Le blog du Temps de l'Immaculée.

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Les racines bibliques du jubilé

28/11/2025

Les racines bibliques du jubilé

Une année de confiance et de priÚre
À l’instar du prĂ©cepte sabbatique, la prescription de l’annĂ©e jubilaire invite le peuple Ă©lu Ă  la confiance et Ă  la priĂšre. Sans commander d’Ɠuvres religieuses spĂ©cifiques, mais en demandant l’abstention de toute activitĂ© agricole (ensemencement, moisson, vendange) le Seigneur appelle IsraĂ«l Ă  se reposer sur la bĂ©nĂ©diction promise pour la sixiĂšme annĂ©e (Lv 25, 21). L’annĂ©e commençait et se terminait dĂ©but automne (au moment de la fĂȘte des expiations : Yom Kippour), juste aprĂšs la fin des rĂ©coltes, avant les semailles, qui Ă©taient donc reportĂ©es Ă  l’annĂ©e suivante.

 

Une année de grùce
Mais surtout, l’annĂ©e jubilaire Ă©tait une annĂ©e de « grĂące », c’est Ă  dire d’amnistie et de libĂ©ration : tous les cinquante ans, toutes les dettes, hypothĂšques et autres aliĂ©nations Ă©taient annulĂ©es, les servages affranchis. Chaque famille d’IsraĂ«l rentrait dans la possession du bien qui lui avait Ă©tĂ© historiquement Ă©chu lors de la grande rĂ©partition de JosuĂ©. Puisque chaque portion de sol agricole revenait Ă  la famille qui la dĂ©tenait originellement, la propriĂ©tĂ© Ă©tait finalement inaliĂ©nable, puisqu’elle avait Ă©tĂ© confiĂ©e en quelque sorte par Dieu. Le LĂ©vitique prĂ©voyait ainsi que les prix des transactions fonciĂšres soient fixĂ©s selon le nombre d’annĂ©es restant avant le jubilĂ©. Flavius JosĂšphe ajoute qu’au moment de la rĂ©trocession des biens, vendeurs et acheteurs pouvaient convenir d’une indemnisation sur la base des dĂ©penses et des fruits de la propriĂ©tĂ©. En revanche, il semble que le jubilĂ© n’avait pas d’effet dans les villes entourĂ©es de murs, oĂč les maisons pouvaient ĂȘtre dĂ©finitivement acquises, sauf celles des LĂ©vites.

 

La pratique du jubilĂ© dans le monde de l’Ancien Testament
De nombreux passages de la Bible montrent l’importance de la pratique du jubilĂ© Ă  l’époque de la monarchie d’IsraĂ«l :

– « L’hĂ©ritage des enfants d’IsraĂ«l ne passera pas d’une tribu Ă  une autre tribu, et les enfants d’IsraĂ«l s’attacheront chacun Ă  l’hĂ©ritage de la tribu de ses pĂšres » (Nb 36, 4)

– « Si c’est dĂšs l’annĂ©e du jubilĂ© qu’il consacre son champ, on s’en tiendra Ă  ton estimation ; mais si c’est aprĂšs le jubilĂ© qu’il consacre son champ, le prĂȘtre en Ă©valuera le prix Ă  raison du nombre d’annĂ©es qui restent jusqu’au jubilĂ©, et il sera fait une rĂ©duction sur ton estimation. » (Lv 27, 16)

– « Si le prince fait un don Ă  quelqu’un de ses fils, ce don sera l’hĂ©ritage de ses fils ; ils le possĂ©deront comme un hĂ©ritage. Mais s’il fait Ă  l’un de ses serviteurs un don pris sur son hĂ©ritage, ce don appartiendra au serviteur jusqu’à l’annĂ©e de la libĂ©ration ; puis il retournera au prince ; c’est Ă  ses fils seulement que restera son hĂ©ritage. Le prince ne prendra l’hĂ©ritage de personne en l’expulsant violemment de sa propriĂ©té ; c’est de sa propriĂ©tĂ© qu’il donnera un hĂ©ritage Ă  ses fils, afin que mon peuple ne soit pas chassĂ©, chacun de sa possession. » (Ez 46, 16)

Mais la loi n’est pas toujours respectĂ©e, puisque JĂ©rĂ©mie raconte comment les princes du temps de SĂ©dĂ©cias firent mine de l’appliquer, puis se dĂ©dirent : « La parole qui fut adressĂ©e Ă  JĂ©rĂ©mie[343] de la part de Yahweh, aprĂšs que le roi SĂ©dĂ©cias eut fait un accord avec tout le peuple de JĂ©rusalem pour publier Ă  leur adresse un affranchissement, afin que chacun renvoyĂąt libre son esclave et chacun sa servante, hĂ©breu ou hĂ©breuse, et qu’il n’y eĂ»t personne qui retĂźnt en servitude un JudĂ©en son frĂšre. Tous les chefs et tout le peuple, qui Ă©taient entrĂ©s dans cet accord, consentirent Ă  renvoyer libres chacun son esclave et chacun sa servante, pour ne plus les retenir en servitude ; ils y consentirent et les renvoyĂšrent. Mais ensuite ils changĂšrent d’avis et firent revenir les esclaves, hommes et femmes, qu’ils avaient renvoyĂ©s libres, et les obligĂšrent Ă  redevenir esclaves et servantes. » (Jr 34, 8-11)

Dans le Second livre des Rois, c’est l’impie Achab, Ă©poux de JĂ©zabel, roi d’IsraĂ«l, qui prend la vigne de Naboth, un bien inaliĂ©nable, et va jusqu’à le tuer pour en obtenir la possession perpĂ©tuelle. Les prophĂštes avertissent ainsi contre ceux qui, au mĂ©pris de la loi du jubilĂ©, ajoutent maison Ă  maison et champ Ă  champ, dans une logique d’accroissement perpĂ©tuel.

Il semble cependant que la pratique du jubilĂ© ne survĂ©cut pas aux temps de l’exil (du Royaume du Nord, en 722, puis du Sud, en 586) : il n’en est pas fait mention dans le livre de NĂ©hĂ©mie au moment oĂč ce dernier parle de l’annĂ©e sabbatique (Ne 10, 31). La notion dernier jubilĂ© demeura cependant profondĂ©ment inscrite dans les esprits, puisqu’elle est mentionnĂ©e Ă  plusieurs reprises par l’historien Flavius JosĂšphe Ă  la fin du Ier siĂšcle de notre Ăšre[2]

 

Que veut dire « jubilé » ?
Au dĂ©but de l’automne, lors de la cinquantiĂšme annĂ©e, l’ouverture du jubilĂ© Ă©tait annoncĂ©e par le son d’une corne appelĂ©e yobel. Ce cor avait retenti en deux circonstances historiques exceptionnelles : au pied du SinaĂŻ, pour appeler le peuple Ă  s’approcher de la montagne de Dieu ; autour de JĂ©richo, lorsque les prĂȘtres terminĂšrent le dernier tour autour de la ville.

Le mot qui signifiait sans doute initialement « bĂ©lier », l’animal dont la corne Ă©tait employĂ©e comme instrument, en vint par une suite de mĂ©tonymies Ă  dĂ©signer la solennitĂ© que ce dernier annonçait, et mĂȘme l’esprit qui y Ă©tait associĂ©, puisque Flavius JosĂšphe conclut que le mot signifie au Ier siĂšcle « libertĂ© ».

 

De l’Ancien au Nouveau Testament : prophĂ©tie et accomplissement
Le prophĂšte Daniel annonçait dans un oracle cĂ©lĂšbre[3] l’affranchissement final d’IsraĂ«l au terme de soixante-dix semaines, soit dix pĂ©riodes jubilaires. Cette prophĂ©tie devait s’accomplir 490 ans aprĂšs la reconstruction du Temple, lorsque le Seigneur y serait de retour.

Aux premiers temps de son ministĂšre public, de passage dans la synagogue de Nazareth, JĂ©sus fait la lecture du passage d’IsaĂŻe 61 qui annonce la venue du messie en utilisant les termes qui se rapportent Ă  l’annĂ©e jubilaire : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacrĂ© par son onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres, et il m’a envoyĂ© guĂ©rir ceux qui ont le cƓur brisĂ©, annoncer aux captifs la dĂ©livrance, aux aveugles le retour Ă  la vue, pour rendre libres les opprimĂ©s, publier l’annĂ©e favorable du Seigneur » (Lc 4, 18-19). Refermant le livre, JĂ©sus ajoute : « Aujourd’hui vos oreilles ont entendu l’accomplissement de cet oracle » (Lc 4, 20). Il prĂ©sente ainsi sa mission comme un accomplissement de la prophĂ©tie jubilaire : une annĂ©e de grĂące et de libertĂ©, un affranchissement des liens du pĂ©chĂ©.

 

Conclusion
De la corne de bĂ©lier aux savants calculs d’hypothĂšque Ă  la mode hĂ©braĂŻque, le concept de jubilĂ© nous plonge dans les racines de notre foi et jusqu’au cƓur des pratiques de l’Ancien Testament. Lorsque l’Église reprit l’institution jubilaire, elle n’entendit certes pas ressusciter toutes les modalitĂ©s pratiques de la loi ancienne : elle en conserva l’esprit, tel que le Christ lui-mĂȘme avait voulu le sanctifier en en faisant l’annonce prophĂ©tique de sa mission. En rĂ©alitĂ©, dans le monde du Nouveau Testament et pour le chrĂ©tien, chaque annĂ©e et chaque jour sont une « annĂ©e de grĂące pour le Seigneur », un temps de libĂ©ration et d’affranchissement : nous vivons dĂ©sormais dans le temps de l’Esprit et de la PentecĂŽte[4].

 

Références
↑1    Les auteurs dĂ©battent sur le fait de savoir si l’annĂ©e jubilaire Ă©tait la cinquantiĂšme annĂ©e, suivant donc immĂ©diatement l’annĂ©e sabbatique qui concluait la septiĂšme semaine, ou si les deux Ă©taient identifiĂ©es.
↑2    Flavius JosĂšphe, AntiquitĂ©s JudaĂŻques, III, 12, 3.
↑3    Dn 9, 24.
↑4    La fĂȘte juive de la PentecĂŽte, placĂ©e, justement le cinquantiĂšme jour aprĂšs la PĂąque, le dĂ©part de la servitude, avait une vĂ©ritable tonalitĂ© jubilaire.

 

 

Abbé Paul Roy, FSSP

Source : Claves

L’arianisme est-il vraiment une hĂ©rĂ©sie du passĂ© ?

27/11/2025

L’arianisme est-il vraiment une hĂ©rĂ©sie du passĂ© ?

Au dĂ©but du IVe siĂšcle, Ă©merge une menace mortelle pour le jeune christianisme, Ă  peine sorti de la terrible pĂ©riode des persĂ©cutions romaines. NĂ© sous l’impulsion d’un prĂȘtre d’Alexandrie, Arius, l’arianisme prĂ©sente aux chrĂ©tiens impĂ©riaux le visage sĂ©duisant d’un ascĂ©tisme philosophique, propre Ă  nourrir les aspirations intellectuelles et spirituelles de la nature humaine (cf. FC n° 3904 du 30 mai 2025). Et pourtant, cette doctrine, qui repose sur l’exagĂ©ration de principes fondamentaux de la religion – l’éternitĂ©, la toute-puissance et la transcendance du dieu –, introduit une distorsion gravissime dans la foi chrĂ©tienne et le message rĂ©vĂ©lĂ©.

 

La divinité du Christ niée

En assĂ©nant sans nuance que la plĂ©nitude divine est incommunicable et que le Fils – engendré – ne peut ĂȘtre l’égal du PĂšre, Arius dĂ©truit simultanĂ©ment les trois mystĂšres essentiels de la foi. La Sainte TrinitĂ© bien sĂ»r, puisque les personnes du Verbe et de l’Esprit ne peuvent plus ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme divines et partageant une unique substance avec le PĂšre. L’Incarnation ensuite, car le Christ n’est plus qu’une crĂ©ature hors du commun. La RĂ©demption enfin, car les actes et le sacrifice de JĂ©sus sont alors loin d’avoir cette valeur salvifique infinie qui rachĂšte le pĂ©chĂ© du genre humain et toute la crĂ©ation avec lui. Une fois niĂ©e la divinitĂ© du Fils, le christianisme se trouve vidĂ© de sa substance.

 

Les divers courants de cette hĂ©rĂ©sie polymorphe ont profondĂ©ment fragilisĂ© les Églises d’Orient puis d’Occident au tournant de l’AntiquitĂ©, favorisant l’émergence de l’islam, qui apparaĂźt Ă  bien des Ă©gards comme un ultime sursaut de la vieille rengaine arienne.

 

Pour le christianisme contemporain, l’arianisme peut cependant apparaĂźtre comme un enjeu du passĂ©, Ă  peine digne d’ĂȘtre remĂ©morĂ©, Ă  l’heure des dĂ©fis de la sĂ©cularisation et de la nouvelle Ă©vangĂ©lisation.

 

Notre conviction est pourtant que l’erreur d’Arius n’est jamais loin, au point que certains parlent encore avec raison de nĂ©o-arianisme – comme le cardinal Koch, prĂ©sident du dicastĂšre pour la promotion de l’UnitĂ© des chrĂ©tiens, dans un entretien au Tagespost en 2024.

 

Notre Ă©poque partage en effet avec l’antique hĂ©rĂ©sie ses racines rationalistes et gnostiques : on y trouve en germe la rĂ©action de rejet face Ă  toute forme de mystĂšre, la tentation de niveler toutes les vĂ©ritĂ©s surnaturelles en les mettant au niveau de notre propre raison, aplatissement qui favorise paradoxalement la recherche dĂ©sordonnĂ©e de spiritualitĂ©s Ă©sotĂ©riques et de voies religieuses de traverse.

 

Cette tentation rejoint les diffĂ©rentes formes contemporaines de dualisme, au terme duquel le corps et l’esprit sont deux principes antagonistes, le second Ă©tant attachĂ© au premier pour son malheur et tĂąchant par tous les moyens de s’en libĂ©rer.

 

Cette mentalitĂ© est d’abord nourrie par le rejet d’un matĂ©rialisme trop strict : le temps est loin oĂč l’on pensait que l’univers et l’homme n’étaient que matiĂšre et pourraient ĂȘtre un jour entiĂšrement maĂźtrisĂ©s par les sciences. Elle s’alimente paradoxalement aussi par l’omniprĂ©sence des technologies et la fascination pour l’intelligence artificielle, sorte d’esprit terrestre surpuissant et sans corps, et par l’influence des spiritualitĂ©s orientales : yoga, mĂ©ditation transcendantale
 dans lesquelles on cherche Ă  libĂ©rer l’ñme des nĂ©cessitĂ©s corporelles.

 

L’arianisme contemporain se retrouve encore, selon le cardinal Koch, dans une tendance Ă  ne considĂ©rer le Christ que sous l’angle de sa nature humaine, Ă  refuser de voir en lui le Fils Ă©ternel, vrai Dieu incarnĂ©, Ă  refuser aussi de reconnaĂźtre comme divine l’Église fondĂ©e par lui pour prolonger auprĂšs de nous son action.

 

L’Église de 2025 face à la tentation arienne

Ces diverses tentations contemporaines sont-elles une vĂ©ritable rĂ©surgence du vieil arianisme ? Elles constituent, quoi qu’il en soit, un vrai dĂ©fi pour l’Église et posent la question de la vĂ©ritĂ© dogmatique : au siĂšcle du relativisme triomphant – grand thĂšme de combat de BenoĂźt XVI, – peut-on encore dĂ©fendre le vrai contre le faux, est-on capable comme Athanase Ă  NicĂ©e de se battre pour la vĂ©ritĂ©, au moins en idĂ©e ?

 

Comme Ă  NicĂ©e cependant, la tentation arienne peut ĂȘtre pour l’Église l’occasion de retrouver son essence profonde : la meilleure rĂ©ponse au nivellement contemporain n’est-elle pas de reprendre conscience qu’« à l’origine du fait d’ĂȘtre chrĂ©tien, il n’y a pas une dĂ©cision Ă©thique ou une grande idĂ©e, mais la rencontre avec un Ă©vĂ©nement, avec une Personne » (BenoĂźt XVI, Deus Caritas est), et que cette personne humaine et divine nous ouvre seule le chemin du Ciel ? Le christianisme, autrement dit, n’est pas autre chose qu’un regard, une fascination pour le Christ, et la premiĂšre mission de l’Église est donc d’« annoncer l’Évangile et tĂ©moigner de la personne de JĂ©sus-Christ dans toutes les parties du monde et jusqu’aux extrĂ©mitĂ©s de la terre » (LĂ©on XIV). Sans ce retour Ă  un vrai christo-centrisme, le catholicisme contemporain risque de devenir une spiritualitĂ© fade et creuse parmi tant d’autres.

 

Ainsi, face Ă  l’arianisme et Ă  toutes les erreurs contemporaines, les catholiques cĂ©lĂ©brant le dix-septiĂšme centenaire de NicĂ©e pourraient se dĂ©courager et dĂ©sespĂ©rer de trouver une rĂ©ponse adĂ©quate. Que cet anniversaire soit donc l’occasion de refaire de l’Incarnation du Verbe Ă©ternel le cƓur de notre prĂ©dication : « Notre Dieu s’est fait homme pour que nous devenions Dieu » (saint Athanase, Sur l’Incarnation du Verbe). 

 


Retrouvez cette chronique sur sur claves.org, le site de formation chrétienne de la Fraternité Saint-Pierre.

Quand l’idĂ©ologie crĂ©e un Dieu de chiffons : la crĂšche dĂ©figurĂ©e de Bruxelles

27/11/2025

Quand l’idĂ©ologie crĂ©e un Dieu de chiffons : la crĂšche dĂ©figurĂ©e de Bruxelles

La seule bonne nouvelle dans toute cette affaire, c’est que la crĂšche est bel et bien installĂ©e depuis le 26 novembre sur la Grand-Place de Bruxelles, l’un des rares lieux publics oĂč le signe chrĂ©tien continue d’ĂȘtre assumĂ© sans dĂ©tour. Et l’on aimerait la voir aussi sur la place de l’HĂŽtel-de-Ville Ă  Paris, tĂ©moignage simple et courageux d’un hĂ©ritage chrĂ©tien assumĂ©. Rappelons cependant qu’on ne reprĂ©sente pas la beautĂ© divine, ni le mystĂšre de la naissance du Christ, avec des chiffons. Non par mĂ©pris de la matiĂšre simple ou des moyens pauvres, mais parce que la crĂšche n’est pas un bricolage.

 

Elle est un signe donnĂ© au monde, un premier Ă©clat de la lumiĂšre de Dieu qui se laisse voir. Il ne s’agit pas d’un objet dĂ©coratif mais d’un lieu oĂč la foi contemple la tendresse de Dieu dans la fragilitĂ© d’un enfant. Utiliser des silhouettes informes de tissu revient non pas Ă  exprimer la simplicitĂ© de NoĂ«l, mais Ă  appauvrir le sens profond de cet Ă©vĂ©nement, Ă  confondre pauvretĂ© matĂ©rielle et laideur symbolique, Ă  oublier que le Dieu qui se fait proche demeure le Dieu de majestĂ©.

 

Des personnages de tissu sans visage, un patchwork de couleurs censĂ©es reprĂ©senter toutes les teintes de peau, une structure transparente qui Ă©voque davantage une installation d’art contemporain qu’un lieu d’adoration, c’est selon un membre de l’organisation, “un mĂ©lange inclusif de toutes les couleurs de peau, pour que tout le monde s’y retrouve.”

 

Depuis quand faut-il diluer le mystĂšre de NoĂ«l sous les apparences de la laideur pour le rendre acceptable par tous par seul soucis  Â» de ne discriminer personne ?  Â» La conceptrice de cette crĂšche ,Victoria-Maria Geyer, se justifie en expliquant  Â» qu’il y a eu une longue concertation avec l’archevĂ©chĂ© de Bruxelles ».Oui, JĂ©sus est nĂ© dans une Ă©table, oui il a choisi la petitesse, le froid, la prĂ©caritĂ©. Mais cette pauvretĂ© n’a jamais Ă©tĂ© synonyme de laideur ou d’indignitĂ©. S’il s’est fait proche des plus humbles, c’est pour rĂ©vĂ©ler la beautĂ© de leur humanitĂ©, pas pour rĂ©duire le divin Ă  une apparence confuse et sans visage. L’humilitĂ© du Christ n’est pas la dĂ©figuration, la pauvretĂ© n’est pas l’effacement et la discrimination de vient pas de la diffĂ©rence mais de l’intolĂ©rance.

 

Le Seigneur fait homme est nĂ© dans une famille juive, il Ă©tait Juif Lui-mĂȘme et son identitĂ© d’homme ne peut ĂȘtre reniĂ© car c’est lĂ  que rĂ©side la vraie discrimination, dans la nĂ©gation d’une identitĂ©.

 

La crĂšche reprĂ©sentant la Sainte Famille a toujours cherchĂ© Ă  montrer que la tendresse de Dieu s’offre dans une lumiĂšre douce, dans une prĂ©sence identifiable, dans un visage d’enfant. Le priver de visage, c’est contredire la rĂ©alitĂ© mĂȘme de sa venue parmi nous.

 

Il ne faut pas confondre l’abaissement volontaire de Dieu avec une nĂ©gation de sa majestĂ©. Il s’est fait pauvre pour nous rejoindre dans notre misĂšre, mais il reste celui dont les anges chantent la gloire divine. Dans la crĂšche, cette tension est toujours prĂ©sente : la paille et la gloire, la pauvretĂ© et la beautĂ©, la fragilitĂ© et la splendeur discrĂšte qui Ă©mane du Sauveur. ReprĂ©senter la Sainte Famille par des chiffons multicolores revient Ă  dissoudre cette vĂ©ritĂ©. Ce n’est plus la crĂšche de BethlĂ©em, mais un symbole flou, interchangeable, neutre qui n’est plus porteur du mystĂšre divin.

 

L’inclusivitĂ©, lorsqu’elle devient une idĂ©ologie, finit par avaler ce qu’elle prĂ©tend protĂ©ger. À force de vouloir que chacun “s’y retrouve”, on gomme tout, jusqu’à la singularitĂ© du mystĂšre cĂ©lĂ©brĂ©.

 

Une crĂšche chrĂ©tienne devient alors un signe vide. Elle n’annonce plus rien, elle n’évoque plus personne, elle n’ouvre plus aucun chemin spirituel. Elle ne tĂ©moigne plus de la venue d’un enfant, mais de la prudence d’une Ă©poque qui a peur d’affirmer quelque chose de clair : La MajestĂ© de Dieu qui a rencontrĂ© la misĂšre humaine.

 

Pourtant, malgrĂ© tout, Bruxelles ose maintenir une crĂšche au cƓur de sa place principale. Dans un contexte europĂ©en oĂč tant de villes effacent peu Ă  peu les symboles chrĂ©tiens par peur ou par calcul au motif de la seule laĂŻcitĂ© , cette simple prĂ©sence demeure une petite victoire . Et l’on aimerait sincĂšrement que Paris ait la mĂȘme audace, l’audace tranquille de proposer une crĂšche Ă  l’HĂŽtel-de-Ville, non pour imposer quoi que ce soit, mais pour rappeler un hĂ©ritage, une mĂ©moire, une espĂ©rance, celle de NoĂ«l.

 

Philippe Marie dans Tribune Chrétienne

“Donner la vie signifie donc faire confiance au Dieu de la vie”

26/11/2025

“Donner la vie signifie donc faire confiance au Dieu de la vie”

La PĂąque du Christ Ă©claire le mystĂšre de la vie et nous permet de le regarder avec espĂ©rance. Cela n’est pas toujours facile ni Ă©vident. Partout dans le monde, beaucoup de vies semblent difficiles, douloureuses, pleines de problĂšmes et d’obstacles Ă  surmonter. Et pourtant, l’ĂȘtre humain reçoit la vie comme un don : il ne la demande pas, il ne la choisit pas, il en fait l’expĂ©rience dans son mystĂšre, du premier jour jusqu’au dernier. La vie a une spĂ©cificitĂ© extraordinaire : elle nous est offerte, nous ne pouvons pas nous la donner nous-mĂȘmes, mais elle doit ĂȘtre nourrie constamment : il faut un soin qui la maintienne, la dynamise, la prĂ©serve, la relance.

 

On peut dire que la question de la vie est l’une des questions abyssales du cƓur humain. Nous sommes entrĂ©s dans l’existence sans avoir rien fait pour le dĂ©cider. De cette Ă©vidence jaillissent comme un fleuve en crue les questions de tous les temps : qui sommes-nous ? D’oĂč venons-nous ? OĂč allons-nous ? Quel est le sens ultime de tout ce voyage ?

 

Vivre, en effet, implique un sens, une direction, une espĂ©rance. Et l’espĂ©rance agit comme une force profonde qui nous fait avancer dans les difficultĂ©s, qui nous empĂȘche d’abandonner dans la fatigue du voyage, qui nous rend certains que le pĂšlerinage de l’existence nous conduit Ă  la maison. Sans l’espĂ©rance, la vie risque d’apparaĂźtre comme une parenthĂšse entre deux nuits Ă©ternelles, une brĂšve pause entre l’avant et l’aprĂšs de notre passage sur terre. EspĂ©rer dans la vie, c’est plutĂŽt anticiper le but, croire comme certain ce que nous ne voyons ni ne touchons encore, faire confiance et nous en remettre Ă  l’amour d’un PĂšre qui nous a créés parce qu’il nous a voulus avec amour et qu’il nous veut heureux.

 

TrĂšs chers amis, il existe dans le monde une maladie rĂ©pandue : le manque de confiance dans la vie. Comme si l’on s’était rĂ©signĂ© Ă  une fatalitĂ© nĂ©gative, Ă  un renoncement. La vie risque de ne plus reprĂ©senter une opportunitĂ© reçue en don, mais une inconnue, presque une menace dont il faut se prĂ©server pour ne pas ĂȘtre déçu. C’est pourquoi le courage de vivre et de gĂ©nĂ©rer la vie, de tĂ©moigner que Dieu est par excellence « l’amant de la vie », comme l’affirme le Livre de la Sagesse (11, 26), est aujourd’hui un appel plus que jamais urgent.

 

Dans l’Évangile, JĂ©sus confirme constamment sa diligence Ă  guĂ©rir les malades, Ă  soigner les corps et les esprits blessĂ©s, Ă  redonner vie aux morts. Ce faisant, le Fils incarnĂ© rĂ©vĂšle le PĂšre : il restitue leur dignitĂ© aux pĂ©cheurs, accorde la rĂ©mission des pĂ©chĂ©s et inclut tout le monde, spĂ©cialement les dĂ©sespĂ©rĂ©s, les exclus, les Ă©loignĂ©s, dans sa promesse de salut.

 

EngendrĂ© par le PĂšre, Christ est la vie et il a engendrĂ© la vie sans compter jusqu’à nous donner la sienne, et il nous invite Ă©galement Ă  donner notre vie. Engendrer signifie donner la vie Ă  quelqu’un d’autre. L’univers des vivants s’est Ă©tendu grĂące Ă  cette loi qui, dans la symphonie des crĂ©atures, connaĂźt un admirable “crescendo” culminant dans le duo de l’homme et de la femme : Dieu les a créés Ă  son image et leur a confiĂ© la mission de donner la vie Ă  son image, c’est-Ă -dire par amour et dans l’amour.

 

DĂšs le dĂ©but, l’Écriture Sainte nous rĂ©vĂšle que la vie, dans sa forme la plus Ă©levĂ©e, celle de l’ĂȘtre humain, reçoit le don de la libertĂ© et devient un drame. Ainsi, les relations humaines sont Ă©galement marquĂ©es par la contradiction, jusqu’au fratricide. CaĂŻn perçoit son frĂšre Abel comme un concurrent, une menace, et dans sa frustration, il ne se sent pas capable de l’aimer et de l’estimer. Et voilĂ  la jalousie, l’envie, le sang (Gn 4, 1-16). La logique de Dieu, en revanche, est tout autre. Dieu reste fidĂšle pour toujours Ă  son dessein d’amour et de vie ; il ne se lasse pas de soutenir l’humanitĂ© mĂȘme lorsque, Ă  l’instar de CaĂŻn, elle obĂ©it Ă  l’instinct aveugle de la violence dans les guerres, les discriminations, les racismes, les multiples formes d’esclavage.

 

Donner la vie signifie donc faire confiance au Dieu de la vie et promouvoir l’humain dans toutes ses expressions : tout d’abord dans la merveilleuse aventure de la maternitĂ© et de la paternitĂ©, mĂȘme dans des contextes sociaux oĂč les familles ont du mal Ă  supporter le poids du quotidien, souvent freinĂ©es dans leurs projets et leurs rĂȘves. Dans cette mĂȘme logique, donner la vie signifie s’engager pour une Ă©conomie solidaire, rechercher le bien commun dont tous puissent profiter Ă©quitablement, respecter et prendre soin de la crĂ©ation, offrir du rĂ©confort par l’écoute, la prĂ©sence, l’aide concrĂšte et dĂ©sintĂ©ressĂ©e.

 

FrĂšres et sƓurs, la RĂ©surrection de JĂ©sus-Christ est la force qui nous soutient dans cette Ă©preuve, mĂȘme lorsque les tĂ©nĂšbres du mal obscurcissent notre cƓur et notre esprit. Lorsque la vie semble s’ĂȘtre Ă©teinte, bloquĂ©e, voici que le Seigneur RessuscitĂ© passe encore, jusqu’à la fin des temps, et marche avec nous et pour nous. Il est notre espĂ©rance.

 

 

Intégrisme catholique en prison


25/11/2025

Intégrisme catholique en prison


La grande enquĂȘte menĂ©e par l’Ifop sur les musulmans de France n’en finit pas de faire des vagues. On ne s’étonnera pas que LibĂ©ration souligne que cette Ă©tude ait Ă©tĂ© particuliĂšrement reprise dans la presse conservatrice française, du Figaro au Point, en passant par le Journal Du Dimanche ou Valeurs Actuelles.

 

DĂšs le soir de sa publication, Jean-Michel Apathie s’empressait sur le plateau de Quotidien de dĂ©tricoter l’analyse qui en Ă©tait faite par les mĂ©dias classĂ©s Ă  droite. Il s’indignait du jeu dangereux qui consiste, selon lui, Ă  exacerber sur les peurs et Ă  stigmatiser les musulmans dans leur ensemble.

 

Quelque temps aprĂšs cette chronique, une Ă©ditorialiste Ă©conomie de l’émission 20h BFM, AmĂ©lie Rosique, se disait quant Ă  elle terrorisĂ©e de la montĂ©e dans les prisons françaises des dĂ©tenus qui se rĂ©clament de l’intĂ©grisme
 catholique. Évidemment, une telle sortie, par sa dĂ©connexion de la rĂ©alitĂ©, a suscitĂ© l’étonnement sarcastique de nombreux observateurs, ces derniers se dĂ©clarant trĂšs curieux de prendre connaissance du rapport sur lequel l’éditorialiste appuyait ses dires.

 

Le rĂ©tropĂ©dalage ne tarda pas Ă  venir, puisque le 20 novembre, la journaliste de BFM s’excusait sur X en avouant avoir « fait un raccourci hĂątif des conclusions du rapport de l’historien Nicolas Lebourg, ce qui a pu semer le trouble chez un certain nombre de nos tĂ©lĂ©spectateurs ». L’on peine cependant Ă  comprendre deux points, qui sont souvent partagĂ©s par les mĂȘmes personnes : la frousse devant un catholicisme de conviction et l’indiffĂ©rence – voire la bienveillance – devant un islam de plus en plus conquĂ©rant.

 

Comment en effet ne pas s’étonner devant le sentiment de terreur que semble susciter chez certains commentateurs une parole chrĂ©tienne authentique ? L’Évangile vĂ©cue avec foi : voilĂ  l’ennemi ! Les fantasmes les plus fous, dignes des pires heures des hussards noirs de la RĂ©publique, surgissent Ă  nouveau avec une agilitĂ© dĂ©concertante. À croire que ces derniers ne faisaient que sommeiller


 

Entendons-nous bien : on peut tout Ă  fait, librement, refuser le dogme catholique et se fiche de sa “premiĂšre communion” comme de sa premiĂšre chemise. Mais quelle est cette Ă©trange construction de l’esprit qui permet d’évoquer la montĂ©e de l’intĂ©grisme catholique dans les prisons sans craindre le ridicule ? Un tel dĂ©phasage ne fait pas qu’interroger, il est en soi l’aveu d’une mauvaise foi.

 

Il n’y aurait du reste, qu’à se plonger dans l’histoire pĂ©nitentiaire pour dĂ©couvrir ce que le catholicisme produit lorsqu’il est vĂ©cu de façon intĂ©grale derriĂšre les barreaux. Que provoque-t-il ? La conversion d’un Jacques Fesch, le dernier condamnĂ© Ă  mort. Le tĂ©moignage bouleversant d’un AndrĂ© Levet, voyou multirĂ©cidiviste rattrapĂ© par le Christ au fond de sa cellule, « la plus grande cavale que j’ai jamais effectuĂ©e, c’est celle avec JĂ©sus », Ă©crira-t-il.

On pourrait encore citer les PoĂšmes de Fresnes de Brasillach qui tĂ©moignent combien une captivitĂ© vĂ©cue unie au Fils de l’homme, lui-mĂȘme condamnĂ© Ă  mort, donne un renouveau spirituel et un souffle dont personne de sensĂ© ne saurait raisonnablement s’inquiĂ©ter.

 

Dans son discours de clĂŽture de l’assemblĂ©e plĂ©niĂšre des Ă©vĂȘques de France Ă  Lourdes, dĂ©but novembre, le cardinal Aveline dressait justement les contours d’un chantier qu’il lui semble important de mener : le combat de la raison.

En reprenant Ă  son compte la tenue d’un dĂ©bat qui rĂ©unit, le 17 janvier 2004 Ă  l’AcadĂ©mie catholique de BaviĂšre, le cardinal Joseph Ratzinger et le philosophe JĂŒrgen Habermas, l’actuel archevĂȘque de Marseille exprimait son souhait que les hommes de foi aient

« le courage de dĂ©noncer, grĂące Ă  la raison, les pathologies de la religion, lorsque celle-ci prĂ©fĂšre la contrainte Ă  la libertĂ©, et, dans le mĂȘme temps, dĂ©noncer, grĂące Ă  la religion, les pathologies de la raison, lorsque celle-ci choisit d’ignorer la dimension spirituelle de l’humain ou cherche Ă  la confiner dans l’espace privĂ© ».

Religion de l’amour, du pardon et du prochain, le catholicisme ne terrorise personne, il invite au contraire Ă  la plus belle des libertĂ©s, la libertĂ© intĂ©rieure qui donne d’accomplir le bien non sous la menace du bĂąton mais sous l’égide d’un saint nom : JĂ©sus.

 

Le deuxiĂšme point citĂ© plus haut concernait l’indiffĂ©rence – voire la bienveillance – devant un islam de plus en plus conquĂ©rant. L’éditorial de Riss dans le numĂ©ro du 12 novembre dernier de Charlie Hebdo aborde cette question.

Qu’on m’excuse par avance de le citer abondamment, mais il exprime avec prĂ©cision l’étendue du problĂšme :

 

« On honore la mĂ©moire du 13 Novembre alors que beaucoup de Français ont oubliĂ© l’attentat Ă  la station de RER Saint-Michel, en 1995, ainsi que ses auteurs, Khaled Kelkal et son complice Boualem BensaĂŻd. (
) L’islamisme, c’est comme le rĂ©chauffement climatique : on a beau disposer de toutes les informations sur le phĂ©nomĂšne, personne ne le combat efficacement. Au contraire, on nous incite Ă  l’accepter en nous y habituant. Contre les canicules futures qui rendront invivables les agglomĂ©rations bĂ©tonnĂ©es, on prĂ©conise de planter des arbres pour faire de l’ombre. (
) De la mĂȘme maniĂšre, contre l’islamisme qui attaque lentement les fondations de notre dĂ©mocratie aussi inexorablement que la montĂ©e du niveau des ocĂ©ans le fait avec le littoral, on suggĂšre des mesures dĂ©risoires. (
) À l’image des arbres qu’on plante pour soi-disant lutter contre le rĂ©chauffement climatique, on dissimule notre trouille sous d’obscures circulaires administratives en pensant qu’elles suffiront Ă  nous protĂ©ger de la canicule islamiste ».

 

De fait, l’auteur de l’attentat du RER B, Boualem BensaĂŻd, avait dĂ©clarĂ© en 1995 : « OK, c’est bon, moi j’ai perdu, mais d’autres viendront, car ici nous sommes chez nous, vos femmes porteront le hijab, et on montera jusqu’en Europe du Nord ». Pour Riss, la couardise gĂ©nĂ©ralisĂ©e est plus efficace que les kalachnikovs des attentats de janvier et de novembre 2015, de Toulouse et de Montauban en 2012, et de tous les autres attentats.

 

Éviter le piĂšge de la frousse ou de l’indiffĂ©rence, c’est faire le choix exigeant du rĂ©el : s’appuyer sur les faits, s’inspirer de l’expĂ©rience du passĂ© et conserver dans son Ăąme une invincible espĂ©rance. Celle qui fait dire que le bien finit toujours par l’emporter quand il est dĂ©fendu, avec la grĂące de la foi et la puissance de la raison.

 

Du miel d’Azille pour NoĂ«l !

25/11/2025

Du miel d’Azille pour NoĂ«l !

Afin de financer elles-mĂȘmes les travaux d’isolation et de toiture, les religieuses se sont lancĂ© comme dĂ©fi de vendre une part importante de leur production de miels et de sirops, soit au moins 2 500 produits, avant le 30 novembre. En lien avec l’équipe Divine Box, elles proposent donc cinq parfums de miels diffĂ©rents, rĂ©alisĂ©s avec les apiculteurs de leurs environs, ainsi qu’un sirop de thym, que tout un chacun peut se procurer aisĂ©ment sur le site Internet de Divine Box.

Les chanoinesses se sont donnĂ© jusqu’au 30 novembre pour vendre leur produits. Les commandes seront donc expĂ©diĂ©es par la suite, pour une rĂ©ception avant NoĂ«l. Une belle idĂ©e de cadeaux ou de petit-dĂ©jeuner gourmand pour rĂ©galer ses proches pendant les vacances.

 

Pour voir et Ă©couter les chanoinesses prĂ©senter ce dĂ©fi un peu particulier, c’est ici.

Pour commander : https://divinebox.fr/azille/

Objectifs de la COP30 : La liberté fond plus vite que les glaciers

24/11/2025

Objectifs de la COP30 : La liberté fond plus vite que les glaciers

De Gianluca Alimonti - NBQ

La « DĂ©claration sur l’intĂ©gritĂ© des informations relatives au changement climatique », signĂ©e lors de la COP30 Ă  BelĂ©m, ressemble Ă  un texte que George Orwell aurait rejetĂ© comme Ă©tant trop direct.

 

 Â« Reconnaissant que l’urgence de la crise climatique exige non seulement une action dĂ©cisive des États, mais aussi la large participation de tous les segments de la sociĂ©té  » Le document s’ouvre sur cette invocation prĂ©visible de « l’urgence », cette formule magique Ă©culĂ©e qui cherche Ă  suspendre la raison et Ă  justifier tout ce qui se passe. Une urgence et une crise climatique qui ne se reflĂštent pas dans les sĂ©ries historiques d’indicateurs climatiques .

 

Les auteurs dĂ©clarent ĂȘtre : « PrĂ©occupĂ©s par l’impact croissant de la dĂ©sinformation , de la mĂ©sinformation, du nĂ©gationnisme, des attaques dĂ©libĂ©rĂ©es contre les journalistes environnementaux, les dĂ©fenseurs des droits humains, les scientifiques, les chercheurs et autres voix publiques
 » Traduction : Quiconque pose des questions gĂȘnantes sur les modĂšles climatiques, les incertitudes des donnĂ©es ou les Ă©checs politiques est dĂ©sormais coupable de « nĂ©gationnisme » – un terme empruntĂ© directement au lexique de l’hĂ©rĂ©sie religieuse.

 

Si ce n'Ă©tait qu'une simple bulle diplomatique , ce serait ridicule, mais cette dĂ©claration va plus loin. Elle appelle ouvertement les gouvernements Ă  : « CrĂ©er et mettre en Ɠuvre des politiques et des cadres juridiques
 qui favorisent l'intĂ©gritĂ© des informations sur le changement climatique et respectent, protĂšgent et promeuvent les droits humains, notamment le droit Ă  la libertĂ© d'expression
 » Une contradiction choquante : comment peut-on « promouvoir la libertĂ© d'expression » tout en rĂ©digeant des lois pour dĂ©cider de ce qui est acceptable en matiĂšre d'expression ?

 

Bien sĂ»r, des enjeux financiers sont Ă©galement en jeu , et la DĂ©claration suggĂšre aux bailleurs de fonds de « faire un don au Fonds mondial pour l’intĂ©gritĂ© de l’information sur les changements climatiques, administrĂ© par l’UNESCO au nom de l’Initiative ». Cette mĂȘme UNESCO qui a passĂ© des dĂ©cennies Ă  produire une propagande optimiste sur « l’éducation au dĂ©veloppement durable » se retrouvera dĂ©sormais Ă  la tĂȘte d’un systĂšme mondial d’information, dĂ©cidant quelles informations sont dignes d’ĂȘtre diffusĂ©es auprĂšs du public. Difficile d’imaginer une caricature plus flagrante des excĂšs bureaucratiques.

 

Comme toujours, toute tyrannie prĂ©tend dĂ©fendre la « vĂ©ritĂ© ». L’Union soviĂ©tique emprisonnait des scientifiques qui remettaient en question le lyssenkisme, le tout au nom de la protection de « l’intĂ©gritĂ© scientifique ». Le clergĂ© actuel du climat ne fait pas exception.

 

Toute cette entreprise transpire l'incertitude. Si la science était aussi « établie » qu'on le prétend, pourquoi cette obsession à faire taire les critiques ? Pourquoi ces campagnes interminables pour « accroßtre la confiance du public » et « renforcer la confiance dans la science du climat » ? La véritable science accueille le scepticisme ; la propagande exige la foi, et c'est de la propagande.

 

L'invocation constante de la « confiance » et de l'« intégrité » relÚve du contrÎle , non de l'investigation. La véritable confiance se gagne par la transparence, le débat et les preuves, et non par décret. Nul besoin d'un « écosystÚme d'information » géré par l'UNESCO pour informer le public que l'eau bout à 100 °C. La censure n'est nécessaire que lorsque les « faits » sont trop fragiles pour résister à l'examen.

 

L'aspect le plus inquiĂ©tant de toute cette mascarade est peut-ĂȘtre que la DĂ©claration appelle les gouvernements Ă  : « Promouvoir des campagnes de sensibilisation au changement climatique et soutenir les initiatives qui favorisent l'Ă©ducation au climat et le droit du public Ă  accĂ©der Ă  une information fiable sur le sujet . » En clair, cela revient Ă  financer une propagande qui dicte aux citoyens ce qu'ils doivent penser, en qualifiant les opinions divergentes de « non fiables ».

 

L'ironie, bien sĂ»r, c'est que la soi-disant « dĂ©sinformation climatique » qu'ils cherchent dĂ©sespĂ©rĂ©ment Ă  Ă©radiquer se rĂ©vĂšle souvent ĂȘtre une vĂ©ritĂ© gĂȘnante. Remettre en question la courbe en forme de crosse de hockey Ă©tait autrefois considĂ©rĂ© comme de la « dĂ©sinformation », jusqu'Ă  ce qu'elle s'effondre sous l'effet de l'analyse. Souligner que les modĂšles climatiques ont systĂ©matiquement surestimĂ© le rĂ©chauffement climatique Ă©tait du « dĂ©ni ». Faire remarquer que les obligations en matiĂšre d'Ă©nergies renouvelables font grimper les coĂ»ts de l'Ă©nergie et dĂ©stabilisent les rĂ©seaux Ă©lectriques Ă©tait jugĂ© « dangereux », jusqu'Ă  ce que des pannes de courant contraignent mĂȘme les gouvernements les plus favorables Ă  revoir leur position.

 

Aujourd'hui, au lieu de corriger leurs erreurs , les instances dirigeantes du climat redoublent d'efforts, passant de la persuasion Ă  la coercition. Leur message est simple : croyez-y ou taisez-vous. Le vĂ©ritable danger ne menace pas le climat, mais la libertĂ© elle-mĂȘme. Lorsque les gouvernements, les mĂ©dias et les instances supranationales s'entendent pour dĂ©terminer quelles opinions peuvent ĂȘtre exprimĂ©es, la science disparaĂźt. À sa place surgit une bureaucratie dogmatique, maĂźtrisant le langage du « dĂ©veloppement durable », de l'« intĂ©gritĂ© » et des « politiques fondĂ©es sur des preuves », mais totalement aveugle Ă  son propre autoritarisme. Ce n'est pas de la science. C'est de la surveillance sous couvert de moralitĂ©.

 

 

Une nouvelle opération internationale de contrÎle social ?

23/11/2025

Une nouvelle opération internationale de contrÎle social ?

Et voici que maintenant on nous brandit un Pistorius, ministre allemand de la DĂ©fense de son Ă©tat, qui dĂ©clare sans ciller que “nous devons ĂȘtre prĂȘts pour la guerre d'ici 2029. Nous devons fournir une force de dissuasion pour Ă©viter que le pire ne se produise.”


Des fois qu’on n’ait pas compris, on nous invite à constituer un kit de survie suivant la documentation disponible sur le net et en mairies.
Attendez chers lecteurs, on nous en remet une couche (c’est connu, le Français est obtus) Ă  l’aide du chef d’état-major le gĂ©nĂ©ral Mandon qui, sur commande, dĂ©clare benoitement au congrĂšs des maires de France que « 
 si notre pays flanche parce qu'il n'est pas prĂȘt Ă  accepter de perdre ses enfants parce qu'il faut tout de mĂȘme dire les choses
 ».

 

Des enfants, mon gĂ©nĂ©ral, nous en perdons ici, chez nous, et ne l’acceptons pas, parce que rien n’a Ă©tĂ© fait sur le plan politique pour les garder en vie. Le terrorisme islamiste est en roue libre :  souvenons-nous, premier front, d’Anne-Lorraine, de Lola, de Philippine, d’Elias et de Thomas, pour ne citer que ceux-lĂ , sans oublier le Bataclan, 130 morts et plus de 400 blessĂ©s. Combien d’agressions au couteau tous les jours ? 

DeuxiĂšme front, l’islamo-gauchisme qui prĂŽne l’antisĂ©mitisme dĂ©complexĂ© et invite Ă  brĂ»ler les Ă©glises. Que fait-on pour les calmer ?
TroisiĂšme front, le narcotrafic et le grand banditisme
 AllĂŽ, mon gĂ©nĂ©ral, ĂȘtes-vous toujours lĂ  ?
Oui, ça va, hĂ©las, ĂȘtre votre travail d’aller chercher les armes dans les caves, ici, chez nous !  

 

Pour conclure, mon gĂ©nĂ©ral, soyez certain que nos jeunes accepteront de mourir pour Arras. 
Mais pas pour le Donbass.  
Nicolas Machiavel, dans son Ɠuvre Le Prince, nous a dit que « celui qui contrĂŽle la peur des gens devient le maĂźtre de leurs Ăąmes ». Nous sommes catholiques et nos Ăąmes sont Ă  Dieu, nous n’avons donc pas peur, et d’ailleurs Il nous dit : « Ne crains rien, car je suis avec toi ; ne promĂšne pas des regards inquiets, car je suis ton Dieu ; je te fortifie, je viens Ă  ton secours, je te soutiens par ma droite triomphante. » (IsaĂŻe 41:10)


Ah ! N'oubliez pas d'ajouter du bon café à votre kit de survie : c'est la base pour affronter n'importe quelle crise.

Haut les cƓurs !

 

ADDENDUM

Aujourd'hui justement, dans la Grande Interview de CNEWS, Sonia Mabrouk reçoit, lundi 24 novembre, StĂ©phanie Bonhomme, la mĂšre de l’adolescent Elias tuĂ© Ă  coups de machette Ă  Paris Ă  l’ñge de 14 ans il y a 10 mois. Elle Ă©voque le rĂ©cent rapport de l’Inspection gĂ©nĂ©rale de la Justice sur la mort de son fils.


La lente agonie des chrétiens de Turquie : Un héritage millénaire sous pression constante

21/11/2025

La lente agonie des chrétiens de Turquie : Un héritage millénaire sous pression constante

Un long déclin démographique et une répression étatique
Autrefois nommĂ©e Asie Mineure, cette rĂ©gion fut le berceau du christianisme (saint Paul, concile de NicĂ©e, ÉphĂšse). Bien que la chute de Byzance en 1453 ait marquĂ© un premier coup, c'est au XXe siĂšcle que le dĂ©clin s'est accĂ©lĂ©rĂ©, notamment avec le gĂ©nocide des ArmĂ©niens, Assyro-chaldĂ©ens, Syriaques et Grecs pontiques Ă  partir de 1915, qui a fait jusqu'Ă  2 millions de victimes. L'État turc moderne nie ce gĂ©nocide, considĂ©rant toute remise en question comme une atteinte Ă  la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure.

 

Pour l'État, les chrĂ©tiens sont souvent perçus comme des ennemis intĂ©rieurs. Seuls les ArmĂ©niens et les Grecs orthodoxes sont reconnus comme minoritĂ©s par le traitĂ© de Lausanne (1923). Les autres communautĂ©s (assyriennes, catholiques, protestantes) n'ont pas de personnalitĂ© juridique, ce qui entrave leur capacitĂ© Ă  possĂ©der des biens ou ouvrir des sĂ©minaires (comme celui d'Halki, fermĂ© depuis 1971).

 

Le double étau : Kémalisme et Islamisme
Le laĂŻcisme d'AtatĂŒrk n'a pas garanti une tolĂ©rance rĂ©elle ; dĂšs les dĂ©buts de la RĂ©publique, le nationalisme kĂ©maliste considĂ©rait l'islam comme un facteur d'unitĂ© et les chrĂ©tiens comme de potentiels agents de l'Ă©tranger. Des mesures vexatoires et des pogroms (comme celui d'Istanbul en 1955) ont accĂ©lĂ©rĂ© l'exode.

 

L'arrivĂ©e au pouvoir de l'AKP d'Erdogan, bien que parfois contradictoire, a ajoutĂ© une couche d'islamisation, notamment par l'augmentation des Ă©coles islamiques et l'intĂ©gration d'imams dans l'enseignement public. Le climat demeure hostile ; les chrĂ©tiens intĂ©riorisent leur infĂ©rioritĂ© et sont exclus de la fonction publique ou de l'armĂ©e. Les convertis sont baptisĂ©s discrĂštement et sont trĂšs isolĂ©s. L'abbĂ© Gabriel Ferone, ancien vicaire gĂ©nĂ©ral du diocĂšse d’Izmir, parle d'un « Ă©touffement » des chrĂ©tiens.

 

Un mince espoir
MalgrĂ© l'exode continu, l'Église catholique latine, de nature non ethnique, offre une voie de conversion et peut compter sur l'Ă©mergence de sĂ©minaristes turcs, laissant entrevoir la possibilitĂ© d'un clergĂ© autochtone Ă  l'avenir.

 

 

Dans ce contexte de pression intense et de dĂ©litement constant, la visite attendue de LĂ©on XIV le 27 novembre est perçue comme un moment d'espoir. Les chrĂ©tiens de Turquie attendent du Pape qu'il rappelle au monde et au pouvoir turc que, malgrĂ© deux millĂ©naires de persĂ©cutions et d'assimilation forcĂ©e, leur place est toujours sur cette terre qui est le berceau de leur foi.

 

 

Photo : La basilique Ste Sophie, basilique chrĂ©tienne depuis le IVĂš siĂšcle, a atteint sa forme actuelle au VIĂš siĂšcle. AprĂšs la prise de Constantinople par les armĂ©es ottomanes en 1453, elle est convertie en mosquĂ©e sous le sultan Mehmet II, statut qu'elle conserve jusqu'Ă  la fin de l'Empire ottoman. En 1934, elle perd son statut de lieu de culte pour devenir un musĂ©e, sur dĂ©cision de Mustafa Kemal AtatĂŒrk, devenant l'un des musĂ©es les plus visitĂ©s de la rĂ©publique de Turquie. Puis le 10 juillet 2020, un dĂ©cret du Conseil d'État turc dĂ©cide sa rĂ©ouverture au culte musulman comme mosquĂ©e, provoquant une vague de critiques internationales.

Le Chant Grégorien : un Trésor Liturgique qui MÚne à la Conversion

20/11/2025

Le Chant Grégorien : un Trésor Liturgique qui MÚne à la Conversion

Un article d'Étiennette de la Ruffie met en lumiĂšre dans Famille ChrĂ©tienne cet essor Ă  travers l'exemple de Laurent, un SuĂ©dois qui n'hĂ©site pas Ă  faire des milliers de kilomĂštres pour participer aux sessions de chant Ă  l'abbaye de Kergonan. Sa dĂ©couverte du grĂ©gorien lors d'une retraite fut un choc existentiel qui mena Ă  sa conversion radicale. Il tĂ©moigne de l'immense pouvoir du premier psaume chantĂ© par les moines, qui l'a « complĂštement bouleversĂ© ».

 

Selon Anne Pouget, professeure laïque lors de ces sessions, le chant grégorien séduit de plus en plus de nouveaux profils, y compris des jeunes. Elle explique que ce chant est universel, car il « vous travaille intérieurement et procure la paix », ce qui explique pourquoi il « provoque de nombreuses conversions ».

 

FrĂšre Jean-Tugdual, co-organisateur, confirme la double dimension de cet enseignement : donner aux stagiaires les clĂ©s pour mieux chanter, mais surtout « façonner leur vie spirituelle ». Le grĂ©gorien, constitutif de l'identitĂ© du monastĂšre de la congrĂ©gation de Solesmes, est vu comme un trĂ©sor Ă  cultiver et la « forme chantĂ©e de la priĂšre de l'Église catholique romaine ». D'un point de vue spirituel, c'est avant tout un chant biblique qui dĂ©ploie la parole de Dieu, obligĂ© de « vibrer » pour exprimer sa largeur. MalgrĂ© sa difficultĂ© technique, les participants comme Laurent soulignent la richesse de se sentir « participants actifs de la liturgie », voyant dans le chant qui s'Ă©lĂšve vers Dieu une immense beautĂ©.


L'intĂ©rĂȘt croissant pour le chant grĂ©gorien, comme en tĂ©moigne le succĂšs des Rencontres grĂ©goriennes annuelles, rĂ©vĂšle un besoin profond d'intĂ©rioritĂ© dans notre sociĂ©tĂ©. Loin d'ĂȘtre une simple performance musicale, il est un « chant incarnĂ© » qui touche au plus profond de l'ĂȘtre. La beautĂ© et la vĂ©ritĂ© spirituelle de ce chant millĂ©naire continuent de rĂ©sonner, offrant un chemin de paix et de foi pour ceux qui s'y initient.

J’ai lu le dernier livre de Zemmour

20/11/2025

J’ai lu le dernier livre de Zemmour

Une famille amoureuse de la France

Au-delĂ  des constructions intellectuelles, souvent brillantes et Ă©rudites, le prĂ©sident de ReconquĂȘte apparaĂźt fondamentalement comme un homme marquĂ© par une histoire bien particuliĂšre. Sa famille a accueilli l’entrĂ©e des troupes françaises dans Alger en 1830 comme une libĂ©ration du pesant statut de dhimmi imposĂ© par la Sublime Porte aux Juifs de l’Empire ottoman. Reconnaissance portĂ©e Ă  son paroxysme par le dĂ©cret CrĂ©mieux (24 octobre 1870) qui attribuait aux IsraĂ©lites d’AlgĂ©rie la citoyennetĂ© française, dĂ©niĂ©e aux populations indigĂšnes musulmanes. DĂ©sormais, entre les Juifs sĂ©farades d’AlgĂ©rie et la France c’est une union Ă  la vie Ă  la mort comme en tĂ©moigne le fait qu’en 1962 les 140 000 Juifs d’AlgĂ©rie quitteront quasiment tous le pays pour rejoindre la France ou IsraĂ«l. Ce » patriotisme incandescent » s’était scellĂ© dans le sang du grand-pĂšre maternel d’Eric Zemmour, officier français, blessĂ© d’un coup de couteau lors des Ă©meutes de SĂ©tif en mai 1945. ParallĂšlement Ă  cet amour inconditionnel de la France la famille de notre auteur ne nourrit pas, et cela depuis des siĂšcles, un amour immodĂ©rĂ© pour un Islam qui l’avait rĂ©duite Ă  un statut social infĂ©rieur.  

 

Une connaissance approximative du catholicisme

Ce bref essai est la rĂ©ponse Ă  la demande du directeur d’une revue amĂ©ricaine : First things demandant de rĂ©pondre Ă  la question suivante : Comment sauver le catholicisme en Europe ?  Logiquement l’auteur ne peut manquer de s’interroger sur ce qui constitue, selon lui, l’ñme et l’essence du catholicisme. D’heureuses observations : « Le message Ă©vangĂ©lique se focalisa sur le salut de l’ñme individuelle » ou « Saint Paul (mais pas que lui NDA) favorisa l’émergence d’un individu dĂ©veloppant un contact personnel avec la divinitĂ© » cohabitent avec de plus Ă©tranges considĂ©rations sur l’opposition artificielle et systĂ©mique créée entre l’Eglise comme institution, hĂ©ritage de saint Pierre et de la synagogue et la religion intĂ©rieure, hĂ©ritage de saint Paul. Parler de « Jacques, frĂšre de JĂ©sus » n’est-il pas inutilement provocateur ? Quant Ă  l’affirmation selon laquelle : « La Loi n’importe guĂšre, les Ɠuvres n’importent guĂšre, le salut ne vient que de JĂ©sus, fils de Dieu » notre auteur doit confondre le catholicisme avec le luthĂ©ranisme.

 

Une nouvelle Sainte-Alliance ?

Nonobstant ces approximations Eric Zemmour dĂ©nonce les complaisances de l’Eglise post conciliaire, rongĂ©e par la repentance et la culpabilitĂ©, avec la submersion migratoire, en bonne partie de religion musulmane que subit l’Europe et ne craint pas de faire l’éloge d’un « catholicisme viril » que ne renierait pas l’abbĂ© Raffray. Prenant acte des racines juives du christianisme notre auteur en appelle Ă  une union des Juifs et des catholiques car « seule leur alliance peut sauver la France et l’Europe d’une inĂ©luctable et funeste islamisation ». Cette proposition soulĂšve de nombreuses questions. Tout d’abord n’est-il pas un peu rapide de prĂ©senter les Juifs comme une entitĂ© homogĂšne ? Zemmour note, en effet, que de nombreux Juifs ont jouĂ© un rĂŽle dĂ©terminant dans toutes les sanglantes rĂ©volutions bolcheviques en Europe de l’Est et en Russie et que de nombreux Juifs, en particulier ashkĂ©nazes, ont menĂ© en France depuis les annĂ©es 1970 une lutte acharnĂ©e contre toutes les tentatives de prĂ©server l’identitĂ© française et de limiter les flux migratoires. Ensuite, l’auteur du suicide français tient sur la laĂŻcitĂ© des propos, certes cohĂ©rents avec son histoire personnelle : « Français dans la rue et Juif Ă  la maison » lui rĂ©pĂ©tait sa mĂšre, mais tout Ă  fait Ă©trangers Ă  notre tradition nationale : « La seule solution est d’appliquer la laĂŻcitĂ© dans toute sa rigueur, toute la laĂŻcitĂ© Ă  la française, celle qui prĂ©voit un « devoir de discrĂ©tion  dans l’espace public » et qui doit donc interdire tout signe religieux comme le voile, non seulement Ă  l’école, mais aussi Ă  l’universitĂ©, au travail dans la rue mĂȘme ». Emile Combes ou Jules Ferry ne pensaient pas autre chose : expulser la religion de la vie publique et la cantonner Ă  la sphĂšre privĂ©e. Il s’agit ni plus ni moins que de la nĂ©gation de deux millĂ©naires d’histoire de France. Interdire tout signe religieux dans la rue c’est interdire les processions de la FĂȘte-Dieu et raser les calvaires. Ce n’est, bien sĂ»r, pas ce que souhaite Eric Zemmour mais c’est nĂ©anmoins la consĂ©quence logique de ce qu’il Ă©crit. Parce qu’il n’a pas la foi notre auteur ne peut comprendre qu’une expĂ©rience religieuse authentique demande aussi Ă  s’exprimer dans la sphĂšre publique. La vie chrĂ©tienne ne peut se cantonner Ă  la sphĂšre privĂ©e.

 

Le piÚge de la laïcité.

Contre la doxa largement dominante, Ă  droite comme Ă  gauche, il nous apparaĂźt que la laĂŻcitĂ© est Ă  la fois un piĂšge et une trahison. Un piĂšge car elle est un athĂ©isme pratique qui conduit au nihilisme de la modernitĂ©, terreau sur lequel prospĂšre un Islam au pouvoir de sĂ©duction inentamĂ©. Une trahison de la vocation catholique de la fille aĂźnĂ©e de l’Eglise qui ne peut accepter de voir la religion qui l’a portĂ©e sur les fonts baptismaux de Reims cantonnĂ©e aux foyers domestiques et aux lieux de culte. Eric Zemmour n’étant pas catholique il ne peut ĂȘtre accusĂ© de trahison, un catholique est cependant dispensĂ© de le suivre sur ce point. Enfin, comme vient d’opportunĂ©ment le rappeler Pierre Manent : « Pendant deux bons siĂšcles (
) on a cru que l’on pouvait garder les vertus et les principes chrĂ©tiens sans la foi au Christ. Les esprits les plus lucides-je pense en particulier Ă  Nietzsche- se sont aperçus que cela ne tenait pas : avec l’eau du bain il fallait jeter aussi le bĂ©bĂ© ». (Ecrits de Rome No 25- Novembre 2025) Un christianisme sans le Christ est Ă  la fois un non-sens et une impasse. Rappelons au passage que la foi est un don gratuit de Dieu. C’est ce don que sollicitent pour Eric Zemmour les pieuses personnes qui lui offrent « des mĂ©dailles sacrĂ©es de la Vierge Marie » non pas pour lui « porter bonheur » mais pour contribuer Ă  sa conversion, gage du salut.

 

Comment sauver le catholicisme en Europe ?  

Comment sauver le catholicisme en Europe ? Ă©tait la question originellement posĂ©e. D’abord en refaisant des catholiques. FidĂšles aux promesses de leur baptĂȘme, au dĂ©calogue- commun avec les Juifs- et aux BĂ©atitudes. Si Eric Zemmour semble avoir bien compris que les enjeux actuels sont, effectivement, des enjeux de civilisation et se rĂ©jouit du dynamisme du catholicisme traditionnel, il est Ă  craindre qu’il ne tire pas toutes les consĂ©quences logiques de ses analyses prĂ©liminaires.  S’il observe, justement, que « La jeunesse occidentale est la premiĂšre depuis deux mille ans Ă  n’avoir reçu aucun hĂ©ritage religieux et quasiment aucun hĂ©ritage culturel » son mĂ©pris pour l’islam est, en partie, mal placĂ©. En effet, un musulman, dans sa version modĂ©rĂ©e et occidentalisĂ©e, a au moins le sens de la loi naturelle et du culte rendu Ă  Dieu en justice. C’est d’ailleurs de la faute des laĂŻcards de combat, largement dĂ©construits et dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s, si une partie de la jeunesse se jette dans les bras de l’Islam car on l’a dĂ©possĂ©dĂ©e des grandes questions mĂ©taphysiques et religieuses.

 

Eric Zemmour mĂ©rite notre reconnaissance pour le courageux combat qu’il mĂšne au service de la France Ă©ternelle. Il mĂ©rite aussi nos priĂšres pour qu’il ait le courage, et la grĂące, de mettre ses pas dans les traces de Jean-Marie Lustiger, VĂ©ronique LĂ©vy – la sƓur de Bernard-Henri -, Marcel Dassault ou Edith Stein. Ce sera certainement sa contribution la plus dĂ©terminante au sauvetage du catholicisme en Europe.

 

 

Jean-Pierre Maugendre
Source : Renaissance Catholique

Entre « Soumission » et « 1984 »

19/11/2025

Entre « Soumission » et « 1984 »

Il est peut-ĂȘtre Ă©mouvant mais tout Ă  fait inefficace politiquement de rĂ©pondre Ă  des terroristes : « Mon amour est plus fort que ta haine ne le sera jamais. » Et, pour le cas particulier du terrorisme islamique, la distinction islam-islamisme n’a aucun sens.

 

Ce que l’on appelle aujourd’hui islamisme n’est rien d’autre que l’islam des origines.

 

On peut inviter les musulmans Ă  se dĂ©solidariser des terroristes, mais je persiste Ă  ne pas comprendre au nom de quelle autoritĂ© ou de quelle compĂ©tence les dirigeants français (par ailleurs mĂ©prisĂ©s par le monde musulman, comme l’a abondamment montrĂ© l’incapacitĂ© de la France Ă  faire libĂ©rer Boualem Sansal pendant un an) pourraient promouvoir telle lecture du Coran plutĂŽt que telle autre.

 

Mais, plutĂŽt que de redire une Ă©niĂšme fois ces choses (qui ne sont d’ailleurs ignorĂ©es que des aveugles volontaires), je voudrais ici insister sur le fait que la bataille est d’abord culturelle.

 

Notre amie Évelyne Joslain a Ă©crit un excellent livre sur le sujet. Mais la guerre culturelle n’est pas rĂ©servĂ©e au monde anglo-saxon, ni aux intellectuels : la semaine derniĂšre a montrĂ© Ă  l’envi que ceux qui prĂ©tendent nous diriger ont dĂ©jĂ  fait allĂ©geance en esprit Ă  nos ennemis. Or, c’est dans la tĂȘte que commence la soumission. Et que commence la rĂ©sistance.

 

Deux romans au moins invitent Ă  la dissidence mieux que bien des analyses scientifiques : « Soumission » de Houellebecq et « 1984 » d’Orwell.

Le premier dĂ©crit un Occident sans espĂ©rance, engoncĂ© dans son consumĂ©risme. C’est sur ce nihilisme que l’islam prospĂšre. Une civilisation pour laquelle plus personne ne trouve de raison de mourir ne mĂ©rite pas de vivre – et qui accepterait de mourir pour des zones commerciales d’une laideur Ă  faire peur ou les pseudo-libertĂ©s du wokisme ?

 

Cette Ă©touffante grisaille s’accompagne d’un flicage dont Orwell n’aurait pas pu rĂȘver et qui prend modĂšle sur l’une des pires tyrannies de l’histoire de l’humanité : le communisme chi­nois et son contrĂŽle social.

 

Que des dirigeants « libĂ©raux » envisagent sans sourciller, pĂȘle-mĂȘle, la suppression de l’argent liquide (pour tracer tous les transferts financiers des citoyens), des ausweis sanitaires ou Ă©cologiques pour sortir de chez soi, ou encore l’interdiction des mĂ©dias alternatifs pour imposer sans opposition leur post-vĂ©ritĂ© est littĂ©ralement glaçant. Et il est plus glaçant encore de voir les peuples obĂ©ir comme des moutons Ă  l’abattoir.

 

Houellebecq et Orwell (parmi beaucoup d’autres, dont Sansal n’est pas le moindre, notamment pour son roman « 2084 », qui fait explicitement rĂ©fĂ©rence Ă  « 1984 » et Ă  la domination islamique) dĂ©crivent (hĂ©las) admirablement notre monde.

 

Je ne vois qu’une façon de sortir de cette domination culturelle de l’islamo-gauchisme : rĂ©affirmer clairement et courageusement les fondements de notre civilisation chrĂ©tienne et rappeler que l’homme est une crĂ©ature libre et responsable – et que le vieux fantasme saint-simonien de remplacer le « gouvernement des hommes » par « l’administration des choses » nous conduira inĂ©luctablement l’humanitĂ© en enfer.

 

 

L'Ă©vĂȘque Mutsaerts : Il n'y a aucune bonne raison de ne pas appeler Marie « Co-RĂ©demptrice ».

18/11/2025

L'Ă©vĂȘque Mutsaerts : Il n'y a aucune bonne raison de ne pas appeler Marie « Co-RĂ©demptrice ».

Je suis toujours Ă©tonnĂ© de constater que, dans le monde moderne, les gens ont particuliĂšrement peur des mots. On ne semble plus craindre le pĂ©chĂ© ni la folie, mais seulement les malentendus. Et comme si cela n'Ă©tait pas assez clair : il n'existe pas de vĂ©ritĂ© qui ne puisse ĂȘtre mal comprise. La thĂ©ologie catholique romaine a toujours accordĂ© une importance extraordinaire au Christ comme unique Sauveur. C'est prĂ©cisĂ©ment pourquoi je n'ai jamais perçu de menace dans la maniĂšre dont on parle de Marie. La position du Christ est si absolue qu'il serait absurde de penser que quiconque puisse vĂ©ritablement l'Ă©clipser. CoopĂ©rer ne signifie pas rivaliser. Si Dieu s'est vĂ©ritablement fait homme, alors non seulement il s'est abaissĂ©, mais il s'est aussi rendu dĂ©pendant de l'obĂ©issance humaine : d'abord Ă  Marie, puis aux apĂŽtres, et enfin Ă  nous tous. Le cardinal Fernandez se trompe lourdement lorsqu'il affirme qu'il n'est plus conseillĂ© d'utiliser le titre de « Co-RĂ©demptrice » pour Marie.

 

Je ne vois donc rien d'injustifiĂ© Ă  l'idĂ©e que Marie, dans une soumission totale et par grĂące, ait participĂ© Ă  l'Ɠuvre du Christ. Le terme « Co-RĂ©demptrice » n'est pas aussi choquant que certains le craignent. Et, franchement, si le cardinal Fernandez craint que l'on place Marie sur un pied d'Ă©galitĂ© avec le Christ, le problĂšme ne vient pas de Marie, mais de Fernandez. C'est prĂ©cisĂ©ment la prĂ©sence de Marie qui me rappelle que la foi chrĂ©tienne n'est ni une idĂ©e, ni une philosophie, ni un systĂšme moral, mais une histoire. La rĂ©alitĂ© concrĂšte de la coopĂ©ration de Marie Ă  l'Ɠuvre de notre rĂ©demption ne dĂ©coule pas d'une invention humaine, mais du fait que Dieu lui-mĂȘme a dĂ©cidĂ© d'agir par l'intermĂ©diaire d'un homme. Chaque Ă©tape de l'histoire du salut montre que Dieu n'agit pas malgrĂ© l'homme, mais par l'homme. Le « fiat » de Marie est le premier, et peut-ĂȘtre le plus clair, exemple de cette coopĂ©ration surnaturelle.

 

Lorsque l'Église parle de Marie comme Co-RĂ©demptrice – un terme employĂ© avec ferveur par les saints et les papes –, cela ne signifie pas que ses mĂ©rites aient une valeur intrinsĂšque, ni qu'elle diminue la place unique du Christ. La Tradition signifie que, par une grĂące ineffable, elle est impliquĂ©e d'une maniĂšre incomparable dans l'Ɠuvre du Christ. Cette doctrine a connu un certain dĂ©veloppement. Ce dĂ©veloppement ne signifie pas une modification du dogme, mais le dĂ©ploiement de ce qui Ă©tait toujours prĂ©sent en son sein. Il me semble que le titre de « Co-RĂ©demptrice » n'est pas une nouveautĂ©, mais la consĂ©quence d'une croyance ancienne : Marie, par la grĂące, a Ă©tĂ© l'instrument par lequel le Verbe s'est fait chair, et elle a participĂ© Ă  l'Ɠuvre de salut du Christ par la foi, l'amour et la souffrance.

 

Pendant des siĂšcles, le titre de « Co-RĂ©demptrice » a Ă©tĂ© inscrit paisiblement dans les pages de l’Église. Les saints n’employaient pas ce terme par imprudence, mais par respect. Ainsi, saint Bonaventure parlait de Marie comme de celle qui « a ƓuvrĂ© avec le Christ Ă  la rĂ©demption ». Bernardin de Sienne eut le courage de louer la coopĂ©ration de la Vierge avec le Fils, car il savait que coopĂ©ration ( co-operatio ) ne signifie pas Ă©galitĂ©. Les PĂšres de l’Église ne craignaient pas que les fidĂšles n’oublient le Christ dĂšs lors que Marie Ă©tait louĂ©e. Ils Ă©taient convaincus que chacun comprendrait cette distinction, comme on comprend celle qui existe entre le Soleil et la Lune.

 

Et les papes ? LĂ©on XIII parlait de Marie comme de celle « par qui nous avons reçu le MystĂšre de la RĂ©demption ». Pie X Ă©voquait son union unique avec le Christ dans sa souffrance. BenoĂźt XV employait des termes qui seraient considĂ©rĂ©s comme dangereux aujourd’hui : il qualifiait son combat sur la Croix d’« presque Ă©gal » Ă  celui du Christ – presque, je le rĂ©pĂšte, pas tout Ă  fait Ă©gal, et seul un monde insensible ne percevrait pas la diffĂ©rence. Pie XI, pape rĂ©putĂ© pour sa fermetĂ©, alla mĂȘme jusqu’à utiliser explicitement le terme « Co-RĂ©demptrice » dans un discours, comme si c’était la chose la plus naturelle au monde pour la MĂšre du Seigneur de porter un tel titre. Les saints et les papes ne craignaient pas que Marie ne devienne trop grande. Ils craignaient par-dessus tout que nous ne devenions trop petits.

 

Il est étrange que Fernandez veuille interdire un mot par crainte d'un malentendu. On s'attendrait à ce qu'il tente d'abord de le faire comprendre en l'expliquant simplement. Si quelqu'un dit qu'une carte est confuse, apprenez-lui à la lire. On ne déchire pas une carte en mille morceaux pour ensuite déclarer que la Terre est plate. Si vous dites qu'un terme théologique est dangereux, vous pourriez expliquer que « co » vient de « cum », « avec » ; ce n'est pas un terme de coordination. Il n'y a jamais eu de malentendu à ce sujet. Mais au lieu de cela, le préfet du DicastÚre pour la Doctrine de la Foi rend ce mot suspect.

 

Si Dieu n'a pas craint de donner Ă  une jeune fille de Nazareth le titre de « MĂšre de Dieu », pourquoi hĂ©siterions-nous Ă  lui accorder des titres plus modestes ? Les hĂ©rĂ©tiques de l'AntiquitĂ© s'indignaient de ce paradoxe divin, mais l'Église, elle, ne s'en est pas offusquĂ©e. Qui peut imaginer une crĂ©ature plus humble que Marie ? Et pourtant, Dieu lui a donnĂ© un titre qui a bouleversĂ© l'univers. Cela prouve que Dieu se plaĂźt Ă  faire naĂźtre la grandeur de l'humilitĂ©.

 

Le catholicisme est la foi qui nous enseigne que Dieu Ɠuvre de concert avec les ĂȘtres humains. L'Évangile commence par une coopĂ©ration : un ange attend la rĂ©ponse d'un ĂȘtre humain, celui-ci dit « oui », et le ciel retient son souffle. Si cela n'est pas coopĂ©ration, alors le mot « coopĂ©ration » n'a pas de sens. Toute l'histoire de l'Incarnation est le triomphe de la coopĂ©ration voulue par Dieu entre le CrĂ©ateur et la crĂ©ature. Et si l'humanitĂ© – par Marie – a Ă©tĂ© associĂ©e Ă  la venue du Sauveur, pourquoi ne l'a-t-elle pas Ă©tĂ© Ă  son sacrifice sur la Croix, d'une maniĂšre entiĂšrement tributaire de la grĂące divine ? Il est plus facile et plus simple d'expliquer les grands concepts que de guĂ©rir une foi fragile. Convertir les gens au christianisme demeure une tĂąche immense. L'Église n'a jamais voulu minimiser la vĂ©ritĂ© pour apaiser les hommes. Elle a toujours voulu les Ă©lever afin qu'ils puissent la supporter.

 

J'ose formuler quelques suggestions : 1) Enseigner le sens des mots au lieu de les rejeter. 2) La continuité ecclésiastique ne doit pas dépendre des sensibilités contemporaines. 3) Le paradoxe et la richesse du langage font partie intégrante de l'identité catholique. 4) Le rÎle de Marie n'est pas une menace pour le Christ, mais plutÎt une confirmation de son Incarnation et de son amour pour la coopération humaine.

 

 

+Rob Mutsaerts

Source: LifeSiteNews
Cet article a Ă©tĂ© initialement publiĂ© en nĂ©erlandais et se trouve sur le blog de l'Ă©vĂȘque Robert Mutsaerts, « Paarse Pepers ».

La derniÚre bouée de sauvetage

17/11/2025

La derniÚre bouée de sauvetage

L'idolĂątrie de Salomon commença donc lorsqu'il chercha des Ă©pouses hors d'IsraĂ«l. À l'Ă©poque oĂč Achab rĂ©gnait sur IsraĂ«l avec la perfide JĂ©zabel, la loyautĂ© envers Dieu pouvait coĂ»ter la vie. Abdias, maĂźtre de la maison d'Achab, dut cacher cent cinquante prophĂštes du Seigneur dans une grotte pour les protĂ©ger de la haine meurtriĂšre de JĂ©zabel.

 

Comme si cela ne suffisait pas, Achaz, roi de Juda, se tournant vers les dieux d’Assyrie, « fit briser les ustensiles de la maison de Dieu, ferma les portes de la maison de l’Éternel et construisit des autels Ă  tous les coins de JĂ©rusalem » (2 Chroniques 28:24). Nul doute qu’Achaz se considĂ©rait comme un homme religieux.

 

Lorsque la situation est devenue si critique, pour retrouver la sérénité, il faut parfois arracher le mal à la racine. Le saint roi Josias ne s'est pas contenté d'encourager le culte du vrai Dieu tout en tolérant l'idolùtrie, si répandue et si puissante, en son sein. DÚs qu'il fut en ùge de gouverner, « il commença à purifier Juda et Jérusalem des hauts lieux, des bosquets sacrés, des idoles et des statues de métal fondu », brisant les autels de Baal, réduisant les idoles en poussiÚre et la répandant sur les tombes de ceux qui leur avaient offert des sacrifices. (2 Chroniques 34:3-4)

 

Alors le vĂ©ritable renouveau put commencer. Il fit rĂ©parer le Temple, et le grand prĂȘtre Hilkija, fouillant un ancien lieu abandonnĂ©, « trouva un livre de la loi de l’Éternel, donnĂ© par MoĂŻse » (34:14). Peut-ĂȘtre le prĂȘtre savait-il oĂč il se trouvait depuis toujours. Josias lut alors le livre devant tout le peuple de JĂ©rusalem, fit vƓu de respecter les commandements de l’Éternel et exigea du peuple qu’il en fasse autant.

 

La réforme de Josias eut un certain impact durable, se poursuivant tout au long de son rÚgne et conservant une certaine influence par la suite, malgré quelques rechutes. Seules la destruction de Jérusalem et la captivité à Babylone suffirent à ramener le peuple vers le Seigneur.

 

Pourtant, je suis certain qu'avant cela, les gens s'étaient habitués à l'idolùtrie. Pluralistes et tolérants, tous autant qu'ils sont ! Et si l'on sacrifiait des nourrissons à Moloch (image) ? Les bébés n'ont pas encore de vie.

 

Et si certains apprĂ©ciaient la prostitution rituelle et la sodomie dans le culte des Baals ? Hiel est peut-ĂȘtre allĂ© un peu trop loin en reconstruisant JĂ©richo sous le rĂšgne d’Achab, en posant ses fondations dans le corps de son fils aĂźnĂ© Abiram et en plantant les portes dans celui de son plus jeune fils Segub (1 Rois 16:34), mais qui pourrait s’en offusquer, sinon un personnage comme ce brigand Ă  moitiĂ© fou qu’est Élie ?

 

Nous sommes aujourd'hui en proie Ă  un flĂ©au grave et gĂ©nĂ©ralisĂ©. Aux États-Unis, entre 2 500 et 3 000 enfants meurent chaque jour dans le ventre de leur mĂšre. Nombreux sont ceux qui dĂ©noncent ces meurtres et qui tolĂšrent sans problĂšme une pratique liĂ©e Ă  l'avortement, tout aussi abominable, voire plus destructrice encore pour la civilisation humaine : la procrĂ©ation mĂ©dicalement assistĂ©e et la congĂ©lation d'embryons non dĂ©sirĂ©s.

 

Le mariage est en chute libre, tout comme le taux de natalité. De nombreux quartiers sont déserts la majeure partie, voire la totalité, de la journée, ce qui signifie qu'ils ne sont plus des quartiers, mais seulement des lieux.

 

La pornographie est omniprésente. Les bibliothÚques accueillent des drag queens qui lisent aux jeunes enfants des histoires qui imprÚgnent leurs esprits de perversion. Le contre nature est glorifié et, dans de nombreux lieux de travail, il est imposé si constamment qu'il est difficile de passer une journée sans au moins s'y soumettre.

 

Des enfants sont mutilĂ©s, et on applaudit ces mutilations, en prĂ©tendant qu'un garçon peut devenir une fille ou une fille un garçon. La confusion est si rĂ©pandue et contagieuse que la langue elle-mĂȘme se tord et se dĂ©forme pour s'y conformer. Imaginez devoir expliquer Ă  quelqu'un, il y a encore peu de temps, qu'on pouvait utiliser le « mauvais » pronom pour parler de quelqu'un, juste devant vous.

 

Dans cette situation effroyable, l'Église reprĂ©sente le dernier espoir. Ses enseignements condamnent cette folie multiforme. Elle promeut et confirme ce qui est sain et conforme Ă  la nature humaine.

 

Elle dĂ©fend la valeur inestimable de la vie humaine dans le sein maternel. Elle condamne la rupture du lien conjugal dĂšs la conception des enfants, que ce soit par contraception ou par procrĂ©ation. Elle autorise la sĂ©paration mais interdit le divorce. Ses doctrines – hĂ©las, pas toujours appliquĂ©es par ses ministres – protĂšgent l’innocence des enfants.

 

Elle est convaincue de la bonté de l'homme et de la femme, et elle ne tolÚre pas la stérilisation qui s'ensuit nécessairement lorsqu'on mutile des organes sexuels sains pour affirmer un fantasme.

 

Mais le signe le plus visible de sa santĂ© mentale est peut-ĂȘtre ce qui embarrasse aujourd'hui nombre de ses dirigeants et de ses disciples : le sacerdoce masculin.

 

J'accepte l'argument selon lequel une femme ne peut véritablement accomplir le sacrifice de la messe in persona Christi, puisque Jésus était un homme et non une femme. Mais nous ne pouvons nous en tenir là. S'il est bon pour nous qu'il y ait un sacerdoce exclusivement masculin, nous devons en connaßtre la raison.

 

Cette question ne concerne pas l'homme seul devant l'autel, mais le sens mĂȘme de la virilitĂ© et de la fraternitĂ© sacerdotale. Puisque la grĂące s'appuie sur la nature, nous ne devrions pas considĂ©rer une telle fraternitĂ© comme une exception.  Elle devrait ĂȘtre un modĂšle de sagesse.  Ce ne sont pas seulement les prĂȘtres qui devraient s'unir dans la fraternitĂ©.

 

Nous ne sommes pas en position de reprocher Ă  l'Église de ne pas s'adapter Ă  son Ă©poque. Notre Ă©poque est mauvaise. Pire encore : elle est folle. L'Église est notre bouĂ©e de sauvetage. Rendons grĂące Ă  Dieu et saisissons-la sans hĂ©siter.

 

Anthony Esolen, The Catholic Thing

 

Anthony Esolen est conférencier, traducteur et écrivain. Parmi ses ouvrages figurent *Out of the Ashes: Rebuilding American Culture* , * Nostalgia: Going Home in a Homeless World * et, plus récemment, *The Hundredfold: Songs for the Lord *. Il est professeur émérite au Thales College. N'hésitez pas à visiter son nouveau site web, *Word and Song* .

 

L'affirmation identitaire musulmane : quand le rigorisme défie la France

17/11/2025

L'affirmation identitaire musulmane : quand le rigorisme défie la France

Le rigorisme s'installe, marqué par la banalisation du port du voile, le rejet de la mixité et une conviction, non marginale, que la charia devrait prévaloir sur les lois de la République. La sympathie pour les mouvances islamistes vient compléter ce tableau préoccupant.

 

Cette situation, jugée inquiétante, est le résultat de décennies de laisser-faire, de lùcheté ou d'indifférence face à la nécessité de défendre fermement la laïcité et de valoriser l'héritage judéo-chrétien de la France, dont le recul coupable du catholicisme a laissé un vide. Quarante ans aprÚs les premiÚres affaires du voile, la société française continue de tergiverser sur les limites de la tolérance.

 

Mener la bataille culturelle et spirituelle qui s'impose est d'autant plus difficile que le rapport de force est déséquilibré. Toute critique se heurte immédiatement à l'accusation d'islamophobie, de réactionnarisme ou de racisme, amplifiée par les réseaux sociaux.

Le dĂ©fi est exacerbĂ© par le cynisme politique d'une partie de la gauche. Par pur clientĂ©lisme Ă©lectoral, cette frange, symbolisĂ©e par Jean-Luc MĂ©lenchon et La France insoumise, a choisi de se faire l'alliĂ©e de l'islam radical. Estimant que le jeune musulman victime de discrimination est le nouveau "prolĂ©taire", cet Ă©lectorat primo-votant est considĂ©rĂ© comme un carburant stratĂ©gique pour les Ă©chĂ©ances Ă©lectorales futures. L'appel Ă  l'« insoumission » et Ă  l'affichage de drapeaux palestiniens aprĂšs le 7 octobre 2023 illustre cette dĂ©rive, oĂč l'ancien « grand bouffeur de curĂ©s », aprĂšs avoir Ă©tĂ© enfant de chƓur, finit par flatter une mouvance religieuse rigoriste, trahissant les principes historiques de la gauche.

 

La France est Ă  un carrefour : confrontĂ©e Ă  un rigorisme religieux croissant et Ă  un opportunisme politique dĂ©complexĂ©, elle va enfin comprendre que le modĂšle de sociĂ©tĂ© issu de la RĂ©volution est ... rĂ©volu. Le vieux peuple gaulois qui a abandonnĂ© son Dieu ne sait plus oĂč il habite et se couchera quand les conquĂ©rants se lĂšveront. Il n'y aura pas de guerre civile. 


Le combat qui vient est hautement et seulement spirituel. Et sous le régime islamique, le califat qui vient, si Dieu le veut et suscite des ùmes, une grande conversion se produira comme en témoignent déjà les prémices, et notre "nation prédestinée" comme l'a qualifiée St Pie X se lavera de ses souillures.

Sursum Corda ! C'est le temps de l'Immaculée !
 

Un BaptĂȘme ne Fait pas le ChrĂ©tien: Repenser le CatĂ©chumĂ©nat des Adultes

16/11/2025

Un BaptĂȘme ne Fait pas le ChrĂ©tien:  Repenser le CatĂ©chumĂ©nat des Adultes

L'AbbĂ© Vallançon insiste sur le fait que le manque de persĂ©vĂ©rance n'est pas une fatalitĂ© gĂ©nĂ©rationnelle, mais le rĂ©sultat d'une pĂ©dagogie de catĂ©chumĂ©nat Ă  revoir. L'erreur principale, selon lui, est de faire du baptĂȘme un "temps fort" Ă©motionnel et extraordinaire. Cette "pĂ©dagogie du temps fort" mĂšne inĂ©vitablement Ă  une dĂ©sillusion lorsque la vie chrĂ©tienne ordinaire s'installe, caractĂ©risĂ©e par des pĂ©riodes de "sĂ©cheresse spirituelle" (comme l'enseignent les maĂźtres du Carmel).


Pour contrecarrer cela, la nouvelle orientation pastorale devrait :
1. DĂ©placer la Focalisation : Le baptĂȘme n'est qu'un moyen vers le Salut. Toute la pastorale doit ĂȘtre orientĂ©e vers la prĂ©paration Ă  la vie chrĂ©tienne en vue de la Vie Ă©ternelle, ce qui implique de vivre selon la loi de Dieu et de rejeter le pĂ©chĂ© mortel.
2. Renforcer la Doctrine : Sans une formation doctrinale et morale solide, la foi se réduit à une expérience et des sentiments "volatils". Il est essentiel de nourrir l'intelligence des convertis par un enseignement doctrinal pour les ancrer profondément dans le Christ.
3. Insister sur la PĂ©nitence : Le repentir des fautes passĂ©es est trop souvent sous-estimĂ©. Il faut inviter les catĂ©chumĂšnes Ă  une relecture de vie et au regret de leurs pĂ©chĂ©s en prĂ©paration du baptĂȘme, qui est la mort au pĂ©chĂ© et la rĂ©surrection dans le Christ.
4. Affirmer les Exigences Morales : Les convertis doivent ĂȘtre avertis que la sociĂ©tĂ© (relativisme, hĂ©donisme) fait obstacle Ă  la foi. En particulier, les couples non mariĂ©s doivent cĂ©lĂ©brer leur mariage immĂ©diatement aprĂšs le baptĂȘme — ou diffĂ©rer le sacrement — pour vivre rĂ©ellement dans l'Ă©tat de grĂące et ne pas "brader les exigences du Christ."
5. Valoriser le Lien Personnel à Dieu : Pour les néophytes (déjà baptisés), il est crucial de construire d'abord une relation profonde avec le Christ. C'est ce lien personnel qui les poussera à s'intégrer dans la paroisse et à accepter les inévitables déceptions de la vie communautaire.

 


En somme, l'urgence pour l'Église est de sortir d'un catĂ©chumĂ©nat qui prĂ©pare Ă  un Ă©vĂ©nement, pour entrer dans un processus qui prĂ©pare Ă  une vie de persĂ©vĂ©rance. La pĂ©dagogie de l'Évangile n'est pas celle de l'Ă©motion passagĂšre, mais celle de la fidĂ©litĂ© ordinaire, ancrĂ©e dans la doctrine, la priĂšre, les sacrements, et vĂ©cue dans la perspective des fins derniĂšres. L'enjeu n'est pas la communautĂ©, ni le sacrement lui-mĂȘme, mais bien le Salut.

 

Pour compléter cet article, je vous ajoute ci-aprÚs le commentaire de bon sens d'un participant du Forum Catholique sur cet article de France Catholique :


Je note les excellentes intuitions de l’abbĂ© Vallançon qui me paraissent en grande partie en phase avec ce que je peux observer Ă  mon niveau. Il y aurait bien sĂ»r beaucoup d’autres points Ă  Ă©voquer.


On a effectivement parfois tendance Ă  en faire trop sur l’intĂ©gration dans la vie communautaire. Tous les nĂ©ophytes ne sont pas forcĂ©ment demandeurs dans ce domaine, loin de lĂ . Simplement, ceux qui ont besoin de soutien de la communautĂ© doivent le trouver au moment oĂč ils en ont besoin. Les dĂ©ceptions dans ce domaine peuvent hĂ©las faire des dĂ©gĂąts.

 

Je pense aussi qu’il faut insister sur non seulement l’obligation, mais mĂȘme la nĂ©cessitĂ© absolue de la prĂ©sence Ă  la messe dominicale.

Chaque catĂ©chumĂšne fermement engagĂ© dans la voie du baptĂȘme doit savoir que dĂ©sormais, quelque soient les difficultĂ©s, doutes, questionnements qu’il traversera durant sa vie, il assistera Ă  la messe chaque dimanche, mĂȘme s’il se trouve dans un Ă©tat oĂč il ne peut communier. Ce qui peut arriver et arrivera dans la plupart des cas durant des pĂ©riodes plus ou moins longues, et c’est la marge de « respiration » dans la vie chrĂ©tienne qu’il faut permettre. En effet certains commandements peuvent nĂ©cessiter beaucoup du temps et de la maturitĂ© humaine pour pouvoir ĂȘtre observĂ©s avec rĂ©gularitĂ©, surtout dans la sociĂ©tĂ© actuelle. L’acquisition de certaines vertus s’effectue sur le temps long et chaque fidĂšle soit se sentir libre d’avancer Ă  son rythme. Cela signifie sortir de l’idĂ©ologie (rĂ©cente) de la « communion frĂ©quente » (comprendre: systĂ©matique) et insister dans ce domaine sur la qualitĂ© plus que sur la quantitĂ©/systĂ©maticitĂ©. Avant le XXe siĂšcle on ne communiait que rarement, en tout cas pas tous les dimanches, et ce n’était pas seulement un fruit d’une dĂ©rive jansĂ©niste (saint Louis IX par exemple ne communiait que cinq ou six fois dans l’annĂ©e!).

 

Mais en cas de « nuit des sens » ou de crise spirituelle prolongĂ©e, entendre la Parole de Dieu et assister au saint sacrifice au moins le dimanche est le dernier lien qui ne doit ĂȘtre rompu Ă  aucun prix, et qu’il faut conserver toute la vie, chaque jour, jusqu’à la mort.

 

Je note aussi avec tristesse que mĂȘme dans les milieux trĂšs pratiquants on n’apprend plus aux fidĂšles l’art de la priĂšre et qu’il n’y ait pas de rĂ©elle formation Ă  la vie spirituelle. La tradition de l’Eglise est pourtant extrĂȘmement riche sur ce point mais en dehors de quelques slogans sur la nĂ©cessitĂ© du chapelet quotidien, personne ne songe Ă  y puiser les principes fondamentaux de la vie intĂ©rieure.