Le blog du Temps de l'Immaculée.

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Jeudi 19 : La Fête-Dieu

18/06/2025

Jeudi 19 : La Fête-Dieu

C’est sur la croix que Jésus nous a sauvés, et l’Eucharistie, instituée la veille de la passion du Christ, en est restée le mémorial . L’autel est le prolongement du Calvaire, la messe « annonce la mort du Seigneur » (Epître).

Jésus y est en effet à l’état de victime, car les paroles de la double consécration nous montrent que le pain n’est changé qu’au corps du Christ, et le vin n’est changé qu’en son sang, de telle sorte que par cette double action aux effets différents, qui constitue le sacrifice de la messe, les espèces du pain ont un titre spécial à s’appeler le corps du Christ, bien qu’elles contiennent Jésus tout entier puisqu’il ne peut plus mourir, et les espèces du vin un titre spécial à s’appeler le sang du Christ, alors qu’elles contiennent aussi Jésus tout entier. 

Et ainsi le Sauveur lui-même, qui est le prêtre principal à la messe, offre d’une façon non sanglante, en même temps que ses prêtres, son corps et son sang qui ont été séparés réellement sur la croix et qui ne le sont que d’une manière représentative ou sacramentelle (matières différentes, paroles et effets différents) sur l’autel.

Par où l’on voit que l’Eucharistie fut instituée sous forme de nourriture , afin que nous puissions nous unir à la victime du Calvaire. L’hostie sainte devient ainsi « le froment qui nourrit nos âmes » (Intr.) Et comme le Christ, en devenant Fils de Dieu, reçut la vie éternelle du Père, de même les chrétiens participent à cette vie éternelle en s’unissant à Jésus par le Sacrement qui est le Symbole de l’unité (Secr.).

Aussi cette possession anticipée de la vie divine sur terre par l’Eucharistie est-elle le gage et le commencement de celle dont nous jouirons pleinement au ciel (Postc.), « Le même pain des anges que nous mangeons maintenant sous les voiles sacrés, dit le Concile de Trente, nous le mangerons au ciel sans voile ».

Considérons la messe comme le centre de tout le culte de l’Église envers l’Eucharistie, et voyons dans la Communion le moyen établi par Jésus pour que nous participions plus pleinement à ce divin sacrifice. De la sorte notre dévotion envers le Corps et le Sang du Sauveur nous obtiendra efficacement les fruits de sa rédemption (Or.).

Au sujet de la procession qui suit la messe, rappelons comment les Israélites honoraient l’Arche d’alliance qui symbolisait la présence de Dieu parmi eux : Quand ils exécutaient leurs marches triomphales, l’arche sainte s’avançait, portée par des lévites, au milieu d’un nuage d’encens, au son des instruments de musique, des chants et des acclamations d’une foule enthousiaste. Nous avons, nous chrétiens, un trésor autrement précieux, car dans l’Eucharistie nous possédons Dieu lui-même. Soyons donc saintement fiers de lui faire escorte et relevons, autant qu’il est en notre pouvoir, son triomphe.

Quand la Mairie de Paris canonise la fraîcheur !

18/06/2025

Quand la Mairie de Paris canonise la fraîcheur !

Alors que le thermomètre s'apprête à flirter dangereusement avec des températures dignes d'un désert californien (on parle de canicule, oui oui), la Mairie de Paris a eu une illumination. Exit les clichés, bonjour les bonnes vieilles pierres ! Leur site "îlots de fraîcheur" s'est enrichi d'une nouvelle catégorie qui va faire jaser les athées et réjouir les fidèles : les lieux de culte.

 

Oui, vous avez bien lu. Finies les longues recherches pour un café avec terrasse ventilée, direction Saint-Médard, Sainte-Marie des Batignolles ou Saint-Louis. Parce que, soyons honnêtes, qui n'a jamais rêvé de se réfugier sous une voûte centenaire pour échapper à l'asphalte brûlant ? Les murs épais de nos églises, ces merveilles architecturales, offrent naturellement un refuge contre les températures dignes d'un four à pain. On se demande même si les architectes de l'époque n'avaient pas déjà anticipé le réchauffement climatique. Des visionnaires, on vous dit !

 

L'ironie divine de la canicule
Mais le plus croustillant dans cette histoire, c'est l'ironie délicieuse qu'elle dégage. Dans une société où l'on a parfois l'impression que la religion est reléguée au rang de relique du passé, voilà que les églises reviennent sur le devant de la scène, non pas pour prêcher la bonne parole qui se fait rare en certains lieux, mais pour nous sauver de l'enfer... de la canicule ! Qui aurait cru que la Rédemption viendrait d'un bon vieux bâtiment en pierre ?

 

Donc, la prochaine fois que vous sentirez la chaleur vous monter à la tête et que l'air conditionné des grands magasins vous fera de l'œil, pensez-y : le salut est peut-être à quelques pas, derrière les lourdes portes d'une église. Vous y trouverez non seulement la bonne température, mais aussi, pour sûr, Dieu et sa grâce qui donnera abondance de fraîcheur à votre coeur desséché, assoiffé.

 

Alors, prêts à être abreuvé de l'Amour rafraîchissant de Dieu ?

SMR

La violence des jeunes et la responsabilité parentale

17/06/2025

La violence des jeunes et la responsabilité parentale

L'éducation de nos enfants est un sujet au cœur de toutes les préoccupations. Mais dans le paysage actuel, et surtout ces derniers jours où, à la suite du meurtre d’une surveillante scolaire par un adolescent, il fut à juste titre mis en cause la responsabilité parentale, la question de la place de ces derniers dans ce processus fondamental se pose avec une acuité particulière. Un colloque récent, organisé par l'association Juristes pour l'enfance, a mis en lumière une fragilisation du principe de primauté éducative des parents en France, un principe pourtant solidement ancré dans le droit international.


Un principe juridique bafoué ?


Les conclusions de ce colloque soulignent un paradoxe : si la Déclaration internationale des droits de l'homme et la Convention internationale des droits de l'enfant confirment la primauté des parents comme "principaux éducateurs", la réalité du terrain semble s'en éloigner. Aude Mirkovic, présidente de Juristes pour l'enfance, constate une tendance à vouloir "émanciper les enfants de l’autorité parentale", perçue à tort comme un "carcan liberticide".


Plusieurs exemples sont avancés pour illustrer cette dérive :

- La restriction drastique de l'instruction en famille (IEF), soumise à autorisation depuis la loi sur le séparatisme (2021).
- Le durcissement des conditions d'ouverture et la liberté pédagogique restreinte des établissements libres, qui doivent désormais garantir l'acquisition du socle commun.
- L'application prochaine du programme d'éducation affective, relationnelle et sexuelle (Evars) pour les établissements sous contrat d'association, qui sera imposé "que les parents y consentent ou non". Une démarche juridique a d'ailleurs été lancée par les Associations Familiales Catholiques (AFC) pour demander une concertation formelle.

 

Pressions sur l'enseignement sous contrat et ingérence internationale


Le tableau dressé ne s'arrête pas là. Les établissements sous contrat font face à des pressions croissantes, notamment l'obligation de répondre à des objectifs de mixité sociale qui pourrait compromettre leur caractère propre. De même, les cours de culture religieuse obligatoires dans certains établissements catholiques sont remis en question par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale, qui conteste l'organisation d'activités confessionnelles pour tous les élèves.

 
Plus inquiétant encore, l'article souligne l'ingérence d'instances internationales. Christophe Foltzenlogel, juriste à l'European Center for Law and Justice, alerte sur une "voie bouchée" auprès de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) concernant l'éducation et les droits parentaux. Le Conseil de l'Europe, quant à lui, promeut une éducation non violente appelant à l'interdiction de "tout châtiment impliquant l’usage de la force physique", ce qui, selon le juriste, contribue à la "dévaluation" du rôle des parents et à "l'extraction de l’enfant de sa famille". Ces instances prendraient ainsi le relais des parents sur des sujets variés, de la lutte contre l'obésité à la promotion de l'IVG.


Résister à "l'État nounou"


Olivia Sarton de Juristes pour l'enfance appelle à la mobilisation et insiste sur le rapport de force et la possibilité de gagner. Claire Le Gatelier, présidente de l'association Famille et Liberté, exhorte les parents à ne pas "baisser les bras", soulignant l'importance de revendiquer leurs droits à l'école tout en assumant pleinement leur rôle éducatif à la maison.


L'article conclut en évoquant la promesse de Catherine Vautrin, ministre de la Famille, d'interdire les écrans pour les 0-3 ans, y compris à la maison. Cette mesure, tout comme la loi de 2019 sur les violences éducatives ordinaires (qui a interdit la fessée), pose la question d'un "État nounou" qui risque d'habituer les parents à déléguer leur rôle éducatif à la puissance publique, alors qu'ils sont les mieux placés pour développer une expertise adaptée à chaque enfant.


Une anecdote pour conclure : en 1932 le Ministère de l’Instruction Publique devint le Ministère de l’Education Nationale. Cette insidieuse modification qui déresponsabilise les parents au profit de l’Etat, accélérée par le célèbre “interdit d’interdire” de 1968, produit les fruits amers et empoisonnés actuels. 


Peut-être qu’une mise à niveau des “Valeurs de la République”...

 

SMR

Israël-Iran : la prophétie d’Ézéchiel est-elle en train de s’accomplir ?

16/06/2025

Israël-Iran : la prophétie d’Ézéchiel est-elle en train de s’accomplir ?

Ce mardi, une alerte a retenti dans les médias du monde entier : « URGENT – Israël/Iran : Donald Trump appelle la population à évacuer Téhéran immédiatement ». Si cette déclaration de l’ancien président américain, en marge du sommet du G7 au Canada, ne constitue pas une annonce officielle, elle témoigne d’un niveau de tension sans précédent dans le conflit qui oppose l’État d’Israël à la République islamique d’Iran. Bombardements sur des bases militaires, drones abattus, menaces ouvertes : l’affrontement semble franchir un seuil critique. Et de plus en plus de voix s’élèvent pour souligner une dimension bien plus profonde, presque mystique, de cette guerre.

 

Dans certains milieux religieux et stratégiques, les événements actuels sont perçus à la lumière des prophéties bibliques, en particulier celles contenues dans les chapitres 38 et 39 du livre du prophète Ézéchiel. Ce dernier évoque l’arrivée d’un mystérieux ennemi, Gog, prince du pays de Magog, venant attaquer Israël restauré sur sa terre. Le texte dit : « Fils d’homme, tourne ta face vers Gog, au pays de Magog, prince de Rosh, de Méshekh et de Tubal, et prophétise contre lui. Tu diras : Ainsi parle le Seigneur Yahvé : Me voici contre toi, Gog […] Je te ferai sortir, toi et toute ton armée […] Avec eux, la Perse, Kush et Pouth, tous avec boucliers et casques » (Ézéchiel 38, 2–5). La mention explicite de la Perse , ancienne dénomination de l’Iran –,frappe les esprits. Ce pays ferait partie d’une coalition ennemie montant une attaque contre les montagnes d’Israël.

 

La prophétie se poursuit ainsi : « Tu viendras dans un pays restauré après le glaive, rassemblé d’entre une multitude de peuples […] Tu monteras, tu viendras comme l’ouragan, tu seras comme un nuage pour couvrir le pays, toi, toutes tes troupes, et des peuples nombreux avec toi » (Ézéchiel 38, 8–9). Enfin, Dieu annonce qu’il interviendra Lui-même pour sauver Israël : « Je briserai ton arc dans ta main gauche et ferai tomber tes flèches de ta main droite. Tu tomberas sur les montagnes d’Israël, toi et toutes tes troupes » (Ézéchiel 39, 3–4).

 

De nombreux croyants, notamment dans les milieux évangéliques aux États-Unis ou au sein du sionisme religieux, considèrent ces passages comme une annonce des temps présents. Le retour des Juifs sur leur terre, l’hostilité d’une alliance venue du nord comprenant la Perse, la guerre totale… Les éléments leur semblent correspondre. Certains rabbins parlent ouvertement d’une possible réalisation de la guerre de Gog et Magog, prélude au salut messianique d’Israël.

 

En Iran aussi, la guerre est investie d’un sens religieux. Le régime chiite duodécimain attend le retour du Mahdi, l’imam caché, dont la venue doit mettre fin à l’injustice sur terre. Dans cette perspective, les affrontements avec Israël prennent un caractère eschatologique : la République islamique se voit parfois comme l’instrument divin chargé de précipiter la chute du régime sioniste, perçu comme une entité illégitime et impie. Les discours officiels mêlent politique et théologie, appelant les fidèles à se préparer à un affrontement global.

 

Israël, de son côté, bien que dirigé par un gouvernement laïc, voit croître l’influence des religieux nationalistes. Pour ces derniers, la guerre contre l’Iran n’est pas seulement défensive : elle s’inscrit dans un processus spirituel, une étape vers la rédemption promise par les prophètes. L’idée que l’histoire biblique s’accomplit à travers les événements actuels gagne du terrain.On ne saurait réduire ce conflit à une seule grille de lecture spirituelle. Les enjeux géopolitiques, nucléaires, énergétiques et stratégiques sont évidemment majeurs. Mais la montée en puissance des discours religieux, de part et d’autre, rend le conflit plus opaque, plus dangereux. Une guerre où l’on croit agir au nom de Dieu devient une guerre sans retour.

 

Alors que le ciel du Moyen-Orient s’assombrit, un verset résonne avec force : « Tu viendras comme un nuage pour couvrir le pays… » Et nombreux sont ceux, croyants ou non, qui s’interrogent : la guerre d’Ézéchiel est-elle en train de s’écrire sous nos yeux ?

 

Mathilde de Virene dans Tribune Chrétienne

Le courant « traditionaliste » témoigne, plutôt qu’il ne s’oppose

15/06/2025

Le courant « traditionaliste » témoigne, plutôt qu’il ne s’oppose

[…] Le point de vue qui est le mien est celui d’un observateur, de surcroît non-catholique. C’est peut-être cette position de retrait qui me permet de dire que la réunion de tant de personnes, pour la plupart des jeunes, rassemblées sous le slogan de « Pour qu’Il règne, sur la terre comme au ciel », est un signe puissant que le courant « traditionaliste » témoigne, plutôt qu’il ne s’oppose.

 

Alors qu’il est confronté à des mesures restrictives de plus en plus fréquentes qui limitent l’usage du rite tridentin (pour quel objectif final ? le faire disparaître ?), certes avec des situations différentes selon les diocèses, n’est-il pas paradoxal que certains dans l’Église prennent le risque de se priver des forces vives que constituent les communautés qu’on appelait « Ecclesia Dei », auxquelles Jean-Paul II avait accordé une largesse certaine dans l’usage du rite ancien ?

 

Quelles sont ces forces vives ? Les enfants et adolescents des écoles catholiques, des mouvements de scoutisme catholique, les fidèles des paroisses, qui étaient à Chartres. Les vocations qui en sortiront. Les familles qui existent ou se constitueront. L’enquête « Identité, pratiques et perception du catholicisme en France », réalisée par l’Ifop pour l’Observatoire français du catholicisme (OFC), montre l’ampleur de la sécularisation de la société française.

 

Cependant, Jérôme Fourquet ajoute à cette constatation un commentaire qui change tout : le nombre record des baptêmes d’adolescents et d’adultes montre que nous sommes passés

 

« d’un catholicisme de conformisme social et d’héritage, majoritaire, à un catholicisme qui est minoritaire dans la société française mais qui procède de plus en plus d’une affirmation et d’un choix ».

 

En raison, précisément, de ce mouvement d’affirmation, est-il possible que l’Église prenne le risque de voir le fossé se creuser entre elle et les adeptes du rite ancien ? Pense-t-elle que ceux-ci finiront par, comme certains le font déjà, passer indifféremment d’un rite à l’autre, selon l’endroit où ils vivent, la disponibilité du rite ancien et la lassitude des restrictions ? Certains se satisferont sans doute du nouveau rite (Novus Ordo) en latin, messe dite le dos au peuple. Pas tous, pas la majorité.

 

Le risque est donc qu’en multipliant les restrictions au rite ancien, un fossé se creuse entre l’Église et des fidèles dynamiques, nombreux, qui se sentent brimés. Les organisateurs du pèlerinage de Chartres le réaffirment dans leur manifeste :

 

« Oui, nous recevons intégralement le concile Vatican II et le magistère récent de l’Église, nous l’étudions dans nos livrets de formations, nous l’interprétons, selon le voeu de Benoît XVI, à la lumière de la Tradition. »

 

Mais ils ajoutent :

« Nous savons que l’Église ne peut modifier, au nom du progrès ou de l’adaptation au monde, la doctrine de Jésus sur les points aussi essentiels que la théologie de la messe, la doctrine du sacerdoce, l’indissolubilité du mariage ou la morale catholique. »

 

Doctrinalement, les « traditionalistes » sont donc pleinement dans l’Église, mais il existe des attitudes qu’ils ne veulent pas avaliser. Ils les nomment : le relativisme doctrinal et le progressisme moral.

 

Qu’ils incarnent une sensibilité propre est une évidence, mais c’est le relativisme doctrinal qui est une erreur et ce que dit le pape sur les questions morales est-il, au fond, si éloigné de leur position ? Ce fossé qui peut s’agrandir au sein du monde catholique, il est sans doute temps, puisqu’un nouveau pape a été élu, de l’éviter par un dialogue sans faux-semblant et un statut clair, au sein de l’Église, pour les communautés traditionnelles.

Au pèlerinage de Chartres : la gloire de Dieu avant tout

14/06/2025

Au pèlerinage de Chartres : la gloire de Dieu avant tout

Une colonne de foi, d’abord. Tous ces jeunes, et moins jeunes, réunis dans une même marche, confessent une même foi. Ils avancent ensemble, portés par une seule certitude : Jésus-Christ est Seigneur. Pas un slogan, pas une mode, mais une profession de foi jaillie du cœur, dite et redite à chaque pas, à chaque Ave, à chaque halte, à chaque messe. Le Christ est vivant, et c’est Lui qu’ils suivent. Le peuple de Dieu est en marche. Littéralement. Et ce peuple ne demande rien, sinon de rester fidèle à Celui qui l’a sauvé.

 

Une colonne de ferveur, ensuite. Ces marcheurs ne sont pas là pour battre un record. Ils ne cherchent pas la performance ou la reconnaissance. Leur seul objectif est de rendre témoignage. Trois jours durant, ils prient, ils chantent, ils méditent. À tout instant, ils peuvent se confesser : des centaines de prêtres sont là, au service de cette immense cathédrale vivante. Ce n’est pas un exploit sportif, c’est un acte spirituel. Ils marchent pour les flèches de Notre-Dame de Chartres, et au fond, ils marchent pour le Ciel.

 

Et si cela s’appelle une identité, alors oui, ils en ont une. Et cette identité, c’est celle du Christ. Qui oserait leur en faire reproche ?

 

Une colonne d’amour, enfin. C’est peut-être cela qui frappe le plus. L’Amour. L’Amour avec un grand A. L’amour du Christ, d’abord, manifesté dans les regards, dans le silence des processions, dans la joie pure des chants. L’amour de la Vierge Marie, surtout. Elle est là, Mère et Reine, portée dans les bras des pèlerins, priée sans cesse, honorée comme elle le fut dans les siècles passés.

 

Ce Gloria chanté, capturé en vidéo, témoigne à lui seul de la vérité de ce pèlerinage. Il suffit de l’écouter pour comprendre. On n’est pas là pour se chercher soi-même. On est là pour rendre gloire à Dieu.

 

Oui, le peuple de Dieu est en marche. Et cette marche ne fléchira pas, car elle est nourrie d’un feu qui ne s’éteint pas : la foi catholique. Si un monde fatigué, déraciné, douteux regarde passer cette colonne sans comprendre, qu’il sache au moins ceci : ces marcheurs-là sont les porteurs d’une espérance. Non pas une idéologie, mais une foi. Non pas une revendication, mais une adoration. Non pas un repli, mais une offrande.

Ils marchent pour Dieu. Et cela suffit.

 

Philippe Marie

 

 

1000RCINFO en partenariat avec Tribune Chrétienne.

 

Chine : le pape nomme un évêque auxiliaire issu de « l’Eglise clandestine » – et Pékin l’accepte

13/06/2025

Chine : le pape nomme un évêque auxiliaire issu de « l’Eglise clandestine » – et Pékin l’accepte

un évêque de l’Eglise clandestine, de cette Eglise qui lutte depuis des décennies pour rester fidèle à Rome malgré les interdictions du pouvoir communiste, malgré, même, le fameux accord provisoire de 2018 obtenu par François. Mgr Joseph Lin Yuntuan a été ainsi promu nouvel évêque auxiliaire de l’archidiocèse continental de Fuzhou, le 5 juin dernier.

 

Cerise sur le gâteau, il a été nommé d’abord par le Saint-Siège et reconnu ensuite par le gouvernement chinois, qui a daté sa prise de charge au 11 juin. Et la surprise est de taille, car selon les conditions de l’accord, c’est le gouvernement chinois qui propose dans un premier temps et le pape qui approuve ou désapprouve. De plus, Pékin avait pris la fâcheuse habitude de ne pas vraiment requérir l’aval papal, menant son propre jeu pour une Eglise qu’il veut avant tout sinisée, c’est-à-dire communiste.

 

Un haut dignitaire religieux local a avoué que cette fois, « le chat avait laissé la souris manger le grain »… Serait-ce un effet de la prière remarquée de Léon XIV, le 26 mai dernier, pour la communion des catholiques chinois « avec l’Eglise universelle » ?

 

La réponse du pape Léon XIV à la Chine communiste
Le Saint-Siège a été diplomate : il a attendu l’acceptation par le gouvernement chinois pour faire une publication officielle, mais a bien précisé, dans son communiqué, qu’il l’avait nommé une semaine auparavant.

 

« Nous sommes heureux d’apprendre qu’aujourd’hui, à l’occasion de la prise de possession de la charge d’évêque auxiliaire de Fuzhou par Son Excellence Mgr Joseph Lin Yuntuan, son ministère épiscopal est également reconnu en droit civil. Cet événement constitue un nouveau fruit du dialogue entre le Saint-Siège et les autorités chinoises et une étape importante dans le cheminement de communion du diocèse », a déclaré Matteo Bruni, directeur de la Salle de presse.

 

Non seulement le pape a agi indépendamment de l’Etat communiste, mais il a choisi une figure de l’Eglise clandestine qui s’est engagée de façon notable. Formé au séminaire du diocèse de Fuzhou, Joseph Lin, 73 ans, a exercé les fonctions d’administrateur apostolique entre 2003 et 2007, puis de nouveau entre 2013 et 2016, avant d’être consacré évêque en 2017. Il n’avait jamais, jusque-là, été reconnu par les autorités.

 

Comme des sources l’ont confirmé au média The Pillar, c’est l’archevêque de Fuzhou, Mgr Joseph Cai Bingrui, installé à la tête de l’archidiocèse en janvier, qui, désireux de s’adjoindre Mgr Joseph Lin et bien vu des autorités, les a persuadés d’accepter.

 

Pékin cède ?
Alors, bien sûr, Mgr Lin « a solennellement juré de respecter la Constitution et les lois du pays, de préserver l’unité de la patrie et l’harmonie sociale, d’aimer la patrie et l’Eglise, d’adhérer au principe d’Eglises indépendantes et autonomes, de suivre la voie de la sinisation de l’Eglise catholique dans notre pays et de contribuer à la construction globale d’un pays socialiste modernisé et à l’avancement global du grand renouveau de la nation chinoise ». C’est l’inéluctable contrepartie que certains catholiques de l’Eglise souterraine se mettent en devoir de refuser.

 

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la direction de cet archidiocèse a longtemps été un sujet de tension entre l’Eglise clandestine et l’appareil d’Etat. A la suite de l’accord de 2018, une grande partie du clergé local a résisté à l’adhésion à l’Association catholique patriotique chinoise, pur produit du Parti communiste. Et en 2020, lorsque Pékin a fini par reconnaître celui qui avait été nommé archevêque de Fuzhou par Benoît XVI en 2010, Mgr Lin Yuntuan (emprisonné et condamné à 10 ans de travaux forcés dans les années 1980), certains ont parlé de « trahison ».

 

Un si long et si difficile combat ne peut être simple. Ce qui est sûr, c’est que ce geste de Léon XIV prouve son souci de l’Eglise qui est en Chine, et fait se repositionner le Vatican, dont le gouvernement communiste a toujours refusé l’autorité religieuse.

 

Même ces dernières années, Pékin avait pris l’habitude d’annoncer publiquement la nomination et l’installation d’évêques sans la reconnaissance du Vatican et souvent, apparemment, sans l’approbation papale. Pire, au cours de la période dite « Sede vacante », entre la mort du pape François et l’élection de Léon XIV, le gouvernement chinois a procédé, sans sourciller, à « l’élection » de deux évêques dans les diocèses de Shanghai et Xinxiang : on ne profite pas ainsi d’une si petite fenêtre temporelle sans bonne raison politique. Et même si elles étaient prévues de longue date, les retarder eut été un moindre signe de respect diplomatique.

 

Une nouvelle ère pour l’Eglise clandestine qui est en Chine ?
Après le conclave qui a élu le pape Léon XIV, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’Etat du Vatican, a laissé entendre lors d’entretiens que l’installation du prêtre Li Janlin comme évêque du diocèse de Xinxiang, avait été préalablement approuvée par le pape François avant sa mort, révèle The Pillar. Cependant, aucune déclaration officielle du Vatican, ni aucune reconnaissance n’ont jamais été faites.

 

Il pourrait s’agir d’une simple justification a posteriori opérée par le principal artisan de l’accord Vatican-Chine qui a tout intérêt à prouver la bonne conduite de Pékin. Surtout qu’il existe déjà un évêque de Xinxiang reconnu par Rome, à savoir Mgr Joseph Zhang Weizhu, nommé par le pape Jean-Paul II en 1991, qui a dirigé le diocèse pendant des décennies en tant qu’évêque de l’Eglise clandestine, et qui se trouve depuis quatre ans en détention, à la suite d’un raid policier dans un séminaire clandestin !

 

Si par ces deux nominations éclairs unilatérales Pékin semble avoir voulu éprouver la partie adverse, Rome a relevé le gant avec intelligence avec cette nomination tactique de Mgr Joseph Lin Yuntuan, la première de son genre.

 

On peut même se demander si Léon XIV n’a pas assisté à la prise de parole de Mgr Zen que raconte le blog Silere Non Possum : lors d’une des congrégations générales précédant le conclave, le cardinal aurait évoqué, dans un discours courageux, la situation de l’Eglise en Chine, parlant ouvertement de la trahison subie par les fidèles chinois fidèles au pape, abandonnés au profit d’accords diplomatiques avec le régime communiste, déplorant le silence du Saint-Siège face à la persécution des évêques, des prêtres et des laïcs qui refusent de se plier à l’Association patriotique contrôlée par le Parti. L’avenir nous le dira.

 

Clémentine Jallais dans RITV

Le Sacré-Cœur et l'Europe cette année

10/06/2025

Le Sacré-Cœur et l'Europe cette année

1. Le Sacré-Cœur : Origines, Évolution et Importance Actuelle


Racines Historiques et Diffusion : La dévotion au Sacré-Cœur remonte aux "premiers temps du christianisme" et s'est particulièrement développée au XVIIe siècle sous l'impulsion de sainte Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial. C'est en juin 1675 que le Christ lui demande de propager cette dévotion.


Reconnaissance Ecclésiastique : Les apparitions de Paray-le-Monial sont reconnues en 1765. Le concile Vatican II (1965) a élevé la célébration du Sacré-Cœur au rang des solennités, fêtée "19 jours après la Pentecôte, un vendredi, le 27 juin cette année".

 

Appel Papal à la Redécouverte : La récente encyclique du pape François, Dilexit nos (octobre 2024), "invite à dépoussiérer cette ancienne dévotion", y voyant le "cœur aimant et compatissant de Dieu". Le pape François souligne l'importance du cœur comme ce qui peut "le mieux signifier l’amour divin du Christ uni pour toujours et inséparablement à son amour humain". Il perçoit ce culte comme pouvant faire "beaucoup de bien", agissant comme un "antidote contre des 'maladies très actuelles' qui frappent le monde et l'Église aujourd'hui".


2. Initiatives Majeures en Europe en Juin 2025


Plusieurs événements majeurs soulignent le nouvel élan de cette dévotion :

 

Consécration de l’Irlande au Sacré-Cœur de Jésus (22 juin) :
Initiée par la "Croisade du Sacré-Cœur", un groupe de prêtres, religieux et laïcs.
Quatre statues pèlerines du Sacré-Cœur, bénies par le pape François le 8 janvier 2025, parcourent les provinces ecclésiastiques d'Irlande depuis février.
Ces statues convergeront vers le sanctuaire marial de Knock pour une "grande messe au cours de laquelle l’Irlande sera consacrée à nouveau au Sacré-Cœur de Jésus". La dernière consécration nationale remonte à "plus de 150 ans".

 

Congrès International "Cor Iesu Spes Mundi" en Espagne (6-8 juin) :
Organisé à Valladolid par l’Institut du Cœur du Christ et l’archidiocèse.
Le thème, "Cœur de Jésus, espérance du monde", répond aux paroles du pape François dans la bulle d'indiction au Jubilé : "L’espérance naît de l’amour et se fonde sur l’amour qui jaillit du Cœur de Jésus transpercé sur la croix" (Spes non confundit, 3).
Le congrès vise à "approfondir le mystère du Cœur du Christ comme Espérance pour le monde".
Valladolid est un lieu symbolique, car le bienheureux Bernardo de Hoyos y a reçu la "Grande Promesse" du Christ : "Je régnerai en Espagne", le 14 mai 1733.


350e Anniversaire des Apparitions à Paray-le-Monial, France (Clôture du Jubilé : 27-29 juin) :
Marque la clôture du Jubilé des 350 ans des apparitions à sainte Marguerite-Marie.
Point d'orgue : les "Fêtes du Sacré-Cœur", présidées par le cardinal François Bustillo, envoyé spécial du pape Léon XIV.
L'association Civilisation de l’Amour, en collaboration avec le Sanctuaire de Paray-le-Monial, a œuvré à la promotion des consécrations (personnelles, familiales, paroissiales) au Sacré-Cœur.
Un site internet, "Se consacrer", a été créé pour faciliter cette démarche. Les instigateurs considèrent la spiritualité du Cœur de Jésus comme "un trésor pour notre temps", contribuant à "bâtir une civilisation de l'amour" en permettant aux fidèles de "faire l’expérience de la rencontre de Jésus et de Son Cœur miséricordieux".


3. Le Soutien du Pape Léon XIV à la Dévotion au Sacré-Cœur


Clôture du Jubilé des Prêtres à Rome (25-27 juin) : La solennité du Sacré-Cœur clôturera cet événement, avec une messe présidée par le pape Léon XIV sur la Place Saint-Pierre.
Enracinement Spirituel : Léon XIV, en tant que "fils spirituel de saint Augustin", est imprégné d'une tradition qui "valorise la contemplation du Cœur du Christ comme source de miséricorde". Ses armoiries représentent d'ailleurs "un Sacré-Cœur percé d'une flèche et posé sur la Bible".


Programme d'Évangélisation : Dans sa première lettre aux catholiques de France (31 mai 2025), à l'occasion du centenaire de canonisations, Léon XIV cite l'encyclique Dilexit nos du pape François et encourage l'ancrage dans la spiritualité du Sacré-Cœur : "Il ne saurait y avoir de plus beau et de plus simple programme d’évangélisation et de mission pour votre pays : faire découvrir à chacun l’amour de tendresse et de prédilection que Jésus a pour lui, au point d’en transformer la vie". Il note que saint Jean Eudes fut "le premier à avoir célébré le culte liturgique des Cœurs de Jésus et de Marie".


Continuité et Réponse aux Défis : Le pape Léon XIV "inscrira ses pas dans ceux de ses prédécesseurs, et en particulier ceux du pape François, et voit dans cette dévotion une réponse aux défis spirituels et sociaux de notre temps".

 

 


En résumé, le mois de juin 2025 est présenté comme un moment clé pour la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, marquant l'espoir  d'un "nouvel élan" et d'une "renaissance" à l'échelle européenne, fortement encouragée et articulée par les papes François et Léon XIV comme une voie d'espérance et d'amour face aux défis contemporains.

 

F.C.

Veni Creator Spiritus, l’hymne de l’Église en prière (Domenico Bartolucci)

09/06/2025

Veni Creator Spiritus, l’hymne de l’Église en prière (Domenico Bartolucci)

Parmi celles-ci, on peut citer l’hymne Veni Creator Spiritus, qui, dans sa mélodie grégorienne, continue de résonner en diverses occasions, et pas uniquement autour de la fête de la Pentecôte. Il est en effet utilisé chaque fois que l’on invoque l’assistance de l’Esprit Saint pour une circonstance particulière.


Le chant du Veni Creator Spiritus est prescrit pour l’Office divin durant la Pentecôte, même s’il nous arrive parfois de l’entendre pendant la Messe, où la séquence Veni Sancte Spiritus est pourtant prescrite. L’hymne est attribué à Rabban Maur, archevêque de Mayence au IXe siècle et grande figure de la culture carolingienne. Composé dans le huitième mode grégorien, le texte est d’une grande beauté et riche en théologie. L’auteur semble rivaliser avec lui-même pour trouver des titres dignes de l’Esprit Saint, qu’il appelle « doux consolateur, don du Père très haut, eau vive, feu, amour, saint chrême de l’âme, doigt de la droite de Dieu… ». Dans une strophe, on demande à l’Esprit d’être lumière pour l’intelligence et de répandre l’amour dans nos cœurs, en fortifiant nos corps faibles de sa vigueur ferme.


Le cardinal Raniero Cantalamessa, ancien prédicateur de la Maison pontificale, affirme :


« Dans l’hymne le plus célèbre à l’Esprit Saint, le Veni Creator, composé au début du IXe siècle, on demande à l’Esprit d’“allumer une lumière dans l’esprit” (accende lumen sensibus). (Le mot sensus ne désigne pas ici les sens extérieurs, mais, comme souvent dans le latin ecclésiastique, l’intelligence, la pensée, l’esprit). »


En somme, on demande à l’Esprit Saint d’éclairer notre esprit et de soutenir notre cœur.
À côté de la version grégorienne, il existe de nombreuses mises en musique de cet hymne, souvent en polyphonie. L’une des plus belles, selon moi, est celle de Domenico Bartolucci (1917–2013), ancien maître de la Chapelle Sixtine et plus tard cardinal. Il en a fait une version pour sopranos, premiers et deuxièmes ténors, barytons et basses – un chœur mixte à cinq voix. Cette version est souvent interprétée lors des cérémonies pontificales, comme lors du récent conclave. Elle s’inspire de la mélodie grégorienne, mais en supprimant certaines notes (les notes inutiles, c’est-à-dire celles qui ne sont pas essentielles à la structure mélodique – une pratique en usage depuis la Renaissance).


Très touchante est la manière dont les voix graves, les voix masculines, forment une sorte de fond sonore au chant des sopranos qui, dans la Chapelle Sixtine, sont confiés à l’innocence vocale des Pueri Cantores. L’usage traditionnel d’habiller polyphoniquement les mélodies grégoriennes a trouvé en Domenico Bartolucci un très grand maître, fidèle d’ailleurs à ce qu’avait affirmé le concile Vatican II, qui réserve au chant grégorien la première place, et à ce qu’avait déjà ordonné saint Pie X dans son motu proprio sur la musique sacrée :


« Le chant grégorien a toujours été considéré comme le modèle suprême de la musique sacrée. Aussi peut-on poser en principe général : plus une composition sacrée s’inspire, dans sa forme, son inspiration et sa saveur, de la mélodie grégorienne, plus elle est propre au culte divin ; plus elle s’en éloigne, moins elle est digne du sanctuaire. »

 

Une règle que le maître toscan a suivie de manière exemplaire.
Il existe de nombreuses compositions en l’honneur de l’Esprit Saint, que l’on entendait souvent lors de la fête de la Pentecôte. L’Esprit Saint a inspiré des musiciens et des artistes de toutes les époques. Dans une homélie prononcée pour le vingt-cinquième anniversaire de sa consécration épiscopale, en contemplant la colombe du Bernin dans la basilique Saint-Pierre, Pie XII disait :


« Tout à l’heure, alors que, au pied de cet autel, dans les souvenirs graves qui émouvaient et inondaient Notre âme, Nous revêtions les ornements sacrés pour nous préparer à célébrer le Sacrifice eucharistique, Notre regard, se levant, contemplait resplendissante, du haut de ce merveilleux baldaquin, au milieu de rayons d’or, l’image de la colombe aux ailes déployées – symbole évangélique et réconfortant de l’Esprit Saint Paraclet, qui veille sur l’Église, y souffle et y répand les multiples charismes de sa grâce et l’abondance de sa paix spirituelle. C’est un symbole qui parle. »


Oui, un symbole qui parle en tout temps, comme dans l’hymne dont nous avons parlé, où le doux Consolateur est imploré pour être lumière de notre intelligence et soutien dans l’épreuve.

 

Chartres - Paris : 5400 au départ

08/06/2025

Chartres - Paris : 5400 au départ

 

Samedi vigile de la Pentecôte, comme chaque année, Chartres est en effervescence dès les premières lueurs de l’aube. Venus des quatre coins de France voire même de Suisse, d’Allemagne du Canada ou d’autres pays étrangers, plusieurs milliers de pèlerins se dirigent vers la cathédrale de Chartres. Cette année encore, ils sont plus de 5 400 à assister à la messe de départ avant de prendre la route en direction de Paris.

 

La première mission des marcheurs consistait à rejoindre la cathédrale, après avoir déposé leur sac de bivouacs dans le bon camion. À 7 h 45 très précisément, la messe débute célébrée par Monsieur l’abbé Gabriele d’Avino, le supérieur de district d’Italie. Cette année, comme les pèlerins marchent « pour notre mère, la Sainte Église »,

 

À 10 h, après que Monsieur l’abbé Hanappier a béni les chapitres adolescents, la colonne adulte a pris la route tandis que les enfants se dirigeaient vers les cars. Il n’aura pas fallu longtemps aux pèlerins pour sortir manteaux et ponchos pour quelques gouttes tombées au début de la marche. Les nuages gris ont suivi la colonne presque toute la journée, heureusement il en faut plus pour impressionner un pèlerin de Chartres !

Source : La Porte latine
Crédits photos : Isaure Dupont-Cariot, Maxence Malherbe, Jean Lorber, Gilles Bellemans, Soline Grellier, Jacques Teyssier

Manifeste de Notre-Dame de Chrétienté : la liturgie au pèlerinage

07/06/2025

Manifeste de Notre-Dame de Chrétienté : la liturgie au pèlerinage

 

[…] Une certaine simplification médiatique laisse à croire que toute la question se résumerait à autoriser ou non certains prêtres à célébrer le Novus Ordo pour leurs messes personnelles au pèlerinage. Mais en fait, ce n’est pas d’abord de cela dont il s’agit. Les courriers reçus par l’association sont très clairs : il nous est demandé de transformer en profondeur l’esprit de notre pèlerinage traditionnel, en faisant du Novus Ordo la norme, et du Vetus Ordo l’exception tolérée, soumise à l’autorisation de l’évêque du lieu ou du dicastère pour le culte divin. Or, c’est cette même mutation qui est exigée depuis quatre ans à toute notre famille spirituelle que l’on désigne (assez mal d’ailleurs) par le mot de « traditionalistes ». Car il faut replacer cette récente polémique, qui peut sembler anecdotique pour beaucoup, dans la perspective d’autres évènements que nous avons refusé de médiatiser pour ne pas durcir le dialogue que nous espérons avoir avec les autorités hiérarchiques. Cette année, pour le pèlerinage de Chartres comme pour de nombreux pèlerins venus de toutes nos provinces, des restrictions à l’usage de la liturgie tridentine se multiplient pour endiguer l’élan formidable des apostolats qui veulent œuvrer au service de l’évangélisation missionnaire des régions de France. L’accès à certains sacrements selon l’ancien rituel est limité voire interdit dans une partie des diocèses. Bien sûr, la portée de ces restrictions varie, selon la bienveillance de l’évêque du lieu, preuve en est qu’une lecture tolérante de Traditionis Custodes est possible. Mais dans certains diocèses pleuvent les décrets et les interdits, selon une application ultrarestrictive du Motu Proprio, avec une froideur juridico-canonique bien éloignée du « soin pastoral et spirituel des fidèles » qu’évoque ce même texte (art 3, § 4). Ce que l’on nous dit aujourd’hui en fait, c’est que la liturgie tridentine, en son unité rituelle, sacramentelle et spirituelle est un mal, une anomalie, dont il faut que l’Église guérisse et se purifie.

 

« Vous ne pouvez pas être dans la communion de l’Église, si vous n’adoptez pas le Novus Ordo, partiellement ou totalement. Dura lex, sed lex. Rentrez dans le rang : l’Église a parlé, obéissez. » Mais nous avons souvenir, quant à nous, d’une autre parole, certaine, de l’Église, qui plus est une promesse, dans laquelle notre famille spirituelle a mis toute sa confiance. En 1988, alors que Mgr Lefebvre sacrait quatre évêques contre l’avis de Rome, les laïcs organisateurs du pèlerinage de Chrétienté ont pris la décision profondément douloureuse de s’écarter de cette voie pour rester unis de façon visible au Saint-Siège. C’est au nom de l’unité de l’Église, qu’on nous accuse aujourd’hui de mettre à mal, que ces laïcs et ces prêtres, profondément attachés aux pédagogies traditionnelles de la foi, se sont tournés vers le saint pape Jean-Paul II. Ce jour-là, le Saint Père leur a dit que leur attachement était « légitime » ; il a évoqué la beauté et la richesse de ce trésor de l’Église ; et pour faire honneur à cette démarche filiale, il a fait la promesse de garantir et de protéger, de manière large et généreuse, les aspirations des fidèles attachés aux formes liturgiques et disciplinaires antérieures de la tradition latine, sans aucune contrepartie d’ordre liturgique, sinon de reconnaître le Concile Vatican II et la validité du Novus ordo. L’Église catholique, prenant en considération les personnes, et leur histoire, nous a dit que nous sommes en communion avec l’Église en faisant le choix de la liturgie tridentine comme chemin véritable de sanctification. Nous ne pouvons douter de cette parole, dont la valeur demeure car elle dépasse les douloureuses contingences historiques de 1988.

 

Aujourd’hui encore, malgré les vexations multiples, notre famille spirituelle conserve une paisible espérance dans cette parole de l’Église, de qui elle a appris qu’en justice naturelle, pacta sunt servanda (la parole donnée doit être tenue). On nous dit que nous avons rompu le pacte, en durcissant nos positions, en refusant les mains tendues. Mais depuis 1988, nous n’avons rien changé de ce délicat équilibre entre fidélité envers le Siège de Pierre et attachement aux pédagogies traditionnelles de la Foi.

 

On a peu approfondi en quoi consistait cet « attachement » aux pédagogies traditionnelles de la foi. Certains le minimisent, le réduisant à une sensibilité, à une catégorie politique, à une nostalgie craintive ou une peur de la modernité qui passera avec le temps et la génération suivante. D’autres l’exagèrent, nous reprochant de faire de la liturgie une fin en soi, ou de l’instrumentaliser telle une arme au service d’un combat. Nous savons bien pourtant, nous pèlerins, que la fin c’est le Ciel, qu’il ne faut pas confondre le but d’avec la route qui y conduit, et qu’il y a plusieurs chemins qui mènent au Sanctuaire de tout repos. Mais nous croyons en l’importance des médiations dans l’ordre du Salut, en la valeur intrinsèque de celles-ci. Nous croyons en la liberté des enfants de Dieu pour user, selon leurs besoins et leur prudence, des richesses que l’Église leur propose depuis 2000 ans. Or, pour notre famille spirituelle, la liturgie traditionnelle est purement et simplement le milieu surnaturel de notre rencontre avec le Christ. Ses mots, ses sacrements, sa messe, ses offices, sa catéchèse ont été pour beaucoup d’entre nous la matière première de notre foi, le vecteur de la grâce, l’expression instinctive de notre relation à Dieu : en un mot, notre langue maternelle pour parler au Seigneur, mais aussi pour l’entendre. Pour d’autres, ces harmoniques ont été la cause, seconde mais providentielle, d’une conversion, ou d’un renouvellement radical de la foi. Pour beaucoup de prêtres, cette liturgie est devenue “viscérale”, au sens biblique, pénétrant de façon totalisante chaque fibre de leur être sacerdotal. Il n’est pas question-là de vague sentimentalité esthétique, mais de vie, de respiration, d’expression incarnée de la foi. Qui croit que le christianisme est une religion de l’Incarnation comprend que ces médiations ne sont nullement accidentelles, accessoires ou interchangeables à coup de décrets et d’interdits.

 

Le pèlerinage est un lieu, dans l’Église, où des laïcs et des prêtres viennent pour faire l’expérience de cette respiration et de ce langage particuliers dans l’Église. Il n’est d’ailleurs pas que cela : il est aussi une occasion formidable pour 19000 pèlerins de proposer à nos contemporains un témoignage lumineux de la beauté de la foi catholique, de ferveur spirituelle, à travers ses processions, ses adorations, ses confessions, ses messes. Il est aussi un lieu d’amitié chrétienne internationale, de vie de chapitres, de retrouvailles, de dépouillement, de pénitence joyeuse. Il est enfin ce lieu de l’expérience d’une chrétienté, les pèlerins partageant la conviction qu’il est urgent de promouvoir la royauté sociale de Notre Seigneur sur les sociétés temporelles. Il est tout cela à la fois, dans une harmonie qui n’est pas une fin en soi, mais qui n’est en aucun cas secondaire à nos yeux lorsque l’on considère les fruits spirituels qu’elle porte. Certes, on nous le rappelle avec force, les laïcs n’ont pas d’autorité en matière de liturgie. Mais ils demeurent libres en droit de fonder des associations, d’y inviter qui ils souhaitent, et de choisir de valoriser certains thèmes comme moyens privilégiés de mettre en œuvre la finalité de tout apostolat laïc : « le renouvellement chrétien de l’ordre temporel » (Apostolicam actuosem, 7). Nous citons à dessein ce texte de Vatican II qui reconnaît une juste autonomie de l’apostolat des laïcs et de ses choix d’actions, le protégeant du danger toujours menaçant d’un dangereux cléricalisme. Nous ne trompons personne ; nous n’avons jamais masqué nos spécificités ; et nous savons que ces thèmes sont loin d’être partagés par tous les chrétiens. Mais le pèlerinage de Chartres ne convient pas à tous les chrétiens ! Nous n’avons jamais eu l’audace de nous considérer comme apportant une réponse universelle qui parle à tout le peuple de Dieu. Nous sommes nous-mêmes surpris par l’attractivité de cette œuvre, pourtant si spéciale à de multiples égards. Et fort heureusement, il existe d’autres œuvres dans l’Église, qui valorisent d’autres expressions de la foi, utilisant des moyens qui leurs sont propres et qui ne sont pas les nôtres, mais qui apportent une complémentarité, avec un dynamisme missionnaire ou un élan caritatif qui peut forcer l’admiration. Nous entretenons d’ailleurs avec certaines d’entre elles d’excellentes relations de collaboration, et jamais il n’a été exigé entre nous que, pour travailler ensemble, il fallait être tous pareil et diluer nos particularismes. Car le mystère du Verbe Incarné est trop riche pour être dit en un seul langage ; et, pour reprendre les propos pertinents d’un théologien qui n’appartient certainement pas à notre famille d’esprit, « il n’y a rien de plus contraire à la véritable unité chrétienne que la recherche de l’unification. Celle-ci consiste toujours à vouloir rendre universelle une forme particulière, à enfermer la vie dans une de ses expressions. »

 

Cette expression particulière de la foi dont nous faisons l’expérience à Chartres est aujourd’hui à nouveau menacée. Aujourd’hui une partie du peuple chrétien suffoque, parce qu’on cherche à entraver la respiration de son âme par une sorte de violation de sa conscience. On sait pourtant les dégâts qui peuvent se produire dans une âme, lorsqu’on veut la priver autoritairement de la médiation connaturelle et sensible à travers laquelle elle a appris à toucher le Dieu invisible : c’est ce qui s’est passé en 1969 par exemple. Rien n’est plus violent, spirituellement, que de s’entendre dire que notre « langue » ne pourra plus désormais être parlée que de façon exceptionnelle au cœur même du pèlerinage de Chartres. Ou de sentir, comme plusieurs nous l’ont affirmé directement, qu’elle est suspecte d’hérésie, que ses sacrements seraient de fait invalides, que la célébration de cette messe devrait être interdite. Car tout cela nous a été dit. En revanche, rarement est reconnue la valeur intrinsèque de la liturgie traditionnelle, et les bienfaits positifs qu’apportent ces pédagogies aux pèlerins l’espace de trois jours. Notre spécificité est masquée, voire niée, considérée comme anecdotique ou accessoire à l’esprit du pèlerinage ou à son succès ; elle serait la fixette d’une vieille génération qui n’est aucunement partagée par la jeune selon le slogan mainte fois entendu : « Les jeunes ne viennent pas pour cela ». Toujours est-il que c’est « cela » que nous proposons pendant trois jours depuis 43 ans, et que nous n’inscrivons personne de force. Nous entendre dire qu’une messe selon le Vetus Ordo peut aisément être remplacée par une messe selon le Novus Ordo en latin, ad orientem, avec de l’encens et du grégorien : cela témoigne douloureusement du peu de considération qui est fait du lien vital et spirituel qui lie harmonieusement les pédagogies traditionnelles de la foi. On nous dit que le pèlerinage sera enfin pleinement « d’Église » lorsqu’il s’ouvrira au Novus Ordo. Nous recevons cela avec la même violence que lorsque l’on dit à une minorité qu’elle sera enfin acceptée par la majorité lorsqu’elle renoncera à sa culture, lorsqu’elle diluera sa richesse pour se fondre dans la masse. Ce que la société civile est parvenue à faire pour protéger l’identité des minorités au nom de la justice naturelle et du respect des personnes et des cultures, nous avons la certitude que l’Église peut aussi y parvenir sans ruiner son unité.

 

Contrairement à ce qui a été écrit, nous ne posons pas d’interdits liturgiques au pèlerinage : nous en subissons nous-même suffisamment. Mais nous souhaitons que le pèlerinage continue d’être un lieu ou la liturgie traditionnelle est aimée et mise en avant, notamment par les cadres, et donc par les prêtres. Cette année encore, plusieurs prêtres nous disent qu’ils sont heureux d’apprendre cette liturgie pour venir au pèlerinage. Nous avons un contact direct avec chacun en amont de leur inscription, et nous leur demandons deux choses : de se mettre au service de tous les pèlerins et non de leurs propres fidèles, pour être tout à tous et pour qu’aucun chapitre ne manque du ministère de la confession, et de valoriser auprès des pèlerins le thème de la chrétienté et la liturgie tridentine. Nous leur demandons de jouer le jeu de l’esprit propre à ces trois journées d’amour et de mise en avant de ces trésors spirituels, et non pas d’essayer de changer le pèlerinage. Nous distinguons bien entre ceux qui ne veulent pas partager ces fondamentaux et ne manifestent pas d’intérêt pour eux – ceux-là ne viennent pas d’eux-mêmes – et ceux qui apprécient sincèrement le pèlerinage et ses piliers mais ne peuvent pas encore célébrer la forme tridentine, soit par manque de temps pour l’apprendre, soit parce qu’ils sont interdits de la célébrer. Pour eux, aussi rares soient-ils, nous avons toujours essayé de trouver des solutions pour exercer l’hospitalité liturgique et leur permettre de venir.

 

Pour poser des bases saines au dialogue que nous appelons de nos vœux, il faut encore dire ceci. Si nous sommes attachés aux pédagogies traditionnelles de la foi dans leur intégralité, ce n’est pas uniquement parce que nous avons pour elles un attachement viscéral ; mais c’est aussi parce nous constatons que l’Église traverse depuis trop longtemps une crise majeure, une crise doctrinale et liturgique. Il y a là une difficulté dont nous sommes conscients : l’existence des communautés traditionnelles apparaît à certains comme un « reproche vivant » vis-à-vis d’autres méthodes pastorales et liturgiques dans lesquelles on voudrait, de force, nous diluer. Précisons donc les choses. Oui, nous recevons intégralement le Concile Vatican II et le magistère récent de l’Église, nous l’étudions dans nos livrets de formations, nous l’interprétons, selon le vœu de Benoît XVI, à la lumière de la Tradition, rejetant les interprétations erronées que l’on peut faire de certains passages ambigus du texte conciliaire4 . Nous ne sommes pas de ceux qui souhaitent établir une rupture entre « Église préconciliaire » et « Église postconciliaire ». Nous croyons en la Tradition vivante (que nous ne confondons aucunement avec les traditions humaines), au développement organique du dogme, mais nous savons que l’Église ne peut modifier, au nom du progrès ou de l’adaptation au monde, la doctrine du Jésus sur les points aussi essentiels que la théologie de la messe, la doctrine du sacerdoce, l’indissolubilité du mariage ou la morale catholique. Nous sommes profondément inquiets de voir que le relativisme doctrinal et le progressisme moral continuent de prospérer en de nombreux lieux de l’Eglise aujourd’hui encore. Nombre de nos pèlerins, même dans la très jeune génération, reconnaissent n’avoir rien reçu en formation doctrinale, se considèrent comme des générations sacrifiées, ont l’impression qu’on leur a caché le contenu de leur foi, et viennent trouver au pèlerinage des réponses claires. Le « kaïros » que nous vivons demande que nous ayons le courage de poser un constat lucide sur cette crise de la transmission de la foi qui continue aujourd’hui, et de réfléchir ensemble sur les moyens à mettre en œuvre pour en sortir, car l’unité de l’Église est d’abord une unité dans la foi. […]

 

 

Pourquoi fêter Marie, mère de l’Église, le lundi de Pentecôte ?

07/06/2025

Pourquoi fêter Marie, mère de l’Église, le lundi de Pentecôte ?

 

L'iconographie imprègne tellement notre imaginaire chrétien que nous croyons spontanément que la Vierge Marie était au milieu des apôtres à la Pentecôte. Or l’Écriture n’en dit rien. Lorsqu’il introduit son récit de la Pentecôte, Luc écrit : « Le jour de la Pentecôte étant arrivés, ils se trouvaient tous ensemble dans un même lieu » (Ac 2, 1). « Ils », ce sont les Douze après l’élection de Matthias. Alors, pourquoi représenter Marie parmi les Douze à la Pentecôte, parfois au milieu d’eux, parfois à une place éminente ? D’abord à cause d’un verset du chapitre précédent dans les Actes : « Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière avec quelques femmes, dont Marie mère de Jésus, et avec ses frères » (Ac 1, 14). C’est d’ailleurs l’unique mention de Marie dans les Actes. On interpole donc ce verset à raison de l’identité de situation : les Douze en prière. Sur ce fondement scripturaire ténu, la piété chrétienne se plaît à penser que la Vierge Marie a intercédé tout particulièrement pour que l’Esprit saint descende sur les Douze à la Pentecôte. Ce n’est pas totalement gratuit.

 

Épouse de l’Esprit saint
C’est que la Vierge Marie était dans une familiarité unique avec l’Esprit saint depuis l’Annonciation où il l’avait recouverte de son ombre. Elle était particulièrement qualifiée pour appeler l’Esprit saint. On a même pu la qualifier d’épouse du Saint-Esprit, ce qui est tout de même moins malsonnant que ceux qui la voient épouse mystique du Christ au risque d’introduire l’inceste au beau milieu de la Sainte Famille. Surtout, la Vierge Marie se devait de réaliser la mission que lui avait confiée Jésus à la Croix. Pour être mère de l’Église, il fallait que Marie coopère réellement et selon une modalité propre à l’engendrement des Douze à la vie nouvelle d’enfants de Dieu. En intercédant efficacement pour que l’Esprit saint descende sur eux, Marie devient réellement mère de l’Église dans l’ordre de la grâce, selon la formule audacieuse de Lumen Gentium, 61.

 

Comme souvent, la dévotion voit plus loin qu’on ne le croit. Si Marie a réellement joué un rôle décisif en appelant l’Esprit saint sur les Apôtres, elle n’a fait qu’accomplir en perfection ce qu’elle a fait déjà à Cana : voir les besoins des hommes, prévenir leurs désirs, et intercéder auprès de son Fils tout en nous avertissant : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jn 2, 5). C’est à Cana qu’est révélée la modalité propre de la maternité de Marie dans l’ordre de la grâce, toute subordonnée à l’action souveraine du Christ, l’unique Sauveur et médiateur. À Cana, sur la prière de sa mère, Jésus avait anticipé le début de son ministère public et l’œuvre de la Rédemption qu’il était venu accomplir. Au Cénacle, Marie provoque à nouveau une étape décisive dans l’histoire de l’Église avec l’effusion de l’Esprit saint sur les Douze pour que Jésus glorifié puisse communiquer sa grâce à tout son corps mystique. L’Esprit saint qui était venu couvrir Marie de son ombre à l’Annonciation se répand par son intercession sur toute l’Église.

 

L’intercession de sa tendresse maternelle
Le récit de Cana aide aussi à comprendre comment l’unique grâce qui vient du Christ est colorée d’une nuance maternelle par la médiation de Marie. Cette tendresse attentive et frémissante de la maman qui voit les moindres désirs et les besoins les plus cachés de ses enfants, Marie peut d’ailleurs l’exercer avec une efficacité d’autant plus grande depuis qu’elle est dans la vision béatifique. Depuis le Ciel où elle est entrée en son âme et en son corps, Marie voit tout ce dont ses enfants ont besoin, et elle porte nos supplications à son Fils. 

 

Cette maternité de Marie sur l’Église, c’est-à-dire sur chacun des baptisés mais aussi sur la communauté des enfants de Dieu prise comme un tout, est-elle si différente de l’intercession commune des saints au Ciel à l’égard des chrétiens encore en chemin ? À vrai dire, son intercession est de toute façon la plus efficace dans la communion des saints à proportion de son intimité unique avec Jésus. Son association toute particulière à l’œuvre du Rédempteur aux jours de sa chair donne à son intercession une qualité unique.

 

La grâce du Christ passe forcément par Marie
Marie est-elle source de la grâce ? Non, cela est réservé au Christ. Le terme de « corédemptrice » est sans doute trop lourd d’ambiguïté à cet égard et le concile s’est bien gardé d’en user. Mais si toute grâce vient du Christ-Tête du corps mystique, toute grâce passe par Marie qui est selon l’image suggestive de saint Bernard comme le cou du corps mystique. De la tête au corps, du Christ à nous, il y a toujours Marie. Le Christ n’en avait pas besoin et pouvait nous atteindre tous et chacun sans cela. Mais il a voulu nous donner sa mère par pure gratuité, par un surcroît d’amour et de considération pour notre condition humaine. Dès lors, toute grâce qui vient du Christ passe forcément par Marie. Et la grâce qui est fondamentalement christique est comme modalisée par la médiation mariale. La grâce christique est colorée d’une nuance maternelle de tendresse. Notre vie d’enfants de Dieu s’en trouve mieux accordée aux requêtes de notre affectivité, « maintenant et à l’heure de notre mort », et jusqu’à la consommation de l’Église dans la gloire du Ciel. 

 

Marie était-elle au Cénacle pour appeler l’Esprit saint sur les Douze ? L’Écriture ne le dit pas. Mais dans la foi de l’Église enrichie par la prière des saints, nous croyons que par sa proximité unique au Christ et à l’Esprit saint elle nous engendre à la vie de la grâce et nous comble de sa tendresse maternelle pour nous mener sous la protection de son manteau étoilé jusque dans la gloire du Ciel.

 

Jean-Thomas de Beauregard  ALETEIA

Votre pèlerinage est un témoignage du refus de s’agenouiller devant les maîtres de cette terre

06/06/2025

Votre pèlerinage est un témoignage du refus de s’agenouiller devant les maîtres de cette terre

Chers Pèlerins,

Vous partez pérégriner sous le regard bienveillant et protecteur de toutes les armées célestes et de la cour des saints. La Très Sainte Vierge est émue de tant d’ardeur et de dévotion. Comme le chante Charles Péguy, votre illustre prédécesseur sur les chemins de la Beauce, lorsqu’il s’adresse à Notre Dame :

 

« Vous nous voyez marcher sur cette route droite, / Tout poudreux, tout crottés, la pluie entre les dents. […] Nous allons devant nous, les mains le long des poches, / Sans aucun appareil, sans fatras, sans discours, / D’un pas toujours égal, sans hâte, ni recours […] / Vous nous voyez marcher, nous sommes la piétaille. / Nous n’avançons jamais que d’un pas à la fois. » (La Tapisserie de Notre Dame. Présentation de la Beauce à Notre Dame de Chartres)

 

Vingt siècles de France chrétienne vous précèdent, peuples et rois, saints et pécheurs, martyrs et soldats, pauvres et riches, puissants et petits. Sur vos épaules repose cet héritage de tant de prière, de tant de sacrifice, de tant de charité. Il y a de quoi trembler en recevant à votre tour un tel trésor, aussi lancez-vous sans crainte, avec respect, en laissant sa juste place au silence, à la contemplation, en évitant les bavardages, en écartant une attitude superficielle car le divertissement n’a pas ici sa place. Vos souliers soulèveront la poussière ou s’enfonceront dans la boue, le ciel vous enverra pluie et soleil, et vos pieds endoloris deviendront peut-être la première preuve de votre amour de Dieu. Vous méditerez sur le règne de Notre-Seigneur au ciel et sur la terre. Vos douleurs, votre effort, vos mortifications seront des petites pierres participant modestement à la construction de cet édifice.

 

La grande falsification du monde ne date pas d’aujourd’hui, même si nous possédons plus de moyens pour commettre le mal que nos lointains aïeux. Cette procession, qui va relier la Très Sainte Vierge de Paris, patronne de la France en son Assomption, et Notre Dame au milieu des champs et des blés, s’inscrit à la suite de ce que proclamait déjà le prophète Isaïe :

 

« Qu’ils sont beaux sur les montagnes les pieds du messager, qui publie la bonne nouvelle de la paix ; de celui qui annonce le bonheur, qui publie le salut ; de celui qui dit à Sion : “Ton Dieu règne !” » (Isaïe, LII. 7)

 

À notre époque poly-hérétique,- temps de déconstruction de tout le message chrétien, résistance diabolique à la Révélation-, chaque pas effectué par une simple sentinelle contribue au règne de Dieu, qui est effectif même s’il n’est pas reconnu et accepté. Il dépend de chacun d’entre vous de prendre son élan en ces jours de marche joyeux et spartiates. Il ne faudrait pas ensuite faiblir dans cet envol et beaucoup va se jouer en ces heures qui vous attendent, dans la façon dont vous intérioriserez chaque instant, dont vous offrirez chaque désagrément, chaque inconfort.

 

Emmagasinez les forces spirituelles et les nourritures de l’âme pour résister dans un monde souvent hostile qui veut diviniser l’homme, qui cherche à unifier tous les peuples en une Tour de Babel et qui rêve de construire sur terre un Paradis à l’opposé de Dieu. Votre pèlerinage, bien vivant, est un témoignage du refus de s’agenouiller devant les maîtres de cette terre et leurs œuvres de mort. Mais ne vous y trompez pas : le Malin saisit chaque occasion, même les plus saintes, pour essayer d’avancer ses pions. Alors demeurez sur vos gardes, par l’attention du cœur, par la fréquentation des sacrements, par l’ancrage dans la prière, par l’exercice de la pénitence. Saint Pierre ne cesse de nous avertir :

 

« Soyez sobres, veillez ; votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde autour de vous, cherchant qui dévorer. Résistez-lui, fermes dans la foi […] » (Ire Épître de saint Pierre, V. 7)

 

Charles Baudelaire, ce torturé du surnaturel, avait bien résumé la situation de nos siècles malades en précisant que la plupart des gens croient en Dieu mais ne L’aiment pas, tandis qu’ils aiment le diable auquel ils ne croient pas.

 

Au cours de votre pèlerinage, serviteurs du règne de Dieu, reprenez la méditation des deux étendards dans les Exercices Spirituels de saint Ignace de Loyola car il s’agit de l’éternel combat de l’histoire des hommes et de chaque histoire personnelle : le souverain et vrai capitaine, le Christ Notre-Seigneur, se tient en humble place avec l’armée des pécheurs repentants que nous sommes, tandis que Lucifer, avec son aspect terrifiant, réunit, avec ses troupes de démons, tous les hommes soucieux d’honneurs, de plaisirs et de gloire mondaine. Il faut choisir un camp, celui de Dieu bien sûr, et s’y fixer cahin-caha, clopin-clopant.

 

Saint Augustin, rescapé du péché et de l’hérésie, ne regarde plus que la Cité de Dieu, et il nous conseille ainsi :

 

« Nous sommes des voyageurs. Qu’est-ce que voyager ? Je le dis d’un mot : avancer. Que toujours te déplaise ce que tu es, pour parvenir à ce que tu n’es pas encore… Avance toujours, marche toujours, ajoute toujours. Ne demeure pas en chemin, ne recule pas, ne sors pas de la route. Il demeure immobile celui qui n’avance pas. Mieux vaut un boiteux sur la route qu’un coureur hors de la route. » (Sermons)

 

Les ténèbres qui sont tombées sur la terre, comme le soulignait Pie XII en 1939, ne sont pas une fatalité tant que des âmes humbles et fidèles demeureront, même comme un petit reste. Ne nous égarons pas et demeurons dans ce cortège incessant en route vers le Paradis. Que ces trois jours vous fassent déboucher sur la Résurrection.

 

Chers Pèlerins, serrez dans votre besace les richesses de la Tradition et glissez-y aussi les intentions pour l’Église et pour le Souverain Pontife Léon XIV. Soyez des boiteux paisibles, enthousiastes, tout tournés vers le Ciel.

 

Que la Très Sainte Vierge vous protège dans son manteau de miséricorde, que les anges et tous les saints accompagnent vos chants et soutiennent vos pas.

 

Que le règne de Dieu envahisse vos cœurs !

 

P. Jean-François Thomas s

Orbán: Plans pour l'Europe Chrétienne et Souveraine

05/06/2025

Orbán: Plans pour l'Europe Chrétienne et Souveraine

 

1. Le "Plan Libéral" : Une Menace pour le Christianisme et la Nation
Orbán décrit le "plan libéral" comme une force qui cherche à éradiquer les fondements historiques et culturels de l'Europe.
Rejet du Christianisme et de l'identité nationale : Selon Orbán, les libéraux considèrent la "vieille Europe culturelle et chrétienne comme obsolète". Leur objectif est de "fabriquer une nouvelle identité pour remplacer le christianisme et la nation". Il rappelle que les efforts pour remplacer le christianisme existent depuis plus d'un siècle, citant la Révolution française et les mouvements de gauche en Russie, en Espagne et au Portugal, bien que les méthodes récentes soient plus "culturelles" (ex: "libération sexuelle" et idéologie LGBTQ).


Affaiblissement de la souveraineté nationale : Le plan libéral vise à "saper la souveraineté nationale et à centraliser l'Europe". Orbán critique Bruxelles (siège de l'OTAN) comme le moteur de cette centralisation.


Économie de guerre et centralisation : Il accuse les libéraux d'utiliser la guerre comme prétexte pour construire un nouveau modèle économique. "S'il y a la guerre, il y a plus de Bruxelles, et encore moins de souveraineté." Ce modèle est caractérisé par "une dette collective, un contrôle central et un trésor de guerre".


L'adhésion de l'Ukraine à l'UE : L'intégration de l'Ukraine dans l'Union européenne est perçue comme un élément "clé" de ce "plan libéral belliciste", potentiellement un pas vers l'OTAN, ce que la Russie a jugé comme une menace de guerre nucléaire.


"L'État profond transatlantique" : Orbán appelle au "démantèlement de la collusion libérale américaine et bruxelloise, l'État profond transatlantique".

 


2. Le "Plan Patriotique" : L'Alternative Conservatrice
En opposition, Viktor Orbán propose un "plan patriotique" en quatre points pour l'Europe :

 

Paix : Le maintien de la paix est une priorité.


Souveraineté nationale : La préservation et le renforcement de la souveraineté des nations européennes.


Liberté : Bien que non explicitement définie, cela sous-entend la liberté individuelle et nationale face à l'ingérence extérieure et à la centralisation.


Retour à  l'Europe chrétienne : Il s'agit de se réapproprier la culture chrétienne pour faire reculer la barbarie qui se développe (ndlr : en France, on est servi !). Cela implique une politique anti-immigration stricte.

 


3. Le Rôle du Christianisme et de la Famille
Même s’il n’est pas catholique,Orbán est un fervent défenseur des valeurs chrétiennes :


Il promeut "une défense sans réserve du mariage et de l'unité familiale traditionnelle" et s'oppose ouvertement à l'idéologie LGBTQ.


Bien que la pratique religieuse hebdomadaire en Hongrie reste faible (9%, 4 fois plus qu’en France), la part de ceux qui n'assistent jamais aux services religieux a diminué ces dernières années.

 


4. L'Appel à l'Action et au Soutien Américain
Orbán estime que le "plan patriotique" doit l'emporter et que cette bataille doit être gagnée "d'abord par chacun chez soi, puis ensemble à Bruxelles". Il insiste sur la nécessité du soutien des États-Unis, et en particulier d'une "administration réussie du Président Trump", pour contrer l'influence libérale.
En somme, le discours de Viktor Orbán dépeint une Europe à la croisée des chemins, entre une voie libérale perçue comme destructrice de l'identité chrétienne et nationale, et une voie patriotique axée sur la souveraineté, la paix et la restauration des valeurs traditionnelles.


Chers amis catholiques, ce que dit Orban est une évidence pour tous. Qui ne voit pas la volonté mortifère de la plupart de nos gouvernants européens de désagréger les sociétés ?
Qui ose le dire de crainte de passer pour “complotiste” ? Alors, quand c’est le dirigeant d’une nation martyre du communisme qui proclame ces vérités, c'est à dire qu'il connaît le sujet, on ne boudera pas notre plaisir.

 

Kyrie Eleison !

 

 

François Charbonnier

 

 


Sources : LifeSiteNews, About Hungary

Staline et l’URSS, le retour : ils sont plus que jamais d’actualité en Russie

05/06/2025

Staline et l’URSS, le retour : ils sont plus que jamais d’actualité en Russie

Je vous livre ici un article bien argumenté de notre amie Jeanne Smits qui considère que la Russie va ressusciter l'URSS communiste. On peut néanmoins objecter que les Russes, profondément patriotes, ont décidé d'assumer leurs erreurs et ne pas sombrer dans la repentance qui nous fait tant de mal à nous Français. Pour illustrer cette opinion, je vous livre après l'article un magnifique clip patriotique de l'hymne russe qui glorifie indiféremment son Histoire politique et religieuse dont les taches ont été lavées par le sang ... o combien versé !  De fait, la question est juste de savoir si la consécration de la Russie au Coeur Immaculé de Marie a bien été réalisée comme le demandait la sainte Vierge ...  PO.

Voici le texte de Jeanne Smits :

Le correspondant de la BBC à Moscou, Steve Rosenberg, a publié il y a quelques jours un reportage vidéo tourné dans la capitale russe, où il a assisté au « Défilé de la Victoire ». L’occasion pour lui de montrer que la mémoire de Staline est de plus en plus magnifiée dans cette Russie guerrière où la population ne se demande pas seulement « ce que l’avenir lui réserve » : « Ils ne savent pas non plus ce que leur réserve le passé : ici, le passé est en constante évolution », écrit le journaliste. La vision de Staline en est un exemple, mais les choses vont en réalité plus loin : l’idée se répand aujourd’hui que l’URSS n’est pas morte. Légalement, du moins. Le communisme soviétique est en tout cas un élément de l’histoire que l’on peut valoriser sans prendre de risques. La swastika est proscrite, la faucille et le marteau ornent encore les monuments, les murs et les drapeaux. Et la figure du « petit père des peuples » est, un peu partout, de retour.

 

Le reportage de la BBC démarre à l’entrée du métro moscovite, station Taganskaïa, où un nouveau monument à la mémoire de Joseph Staline a été inauguré mi-mai dans un couloir de correspondance entre deux lignes : il s’agit d’un imposant bas-relief de couleur claire, réalisé dans le plus pur style fascisto-soviétique, qui montre des hommes, des femmes, des enfants, des bébés brandissant des bouquets en portant leurs regards énamourés vers le noble visage du tyran. Lui-même est représenté debout, surmonté d’une banderole à l’effigie de Lénine. Une insulte aux millions de victimes de soixante-dix ans de communisme à visage ouvert…

 

Staline et l’URSS glorifiés en Russie à travers le souvenir de la Seconde Guerre mondiale


Il fut un temps où il était de bon ton de décrier Staline, ses crimes, ses exécutions sommaires, sa paranoïa meurtrière, ses purges et son mépris du peuple russe, pour mieux « sauver » le communisme lui-même en détendant ses liens avec le Goulag et autres atrocités. Rosenberg rappelle que les statues de Staline avaient été renversées un peu partout après sa mort, pendant qu’on dénonçait ses crimes contre le peuple et que l’on « condamnait officiellement son culte de la personnalité ».

 

Sous Vladimir Poutine, c’est la figure de Staline qui est volontiers réhabilitée, saluée en tant que vainqueur de la bataille de Stalingrad et artisan de la victoire sur l’Allemagne nazie, qui a fait couler tant de sang russe – mais en marquant une distance à l’égard de Lénine et du communisme lui-même. La nouvelle œuvre qui lui rend hommage rompt avec cette dialectique en mettant également Lénine à l’honneur.

 

Staline, l’homme au millions de victimes est aujourd’hui donné en exemple et, comme le souligne Steve Rosenberg, des statues à son effigie ressurgissent un peu partout en Russie, en tant qu’« homme fort » à imiter.

 

Le journaliste a interviewé plusieurs Moscovites, tel ce jeune homme qui explique ce qu’il pense de Staline : « Eh bien, je pense que Joseph Staline est injustement détesté. Il a beaucoup fait pour notre nation, et nous en profitons encore aujourd’hui. » Il y a eu a terreur stalinienne et de nombreuses personnes ont souffert dans les goulags, répond le journaliste. « A ce sujet, nous ne pouvons pas blâmer uniquement Staline, car c’était un système », croit ce jeune.

 

Staline ? « Personne n’est parfait »


Une ménagère de moins de cinquante ans explique quant à elle que Staline fait partie de l’histoire de la Russie. Et les victimes du Goulag ? « Eh bien, ce sont des choses qui arrivent. Personne n’est parfait. Sûrement qu’en ce temps-là, il lui fallait le faire, et donc on a pris cette décision. C’était son choix. Nous, nous sommes d’accord. »

Puis une jeune femme reconnaît que Staline « était, bien sûr, un tyran. Néanmoins il a prouvé sa valeur en tant que chef. Une fois de plus, il y a du bon et du mauvais en chacun. Et quand vous rappelez la répression, les temps difficiles des années 1930, le culte de la personnalité de Staline, il s’agit évidemment d’un chapitre triste de l’histoire de notre pays… »

 

Essayez-donc de parler en des termes semblablement nuancés de Hitler, ou même de Franco !

 

Ce retour en grâce de Staline en cache peut-être un autre. Rosenberg l’affirme sans détours, en affirmant : « Mais il n’y a pas que Joseph Staline qui revient sur le devant de la scène. Seriez-vous prêt à croire que c’est l’URSS qui revient ? »

 

L’Union soviétique, qui a aujourd’hui son musée à Moscou, cette URSS qui s’est effondrée il y a plus de trente ans, ne serait pas pour autant détruite. « II y a quelques jours, l’un des conseillers du président Poutine a suggéré que l’URSS existait toujours légalement, car lors de sa dissolution, il y aurait eu des violations de procédure », rapporte Steve Rosenberg.

 

Celui-ci analyse, et montre, campé au milieu de la Place Rouge, en quoi l’affaire n’est pas le délire de quelque individu : « Il a déclaré cela pour tenter de faire passer la guerre de la Russie en Ukraine comme une affaire interne à Moscou. Puis un ancien Premier ministre russe est intervenu pour le soutenir, juste là, près de la Place Rouge. Certains ultra-nationalistes sont d’accord avec lui et souhaitent le retour de l’Union soviétique. »

 

Le retour de l’URSS arrangerait bien la Russie


Rosenberg dit ne pas croire que « nous allons nous réveiller un matin et découvrir que l’URSS est de retour, mais il est intéressant de voir que cette idée est semée et il est également intéressant de voir comment le passé est réinterprété et remodelé ici sous l’influence des événements actuels, de la guerre en Ukraine, de la confrontation avec l’Occident et de la promotion du patriotisme ».

 

Le proche de Poutine cité par le journaliste est Anton Kobyakov qui a revendiqué la survie juridique de l’URSS lors du 13e Forum juridique international de Saint-Pétersbourg le 21 mai dernier, c’est-à-dire dans le contexte d’une rencontre officielle, puisque le Forum a été créé à l’initiative du ministère russe de la Justice en 2011 avec le soutien du président de la Fédération russe – Vladimir Poutine lui a d’ailleurs adressé un message de félicitations et d’encouragements cette année.

 

On ne sache pas que les affirmations de Kobyakov, conseiller de Poutine, aient été contredites, démenties ou discréditées dans cette Russie où il n’est certes pas possible de dire ce qui vous passe par la tête à ce niveau. Au contraire, elles ont été répercutées par l’agence d’informations officielle TASS. Selon ses mots, « la procédure de dissolution de l’URSS n’a pas été respectée » – mieux, « les spécialistes du droit constitutionnel, y compris ceux des pays occidentaux tels que les Etats-Unis et la France » l’auraient reconnu.

 

L’URSS pas morte ? Des proches de Poutine veulent le faire croire


Sur TF1-Info, Astrig Agopian consacre un article à cette revendication que l’on peut tenir pour absurde… ou lourde de conséquences. Elle écrit : « Ce proche du Kremlin prétend que l’accord de Minsk, signé en 1991, et considéré comme le document qui entérine la dislocation de l’Union soviétique est “contestable” et que “la procédure légale n’a pas été correctement suivie”. Kobyakov conclut même à propos de la guerre en Ukraine que “si l’Union soviétique n’a pas été légalement dissoute, alors la crise ukrainienne, par exemple, pourrait être considérée comme une affaire intérieure plutôt qu’un conflit international”. »

 

Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple, en somme ? Sans compter qu’une URSS revenue non comme un fantôme, mais revivifiée comme une belle au bois dormant ne cadrerait pas si mal avec la réhabilitation actuelle de l’histoire soviétique elle-même, avec le maintien de sympathies communistes de toujours (pensez aux liens de la Russie avec la Chine, la Corée du Nord et bien d’autres alliés et anciens « pays non-alignés », comme au temps de la Guerre froide) et l’organisation d’événements où les jeunesses communistes du monde entier sont à l’honneur…

 

D’ailleurs, Kobyakov n’est pas seul à penser que l’URSS existe toujours pleinement en tant qu’entité juridique. L’ancien Premier ministre russe Sergueï Stepachine (il occupa la fonction en 1999) est du même avis, et il l’a exprimé quelques jours plus tard lors d’un entretien avec Ria Novosti.

 

L’article d’Astrig Agopian donne ensuite la parole à des constitutionnalistes et à des historiens français ou russes, qui ne croient pas en la justesse du raisonnement tenu par Kobyakov et Stepachine. Elle souligne que ce courant de pensée a été historiquement celui des opposants, citant l’historien Ilya Platov : « Ces paroles résonnent étrangement avec le discours tenu par un mouvement plutôt marginal et considéré comme extrémiste du retour en URSS, qui disait justement que l’Union avait été dissoute illégalement, que la Fédération de Russie est une entreprise privée, et qui appelait ses membres à ne plus payer leurs impôts, qui remettait en cause la légitimité de Vladimir Poutine en tant que président de la Fédération de Russie. Les dirigeants de ce mouvement ont été emprisonnés. C’est donc assez curieux qu’un conseiller de Vladimir Poutine dise la même chose. »

 

Le retour de la Russie prédit par un transfuge du KGB


Mais ne s’agit-il que d’une argumentation stratégique et d’un raisonnement de circonstance alors que la Russie cherche à justifier juridiquement ses actions contre l’Ukraine ? Ou d’une manière, comme le dit Platov, « d’éveiller la nostalgie soviétique, de rassurer sur sa puissance » ?

 

Un autre objectif se cache peut-être derrière l’argutie juridique. Ceux qui croient, ayant lu Des mensonges pas si nouveaux du transfuge du KGB Anatoliy Golitsyn, que l’Union soviétique n’est jamais morte, y verront plutôt le signe que l’idée de la ranimer existe bel et bien chez certains – et ce, quoi qu’il en soit de l’exactitude juridique du propos.

Golitsyn annonçait dès le début des années 1980, parmi d’autres prédictions qui se sont réalisées, la chute de l’URSS, l’apparente libéralisation de la Russie et son rapprochement avec l’Occident en attendant la nouvelle « Révolution d’octobre » communiste qui s’accomplirait à travers un Nouvel Ordre Mondial.

 

Avec une URSS prête au réemploi, bien des étapes pourraient être brûlées.

 

Jeanne Smits

 

 

 

La Quête Spirituelle en France : Au-delà des Apparences, un Pays en Mouvement

04/06/2025

La Quête Spirituelle en France : Au-delà des Apparences, un Pays en Mouvement

Coïncidant avec le lancement de l'Observatoire Français du Catholicisme (OFC), cette enquête dresse un portrait nuancé d'une société en quête de sens, tout en soulignant les défis auxquels l'Église catholique est confrontée.

 

Une Spiritualité Bien Vivante en France


Contrairement aux idées reçues, l'univers spirituel et religieux semble habiter davantage l'intimité des citoyens français qu'on ne le pensait. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 37% des Français déclarent être en « quête spirituelle », et plus de la moitié (52%) s'adonnent à la prière ou à la méditation, « souvent ou parfois ». Cette aspiration ne se limite pas aux générations plus âgées ; les jeunes sont également concernés, avec deux tiers des 18-24 ans qui aspirent à plus de « silence », de « contemplation » et de « méditation ». Un quart de la population exprime le désir de « temps de retraite en silence », un autre quart souhaite « être guidé », et un pourcentage similaire voudrait un accès plus facile à des lieux de recueillement comme les églises ou chapelles.


Cependant, cette quête spirituelle est loin d'être uniforme dans ses objets. Si 46% s'adressent à « Dieu », une part significative s'oriente vers des figures plus spécifiques comme la « Vierge Marie » (19%) ou « Jésus-Christ » (18%). Fait notable, 18% ne s'adressent à « personne en particulier », tandis que d'autres se tournent vers le « cosmos » (8%) ou « des saints » (5%). Cette diversité souligne une spiritualité qui déborde largement le cadre des institutions religieuses traditionnelles.


L'OFC : Un Nouvel Outil pour Comprendre les Mutations


C'est dans ce contexte de profonds changements que l'Observatoire Français du Catholicisme (OFC) voit le jour. Cet institut, qui se déclare « une organisation indépendante et autonome » financée par une « pluralité de mécènes privés » (dont le Fonds du Bien Commun), a pour mission d'« éclairer des réalités et tendances de fond qui traversent l'Église catholique en France et la société française ». L'objectif est clair : fournir des « données fiables » et des « analyses et des prospectives » pour aider le catholicisme à naviguer cette « période de profondes mutations » et repérer les « points d’interactions » entre la société et l'Église.


Ghislain Lafont, président de l'OFC, insiste sur l'indépendance de l'observatoire. De son côté, Mgr Bruno Valentin, évêque de Carcassonne et de Narbonne, souligne l'importance cruciale de cette initiative : « L’enjeu me paraît très important, car le paysage religieux français est en pleine mutation. Il est essentiel de l’observer et de le comprendre ». Les travaux de l'OFC, qui seront disponibles en « open source », s'adresseront à un large public, des « décideurs ecclésiaux comme civils » aux « acteurs engagés sur le terrain et aux chercheurs et universitaires ».


L'Église Catholique Face à Ses Défis


Si la spiritualité en France semble en pleine ébullition, l'Église catholique doit faire face à des défis majeurs, révélés par le même sondage. L'image des prêtres catholiques a subi une dégradation significative : seulement 52% des Français les jugent « dignes de confiance », contre 68% il y a huit ans. Cette érosion de la confiance est directement liée aux scandales d'abus sexuels, qui sont mentionnés dans la moitié des reproches adressés à l'Église. 


Sur le plan démographique, le catholicisme en France est en mutation. Bien que 46% des Français se déclarent toujours catholiques, cette proportion cache une forte disparité générationnelle. 62% des plus de 65 ans se reconnaissent dans cette confession, mais ce chiffre chute drastiquement à seulement 23% chez les 18-24 ans. À titre de comparaison, 18% des jeunes de cette même tranche d'âge se disent musulmans. Quant à la pratique religieuse, elle reste marginale : seuls 2% des baptisés catholiques assistent à la messe chaque dimanche. Pour Arnaud Bouthéon, laïc catholique reconnu, ces chiffres ne disent pas tout : « Le catholicisme nous dépasse, il est multiple, divers. On ne peut le réduire à des chiffres et des données. Tant de choses se passent et se décantent dans les cœurs. »

 

L'étude et le lancement de l'OFC nous offrent un tableau complexe et fascinant de la spiritualité en France. Loin d'une sécularisation monolithique, le pays révèle une aspiration profonde au sens, qui s'exprime sous des formes variées. L'Église catholique, bien que confrontée à des défis majeurs liés à son image et à sa démographie, est appelée à comprendre et à s'adapter à ces mutations pour mieux interagir avec une société en quête spirituelle. L'OFC, avec sa démarche d'analyse et de mise à disposition des données, pourrait bien être un outil essentiel pour éclairer les chemins de la foi et de la spiritualité dans la France de demain.


Comment l'Église catholique saura-t-elle répondre à cette quête spirituelle diffuse mais forte, au-delà des défis actuels ?
Saura-t-elle enfin cesser de se contenter d’être une ONG des bons sentiments, de relancer elle-même des conflits sur la liturgie, de sortir de la pastorale de l’enfouissement ?

En gros, de nous montrer le Chemin, de proclamer la Vérité et de nous donner la Vie ?

François Charbonnier
Sources : Le Figaro, La Vie