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L’affaire Epstein, une leçon sur le Pouvoir dans ce monde

04/02/2026

L’affaire Epstein, une leçon sur le Pouvoir dans ce monde

La diffusion, le 30 janvier, de 3 millions de pages supplémentaires, dont 2 000 vidéos et 180 000 images, des fameux « Epstein files », a, comme on pouvait s’y attendre, déclenché une vague de polémiques et d’attaques réciproques. Il manque encore deux millions de pages, qui sont celles qui devraient le plus faire réfléchir. Le procureur général adjoint Todd Blanche a en effet déclaré que ces documents et images n’ont pas été publiés car ils concernent « des images d’abus sexuels, de pédopornographie, de mort, et de tortures».
Image : bibliothèque Canva

Curieusement, cette déclaration est aussi celle dont on parle le moins, voire pratiquement pas du tout : il est beaucoup plus intéressant de se concentrer sur la présence du président américain Donald Trump ou de l’ancien président Bill Clinton, sur les maladies vénériennes que le fondateur de Microsoft Bill Gates aurait contractées ou sur les perversions du prince britannique Andrew. En d’autres termes, l’intérêt des médias porte sur l’instrumentalisation politique qui peut en être tirée ou sur la curiosité malsaine que suscitent certains personnages.

Au contraire, l’affaire Epstein devrait surtout être considérée comme une leçon sur le pouvoir ou, mieux, sur le Pouvoir qui gouverne ce monde.

 

Commençons par le personnage clé : Jeffrey Epstein, dont la carrière a débuté par l’enseignement des mathématiques dans une école secondaire avant de se tourner vers la finance et d’en gravir les échelons, grâce, dit-on, à une extraordinaire capacité à tisser des relations sociales.

 

Pourtant, comment le fils d’un jardinier et d’une femme au foyer de Brooklyn a pu devenir à partir de rien un milliardaire capable de manipuler des politiciens et des hommes d’affaires du monde entier, reste un mystère.

 

Et il est pour le moins curieux qu’il ait pu impunément se livrer à un véritable trafic d’êtres humains alors qu’à peine âgé d’une vingtaine d’années, il avait déjà été signalé dans l’école où il enseignait pour son attention malsaine envers les élèves mineures. Et comment il a pu développer son commerce ignoble après une première peine clémente obtenue grâce à un accord honteux en 2008 pour exploitation de la prostitution : 18 mois de détention réduits à 3 mois et demi, plus dix mois supplémentaires de sortie quotidienne pour aller travailler.

 

Jusqu’à sa deuxième arrestation en 2019 pour des plaintes qui ne pouvaient manifestement plus être ignorées, à laquelle s’est ajoutée la saisie des documents, images et vidéos dont on parle ces jours-ci, Epstein a construit un incroyable réseau de relations internationales influentes impliquant des hommes politiques de poids (notamment l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak), les services secrets de pays comme la Russie [ndt: forcément!!!] et Israël, des hommes d’affaires milliardaires, tous susceptibles d’être victimes de chantage ou déjà victimes de chantage.

 

Et c’est là le point essentiel : la fréquentation des résidences d’Epstein, y compris la célèbre île privée des Caraïbes Little Saint James, et l’utilisation de son avion privé, n’ont ni couleur politique ni drapeau national. Même si les dons électoraux américains d’Epstein favorisaient clairement le Parti démocrate, ses « amitiés » allaient bien au-delà, elles étaient transversales et transnationales. Il en allait de même pour sa capacité à influencer la vie personnelle, les affaires et les décisions politiques et économiques.

 

Ce n’est pas un hasard si, dès septembre, après la publication des premiers dossiers, Lord Peter Mandelson a été démis de ses fonctions d’ambassadeur britannique aux États-Unis. On découvre aujourd’hui qu’il avait transmis des informations confidentielles à Epstein lorsqu’il était ministre de l’Économie dans le gouvernement Brown. En Slovaquie, le conseiller à la sécurité du Premier ministre Fico, Miroslav Lajčák, a dû démissionner. sans parler du bouleversement provoqué dans les familles royales britannique et norvégienne.

 

Bien sûr, il faut aussi veiller à ne pas mettre tout le monde dans le même sac : tous les noms qui apparaissent dans les Epstein files ne sont pas nécessairement coupables de méfaits, mais le fonctionnement du pouvoir est néanmoins clair :

il existe un niveau supérieur, inconnu de la plupart des gens, qui, en tirant parti des faiblesses et des perversions et en utilisant l’arme du chantage, influence de différentes manières les gouvernements, les parlements et les économies.

 

Et cela va bien au-delà de la satisfaction des vices et des perversions que les riches et les puissants pensent pouvoir se permettre. Nous ne parlons pas ici de choses similaires aux « dîners élégants » d’Arcore [résidence de Silvio Berlusconi, théâtre de présumées « parties fines » au moment où il fallait à tout prix évincer Il Cavaliere] , même dans une dimension XXL: nous sommes ici à un tout autre niveau, celui qui sélectionne ceux qui comptent et ceux qui ne comptent pas. Et la référence du procureur général adjoint Blanche aux morts, aux tortures et à la pédopornographie fait plutôt penser à une élite liée également à des rites initiatiques, satanistes.

 

Plus de 1 200 victimes ont été identifiées, a déclaré Blanche, un chiffre énorme : 1 200 filles, dont beaucoup mineures, sacrifiées sur l’autel du pouvoir, utilisées comme objets de plaisir, réduites à l’esclavage sexuel, torturées puis abandonnées comme des chiffons désormais inutiles. Le cas le plus connu est celui de Virginia Giuffré (la grande accusatrice du prince Andrew ainsi que d’Epstein et de sa complice Ghislaine Maxwell), qui s’est suicidée en avril 2025 et dont les mémoires ont été publiées à titre posthume (Nobody’s girl, « Fille de personne »). Mais comme elle, toutes les autres.

 

Car le pouvoir dans le monde est ainsi fait – il existe de nombreux « systèmes Epstein » –, il ne reconnaît pas la dignité des personnes qui sont faites à l’image et à la ressemblance de Dieu, il les utilise à ses propres fins, il sème la souffrance et la mort, il détruit tout ce qui est humain.

 

C’est pourquoi il ne suffit pas de s’indigner ou de pointer du doigt comme si nous étions de simples spectateurs éloignés ou que nous nous considérions immunisés contre le charme que le pouvoir exerce. Et nous ne sommes pas moins appelés à participer au jeu du « qui est le plus corrompu » pour faire prévaloir un parti politique sur un autre.

 

Nous sommes en revanche appelés avant tout à reconnaître que seule l’appartenance au Christ et à l’Église nous donne, à nous et à chacun, la pleine dignité humaine, nous rend libres de ce pouvoir et capables de construire des lieux d’humanité qui peuvent générer l’espoir et vaincre cette honte qui a le goût de la mort.

 

Source :   
 

 

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ADDENDUM 
Le site bien connu Benoît et moi ajoute le commentaire de Marcello Foa ex-directeur des chaines du service public italien : 

 

 

 

Les dossiers Epstein ont un volume documentaire monstrueux : trois millions et demi de pages publiées À CE JOUR, 2 000 vidéos et 180 000 images.

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Ces dimensions dépassent complètement les capacités d’organisation d’un seul individu, aussi riche soit-il.
L’ampleur de cette opération, qui consistait essentiellement à faire chanter les classes dirigeantes de tout le monde occidental, n’est accessible qu’à un service secret national particulièrement efficace.
Nous ne savons pas lequel, et je laisse chacun se faire sa propre opinion, mais franchement, une seule option me semble plausible…
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Au-delà des faits divers et du dégoût, deux éléments structurels revêtent ici une importance particulière.
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Le premier est que ceux qui voient les mouvements coordonnés des dirigeants politiques occidentaux aller dans des directions contre-productives pour leurs peuples, brutales et incompréhensibles, ont aujourd’hui une clé de lecture supplémentaire, une clé de lecture qui n’a enfin plus besoin de faire appel à l’intervention surnaturelle du Malin. Agir sous le chantage d’un service secret étranger explique beaucoup de choses autrement inexplicables.

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Le second est une réflexion sur le taux extraordinaire de pourriture morale, de putréfaction intérieure, de dépravation flagrante qui règne manifestement dans le cercle des « riches et puissants » du monde occidental.

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Alors que Hollywood représente régulièrement les dirigeants des pays hostiles, non occidentaux, comme des satrapes pervers et grotesques, il semble plausible qu’ils le fassent parce qu’ils projettent des choses qui leur sont familières.

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Et penser que ces classes dirigeantes occidentales, depuis plus de trois décennies, parcourent le monde avec leurs prétoriens pour enseigner la morale et la civilisation au reste du monde, est quelque chose qui ferait rire si cela ne donnait pas la nausée.