Le blog du Temps de l'Immaculée.
13/05/2026
À ce moment, les disciples sont tous rassemblés à Jérusalem. Groupés autour de Marie dans le Cénacle, ils attendent l’heure à laquelle leur Maître doit se manifester à eux pour la dernière fois. Recueillis et silencieux, ils repassent dans leurs cœurs les divines marques de bonté et de condescendance qu’il leur a prodiguées durant ces quarante jours, et les solennels enseignements qu’ils ont reçus de sa bouche. C’est maintenant qu’ils le connaissent, qu’ils savent qu’il est sorti de Dieu ; quant à ce qui les concerne, ils ont appris de lui la mission à laquelle il les a destinés : ce sera d’enseigner, eux ignorants, les peuples de la terre ; mais, ô regret inconsolable ! Il s’apprête à les quitter ; « Encore un peu de temps, et ils ne le verront plus . »
Par un touchant contraste avec leurs tristes pensées, la nature entière semble s’être mise en devoir d’offrir à son auteur le plus splendide triomphe ; car ce départ doit être un départ triomphant. La terre s’est parée des prémices de sa fécondité, la verdure des campagnes le dispute à l’émeraude, les fleurs embaument l’air de leurs parfums, sous le feuillage des arbres les fruits se hâtent de mûrir, et les moissons grandissent de toutes parts. Tant d’heureux dons sont dus à l’influence de l’astre qui brille au ciel pour vivifier la terre, et qui a reçu le noble privilège de figurer par son royal éclat, et dans ses phases successives, le passage de l’Emmanuel au milieu de nous.
Rappelons-nous ces jours sombres du solstice d’hiver, où son disque pâle, tardif vainqueur des ténèbres, ne montait dans le ciel que pour y parcourir une étroite carrière, dispensant la lumière avec mesure, et n’envoyant à la terre aucun rayon assez ardent pour résoudre la constriction qui tenait glacée toute sa surface. Tel se leva, comme un astre timide, notre divin Soleil, dissipant à peine les ombres autour de lui, tempérant son éclat, afin que les regards des hommes n’en fussent pas éblouis. Comme le soleil matériel, il élargit peu à peu sa carrière ; mais des nuages vinrent souvent dissimuler son progrès. Le séjour en la terre d’Égypte, la vie obscure de Nazareth, dérobèrent sa marche aux yeux des hommes ; mais l’heure étant venue où il devait laisser poindre les rayons de sa gloire, il brilla d’un souverain éclat sur la Galilée et sur la Judée, lorsqu’il se mit à parler « comme ayant puissance » , lorsque ses œuvres rendirent témoignage de lui , et que l’on entendit la voix des peuples qui faisait retentir « Hosannah au fils de David ».
Il allait atteindre à son zénith, quand tout à coup l’éclipse momentanée de sa passion et de sa mort persuada pour quelques heures à ses ennemis jaloux que leur malice avait suffi pour éteindre à jamais sa lumière importune à leur orgueil. Vain espoir ! Notre divin Soleil échappait dès le troisième jour à cette dernière épreuve ; et il plane maintenant au sommet des cieux, versant sa lumière sur tous les êtres qu’il a créés, mais nous avertissant que sa carrière est achevée. Car il ne saurait descendre ; pour lui, pas de couchant ; là s’arrête son rapport avec l’humble flambeau qui éclaire nos yeux mortels. C’est du haut du ciel qu’il brille désormais, et pour toujours, ainsi que l’avait annoncé Zacharie, lors de la naissance de Jean ; et comme l’avait prédit encore auparavant le sublime Psalmiste, en disant : « Il a fourni sa carrière comme un géant, il est arrivé au sommet des cieux, d’où il était parti, et nul ne peut se soustraire à l’action de sa puissante chaleur » .
Cette Ascension, qui établit l’Homme-Dieu centre de lumière pour les siècles des siècles, il en a fixé le moment précis à l’un des jours du mois que les hommes appellent Mai, et qui révèle dans son plus riant éclat l’œuvre que ce Verbe divin trouva belle lui-même, au jour où, l’ayant fait sortir du néant, il la disposa avec tant de complaisance. Heureux mois, non plus triste et sombre comme Décembre, qui vit les joies modestes de Bethléhem, non plus sévère et lugubre comme Mars, témoin du Sacrifice sanglant de l’Agneau sur la croix, mais radieux, épanoui, surabondant de vie et digne d’être offert, chaque année, en hommage à Marie, Mère de Dieu ; car c’est le mois du triomphe de son fils.
O Jésus, notre créateur et notre frère, nous vous avons suivi des yeux et du cœur depuis le moment de votre aurore ; nous avons célébré, dans la sainte liturgie, chacun de vos pas de géant par une solennité spéciale ; mais en vous voyant monter ainsi toujours, nous devions prévoir le moment où vous iriez prendre possession de la seule place qui vous convienne, du trône sublime où vous serez assis éternellement à la droite du Père. L’éclat qui vous entoure depuis votre résurrection n’est pas de ce monde ; vous ne pouvez plus demeurer avec nous ; vous n’êtes resté durant ces quarante jours, que pour la consolidation de votre œuvre ; et demain, la terre qui vous possédait depuis trente-trois années sera veuve de vous. Avec Marie votre mère, avec vos disciples soumis, avec Madeleine et ses compagnes, nous nous réjouissons du triomphe qui vous attend ; mais à la veille de vous perdre, permettez à nos cœurs aussi de ressentir la tristesse ; car vous étiez l’Emmanuel, le Dieu avec nous, et vous allez être désormais l’astre divin qui planera sur nous ; et nous ne pourrons plus « vous voir, ni vous entendre, ni vous toucher de nos mains, ô Verbe de vie ! » . Nous n’en disons pas moins : Gloire et amour soient à vous ! Car vous nous avez traités avec une miséricorde infinie. Vous ne nous deviez rien, nous étions indignes d’attirer vos regards, et vous êtes descendu sur cette terre souillée par le péché ; vous avez habité parmi nous, vous avez payé notre rançon de votre sang, vous avez rétabli la paix entre Dieu et les hommes. Oui, il est juste maintenant que « vous retourniez à celui qui vous a envoyé » . Nous entendons la voix de votre Église, de votre Épouse chérie qui accepte son exil, et qui ne pense qu’à votre gloire : « Fuis donc, ô mon bien-aimé, vous dit-elle ; fuis avec la rapidité du chevreuil et du faon de la biche, jusqu’à ces montagnes où les fleurs du ciel exhalent leurs parfums » . Pourrions-nous, pécheurs que nous sommes ne pas imiter la résignation de celle qui est à la fois votre Épouse et notre mère ?
13/05/2026
Nous pouvons dire que ce pilier est discret, car la vraie sainteté ne cherche pas à se montrer. Il est indispensable, car sans la séparation du mal, il n’y a ni vraie communion avec Dieu, ni puissance dans le service. Et il est constant, car la sanctification n’est pas un moment, mais un chemin quotidien.
Maintenant, nous entrons plus profondément dans ce pilier essentiel. Il y a deux aspects importants de la sanctification et il est important de distinguer ce que l’Écriture présente clairement:
a) La sanctification positionnelle (ou absolue).
C’est celle que Dieu opère une fois pour toutes au moment de la conversion.
En effet, le « croyant » est mis à part pour Dieu, en vertu de l’œuvre du Seigneur Jésus. Aux yeux de Dieu, il est devenu « saint », non de lui-même, mais par sa position en Christ.
« Vous avez été sanctifiés… » 1 Corinthiens 6:11
Ici, nous voyons que ce pilier est posé sur un fondement parfait : il ne dépend pas de soi, mais de Christ. Base inébranlable !
b) La sanctification pratique (ou progressive).
C’est celle qui se développe chaque jour dans la vie du croyant.
« C’est ici la volonté de Dieu, votre sanctification. » (1 Thessaloniciens 4:3)
Elle concerne, entre autres, les pensées, les paroles, les affections, les actes. Pour ce faire, Dieu ne nous laisse pas seuls : Il agit par différents moyens précis.
– La Parole de Dieu : « Sanctifie-les par la vérité ; ta parole est la vérité ». (Jean 17:17) Cette parole agit comme une lumière et un lavage intérieur.
– Le Saint-Esprit. Il agit intérieurement pour convaincre, transformer et produire le fruit. Ce n’est pas un effort purement humain ; c’est une œuvre divine en nous. C’est ainsi que Dieu se sert des situations pour nous former.
« Il nous discipline… afin que nous participions à Sa sainteté ». (Hébreux 12:10)
Ainsi, avec la sanctification, tout devient cohérent, vrai et orienté vers Dieu. Toutefois, il ne s’agit nullement de passer en un moment de l’imperfection à la perfection, de l’égoïsme au parfait renoncement ; mais de se soumettre à Christ, de s’abandonner à Lui pour lui permettre d’accomplir l’œuvre parfaite de Sa grâce, c’est-à-dire, la sanctification.
Dès lors, l’Esprit de Dieu pousse et fait agir le croyant qui dans un libre abandon, s’est livré tout entier à Dieu. Il n’a plus besoin de se pousser lui-même. Ni effort, ni tension morale pour regarder à Christ. Il ne fait pas un pas sans s’appuyer sur Lui avec une confiance absolue et illimitée.
Il sait que la plus grande grâce et la seule délivrance, c’est d’être délivré de soi-même, de sa volonté propre et de pouvoir vivre pour le Seigneur. Et il sait que tout ce qui peut attirer le cœur en dehors de Christ n’est qu’une perte. Il est bien vrai que celui qui ne voudra pas suivre le Seigneur Jésus dans l’école où lui-même a « appris l’obéissance », ne trouvera jamais le vrai chemin de la sanctification. Toutefois, il suffit de savoir que le Seigneur Jésus est à côté de lui, surveillant le feu et modérant la chaleur selon ce que réclame l’œuvre de sa sanctification.
L’erreur habituelle est de toujours chercher à nous sanctifier nous-mêmes pour l’amour de Celui qui nous a sauvés, au lieu de laisser le Seigneur nous sanctifier Lui-même.
Ainsi, la sanctification est la preuve suprême que notre conversion est authentique, car sans « la sanctification, personne ne verra le Seigneur ». (Hébreux 12:14)
Berny, in Le Salon Beige
12/05/2026
ROME, 12 MAI 2026 — L’évêque Athanasius Schneider a lancé une critique vigoureuse du nouveau rapport du Vatican sur les « questions doctrinales, pastorales et éthiques émergentes », affirmant que son traitement de l’homosexualité promeut une « exégèse du doute » dans la révélation divine qui fait écho au serpent du jardin d’Éden et ouvre la porte à un « relativisme moral total ».
Le rapport final de 30 pages, publié le 5 mai par le Secrétariat général du Saint-Siège pour le Synode, a été préparé par le Groupe d'étude n° 9, l'un des dix groupes d'étude établis par le pape François en février 2024 pour examiner les questions qui ont émergé lors de la première session du Synode sur la synodalité en octobre 2023.
Le groupe d'étude, composé de sept membres, comprenait le cardinal Carlos Castillo Mattasoglio , archevêque de Lima (Pérou) ; l'archevêque Filippo Iannone, préfet du dicastère pour les évêques ; et le père Maurizio Chiodi , théologien moral italien et professeur à l'Institut pontifical Jean-Paul II pour les sciences du mariage et de la famille, qui a publiquement soutenu que les relations sexuelles au sein d'une relation homosexuelle peuvent être bénéfiques dans certaines circonstances. Le père Chiodi est considéré comme le principal auteur de ce rapport.
Le rapport a rapidement suscité des critiques de la part des commentateurs catholiques, mais a été immédiatement salué comme un « grand pas en avant » par les défenseurs des droits LGBTQ+ tels que le père James Martin, SJ.
La controverse s'est intensifiée après qu'il est apparu que l'un des deux témoignages présentés dans le rapport avait été rédigé par l'homme photographié en première page du New York Times en 2023 recevant une bénédiction avec son partenaire du même sexe du même prêtre jésuite, un jour seulement après la publication de Fiducia Supplicans .
Dans cet entretien, l’évêque Schneider évoque ce qu’il considère comme une alliance contre nature entre le Secrétariat du Synode et les partisans d’une idéologie « anti-chrétienne », la mesure dans laquelle le rapport final du Groupe d’étude n° 9 représente une « ligne rouge » et comment sa publication pourrait affecter les relations déjà tendues entre le Vatican et la Fraternité sacerdotale traditionaliste Saint-Pie-X.
Tout en reconnaissant que le rapport ne possède aucune autorité magistérielle formelle, l'évêque auxiliaire d'Astana soutient que sa publication par le Vatican n'en entraîne pas moins de graves conséquences, puisqu'il sera inévitablement présenté et interprété dans les médias du monde entier comme le signe d'un changement dans l'enseignement catholique.
Il lance également un appel direct au pape Léon XIV pour qu'il protège l'Église et les âmes de ce qu'il appelle une « doctrine gnostique effrontée », et prévient que si le Saint-Père — ainsi que les cardinaux, les évêques et les prêtres — ne « se réveillent » pas, les générations futures pourraient un jour se retourner sur cette époque et dire : « Le monde entier a soupiré et s'est demandé comment il avait pu abolir le sixième commandement.
»
D.M.
Voici mon entretien avec l'évêque Athanase Schneider.
Diane Montagna (DM) : Votre Excellence, quelle a été votre première réaction au rapport final du Groupe d'étude n° 9 et à la révélation que l'un des deux témoignages inclus avait été écrit par l'homme présenté dans le New York Times, béni avec son partenaire du même sexe par le père James Martin, SJ., un jour après la publication de Fiducia Supplicans ?
+Athanasius Schneider (+AS) : En publiant le rapport final du Groupe d'étude n° 9, le Secrétariat du Synode des évêques s'est abaissé à promouvoir la propagande d'une idéologie sexuelle mondiale activement diffusée dans les milieux politiques et médiatiques du monde entier. Le père James Martin n'est qu'un simple exécutant de cette idéologie antichrétienne et blasphématoire. Les partisans de cette idéologie recherchent l'approbation morale et doctrinale de l'Église pour les actes et les modes de vie homosexuels, c'est-à-dire pour une conduite contraire à la création divine et à l'ordre naturel. Le Secrétariat du Synode, organe du Saint-Siège, collabore ainsi avec ses lobbyistes dans une véritable révolte contre l'œuvre de la création, contre le bel et sage ordre des deux sexes, homme et femme.
(DM) : Le rapport final vise clairement à normaliser l’homosexualité au sein de l’Église. Ce processus a été amorcé en 2014 avec le rapport intermédiaire du premier Synode sur la famille du pape François, qui affirmait que « les homosexuels ont des dons et des qualités à offrir à la communauté chrétienne ». Ce texte a été largement rejeté par les Pères synodaux, mais les efforts se sont poursuivis. [1] Selon vous, que révèle le rapport final sur le « processus synodal » initié sous le pape François ?
(+AS) : Le rapport final révèle que la légitimation de l’homosexualité (c’est-à-dire les actes, les modes de vie et les relations homosexuelles) figurait déjà à l’ordre du jour du clergé lors du premier synode sur la famille du pape François. Cet ordre du jour a atteint son apogée avec la promulgation de la déclaration Fiducia Supplicans par le Dicastère pour la doctrine de la foi, sous l’autorité de son préfet actuel.
La Fiducia Supplicans est une aberration. Elle évoque la possibilité de bénir des couples homosexuels, non pas officiellement et liturgiquement, mais spontanément. Selon ce document, la bénédiction porte sur le couple homosexuel lui-même, et non sur leur relation. Or, la notion de « couple » découle précisément de la relation. La Fiducia Supplicans prend ainsi le monde entier pour des imbéciles.
Le rapport final du Groupe d'étude n° 9 va plus loin en proposant une justification doctrinale possible aux actes homosexuels et aux relations homoérotiques. Il le fait en remettant indirectement en question la validité du témoignage de la Révélation divine concernant l'homosexualité dans les Saintes Écritures, en avançant une sorte d'« exégèse du doute » à propos des passages bibliques concernés. Le rapport affirme en effet qu'« il est nécessaire d'aller au-delà d'une simple répétition de leur présentation actuelle et de prendre en compte les éclairages apportés par diverses lectures exégétiques » (2.4). Une telle exégèse usurpe de fait la place de Dieu et prétend proclamer ce qui est bien et ce qui est mal. C'est précisément ce que fit le serpent dans le jardin d'Éden.
(DM) : Les deux témoignages mis en avant dans le rapport ont été écrits par des hommes ouvertement homosexuels vivant en couple avec une personne du même sexe et ne souscrivant pas à l’enseignement de l’Église sur le mariage et la sexualité. Pourtant, aucun témoignage n’a été recueilli auprès de personnes attirées par les personnes du même sexe qui cherchent à vivre selon la foi catholique, qui s’engagent dans l’apostolat « Courage », etc. Qu’est-ce que cela révèle sur les « experts » qui composaient le Groupe d’étude n° 9 ?
(+AS) : Ce fait parle de lui-même. Il démontre clairement qu'un organe du Saint-Siège – le Secrétariat du Synode des évêques – prend parti pour un groupe néo-gnostique idéologique au sein de l'Église, une minorité qui contredit explicitement l'enseignement constant de l'Église et le sensus fidelium . Il est clair que l'objectif est d'initier un processus de réinterprétation et, à terme, d'abolition de la validité de la révélation divine – et plus précisément de la validité du sixième commandement.
(DM) : Les auteurs insistent sur le fait que leur rapport ne constitue pas un exercice d’autorité, mais qu’il est simplement le fruit d’un travail demandé au Groupe d’étude lors du processus synodal, visant à favoriser le discernement au sein des Églises locales. Certains pourraient y voir précisément la tactique employée par les partisans de ces idées pour faire avancer la révolution, tandis que d’autres pourraient y voir une raison suffisante pour ignorer purement et simplement le rapport. Quelle est votre position ?
(+AS) : Bien qu'il ne s'agisse formellement que d'un document issu d'un groupe d'étude et dépourvu d'autorité magistérielle, il est néanmoins publié par le Vatican, par l'intermédiaire d'un organe du Saint-Siège. De ce fait, un tel document laisse entendre au monde entier, et à la plupart des catholiques – qui ignorent la distinction théologique relative à la valeur de l'autorité conférée aux documents de l'Église – que l'Église catholique, et même le Vatican, s'ouvrent désormais à la possibilité de légitimer et de normaliser les actes et les modes de vie homosexuels. Il s'agit là d'une tactique manifeste visant à habituer progressivement les fidèles à considérer les actes homosexuels comme normaux, ou du moins à les tolérer dans certains cas, principalement par l'argument sophistique selon lequel un couple homosexuel pourrait posséder d'autres qualités morales ou intellectuelles. Ainsi, la porte est ouverte au relativisme moral absolu.
(DM) : Ce rapport final constitue-t-il une « ligne rouge » ? Et étant donné que le Secrétariat du Synode a maintenant rendu public le rapport, quelle mesure pensez-vous que le pape Léon XIV devrait prendre ?
(+AS) : Ce rapport final franchit sans équivoque la ligne rouge entre l'orthodoxie et l'hérésie. Il emploie l'expression trompeuse de « changement de paradigme » pour saper, par une rhétorique vide, la Révélation divine sur la dualité des sexes et son interdiction claire de tout acte sexuel hors mariage valide entre un homme et une femme. Le premier devoir du pape Léon XIV est de protéger l'Église et les âmes des fidèles de cette doctrine gnostique effrontée, qui cherche à justifier la fornication et le vice contre nature. La voix du Christ, qui a réprimandé l'Église de Pergame pour avoir toléré l'hérésie sexuelle des Nicolaïtes (cf. Ap 2, 14-15) et accusé l'Église de Thyatire d'avoir permis à Jézabel – qui « se disait prophétesse » – de répandre l'immoralité sexuelle en son sein (Ap 2, 20-21), s'adresse également aujourd'hui au pape Léon XIV.
(DM) : Nous écrivons sur ces questions depuis des années – d’abord avec le Synode sur la famille, puis le Synode sur les jeunes, et maintenant le Synode sur la synodalité. Pourtant, trop souvent – exception faite peut-être de la réaction négative suite à l’encyclique Fiducia Supplicans – et à de rares exceptions près, les cardinaux et les évêques semblent choisir le silence et l’inaction. Le fait que nous en soyons arrivés là est-il aussi le résultat d’un échec de la hiérarchie à résister à une révolution qui s’est accélérée sous le pontificat précédent ? Et comment pensez-vous que les cardinaux peuvent désormais servir au mieux le Saint-Père à cet égard ?
(+AS) : La mission essentielle de la charge sacrée de cardinal et d'évêque est d'obéir au mandat solennel du Christ, qui leur a ordonné, par l'intermédiaire des Apôtres, d'enseigner tout ce qu'il a enseigné. Or, Jésus-Christ, Dieu incarné, Vérité même, a fermement condamné toute forme de déformation des commandements de Dieu, ainsi que tout compromis avec le péché. Avec une audace scandaleuse, le rapport final substitue aux commandements de Dieu – en l'occurrence, le commandement divin interdisant les relations sexuelles hors mariage – des traditions humaines qui, de fait, ouvrent la porte à l'acceptation des actes et modes de vie homosexuels.
L’hérésie homosexuelle contamine de plus en plus le Corps de l’Église, et si le Pape, ainsi que les cardinaux et les évêques, ne prennent pas conscience de la gravité de la situation et, en tant que médecins et pasteurs spirituels responsables, n’avertissent pas et ne protègent pas les fidèles avec clarté et courage contre cette contagion spirituelle, ils seront coupables par leur inaction et leur silence. Il est fort possible que les générations futures, en se remémorant notre époque, lui appliquent les mots prononcés au temps de l’hérésie arienne : « Le monde entier soupira et s’interrogea sur la façon dont on avait aboli le sixième commandement de Dieu. »
(DM) : Comme vous le soulignez plus haut, le rapport propose un « changement de paradigme » dans la manière dont l’Église aborde ses questions doctrinales, pastorales et morales les plus difficiles, et il décrit ce changement comme faisant partie d’un « processus initié par Vatican II qui remet en question les modèles qui ont prévalu dans la vie ecclésiale au cours des derniers siècles ». On entend souvent dire que le clergé et les fidèles attachés à la messe traditionnelle en latin doivent « accepter Vatican II ». Mais comment peut-on s’attendre à ce qu’ils le fassent lorsque ceux qui sont considérés comme des experts du Vatican nous disent que c’est là où cela mène ?
(+AS) : Le rapport final, rédigé dans un style sophistique et gnostique typique, présente les vérités immuables, saintes et profondes de la Révélation divine comme de simples « modèles théoriques » (cf. 2.3). Dans ce rapport, l’enseignement clair, infaillible et bimillénaire de l’Église sur l’ordre divinement institué et voulu de la sexualité humaine est ainsi réduit à un « modèle » temporaire. Ceci prive également de leur force contraignante toute la loi morale naturelle que Dieu a inscrite dans le cœur de l’homme, ainsi que les vérités révélées dans l’Écriture sainte et la Tradition.
Les auteurs du rapport final sont ceux qui, selon les mots de l’apôtre Jude, abusent de la grâce de Dieu pour justifier la fornication (cf. Jude 4). Ils sont comme les « sources taries et les brumes chassées par la tempête » dont parle saint Pierre, qui « profèrent des vantardises insensées » et « séduisent par les passions dépravées de la chair ceux qui ont à peine échappé à ceux qui vivent dans l’erreur. Ils leur promettent la liberté, mais ils sont eux-mêmes esclaves de la corruption » (2 P 2, 17-19). Si le Saint-Siège ne condamne pas sans équivoque ce rapport final n° 9, tous les fidèles et le clergé catholiques authentiques perdront confiance en ceux qui occupent des fonctions au Vatican.
(DM) : La FSSPX a annoncé son intention de consacrer de nouveaux évêques le 1er juillet. Comment peut-il y avoir un espoir de réconciliation ou d'unité si ce genre d'attaques contre la foi catholique — émanant des structures officielles du Vatican — se poursuit ?
(+AS) : Le contenu scandaleux et, en vérité, blasphématoire du Rapport final n° 9 concernant la sexualité, ainsi que la validité immuable de la Révélation divine dans l’Écriture et la Tradition, constituent une preuve supplémentaire – parmi tant d’autres documents et actes alarmants émanant du Saint-Siège ou tolérés par lui – que la situation actuelle de l’Église ne peut être qualifiée que de véritable état d’urgence, ce que la FSSPX affirme à juste titre. Il faudrait être aveugle pour ne pas le voir. Quiconque, au sein de l’Église, nie encore aujourd’hui cet état d’urgence est soit spirituellement aveugle, soit considère l’empereur nu comme décent (comme dans le conte d’Andersen, « Les Habits neufs de l’empereur »), soit se comporte comme la servante qui, face au château en flammes, s’écria : « Tout va très bien, Madame la Marquise ! »
(DM) : La FSSPX, les évêques allemands, le Synode sur la synodalité… Le pape Léon XIV a de nombreux dossiers très importants à traiter dans les mois et l’année à venir. Que lui diriez-vous à l’aube de sa deuxième année de pontificat ?
(+AS) : En tant que frère dans l'épiscopat, je ne saurais lui offrir de paroles plus justes et plus pertinentes que celles prononcées par notre Seigneur à Pierre, le premier pape : « Affermis tes frères dans la foi ! » (Luc 22, 32). Que signifie concrètement « affermir dans la foi » ? Il s'agit manifestement d'éclaircir la confusion, l'ambiguïté et la perversion qui règnent dans la foi. Le pape devrait reconnaître que l'Église, tout comme au IIe siècle à l'époque de saint Irénée, est infectée par un gnosticisme qui, tel un renard, nie sournoisement la validité et la concrétude de la Révélation et des Commandements de Dieu. C'est pourquoi saint Irénée adressa l'avertissement suivant aux papes, aux évêques et aux fidèles de son temps – un passage qu'il convient de citer intégralement :
Tel est donc leur système, que ni les prophètes n'ont annoncé, ni le Seigneur enseigné, ni les apôtres transmis, mais dont ils se vantent d'avoir une connaissance parfaite, plus que quiconque. Ils puisent leurs opinions ailleurs que dans les Écritures ; et, pour reprendre un proverbe courant, ils s'efforcent de tisser des cordes de sable, tout en tentant d'adapter avec une apparence de vraisemblance à leurs propres affirmations les paraboles du Seigneur, les paroles des prophètes et les enseignements des apôtres, afin que leur projet ne paraisse pas totalement dénué de fondement. Ce faisant, cependant, ils négligent l'ordre et la cohérence des Écritures et, dans la mesure où ils s'y trouvent, ils démembrent et détruisent la vérité. En déplaçant des passages, en les réinterprétant, en faisant une chose d'une autre, ils parviennent à tromper beaucoup de gens par leur ruse perverse qui consiste à adapter les oracles du Seigneur à leurs opinions. Leur manière d'agir est comparable à celle de quelqu'un qui, après avoir contemplé une magnifique statue de roi réalisée par un artiste habile avec des pierres précieuses, Puis, ils démontent entièrement cette effigie, réarrangent les gemmes et les assemblent de manière à leur donner la forme d'un chien ou d'un renard, même si ce n'est que de façon mal exécutée ; et ils prétendent ensuite que c'est là la belle image du roi que l'artiste habile a réalisée, en montrant les joyaux que le premier artiste avait admirablement agencés pour former l'image du roi, mais que le second avait malencontreusement transformés en forme de chien. En exhibant ainsi les joyaux, ils trompent les ignorants qui n'ont aucune idée de l'apparence d'un roi et les persuadent que cette piètre image du renard est en réalité la belle image du roi. De la même manière, ces personnes assemblent des fables de vieilles femmes, puis s'efforcent, en déformant violemment le sens des mots, des expressions et des paraboles lorsqu'elles les trouvent, d'adapter les oracles de Dieu à leurs fictions sans fondement. ( Adversus haereses , I, 8.1)
(DM) : Excellence, avez-vous quelque chose à ajouter ?
(+AS) : Par ces mots, je souhaite unir ma voix à celle d'innombrables catholiques simples et pieux que je rencontre régulièrement dans divers pays, qui aiment le Pape d'un amour véritablement surnaturel, mais qui souffrent profondément du manque d'affirmation sans équivoque des vérités divines émanant de Rome, face à la propagation impunie des hérésies et des blasphèmes au sein de l'Église par des membres du clergé – même des évêques et des cardinaux – qui sont des loups déguisés en bergers. Je plaide fraternellement pour eux :
Très Saint-Père, écoutez la voix de tant de catholiques fervents, de simples prêtres et religieux, d'enfants et de jeunes qui ont été marginalisés dans la vie ecclésiale par les structures synodales et même traités avec dédain simplement parce qu'ils restent attachés à la foi et à la forme de la liturgie transmises par leurs ancêtres ; à la foi et à la liturgie chéries par les saints ; à la foi et à la liturgie embrassées et offertes par l'immense majorité des papes.
Très Saint-Père, ne vous rangez pas principalement du côté des bureaucrates et des apparatchiks de l'Église, soutenus par les puissants de ce monde, mais écoutez et soutenez les plus humbles dans l'Église : les fidèles traditionnels et le clergé qui s'attachent fermement à la foi transmise une fois pour toutes aux saints (Jude 3).
Très Saint Père, soyez pour notre époque un autre saint Léon : faites une profession de foi limpide pour fortifier toute l’Église et dissiper les doutes pernicieux et les ambiguïtés toxiques, comme l’a fait jadis votre prédécesseur et homonyme. Alors les fidèles de notre temps, comme au temps de Léon le Grand, pourront dire : « Par la bouche du pape Léon XIV, Pierre a parlé ! »
[1] Accueillir les personnes homosexuelles, 50. Les personnes homosexuelles ont des dons et des qualités à offrir à la communauté chrétienne : sommes-nous capables de les accueillir, de leur garantir un espace fraternel au sein de nos communautés ? Elles souhaitent souvent trouver une Église qui soit pour elles un foyer accueillant. Nos communautés sont-elles capables de l’être, d’accepter et de valoriser leur orientation sexuelle, sans compromettre la doctrine catholique sur la famille et le mariage ?
11/05/2026
Que répondez-vous à ceux qui estiment que le monde traditionnel découvre l’importance de la mission sur le tard ?
Depuis les origines, en 1983, le mot « mission » est l’un des trois piliers de notre pèlerinage. Il fait partie de notre ADN. En choisissant ce thème pour l’édition de 2026, nous n’avons pas cherché à nous approprier quelque chose de nouveau, mais plutôt à revenir à nos fondamentaux. Par exemple, certains fondateurs du pèlerinage étaient membres du Mouvement de la jeunesse catholique de France (MJCF), une organisation de jeunes résolument missionnaires qui, dans les années 1970, ont fait le choix du Vetus Ordo, tractaient à la sortie du métro et parlaient ouvertement du Christ aux passants. Par eux, le Saint-Esprit a converti de nombreuses personnes : certains sont devenus prêtres, religieuses ou moines ! Depuis, dans notre famille spirituelle, ce mouvement a pris de nouvelles formes, comme les chapitres Sainte-Madeleine ou Saint-Lazare, qui fonctionnent sur le même principe.
Il y a aussi les chapitres des Pèlerins d’Emmaüs, qui font de la mission de plein vent pendant le pèlerinage.
L’idée, c’est de profiter de la curiosité que suscite le pèlerinage, surtout dans les villes traversées comme Paris et Chartres : ces « pèlerins d’Emmaüs » quittent la colonne, vont deux par deux à la rencontre des passants comme dans l’Évangile, répondent aux questions, expliquent le sens de la démarche pèlerine. C’est une formidable occasion de parler du Christ. Cela montre qu’un pèlerinage est par nature missionnaire : 20 000 personnes qui marchent 100 kilomètres au nom du Christ, cela pousse à s’interroger ! C’est la force du témoignage public et décomplexé de la foi, qui manque parfois dans une société où les catholiques sont trop souvent invisibilisés ou cachés.
Pourquoi ce caractère missionnaire n’est-il pas toujours perçu, même si le pèlerinage draine chaque année un certain nombre de recommençants ou de chercheurs de Dieu ?
Le pèlerinage est assez représentatif de ce qui se passe dans les paroisses. Depuis quelques années, un nombre croissant de convertis ou de personnes en recherche nous rejoignent sur la route de Chartres, ce qui casse l’image que l’on pourrait avoir du pèlerinage comme un « entre-soi » douillet réservé à des catholiques « de toujours » ; plusieurs chefs de chapitre ont été baptisés il y a peu, voire cette année à Pâques ! Cela étant, il est vrai que dans la période troublée que nous traversons en France après le concile Vatican II, les efforts de notre famille spirituelle se sont concentrés sur la conservation et la transmission du dépôt de la foi dans les foyers catholiques, par les écoles, le catéchisme, etc. Je crois que si nous voulons être missionnaires et transmettre avec générosité la Vérité du Christ, il faut avoir reçu la parole de Dieu, entière, sans la déformer ou la brader : en ce sens, le pèlerinage, avec son exigence doctrinale, veut être également un exercice de préparation des futurs missionnaires. Mais il est vrai que, comme dans toute famille spirituelle, le risque du repli existe toujours, et nous devons lutter contre cette tentation facile. Il faut aussi ajouter le fait que les « tradis » ont parfois été marginalisés, invisibilisés : interdiction d’apparaître dans les bulletins paroissiaux, créneaux limités d’activités dans les églises, etc. Mais tout cela change, nous vivons une période inédite, nous devions être au rendez-vous et répondre avec enthousiasme à l’appel du pape Léon XIV qui veut proclamer une « nouvelle ère missionnaire » : d’où le thème de cette année et notre intention de mettre ces 20 000 pèlerins « en ordre de mission » pour qu’ils enflamment les cœurs dès la fin du pèlerinage de Pentecôte ! […]
Êtes-vous inquiet concernant la décision que pourrait prendre la Fraternité Saint-Pie-X l’été prochain ?
Il me semble assez prématuré de commenter ce qui pourrait se passer, du côté de la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) ou du côté de Rome, avant les événements et avant le pape. Je crois que l’heure est surtout à la prière et à la charité mutuelle, qui manque parfois en cette période très fébrile du commentaire permanent. J’espère aussi que pourront avoir lieu des discussions guidées par l’amour de la Vérité, car il s’agit d’une question grave pour l’unité de l’Église. La situation est très douloureuse, car nous partageons plusieurs choses avec la FSSPX, en plus de la liturgie : par exemple, la conscience que l’Église traverse une grande crise doctrinale et que l’enjeu du Salut des âmes est fondamental. En 1988, au moment des premiers sacres, Notre-Dame de Chrétienté a fait un choix différent de la FSSPX, en accordant sa confiance à la promesse du Saint-Siège d’assurer un large et généreux chemin pour notre famille spirituelle dans l’Église. Nous sommes et restons fidèles à ce choix ; même s’il faut reconnaître que le motu proprio Traditionis custodes a fortement blessé ceux qui avaient pris cette décision filiale. Mais nous gardons beaucoup d’espérance envers notre Mère l’Église, et le Saint-Père, comme nous l’avons écrit dans notre manifeste de l’an dernier.
10/05/2026
L’héritage : bien plus qu’une terre, une âme
La patrie n’est pas qu’un simple tracé géographique ou une abstraction administrative. C’est une histoire reçue, une langue, une civilisation et le tombeau des ancêtres. Pour nous, Français, cet héritage est indissociable de l'Église. Nos paysages, façonnés par les clochers et les cathédrales, témoignent d’une France qui fut la « fille aînée de l’Église » pour avoir reçu, la première, la lumière de l’Évangile.
Patriotisme chrétien vs nationalisme païen
Une distinction essentielle est nécessaire :
Le nationalisme païen fait de la nation une idole, une fin en soi, placée au-dessus de Dieu.
Le patriotisme chrétien est une action de grâce. On aime sa patrie parce qu’elle est le canal par lequel Dieu nous a transmis Ses bienfaits.
Sainte Jeanne d'Arc n'a jamais combattu par haine de l'étranger, mais par amour de l'ordre divin. Sa mission était surnaturelle : elle ne séparait jamais le service de la France de celui du « Roi du Ciel ».
Un diagnostic : la crise est spirituelle
Le constat est sans appel : « Une nation qui renie son Dieu finit toujours par se détruire elle-même. » L'effondrement des mœurs, de l’autorité et de la famille auquel nous assistons depuis soixante ans n’est que la conséquence logique de l’apostasie. Sans Dieu, l’homme ne devient pas libre ; il devient l'esclave de ses passions, de l'argent et des idéologies.
Trois remèdes pour le relèvement de la France
Que faire face à ce déclin ?
Une feuille de route en trois points :
Aimer sans honte : revendiquer notre héritage chrétien malgré l'hostilité ambiante.
Transmettre : la survie d’une civilisation repose sur la transmission de la foi et des traditions aux générations futures.
Prier : c'est peut-être la leçon la plus forte. Le relèvement de la France ne viendra pas des discours politiques, mais commencera « à genoux ».
Une âme pure, un père de famille fidèle ou un prêtre fervent pèsent plus lourd dans la balance du salut qu'un puissant de ce monde.
« Le vrai relèvement de la France commence dans nos églises. »
En suivant l’exemple de sainte Jeanne d'Arc, nous sommes appelés à devenir des hommes et des femmes forts, capables de défendre l’héritage chrétien jusqu’au sacrifice si nécessaire. Demandons la grâce d’une foi sans atténuation pour que notre patrie retrouve enfin le chemin de son Dieu.
Messire Dieu premier servi !
09/05/2026
L’échec d’une « greffe » spirituelle : Des sourires d’août au divorce d’avril
L’image, capturée en août dernier, était celle d’une espérance retrouvée : trois prêtres jeunes, souriants, posant aux côtés de Mgr Gérard Le Stang pour leur installation dans le secteur d'Albert et le sanctuaire de Notre-Dame de Brebières. Venus du diocèse de Fréjus-Toulon pour insuffler un « vrai renouveau », les abbés François-Régis Favre, Éloi Legrand et Pierre-Marie Brochery incarnaient une promesse de dynamisme missionnaire.
Pourtant, huit mois plus tard, le constat est celui d'une nécrose pastorale. Ce qui devait être une revitalisation s’est transformé en un rejet systémique, révélant une fracture ecclésiale profonde entre une certaine vision de l'affirmation catholique et la réalité d'un terrain picard marqué par une tout autre topographie spirituelle.
Le « purgatoire » de la période d’essai : Une clause de sortie activée en urgence
Sur le plan canonique et administratif, la mission reposait sur une convention de trois ans entre les diocèses d'Amiens et de Fréjus-Toulon, prévoyant une année probatoire. Face à un « conflit installé » et un climat de suspicion généralisée, Mgr Le Stang a pris une décision rare par sa soudaineté : activer la clause de sortie dès le 28 avril, sans attendre le terme de la première année.
Cette interruption brutale souligne l'incapacité de l'institution à absorber le choc culturel. Pour l’évêché, cette période d’essai est passée de simple formalité à ultime rempart pour préserver la paix diocésaine face à un « trouble profond et durable » qui menaçait la cohésion même des quatre paroisses concernées (Albert, Bray-sur-Somme, Mailly-Maillet et Acheux).
Au-delà de l’habit : la soutane vue comme “marqueur d’identité territoriale”
Dès leur arrivée, le port systématique de la soutane et l'usage de la liturgie romaine ont agi comme des catalyseurs de tension. Dans les plaines de la Somme, territoire de « catholicisme de l'enfouissement » et de discrétion post-Vatican II, l'esthétique des nouveaux arrivants a été perçue comme une agression symbolique plutôt que comme un témoignage de foi.
L'analyse sociologique révèle ici un malentendu sur la visibilité : là où les prêtres voyaient un signe de disponibilité et de fidélité, une partie des fidèles soumise à cinquante ans de dérive, comme nous allons le voir, a décrypté une volonté de « créer une communauté traditionnelle, voire intégriste ». La soutane n'était plus un vêtement sacerdotal, mais l'étendard d'un projet idéologique perçu comme étranger au “catholicisme moderne”, transformant les paroisses en un bastion identitaire plutôt qu'en maisons ouvertes.
Le choc des paroles : quand la morale crée un « piège théologique »
Le malaise s'est cristallisé lors des homélies, où le ton qualifié de professoral et moralisateur des prêtres a heurté une base laïque habituée à un dialogue bisounours. Les griefs ne portaient pas seulement sur la rigueur de la doctrine, mais sur une forme jugée de « brutalité » psychologique qui plaçait les fidèles dans une impasse spirituelle.
Un collectif de paroissiens a exprimé cette rupture dans un courrier cinglant adressé à l'évêché :
« [Il est] extrêmement choquant qu’ils puissent exclure de la communion des paroissiens sous prétexte qu’ils sont divorcés, ou par rapport à leur orientation sexuelle. De par ces positionnements, ils obligent certains paroissiens à mentir, c’est-à-dire à pécher. »
Cette analyse est cruciale : elle montre comment, en cinquante ans, le sel de la terre s’est affadi. Pour participer à la vie sacramentelle, ils viennent nous dire que le fidèle est acculé au mensonge, créant un paradoxe où l'exigence de « pureté » des clercs génère mécaniquement le « péché » chez les laïcs.
On mesure le délabrement de la morale chrétienne dans un grand nombre de paroisses…
L’accès aux sacrements : le point de rupture doctrinal
Le conflit a basculé de la sensibilité liturgique à la fracture dogmatique lorsque les prêtres ont, selon plusieurs témoignages relayés par le Courrier Picard, restreint l'accès à l'Eucharistie pour les personnes divorcées-remariées ou homosexuelles. L'annulation concomitante de concerts profanes dans les églises a fini de dessiner les contours d'une gestion « sacralisée » à l'extrême de l'espace paroissial.
En touchant au cœur de la vie sacramentelle, les abbés Favre, Legrand et Brochery ont soi-disant franchi la ligne rouge de l'unité diocésaine. Pour Mgr Le Stang, l'enjeu n'était plus de gérer une diversité de styles, mais d'empêcher la fragmentation du diocèse en chapelles doctrinales étanches. Il ne pouvait, semble-t-il, pas faire autrement.
De la Méditerranée à la Somme : L'impossible transplantation du modèle varois
L'échec d'Amiens est aussi celui d'un modèle pastoral spécifique : celui du diocèse de Fréjus-Toulon sous l'ère de Mgr Dominique Rey, caractérisé par des communautés nouvelles et une doctrine catholique irréprochable. Les trois prêtres, en quête de recul après les crises secouant le Var, ont tenté d'importer une structure in solidum (charge partagée) déjà expérimentée par l'abbé Favre dans le diocèse de Châlons sous Mgr Touvet.
Cependant, la Picardie n'est semble-t-il pas la Provence. Le décalage entre ce catholicisme méridional véritable encouragé par un clergé solide et le catholicisme septentrional, plus disons… sobre et territorial, s'est avéré insurmontable. Malgré l'accompagnement d'un curé local, les prêtres sont restés des corps étrangers, ignorant l’état d'une population qui était tout simplement à évangéliser. Ils ont certainement compris maintenant qu’il fallait repartir d’une feuille blanche.
Mgr Le Stang a reconnu sans détour la douleur d'un « échec » qui laisse les communautés dans le désarroi. À compter du 1ᵉʳ septembre, c'est le vicaire général, le père Louis-Pasteur Faye, qui prendra les rênes des paroisses d'Albert pour tenter de panser les plaies et de restaurer une sérénité perdue.
L'épisode d'Amiens restera comme un cas d'école des tensions qui traversent l'Église de France. Certains diront qu’il illustre le risque d'une dérive cléricale où le prêtre, au nom d'une fidélité doctrinale rigide, s'isole du peuple de Dieu. Pauvre peuple de Dieu, à l’écoute du Diviseur…
C’est le résultat de cinquante ans de coloriages dans les cours de catéchisme.
Hier, le Saint-Père a dit à Pompei : “Il est nécessaire d’annoncer le Christ à une société qui perd la mémoire des valeurs chrétiennes.”
Il est clair que le peuple de Dieu aussi perd ces valeurs.
Nous aurons pensées affectueuses et prières pour Mgr Le Stang qui vient de subir un échec douloureux et dont il n’est évidemment pas responsable.
Et, heureusement, considérons que nos trois pauvres prêtres ne seront pas sans ministère avec les milliers de nouveaux baptisés et jeunes pèlerins de Pentecôte qui regardent, assoiffés, vers le Ciel.
Deo gratias !
08/05/2026
Bien souvent, nous honorons Marie, mais nous la gardons à distance. Nous la saluons, mais nous ne lui appartenons pas. Cette nuance est pourtant le secret d'une vie spirituelle épanouie. Si nous stagnons, c'est peut-être parce que nous essayons d'aller à Dieu par nos propres forces, en gardant le contrôle et en imposant nos propres conditions.
Sans Marie, notre progression spirituelle est limitée. Avec elle, tout change : elle forme des âmes droites, purifie nos intentions et redresse nos volontés sans que nous nous en apercevions. Mais pour qu'elle puisse agir en nous, il faut passer de l'hommage à l'appartenance.
Voici trois résolutions concrètes pour transformer radicalement votre vie intérieure ce mois-ci.
1. Vivre sous le regard et dans la dépendance de Marie
Ne laissez pas votre vie spirituelle devenir une alternance de moments de ferveur et de oublis. Un véritable dévot de la Sainte Vierge ne vit pas sans elle.
La résolution : Commencez votre journée avec elle, traversez-la avec elle, et terminez-la avec elle.
Pourquoi ? Parce que celui qui reste en sa compagnie ne lutte jamais seul. Elle est là pour vous relever, vous soutenir et vous diriger, même dans la fatigue ou la sécheresse.
2. Refuser la médiocrité spirituelle
Il est illusoire de vouloir appartenir à Marie tout en cultivant des compromis avec le péché ou la négligence. L'appartenance à Marie exige une exigence personnelle.
La résolution : Identifiez ce qui, en vous, déplaît le plus à Marie (un défaut dominant, une habitude répétée, une négligence grave) et engagez un combat quotidien contre cela.
Pourquoi ? Marie ne se résigne jamais à notre médiocrité. En combattant ce qui nous éloigne de Dieu, nous nous rendons disponibles à sa transformation.
3. Se donner sans réserve
C'est l'acte décisif. Il ne suffit plus de prier la Sainte Vierge ; il faut lui confier les rênes.
La résolution : Dites-lui avec vérité : « Disposez de moi comme il vous plaira. »
Pourquoi ? C'est le saut de la confiance totale. En lui abandonnant votre vie, vous acceptez qu'elle vous conduise jusqu'à Jésus, même par des chemins que vous n'auriez pas choisis vous-même. C’est entre ses mains que votre âme est réellement en sécurité.
Conclusion
Si nous vivons ces trois résolutions, même de manière imparfaite mais fidèle, ce mois de mai ne sera pas un mois comme les autres. La Sainte Vierge accomplira en nous ce que nous serions incapables de faire par nous-mêmes. Il ne tient qu'à nous de lui confier les clés de notre vie intérieure dès aujourd'hui.
07/05/2026
Les raisons d'y croire
Dès l’enfance, Guy manifeste un attachement profond à Dieu, à la prière et aux sacrements. Il parle des thèmes centraux du christianisme (amour de Jésus, désir de sainteté, offrande de la souffrance, espérance face à la mort), avec une simplicité enfantine mais aussi une grande cohérence et une conviction étonnante qui frappent les adultes autour de lui et laissent voir une relation personnelle et mûre avec la personne de Jésus.
Guy était un enfant marqué par de nombreux défauts : colérique, orgueilleux, parfois insolent et peu appliqué à l’école. Toutefois, il fait preuve d’une grande volonté pour se corriger, s’employant avec constance à combattre ses travers : « Je veux être un petit saint. » Son application est perçue très concrètement par ses proches, particulièrement après sa première communion, à l’âge de sept ans. Il révélera peu avant sa mort à sa maman qu’il a eu ce jour-là une conversation unique et profonde avec Jésus qui a transformé définitivement sa vie.
Après sa première communion, il exprime un désir ardent de communier souvent et témoigne : « Quand je communie, c’est comme si j’allais au Ciel. »
L’enfant a plusieurs dialogues intérieurs avec Jésus et la Sainte Vierge, qu’il garde d’abord secrets. Au cours de ces échanges, certains détails sur sa mort future lui sont révélés. Guy a le désir d’être prêtre, mais Jésus lui fait savoir qu’il ne le servirait pas « comme son prêtre, mais comme son ange ». En juillet 1924, à Lourdes, la Vierge Marie lui confirme sa mort prochaine, et que ce sera un samedi. C’est pourquoi, en décembre, lorsqu’il tombe malade de diphtérie, malgré sa rémission en janvier et l’optimisme des médecins, il sait déjà qu’il ne guérira pas.
C’est dans l’optique de préparer sa maman que Guy lui révèle la profondeur de sa vie spirituelle, les messages qu’il a reçus depuis l’enfance et l’annonce de sa mort. Une telle démarche chez un garçon de onze ans est très singulière.
« Je ne crains pas de mourir, puisque je vais voir le bon Dieu. » Sa manière d’aborder la mort – sans révolte et avec espérance – est un témoignage fort de foi en la vie éternelle. Malgré la maladie, il conserve une joie et une paix qui impressionnent son entourage et qui sont le signe d’une vie intérieure profonde.
La vie si courte de cet enfant a eu un retentissement immense, à la surprise même de ses parents. Par la suite, la biographie écrite par sa maman – encouragée par le nonce apostolique et l’archevêque de Paris – a été publiée en 100 000 exemplaires et traduite en treize langues. Le recteur de Saint-Louis-de-Gonzague, où Guy était scolarisé, écrit à ce sujet : « Vraiment, la façon dont cette petite vie se répand est étonnante ; le doigt de Dieu est là. »
La béatification de Guy de Fontgalland est demandée par de très nombreuses personnes en raison de signes et de faveurs spirituelles, notamment au Brésil. Un dossier a été constitué, qui contient de multiples témoignages de conversions, de vocations et de guérisons qui lui sont attribuées.
En savoir plus
Guy de Fontgalland naît à Paris le 30 novembre 1913 dans une famille catholique française. Dès son plus jeune âge, il se distingue par une grande sensibilité spirituelle. Son entourage remarque chez lui une foi précoce et un caractère généreux.
Très tôt, il demande à faire sa première communion, mais il lui faudra attendre l’âge de sept ans pour recevoir Jésus. Il apprend à lire et à écrire en deux mois et se fait inscrire au catéchisme pour y parvenir. Le 22 mai 1921, jour de sa première communion, bouleverse son existence. Après avoir pour la première fois reçu la sainte hostie, il entre dans un cœur à cœur profond avec Jésus et lui promet d’être prêtre. Mais Jésus lui répond : « Tu ne seras pas mon prêtre. Je ferai de toi mon ange. » Guy, sans comprendre exactement, répond « oui » du plus profond de son cœur, et cette disposition d’âme à s’attacher à la volonté de Dieu ne le quittera plus. « Plus on aime le bon Dieu, plus on est heureux. »
Guy est un enfant orgueilleux, colérique et insolent. Toutefois, il s’attache à prendre Jésus pour modèle et travaille son caractère par un sacrifice quotidien. Ainsi, sa maman surprend son fils avec un pied endolori. Lorsqu’elle demande à Guy des explications, elle comprend qu’il s’est mis volontairement un caillou dans la chaussure pour s’unir aux souffrances du Christ. « Il faut offrir ses petites peines pour ceux qui ne l’aiment pas. »
Alors qu’il traverse une nuit de la foi, la Sainte Vierge viendra le consoler et lui annoncer qu’il servira Dieu par une mort précoce, un samedi. Le 7 décembre 1924, jour anniversaire de son baptême, Guy tombe malade d’une diphtérie. Il obtient la certitude qu’il mourra l’année suivante, année jubilaire, et il dit alors : « C’est une bonne année pour aller au Ciel. » Il décide alors de confier à sa maman son extraordinaire relation à Dieu à travers ses « conversations intimes ». Ces confidences surnaturelles seront transcrites par la suite dans un ouvrage au retentissement mondial : Une âme d’enfant.
Maximilien Parent
Au delà
La cause de béatification de Guy de Fontgalland a été un temps mise en suspens pour des raisons qui ne sont ni théologiques ni morales, mais plutôt circonstancielles : l’Église, prudente, a préféré prendre du recul devant la grande émotion suscitée par la mort touchante de l’enfant. La cause a été relancée en 2025 sous la bénédiction de Mgr Ulrich, qui donne reconnaissance canonique à l’association pour la béatification de Guy de Fontgalland.
Aller plus loin
Marie-Renée Mathevon (mère de Guy de Fontgalland), Une âme d’enfant, Guy de Fontgalland, Maison de la Bonne Presse, 1925.
En complément
L’émission de CNews « Les Belles Figures de l’Histoire » : « Guy de Fontgalland, une sainte âme d’enfant », 10 janvier 2026.
Ludovic Lécuru, Guy de Fontgalland, un éclair de sainteté, Artège, 2025, dont on peut lire des extraits en ligne . Il est aussi l’auteur d’un article d’Aleteia : « Guy de Fontgalland, le jeune garçon qui a dit " oui " à Jésus chaque jour ».
La page biographique sur le site Santi e Beati : « Servo di Dio Guido di Fontgalland », en italien.
Le site Internet Mission Guy de Fontgalland .
Source : 1000 raisons de croire
06/05/2026
Le rôle de l'Église catholique dans les guerres de l'opium (*) (1839-1842 et 1856-1860) est une question historique complexe, qui ne peut se résumer à une implication directe dans le commerce de la drogue, mais plutôt à une imbrication profonde entre évangélisation et impérialisme colonial.
Si l'Église n'a bien évidemment jamais prôné le trafic d'opium, elle a néanmoins été un acteur collatéral et, dans une certaine mesure, un bénéficiaire des rapports de force imposés par les puissances occidentales.
Voici les principaux points pour comprendre cette dynamique :
1.Le cadre des "Traités Inégaux"
Les guerres de l'opium ont forcé la Chine impériale (dynastie Qing) à signer des traités dits "inégaux" (notamment les traités de Nankin en 1842 et de Tianjin en 1858). Ces traités n'ouvraient pas seulement la Chine au commerce britannique et français, ils imposaient également des clauses de liberté religieuse.
Le bénéfice institutionnel : Grâce à ces traités, les missionnaires catholiques ont obtenu le droit de circuler à l'intérieur du pays, de bâtir des églises et d'évangéliser sans l'approbation préalable des autorités locales.
Le revers de la médaille : En acceptant cette "protection" imposée par la force militaire, l'Église s'est retrouvée, aux yeux des populations et des mandarins locaux, associée au statut de puissance occupante.
2. L'instrumentalisation de la protection (Le Protectorat)
La France, en particulier, a instauré un "protectorat sur les missions catholiques" en Chine. Ce mécanisme diplomatique permettait à Paris d'intervenir militairement ou diplomatiquement sous prétexte de protéger les intérêts catholiques.
L'Affaire Chapdelaine : C'est l'exemple le plus célèbre. En 1856, le missionnaire français Auguste Chapdelaine est arrêté et exécuté dans le Guangxi par les autorités locales. La France de Napoléon III qui s'était auto-proclamée "protectrice des missions catholiques", mais dont les intérêts étaient autres, a trouvé le prétexte rêvé pour rejoindre le Royaume-Uni dans la seconde guerre de l'opium, et a utilisé l'exécution de ce prêtre comme un casus belli pour intensifier son intervention militaire.
La confusion des rôles : Pour Pékin, il était devenu impossible de distinguer les visées des missionnaires (spirituelles) de celles de l'État français (géopolitiques et commerciales).
3. Une ambiguïté morale
Il est important de noter une distinction fondamentale :
La position officielle : L'Église et les missionnaires eux-mêmes étaient, pour une large part, étrangers au commerce de l'opium. Beaucoup déploraient les ravages causés par cette drogue au sein de la population chinoise.
La dépendance pratique : Cependant, pour survivre et exercer leur ministère, les missionnaires dépendaient de la sécurité garantie par les canonnières occidentales. Ils étaient pris dans un système où leur "droit à la mission" reposait sur la défaite militaire de l'État chinois.
4. Les conséquences à long terme
Cette association historique entre le christianisme et l'impérialisme a laissé des traces profondes :
Sentiment anti-chrétien : Durant le XIXe et le début du XXe siècle, cette perception des chrétiens comme des "agents de l'étranger" a alimenté de nombreux conflits, dont la célèbre Révolte des Boxers (1899-1901), où les missionnaires et les convertis furent pris pour cibles.
Historiographie contemporaine : Aujourd'hui encore, cette période est utilisée dans certains discours officiels chinois pour critiquer l'influence des "valeurs occidentales" en Chine. Par exemple, le gouvernement chinois a parfois instrumentalisé la figure du père Chapdelaine, le qualifiant d'espion et de violeur pour discréditer le passé missionnaire, un point de vue que les historiens indépendants et l'Église rejettent fermement comme une réécriture politique.
En résumé, l'Église catholique n'a pas été le moteur des guerres de l'opium, mais elle a été le vecteur — parfois volontaire, souvent contraint — d'une pénétration occidentale qui s'est faite par la force. Elle s'est retrouvée piégée dans une logique coloniale où la croix et le canon étaient perçus, par la société chinoise de l'époque, comme indissociables et qui continue de nous le faire savoir ...
5. Et Rolleboise dans tout ça ?
Les anciens de Rolleboise se souviennent que le rite tridentin fut remis à l'honneur au début des années 70 dans le Mantois grâce à Roger et Bernadette Hédouin qui ont appelé plusieurs prêtres, lesquels se relayaient dans l'église du village Jouy-Mauvoisin, dont ils avaient du maire obtenu la jouissance. Ils ont aidé à la création de l'école de Goussonville puis appelé la Fraternité Sacerdotale St Pie X qui a acheté le prieuré de Mantes. Ils ont participé à l'essaimage vers Rolleboise mais sont restés à Mantes. Ils sont maintenant auprès du Seigneur.
Quel rapport ? J'y viens. Bernadette Hédouin était native de Lolif dans la Manche. St Auguste Chapdelaine est né à La Rochelle-Normande, le village d'à côté. Ils sont de la même famille. Bernadette nous en a souvent parlé, mais j'ignorais que le martyre de ce saint prêtre avait été le prétexte au déclenchement d'une guerre dont la France n'a pas à être fière.
N'hésitons pas à prier St Auguste Chapdelaine, il est de la famille !
PO
(*) Les guerres de l’opium sont des conflits commencés en 1839 et 1856, motivés par des raisons commerciales qui opposèrent au XIXe siècle la Chine, voulant interdire le commerce de l’opium sur son territoire, au Royaume-Uni qui le cultivait en Inde et voulait l’imposer en paiement des marchandises qu’elle importait.
05/05/2026
Il s’adonna à l’étude de la philosophie et de la théologie, et excella tellement dans ces sciences, qu’il s’acquitta avec un grand succès de la charge de les enseigner. Il fit en plusieurs lieux des conférences sacrées très fructueuses, remplit longtemps avec une force d’âme inviolable les fonctions d’inquisiteur, et préserva, au péril même de sa vie, un grand nombre de villes de l’hérésie qui s’efforçait de les envahir. Paul IV, à qui ses vertus le rendaient cher, le promut d’abord à l’évêché de Népi et Sutri, et, deux ans après, le mit au rang des cardinaux prêtres de l’Église romaine.
Transféré par Pie IV au siège de Mondovi, dans le Piémont, il reconnut que beaucoup d’abus s’étaient introduits dans cette Église, et fit la visite de son diocèse pour les extirper. Lorsque toutes choses furent remises en ordre, il revint à Rome, où il fut occupé des négociations les plus importantes, dans l’expédition desquelles il prit toujours le parti de la justice, et déploya une liberté apostolique et une grande constance. A la mort de Pie IV, il fut élu pape, contre l’attente générale ; mais, sauf l’extérieur, il ne changea rien à sa manière de vivre.
Il eut un zèle incessant pour la propagation de la foi, une sollicitude infatigable pour le rétablissement de la discipline ecclésiastique, une vigilance assidue pour l’extirpation des erreurs, une bienfaisance inépuisable pour soulager les nécessités des indigents, un courage invincible pour défendre les droits du siège apostolique. Le sultan des Turcs, Sélim, dont les succès avaient accru l’audace, ayant réuni une flotte nombreuse près des îles Cursolaires, fut vaincu à Lépante, grâce à Pie V, et plus encore au moyen des prières adressées à Dieu qu’au moyen des armes. Ce Pontife connut cette victoire par une révélation divine à l’heure même où elle fut obtenue, et il l’annonça aux personnes qui se trouvaient avec lui.
La codification du rite de la messe accomplie par saint Pie V avait eu pour résultat de mettre en relief les aspects de la foi catholique niés par l'hérésie protestante et déjà explicités par la Tradition.
Il préparait une nouvelle expédition contre les Turcs lorsqu’il tomba gravement malade ; il supporta avec une grande patience de très cruelles douleurs, et étant arrivé à l’extrémité, reçut les sacrements selon l’usage, puis rendit son âme à Dieu dans une paix profonde, le 1ᵉʳ mai de l’an mil cinq cent soixante-douze, âgé de soixante-huit ans, après avoir siégé six ans, trois mois et vingt-quatre jours. Son corps est l’objet d’une grande vénération de la part des fidèles dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure. Dieu opéra de nombreux miracles en faveur de ceux qui recouraient à l’intercession de Pie V, et ces prodiges ayant été prouvés juridiquement, il fut béatifié par Clément X le 1er mai 1672 et a été inscrit au nombre des Saints par le Souverain Pontife Clément XI le 22 mai 1712.
04/05/2026
Le dilemme de la « sinisation »
Le concept central de cette répression est la « sinisation » du culte. Il ne s'agit plus seulement de surveiller les lieux de prière, mais d'imposer une adhésion totale aux valeurs du régime. Pour les prêtres, cela se traduit par :
L’enregistrement obligatoire : Signer une charte reconnaissant l'indépendance de l'Église chinoise et la direction du Parti, ce qui, pour beaucoup, équivaut à un schisme.
La transformation idéologique : Les prêtres enregistrés doivent suivre des stages de « formation patriotique » et intégrer la pensée de Xi Jinping dans leurs prédications quotidiennes.
L'intrusion dans le sacré : L'article souligne une dérive inquiétante, celle de la réécriture des textes sacrés, où des valeurs socialistes viennent désormais teinter l'interprétation des Évangiles.
L’ombre portée de l’accord Vatican-Pékin
L’un des points les plus complexes soulevés par l’article est le rôle ambigu de l’accord entre le Saint-Siège et Pékin. Signé en 2018 et prolongé en 2024, cet accord visait initialement à réduire le risque de schisme.
Cependant, sur le terrain, le résultat est tout autre. Le PCC a habilement utilisé cet accord pour faire pression sur les prêtres « clandestins », leur faisant croire que Rome exigeait désormais leur enregistrement. Le constat des observateurs est amer : cet accord, loin de protéger les fidèles, a paradoxalement contribué à « asphyxier » les réseaux clandestins, laissant les prêtres seuls face à un dilemme moral insoutenable.
Une répression sans visage
Le papier de Victoire Lemoigne ne se contente pas d'analyses géopolitiques ; il redonne un visage à la souffrance. Le témoignage sur ces prêtres « grillés » auprès du Parti, enfermés dans le noir, privés de sommeil ou attachés sur des chaises de fer, rappelle la violence brute qui se cache derrière les discours officiels.
L’article souligne également une accélération depuis 2025 :
La fin de la « zone grise » : Les églises non enregistrées, qui parvenaient à exister dans une forme de tolérance tacite, sont systématiquement démantelées.
Le contrôle des déplacements : La confiscation des passeports et l'obligation de justifier chaque mouvement à l'étranger enferment physiquement les membres du clergé.
La fracture intergénérationnelle : Entre les anciens, marqués par la Révolution culturelle, et les plus jeunes, la méfiance s'installe, fracturant les communautés de l'intérieur.
Pourquoi lire cet article ?
Cette enquête du Figaro est un rappel nécessaire sur la fragilité des libertés fondamentales fort malmenées chez nous ces derniers temps. Elle illustre parfaitement la stratégie du PCC : « tuer le poulet pour effrayer les singes » — utiliser des arrestations spectaculaires pour paralyser toute velléité de résistance.
Ce texte ne nous parle pas seulement de religion, mais de la condition humaine face à une surveillance totale. C’est une lecture qui bouscule et qui invite à ne pas oublier ceux qui, dans le silence des appartements privés ou des geôles, continuent de porter leur croix.
02/05/2026
Les racines du conflit : l'hérésie arienne
Le conflit opposait Athanase à ceux qui soutenaient l'arianisme (du nom d'Arius), une doctrine qui niait la divinité pleine et entière du Christ, affirmant qu'il était une créature du Père, bien que supérieure aux autres. Athanase, fervent défenseur du concile de Nicée (325), soutenait la consubstantialité du Christ avec le Père (homoousios).
Les évêques qui s'opposaient à Athanase étaient souvent des partisans de l'arianisme ou des modérés qui craignaient que la formulation d'Athanase ne divise davantage l'Église et l'Empire.
Les mécanismes de la persécution
L'opposition contre Athanase ne se limitait pas à des débats théologiques ; elle utilisait l'appareil administratif et judiciaire de l'Église et de l'État. Voici comment ses "frères" évêques l'ont combattu :
L'usage des synodes contre lui : ses adversaires épiscopaux organisaient des conciles ou synodes locaux pour condamner Athanase officiellement. L'exemple le plus célèbre est le synode de Tyr en 335. Là, ses opposants, menés par Eusèbe de Nicomédie, l'ont accusé de crimes fallacieux (notamment le meurtre d'un évêque nommé Arsénius, qui fut retrouvé vivant, et des actes de violence contre le clergé).
La déposition et l'exil : sur la base de ces accusations montées de toutes pièces lors de ces conciles, les évêques partisans de l'arianisme faisaient pression sur l'empereur (Constantin, puis ses successeurs) pour qu'il dépose Athanase de son siège d'Alexandrie et le fasse exiler.
Le soutien politique : les évêques opposés à Athanase possédaient une influence considérable à la cour impériale. Ils ont réussi à convaincre plusieurs empereurs qu'Athanase était un fauteur de troubles, une menace pour l'unité de l'Empire, ce qui a justifié ses multiples exils.
Le bilan : cinq exils
La persécution fut si acharnée qu'Athanase a été contraint de quitter son siège épiscopal d'Alexandrie à cinq reprises, sous quatre empereurs différents, passant un total d'environ 17 ans en exil.
Bien que ses opposants aient été de haut rang dans la hiérarchie ecclésiastique, Athanase a maintenu sa position sans faillir. C'est précisément cette persévérance face à l'hostilité de ses pairs qui lui a valu le surnom d'Athanasius contra mundum (« Athanase contre le monde »), illustrant qu'il semblait lutter seul contre une majorité d'évêques et de dirigeants impériaux pour défendre ce qu'il considérait comme la foi orthodoxe.
Sans prendre parti, au moment où l'on évoque un schisme à venir, il convient d'être prudent dans nos jugements.
01/05/2026
Nous avons souvent entendu parler de Notre-Dame des Sept Douleurs et nous l’avons souvent invoquée sous ce titre qui nous rappelle ce qu’elle a souffert pour nous, jusqu’au martyre. Mais songeons-nous aux joies de Marie, nous sommes-nous souvent associés à son Magnificat ? Et pourtant, si nous aimons notre Mère, nous réjouir avec elle des joies qu’elle a connues ici-bas, et la féliciter de la gloire et du bonheur dont elle jouit dans le Ciel, n’est-ce pas aussi un devoir ?
Pour mieux remplir désormais cette douce obligation, allons à l’école des saints.
Pour nous encourager à honorer les joies de la Sainte Vierge, voici ce que saint Anselme rapporte d’un religieux qui avait coutume de réciter sept Ave Maria « pour rappeler à la Sainte Vierge ses joies terrestres, et autant pour la féliciter de ses joies célestes ». Se trouvant à la veille de rendre son âme à Dieu, le pauvre moine tremblait, mais la Mère de toutes bontés lui apparut et lui dit : « Qu’avez-vous à craindre, mon fils, vous m’avez tant de fois réjouie par le souvenir des plus grandes joies que j’ai jamais reçues, tant sur la terre que maintenant dans le Ciel. Ayez donc pleine confiance et chassez loin de vous ces vaines appréhensions, car je vous assure que vous participerez bientôt aux allégresses et jouissances que vous m’avez souvent rappelées. » Entendant ces douces paroles de la Reine du Ciel, le religieux ravi de joie rendit son âme à sa très bonne Mère, qui l’emporta aussitôt dans le Ciel.
La Sainte Vierge fit aussi à sainte Mechtilde et à sainte Gertrude les plus belles promesses pour les récompenser de s’unir aux joies dont le Seigneur l’avait comblée et la comblait.
Histoire de cette dévotion
Qu’est-ce donc que cette dévotion aux joies de la Sainte Vierge, qui est peu connue aujourd’hui ?
La dévotion aux joies de Marie remonte au début du douzième siècle. A partir de ce moment commencent à foisonner des compositions, des séquences, des poèmes consacrés à Notre-Dame, des éloges de la Vierge, des salutations à la Sainte Vierge, pour chanter ses joies. La piété mariale a ainsi développé le genre des Ave, des Salve (« Salut ») et des Gaude (« Réjouissez-vous »). C’étaient comme des litanies de louanges ou d’invocations à la Sainte Vierge qui commençaient par exemple par les mots « Réjouissez-vous, Mère de Dieu », ou « Réjouissez- vous, Vierge, Mère du Christ ». Le style en était très libre.
Le thème préféré de la piété mariale à cette époque est l’idée de la joie qu’a éprouvée Marie, et de la joie qu’on lui cause en le lui rappelant et à laquelle on participe en s’unissant à elle.
On pourrait relever aussi dans les textes de la liturgie tous les felix, beata (heureuse, bienheureuse), ou lætare (réjouissez-vous) qui proclament le bonheur de Marie, ou l’invitent à se réjouir de plus en plus.
La dévotion aux Joies de Notre-Dame s’est développée tout au long du Moyen-Age, sous des formes multiples et sans cesse changeantes. On honore au début cinq Joies de la Vierge, correspondant à cinq grandes fêtes (Annonciation, Noël, Pâques, Ascension, Assomption). Puis les Joies se multiplient de façon à englober bientôt tous les événements notables de la vie de Jésus-Christ auxquels fut unie Marie, y compris la Passion, car peu à peu aux joies s’ajouteront les douleurs.
Ce fut ainsi la couronne des sept joies, ou des neuf, ou des dix, ou bientôt des quinze et même plus : on trouve tous les chiffres pour ces allégresses de la Vierge, jusqu’à vingt, selon les époques ou les lieux. Les fidèles méditaient ainsi sur toute la vie de Notre-Dame.
Cette dévotion se rencontre dans tous les pays du Nord-Ouest de l’Europe : Angleterre, Flandres, pays rhénans, France au nord de la Loire. Et tous les ordres religieux (cisterciens, chartreux, dominicains, franciscains) ont leur part dans cette dévotion. Sainte Jeanne de Valois a fondé en 1499 l’ordre des Annonciades en l’honneur des dix vertus et des dix joies de la Vierge : elle a retenu le chiffre de dix.
Notre pays possède des églises dédiées à Notre-Dame de Liesse, Notre-Dame de Joie, Notre-Dame des Joies, Notre-Dame de Toutes Joies… Ainsi nos aïeux nommèrent-ils certaines de leurs églises. Trois de ces églises (situées à Liesse, près de Laon ; à Marienthal, près d’Haguenau ; et à Pontivy dans le Morbihan) ont été élevées par le Saint-Siège au rang de basiliques.
Presque tous les livres d’heures – c’est-à-dire les livres de prières liturgiques destinés aux laïcs – du treizième au quinzième siècles contiennent la prière des « Joies de la Sainte Vierge ». D’ailleurs les toutes premières prières en français apparues dans les livres d’heures du quatorzième siècle concernaient les quinze joies de la Vierge. Pour chaque allégresse : court exposé de la Joie envisagée, adresse à Notre-Dame pour l’inviter à se réjouir en cette occasion, demande d’une grâce en rapport avec le mystère, récitation de l’Ave Maria.
Une pratique de piété consacrée aux joies de Marie est la couronne franciscaine, dite couronne des VII Allégresses. Les Allégresses de la couronne franciscaine sont : l’Annonciation, la Visitation, la naissance de Jésus, l’adoration des Mages, le recouvrement de Jésus au Temple, la Résurrection, l’Assomption.
Ce qu’est la joie
Après avoir présenté l’histoire de cette dévotion, allons plus avant et tâchons de pénétrer le Cœur de Marie, car c’est cela l’essentiel de cette dévotion.
La joie est ce mouvement de l’âme que l’on ressent en présence de quelqu’un ou de quelque chose que l’on aime. Elle est une dilatation du cœur, qui suit l’amour.
La vraie joie est d’ordre spirituel. Elle peut avoir, et elle a souvent, son retentissement dans la sensibilité, et c’est pourquoi il y a de vraies joies qui deviennent sensibles ; mais elles demeurent spirituelles dans leur principe.
Puisque la joie est l’état d’une âme en présence de ce qu’elle aime, il y a un rapport entre la qualité de la joie, et la qualité de l’amour qui l’inspire. La joie est un des sentiments où se révèle le mieux la qualité des pensées et des affections, et donc la valeur d’une âme.
Pour qu’une âme goûte la joie, la présence de l’être que nous aimons est normalement requise. Cependant on peut aussi goûter la joie dans le souvenir d’une présence qui n’est plus, ou par anticipation, dans l’espoir d’une présence qui n’est pas encore. Le souvenir et l’espérance engendrent ainsi la joie.
Quand on sait que l’absence de ce qu’on aime est impossible, alors la joie est au suprême degré. C’est le cas de la joie spirituelle qui a Dieu pour objet. Dans l’amour de charité, on a toujours présent en soi et à soi le Dieu qu’on aime. Voilà pourquoi il n’y a pas de plus grande cause de joie que la présence de Dieu.
On voit comme ce que nous avons dit de la joie s’applique éminemment à la très sainte Vierge. La joie de Marie lui est venue, tout le temps de sa vie, d’un grand amour, du seul amour dont son âme ait été remplie. Toute son existence fut comme un transport de joie en Dieu, comme un enchantement. Mon âme tressaille de joie en Dieu mon Sauveur : ce ne fut pas seulement un sentiment passager au moment où elle a dit cela, ce fut le fond de son âme, toute sa vie durant.
Les joies de Marie enfant
Commençons maintenant à considérer et méditer un peu les joies de Marie, nous souvenant toutefois que ces joies sont un sujet sublime et qui a pour nous sa part de mystère, comme tout ce qui touche à la Sainte Vierge.
Par la grâce de son Immaculée Conception, en raison de la précocité et de la sainteté qui en découlent, Marie toute petite a déjà de très grandes joies. C’étaient des joies d’enfant. Mais c’était une enfant qui dépassait singulièrement son âge.
Pour que la joie soit parfaite, il faut que l’âme s’élance en quelque sorte vers l’être aimé. Il faut que son union à la cause de sa joie soit aussi intime, aussi profonde, aussi durable que possible. Telle est Marie enfant à l’égard de Dieu. Son amour faisait sa joie. Il est difficile pour nous d’imaginer ce que peut être la joie dans un être qui s’élance complètement vers ce qu’il aime, que rien n’arrête ou ne détourne dans son élan. C’est le péché originel qui empêche que Dieu nous soit présent autant qu’il aimerait l’être. Marie est immaculée, elle est donc de toutes les créatures de Dieu la plus merveilleusement faite pour la joie. Tout de suite elle s’est tournée vers Dieu et l’a aimé de tout son cœur, de tout son esprit, de toutes ses forces. Aucun autre attrait n’a pu l’en détourner. Dieu est la seule Beauté qui lui semble vraiment belle, la seule Perfection qu’elle trouve vraiment parfaite, le seul Être qui la captive. Pour elle Dieu était toujours là, présent et agissant. En tout ce qui lui arrivait, en toute occasion, elle voyait sa providence. Elle pouvait tout à son aise se complaire en lui.
Saint Paul dit que la joie spirituelle, la joie digne de ce nom, est un fruit du Saint-Esprit, qui découle immédiatement de la charité. Or Marie a été remplie plus que personne du Saint-Esprit. Voilà d’où jaillit sa joie : de Dieu lui-même, qui est la source unique de sa joie. Sa joie étant au dedans, n’était pas à la merci du dehors. Rien ne pouvait jamais la lui ôter. C’était donc une joie profonde, très solide. Elle devait, plus que personne en ce bas monde, éprouver la joie de vivre. Voilà dans quelle atmosphère s’épanouit l’âme de Marie. Voilà comment Dieu fait la joie de sa petite enfant, chérie et bien-aimée entre tous.
La joie de l’Annonciation
Le jour de l’Annonciation, par la grâce qui lui est accordée ce jour-là, Marie entre dans une nouvelle phase de sa vie. Et sa joie aussi par là même.
Il y a d’abord la joie qu’elle a reçue de la part de l’ange. Ce premier mot du ciel à Marie, par les lèvres de Gabriel, nous le traduisons : « Je vous salue ». Selon le texte grec, il faudrait plutôt dire : « Soyez dans la joie ».
Cette joie de la Sainte Vierge, c’est que le salut de l’humanité va bientôt s’opérer ; le Messie, pour la venue duquel elle priait tant, plus que personne, va enfin venir ici-bas. Dieu nous le donne ! Ce Messie sera Dieu, elle l’a compris dans les paroles de l’ange. Et elle sera sa mère ! Marie reçut alors le plus grand don qui puisse être : le Fils de Dieu va devenir le sien.
La cause de la joie, avons-nous dit, c’est la présence. Or, à partir de l’incarnation, Dieu sera présent au monde, mais d’abord à Marie, dans des conditions dépassant tout ce qu’elle eût pu concevoir et espérer : une maternité qui est littéralement divine.
Dieu demande à Marie de vouloir bien le recevoir et le prendre pour enfant. Lui sera à elle comme un petit est à sa maman. Elle sera à lui comme une maman doit être à son petit. Dieu se fait si proche d’elle, il se rend sensible et tangible.
Joie pour elle de concevoir l’Enfant-Dieu.
Joie de sa maternité, et du fait que celle-ci ait été virginale. Elle peut conserver sa virginité, selon le grand désir qu’elle en a, et le vœu qu’elle a fait.
Joie de porter l’Enfant-Dieu pendant neuf mois. Elle n’a pas seulement Notre-Seigneur en elle pendant un quart d’heure, comme nous après la communion. Elle est devenue le tabernacle du Fils de Dieu fait homme : quel bonheur ! Et c’est elle qui fournit au Christ son corps et son sang.
La joie de la Visitation
La joie de la Visitation est d’abord celle de la sanctification de Jean Baptiste dans le sein de sa mère. Dès l’instant, dit Elisabeth à Marie, où ta salutation a frappé mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en mon sein. Marie apporte la joie en apportant Jésus et sa grâce. Elle est pour nous les hommes, Notre-Dame de la Joie.
C’est ensuite la joie de s’entendre dire par sainte Elisabeth qu’elle est la mère de son Seigneur : Comment m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? et qu’elle est bienheureuse : Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur !
Alors dans le Magnificat, le plus connu de tous les cantiques de l’Ecriture sainte, et le plus doux de tous, Marie laisse éclater ses sentiments ; et ses sentiments, c’est la joie, c’est l’action de grâces. Elle est inondée de joie, et le chante, mais pour rapporter toute gloire à Dieu : Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur.
Emportée par son bonheur, elle prophétise : Désormais toutes les générations me diront bienheureuse , s’exclame-t-elle.
Tout le Magnificat est un hymne de joie, tant pour les « grandes choses » opérées en Marie que pour celles que Dieu réserve aux hommes.
Abbé Hervé Gresland
Source : La Couronne de Marie n°153
30/04/2026
Le cœur du débat : sortir de la binarité
Le constat de Mgr de Cagny est lucide : l'Église souffre d'une fracture liturgique qui dure depuis trop longtemps. L'originalité de son intervention ne réside pas dans une condamnation ou une revendication partisane, mais dans un appel à la longue patience.
Pour l'évêque, la solution ne peut être une simple victoire d'un camp sur l'autre (l'ancienne forme contre la nouvelle), mais une progression vers une « forme commune ». Cette expression est le pivot de l'article :
Dépassement du conflit : Il refuse l'idée que les deux formes du rite romain doivent coexister indéfiniment comme deux entités opposées, au risque d'une « Église à deux vitesses ».
Un objectif d'unité : Le terme « commune » implique une réconciliation. L'enjeu est de retrouver, à terme, une liturgie qui rassemble tous les fidèles sans ambiguïté ecclésiologique.
Un travail de maturation : Il ne s'agit pas d'un décret arbitraire, mais d'un travail de fond, pastoral et théologique, qui demande du temps pour que le Peuple de Dieu s'approprie pleinement ce qui est commun.
Pourquoi cette prise de parole est-elle importante
Cette intervention est significative pour plusieurs raisons :
Changement de paradigme : Mgr de Cagny déplace le curseur de la discipline (la règle, l'interdiction) vers la vision (où voulons-nous aller pour l'unité de l'Église ?).
Appel à la responsabilité : Il rappelle implicitement que la liturgie appartient à toute l'Église. Les querelles ne sont pas seulement esthétiques ou esthétiques ; elles touchent à la communion ecclésiale.
Ton pastoral : Loin des invectives souvent lues sur les réseaux sociaux, l'évêque adopte une posture de berger qui cherche à apaiser tout en traçant une direction claire pour l'avenir.
L'article de Louis de la Houplière permet de découvrir un évêque qui ne craint pas de regarder le problème en face tout en refusant la facilité du clivage. Pour ceux qui s'inquiètent de la fragmentation liturgique, les propos de Mgr de Cagny offrent une perspective d'espérance.
L'idée d'une « forme commune » ne sera sans doute pas réalisée du jour au lendemain, mais elle pose un jalon crucial : celui de la réconciliation. Il ne s'agit plus de savoir quel rite est « meilleur », mais comment, ensemble, nous pouvons célébrer le Mystère de la foi de manière à signifier, par la prière elle-même, que nous sommes une seule et même Église.
Et si on prenait un peu de hauteur ?
Tout en gardant conscience de tout l'intérêt de l'intervention de Mgr de Cagny, il ne faut pas oublier que l'Église catholique n'est pas un bloc monolithique uniforme. Elle est une communion de 24 Églises particulières qui partagent la même foi et les mêmes sacrements, mais qui possèdent chacune leur propre hiérarchie, leur droit canonique propre et leurs traditions liturgiques.
L'Église latine : C'est la plus grande, celle à laquelle appartient la quasi-totalité des catholiques occidentaux (avec le rite romain, mais aussi quelques rites locaux comme le rite ambrosien à Milan ou le rite mozarabe à Tolède).
Les 23 Églises orientales catholiques : Elles sont, pour la plupart, issues des traditions chrétiennes d'Orient (Byzance, Égypte, Syrie, etc.) qui sont rentrées en pleine communion avec le pape au fil des siècles.
Les grandes familles liturgiques (les « rites »)
Si l'on parle de « rites » au sens de traditions liturgiques (la manière de célébrer la messe, les chants, les gestes), on les regroupe généralement en six grandes familles. Ces familles irriguent les 24 Églises mentionnées plus haut :
Le rite latin (Occident) : Le plus répandu, centré sur Rome.
Le rite byzantin : Utilisé par plusieurs Églises orientales (comme les Églises gréco-catholiques ukrainienne, melkite, roumaine, etc.). C'est le rite le plus courant dans le monde orthodoxe.
Le rite alexandrin : Issu d'Égypte (utilisé par l'Église copte catholique et l'Église éthiopienne/érythréenne).
Le rite antiochien (ou syriaque occidental) : Utilisé par l'Église maronite, l'Église syriaque catholique et l'Église syro-malankare.
Le rite chaldéen (ou syriaque oriental) : Utilisé par l'Église chaldéenne et l'Église syro-malabare (en Inde).
Le rite arménien : Utilisé exclusivement par l'Église catholique arménienne.
On voit bien que la diversité des rites est une richesse qui ne gêne en rien la communion des fidèles à l'Église de Pierre.
On voit bien que le rite ordinaire peut très bien coexister avec le rite tridentin, légitime entre tous, car pluriséculaire.
29/04/2026
Le cœur du débat : L'origine de l'arc brisé
L'un des arguments majeurs de l'influence arabe repose sur l'utilisation de l'arc brisé, élément central de l'architecture gothique.
La thèse de Mélenchon : L'arc brisé venant d'Orient, les cathédrales sont le fruit d'un transfert technologique islamique.
La réponse de Gouguenheim : S'il ne nie pas que l'arc brisé existait au Proche-Orient (notamment dans l'architecture abbasside), l'historien précise que l'Occident ne l'a pas "copié" par manque de savoir-faire. L'utilisation européenne répondait à des contraintes mécaniques spécifiques liées à la volonté d'élever des voûtes toujours plus hautes.
Une rupture de logique structurelle
Gouguenheim souligne une différence fondamentale dans l'usage des formes :
En islam : L’arc brisé ou outrepassé possède souvent une fonction décorative et esthétique.
Dans le gothique : Il est purement structurel. Il s'intègre dans un système global (arc-boutant, croisée d'ogives) visant à répartir les poussées pour libérer les murs et y insérer des vitraux. Ce système complet n'existe pas dans l'architecture musulmane de l'époque.
La question de l'influence culturelle
L'article rappelle que le Moyen Âge n'était pas un monde clos. Les échanges existaient (via l'Espagne andalouse ou les Croisades), mais Gouguenheim met en garde contre la tentation de vouloir à tout prix trouver une origine extérieure à chaque innovation européenne :
Le passage du roman au gothique est une évolution endogène lente.
L'influence orientale se retrouve davantage dans les arts décoratifs (motifs, textiles, travail de l'ivoire) que dans la structure même des édifices religieux.
Ce qu'il faut retenir
Pour Sylvain Gouguenheim, affirmer que l'Occident a "emprunté" l'art des cathédrales à l'Islam est un raccourci qui occulte le génie technique des bâtisseurs européens. S'il y a eu porosité culturelle, l'architecture gothique reste une réponse technique originale à des défis théologiques et architecturaux propres à la chrétienté médiévale.
Cet article du Figaro Histoire remet de la nuance là où le débat politique simplifie. Il rappelle que l'histoire des techniques est rarement une ligne droite, mais plutôt un mélange de redécouvertes locales et d'emprunts réinterprétés.
Source : Le Figaro Histoire, entretien avec Sylvain Gouguenheim.
28/04/2026
Le danger de l'attachement au monde
Soulignons ce paradoxe : bien que créés pour l'éternité, nous sommes souvent fascinés par ce qui est passager.
Les biens terrestres ne sont pas mauvais en soi (famille, travail, amitié, beauté de la création).
Le danger commence quand le don remplace le Donateur. Lorsque l'argent, le confort, la réussite ou le regard des autres deviennent nos idoles, notre cœur se ferme au divin.
Le rôle de la Messe et du sacrifice
C'est par le "mystère de l'autel" (la messe) que le chrétien apprend à remettre les choses à leur juste place. En contemplant le sacrifice du Christ, nos idoles tombent. Le Christ nous enseigne ce qui passe et ce qui demeure.
La définition du vrai détachement
Enfin, clarifions une confusion courante :
Ce n'est pas une vie froide, triste ou sans affection.
C'est aimer tout "en Dieu" et "selon Dieu". Il s'agit d'aimer sa famille ou son travail sans en faire des idoles.
Le résultat est la liberté. Contrairement à l'attachement désordonné qui nous rend esclaves de nos passions, le détachement nous libère.
Une perspective d'éternité
Terminons sur une note de réalisme : à l'heure de la mort, les plaisirs, les honneurs et les biens matériels s'effaceront. Seul Jésus-Christ demeure.