Le blog du Temps de l'Immaculée.
30/12/2025
Lorsque les recruteurs posent cette question, ils ne cherchent pas à savoir si l'Église utilisera les derniers smartphones, l'intelligence artificielle ou TikTok pour l'évangélisation. Ils n'entendent pas par là une modernisation technologique, ni une modernisation organisationnelle, ni l'adoption des dernières idées en matière de leadership ou d'efficacité managériale.
Non, ce qu'ils veulent dire, et ce qu'ils ont toujours voulu dire lorsqu'ils ont évoqué la modernisation depuis plus de 150 ans, c'est simplement ceci : « L'Église va-t-elle commencer à nous ressembler davantage, à adopter nos valeurs et nos principes ? »
Le mot « nous » est ici essentiel. Car ceux qui posent cette question – qu’il s’agisse de représentants de la presse, d’universitaires ou de journalistes – sont attachés à des valeurs et des principes fondamentaux qu’ils partagent. Ce sont, selon eux, les valeurs fondamentales de l’Occident moderne. L’inclusion est une bonne chose ; l’exclusion, une mauvaise. Le passé est suspect car il a exclu des groupes, et ces groupes, qu’il s’agisse de femmes ou de personnes homosexuelles, doivent désormais être inclus. La tradition, dès lors, est suspecte car elle n’est qu’un vestige poussiéreux de cette époque répressive. La démocratie, comme le savent tous les gens sensés, est une bonne chose ; et le fait que tous les catholiques de nom ne votent pas pour leurs dirigeants est antidémocratique, et donc mauvais.
Je pourrais m'étendre sur le sujet, mais nous connaissons tous ces valeurs. Elles sont omniprésentes dans les cours universitaires, les films de série Z, les séries télévisées, la publicité et les articles de presse. Ce sont les valeurs du libéralisme, pour être précis, ou tout simplement de « bonnes valeurs » si l'on est tellement imprégné de culture occidentale qu'on ignore leur caractère simpliste et discutable. Elles ne sont pas présentées comme une option parmi d'autres, mais comme le aboutissement neutre et inévitable de l'histoire.
Ainsi, la question de la « modernisation » de l’Église, au XIXe siècle comme aujourd’hui, est une question d’absorption de l’Église par la « modernité » ou le libéralisme. Lorsque le pape Pie IX fut pressé de se réconcilier avec le « progrès, le libéralisme et la civilisation moderne » dans les années 1860, on lui demandait précisément de faire ce que les experts exigent du pape aujourd’hui. Cette exigence est constante car le projet de modernité est totalisant.
L'histoire de l'Occident moderne est celle d'institutions et de groupes qui, les uns après les autres, fusionnent avec cette idéologie. Des monarchies aux gouvernements, des nations aux instances sportives, des universités aux médias, des entreprises à l'ensemble de la population, la modernité est un processus d'effacement des différences et des spécificités au nom du « progrès ». C'est un processus inexorable où tous sont convertis à ces principes. Les médias et les universités font office d'évangélistes et de prêtres ; ils sont les missionnaires de première ligne.
Surtout, ils ne se considèrent pas comme des colonisateurs ; ils croient simplement œuvrer pour le progrès, la justice ou le bien commun. Ce sont des religieux fervents, dénués de tout doute. Ils cherchent à effacer l'identité d'autrui au nom de la justice, du progrès, et même pour le bien de ceux qu'ils tentent de convertir. Il ne s'agit pas de l'impérialisme violent des canonnières, mais de l'impérialisme insidieux des services des ressources humaines, des comités d'attribution des subventions et des normes de radiodiffusion. Il conquiert non pas en détruisant le corps, mais en réécrivant l'âme.
Quand on m’interroge sur la modernisation de l’Église, on me demande en réalité si elle est prête à être colonisée. Est-elle prête à accepter la réalité et à se soumettre à l’idéologie dominante, ou à persévérer dans le combat, telle une soldate japonaise fanatique sur une île du Pacifique, ignorant que la guerre est terminée depuis longtemps ?
Bien que ce discours de colonisation et de combat puisse paraître rhétorique, il est important de comprendre que les groupes qui se « modernisent » ne sont pas de simples groupes qui se relookent. Ils ne se contentent pas d'adopter l'apparence d'appartenir à la même « marque » que le libéralisme moderne tout en conservant leur nature et leur identité. Certes, les instances sportives continuent de se consacrer au sport tout en se faisant les porte-parole de l'idéologie dominante, arborant des drapeaux arc-en-ciel et portant des lacets multicolores. Apple peut toujours vendre des iPhones et Disney peut toujours produire des films tout en diffusant des idées à travers ses fonds d'écran ou ses contenus.
Lorsqu'elles se modernisent, elles peuvent conserver en grande partie leur mission principale. De même que les pays colonisés pouvaient garder la quasi-totalité de leurs revenus, ne versant qu'une faible part d'impôts à l'Empire, ils pouvaient mener leurs propres conflits la plupart du temps et n'avaient besoin d'envoyer leurs soldats en renfort au pays colonisateur que ponctuellement. La colonisation n'entraîne pas toujours la disparition complète d'une fonction ; souvent, elle se traduit simplement par un réalignement des allégeances.
Mais l'Église se concentre sur la pensée et l'action, la foi et les œuvres. Elle s'attache à définir comment vivre, ce qu'il faut croire et les biens et vérités auxquels nous devons nous rattacher pour nous conformer à ce bien et à cette vérité. Que ce soit dans les médias, les entreprises ou le monde universitaire, l'idéologie moderne qui les unit porte également sur ce qu'il faut croire (concernant l'inclusion et l'exclusion), sur les biens et vérités auxquels adhérer (concernant la liberté et l'émancipation) et sur la manière de vivre (jusqu'aux conceptions de la sexualité).
Par conséquent, pour l'Église, la colonisation par l'idéologie de l'Occident moderne ne serait pas partielle, mais totale. L'Église ne vend pas un produit que l'on pourrait emballer dans un drapeau arc-en-ciel ; l'Église est un mode de vie qui exige une allégeance absolue. Si un comptable musulman peut se convertir au christianisme et continuer d'exercer sa profession, un imam musulman ne peut se convertir tout en restant imam. Microsoft peut continuer à vendre des logiciels, tant que les utilisateurs peuvent choisir des thèmes de couleurs « pride » dans Outlook, tout en adhérant à la vérité de l'Occident moderne. Mais les Églises, elles, ne le peuvent pas.
Dès l'instant où une Église admet que le bien suprême est « l'inclusion » plutôt que la « sainteté », ou « l'autonomie » plutôt que « l'obéissance », elle cesse d'être une Église et devient une ONG spirituelle au service de l'État libéral.
Les Églises qui s'y essaient deviennent rapidement l'avant-garde évangélique des valeurs libérales modernes. Elles cessent d'annoncer l'Évangile et se transforment en prédicateurs de ces mêmes valeurs. On le constate chez les principales dénominations protestantes qui ont embrassé tous les préceptes de la révolution sexuelle ; leurs bancs sont vides, mais leurs communiqués de presse sont d'une orthodoxie irréprochable, selon les critères du New York Times . Elles prêchent avec ferveur religieuse les valeurs qui nous définissent, nous autres Occidentaux laïcs modernes.
Il y a ici une psychologie particulière à l'œuvre. Si Paul n'avait été qu'un fabricant de tentes, il aurait pu se convertir du judaïsme au christianisme et continuer à fabriquer des tentes. Mais Paul, le prédicateur zélé, était un prédicateur zélé du christianisme. Les Églises qui se « modernisent » deviennent des évangélistes zélés du libéralisme. Souvent, le converti est plus fanatique que celui qui est né dans la foi. Le chrétien « modernisé » est souvent plus désireux de prouver sa loyauté au nouveau régime que le laïc qui la considère comme allant de soi. Ils deviennent les inquisiteurs du nouvel ordre, traquant les éléments « rétrogrades » de leur propre tradition pour les offrir en sacrifice aux nouveaux dieux du progrès.
Nous avons déjà vu ce processus. Le paganisme qui a jadis prospéré dans le monde antique s'est modernisé sous l'effet du christianisme. Des chercheurs attentifs peuvent encore en déceler des vestiges dans certaines pratiques chrétiennes actuelles, mais il n'en reste plus grand-chose. Il en va de même avec l'essor de l'islam. Les chrétiens d'Afrique du Nord et de la Méditerranée orientale se sont modernisés sur plusieurs siècles, adoptant souvent une synthèse entre leur foi chrétienne et la nouvelle foi qui commençait à être appelée islam. En quelques siècles, ils ont complètement disparu. Certains esprits extrémistes, comme Jean Damascène, théologien et moine de la fin du VIIe et du début du VIIIe siècle, les qualifiaient encore d'hérétiques chrétiens, mais les vestiges de leur christianisme étaient de plus en plus difficiles à déceler sous la nouvelle idéologie qu'ils avaient adoptée. Ils pensaient s'adapter pour survivre ; en réalité, ils s'adaptaient pour disparaître.
L'intervieweur qui m'a posé cette question, comme ceux qui m'avaient posé des questions similaires auparavant, était un homme sympathique. Il est peut-être même chrétien, ou plus probablement, ses parents ou grands-parents l'étaient. Et je comprends pourquoi il a posé cette question. Il représente une idéologie mondiale dominante et souhaite que l'Église catholique s'y rallie et devienne partie intégrante de son mouvement ; qu'elle cesse d'être cette institution à part depuis 2 000 ans et qu'elle se fonde, au contraire, dans le monde glorieux où il vit.
Il ne pose pas cette question par malice. Il la pose par perplexité face à notre choix de rester à l'écart du consensus. Mais ce n'est qu'en comprenant, nous autres catholiques, que cette question relève de la colonisation, de l'anéantissement par une idéologie dominante, que nous pourrons saisir pleinement les enjeux. C'est le sourire de l'effacement, porteur de l'espoir de notre disparition.
David Deane est professeur agrégé de théologie à l'Atlantic School of Theology. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont *Nietzsche and Theology* et *The Tyranny of the Banal: On the Renewal of Catholic Moral Theology* . On peut le retrouver en ligne sur le site Good Theology .
29/12/2025
Tulsi Gabbard : Le renseignement américain contre le "récit de guerre" européen
Nommée à la tête du renseignement national (DNI), Tulsi Gabbard a provoqué une onde de choc en contestant ouvertement les évaluations sécuritaires européennes. Pour elle, le narratif d'une menace existentielle russe sur l'ensemble du continent est une construction politique.
Les points clés de sa critique :
La dénonciation de la "Propagande" : Gabbard qualifie de "mensonge" l'idée que Moscou préparerait une invasion de l'Europe. Selon ses services, la Russie n'aurait ni la capacité ni l'intention de conquérir l'Ukraine, et encore moins le reste du continent.
Le rôle de "l'État profond" : Elle accuse les institutions de l'UE et de l'OTAN d'agir comme des agents de l'ombre cherchant à saboter les efforts de paix de Donald Trump.
Blocage des négociations : Pour la DNI, Bruxelles imposerait des conditions irréalistes pour empêcher tout accord diplomatique avec le Kremlin, poussant ainsi les États-Unis vers un conflit direct qu'elle juge évitable.
JD Vance à Munich : Une offensive idéologique sans précédent
Le 14 février 2025, lors de la Conférence sur la sécurité de Munich, le vice-président JD Vance a troqué la retenue diplomatique pour un réquisitoire virulent contre ce qu'il appelle la dérive "illibérale" de l'Europe.
« La principale menace pour l'Europe n'est ni la Russie, ni la Chine, mais son renoncement interne à ses propres valeurs. » — JD Vance
Un catalogue de griefs sociétaux
Vance ne s'attaque pas seulement à la géopolitique, mais au modèle de société européen, citant des exemples précis pour illustrer une "liberté d'expression en retraite" :
Censure et désinformation : Il fustige l'utilisation des lois contre la désinformation pour museler les oppositions populistes.
La question migratoire : Il lie directement les politiques migratoires de l'UE à l'insécurité, évoquant notamment l'attentat au véhicule-bélier commis par un demandeur d'asile à Munich juste avant la conférence.
Ingérence électorale inversée : Vance dénonce l'annulation de l'élection présidentielle en Roumanie (sous prétexte d'ingérence russe) comme une preuve que les élites européennes craignent le vote de leurs propres citoyens.
Vers une rupture du lien transatlantique ?
Cette double offensive marque un tournant historique. L'administration américaine semble désormais privilégier un axe direct avec les droites souverainistes européennes, contournant les institutions communautaires de Bruxelles.
Les conséquences pour l'UE :
Aide conditionnée : Vance a été clair : le soutien américain (militaire et financier) dépendra désormais du respect de la liberté d'expression et de la légitimité électorale, telles que définies par Washington.
Guerre culturelle : Les médias et think tanks européens parlent d'une "guerre idéologique" ouverte, où Washington ne se contente plus de diriger l'alliance, mais cherche à transformer le paysage politique intérieur de ses alliés.
Isolement de Bruxelles : En remettant en cause la réalité de la menace russe, Gabbard fragilise le ciment principal qui unissait encore les Européens autour d'un réarmement massif.
En résumé
L'année 2025 restera celle où le "bouclier américain" est devenu un miroir tendu aux failles de l'Europe. Entre une Tulsi Gabbard qui refuse le scénario d'une guerre totale et un JD Vance qui dénonce une trahison des valeurs démocratiques, l'Union européenne se retrouve plus isolée que jamais.
29/12/2025
Le pape a ensuite déclaré : « Alors que nous contemplons ce mystère avec émerveillement et gratitude, pensons à nos familles et à la lumière qu’elles peuvent apporter à la société dans laquelle nous vivons. Malheureusement, le monde a toujours ses “Hérodes”, ses mythes de succès à tout prix, du pouvoir sans scrupules, du bien-être vide et superficiel, et il en paie souvent les conséquences dans la solitude, le désespoir, les divisions et les conflits. Ne laissons pas ces mirages étouffer la flamme de l’amour dans les familles chrétiennes. Au contraire, gardons en elles les valeurs de l’Evangile : la prière, la fréquentation des sacrements – en particulier la confession et la communion –, les affections saines, le dialogue sincère, la fidélité, la simplicité et la beauté des paroles et des gestes bons de chaque jour. Cela les rendra lumière d’espérance pour les milieux dans lesquels nous vivons, école d’amour et instrument de salut entre les mains de Dieu. »
23/12/2025
Le Messie (HWV 56) est un oratorio en anglais composé en 1741 par George Frideric Handel. Le texte a été compilé à partir de la Bible du roi Jacques et du psautier de Coverdale par Charles Jennens. Il a été joué pour la première fois à Dublin le 13 avril 1742 et a été créé à Londres près d'un an plus tard. Après un accueil initialement modeste du public, l'oratorio a gagné en popularité, devenant finalement l'une des œuvres chorales les plus connues et les plus fréquemment jouées de la musique occidentale.
Le chœur Megaron est l'un des meilleurs chœurs de jeunes européens. Son énergie, sa virtuosité et sa compétence dépassent l'entendement rationnel.
Le chœur de chambre Megaron a été fondé en octobre 2003 à l'initiative de Damijan Močnik, compositeur et chef d'orchestre, et a réuni d'anciens élèves du lycée classique diocésain de l'institution Saint-Stanislav à Ljubljana, qui avaient auparavant été actifs dans divers ensembles choraux et avaient reçu une éducation musicale dans un ou plusieurs des cinq chœurs du lycée classique diocésain. À ce titre, le chœur de chambre Megaron représente le sommet de la pyramide chorale de l'institution Saint-Stanislav. Au cours des seize années qui ont suivi sa création, le chœur de chambre Megaron est devenu un chœur de grande qualité qui se produit régulièrement en Slovénie, mais aussi en Autriche, en Italie, en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas, en Slovaquie, en Pologne, aux États-Unis et au Canada, se forgeant ainsi une réputation tant dans son pays qu'à l'étranger.
Voici un extrait de cet oratorio.
Magnifique !
L'œuvre en entier lors d'un autre concert :
23/12/2025
Le scandale de la Croix est connu mais il nous fait souvent oublier celui de la Nativité. Le Fils de Dieu se présente comme un enfant, placé dans une mangeoire. Marie porte une grossesse virginale et Joseph, quelques semaines plus tard, doit fuir en Égypte pour sauver sa famille. La naissance du Sauveur survient dans la précarité et la menace. Elle renverse les attentes d’un peuple qui espérait un chef capable d’écraser les oppresseurs. Dieu vient pourtant comme un enfant. Une troupe céleste innombrable loua Dieu cette nuit-là et le Ciel se réjouit d’un événement que la Terre ne comprend pas :
« Dieu manifeste d’abord sa grandeur dans les formes les plus humbles. Le Fils de Dieu naît d’une Vierge et est déposé dans une mangeoire, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux à l’hôtellerie. De ce que le monde juge insignifiant surgit pourtant le plus grand. » (cardinal R. Prevost – Léon XIV, homélie de Noël 2023)
Les oppositions à la crèche
Ce scandale perdure. Les oppositions récurrentes à la présence de crèches dans les bâtiments publics le montrent, et ceux qui refusent de reconnaître les droits de Dieu sur la société ont raison de percevoir un enjeu. La crèche ne constitue pas un élément folklorique et ne relève pas de la simple décoration hivernale. Elle marque un point de bascule dans l’histoire humaine. L’humanité se trouve condamnée ; le Verbe s’incarne et ouvre la voie du Salut. Le refus contemporain souligne, malgré lui, la portée exacte du mystère : Dieu entre à nouveau dans l’Histoire et vient contester les prétentions absolues du pouvoir humain :
« Dieu est entré dans l’histoire de l’humanité et, comme homme, il est devenu son sujet, l’un des milliards, tout en étant Unique. Par l’Incarnation, Dieu a donné à la vie humaine la dimension qu’il voulait donner à l’homme dès son premier instant, et il l’a donnée d’une manière définitive, de la façon dont lui seul est capable, selon son amour éternel et sa miséricorde, avec toute la liberté divine ; il l’a donnée aussi avec cette munificence qui, devant le péché originel et toute l’histoire des péchés de l’humanité, devant les erreurs de l’intelligence, de la volonté et du cœur de l’homme, nous permet de répéter avec admiration les paroles de la liturgie : “Heureuse faute qui nous valut un tel et un si grand Rédempteur!” » (Jean-Paul II, Redemptor Hominis).
Une vérité essentielle
La Nativité enseigne cependant une vérité essentielle : Dieu n’a pas imposé sa venue. L’Incarnation passe par le fiat de Marie et par l’obéissance de Joseph. La Providence n’annule pas la liberté. Elle la sollicite. Elle s’appuie sur elle. L’attente d’un chef puissant laissait croire que la délivrance viendrait par une rupture spectaculaire. Dieu commence par le consentement silencieux des justes. Du pont Milvius à Tolbiac, d’Orléans à Lépante, la Providence veille, mais cela suppose toujours une action humaine. Dieu veut notre participation au combat.
« Le refus contemporain souligne, malgré lui, la portée exacte du mystère : Dieu entre à nouveau dans l’Histoire et vient contester les prétentions absolues du pouvoir humain. »
La bataille pour la fin de vie reprendra dès janvier. Le gouvernement cherche à imposer une nouvelle étape dans l’effacement de la loi naturelle. Les municipales s’enclenchent ensuite. Les candidatures se multiplieront. Chacun voudrait apparaître comme l’homme providentiel de son quartier en pensant déjà aux échéances présidentielles. Le jeu politique produit son agitation habituelle. Il ne résoudra pas les questions essentielles.
Le temps de Noël peut offrir un autre cadre. Les fêtes liturgiques constituaient, en temps de chrétienté, une véritable trêve. Il s’agit donc de mettre à profit ces jours pour prier, pour se rendre disponible à la grâce, pour demander au Christ de régner d’abord dans nos cœurs. Ce travail intérieur conditionne l’efficacité de nos engagements futurs. La société ne changera pas sans conversion personnelle. Le combat politique ne portera pas de fruits durables sans fidélité spirituelle.
La Nativité rappelle que Dieu agit dans l’Histoire par des cœurs disponibles et des volontés droites. Il ne supprime ni la responsabilité ni l’effort. Il les éclaire et les ordonne.
22/12/2025
Aujourd'hui, cet optimisme s'est évaporé, remplacé par le diagnostic glacial d'un effondrement qu'il juge non plus seulement possible, mais programmé. Dans un entretien au JDD de ce 21 décembre, l'ancien conseiller de la Maison-Blanche fonde son analyse sur un signal qu'il juge décisif : le fait que l'Europe soit « reléguée à la page 29 » du document de stratégie nationale américaine. Pour lui, le sort est jeté. Son analyse pour la France est devenue radicale, mêlant crise financière, rupture civilisationnelle et spectre de la violence. Voici les quatre piliers interconnectés de sa nouvelle vision.
22/12/2025
O Emmanuel ! Roi de Paix ! Vous entrez aujourd’hui dans Jérusalem, la ville de votre choix ; car c’est là que vous avez votre Temple. Bientôt vous y aurez votre Croix et votre Sépulcre ; et le jour viendra où vous établirez auprès d’elle votre redoutable tribunal. Maintenant, vous pénétrez sans bruit et sans éclat dans cette ville de David et de Salomon. Elle n’est que le lieu de votre passage, pour vous rendre à Bethléhem. Toutefois, Marie votre mère, et Joseph son époux, ne la traversent pas sans monter au Temple, pour y rendre au Seigneur leurs vœux et leurs hommages : et alors s’accomplit, pour la première fois, l’oracle du Prophète Aggée qui avait annoncé que la gloire du second Temple serait plus grande que celle du premier. Ce Temple, en effet, se trouve en ce moment posséder une Arche d’Alliance bien autrement précieuse que celle de Moïse, mais surtout incomparable à tout autre sanctuaire qu’au ciel même, parla dignité de Celui qu’elle contient. C’est le Législateur lui-même qui est ici, et non plus simplement la table de pierre sur laquelle la Loi est gravée. Mais bientôt l’Arche vivante du Seigneur descend les degrés du Temple, et se dispose à partir pour Bethléhem, où l’appellent d’autres oracles. Nous adorons, ô Emmanuel ! Tous vos pas à travers ce monde, et nous admirons avec quelle fidélité vous observez ce qui a été écrit de vous, afin que rien ne manque aux caractères dont vous devez être doué, ô Messie, pour être reconnu par votre peuple. Mais souvenez-vous que l’heure est près de sonner, que toutes choses se préparent pour votre Nativité, et venez nous sauver ; venez, afin d’être appelé non plus seulement Emmanuel, mais Jésus, c’est-à-dire Sauveur.
Dom Guéranger, l'année liturgique
21/12/2025
O Roi des nations ! Vous approchez toujours plus de cette Bethléhem où vous devez naître. Le voyage tire à son terme, et votre auguste Mère, qu’un si doux fardeau console et fortifie, va sans cesse conversant avec vous par le chemin.
Elle adore votre divine majesté, elle remercie votre miséricorde ; elle se réjouit d’avoir été choisie pour le sublime ministère de servir de Mère à un Dieu. Elle désire et elle appréhende tout à la fois le moment où enfin ses yeux vous contempleront. Comment pourra-t-elle vous rendre les services dignes de votre souveraine grandeur, elle qui s’estime la dernière des créatures ?
Comment osera-t-elle vous élever dans ses bras, vous presser contre son cœur, vous allaiter à son sein mortel ? Et pourtant, quand elle vient à songer que l’heure approche où, sans cesser d’être son fils, vous sortirez d’elle et réclamerez tous les soins de sa tendresse, son cœur défaille et l’amour maternel se confondant avec l’amour qu’elle a pour son Dieu, elle est au moment d’expirer dans cette lutte trop inégale de la faible nature humaine contre les plus fortes et les plus puissantes de toutes les affections réunies dans un même cœur.
Mais vous la soutenez, ô Désiré des nations ! Car vous voulez qu’elle arrive à ce terme bienheureux qui doit donner à la terre son Sauveur, et aux hommes la Pierre angulaire qui les réunira dans une seule famille.
Soyez béni dans les merveilles de votre puissance et de votre bonté, ô divin Roi ! et venez bientôt nous sauver, vous souvenant que l’homme vous est cher, puisque vous l’avez pétri de vos mains. Oh ! Venez, car votre œuvre est dégénérée ; elle est tombée dans la perdition ; la mort l’a envahie : reprenez-la dans vos mains puissantes, refaites-la ; sauvez-la ; car vous l’aimez toujours, et vous ne rougissez pas de votre ouvrage.
21/12/2025
Lorsqu’ils ne sont pas dans leurs ateliers situés au Lion d’Angers dans le Maine-et-Loire ou au pied de calvaires à restaurer des cimetières ou des croix en bordure de route, les bénévoles de SOS Calvaires, tous amoureux du patrimoine catholique de France, montent au sommet de montagnes, pour remplacer ou réparer des calvaires abimés par le temps.
Un film d'Armel Joubert des Ouches.
20/12/2025
20/12/2025
Divin Soleil, ô Jésus ! Vous venez nous arracher à la nuit éternelle : soyez à jamais béni ! Mais combien vous exercez notre foi, avant de luire à nos yeux dans toute votre splendeur ! Combien vous aimez à voiler vos rayons, jusqu’à l’instant marqué par votre Père céleste, où vous devez épanouir tous vos feux ! Voici que vous traversez la Judée ; vous approchez de Jérusalem ; le voyage de Marie et de Joseph tire à son terme.
Sur le chemin, vous rencontrez une multitude d’hommes qui marchent en toutes les directions, et qui se rendent chacun dans sa ville d’origine, pour satisfaire à l’Édit du dénombrement. De tous ces hommes, aucun ne vous a soupçonné si près de lui, ô divin Orient ! Marie, votre Mère, est estimée par eux une femme vulgaire ; tout au plus, s’ils remarquent la majesté et l’incomparable modestie de cette auguste Reine, sentiront-ils vaguement le contraste frappant entre une si souveraine dignité et une condition si humble ; encore ont-ils bientôt oublié cette heureuse rencontre. S’ils voient avec tant d’indifférence la mère, le fils non encore enfanté à la lumière visible, lui donneront-ils une pensée ?
Et cependant ce fils, c’est vous-même, ô Soleil de justice ! Augmentez en nous la Foi, mais accroissez aussi l’amour. Si ces hommes vous aimaient, ô libérateur du genre humain, vous vous feriez sentir à eux ; leurs yeux ne vous verraient pas encore, mais du moins leur cœur serait ardent dans leur poitrine, ils vous désireraient, et ils hâteraient votre arrivée par leurs vœux et leurs soupirs.
O Jésus, qui traversez ainsi ce monde que vous avez fait, et qui ne forcez point l’hommage de vos créatures, nous voulons vous accompagner dans le reste de votre voyage ; nous baisons sur la terre les traces bénies des pas de celle qui vous porte en son sein ; nous ne voulons point vous quitter jusqu’à ce que nous soyons arrivés avec vous à l’heureuse Bethléhem, à cette Maison du Pain, où enfin nos yeux vous verront, ô Splendeur éternelle, notre Seigneur et notre Dieu !
J'en connais deux qui vont hurler à propos de cette version !
19/12/2025
O Fils de David, héritier de son trône et de sa puissance, vous parcourez, dans votre marche triomphale, une terre soumise autrefois à votre aïeul, aujourd’hui asservie par les Gentils. Vous reconnaissez de toutes parts, sur la route, tant de lieux témoins des merveilles de la justice et de la miséricorde de Jéhovah votre Père envers son peuple, au temps de cette ancienne Alliance qui tire à sa fin.
Bientôt, le nuage virginal qui vous couvre étant ôté, vous entreprendrez de nouveaux voyages sur cette même terre ; vous y passerez en faisant le bien, et guérissant toute langueur et toute infirmité, et cependant n’ayant pas où reposer votre tête. Du moins, aujourd’hui, le sein maternel vous offre encore un asile doux et tranquille, où vous ne recevez que les témoignages de l’amour le plus tendre et le plus respectueux.
Mais, ô Seigneur ! il vous faut sortir de cette heureuse retraite ; il vous faut, Lumière éternelle, luire au milieu des ténèbres ; car le captif que vous êtes venu délivrer languit dans sa prison. Il s’est assis dans l’ombre de la mort, et il y va périr, si vous ne venez promptement en ouvrir les portes avec votre Clef toute-puissante !
Ce captif, ô Jésus, c’est le genre humain, esclave de ses erreurs et de ses vices : venez briser le joug qui l’accable et le dégrade ; ce captif, c’est notre cœur trop souvent asservi à des penchants qu’il désavoue : venez, ô divin Libérateur, affranchir tout ce que vous avez daigné faire libre par votre grâce, et relever en nous la dignité de vos frères.
Dom Guéranger
ANTIENNE A L’ANGE GABRIEL.
O Gabriel ! Messager des cieux, qui es entré près de moi les portes fermées, et m’as dit cette parole : Vous concevrez et enfanterez ; on l’appellera Emmanuel !
19/12/2025
Cette nomination revêt une signification toute particulière. Que cela plaise ou non, les États-Unis sont le pays le plus important au monde, et New York est la ville la plus importante des États-Unis. C’est en quelque sorte la caput mundi séculière, et son évêque dispose d’une tribune planétaire.
D’autre part, étant donné l’importance de ce siège, il ne fait aucun doute que le pape Léon s’est personnellement impliqué dans cette nomination, et c’est précisément ce que nous attendions pour déduire l’orientation de son pontificat.
Les raisons invoquées par ce média pour attribuer à Mgr Hicks l’appartenance aux rangs du « printemps franciscain » prêtent à rire ou font pitié ; on ne sait pas si elles sont le fruit de la méchanceté ou de la sénilité des journalistes responsables. Ce qu’ils ont fait, c’est émettre des hypothèses sur la base de faits qui ne menaient pas nécessairement aux conclusions qu’ils souhaitaient. Ils n’ont pas fait ce que tout professionnel aurait fait, c’est-à-dire consulter les fidèles actuels du nouvel archevêque ou, au moins, les médias américains.
La première raison était d’affirmer que Hicks était un proche du cardinal Cupich, un disciple de Bergoglio, comme nous le savons tous. En réalité, il a été formé et était un fidèle disciple du cardinal Francis George, prédécesseur de Cupich au siège de Chicago et clairement conservateur, défenseur explicite de la doctrine morale catholique traditionnelle et opposé à toute forme de relativisme doctrinal.
La deuxième raison était d’affirmer que Mgr Hicks est un évêque missionnaire et soucieux des pauvres, puisqu’il a passé cinq ans de sa vie à diriger un orphelinat pour enfants pauvres au Salvador et dans d’autres pays d’Amérique centrale.
Il s’agit là, une fois de plus, de la même vieille tactique : dans ce cas, partir du principe que tout missionnaire et tout prêtre proche des pauvres est progressiste. Selon ce critère, saint François Xavier, saint Vincent de Paul, Mère Teresa de Calcutta et Mgr Marcel Lefebvre lui-même auraient appartenu à cette faction. Il s’agit là de vertus chrétiennes fondamentales et cela en dit long sur Mgr Hicks qui a consacré une partie de sa vie à ce service, laissant de côté le confort de la vie paroissiale aux États-Unis. Les auteurs de l’article veulent nous faire croire que tout « agent pastoral » qui se consacre au soin des pauvres adhère à la théologie de la libération ou à sa version plus modérée mais tout aussi néfaste, la théologie du peuple.
L’article ajoute que le fait que Léon accepte la démission du cardinal conservateur Dolan du siège new-yorkais sept mois seulement après sa présentation est un signe de l’inimitié qu’il lui porte et de sa volonté d’imprimer rapidement un changement dans la direction de l’Église américaine.
Il ignore, ou ne veut pas savoir, que c’est le cardinal Dolan lui-même qui a demandé à être remplacé, car son archidiocèse est confronté à de nombreux problèmes graves qu’il n’est plus en mesure de résoudre. Parmi ceux-ci, on peut citer la nécessité de réunir, par la vente de biens immobiliers, la somme de 300 millions de dollars pour indemniser les victimes d’abus sexuels commis par des prêtres, et la pénurie profonde de vocations sacerdotales : pour une population de deux millions et demi de catholiques, il n’y a que 16 séminaristes.
D’autre part, le manque de professionnalisme dont font preuve les auteurs de l’article est surprenant, car il est facile de savoir que Mgr Hicks a été élu par 68 % de ses collègues pour présider l’une des commissions de la Conférence épiscopale. On peut donc difficilement parler d’un changement de direction de l’épiscopat américain.
Ce que les médias ont rapporté et les témoignages que l’on peut lire sur les réseaux sociaux des fidèles de Joliet concordent : Mgr Ronald Hicks est considéré comme un père spirituel très proche des prêtres et des fidèles, c’est un homme de prière profonde et un promoteur du culte eucharistique, un fervent défenseur de la messe traditionnelle (dans le diocèse de Joliet, Traditiones custodes n’a pratiquement pas été appliqué) et un excellent administrateur.
Dès que la nouvelle a été confirmée, le site Rorate coeli, qui ne peut être soupçonné de progressisme, a commenté ainsi : « Si c’est vrai, c’est un excellent choix ».
Deo gratias!
17/12/2025
Vous voici donc en marche, ô Fils de Jessé, vers la ville de vos aïeux. L’Arche du Seigneur s’est levée et s’avance, avec le Seigneur qui est en elle, vers le lieu de son repos. « Qu’ils sont beaux vos pas, ô Fille du Roi, dans l’éclat de votre chaussure » , lorsque vous venez apporter leur salut aux villes de Juda ! Les Anges vous escortent, votre fidèle Époux vous environne de toute sa tendresse, le ciel se complaît en vous, et la terre tressaille sous l’heureux poids de son Créateur et de son auguste Reine. Avancez, ô Mère de Dieu et des hommes, Propitiatoire tout-puissant où est contenue la divine Manne qui garde l’homme de la mort ! Nos cœurs vous suivent, vous accompagnent, et, comme votre Royal ancêtre , nous jurons « de ne point entrer dans notre maison, de ne point monter sur notre couche, de ne point clore nos paupières, de ne point donner le repos à nos tempes, jusqu’à ce que nous ayons trouvé dans nos cœurs une demeure pour le Seigneur que vous portez, une tente pour le Dieu de Jacob. » Venez donc, ainsi voilé sous les flancs très purs de l’Arche sacrée, ô rejeton de Jessé, jusqu’à ce que vous en sortiez pour briller aux yeux des peuples, comme un étendard de victoire. Alors les rois vaincus se tairont devant vous, et les nations vous adresseront leurs vœux. Hâtez-vous, ô Messie ! Venez vaincre tous nos ennemis, et délivrez-nous.
17/12/2025
L’article d’Alexandra Borchio Fontimp s’inscrit dans un débat récurrent qui agite la société française chaque hiver : la place des symboles d'origine chrétienne dans l’espace républicain. Pour l'auteure, la question dépasse le cadre cultuel pour toucher à l’identité profonde de la nation.
Elle articule son argumentation autour de trois axes principaux :
Le refus de « l'amnésie » républicaine : À l'occasion des 120 ans de la loi de 1905, la sénatrice rappelle que la laïcité ne doit pas signifier l'effacement de l'histoire. Elle souligne que nos jours fériés, notre littérature et notre morale sont imprégnés d'un héritage chrétien qui a façonné l'humanisme français.
Une dimension culturelle et populaire : S'appuyant sur un sondage indiquant que 79 % des Français sont favorables aux crèches (1), elle transforme l'objet religieux en un objet patrimonial. La crèche devient une « scène familière » liée à l'enfance et à l'art de vivre, particulièrement dans le Sud de la France.
L'enjeu économique et artisanal : L'article met en avant la réalité concrète des territoires, notamment en Provence et dans les Alpes-Maritimes. La fabrication des santons et les marchés de Noël représentent un dynamisme local et un savoir-faire artisanal qu'il serait, selon elle, absurde de sacrifier au nom d'une interprétation restrictive de la loi.
En conclusion, Alexandra Borchio Fontimp livre un plaidoyer pour une France qui « ne se renie pas ». Elle invite à ne pas percevoir la crèche comme une menace pour la neutralité de l'État, mais comme le témoignage d'une continuité historique. Pour la sénatrice, assumer cet héritage est la condition d'une nation confiante, "capable de faire cohabiter ses traditions avec les exigences de la modernité républicaine". Roulement de tambours !
(1) de fait, c'est le sondage qui est intéressant : Selon un sondage CSA pour CNEWS, le JDD et Europe 1, publié ce dimanche 7 décembre, 79% des Français (même 2 sympathisants sur 3 de la gauche, soit 65%) sont en faveur de la présence de crèches de Noël dans les mairies.
17/12/2025
Un duel symbolique : les blindés contre le vivant
Pour Christophe Guilluy, l’image des blindés face aux éleveurs en Ariège n’est pas qu’un incident de maintien de l’ordre, c’est une scène de « décivilisation » au sens premier. Il y voit une réédition de La Guerre des mondes, où une technostructure froide tente d’asservir un monde de producteurs qu’elle ne comprend plus.
« Cette scène dévoile la nature profonde de l’affrontement entre Métropolia et Périphéria. [...] Les vrais décivilisés sont d’abord les fondateurs de Métropolia, cette machine à broyer les existences. »
Selon le géographe, le modèle métropolitain est désormais un « astre mort ». Surendetté, tertiarisé à l'excès et enfermé dans des bulles culturelles, il a sacrifié l’agriculture et l’industrie sur l’autel du libre-échange (Mercosur).
Le basculement de la puissance
L'un des points forts de l'entretien est le constat d'un basculement géographique du pouvoir. La puissance ne résiderait plus dans les tours de la Silicon Valley ou de Londres, mais dans les villes productives de la périphérie, comme Bourges ou Saint Charles (USA).
Le retour du producteur : Le XXIe siècle appartient à ceux qui maîtrisent les bases industrielles et agricoles.
La fin de l'attraction urbaine : Les métropoles s'enfoncent, au propre comme au figuré, sous le poids de leur propre modèle.
La victoire de la « majorité ordinaire » : Guilluy affirme que la Guerre des mondes est en passe d'être gagnée par Périphéria.
« La vraie puissance, elle, se trouve dans les villes qui produisent, inventent et résistent : Périphéria est en marche. »
Une révolte de l'âme contre le tableur Excel
Guilluy souligne que la crise actuelle, à l'instar de celle des « gilets jaunes », est avant tout existentielle et transcendante. Il oppose l'éleveur, « celui qui élève moralement », à une administration qui ne jure que par les data et les tableurs.
Le soutien massif de l'opinion publique à ces mouvements s'explique, selon lui, par une résonance spirituelle :
« L’argent n’est pas — et ne sera jamais — leur motivation. [...] Pour ceux que la transcendance effraie, souvenons-nous d’Hugo : "La réalité, c’est l’âme !" »
Effectivement , le vrai problème n'est pas politique, mais culturel et surtout spirituel. Nos chers évêques, et eux seuls, ont la clé… se réveilleront-ils ?.
L'autonomie politique des classes populaires
Sur le plan politique, l'entretien balaie l'idée de l'homme providentiel. Guilluy décrit un mouvement « bottom-up » (du bas vers le haut) où les citoyens ont déjà construit leur propre diagnostic, rendant les clivages gauche-droite obsolètes.
Le « soft power » des classes populaires s'articule désormais autour de quatre piliers non négociables :
Le travail (réindustrialisation).
L’État-providence (services publics).
La sécurité.
La régulation des flux migratoires.
Christophe Guilluy nous livre ici une vision prophétique : celle d'une France qui refuse d'être dépossédée de son identité et de sa capacité de production. Si « Métropolia » a encore la montre, la « Périphéria », elle, semble avoir le temps. Le futur appartiendrait à ceux qui, face à la technostructure, choisissent de rester debout pour leurs troupeaux et leur terre.
Ave Maria !
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Petit lexique de la pensée de Christophe Guilluy
Métropolia Désigne la « France des métropoles » mondialisées. C’est le territoire des élites dirigeantes, des cadres supérieurs et d’une économie dématérialisée (services, finance). Pour Guilluy, c’est un modèle en fin de cycle, un « astre mort » qui brille encore mais ne produit plus de richesse réelle.
Périphéria La « France périphérique », composée des zones rurales, des petites et moyennes villes. Longtemps dépeinte comme fragile, elle est pour l'auteur le nouveau centre de la puissance réelle, car c’est là que se situent la production (agriculture, industrie) et la résistance culturelle.
La majorité ordinaire Elle regroupe les classes populaires et les classes moyennes qui vivent en dehors des grandes métropoles. Guilluy la décrit comme une force sociologique autonome qui ne suit plus les consignes des partis traditionnels et qui porte une demande de dignité « existentielle » plutôt que purement matérielle.
Soft Power des classes populaires Contrairement au « hard power » (le pouvoir politique ou militaire), c’est l’influence culturelle et intellectuelle que la base exerce sur le sommet. C’est la capacité de la majorité ordinaire à imposer ses thèmes (travail, sécurité, identité) dans le débat public sur le temps long, forçant les élites à s'y adapter.
La technostructure L'appareil administratif, politique et expert (souvent lié à l'Union européenne ou à la haute fonction publique) qui dirige le pays par les chiffres, les données et les tableurs Excel. Guilluy l'accuse d'être devenue aveugle aux réalités humaines et sensibles du terrain.
Décivilisation (version Guilluy) Loin d’être un simple manque de politesse, la décivilisation est ici le processus par lequel le modèle économique globalisé détruit les structures sociales, les métiers (producteurs) et les liens humains qui fondent une société stable.