mourir à soi-même et magnifier le Christ, à travers l’Eglise, ce sont les deux pendants d’un seul et même mouvement.
Le pape Léon XIV aurait-il perçu et voulu montrer cette précieuse nuance ? En posant ces mots, il réhabilite en tous les cas une figure largement décriée par les tenants du libéralisme qui a fait et fait encore des ravages dans l’Eglise. Son dossier de béatification, ouvert en 1953, une grosse décennie après sa mort, est évidemment resté lettre morte.
Clémentine Jallais dans RITV
20/10/2025
Cependant, peu à peu, il fut mis en face de ses exigences doctrinales et finit par se convertir au catholicisme en 1903 avant d’être ordonné prêtre en 1904 à Rome.
Cette conversion fit évidemment beaucoup de vagues car il n’était pas neutre que le fils d’un primat anglican joignît ainsi l’Église romaine, ennemie héréditaire depuis le schisme d’Henry VIII. Il fut souvent comparé à John Henry Newman intégrant l’Église à la suite du mouvement d’Oxford. Prêtre catholique, il devint aumônier de l’université de Cambridge et poursuivit son œuvre littéraire tout en étant très apprécié comme prédicateur malgré un bégaiement et une voix frêle.
Contes, apologétique…
Son œuvre est importante et composite car il rédigea aussi bien des contes pour enfants que des histoires d’horreur, des pièces de théâtre, des ouvrages apologétiques, – dont le récit de sa conversion, Confessions d’un converti – et, bien sûr de nombreux romans et récits de « science-fiction ». Il serait préférable de regarder ces derniers comme des écrits apocalyptiques et des méditations sur la place de l’Antéchrist dans le monde contemporain car son souci est d’ordre spirituel. De tels ouvrages sont généralement incompris des autorités ecclésiastiques de tous les temps, mais les Anglais, anglicans ou catholiques, sont doués pour cette forme de littérature. Il suffit de penser à L’Antichrist de Newman encore anglican, mais aussi aux fresques grandioses de C. S. Lewis et de Tolkien. Dans ce domaine, les deux livres essentiels de Benson sont bien sûr Le Maître de la terre (1907) et La Nouvelle aurore (1911).
Avènement de l’Antéchrist
Le premier est le plus célèbre, inaugurant les romans dystopiques, mettant en scène l’avènement de l’Antéchrist comme un dirigeant international charismatique réussissant à prêcher la paix et l’amour universels tout en soumettant tous les peuples tandis que des armes de destruction massive font leur apparition ainsi que les bombardiers décimant les populations civiles, que les voyages entre continents se réalisent en avion, les déplacements sur des autoroutes et que l’euthanasie s’impose comme monnaie courante et obligée. L’Église catholique devient la proie de persécutions externes et d’attaques internes, tandis que les dénominations anglicane et protestantes sombrent, emportées par la sécularisation et l’athéisme. Il fut très influencé par les écrits utopistes du socialiste Claude-Henri de Rouvroy de Saint-Simon qui parle de la société française déchristianisée dans les décombres de la Révolution. Benson écrit dans une note introductive que son ouvrage est « une parabole, illustrant la crise religieuse qui, suivant toute vraisemblance, se produira dans un siècle, ou même plus tôt encore, si les lignes de nos controverses d’aujourd’hui se trouvent prolongées indéfiniment ; […] car celles-ci ne peuvent manquer d’aboutir à la formation de deux camps opposés, le camp du Catholicisme et le camp de l’Humanitarisme, et l’opposition de ces deux camps, à son tour, ne peut manquer de prendre la forme d’une lutte légale, avec menace d’effusion de sang pour le parti vaincu ». Un humanisme remplaçant de force toutes les religions pour procurer un bien-être sous contrôle politique, avec, comme pièce maîtresse, l’euthanasie, pinacle du progrès et de la compassion… N’y entrons-nous pas à petits pas ?
Le Maître de la terre, Robert-Hugh Benson, Pierre Téqui éditeur, septembre 2024, 384 pages, 9 €.
par le Père Jean-François Thomas s.j. dans France Catholique
20/10/2025
Le démenti du Saint-Siège
L'article du Figaro met les choses au clair en rapportant le démenti officiel du Vatican. La salle de presse a dû intervenir pour corriger ce qu'elle qualifie d'« interprétation erronée ». L'origine de la confusion ? Une interview accordée par le vice-préfet de la bibliothèque, le Père Giacomo Cardinali, au quotidien italien La Repubblica.
Ce qui a été dit vs. la réalité
Interrogé sur l'accueil de chercheurs d'autres religions, le Père Cardinali avait répondu : « évidemment, quelques chercheurs musulmans nous ont demandé une salle avec un tapis pour prier, et nous leur avons donné... »
C'est cette phrase qui a été interprétée comme la création d'une salle de culte dédiée et permanente. Or, le Vatican a précisé qu'il s'agissait du prêt occasionnel d'une petite pièce – qualifiée de « petit salon » – et non d'un « lieu de culte aménagé ou une salle de prière » permanente.
Cette information traitée sur le Figaro du 17 octobre par JM Guénois et G. Marion a suscité un grand nombre de commentaires qui révèlent une dichotomie entre :
1- Le démenti officiel du Vatican (la version formelle : un "petit salon prêté occasionnellement" et non une "salle de prière permanente aménagée").
2-L'interprétation des lecteurs (la version perçue comme jésuitique : la demande a été faite, elle a été accordée, donc une salle de prière a de facto été mise à disposition, peu importe le nom qu'on lui donne ou la fréquence d'utilisation).
L'article du Figaro rapportait la position officielle. Les commentaires, eux, révèlent la perception d'un lectorat qui ne s'en laisse pas conter ! La lecture rapide des commentaires est souvent aussi instructive que l'article lui-même !
18/10/2025
Ce spécialiste de l’Islam parle non seulement de la spécificité du christianisme et de sa radicale nouveauté mais aussi de ses différences avec les autres religions. Véritable « scoop », l’invité du Club des Hommes en noir montre la proximité entre islam et philosophie des Lumières !…
18/10/2025
Avec cette vidéo, nous entrons enfin directement dans la messe. Nous évoquerons dans un premier temps la procession et le rite de l'aspersion qui introduisent la messe du dimanche, leurs origines et leurs sens.
Nous dirons ensuite un mot sur les différents formats de messe (messe papale, messe pontificale, messe basse…), avant d’entrer dans le cœur du sujet de cette vidéo : les prières au bas de l’autel. Véritable développement du geste antique de prostration, le prêtre et les fidèles s’y humilient, en reconnaissant leur petitesse et en confessant leurs péchés, mais y laissent aussi éclater leur joie de se préparer à célébrer le sacrifice qui les unit à Dieu. Nous détaillerons les origines de ces prières et de ces gestes, afin de mieux comprendre leur signification spirituelle.
Pour aller plus loin, retrouvez notre article en lien avec cette vidéo sur notre site www.claves.org : https://claves.org/entrer-dans-la-mes...
17/10/2025
La Révolution, un «Récit Fondateur Macabre»
L'auteur commence par commémorer la «décapitation de [son] aïeule la Reine Marie-Antoinette» et dénonce, en faisant référence à la cérémonie d'ouverture des J.O., le fait que les assassinats du Roi et de la Reine servent encore de «moments fondateurs» et d'«actes paroxystiques pour un peuple soi-disant régénéré». Il pointe le paradoxe de vouloir «faire peuple [...] autour de cet acte : l’assassinat d’une mère, d’une femme, d’une personne d’origine étrangère» à notre époque.
Il critique également les gouvernants qui, tout en honorant des figures comme Robert Badinter, semblent «s’enorgueillir de la suppression de la peine de mort» et s'accrochent à une «culture de la mort (euthanasie, avortement), à des souvenirs de destruction» plutôt que d'évoquer «des figures inspirantes, des moments de grandeur ou des références communes qui ont fait la grandeur et la noblesse de notre pays».
Une Révolution Inachevée et Destructrice
Pour Louis de Bourbon, l'œuvre révolutionnaire est encore à l'œuvre. Il affirme avec force que «La Révolution n’est pas finie». Il y voit une volonté persistante de «détruire, veulent encore saccager, veulent encore purifier notre pays de ses racines», citant en exemple «la laïcisation du calendrier scolaire, les luttes récentes autour des croix, la destruction de notre patrimoine religieux». Ces actions, selon lui, visent à effacer «tout ce qui a fait l’unité des peuples de France».
Retrouver l'Unité par le «Beau et le Bon»
En conclusion, le prétendant propose de «briser ce cycle» de divisions et de destructions. Il exhorte les Français à «Retrouver le chemin de l’unité, retrouver la culture de ce qui fédère par le beau et le bon». L'objectif est de puiser dans l'histoire ce qui est «vivificateur, d’inspirant et de pacificateur» afin d'affronter sereinement l'avenir.
Il suggère qu'il est peut-être temps de «retrouver le chemin d’un régime source d’unité, en paix avec son passé, et solidement arrimé à l’histoire millénaire de la France» pour faire face aux «épreuves actuelles». En somme, sa tribune est un plaidoyer pour une réconciliation nationale qui passe par la réécriture du récit historique, en se détachant des figures et des événements révolutionnaires qu'il juge fondateurs de divisions.
17/10/2025
Les divisions partisanes profondément ancrées aux États-Unis ont récemment pris une tournure violente. Les affiliations politiques révèlent des visions contradictoires de l'avenir du pays et, de plus en plus, de la vie humaine elle-même.
La liberté est-elle absolue et doit-elle progresser quelles qu'en soient les conséquences ? Ou existe-t-il des vérités et des biens fondamentaux qui doivent être préservés et respectés ?
Nous parlons souvent de la division fondamentale entre ces positions générales de droite et de gauche, de conservatrice et de libérale, comme étant uniquement politique, sans réaliser le lien catholique surprenant avec leur origine.
Il est courant d'entendre les catholiques s'opposer à l'utilisation d'étiquettes droite-gauche et conservatrices-libérales dans l'Église. Néanmoins, il est impossible de nier l'existence de factions qui se sont largement développées dans ce sens. Les factions ne sont pas nouvelles, bien sûr, comme l'a clairement expliqué saint Paul aux Corinthiens : « D'abord, lorsque vous vous réunissez en Église, j'apprends qu'il y a des divisions parmi vous ; et je le crois en partie, car il faut qu'il y ait des divisions parmi vous, afin que soient reconnus parmi vous les véritables » (1 Co 11, 18-19). Les controverses sur la doctrine, la liturgie et la morale tendent à diviser en deux factions principales, et les étiquettes conservatrices et libérales reflètent, de manière généralement précise, les positions de préservation ou d'innovation.
Les divisions contemporaines au sein de l'Église, bien que différentes des camps politiques, convergent souvent de manière surprenante. Cette réalité a récemment pris le devant de la scène lorsqu'une figure majeure du camp catholique progressiste, le cardinal Blaise Cupich, a suscité une vive controverse en cherchant à honorer un homme politique démocrate, le sénateur Dick Durbin, auteur d'un long historique de soutien à l'avortement. En revanche, les ecclésiastiques engagés dans la défense de la vie humaine, du mariage et de la liberté religieuse trouvent souvent des alliés au sein du Parti républicain. D'ailleurs, trois évêques américains siègent actuellement à la Commission sur la liberté religieuse du président Trump. Compte tenu des dynamiques internes et externes à l'Église, les distinctions « gauche-droite » ou « libéral-conservateur » ne doivent pas être écartées comme inapplicables ou hors de propos.
Les étiquettes politiques « droite » et « gauche » remontent à la Révolution française, notamment à l'Assemblée nationale, où les représentants se plaçaient à droite ou à gauche du président de l'Assemblée, selon qu'ils soutenaient les droits du roi (la droite), la position de la majorité des catholiques, ou l'abolition de la monarchie (la gauche) et, par conséquent, les droits de l'Église. Après la chute du roi, ceux qui étaient considérés comme de droite étaient favorables à une restauration de l'Ancien Régime, tandis que la gauche continuait de prôner une libéralisation accrue de la société selon des principes républicains ou démocratiques.
Cette division politique avait une énorme signification religieuse, car un camp avançait la notion française de laïcité (la suppression de tout rôle public de l'Église) et la légalisation du divorce, tandis que l'autre cherchait à restaurer l'union du trône et de l'autel.
Après la Révolution française, les papes ont soutenu la restauration des monarques catholiques et ont même sanctionné les prêtres qui prônaient la démocratie. Le concile Vatican II, cependant, a permis une réhabilitation des catholiques affichant des positions associées au libéralisme politique en favorisant une plus grande ouverture au monde moderne. Vatican II a largement enterré la traditionnelle division droite-gauche entre catholiques, qui avaient soutenu soit la restauration de la monarchie, soit la démocratie moderne (bien que le mot « démocratie » n'apparaisse pas dans ses documents).
Le clivage droite-gauche des dernières décennies se situe désormais principalement entre ceux qui soutiennent les valeurs traditionnelles de la démocratie moderne (la nouvelle droite) et ceux qui continuent à pousser la révolution contre toute forme d’autorité et de moralité traditionnelles (la nouvelle gauche).
Vatican II a cependant créé une nouvelle forme de clivage droite-gauche, assez liée à l'usage antérieur. D'un côté, on trouve le mouvement conservateur ou traditionaliste, qui met l'accent sur la continuité avec la tradition de l'Église antérieure au Concile, notamment en ce qui concerne la liturgie. De l'autre, les progressistes mettent l'accent sur l'ouverture à la culture moderne, façonnée par la démocratie moderne et son attachement à la liberté.
Le pape Benoît XVI avait sa propre manière de caractériser deux herméneutiques (interprétations) concurrentes de Vatican II, caractérisées d'une part par « la discontinuité et la rupture », qui « ont souvent bénéficié de la sympathie des médias, ainsi que d'un courant de la théologie moderne ». D'autre part, il identifie une « herméneutique de la réforme », caractérisée par « le renouveau dans la continuité de l'unique sujet-Église que le Seigneur nous a donné » (Discours à la Curie romaine, 22 décembre 2005).
Ce clivage existe bel et bien et influence la manière dont beaucoup définissent leurs priorités au sein de l'Église. Souvent, ceux qui se consacrent à la préservation de la tradition théologique de l'Église cherchent également à défendre les valeurs fondamentales de la vie et de la famille. Ceux qui prônent la rupture en matière de doctrine et de morale privilégient souvent la justice sociale aux autres enjeux.
Les factions sont peut-être inévitables, voire nécessaires, comme l'a concédé Paul. Les catholiques doivent prendre position sur des questions urgentes : sociales, comme le vote, et spirituelles, comme la recherche d'une nouvelle paroisse. Nombre d'entre eux sont prêts à quitter leur paroisse territoriale pour des options plus traditionnelles ou contemporaines. À une époque de changement, où tout semble fluctuer, les catholiques sont confrontés à deux choix majeurs : camper sur leurs positions ou suivre le courant du changement.
Le Corps du Christ, cependant, ne peut être divisé dans son essence. Des factions peuvent exister en raison de la faiblesse humaine, bien qu'il n'y ait qu'« un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême » (Éphésiens 4:5). Même si nous prenons position, travaillons avec des personnes partageant les mêmes idées et nous opposons au mal, nous devons le faire en tant que chrétiens qui transcendent les partis politiques. Plus qu'un appel à « s'entendre », nous avons besoin d'un engagement primordial envers le Christ qui transcende les divisions et les autres allégeances. Les Béatitudes offrent un chemin concret pour transcender les factions et s'élever au-dessus des querelles, aussi importantes soient-elles. Nous serons bénis si nous recherchons le Royaume avant tout, faisons la paix, restons doux et miséricordieux et souffrons pour la justice plutôt que de riposter ou de chercher vengeance.
R. Jared Staudt, PhD, est directeur du contenu d'Exodus 90 et enseignant pour la section laïque du séminaire Saint-Jean-Marie Vianney. Il est l'auteur de « Words Made Flesh: The Sacramental Mission of Catholic Education » (CUA Press, 2024), « How the Eucharist Can Save Civilization » (TAN), « Restoring Humanity: Essays on the Evangelization of Culture » (Divine Providence Press) et « The Beer Option » (Angelico Press), ainsi que rédacteur en chef de « Renewing Catholic Schools: How to Regain a Catholic Vision in a Secular Age » (Catholic Education Press). Lui et son épouse Anne ont six enfants et il est oblat bénédictin.
16/10/2025
Mais parlait-il seulement de nos services hospitaliers ?
Car pour ce qui est du chaos en général, nous sommes aujourd’hui particulièrement bien servis en France. Mais bizarrement, un chaos bien organisé où même les oppositions sont contrôlées. « LFI » parle de motions de censure sans jamais les voter, et le « Rassemblement National » agite la menace de la destitution sans jamais la provoquer. Les gouvernements se succèdent sans régler le moindre problème, et au milieu de cette cacophonie bien orchestrée notre président trace sa route sans la moindre anicroche.
Pourtant, direz-vous, ses principaux soutiens semblent le lâcher : Gabriel Attal ne le comprend plus, Édouard Philippe le supplie de démissionner, même les médias de propagande se mettent à le critiquer. Serait-il allé trop loin, ou a-t-il simplement terminé le boulot pour lequel il avait été placé là ?
Tout récemment, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU qui se tenait le 24 septembre à New-York, Emmanuel Macron a reçu le prix du « Citoyen du monde » qui se veut être une distinction pour des dirigeants engagés à relever des défis mondiaux.
Quand on sait que ce prix honorifique lui a été remis par Larry Fink, le PDG de BlackRock, on comprend mieux de qui Emmanuel Macron est la marionnette. Mais surtout, cette marque de reconnaissance de la part des « Grands » de ce monde laisse supposer qu’il a terminé le travail pour lequel il avait été recruté !
Place à présent à son successeur que les médias de propagande nous vendrons très bientôt comme « Le nouvel homme providentiel ».
Face à un tel spectacle, mais surtout face à un tel niveau de manipulation des populations, on serait en droit de baisser les bras, refusant de participer à une telle mascarade, abandonnant la France et les français à leur triste sort !
Pourtant, dans le dernier numéro de France Catholique, un article intitulé « Les contemplatifs portent le monde » nous rappelle ces vérités essentielles :
« Les contemplatifs sont aux pieds du Père et intercèdent pour toute l’humanité. Bien que cloîtrés, ils sont très au courant de la vie de l’Église et de la société qu’ils portent totalement dans la prière. »
Sans forcément aller jusqu’à s’enfermer dans un monastère, chaque chrétien peut ainsi agir pour le bien de la nation. Même si nos dirigeants actuels nous font honte, nous pouvons toujours prier pour le réveil de leur conscience C’est ce que conseillait l’apôtre Paul à son jeune compagnon Timothée :
« J’exhorte à faire des prières, des supplications, des actions de grâces, pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité afin que nous menions une vie paisible et tranquille en toute piété et honnêteté. Cela est bon et agréable devant Dieu. »
Et si la situation en France devait empirer au point de nous empêcher de vivre une vie paisible et tranquille, ne perdons jamais de vue que notre royaume de cœur n’est pas de ce monde : nous sommes dans le monde, mais nous ne sommes pas du monde !
De tous temps, en tous lieux, des chrétiens ont traversé des situations souvent difficiles. Il n’y a rien de nouveau en cela, et en plus nous avons été prévenus dès notre première lecture de l’évangile de Jean que nous aurions des tribulations dans le monde …
Tribune libre de Thierry Vitteau pour le SB
15/10/2025
Monsieur le Président ,
Je vous remercie pour vos aimables paroles et pour l’invitation à venir ici, au Quirinal, un palais si étroitement lié à l’histoire de l’Église catholique et à la mémoire de nombreux papes.
En tant qu’Évêque de Rome et Primat d’Italie, il est important pour moi de renouveler, par cette visite, le lien fort qui unit le Siège de Pierre au peuple italien que vous représentez, dans le cadre des relations bilatérales cordiales qui existent entre l’Italie et le Saint-Siège, profondément marquées par une amitié sincère et une collaboration mutuelle efficace.
Il s'agit, après tout, d'une union heureuse, ancrée dans l'histoire de cette péninsule et dans la longue tradition religieuse et culturelle de ce pays. On en voit les signes, par exemple, dans les innombrables églises et clochers qui parsèment le paysage, souvent de véritables trésors d'art et de dévotion, où la créativité innée de ce peuple, alliée à sa foi authentique et solide, nous a laissé un témoignage d'une grande beauté : artistique, certes, mais surtout morale et humaine.
Je saisis l'occasion de notre rencontre pour exprimer la profonde gratitude du Saint-Siège pour ce que les autorités italiennes ont fait et continuent de faire à l'occasion de divers événements ecclésiaux difficiles, centrés sur Rome et de résonance universelle.
Je voudrais exprimer ma gratitude particulière pour les efforts déployés à différents niveaux après le décès de mon vénéré prédécesseur, le pape François. Ici même, au Quirinal , il déclarait : « Mes racines sont dans ce pays » ( Discours lors de la visite officielle au Président de la République italienne , 10 juin 2017), et son amour pour la terre et le peuple italiens a certainement trouvé ces jours-là un écho touchant et chaleureux, qui s'est également manifesté dans l'engagement profond et réfléchi qu'il a pris lors du conclave qui a suivi pour l'élection du nouveau pontife.
Je voudrais une fois de plus vous exprimer mes sincères remerciements, Monsieur le Président, ainsi qu'à tout le pays, pour le bel exemple d'hospitalité et d'organisation efficace que l'Italie offre depuis des mois durant l'Année jubilaire, sous divers aspects – logistique, sécurité, préparation et gestion des infrastructures et des services, et bien plus encore –, ouvrant les bras et montrant son visage hospitalier aux nombreux pèlerins qui affluent du monde entier. L'Église universelle célèbre le Jubilé de l'espérance . Le pape François , dans la bulle Spes non confindit , par laquelle il l'a annoncé en mai 2024, a souligné l'importance de « prêter attention au grand bien présent dans le monde afin de ne pas céder à la tentation de se croire submergé par le mal et la violence » (n. 7). Je pense que la belle synergie et collaboration que nous vivons ces jours-ci constitue déjà un signe d’espérance pour tous ceux qui viennent avec foi franchir la Porte Sainte et prier sur les tombeaux de Pierre et des Apôtres.
Dans quelques années, nous célébrerons le centenaire des Accords du Latran . À cet égard, il me paraît d'autant plus opportun de réaffirmer l'importance de la distinction mutuelle entre ces domaines. C'est pourquoi, dans un climat de respect cordial, l'Église catholique et l'État italien collaborent pour le bien commun, au service de la personne humaine, dont la dignité inviolable doit toujours primer dans les processus de décision et dans l'action, à tous les niveaux, pour le développement social, en particulier pour la protection des plus vulnérables et des plus démunis. À cette fin, je salue et encourage l'engagement mutuel à fonder toute collaboration sur le Concordat de 1984 et dans son plein respect.
Comme il est malheureusement évident, nous vivons une époque où, à côté de nombreux signes d’espoir, de nombreuses situations de grave souffrance affectent l’humanité dans le monde entier et nécessitent des réponses urgentes et clairvoyantes.
Le premier engagement que je voudrais rappeler à ce propos est celui en faveur de la paix. De nombreuses guerres ravagent notre planète, et en regardant les images, en lisant les nouvelles, en écoutant les voix, en rencontrant les personnes qui en sont douloureusement affectées, les paroles de mes prédécesseurs résonnent avec force et force . Comment oublier l'avertissement irréfutable, mais ignoré, de Benoît XV pendant la Première Guerre mondiale (cf. Lettre aux chefs des peuples belligérants , 1er août 1917) ? Et, à la veille de la Seconde, celui du vénérable Pie XII (cf. Message radiophonique aux gouvernements et aux peuples en danger imminent de guerre , 24 août 1939) ? Regardons les visages de ceux qui sont bouleversés par la férocité irrationnelle de ceux qui planifient sans pitié la mort et la destruction. Écoutons leur cri et rappelons-nous, avec saint Jean XXIII , que « tout être humain est une personne, c'est-à-dire une nature douée d'intelligence et de libre arbitre ; il est donc sujet de droits et de devoirs qui découlent immédiatement et simultanément de sa nature même : droits et devoirs qui sont donc universels, inviolables, inaliénables » (Lettre encyclique Pacem in terris , 11 avril 1963, n. 5). Je renouvelle donc mon appel pressant à continuer d'œuvrer pour le rétablissement de la paix dans toutes les parties du monde et à cultiver et promouvoir toujours davantage les principes de justice, d'équité et de coopération entre les peuples, qui en sont le fondement indispensable (cf. saint Paul VI, Message pour la célébration de la Première Journée mondiale de la paix , 1er janvier 1968).
À cet égard, je tiens à exprimer ma gratitude au gouvernement italien pour son engagement à répondre aux nombreuses situations difficiles liées à la guerre et à la pauvreté, en particulier celles des enfants de Gaza, notamment en collaboration avec l'hôpital Bambino Gesù. Ces efforts constituent des contributions fortes et efficaces à la construction d'une coexistence digne, pacifique et prospère pour tous les membres de la famille humaine.
À cette fin, l'engagement commun que l'État italien et le Saint-Siège ont toujours manifesté et continuent de manifester en faveur du multilatéralisme est certainement bénéfique. Il s'agit d'une valeur très importante. Les défis complexes de notre époque rendent en effet plus que jamais nécessaires la recherche et l'adoption de solutions communes. Il est donc essentiel de mettre en œuvre ces dynamiques et ces processus, en rappelant leurs objectifs initiaux, visant principalement à résoudre les conflits et à favoriser le développement (cf. François , Lettre encyclique Fratelli tutti , 3 octobre 2020, 172), en favorisant un langage transparent et en évitant les ambiguïtés susceptibles de provoquer des divisions (cf. Ibid., Discours aux membres du Corps diplomatique , 9 janvier 2025).
Nous nous apprêtons à célébrer, l'année prochaine, un anniversaire important : le huitième centenaire de la mort de saint François d'Assise, saint patron de l'Italie, le 3 octobre 1226. Cet événement nous offre l'occasion de souligner l'urgence de prendre soin de notre « maison commune ». Saint François nous a appris à louer le Créateur dans le respect de toutes les créatures, lançant son message du « cœur géographique » de la Péninsule et le transmettant de génération en génération jusqu'à nous, à travers la beauté de ses écrits et le témoignage de lui-même et de ses frères. C'est pourquoi je crois que l'Italie a reçu de manière particulière la mission de transmettre à ses peuples une culture qui reconnaît la terre « comme une sœur avec laquelle nous partageons notre existence, et comme une belle mère qui nous accueille dans ses bras » ( François , Lettre encyclique Laudato Si' , 1).
Ces dernières décennies, comme nous le savons, l'Europe a connu une baisse significative de la natalité. Cela exige un engagement à promouvoir des choix favorables aux familles à différents niveaux, en soutenant leurs efforts, en promouvant leurs valeurs et en protégeant leurs besoins et leurs droits. « Père », « mère », « fils », « fille », « grand-père » et « grand-mère » sont, dans la tradition italienne, des mots qui expriment et évoquent naturellement des sentiments d'amour, de respect et de dévouement, parfois héroïque, pour le bien de la communauté familiale et, par conséquent, pour celui de la société dans son ensemble. Je voudrais en particulier souligner l'importance d'assurer à toutes les familles le soutien essentiel d'un emploi digne, dans des conditions équitables et en tenant compte des besoins de la maternité et de la paternité. Faisons tout notre possible pour redonner confiance aux familles, en particulier aux jeunes familles, afin qu'elles puissent envisager l'avenir avec sérénité et grandir en harmonie.
Dans ce contexte, nous voyons l'importance fondamentale, à tous les niveaux, de respecter et de protéger la vie, à toutes ses étapes, de la conception à la vieillesse, jusqu'au moment de la mort (cf. François , Discours à l'Assemblée plénière de l'Académie pontificale pour la Vie , 27 septembre 2021). Je souhaite que cette conscience continue de croître, également en ce qui concerne l'accessibilité des soins médicaux et des médicaments, selon les besoins de chacun.
Je remercie ce pays pour l'aide généreuse qu'il offre aux migrants, de plus en plus nombreux à frapper à sa porte, ainsi que pour son engagement dans la lutte contre la traite des êtres humains. Ce sont des défis complexes de notre époque, auxquels l'Italie n'a jamais renoncé. Je vous encourage à toujours maintenir une attitude dynamique d'ouverture et de solidarité. Je tiens également à souligner l'importance d'intégrer de manière constructive les nouveaux arrivants aux valeurs et aux traditions de la société italienne, afin que le don mutuel qui naît de cette rencontre entre les peuples soit véritablement enrichissant et bénéfique pour tous. À cet égard, je souligne combien il est précieux pour chacun d'entre nous d'aimer et de transmettre sa propre histoire et sa propre culture, avec ses signes et ses expressions : plus nous nous reconnaissons et nous aimons sereinement, plus il est facile de rencontrer et d'intégrer les autres, sans peur et avec un cœur ouvert.
À cet égard, on observe aujourd'hui une certaine tendance à sous-estimer, à divers niveaux, les modèles et les valeurs qui se sont développés au fil des siècles et qui façonnent notre identité culturelle, tentant parfois même d'en effacer la pertinence historique et humaine. Ne dédaignons pas ce que nos ancêtres ont vécu et ce qu'ils nous ont transmis, même au prix de grands sacrifices. Ne nous laissons pas séduire par des modèles massifiants et fluides, qui ne favorisent qu'un semblant de liberté, mais qui rendent les personnes dépendantes de formes de contrôle telles que les modes passagères, les stratégies commerciales ou autres (voir Cardinal Joseph Ratzinger, Homélie lors de la messe d'élection du Pontife romain , 18 avril 2005). Préserver la mémoire de ceux qui nous ont précédés, préserver les traditions qui ont fait de nous ce que nous sommes, est important pour envisager le présent et l'avenir avec conscience, sérénité, responsabilité et perspective.
Monsieur le Président, pour conclure, je voudrais vous adresser mes vœux les plus chaleureux de réussite, à vous et, à travers vous, à tout le peuple italien. L'Italie est un pays d'une immense richesse, souvent humble et cachée, qui a donc parfois besoin d'être découverte et redécouverte. C'est dans cette merveilleuse aventure que j'encourage tous les Italiens à se lancer, à y puiser de l'espoir et à affronter avec confiance les défis présents et futurs. Merci.
14/10/2025
Joseph Staline lui-même a été élevé dans l'Église orthodoxe. Ses parents souhaitaient qu'il devienne prêtre. Malheureusement, son père a maltraité le jeune Joseph sans pitié. Staline a un jour décrit son enfance comme « élevée dans une famille pauvre et peuplée de prêtres ». Il en est venu à renoncer totalement au christianisme, déclarant, semble-t-il, « Vous savez, ils nous trompent, il n'y a pas de Dieu… tous ces discours sur Dieu sont de pures absurdités. »
Durant son règne, Staline a tout fait pour écraser le christianisme, fermant des milliers d'églises et torturant, tuant et emprisonnant violemment des chrétiens. C'est lui qui aurait déclaré : « Un mort est une tragédie ; un million est une statistique », vous pouvez donc imaginer la persécution impitoyable qu'il a menée contre le christianisme. Voici une photo de la démolition de la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou sur ordre de Staline, juste avant Noël 1931.
Mais tout cela était pour la cause marxiste. D'ailleurs, sa fille Svetlana a écrit un jour à propos de son père : « Beaucoup de gens aujourd'hui ont plus de facilité à considérer [Staline] comme un monstre physique et grossier. En réalité, c'était un monstre moral et spirituel. C'est bien plus terrifiant. Mais c'est la vérité. »
Elle avait raison. C'est encore plus terrifiant.
Staline avait fixé comme objectif les « plans quinquennaux d'athéisme » dirigés par la Ligue des militants athées, visant à éliminer toute expression religieuse dans le pays. Il semblerait que, rien qu'au cours des purges de 1937 et 1938, plus de 168 300 membres du clergé orthodoxe russe aient été arrêtés, la plupart fusillés. Et ce, en seulement deux ans.
Mais comme l'a un jour souligné le grand chanteur Sting, « Les Russes aiment aussi leurs enfants », et c'était vrai pour Staline. Enfin, pour l'un d'eux. Staline adorait Svetlana et se montrait joueur et affectueux avec elle. Et elle lui en rendait la pareille. Enfant, elle considérait son père comme un héros sage. À sa naissance en 1926, son père était déjà secrétaire général du Comité central du Parti communiste et tous ceux qu'elle croisait parlaient de lui sur un ton élogieux. Elle comprit plus tard que peu osaient même murmurer des critiques.
En comparaison, Svetlana trouvait sa mère, Nadejda Allilouïeva (« Nadya »), froide. Elle aurait déclaré ne pas se souvenir que sa mère l'ait prise dans ses bras ni même complimentée. Puis, en 1932, alors qu'elle n'avait que six ans, sa mère se suicida. Mais sa relation avec son père resta forte, du moins pendant un temps.
Les doutes concernant son père allaient bientôt commencer. À l'école, Svetlana recevait parfois des mots de camarades dont la mère ou le père avait été « disparu » aux mains de l'État. Ils la suppliaient de les transmettre à son père. Il était étrange, en URSS, que, malgré tant de souffrances et de violences infligées au peuple par le gouvernement, beaucoup persistaient à croire que Staline était irréprochable et que s'il avait été au courant des exactions, il les aurait sûrement arrêtées. Ces enfants, qui envoyaient des mots à Staline par l'intermédiaire de sa fille, voulaient simplement savoir où étaient leurs proches. Le dictateur ordonna froidement à sa fille de ne pas servir de « boîte postale ».
Plus tard, Svetlana remarqua que parfois même ses proches disparaissaient. Même alors, Svetlana attribuait cela, comme tant de Russes, à des choses que Staline ignorait ou ne pouvait pas réparer. Mais des années plus tard, son père expliqua catégoriquement à sa fille que ses proches avaient été tués simplement parce qu'« ils en savaient trop. Ils bavardaient beaucoup », disait-il, et que cela « faisait le jeu de nos ennemis ». Voyez-vous, la version officielle du parti était que Nadia était morte d'une appendicite, et non de ses propres mains.
Lorsque Svetlana trouva son premier petit ami, son père le jugea inacceptable et le condamna au goulag. Plus tard, elle entra à l'Université de Moscou et reçut une demande en mariage d'un jeune homme juif. Lorsqu'elle en parla à son père, il lui dit froidement : « Au diable ! Fais ce que tu veux. » Il lui dit qu'elle pouvait l'épouser, mais à condition que son mari ne mette jamais les pieds chez lui. Ils eurent un fils, mais leur mariage se brisa au bout de quelques années. Peu après, elle épousa le fils d'un homme haut placé au Kremlin. Joseph approuva ce mariage, mais il se termina lui aussi assez rapidement.
En mars 1953, Staline mourut. « Mon père a connu une mort terrible et difficile », écrivit Svetlana. Elle resta à son chevet pendant des jours, tandis que les médecins lui appliquaient des sangsues.
Il semblerait qu'il soit mort en levant le poing de colère. « L'agonie était terrible. Il s'est littéralement étouffé sous nos yeux », a écrit Svetlana. « Au dernier moment, il a soudainement ouvert les yeux et a jeté un regard sur toutes les personnes présentes. C'était un regard terrible, fou ou peut-être furieux, empli d'une peur mortelle. Puis il a soudainement levé la main gauche. Le geste était incompréhensible et menaçant. »
Quelques années après la mort de son père, Svetlana prit le nom de jeune fille de sa mère. Elle disait que le nom Staline lui « lacéait » les oreilles. Elle s'appelait désormais Svetlana Alliluyeva. Joseph Staline avait changé son nom de famille pour lui donner une consonance plus forte. « Staline » signifie acier. Le nom « Alliluyeva » était une forme d'« Allélouia » qui convenait mieux à Svetlana à cette époque, car en 1962, elle fut baptisée dans l'Église orthodoxe. Svetlana rejeta le matérialisme et la violence de son père. Elle écrivit à propos de sa décision : « Le sacrement du baptême consiste à rejeter le mal, le mensonge. Je croyais au “Tu ne tueras point”, je croyais en la vérité sans violence ni effusion de sang. Je croyais que l'Esprit suprême, et non l'homme vain, gouvernait le monde. Je croyais que l'Esprit de Vérité était plus fort que les valeurs matérielles. Et lorsque tout cela fut entré dans mon cœur, les lambeaux du marxisme-léninisme que j'avais appris depuis l'enfance se volatilisèrent comme de la fumée. »
Svetlana était officiellement en disgrâce auprès du Kremlin. En effet, lorsqu'elle demanda à l'État une licence de mariage avec un homme nommé Brajesh Singh, sa demande fut immédiatement refusée. Svetlana et Brajesh vécurent ensemble pendant trois ans avant le décès de ce dernier en 1966. Il souhaitait que ses cendres soient dispersées sur le Gange. Elle demanda donc au Kremlin l'autorisation de se rendre en Inde. À sa grande surprise, elle fut autorisée à quitter temporairement l'URSS pour se rendre en Inde pendant un mois.
Là-bas, Svetlana a stupéfié le monde entier lorsqu'elle est entrée à l'ambassade des États-Unis et a demandé l'asile. Un Américain de service, stupéfait, lui aurait dit : « Alors vous dites que votre père était Staline ? Le Staline ? »
De là, elle fut emmenée par avion à Rome, puis en Suisse. Elle appréciait la Suisse, mais on lui dit qu'elle ne pouvait y rester qu'à condition de ne jamais parler publiquement de politique. Elle refusa. Elle ne le pouvait pas. « Garder le silence pendant 40 ans de plus aurait pu être tout aussi bien en URSS », écrivit-elle.
En avril 1967, Svetlana Alliluyeva atterrit à l'aéroport Kennedy de New York avec à sa disposition un manuscrit qui n'aurait jamais été publié en URSS. Intitulé « Vingt lettres à un ami », il relatait sa vie en Union soviétique. Ce fut un immense succès et un best-seller. Deux ans plus tard, elle écrivit un autre best-seller relatant sa vie depuis sa défection, intitulé « Un an seulement ».
Elle était célèbre, mais sa vie personnelle était encore un désastre. Passant d'une religion à l'autre, se remariant à nouveau, ayant un enfant, divorcé et déménageant souvent, elle se sentit désenchantée par l'Amérique et désira rentrer chez elle. Elle retourna effectivement en Union soviétique, mais le regretta presque instantanément.
À son retour en Amérique après plus d'un an en URSS, elle a déclaré : « J'ai dû partir un moment pour réaliser : "Oh, mon Dieu, comme c'est merveilleux." »
Je ne connais pas l'année exacte de la rencontre de Svetlana avec le Père Giovanni Garbolino, qui vivait aux États-Unis mais avait été missionnaire en Russie, mais leur relation allait changer sa vie. Svetlana reçut une lettre du Père Garbolino l'invitant à faire un pèlerinage à Fatima. Plus tard, il lui rendit visite à Princeton, dans le New Jersey. Ils étaient en contact fréquent. Le Père Garbolino remit également à Svetlana une croix qui lui avait été offerte par un étudiant russe rencontré lors de ses voyages missionnaires. Plus tard, le Père Garbolino avait donné cette même croix au colonel Edwin « Buzz » Aldrin pour qu'il l'emporte sur la Lune.
Svetlana, guidée par le Père Garbolino, lut des livres d'auteurs catholiques et se convertit à la foi catholique le 13 décembre 1982. Elle écrivit à propos de sa conversion : « Ce n'est qu'aujourd'hui que je comprends la grâce merveilleuse que produisent les sacrements de la Pénitence et de la Sainte Eucharistie, quel que soit le jour de l'année, et même quotidiennement. Avant, je refusais de pardonner et de me repentir, et je n'étais jamais capable d'aimer mes ennemis. Mais je me sens bien différente depuis que j'assiste à la messe tous les jours. »
Elle a ajouté : « L'Eucharistie m'a donné la vie. Le sacrement de pénitence avec Dieu que nous abandonnons et trahissons chaque jour, le sentiment de culpabilité et de tristesse qui nous envahit alors, tout cela rend nécessaire de le recevoir fréquemment. »
Cette femme, qui a grandi pratiquement sans mère, a écrit : « J'ai été recueillie dans les bras de la Sainte Vierge Marie. […] Qui d'autre pouvait me défendre que la Mère de Jésus ? Elle m'a soudain attirée vers elle. »
Elle voyagea souvent en Europe et retourna en Amérique, puis déménagea pour être auprès de l'une de ses filles dans l'Oregon. Finalement, elle ne mourut pas en élevant sa première fille dans la colère contre le monde, comme son père, mais paisiblement dans une maison de retraite du Wisconsin en 2011, où elle aimait coudre, lire et, bien sûr, prier.
Matt Archbold National Catholic Register
Matt Archbold est diplômé de l'Université Saint-Joseph depuis 1995. Ancien journaliste, il a quitté la presse écrite pour élever ses cinq enfants. Il écrit pour le Creative Minority Report .
14/10/2025
Léon XIV ne semble pas vouloir s’engager dans cette voie. S’il a déjà évoqué la « synodalité » dans ses discours, y compris dans ses premiers propos de pape élu, la définissant par la suite comme « participation et communion » (de telle sorte que certains y ont vu la preuve qu’il suit « les pas de François ») il fait aussi des mises au point. La dernière en date s’est adressée à la Communauté des Camaldules qui organise ces jours-ci à Camaldoli, du 6 au 9 octobre, un colloque sur le thème « Quel évêque pour une Eglise synodale ? ».
Léon XIV reprend le mot « synodalité » pour le corriger
Le message du pape a été publié ce mercredi sur le site de la Communauté, en voici notre traduction :
« A l’occasion du colloque sur le thème “L’évêque dans une Eglise synodale”, le pape Léon XIV, spirituellement présent lors de ces assises de haute importance, adresse à ses promoteurs, à ses rapporteurs et aux participants son salut et ses vœux les plus cordiaux, en exprimant son appréciation pour l’initiative qui vise à considérer, dans sa profondeur théologique et ecclésiale, le principe de la synodalité, et la figure de l’évêque, gardien et témoin éminent de la foi. Le souverain pontife fait le vœu que ces journées d’étude suscitent une compréhension renouvelée du fait que cheminer ensemble est le style de vie et de la mission de l’Eglise, et que l’authentique synodalité exige par sa nature même l’écoute et la participation de tous les baptisés, selon la vocation de chacun, mais ne peut faire abstraction de l’autorité que le Christ a conféré au collège des évêques avec à leur tête le successeur de Pierre. En exprimant ces vœux, le Saint-Père invoque l’abondance des dons du Saint-Esprit en vue de la réussite de ces travaux et envoie de tout cœur sa bénédiction apostolique… »
Autorité, hiérarchie : le pape Léon n’a pas voulu saluer des travaux sur la « synodalité » sans rappeler même dans un court message que celle-ci ne peut avoir de sens dans l’Eglise si elle contredit l’autorité, donnée par le Christ Lui-même, « au collège des évêques avec à leur tête le successeur de Pierre ». Autrement dit, il faut d’abord l’ordre juste où le pape est au sommet, et où sous son autorité, les évêques disposent du pouvoir que leur donne la succession apostolique de par la volonté de Notre Seigneur.
L’autorité du pape et des évêques ne s’adapte pas à la synodalité
On aura noté le subtil changement qu’introduit le pape Léon XIV dans l’intitulé du colloque, passant de la question « Quel évêque pour une Eglise synodale ? », qui laisse entrevoir une modification de sa manière d’être voire un changement de son statut, à l’affirmation : « L’évêque dans une Eglise synodale », avec l’usage d’un article défini pour désigner « l’évêque », qui laisse comprendre que c’est une réalité qui ne change pas.
Et qui ne doit pas changer… La figure de l’évêque doit rester conforme à l’autorité que lui a donnée le Christ au service de sa mission, autorité dont il ne faut pas « prescindere » comme le dit le pape en italien, ce qui se traduit par « faire abstraction », « se passer de », « qu’il ne faut pas ignorer ».
Ce n’est pas la première fois que le pape Léon reprend le vocabulaire de son prédécesseur immédiat sur la chaire de Pierre, pour aussitôt le préciser, voire le corriger, ou changer l’angle d’approche. Tel est son style ; nous n’avons sans doute pas fini d’être surpris.
13/10/2025
Des Chiffres Inquiétants : Une Vague de Violences
Selon les données rapportées par le quotidien, le premier semestre 2025 a vu l'enregistrement de 322 actes antichrétiens, soit une hausse de 13 % par rapport à l'année précédente.
Type d'Actes et augmentation (par rapport à 2024)
Actes antichrétiens totaux + 13 %
Vols d’objets liturgiques + 22,8 % (820 cas signalés en 2024)
Agressions contre les personnes Ont presque doublé
Ces atteintes concernent majoritairement les biens (vols, dégradations, profanations), mais l'article insiste sur la quasi-duplication des agressions contre les personnes.
La "Litanie Interminable" des Profanations et des Vols
L'article illustre cette tendance avec des cas récents et variés :
Nice : Une haute croix en fer forgé tordue et arrachée.
Marseille : Le verset biblique « Christ est mort pour nos péchés » repeint en « Gaza » sur l'autoroute A7.
Landes, Nord, Creuse : Des séries de vols et pillages ciblant ciboires, calices et patènes dans des dizaines d'églises, souvent en zone rurale.
Profanations Graves : Des actes sciemment organisés, comme des excréments déposés devant et dans l'église d'Arudy (Pyrénées-Atlantiques), visant à « réduire l’église et les fidèles ».
Incendies : L'article évoque le coût de 2 à 3 millions d'euros de dommages pour l'église Notre-Dame-des-Champs à Paris, ainsi que des actes de vandalisme par des individus sous l'emprise de stupéfiants ou ayant des profils judiciaires lourds (Seine-Saint-Denis).
Face à ces menaces, les autorités ecclésiales prennent des mesures drastiques : l'évêque d'Aire et Dax a conseillé aux curés d'« enlever le ciboire » et de « laisser le tabernacle ouvert » pour éviter la profanation et la destruction. Certaines mairies, comme celle de Badefols-d’Ans en Dordogne, sont même contraintes de fermer leurs églises aux touristes pour les protéger.
Protéger un "Musée" en Danger : Le Patrimoine au Cœur de la Menace
Les 42 000 églises et chapelles de France sont qualifiées de « plus grand musée de France ». Le vol d'objets liturgiques n'est donc pas seulement une offense religieuse, mais aussi un vol de notre patrimoine national.
Édouard de Lamaze, président de l'Observatoire du Patrimoine Religieux (OPR), exhorte les paroisses à se sécuriser (serrures, alarmes). Surtout, il plaide pour une réglementation plus stricte de la vente de biens sacrés, proposant de rendre obligatoire le passage par un commissaire-priseur pour garantir la provenance des objets et ainsi « mettre un grand frein au vandalisme et aux vols ».
Une "Indignation à Géométrie Variable" ? La Question du Signalement
L'un des points centraux de l'article est le sentiment, exprimé par la sénatrice LR Sylviane Noël et 86 de ses collègues, que cette « multiplication des actes antichrétiens » ne rencontre pas « le même écho que les actes antisémites ou antimusulmans ».
Cette « asymétrie » de traitement médiatique et politique est vécue comme un renforcement du sentiment que « certaines victimes de violences religieuses sont davantage considérées que d’autres ».
La sénatrice dénonce le manque d'outils dédiés pour la communauté chrétienne, contrairement à ce qui existe pour l'antisémitisme ou les actes antimusulmans. Elle demande instamment la mise en place d'un « dispositif national de signalement et d’accompagnement des victimes d’actes antichrétiens ».
En conclusion, cet article nous pousse à une réflexion essentielle : face à la montée de ces violences, il est urgent non seulement de protéger nos lieux de culte et notre patrimoine, mais aussi de garantir une égalité de traitement à toutes les victimes de haine et de violence religieuse en France.
11/10/2025
Après avoir séjourné quelques temps près du grand apôtre, saint Nicaise, avec saint Denis, travailla en Grèce au salut des âmes, puis s'embarqua avec le même saint pour Rome. Le pape saint Clément les envoya dans les Gaules, avec d'autres missionnaires, pour continuer l'évangélisation de ce pays, commencée avec succès par des envoyés de saint Pierre lui-même.
Tandis que saint Denis fixa son siège à Paris, Nicaise se dirigea vers le pays de Rouen. Mais cette ville, qui le vénère encore aujourd'hui pour son premier pontife, ne devait pas le voir dans ses murs, car il reçut en route la couronne du martyre. Il emmenait avec lui le prêtre Quirin et le diacre Égobile.
Vers Pontoise, les habitants leur promirent d'accepter l'Évangile, s'ils les délivraient d'un dragon qui infestait ce pays. Alors Quirin marcha vers le dragon, le lia sans peine et le conduisit devant le peuple émerveillé ; là, le monstre expira, par l'ordre du saint. À cette vue, bon nombre d'idolâtres se convertirent à la foi du Christ, et trois cent dix-huit d'entre eux reçurent le baptême.
Le bruit de ce prodige s'étant répandu dans le pays d'alentour, les conversions se multiplièrent, et les habitants de Meulan, de Mantes, de Monceaux (NDLR : autre nom de Mousseaux où il eut quelque temps son ermitage), commencèrent à ouvrir les yeux à la lumière de l'Évangile. Les apôtres chassèrent aussi plusieurs démons qui tourmentaient les habitants de la contrée. Mais la voix du Ciel les appelait plus loin. Nicaise, Quirin et Égobile reprirent leur marche vers Rouen.
À la Roche-Guyon, ils convertirent par leur prédication une noble dame, nommée Pience, et un prêtre des idoles, appelé Clair. Ce dernier était aveugle ; ils lui rendirent en même temps la vue de l'âme et celle du corps. Ce fut le signal de nombreuses conversions. Les prêtres païens, irrités, conduisirent les trois apôtres au gouverneur, qui, peu auparavant, avait mis à mort saint Denis et ses compagnons ; mais, inaccessibles à toutes les menaces, ils subirent courageusement le martyre sur les bords de l'Epte. Il serait enterré à Gasny.
On rapporte de ces trois héros de la foi le même fait qui est raconté de saint Denis : ils auraient porté leur tête entre leurs mains, après avoir été décapités.
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