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St Auguste Chapdelaine, la Chine, l’opium et la communauté de Rolleboise

06/05/2026

St Auguste Chapdelaine, la Chine, l’opium et la communauté de Rolleboise

Faisant suite à la recension d'un article du Figaro sur le calvaire des prêtres clandestins en Chine, j'ai voulu connaître l'origine de cette animosité des dirigeants chinois envers notre religion, le système communiste n'expliquant pas tout. En effet, le contentieux est lourd et ancien. 

 

 

 

Le rôle de l'Église catholique dans les guerres de l'opium (*) (1839-1842 et 1856-1860) est une question historique complexe, qui ne peut se résumer à une implication directe dans le commerce de la drogue, mais plutôt à une imbrication profonde entre évangélisation et impérialisme colonial.

 

Si l'Église n'a bien évidemment jamais prôné le trafic d'opium, elle a néanmoins été un acteur collatéral et, dans une certaine mesure, un bénéficiaire des rapports de force imposés par les puissances occidentales.

 

Voici les principaux points pour comprendre cette dynamique :

 

1.Le cadre des "Traités Inégaux"
Les guerres de l'opium ont forcé la Chine impériale (dynastie Qing) à signer des traités dits "inégaux" (notamment les traités de Nankin en 1842 et de Tianjin en 1858). Ces traités n'ouvraient pas seulement la Chine au commerce britannique et français, ils imposaient également des clauses de liberté religieuse.

 

Le bénéfice institutionnel : Grâce à ces traités, les missionnaires catholiques ont obtenu le droit de circuler à l'intérieur du pays, de bâtir des églises et d'évangéliser sans l'approbation préalable des autorités locales.

 

Le revers de la médaille : En acceptant cette "protection" imposée par la force militaire, l'Église s'est retrouvée, aux yeux des populations et des mandarins locaux, associée au statut de puissance occupante.

 

2. L'instrumentalisation de la protection (Le Protectorat)
La France, en particulier, a instauré un "protectorat sur les missions catholiques" en Chine. Ce mécanisme diplomatique permettait à Paris d'intervenir militairement ou diplomatiquement sous prétexte de protéger les intérêts catholiques.

 

L'Affaire Chapdelaine : C'est l'exemple le plus célèbre. En 1856, le missionnaire français Auguste Chapdelaine est arrêté et exécuté dans le Guangxi par les autorités locales. La France de Napoléon III qui s'était auto-proclamée "protectrice des missions catholiques", mais dont les intérêts étaient autres, a trouvé le prétexte rêvé pour rejoindre le Royaume-Uni dans la seconde guerre de l'opium, et a utilisé l'exécution de ce prêtre comme un casus belli pour intensifier son intervention militaire. 

 

La confusion des rôles : Pour Pékin, il était devenu impossible de distinguer les visées des missionnaires (spirituelles) de celles de l'État français (géopolitiques et commerciales).

 

3. Une ambiguïté morale
Il est important de noter une distinction fondamentale :

 

La position officielle : L'Église et les missionnaires eux-mêmes étaient, pour une large part, étrangers au commerce de l'opium. Beaucoup déploraient les ravages causés par cette drogue au sein de la population chinoise.

 

La dépendance pratique : Cependant, pour survivre et exercer leur ministère, les missionnaires dépendaient de la sécurité garantie par les canonnières occidentales. Ils étaient pris dans un système où leur "droit à la mission" reposait sur la défaite militaire de l'État chinois.

 

4. Les conséquences à long terme
Cette association historique entre le christianisme et l'impérialisme a laissé des traces profondes :

 

Sentiment anti-chrétien : Durant le XIXe et le début du XXe siècle, cette perception des chrétiens comme des "agents de l'étranger" a alimenté de nombreux conflits, dont la célèbre Révolte des Boxers (1899-1901), où les missionnaires et les convertis furent pris pour cibles.

 

Historiographie contemporaine : Aujourd'hui encore, cette période est utilisée dans certains discours officiels chinois pour critiquer l'influence des "valeurs occidentales" en Chine. Par exemple, le gouvernement chinois a parfois instrumentalisé la figure du père Chapdelaine, le qualifiant d'espion et de violeur pour discréditer le passé missionnaire, un point de vue que les historiens indépendants et l'Église rejettent fermement comme une réécriture politique.

 

En résumé, l'Église catholique n'a pas été le moteur des guerres de l'opium, mais elle a été le vecteur — parfois volontaire, souvent contraint — d'une pénétration occidentale qui s'est faite par la force. Elle s'est retrouvée piégée dans une logique coloniale où la croix et le canon étaient perçus, par la société chinoise de l'époque, comme indissociables et qui continue de nous le faire savoir ...

 

5. Et Rolleboise dans tout ça ?
Les anciens de Rolleboise se souviennent que le rite tridentin fut remis à l'honneur au début des années 70 dans le Mantois grâce à Roger et Bernadette Hédouin qui ont appelé plusieurs prêtres, lesquels se relayaient dans l'église du village Jouy-Mauvoisin, dont ils avaient du maire obtenu la jouissance. Ils ont aidé à la création de l'école de Goussonville puis appelé la Fraternité Sacerdotale St Pie X qui a acheté le prieuré de Mantes. Ils ont participé à l'essaimage vers Rolleboise mais sont restés à Mantes. Ils sont maintenant auprès du Seigneur.

Quel rapport ? J'y viens. Bernadette Hédouin était native de Lolif dans la Manche. St Auguste Chapdelaine est né à La Rochelle-Normande, le village d'à côté. Ils sont de la même famille. Bernadette nous en a souvent parlé, mais j'ignorais que le martyre de ce saint prêtre avait été le prétexte au déclenchement d'une guerre dont la France n'a pas à être fière.

N'hésitons pas à prier St Auguste Chapdelaine, il est de la famille !

PO

 

 

(*) Les guerres de l’opium sont des conflits commencés en 1839 et 1856, motivés par des raisons commerciales qui opposèrent au XIXe siècle la Chine, voulant interdire le commerce de l’opium sur son territoire, au Royaume-Uni qui le cultivait en Inde et voulait l’imposer en paiement des marchandises qu’elle importait.