Le blog du Temps de l'Immaculée.
17/11/2025
Le rigorisme s'installe, marqué par la banalisation du port du voile, le rejet de la mixité et une conviction, non marginale, que la charia devrait prévaloir sur les lois de la République. La sympathie pour les mouvances islamistes vient compléter ce tableau préoccupant.
Cette situation, jugée inquiétante, est le résultat de décennies de laisser-faire, de lâcheté ou d'indifférence face à la nécessité de défendre fermement la laïcité et de valoriser l'héritage judéo-chrétien de la France, dont le recul coupable du catholicisme a laissé un vide. Quarante ans après les premières affaires du voile, la société française continue de tergiverser sur les limites de la tolérance.
Mener la bataille culturelle et spirituelle qui s'impose est d'autant plus difficile que le rapport de force est déséquilibré. Toute critique se heurte immédiatement à l'accusation d'islamophobie, de réactionnarisme ou de racisme, amplifiée par les réseaux sociaux.
Le défi est exacerbé par le cynisme politique d'une partie de la gauche. Par pur clientélisme électoral, cette frange, symbolisée par Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise, a choisi de se faire l'alliée de l'islam radical. Estimant que le jeune musulman victime de discrimination est le nouveau "prolétaire", cet électorat primo-votant est considéré comme un carburant stratégique pour les échéances électorales futures. L'appel à l'« insoumission » et à l'affichage de drapeaux palestiniens après le 7 octobre 2023 illustre cette dérive, où l'ancien « grand bouffeur de curés », après avoir été enfant de chœur, finit par flatter une mouvance religieuse rigoriste, trahissant les principes historiques de la gauche.
La France est à un carrefour : confrontée à un rigorisme religieux croissant et à un opportunisme politique décomplexé, elle va enfin comprendre que le modèle de société issu de la Révolution est ... révolu. Le vieux peuple gaulois qui a abandonné son Dieu ne sait plus où il habite et se couchera quand les conquérants se lèveront. Il n'y aura pas de guerre civile.
Le combat qui vient est hautement et seulement spirituel. Et sous le régime islamique, le califat qui vient, si Dieu le veut et suscite des âmes, une grande conversion se produira comme en témoignent déjà les prémices, et notre "nation prédestinée" comme l'a qualifiée St Pie X se lavera de ses souillures.
Sursum Corda ! C'est le temps de l'Immaculée !
17/11/2025
L'idolâtrie de Salomon commença donc lorsqu'il chercha des épouses hors d'Israël. À l'époque où Achab régnait sur Israël avec la perfide Jézabel, la loyauté envers Dieu pouvait coûter la vie. Abdias, maître de la maison d'Achab, dut cacher cent cinquante prophètes du Seigneur dans une grotte pour les protéger de la haine meurtrière de Jézabel.
Comme si cela ne suffisait pas, Achaz, roi de Juda, se tournant vers les dieux d’Assyrie, « fit briser les ustensiles de la maison de Dieu, ferma les portes de la maison de l’Éternel et construisit des autels à tous les coins de Jérusalem » (2 Chroniques 28:24). Nul doute qu’Achaz se considérait comme un homme religieux.
Lorsque la situation est devenue si critique, pour retrouver la sérénité, il faut parfois arracher le mal à la racine. Le saint roi Josias ne s'est pas contenté d'encourager le culte du vrai Dieu tout en tolérant l'idolâtrie, si répandue et si puissante, en son sein. Dès qu'il fut en âge de gouverner, « il commença à purifier Juda et Jérusalem des hauts lieux, des bosquets sacrés, des idoles et des statues de métal fondu », brisant les autels de Baal, réduisant les idoles en poussière et la répandant sur les tombes de ceux qui leur avaient offert des sacrifices. (2 Chroniques 34:3-4)
Alors le véritable renouveau put commencer. Il fit réparer le Temple, et le grand prêtre Hilkija, fouillant un ancien lieu abandonné, « trouva un livre de la loi de l’Éternel, donné par Moïse » (34:14). Peut-être le prêtre savait-il où il se trouvait depuis toujours. Josias lut alors le livre devant tout le peuple de Jérusalem, fit vœu de respecter les commandements de l’Éternel et exigea du peuple qu’il en fasse autant.
La réforme de Josias eut un certain impact durable, se poursuivant tout au long de son règne et conservant une certaine influence par la suite, malgré quelques rechutes. Seules la destruction de Jérusalem et la captivité à Babylone suffirent à ramener le peuple vers le Seigneur.
Pourtant, je suis certain qu'avant cela, les gens s'étaient habitués à l'idolâtrie. Pluralistes et tolérants, tous autant qu'ils sont ! Et si l'on sacrifiait des nourrissons à Moloch (image) ? Les bébés n'ont pas encore de vie.
Et si certains appréciaient la prostitution rituelle et la sodomie dans le culte des Baals ? Hiel est peut-être allé un peu trop loin en reconstruisant Jéricho sous le règne d’Achab, en posant ses fondations dans le corps de son fils aîné Abiram et en plantant les portes dans celui de son plus jeune fils Segub (1 Rois 16:34), mais qui pourrait s’en offusquer, sinon un personnage comme ce brigand à moitié fou qu’est Élie ?
Nous sommes aujourd'hui en proie à un fléau grave et généralisé. Aux États-Unis, entre 2 500 et 3 000 enfants meurent chaque jour dans le ventre de leur mère. Nombreux sont ceux qui dénoncent ces meurtres et qui tolèrent sans problème une pratique liée à l'avortement, tout aussi abominable, voire plus destructrice encore pour la civilisation humaine : la procréation médicalement assistée et la congélation d'embryons non désirés.
Le mariage est en chute libre, tout comme le taux de natalité. De nombreux quartiers sont déserts la majeure partie, voire la totalité, de la journée, ce qui signifie qu'ils ne sont plus des quartiers, mais seulement des lieux.
La pornographie est omniprésente. Les bibliothèques accueillent des drag queens qui lisent aux jeunes enfants des histoires qui imprègnent leurs esprits de perversion. Le contre nature est glorifié et, dans de nombreux lieux de travail, il est imposé si constamment qu'il est difficile de passer une journée sans au moins s'y soumettre.
Des enfants sont mutilés, et on applaudit ces mutilations, en prétendant qu'un garçon peut devenir une fille ou une fille un garçon. La confusion est si répandue et contagieuse que la langue elle-même se tord et se déforme pour s'y conformer. Imaginez devoir expliquer à quelqu'un, il y a encore peu de temps, qu'on pouvait utiliser le « mauvais » pronom pour parler de quelqu'un, juste devant vous.
Dans cette situation effroyable, l'Église représente le dernier espoir. Ses enseignements condamnent cette folie multiforme. Elle promeut et confirme ce qui est sain et conforme à la nature humaine.
Elle défend la valeur inestimable de la vie humaine dans le sein maternel. Elle condamne la rupture du lien conjugal dès la conception des enfants, que ce soit par contraception ou par procréation. Elle autorise la séparation mais interdit le divorce. Ses doctrines – hélas, pas toujours appliquées par ses ministres – protègent l’innocence des enfants.
Elle est convaincue de la bonté de l'homme et de la femme, et elle ne tolère pas la stérilisation qui s'ensuit nécessairement lorsqu'on mutile des organes sexuels sains pour affirmer un fantasme.
Mais le signe le plus visible de sa santé mentale est peut-être ce qui embarrasse aujourd'hui nombre de ses dirigeants et de ses disciples : le sacerdoce masculin.
J'accepte l'argument selon lequel une femme ne peut véritablement accomplir le sacrifice de la messe in persona Christi, puisque Jésus était un homme et non une femme. Mais nous ne pouvons nous en tenir là. S'il est bon pour nous qu'il y ait un sacerdoce exclusivement masculin, nous devons en connaître la raison.
Cette question ne concerne pas l'homme seul devant l'autel, mais le sens même de la virilité et de la fraternité sacerdotale. Puisque la grâce s'appuie sur la nature, nous ne devrions pas considérer une telle fraternité comme une exception. Elle devrait être un modèle de sagesse. Ce ne sont pas seulement les prêtres qui devraient s'unir dans la fraternité.
Nous ne sommes pas en position de reprocher à l'Église de ne pas s'adapter à son époque. Notre époque est mauvaise. Pire encore : elle est folle. L'Église est notre bouée de sauvetage. Rendons grâce à Dieu et saisissons-la sans hésiter.
Anthony Esolen, The Catholic Thing
Anthony Esolen est conférencier, traducteur et écrivain. Parmi ses ouvrages figurent *Out of the Ashes: Rebuilding American Culture* , * Nostalgia: Going Home in a Homeless World * et, plus récemment, *The Hundredfold: Songs for the Lord *. Il est professeur émérite au Thales College. N'hésitez pas à visiter son nouveau site web, *Word and Song* .
16/11/2025
L'Abbé Vallançon insiste sur le fait que le manque de persévérance n'est pas une fatalité générationnelle, mais le résultat d'une pédagogie de catéchuménat à revoir. L'erreur principale, selon lui, est de faire du baptême un "temps fort" émotionnel et extraordinaire. Cette "pédagogie du temps fort" mène inévitablement à une désillusion lorsque la vie chrétienne ordinaire s'installe, caractérisée par des périodes de "sécheresse spirituelle" (comme l'enseignent les maîtres du Carmel).
Pour contrecarrer cela, la nouvelle orientation pastorale devrait :
1. Déplacer la Focalisation : Le baptême n'est qu'un moyen vers le Salut. Toute la pastorale doit être orientée vers la préparation à la vie chrétienne en vue de la Vie éternelle, ce qui implique de vivre selon la loi de Dieu et de rejeter le péché mortel.
2. Renforcer la Doctrine : Sans une formation doctrinale et morale solide, la foi se réduit à une expérience et des sentiments "volatils". Il est essentiel de nourrir l'intelligence des convertis par un enseignement doctrinal pour les ancrer profondément dans le Christ.
3. Insister sur la Pénitence : Le repentir des fautes passées est trop souvent sous-estimé. Il faut inviter les catéchumènes à une relecture de vie et au regret de leurs péchés en préparation du baptême, qui est la mort au péché et la résurrection dans le Christ.
4. Affirmer les Exigences Morales : Les convertis doivent être avertis que la société (relativisme, hédonisme) fait obstacle à la foi. En particulier, les couples non mariés doivent célébrer leur mariage immédiatement après le baptême — ou différer le sacrement — pour vivre réellement dans l'état de grâce et ne pas "brader les exigences du Christ."
5. Valoriser le Lien Personnel à Dieu : Pour les néophytes (déjà baptisés), il est crucial de construire d'abord une relation profonde avec le Christ. C'est ce lien personnel qui les poussera à s'intégrer dans la paroisse et à accepter les inévitables déceptions de la vie communautaire.
En somme, l'urgence pour l'Église est de sortir d'un catéchuménat qui prépare à un événement, pour entrer dans un processus qui prépare à une vie de persévérance. La pédagogie de l'Évangile n'est pas celle de l'émotion passagère, mais celle de la fidélité ordinaire, ancrée dans la doctrine, la prière, les sacrements, et vécue dans la perspective des fins dernières. L'enjeu n'est pas la communauté, ni le sacrement lui-même, mais bien le Salut.
Pour compléter cet article, je vous ajoute ci-après le commentaire de bon sens d'un participant du Forum Catholique sur cet article de France Catholique :
Je note les excellentes intuitions de l’abbé Vallançon qui me paraissent en grande partie en phase avec ce que je peux observer à mon niveau. Il y aurait bien sûr beaucoup d’autres points à évoquer.
On a effectivement parfois tendance à en faire trop sur l’intégration dans la vie communautaire. Tous les néophytes ne sont pas forcément demandeurs dans ce domaine, loin de là. Simplement, ceux qui ont besoin de soutien de la communauté doivent le trouver au moment où ils en ont besoin. Les déceptions dans ce domaine peuvent hélas faire des dégâts.
Je pense aussi qu’il faut insister sur non seulement l’obligation, mais même la nécessité absolue de la présence à la messe dominicale.
Chaque catéchumène fermement engagé dans la voie du baptême doit savoir que désormais, quelque soient les difficultés, doutes, questionnements qu’il traversera durant sa vie, il assistera à la messe chaque dimanche, même s’il se trouve dans un état où il ne peut communier. Ce qui peut arriver et arrivera dans la plupart des cas durant des périodes plus ou moins longues, et c’est la marge de « respiration » dans la vie chrétienne qu’il faut permettre. En effet certains commandements peuvent nécessiter beaucoup du temps et de la maturité humaine pour pouvoir être observés avec régularité, surtout dans la société actuelle. L’acquisition de certaines vertus s’effectue sur le temps long et chaque fidèle soit se sentir libre d’avancer à son rythme. Cela signifie sortir de l’idéologie (récente) de la « communion fréquente » (comprendre: systématique) et insister dans ce domaine sur la qualité plus que sur la quantité/systématicité. Avant le XXe siècle on ne communiait que rarement, en tout cas pas tous les dimanches, et ce n’était pas seulement un fruit d’une dérive janséniste (saint Louis IX par exemple ne communiait que cinq ou six fois dans l’année!).
Mais en cas de « nuit des sens » ou de crise spirituelle prolongée, entendre la Parole de Dieu et assister au saint sacrifice au moins le dimanche est le dernier lien qui ne doit être rompu à aucun prix, et qu’il faut conserver toute la vie, chaque jour, jusqu’à la mort.
Je note aussi avec tristesse que même dans les milieux très pratiquants on n’apprend plus aux fidèles l’art de la prière et qu’il n’y ait pas de réelle formation à la vie spirituelle. La tradition de l’Eglise est pourtant extrêmement riche sur ce point mais en dehors de quelques slogans sur la nécessité du chapelet quotidien, personne ne songe à y puiser les principes fondamentaux de la vie intérieure.
15/11/2025
L’archevêque Miguel Maury Buendía, nonce apostolique en Grande-Bretagne, a récemment prononcé un discours devant l’assemblée plénière de la Conférence des évêques catholiques d’Angleterre et du Pays de Galles, informant les évêques que le Vatican se montrerait « généreux » lorsqu’on lui demanderait de déroger aux restrictions imposées à la liturgie traditionnelle, a déclaré un haut dignitaire ecclésiastique au journal The Pillar.
Selon une source présente lors du discours, le nonce a expliqué que même si le pape Léon « n’est pas disposé à changer [ Traditionis custodes ] , mais comme il existe de nombreux rites différents dans l’Église, il n’y a aucune raison d’exclure la messe traditionnelle en latin ».
« Les détails étaient un peu flous », a déclaré une source. Mais le nonce a bien indiqué que, même si les curés des paroisses auraient toujours besoin de l’approbation de leurs évêques pour célébrer le rite extraordinaire dans les églises paroissiales, et que les évêques diocésains devraient toujours en faire la demande au Dicastère pour le Culte Divin, « Léon demandera au cardinal Arthur [Roche, préfet du dicastère] de faire preuve de clémence ».
Plus tôt cette semaine, la Conférence des évêques d'Angleterre et du Pays de Galles a rencontré le nonce apostolique dans le cadre de son assemblée plénière. À l'issue de cette rencontre, des informations ont commencé à circuler selon lesquelles le nonce aurait transmis au pape Léon XIV l'intention d'autoriser plus largement la célébration des offices liturgiques antérieurs au concile Vatican II.
Selon un ecclésiastique présent lors du discours du nonce, bien que le pape Léon n'ait pas été enclin à abroger le motu proprio de l'ère François, « l'impression [que le nonce a donnée] était que le pape voulait que la porte reste ouverte et non pas qu'elle soit rétrécie ou fermée ».
« Ce n'était qu'un point parmi d'autres », a déclaré le nonce, a-t-on rapporté au journal The Pillar , et non le thème central de son discours.
Depuis l'élection du pape Léon XIV en début d'année, des spéculations circulent quant à la possibilité qu'il décide de revenir sur les exigences de Traditionis custodes , un motu proprio de 2021 émis par le pape François qui restreignait fortement la célébration de l'ancienne forme de la liturgie.
Parmi les nouvelles restrictions mises en place par le document, les évêques peuvent désigner des lieux pour la poursuite de la célébration de la liturgie pré-Vatican II, mais pas dans les églises paroissiales ni par la création de nouvelles paroisses personnelles.
Toute exception à cette règle requiert l'autorisation directe du Dicastère pour le Culte Divin. Les dérogations doivent être renouvelées tous les deux ans.
Ces restrictions ont provoqué un tollé, suscitant l'indignation tant des fidèles assistant à la messe traditionnelle en latin que des critiques qui s'opposaient à l'ecclésiologie sous-jacente aux nouvelles règles et à l' interprétation qu'en faisait le dicastère.
Les réactions des évêques à l' encyclique Traditionis custodes ont été très diverses, donnant lieu à une mosaïque de politiques. Dans certains diocèses, la messe traditionnelle en latin continue d'être célébrée presque comme avant la publication du motu proprio, tandis que dans d'autres, elle a été de facto interdite.
Certains diocèses ont bénéficié d'une dispense initiale des normes de Traditionis custodes pour une période de transition de deux ans, mais sous le pape François, il était largement admis qu'aucune autre prolongation ne serait accordée.
Cependant, depuis l'accession au trône pontifical de Léon XIII en mai, le Dicastère pour le Culte Divin a commencé à étendre ces dispenses et à en examiner de nouvelles, ce qui a alimenté les spéculations selon lesquelles le nouveau pape pourrait être disposé à assouplir ou à annuler les exigences créées par son prédécesseur.
Une source proche de la Conférence des évêques d'Angleterre et du Pays de Galles a déclaré qu'il ressort des propos du nonce que le pape souhaite que la porte à la célébration de l'ancienne liturgie reste ouverte.
L'approche générale du pape semble être « Todos, todos, todos – y compris les fidèles de la messe tridentine », a déclaré la source.
14/11/2025
En 2015, lors d'un vol retour des Philippines vers le Vatican, le pape François déclara aux journalistes : « Il y a un livre… il s'intitule Le Maître de la Terre. L'auteur est Benson… Je vous suggère de le lire. Sa lecture vous permettra de bien comprendre ce que j'entends par colonisation idéologique. » Il poursuivit en qualifiant le roman de prophétique, notamment au regard des évolutions modernes telles que la laïcité, le relativisme et la notion de « progrès » déconnectée de tout ancrage spirituel ou moral.
Le livre en question, Le Maître de la Terre (1907), est un roman dystopique et apocalyptique écrit par le père Robert Hugh Benson, un Anglais converti. Il imagine un monde du XXIe siècle où le christianisme a largement décliné tandis que l'humanisme séculier – ou « humanitarisme » – a pris le pouvoir, les élites politiques et culturelles s'unissant autour d'un leader charismatique mondial. L'Église – et la papauté – survivent, de justesse, et c'est là le nœud du conflit au cœur de l'intrigue.
C’était pour le moins un choix inhabituel de la part d’un pape. Mais le pape François a réitéré sa suggestion lors d’un discours prononcé à Budapest en 2023, mettant en garde son auditoire issu du monde universitaire et culturel contre un avenir dominé par la technologie – et la menace que cela représente pour la culture et, en fin de compte, pour ce que signifie être humain.
Le prédécesseur du pape François, alors cardinal Joseph Ratzinger, avait également cité « Le Maître de la Terre » lors d'une conférence à Milan en février 1992, le qualifiant d'ouvrage qui « donne matière à réflexion ». Son successeur, le pape Léon XIV, s'exprimant en septembre 2023 en tant que cardinal Robert Prevost, a lui aussi recommandé le roman de Benson, affirmant qu'il met en garde contre ce qui pourrait arriver à un monde sans foi.
Il n'est peut-être pas surprenant que ce roman ait suscité autant d'attention, puisque son intrigue est centrée sur un pontife assiégé à une époque où la religion est attaquée par des élites laïques technologiquement supérieures.
Fils d'un ancien archevêque anglican de Canterbury, Benson se convertit au catholicisme le 11 septembre 1903, à l'âge de 31 ans. Il avait publié plusieurs œuvres de fiction avant Le Seigneur du monde , principalement des romans historiques. Son roman de 1907 marquait donc une rupture à bien des égards et soulève la question : d'où lui venait cette inspiration ?
« À la fin du XIXe siècle, la littérature apocalyptique connaissait une sorte de renaissance, à l'image de l'essor de la science-fiction », explique l'auteure et critique Kristen Van Uden Theriault. Dans un entretien accordé au Register, elle précise que cette période a vu naître une littérature dystopique largement imprégnée d'une perspective laïque positive, tout en distillant des avertissements prophétiques sur les dangers d'un progrès technologique effréné, du collectivisme et du totalitarisme. Elle cite deux œuvres marquantes qui intègrent une dimension religieuse à la littérature dystopique : le Conte allégorique de l'Antéchrist de Vladimir Soloviev (1900) et Le Maître de la Terre de Benson .
Elle perçoit également un lien fascinant entre ce genre et saint John Henry Newman. Newman, contemporain de Benson et lui aussi un converti de renom de l'anglicanisme, avait beaucoup écrit sur l'Antéchrist, s'intéressant principalement à la montée des idéologies erronées qui ont préparé le monde à son avènement.
« Benson et Newman reconnaissaient tous deux les dangers des idéologies modernes — à savoir le communisme, le socialisme et le modernisme, mais aussi le libéralisme, que l’on peut caractériser comme la version tempérée et lente de ces homologues plus radicaux », a poursuivi Thériault.
Au cœur de la mise en garde de Newman, suggérait-elle, se trouve « la tyrannie du subjectivisme » : le désir de réduire la religion à une affaire de conscience personnelle plutôt que de la percevoir comme une vérité objective. Elle affirme que le système fictif de l’humanitarisme de Benson — un substitut athée à la religion — « incarne les forces sociales contre lesquelles Newman nous avait mis en garde. L’ordre social, qui ressemblait jadis à la hiérarchie céleste, est désormais façonné à l’image de l’homme déchu. »
Alors, étant donné que le roman se déroule au XXIe siècle, dans quelle mesure le juge-t-elle prophétique aujourd'hui ? Thériault le considère comme « prémonitoire à bien des égards ». Elle cite les prédictions de Benson concernant un organisme de gouvernance international – semblable à la Société des Nations, puis aux Nations Unies – et l'euthanasie institutionnalisée, notamment au regard de la loi canadienne sur l'aide médicale à mourir.
« Plus profondément, sa description d'une société sans Dieu, guidée par le plaisir, le scientisme et le rejet de Dieu, résonne comme une description de notre siècle. La vie ne vaut rien dans le paysage apocalyptique infernal de Benson, tout comme dans notre culture de mort contemporaine », ajoute-t-elle.
À la fin du roman de Benson, l'Église n'est plus qu'un vestige et l'Antéchrist semble triompher. Pourtant, Thériault estime que le message du livre demeure « celui de tous les écrits véritablement catholiques sur l'Antéchrist : un message d'espoir. Malgré les machinations perfides de l'Antéchrist, nous savons qui l'emporte à la fin. »
En tant que roman suscitant un débat théologique, il fonctionne – mais en tant qu'œuvre de fiction, comment résiste-t-il à l'épreuve du temps aujourd'hui ?
« Au début du XXe siècle, les romans dystopiques et futuristes pullulaient : un amas sombre, déprimant et mal écrit », observait la romancière et universitaire Eleanor Bourg Nicholson . Pourtant, elle trouve le roman de Benson différent.
« À la fois spéculatif et mystique, [cet ouvrage] se distingue pour deux raisons : premièrement, il présente des personnages réels et vivants — des hommes et des femmes crédibles et auxquels on peut s’identifier — et non pas une simple allégorie prosélyte ; et deuxièmement, parce qu’il aborde avec audace la réalité sombre et oppressante que le monde doit et va finir, et qu’il perçoit cette réalité à travers le prisme de la foi. »
L'un des grands atouts du genre spéculatif, expliquait-elle, réside dans la possibilité qu'il offre aux lecteurs de se confronter à des questions morales profondes. « Quelle est la relation de l'homme avec Dieu ? Quel est le but de la religion ? Quel est le sens même de l'existence humaine ? La vie et la mort, le salut et la damnation – ces thèmes se retrouvent au cœur de nombreuses œuvres de ce genre, et ils sont assurément au cœur même du Maître de la Terre. » C'est peut-être là, à elle seule, ce qui explique son attrait auprès des papes et des prélats.
Nicholson perçoit également une dimension prophétique dans le livre, dont elle constate que nombre d'éléments se retrouvent dans la vie moderne. « Benson conçoit l'Antéchrist comme un homme politique affable et inoffensif, une figure charismatique promouvant la "paix" — quelqu'un que l'on peut facilement imaginer séduire le public de nos jours », a-t-elle observé.
S'adressant au Register, l'auteur et éditeur Joseph Pearce considère lui aussi Benson comme « un visionnaire », soulignant que son roman inattendu a ouvert la voie à des œuvres ultérieures telles que Le Meilleur des mondes d'Huxley et 1984 d'Orwell.
« Benson était en avance sur son temps, un pionnier, un avant-gardiste au sens le plus profond du terme », a déclaré Pearce, ajoutant : « Ce livre a manifestement exercé une influence considérable sur le XXe siècle et semble résonner de façon tout aussi inquiétante à notre époque. La pérennité de la pertinence est l'une des marques d'un grand livre, et celui-ci en est assurément un. »
Benson a bien écrit, sinon une suite à proprement parler, du moins un livre avec un thème similaire mais une perspective totalement différente, a noté Pearce.
Il semble qu'il ait écrit son roman futuriste suivant, L'Aube de toutes choses, pour donner une tournure plus optimiste à l'atmosphère sombre du Maître de la Terre. Mais je ne pense pas que l'Apocalypse soit sombre d'un point de vue chrétien. Dans la mesure où le roman se termine sur une note apocalyptique, il annonce le Second Avènement promis par les Écritures.
« Comment cela pourrait-il être autre chose que la plus heureuse des fins ? »
KV Turley est le correspondant du Register au Royaume-Uni. Il écrit depuis Londres.
13/11/2025
Le fait de choisir cette manière de commémorer la naissance des USA témoigne d’une approche proprement surnaturelle, alors qu’aucune démarche de cette sorte n’a jamais été entreprise aux Etats-Unis. On peut dire qu’elle va à l’essentiel, tel que l’exprime le psaume 127 « Si Yahweh ne bâtit pas la maison, en vain travaillent ceux qui la bâtissent ; si Yahweh ne garde pas la cité, en vain la sentinelle veille à ses portes. »
Consécration au Sacré-Cœur dans le contexte de Quas Primas
Mgr Rhoades a présenté la motion en précisant que la consécration serait accompagnée de ressources publiées par la commission sur la liberté religieuse dont il est le président : une catéchèse visant à rappeler le sens et la richesse de la doctrine du Sacré-Cœur, des prières et des activités à mettre en place dans les diocèses en préparation de l’acte solennel lui-même. Il a notamment appelé à faire une neuvaine dont le texte sera établi la Conférence des évêques, et à des initiatives locales qui pourraient consister pour les fidèles à réaliser « 250 actes de miséricorde » ou « 250 heures d’adoration eucharistique » qui pourraient elles-mêmes être organisées par les paroisses.
S’agissant d’un acte qui aura pour cadre le « demi-cinq-centenaire des Etats-Unis », Mgr Rhoades a également appelé à une réflexion sur l’amour du pays et sur le patriotisme qui s’inscrivent de manière « justement ordonnée » dans la vie du catholique.
Il a fait mention explicite de l’encyclique Quas Primas : « Il y a cent ans, en 1925, dans son encyclique instituant la fête du Christ-Roi, le pape Pie XI – s’inspirant de l’enseignement du pape Léon XIII – faisait référence à la pieuse coutume de se consacrer soi-même, les familles et même les nations au Sacré-Cœur de Jésus comme moyen de reconnaître la royauté du Christ. »
Les Etats-Unis consacrés au Sacré Cœur pour leur 250e anniversaire
Mgr Rhoades a repris cette demande au cours des questions posées par certains confrères évêques avant le vote, soulignant qu’on inviterait les individus et les familles à se consacrer eux-mêmes au Sacré-Cœur, ainsi qu’on peut le voir sur l’enregistrement de la session de l’assemblée de l’USCCB à partir de 3 h 58 min 20 sec.
Parmi les questions, celle de l’archevêque de Miami n’a pas reçu de réponse : Mgr Thomas Wenski, ayant fait observer que la consécration solennelle était un événement national qui implique chaque Américain, a noté qu’il serait bon que les fidèles puissent y assister. Notant que la réunion des évêques en juin prochain aura lieu à Orlando (Floride) il a suggéré que la cérémonie s’y déroule en l’église de Marie, Reine de l’Univers avec le concours des catholiques et en invitant les autorités civiles – y compris le président des Etats-Unis et son vice-président. Mgr Rhoades, ayant consulté ses voisins de gauche et de droite à la tribune, a expliqué qu’il avait « mal entendu » les propos de Mgr Wenski et qu’il y serait répondu ultérieurement… De la surdité sélective ?
La motion a été adoptée par 215 voix pour, 8 contre et 7 abstentions.
Et vu la tournure de la chose, on ne peut que se réjouir de cette quasi-unanimité.
12/11/2025
D'Iben Thranholm (1) sur European Conservative :
Dix ans se sont écoulés depuis la nuit du 13 novembre 2015, nuit où le cœur de Paris a été transpercé par une vague d'attentats terroristes coordonnés qui ont coûté la vie à 130 personnes. Parmi les plus sanglants, on compte le massacre du Bataclan, où 90 spectateurs ont été abattus de sang-froid.
Une seule photo de cette nuit-là m'est restée en mémoire. Prise quelques minutes avant l'attaque, elle capture la joie et l'abandon. La foule est en extase. Les bras sont levés. Les sourires fusent de toutes parts. L'atmosphère est électrique, empreinte de liberté, de plaisir et d'impatience. Le groupe de rock américain Eagles of Death Metal est sur scène, et le public, emporté par leur performance, semble incarner tout ce que la vie nocturne occidentale moderne prétend être : libérée, exubérante, insouciante.
Mais ce concert, en apparence ordinaire, allait bientôt devenir le théâtre de l'un des attentats terroristes les plus horribles de l'histoire européenne moderne. Quelques instants après la prise de cette photographie, trois hommes armés islamistes pénétrèrent dans la salle et ouvrirent le feu. Ce qui avait commencé comme une célébration de la vie se termina en massacre. Cette photographie est bouleversante, non seulement parce que nous connaissons désormais la suite des événements, mais aussi parce que, rétrospectivement, l'instant qu'elle immortalise semble chargé de sens, voire prophétique.
Danser sur le fil
Ce soir-là, Eagles of Death Metal venait de commencer à jouer l'une de ses chansons les plus populaires : « Kiss the Devil ». Dès les premiers accords, une grande partie du public a répondu par le célèbre geste des « cornes du diable » — l'index et l'auriculaire levés, les autres doigts repliés — un symbole popularisé dans la culture rock, autrefois provocateur, aujourd'hui largement vidé de son sens pour la plupart de ceux qui l'utilisent.
Les paroles qu'ils chantaient au moment des premiers coups de feu étaient :
Qui aimera le Diable ?
Qui chantera sa chanson ?
Qui aimera le Diable et sa chanson ?
J'aimerai le diable
Je chanterai sa chanson
J'aimerai le Diable et sa chanson.
Quelqu'un dans la foule croyait-il vraiment qu'ils invoquaient Satan au sens propre ? Certainement pas. Tout cela faisait partie du spectacle : ironique, théâtral, sans prétention. Et pourtant, quand le mal véritable a fait irruption dans la salle sous les traits d'hommes armés, prêts à massacrer, le symbolisme est devenu difficile à ignorer.
Pour l'esprit moderne, qui perçoit le monde en termes strictement matérialistes, de tels moments sont considérés comme de simples coïncidences. La chanson et le massacre ne sont qu'un sinistre alignement d'événements sans lien apparent. Mais pour ceux qui croient encore au sens, aux signes et aux symboles, à la dimension spirituelle de la vie, la scène invite à une réflexion plus profonde. La question demeure : lorsqu'une culture se vide du sacré et flirte avec l'obscurité, même par plaisanterie, s'expose-t-elle à plus qu'une simple vulnérabilité politique ? Révèle-t-elle un vide spirituel – une maison nettoyée de fond en comble, mais terriblement sans défense ?
La parabole de la maison vide
L'image de la foule du Bataclan évoque un passage de l'Évangile selon Luc. Jésus parle d'une personne libérée d'un esprit impur. L'esprit s'en va et erre dans des lieux déserts, en quête de repos. N'en trouvant aucun, il retourne auprès de cette personne – à « la maison » – et la trouve « balayée et rangée », mais vide. Alors, il rassemble sept autres esprits plus méchants que lui, et tous reviennent y demeurer. « Et la dernière condition de cette personne », dit Jésus, « est pire que la première. »
Cette parabole saisissante constitue une métaphore profonde de l'état actuel de la civilisation occidentale, et plus particulièrement de l'Europe. Jadis façonnée et animée par le christianisme, l'Europe s'est lancée, au cours du siècle dernier, dans une expérience civilisationnelle sans précédent : devenir laïque, neutre sur le plan axiologique et post-religieuse.
La religion a été reléguée à la marge – d’abord socialement, puis culturellement, et enfin spirituellement. Les églises sont toujours là, mais pour beaucoup, elles ne sont guère plus que des curiosités architecturales ou des musées d’un passé oublié. Les fêtes chrétiennes figurent toujours au calendrier, mais leur signification profonde a été oubliée depuis longtemps. Les valeurs qui puisaient autrefois leur fondement dans la foi chrétienne – dignité, justice, charité – sont désormais promues de manière abstraite, dépouillées de leur essence. La maison européenne a certes été vidée de toute substance. Mais elle n’a pas été remplie.
La laïcité promettait de créer un espace public neutre, un lieu affranchi des dogmes religieux, où chacun pourrait croire (ou ne pas croire) à sa guise. Mais cette idée, séduisante en théorie, ignore une vérité fondamentale de la nature humaine : nous ne sommes pas des êtres spirituellement neutres. Nous sommes des êtres intrinsèquement religieux, aspirant à donner un sens à notre existence, à appartenir à une communauté et à transcender la réalité. Comme l’écrivait Aristote dans sa Physique : « natura abhorret a vacuo » – la nature a horreur du vide. Bien que comprise au sens physique, cette phrase demeure une puissante métaphore. Un vide, une fois créé, ne reste pas vide. Il attire quelque chose en lui.
Il en a été de même en Europe. Le recul du christianisme n'a pas laissé de vide. D'autres systèmes de croyances – certains bienveillants, d'autres profondément inquiétants – se sont engouffrés dans la brèche. Certains sont de nature politique, d'autres idéologiques. Et certains, comme l'islam radical, sont ouvertement religieux et farouchement hostiles aux libertés mêmes chères à la laïcité occidentale.
Le retour de la religion
Aujourd'hui, dans de nombreuses régions d'Europe, l'islam connaît une croissance démographique et une présence de plus en plus visible et affirmée. Pour de nombreuses communautés musulmanes, la foi n'est plus une affaire privée, mais une affirmation de leur identité publique. On construit des mosquées. Le port de vêtements religieux est devenu courant. La prière quotidienne est pratiquée ouvertement. Et pour beaucoup de jeunes musulmans, la religion n'est pas un fardeau, mais une source de force et de sens. Ce renouveau religieux contraste fortement avec le malaise spirituel de l'Europe post-chrétienne. L'ironie est frappante : alors que les sociétés occidentales s'enorgueillissent de leur tolérance, de leur ouverture et de leur pluralisme, elles ont largement perdu le système de croyances qui leur donnait jadis leur cohérence. La foi chrétienne, qui sous-tendait la culture, le droit, l'art et l'identité européens, n'est plus qu'un souvenir culturel.
Alors même que nous nous étions persuadés que la laïcité nous avait libérés de l'emprise de la religion, nous sommes aujourd'hui confrontés à une ironie persistante : la religion ne disparaît pas ; elle attend, elle revient et elle reconquiert les espaces que nous pensions neutres. Aucune société n'a jamais été véritablement neutre sur le plan spirituel. Lorsqu'une vision du monde dominante est rejetée, une autre s'implante inévitablement. À la chute de l'Empire romain, le christianisme a comblé le vide. À son arrivée en Scandinavie, il a supplanté le paganisme nordique. Et aujourd'hui, une grande partie de ce qui fut jadis un bastion chrétien – de l'Asie Mineure à l'Afrique du Nord – est désormais sous influence islamique. La question n'est pas de savoir si la religion façonnera la société, mais quelle religion – et quel type de société elle engendrera.
Après les ravages des deux guerres mondiales, de nombreux Européens ont placé leurs espoirs dans la modernité laïque. La science, la démocratie et les droits de l'homme devaient constituer le nouveau socle moral. Pendant un temps, cette vision sembla fonctionner. La croissance économique s'est accélérée. L'éducation s'est développée. La religion a décliné sans conséquence immédiate. Mais avec le temps, des failles sont apparues. Sans fondement spirituel commun, la société se fragmente. La solitude, l'anxiété et l'aliénation progressent. Les familles se déchirent. Le discours politique s'envenime. Dans ce vide de sens, de nouvelles formes de croyance – certaines se dissimulant sous le couvert de la politique, d'autres sous celui de mouvements identitaires – s'implantent progressivement.
L'islam est l'exemple le plus frappant de ce qui comble le vide spirituel laissé par le rejet du christianisme en Occident. Mais il n'est pas le seul. On peut citer également les cultes de la personnalité, les rêves transhumanistes de salut technologique, l'apocalypse climatique et les mouvements nihilistes qui glorifient la destruction pour elle-même. Il ne s'agit pas de modes passagères, mais de l'expression d'une soif plus profonde : une soif d'identité et de sens que la laïcité ne peut apaiser. En l'absence de christianisme, ces forces s'empressent d'offrir un sentiment d'appartenance, un but et une vérité, aussi déformée ou incomplète soit-elle.
Le Bataclan n'était pas qu'un simple attentat terroriste. Ce fut un moment de rupture, un aperçu du désarroi spirituel d'une civilisation qui avait oublié ses convictions. Le fait que la foule chantait des louanges au diable lorsque le mal s'est abattu sur elle est peut-être une coïncidence. Ou peut-être est-ce plus profond. Sur le plan symbolique, celui du sens, c'était une parabole de l'Évangile de Luc qui se déroulait sous nos yeux.
La bataille spirituelle
L'un des aspects les plus négligés de la crise migratoire actuelle – et des troubles internes en Europe – est qu'en dessous se cache un combat spirituel, et non seulement politique. L'apôtre Paul nous rappelle dans Éphésiens 6,12 : « Car nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les principautés, contre les pouvoirs, contre les dominateurs des ténèbres de ce monde, contre les esprits du mal dans les lieux célestes. » Or, cette dimension spirituelle a été presque entièrement oubliée, même par l'Église elle-même. Dans l'Europe d'aujourd'hui, l'immigration, les tensions politiques et même le terrorisme sont perçus exclusivement comme des enjeux politiques. Et si le contrôle des frontières et la souveraineté nationale sont légitimes et nécessaires, ils ne suffisent pas. Les forces spirituelles ne connaissent pas de frontières. Le combat que nous menons ne porte pas seulement sur le territoire ; il porte sur le sens, l'identité et la vérité.
Ce à quoi nous assistons aujourd'hui n'est pas sans précédent. Il fait écho à des schémas qui se sont répétés tout au long de l'histoire biblique – des schémas que les prophètes de l'Ancien Testament ont reconnus et contre lesquels ils ont mis en garde avec une lucidité implacable. Jérémie, Isaïe, Osée et les autres prophètes n'étaient pas de simples observateurs du déclin politique ; ils étaient des hommes à qui Dieu avait révélé une vérité plus profonde : lorsqu'un peuple se détourne de son alliance avec le Dieu vivant, l'effondrement national n'est pas une possibilité, il est une conséquence inévitable.
Dans l'histoire de l'Israël antique, se détourner de Dieu n'a jamais été un simple manquement à la piété. C'était une crise publique, qui a finalement conduit à l'effondrement de la société, à la décadence morale et à la vulnérabilité face aux ennemis extérieurs. La chute de Jérusalem en 586 av. J.-C. et l'exil babylonien n'ont pas été perçus comme des accidents de l'histoire, mais comme la conséquence directe d'une rébellion spirituelle. Comme le criait Jérémie dans son angoisse : « Voilà ce que vous avez fait ! Voilà votre châtiment ! Qu'il est amer ! » (Jérémie 4,18).
Isaïe, lui aussi, parlait d'un peuple qui honorait Dieu des lèvres, mais dont le cœur était loin de lui (Isaïe 29:13). Il avertissait que, sans repentance, la protection divine serait retirée et que les nations étrangères deviendraient des instruments de jugement. Les prophètes ont maintes fois déclaré que la justice de Dieu n'est pas indifférente au péché collectif, et que sa miséricorde n'est pas inconditionnelle lorsque la vérité et la justice sont rejetées. Le message des prophètes n'était pas une stratégie militaire, ni une réforme nationale au sens pragmatique du terme. C'était un appel moral et spirituel. Leur appel était inébranlable et unique : Repentez-vous. Revenez au Seigneur. Réparez la rupture de l'alliance avant que la destruction ne devienne inévitable.
Aujourd'hui, il est bon de se souvenir que ces avertissements antiques ne s'adressaient pas seulement à Israël. Ils ont été consignés pour toutes les générations, comme un miroir, un avertissement et un modèle. Lorsque nous rejetons Dieu, que nous dénaturons la vérité et que nous détruisons notre identité, nous ne devenons pas libres ; nous devenons fragiles. Et comme l'ancien Israël, nous risquons de nous effondrer, non pas à cause de la force de nos ennemis, mais à cause du vide qui nous habite.
L'Occident d'aujourd'hui doit entendre le même appel à la repentance. La véritable bataille ne se gagne pas par des lois d'immigration plus strictes ni par un nationalisme renouvelé. Elle commence par un examen de conscience : un retour au sacré, une redécouverte du transcendant et un réveil de l'âme. Si l'Occident veut se relever, il doit d'abord affronter le vide qui le ronge. Il doit se demander à nouveau : en quoi croyons-nous ? Qu'est-ce que nous vénérons ? Si nous ne répondons pas à ces questions, d'autres le feront. Et la réponse risque de nous déplaire.
(1) Iben Thranholm est une théologienne, journaliste, auteure et commentatrice culturelle danoise dont les travaux explorent les liens entre foi, culture et société. Pendant plusieurs années, elle a été rédactrice et animatrice à la radio-télévision publique danoise DR. Elle a également collaboré avec Vatican Media à Rome. Lors de son séjour au Mathias Corvinus Collegium (MCC) à Budapest, ses recherches ont porté sur la crise de sens en Occident et le mouvement croissant de renouveau chrétien au sein de la civilisation occidentale.
12/11/2025
Le Choix de la Continuité et la Réaction des Fidèles
Le mardi 11 novembre, Monseigneur Paul S. Coakley a été élu président de la Conférence épiscopale américaine (USCCB) après un second tour, face à Mgr Daniel Flores, désormais vice-président. Ce choix n'est pas anodin : Mgr Coakley, précédemment secrétaire général de la Conférence et archevêque d’Oklahoma City depuis 2011, symbolise la continuité de la ligne conservatrice de l'épiscopat.
À 70 ans, fort d'une licence en théologie sacrée, Mgr Coakley s'est distingué par son engagement constant en faveur de la dignité humaine et de la promotion d'une "véritable culture de la vie". Il a notamment réaffirmé que la défense de la vie reste la "priorité prééminente" de l'action publique des catholiques, saluant en 2022 l'adoption de lois pro-vie dans son État. Il souligne d'ailleurs que « bâtir une culture de la vie suppose de reconnaître la dignité inhérente à toute personne humaine, de promouvoir des lois qui protègent la vie et d’encourager une conversion profonde des cœurs ».
L'élection a immédiatement polarisé les réactions sur les réseaux sociaux. De nombreux fidèles ont exprimé leur soutien et leurs prières pour la nouvelle direction, appelant notamment à "l’unité d’une Église divisée" et souhaitant que les pasteurs soient "la voix des sans-voix".
Toutefois, des voix discordantes se sont également fait entendre. Certains internautes ont soulevé des inquiétudes concernant les liens de Mgr Coakley avec le Napa Institute, un réseau influent de catholiques conservateurs souvent perçu comme éloigné de la vision pastorale du pape François. Le fait qu'il ait auparavant soutenu Monseigneur Carlo Maria Viganò – aujourd’hui excommunié pour schisme – a également été mis en avant comme un motif de réserve. Ces réactions témoignent de la diversité des sensibilités et des tensions idéologiques profondes au sein du catholicisme américain.
Concernant l'accès à la communion sacramentelle des politiciens catholiques :
Opposition au soutien politique de l'avortement : Mgr Coakley a régulièrement exprimé son opinion selon laquelle un homme politique catholique qui soutient publiquement l'avortement met son âme en danger et cause un scandale public au sein de l'Église.
Soutien au refus de la communion : Il a indiqué qu'il comprenait et soutenait les évêques qui choisissaient de refuser la communion à ces personnalités publiques. Dans une interview en 2014, il avait notamment déclaré : « Je pense que de nombreux évêques n'ont pas d'autre choix que de prendre cette décision » de refuser la communion aux hommes politiques pro-avortement. Une évidence qui mérite d'être rappelée ....
Bref, Mgr Coakley est un évêque catholique.
Le Défi du Dialogue avec Rome
L'USCCB, sous la direction de Mgr Coakley, apparaît donc comme un "bloc doctrinal solide", fermement attaché à la tradition et aux positions morales et familiales classiques de l'Église. Cette orientation place l'épiscopat américain dans une position de vigilance doctrinale qui ne manquera pas d'influencer le dialogue entre les États-Unis et le Saint-Siège.
Pour le pape Léon XIV, cette élection constitue un nouveau défi. Désireux d'accompagner toutes les sensibilités de l'Église sous l'autorité du Magistère, le Souverain Pontife devra faire preuve de prudence et de discernement dans ses échanges avec cet épiscopat fortement ancré dans la tradition. Le défi papal sera de maintenir un dialogue fécond avec cette direction conservatrice.
L'élection de Monseigneur Paul S. Coakley confirme la prévalence d'une ligne traditionaliste et "pro-vie" au sein de l'épiscopat américain, une orientation qui résonne avec une partie significative du clergé et des fidèles aux États-Unis. Si la nouvelle présidence promet une stabilité doctrinale sur les questions de morale et de défense de la vie, elle souligne également les tensions internes et les clivages idéologiques qui traversent l'Église américaine. Dans ce contexte, l'ère Coakley représente un moment clé. Elle met à l'épreuve la capacité du Pape Léon XIV à harmoniser les différentes voix de l'Église universelle, en maintenant l'unité et le dialogue avec un épiscopat puissant et idéologiquement cohérent. La manière dont Rome et l'USCCB vont cohabiter et collaborer au cours des prochaines années sera évidemment déterminante pour l'avenir du catholicisme sur le continent.
Deo Gratias !
11/11/2025
Ce sont les circonstances qui ont favorisé la proximité entre mère et fils, proximité émouvante et féconde, bien qu’excessivement fusionnelle parfois. Après la mort brutale de son père, en 1904 - il a 4 ans -, puis de son frère cadet en 1917 - il en a alors 17 -, voilà Antoine devenu le seul homme de la maison. Veuve et mère éprouvée, Marie s’appuie sur ce fils un brin capricieux mais si aimant, qu’elle avait imploré saint Antoine de lui donner, après la naissance de deux filles.
Une relation privilégiée
Empreinte d’une touchante délicatesse, leur correspondance, partiellement dévoilée au grand public, ne laisse aucun doute : ces deux-là s’aimaient d’amour tendre et Antoine n’aurait pas rejoint la cohorte de nos grands écrivains et poètes français experts en humanité s’il n’avait été profondément influencé par sa mère.
Enfant, il lui assurait fièrement : "Vous êtes fatiguée, maman, appuyez-vous sur moi, je suis votre chevalier !". Adolescent, il ne cesse de lui répéter combien il lui est attaché, combien il l’aime "du fond du cœur". Homme mûr, désespéré par l’affaissement moral et spirituel de la France occupée, il lui écrit quatre ans avant sa mort : "J’ai infiniment besoin de votre tendresse, maman chérie, ma petite maman. Pourquoi faut-il que tout ce que j’aime sur terre soit menacé ? (…) La seule fontaine rafraîchissante, je la trouve dans certains souvenirs d’enfance."
Quelle mère ne rêverait se d’entendre dire "Dites-vous bien que de toutes les tendresses la vôtre est la plus précieuse et que l'on revient dans vos bras aux minutes lourdes. Et que l'on a besoin de vous, comme un petit enfant, souvent. Et que vous êtes un grand réservoir de paix et que votre image rassure autant que lorsque vous donniez du lait à vos tout-petits." ? (Lettre de 1930).
Une influence bienfaisante et protectrice
De fait, Marie a transmis à son fils son amour du beau, son attachement aux valeurs morales (courage, obéissance, sens du devoir), son goût pour le silence et l’intériorité, sa foi en la dignité de tout être, quel qu’il soit. Convaincue du talent d’Antoine, elle ne cessa de l’encourager à écrire et eut la primeur de presque tous ses manuscrits. La quintessence de l’œuvre de Saint-Exupéry, son humanisme tourmenté, ses appels désespérés pour la sauvegarde de la civilisation, sa quête des cimes lui viennent de sa mère, sa fée tutélaire. Ne lui doit-il pas d’avoir eu souvent la vie sauve, lui qui bravait parfois le danger avec un zeste d’inconscience ou la fougue d’un conquérant ?
Ceux pour qui la communion des saints est une réalité tangible n’en douteront pas : Marie prie sans cesse pour son fils, le recommande au Tout-Puissant au cours de messes en semaine, le confie à ses deux enfants appelés auprès du Père, François et Marie-Madeleine ("que nos anges veillent sur toi" lui écrit-elle en septembre 1939, au début de la guerre).
Quand Antoine, en 1935, s’écrase en avion dans le désert libyen et manque d’y laisser sa peau, sa mère exhorte ses proches convaincus de sa mort à prier encore et à croire au miracle. Exaucée, elle se rend à Assise dans le couvent de Saint-Damien pour rendre grâce à Dieu et remercier le Poverello pour son intercession. Le pilote lui avoue d’ailleurs que c’est avant tout son image qui lui a permis de tenir pendant ces trois jours d’errance où la chaleur et la soif faillirent avoir raison de lui. Ne l’a-t-il pas toujours considérée comme "son ange gardienne" ?
Médiatrice auprès du Père
Marie ne s’est pas contentée d’implorer le Seigneur pour la protection de son fils. Meurtrie que ce dernier ait perdu Sa trace après la mort de son petit frère, elle ne cessa jamais de prier pour qu’il retrouve la foi. En 1940, elle adresse à Antoine ces mots bouleversants : "Je voudrais que tu sois en paix, je dis au bon Dieu que je prends tout sur moi, tout ce qui dans ta vie a pu être imparfait, je Lui dis aussi que tu as fait beaucoup de bien, que tes livres ont réveillé beaucoup d'âmes."
Telle sainte Monique, la mère de saint Augustin, elle ne perdit jamais l’espoir d’être exaucée un jour… et ce jour vint. Plus d’un an après la disparition de son fils, en septembre 1945, elle eut une vision qu’elle transcrivit dans un poème : Antoine dans la maison du Père accueilli par tous ses proches morts avant lui…
Ce que le livre posthume de l’écrivain poète Citadelle lui faisait pressentir se révélait donc vrai : à la toute fin de sa traversée terrestre, l’auteur du Petit Prince avait retrouvé le Dieu de son enfance ! Dans cet ultime manuscrit, Antoine n’écrivait-il pas, sans doute en mémoire de sa foi en la vertu des prières maternelles : "Je ne connais qu'un acte fertile qui est la prière, mais je connais aussi que tout acte est prière s'il est don de soi pour devenir." ? L’une des nombreuses apostrophes adressées au Créateur par un vieux souverain du désert, personnage-clé de ce recueil : "Seigneur, je vais à toi, selon ta grâce, le long de la pente qui fait devenir" ne fait-elle pas écho à une exhortation de sa mère, après la parution de Courrier Sud en 1929, soit 15 ans plus tôt "Abandonne-toi au Seigneur, répète-Lui chaque jour : Seigneur je vais à Toi selon Ta grâce. Ta foi n'est pas éteinte puisque tu n'as pas perdu l'essentiel : le goût de Dieu." ? Cette lecture avait convaincu Marie que son fils était revenu à Dieu. Sa vision acheva de l’en convaincre et lui rendit la paix, paix qu’elle avait imploré le Père de lui donner : "Mon Dieu, vous m'avez tout repris/ Donnez-moi la paix à ce prix."
Raphaëlle Coquebert dans ALETEIA
Lettres à sa mère, Antoine de Saint-Exupéry, Gallimard, 1997, 8 euros.
10/11/2025
Elle est la Vierge Immaculée, pleine de grâce dès sa conception, la plus belle de toutes les créatures. Par son oui, libre et amoureux, elle est « cause de salut pour elle-même et pour tout le genre humain », comme l’affirmait avec force saint Irénée ; elle est la Fille obéissante du Père, la Mère du Fils de Dieu, l’Epouse de l’Esprit Saint qui la prit sous son ombre quand elle eut consenti à l’Incarnation… Comment, si tout cela est vrai (et c’est bien ce que l’Eglise nous demande de croire), Marie ne serait-elle pas co-rédemptrice et médiatrice de toutes grâces ? Par elle, grâce à elle, Jésus-Christ, notre unique Salut, est entré dans le monde pour y réaliser l’œuvre de la Rédemption. Marie a consenti à son sacrifice, elle s’y est associée librement et sans réserve, elle donne son Fils par tout son être, de toute son âme et de tout son corps.
Et d’ailleurs s’il est demandé à chacun de nous-autres, pauvres pécheurs, d’achever dans sa chair ce qui manque à la passion du Christ, c’est-à-dire de coopérer à l’œuvre de la Rédemption, combien plus peut-on dire que Marie la toute sainte y a coopéré de manière unique et prééminente ? Si on ne peut dire qu’elle est co-rédemptrice, notre propre coopération au salut n’existe plus…
Mater Populi Fidelis, la note du Dicastère pour la Doctrine de la foi qui refuse d’attribuer explicitement ces titres de co-rédemptrice et de médiatrice de toutes les grâces à la Très Sainte Vierge Marie, suggère qu’ils ne sont pas erronés, mais qu’il ne faut pas les dire. Notamment parce qu’ils exigent quelques explications. Nul ne conteste ce dernier point, mais est-ce vraiment une raison acceptable pour refuser de proclamer une vérité ? Nous savons bien que le mystère nous dépasse et que son expression exige des explications claires. Le dogme se définit…
Marie Co-rédemptrice et médiatrice de toutes grâces : une évidence « inopportune » ?
La Note affirme donc que la proclamation de ces titres est « toujours inopportune ».
Comme si la chose n’était pas importante, comme s’il n’était pas urgent de dire et redire, sur tous les tons, avec amour et parce qu’il nous faut honorer père et mère, le rôle incomparable, quoiqu’évidemment subordonné, joué par la Vierge dans l’économie du salut… S’il est une co-rédemptrice et une médiatrice de toutes les grâces, c’est cela précisément qui nous dit que nous devons aller à Jésus par Marie. C’est le secret de Marie qu’enseigne encore et toujours saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Totus Tuus disait à sa suite la devise de Jean-Paul II…
Marie est Mère de Dieu. En faisant l’offrande de son Fils au temple, elle a consenti à toute la volonté de Dieu, de la Sainte Trinité, au sujet de son plan de salut. Au glaive qui transpercerait son âme et aux clous et à la lance qui transperceraient le corps de Jésus.
Marie est Médiatrice. Au jour des noces de Cana, alors que l’heure de la mort de notre Seigneur n’était pas encore venue, elle a présenté les besoins des époux à son Fils, et elle a obtenu la grâce du bon vin, figure du sang qui allait être versé par le Crucifié.
Marie la toute innocente est Avocate au pied de la Croix. Elle a vu le plus innocent des hommes torturé et souffrant avant de subir cette mort à laquelle elle a consenti. Dans n’importe quel procès humain, elle aurait été considérée comme partie civile, en droit de dénoncer l’iniquité de la crucifixion, et demander réparation. Mais non, elle plaide pour nous, pauvres pécheurs qui lui demandons, dans chaque Ave Maria, grâce pour les malfaiteurs que nous sommes. Pour que nos fautes dont elle a si cruellement souffert soient effacées et réparées.
Marie Co-rédemptrice et médiatrice parce qu’elle est Mère
Marie est Mère au pied de la Croix, elle a compati aux souffrances de son fils. Toute femme ayant donné la vie comprend qu’une mère souffre presque autant que son enfant de la douleur et des souffrances qui le frappent. Marie a été véritablement associée au sacrifice rédempteur. Elle y a participé d’une manière inconcevable pour le commun des mortels, car il n’y a en elle, pleine de grâce, qu’amour de Dieu.
Marie est Mère de tous les hommes depuis l’instant où Jésus a exprimé cette dernière volonté. Quelle mère serait-elle si elle ne donnait pas à ses enfants qui l’implorent les grâces obtenues par son Fils du fait de son indispensable « oui » à elle ?
Elle est Mère de l’Eglise qui nous distribue et communique son Fils lui-même. Hors de l’Eglise, point de salut. Ne pourrait-on pas dire dès lors : « Fors Marie, point de salut ? » On n’a pas l’une sans l’autre…
Elle est Reine du Ciel et Reine de l’Univers – ce Cosmos dont je me plais à penser qu’il fut sa dot, de telle sorte que le Créateur le conçut merveilleusement beau…
Elle est la Reine-Mère de Notre Seigneur qui est notre Roi… N’est-il pas vrai que dans l’Ancien Testament, c’est la mère du roi qui est assise à sa droite et que même le roi se lève à son entrée ? N’est-ce pas elle qui est chargée de présenter les demandes du peuple, et que le Roi les honore non par devoir, mais par amour filial ?
« Faites tout ce qu’Il vous dira », dit la Vierge Mère à Cana, car elle sait qu’elle sera elle-même entendue, écoutée, exaucée.
Par amour filial à notre tour, et parce qu’elle nous donne Dieu lui-même, nous honorons en elle la Co-rédemptrice et la Médiatrice de toutes grâces.
09/11/2025
Célébrer les saints, honorer les morts
Avec la pédagogie qu’on lui connaît, l’Église, en ce début du mois de novembre, ne lie donc point par hasard la fête de la Toussaint avec celle de la commémoraison des fidèles défunts.
Célébrer les saints qui, ici-bas, ont vécu en amis de Jésus et ont manifesté de manière significative la puissance de la victoire du Christ dans leur âme ; honorer les morts qui, entrés dans leur éternité, réclament nos prières pour se laisser, à leur tour et à la suite des saints, posséder par Dieu tout entier. Une méditation s’impose : si la mort fait partie de la vie, il s’agit de ne pas oublier trop vite aussi que la sainteté doit faire partie de la vie chrétienne. Ou, à défaut qu’elle n’en tienne la meilleure place, ambitionner à tout le moins de commencer à l’avoir pour but.
« Que demandez-vous à l’Église de Dieu ? » interroge le ministre au commencement du rituel du baptême, « La Foi ! » répondent les parrain et marraine. « Que vous procure la foi ? », « La vie éternelle ! ». Ainsi, cet être de sang et de boue qu’est l’homme se trouve appelé, dès le frémissement de la vie en lui, au plus glorieux des héritages. Dieu veut que l’humanité dans son ensemble relève la tête vers la lumière, cette « lumière véritable » (Jn 1, 9) qui brille dans la personne de son fils, jaillit de son Évangile et éclate dans l’enseignement constant de son Église.
« La foi, expliquait, espiègle, Gustave Thibon, c’est la noblesse de l’homme qui, une fois dégrisé, tient ses promesses d’ivrogne. » Oui, il y a dans l’hygiène de vie chrétienne – celle-là qui fait les saints – quelque chose de profondément contre-intuitif et d’apparence déraisonnable. Cette foi, qui donne droit à la vie éternelle, paraît, à vue humaine, insensée.
Elle fait rire les mondains et suscite l’ironie des puissants, comme on a pu le voir dernièrement à l’occasion du succès du film Sacré Cœur, contre tous les pronostics et les coups bas de l’entre-soi « médiatiquement correct ». À ce monde du spectacle, saint Paul pourrait à nouveau lancer ses percutantes envolées sur la folie raisonnable du message divin. Sa première lettre aux Corinthiens en est truffée :
« Dieu a choisi ce qui est folie pour le monde afin de confondre les sages. » (1 Co 1, 27)
« Que personne ne s’y trompe : si quelqu’un parmi vous se croit sage selon ce monde, qu’il devienne fou pour devenir sage. Car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. » (1 Co 3, 18-19)
« Nous sommes fous à cause du Christ. » (1 Co 4, 10)
« Car ce qui serait folie de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes. » (1 Co 1, 25)
Tel est l’enjeu de notre propre conversion : devenir raisonnablement fou. S’interdire d’appréhender la sainteté comme une affaire de développement personnel, s’empêcher de croire que l’amitié avec Dieu est question de recette. On ne s’initie pas à la sainteté selon la même logique cognitive de l’apprentissage d’une langue étrangère. Pas d’application DuoSancto comme Duolingo.
De même, pas de croissance dans la grâce à la manière d’une prise de masse musculaire. Pratiquer les commandements réclame tout autre chose qu’une docilité scrupuleuse à des exercices quotidiens, tels qu’ils peuvent être préconisés par le youtubeur Tibo InShape.
Aimer Dieu follement avec toute sa raison
Qu’est-ce que la sainteté, sinon d’aimer Dieu follement avec toute sa raison ? L’aimer et lui plaire certes, mais avec une précision de taille : « en tâchant d’anéantir son amour-propre pour faire vivre et régner l’amour de Dieu » (saint François de Sales).
Reconnaître l’incohérence de ses certitudes pour vivre de l’amour de Dieu, c’est cet « anéantissement de l’amour-propre » dont Bruno Guillot a fait l’expérience saisissante, jusqu’à modifier le cours de sa vie : Belge converti au salafisme, imam repenti redevenu catholique, vous pourrez lire son formidable témoignage dans ce numéro.
« Faire vivre et régner l’amour de Dieu », c’est encore tout le projet du Congrès Mission qui se tient actuellement à Paris-Bercy et qui s’attache à rassembler, sans exclusive, tous ceux qui aspirent à diffuser le message d’amour et de vérité de l’Église. Comme quoi, la sainteté n’a pas dit son dernier mot. Et vous ?
08/11/2025
C’est précisément ce dernier type de consistoire qui caractérise la convocation que le pape Léon XIV entend tenir au début de l’année prochaine. Dans une communication confidentielle adressée le 6 novembre par le Secrétariat d’État aux membres du Sacré Collège , il est indiqué que « le Saint-Père Léon XIV entend convoquer un consistoire extraordinaire les 7 et 8 janvier 2026 ». La note, signée avec la formule de respect habituelle, précise simplement que le doyen du Collège des cardinaux communiquera en temps voulu les détails officiels. Rien n'a encore été révélé quant au thème de la réunion, mais cette annonce suffit à susciter attente et interrogations .
Après des années où la gouvernance de l'Église s'est exercée par des cercles restreints et des instances parallèles – comme le Conseil des Neuf Cardinaux institué par le pape François et surnommé au Vatican « le Conseil du Roi » –, Léon XIV semble désormais déterminé à redonner au Collège des Cardinaux son rôle originel : conseiller le pape de manière collégiale et universelle . Le 21 avril 2025 , le Conseil a été dissous et les théologiennes invitées à s'exprimer sur l' ordination des femmes et autres sujets mineurs sont rentrées chez elles.
Avant François, Benoît XVI préférait remplacer ces instances par des réunions informelles à la veille de la création de nouveaux cardinaux, tandis que saint Jean-Paul II convoqua six consistoires extraordinaires : trois concernant la réforme de la Curie et les finances du Vatican , et trois consacrés à la doctrine et des thèmes pastoraux de grande portée — de la défense de la vie à la préparation du Jubilé de l’an 2000 , et enfin la réflexion sur la mission de l’Église au XXIe siècle à la lumière de l’ encyclique Novo Millennio Ineunte (2001). Le premier consistoire extraordinaire du pape François remonte aux 20 et 21 février 2014 , lorsque les cardinaux se sont réunis pour discuter de la famille , en préparation des deux synodes de 2014 et 2015. Les 29 et 30 août 2022 , malgré la mention d’une « réunion de cardinaux » par le Bureau de presse du Saint-Siège, il s’agissait en réalité d’un consistoire extraordinaire convoqué pour « informer les cardinaux » de la nouvelle constitution apostolique Praedicate Evangelium concernant la réforme de la Curie romaine . À cette occasion, plusieurs cardinaux ont déploré d’avoir été convoqués seulement après la publication du document, un texte qui restructurait l’ensemble de la Curie .
Un signe de méthode , avant même toute question de contenu.
Ce geste de Léon XIV revêt une signification qui dépasse le sujet qui sera abordé. La forme même du consistoire symbolise un retour à la collégialité ecclésiale , après une longue période durant laquelle de nombreux cardinaux ont déploré leur exclusion des processus décisionnels . Ce n'est pas un hasard si, lors des congrégations générales précédant le conclave , plusieurs cardinaux avaient exprimé le désir d'un pape capable d'écouter et d' associer l'ensemble du cardinalat .
Léon XIV semble déterminé à répondre à cette attente, en choisissant de convoquer tous les cardinaux , et non seulement un petit groupe de conseillers de confiance ou de « théologiens ». Dans l'attente du thème, on a le sentiment que ce consistoire extraordinaire pourrait marquer un tournant , non pas tant par ce qui sera dit , mais par ce qu'il représente . Une Église qui retrouve le droit de délibérer ensemble , en présence de son Pasteur , est déjà une Église qui respire à nouveau pleinement .
Source : Silere non Possum (Italie)
07/11/2025
Un droit fondamental bafoué : Le Rapport 2025 de l'AED
Le Rapport 2025 sur la liberté religieuse dans le monde, réalisé par la fondation pontificale Aide à l'Église en Détresse (AED), dresse un état des lieux dramatique de la situation entre janvier 2023 et décembre 2024.
Deux tiers de l'humanité menacés
Portée et Aggravation : Sur 196 pays étudiés, plus de 5,4 milliards de personnes (soit près des deux tiers de l'humanité) vivent dans un État où la liberté religieuse est gravement menacée.
Pays de Persécution : 24 pays sont classés dans la catégorie la plus grave, celle de la persécution, où les violations sont "graves et systémiques". Cela concerne plus de 1,4 milliard de personnes dans des pays comme la Chine, la Corée du Nord, l'Inde, le Nigeria et le Nicaragua.
Pays de Discrimination : 38 pays sont classés dans la catégorie des discriminations, où les groupes religieux (soit 1,3 milliard de personnes) font face à des restrictions de culte et d'expression, notamment l'Égypte, l'Éthiopie et la Turquie.
Situation en Déclin : L'état global de la liberté religieuse ne s'est pas amélioré depuis le précédent rapport, avec une aggravation de la situation dans 75% des pays de persécution. Seuls le Sri Lanka et le Kazakhstan ont montré une légère amélioration, tout en restant des pays où les droits sont encore profondément bafoués.
Le bilan particulièrement lourd pour les Chrétiens
Le christianisme reste la confession la plus touchée par la violence et la répression :
Chiffres alarmants : Un chrétien sur six dans le monde vit dans un pays où les persécutions antichrétiennes représentent une menace forte.
Exemples de Violences :
Au Nigéria, plus de 1 600 victimes chrétiennes ont été recensées depuis 2023, la majorité étant victimes des violences menées par Boko Haram et l'État islamique.
En Chine, le rapport fait état de morts sous la torture, de la surveillance électronique des églises et de l'interdiction formelle faite aux mineurs d'assister à la messe.
En Irak, des centaines de chrétiens auraient été arrêtés, avec des interdictions similaires de pratique religieuse pour les mineurs.
L'Europe n'est pas épargnée par les actes antichrétiens
Bien que l'Occident ne soit pas classé dans les catégories de violations graves, le rapport note une augmentation significative des attaques contre les sites et les fidèles chrétiens :
La France en tête : Avec environ 1 000 actes anti-chrétiens enregistrés en 2023, la France est identifiée par Amélie Berthelin de l'AED comme le pays d'Europe le plus touché par ce type d'actes.
Autres pays concernés : La Grèce (plus de 600 cas de vandalisme d'églises), l'Italie, l'Espagne, les États-Unis et la Croatie sont également cités pour des profanations de lieux de culte, des agressions de membres du clergé et des perturbations d'offices religieux.
Un appel à la conscience et à l'action
Face à cette "souffrance cachée", l'AED passe à l'action en lançant, pour la première fois de son histoire, une pétition mondiale pour la protection du droit à la liberté religieuse. L'objectif est double : susciter une réelle prise de conscience auprès des signataires et, surtout, interpeller les responsables politiques afin qu'ils "prennent à leur tour la mesure de l’enjeu". L'urgence de la situation globale ne fait que souligner la nécessité de cet engagement.
06/11/2025
Il fallait sans doute cela pour réveiller les consciences. Il fallait un film capable de déplacer les foules, croyantes ou non, un film qui parle d’amour, du seul véritable amour, celui qui se donne sans retour : l’amour du Christ. Sacré-Cœur, produit et co-réalisé par Steven et Sabrina Gunnell,distribué par SAJE Distribution, a su toucher le cœur du public comme peu d’œuvres contemporaines.
En plein triomphe en France où le film s’apprête à franchir le cap des 400 000 entrées, Hubert de Torcy, patron de SAJE films, a confié à Tribune Chrétienne que le film reçoit également un accueil triomphal en Afrique et dans l’océan Indien, avec des sorties programmées jusqu’en Amérique et en Asie : c’est une véritable aventure missionnaire du grand écran qui ne fait que commencer et de se poursuivre. « En Belgique et en Suisse, les salles sont combles comme en France. À Monaco, le film est même prolongé devant la demande du public ».Le film, véritable phénomène, a entamé sa diffusion en Afrique et dans l’océan Indien la semaine dernière. Les premiers résultats confirment un accueil exceptionnel. « À l’île Maurice, nous avons dépassé les 7 000 entrées en deux semaines. En Côte d’Ivoire, c’est un véritable carton avec plus de 2 300 entrées en un seul week-end ! » explique le distributeur français.
« Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consumer pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce sacrement d’amour. »
Sainte Marguerite-Marie-Alacoque (1647-1690)
Et la véritable success story de Sacré-Cœur s’étend désormais au Sénégal, au Burkina Faso, au Togo, au Cameroun et en République démocratique du Congo. Pour le responsable de SAJE Distribution, cette expansion témoigne d’une véritable soif spirituelle. « Tout cela est très réjouissant. On sent que le public, partout, a besoin d’histoires vraies, lumineuses, porteuses d’espérance », souligne-t-il.Il nous confie également que « le film poursuivra sa route au Liban courant décembre, avant d’arriver au Canada à la même période. »
Et l’aventure ne s’arrête pas là : « Nous préparons une version pour les États-Unis, dont la sortie est prévue à l’occasion des fêtes du Sacré-Cœur, en juin 2026 », précise le distributeur. Des accords sont également en discussion avec des partenaires en Allemagne et en Espagne, tandis que l’Amérique latine se prépare à accueillir le film : « Des contacts sont déjà établis au Mexique, en Colombie et au Chili ».Et la demande s’élargit encore : « De nombreuses sollicitations nous parviennent des Philippines, mais aussi de Corée du Sud », confie-t-il, avant d’ajouter avec un sourire : « Ce n’est que le début de l’aventure internationale de Sacré-Cœur. »
Partout où il est projeté, Sacré-Cœur rassemble et touche les âmes. De Bruxelles à Abidjan, de Genève à Port-Louis, les spectateurs sortent bouleversés par ce film qui remet le Christ au centre des vies et des histoires humaines. Il y avait longtemps qu’un film n’avait pas su dire l’amour vrai avec autant de simplicité et de force. Dans les regards des spectateurs émus, dans les applaudissements qui montent à la fin des séances, on devine qu’il se passe quelque chose de plus grand qu’un simple succès de cinéma : un réveil des cœurs. Rappelons que les Visitandines de Nantes peinent à répondre à l’avalanche de commandes de leur « Sauvegarde du Sacré Cœur » ( photo).
Le film ne se contente pas d’émouvoir, il appelle à aimer, à croire, à espérer. Et de même qu’il y eut, dans les années 90 , une « génération Grand Bleu », marquée par le rêve et la mer, il semble qu’émerge aujourd’hui une génération Sacré-Cœur, toute tournée vers le Cœur du Cœur de l’amour, une génération qui cherche, dans l’obscurité du monde, la lumière du monde.
06/11/2025
Le 4 novembre 2025, lors de l’ouverture de l’Assemblée plénière d’automne des évêques de France à Lourdes, le cardinal Jean-Marc Aveline a pris la parole devant l’ensemble de l’épiscopat. S’inscrivant dans la continuité du magistère de ses prédécesseurs, le cardinal Aveline a alerté sur la fragilité du climat social et politique en France, affirmant que « la démocratie elle-même semble être en danger, comme le révèlent la recrudescence de l’antisémitisme et l’attrait exercé par des populismes devenus menaçants ». Ces mots, prononcés avec gravité, traduisent une inquiétude face à la montée des divisions et à la perte du sens spirituel dans la vie publique. Pour lui, la dérive du débat démocratique et la banalisation des discours de haine témoignent d’une crise plus profonde. Citant le patriarche Bartholomée, il a rappelé : « Lorsque Dieu disparaît du regard humain, la terre devient un bien à exploiter, l’autre un rival à craindre et la vie elle-même une marchandise. »
Le cardinal a également appelé à une attention particulière envers les jeunes générations, dont il a voulu comprendre les aspirations : « Ce désir d’identité taraude le cœur de nombreux jeunes et nous devons le considérer positivement, le comprendre et le nourrir, afin qu’il ne soit pas récupéré pour servir d’alibi à de dangereuses crispations identitaires. » Selon lui, ce besoin d’enracinement ne doit pas être jugé mais accompagné, pour qu’il devienne un chemin d’ouverture et non de fermeture.
Pour éclairer la mission de l’Église dans ce contexte, le cardinal Aveline s’est référé à Jean-Paul II, citant l’encyclique Dominum et vivificantem (1986) : « Il est beau et salutaire de penser que, partout où l’on prie dans le monde, l’Esprit Saint, souffle vital de la prière, est présent. » Il a ajouté : « Je dois au pape Jean-Paul II d’avoir mieux compris, pour tout ce qui concerne la mission, l’urgence d’une solide théologie trinitaire et notamment d’une pneumatologie (c’est-à-dire la partie de la théologie qui étudie la personne et l’action du Saint-Esprit). » Le prélat a ensuite résumé cette vision en une formule marquante : « L’Église s’essouffle vite si elle prétend souffler à la place de l’Esprit. » Cette image, simple et percutante, illustre la conviction que la fécondité pastorale naît de la docilité à l’Esprit Saint et non d’une activité purement humaine.
Évoquant enfin la pensée de Benoît XVI, le cardinal Aveline a rappelé le dialogue que le cardinal Ratzinger avait mené avec le philosophe Jürgen Habermas en 2004 : « Peut-être nous faudra-t-il […] avoir le courage de dénoncer, grâce à la raison, les pathologies de la religion, lorsque celle-ci préfère la contrainte à la liberté, et, dans le même temps, dénoncer, grâce à la religion, les pathologies de la raison, lorsque celle-ci choisit d’ignorer la dimension spirituelle de l’humain. » Cette référence, a-t-il expliqué, souligne la nécessité d’un équilibre entre foi et raison pour préserver la liberté et la dignité de l’homme.Par ces références à Jean-Paul II et à Benoît XVI, le cardinal Aveline a voulu replacer la réflexion de l’Église de France dans la continuité d’une tradition spirituelle et intellectuelle solide. À Lourdes, son intervention a insisté sur la nécessité d’un engagement lucide face aux tensions sociales et d’une fidélité renouvelée à l’Esprit Saint, source du véritable discernement chrétien.
05/11/2025
Le temps d'enseignement est sacré : pas de prière sur les heures de cours.
Devant la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale, le 4 novembre dernier, la position d'Édouard Geffray a été limpide : le temps d'enseignement, financé par l'État, doit être exclusivement consacré à l'enseignement. Chaque minute payée par le contribuable a pour unique vocation la transmission des savoirs inscrits aux programmes, sans exception.
Cette mise au point est une réponse directe à Guillaume Prévost, le nouveau secrétaire général de l’Enseignement catholique. Ce dernier avait récemment suscité la polémique en défendant la possibilité pour les enseignants de prier avec leurs élèves, invoquant la « liberté pédagogique et la liberté de conscience ».
Pour asseoir son propos, le ministre a utilisé une formule simple et directe, se plaçant sur le terrain du contrat qui lie l'État aux établissements privés :
« Lorsque l’État paie un professeur, il le paie pour enseigner. Ça me semble l’évidence. Donc une minute payée par l’État, c’est une minute d’enseignement, ça ne sert pas à autre chose. Et donc je ne vois pas comment, sur un temps d’enseignement, on pourrait faire une prière ».
L'argument du ministre est particulièrement puissant car il déplace le débat. En ramenant la question à une logique de service rendu contre financement public (« une minute payée… c’est une minute d’enseignement »), il contourne un débat philosophique ou théologique potentiellement sans fin sur la laïcité. Il transforme l'enjeu en une question quasi managériale de respect du contrat d'association avec l'État. Pour une institution "sous contrat", un tel argument fondé sur le bon sens et les obligations contractuelles devient difficile à contester.
L'éducation à la sexualité : un menu unique, obligatoire pour tous
La fermeté du ministre ne s'est pas limitée à la question de la prière. Concernant le nouveau programme d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars), la ligne est tout aussi stricte. Son application est qualifiée d'obligatoire « partout », sans aucune possibilité d'adaptation ou de sélection.
Là encore, Édouard Geffray répond aux propositions de Guillaume Prévost. Bien qu'il se soit engagé à appliquer le programme, le secrétaire général de l’Enseignement catholique avait évoqué la mise en place d'un « projet de réseau » spécifique à ses établissements sur ce sujet, suggérant une marge de manœuvre.
La réplique du ministre, qu'il a lui-même qualifiée de réponse « en loi et en bon sens », ne laisse aucune place à l'interprétation et réaffirme l'autorité du programme national :
« Un programme, c’est un programme, c’est obligatoire partout. Ce n’est ni discutable, ni négociable, ni amendable. On ne fait pas son marché dans un programme, on ne commence pas à dire je le fais, je ne le fais pas, etc. ».
Cette déclaration réaffirme sans détour l'autorité de l'État sur les contenus pédagogiques fondamentaux. En refusant un « projet de réseau » spécifique, Édouard Geffray ne défend pas seulement le programme EVARS ; il protège le principe même d'un curriculum national unifié. Accepter une exception créerait un dangereux précédent, ouvrant la porte à d'autres réseaux ou établissements qui pourraient réclamer un traitement « à la carte » sur d'autres sujets. C'est un rappel que le contrat avec l'État n'est pas un buffet où l'on choisit ce qui convient. L'insistance martelée du ministre est le coup de grâce à toute ambiguïté : « Je veux m’assurer que ce soit partout. Et j’ai bien dit partout. »
Partout ? On lui souhaite bon courage ! Les enseignants musulmans feront à raison ce qu'ils veulent et le ministre – nous le savons tous – regardera ailleurs.
À la rentrée 2023, l'Enseignement catholique scolarisait 2 060 000 élèves. Forte de ce nombre, la hiérarchie catholique aurait tort de ne pas élever le ton pour défendre son nouveau secrétaire de l'Enseignement catholique. l'éphémère et faible gouvernement en place a d'autres chats à fouetter !
Vive le Christ Roi !
Sources : Le Figaro, le Salon Beige et La Croix