Le blog du Temps de l'Immaculée.
28/01/2026
Retour sur l’article de l’évêque néerlandais Mgr. Rob Musaerts qui a parfaitement cerné le problème majeur du catholicisme actuel face à la folie du monde, à savoir que le christianisme en Europe est menacé par une théologie qui ne croit plus en ses propres fondements. Qu’il nous soit permis d’ajouter un peu d’eau à son moulin… hollandais, bien sûr !
Commençons par une longue citation de Jean Sévillia qui nous brosse le tableau des débuts du christianisme jusqu’à l’effondrement de l’Empire romain :
“C'est à la fin du premier siècle, par le truchement de marins, de marchands et de voyageurs venus d'Orient, que le christianisme est apparu en Gaule. Parti des ports méditerranéens, il a essaimé vers les vallées de la Garonne et du Rhône. En 177, sous Marc Aurèle, la communauté chrétienne de Lyon est persécutée: l'évêque Pothin et sainte Blandine sont livrés aux bêtes. Saint-Irénée succède à Pothin, puis l'Église de Lyon disparaît pendant tout le 3e siècle. Mais d'autres apôtres, à la même époque, fondent des communautés en Gaule : Trophyme à Arles, Saturnin à Toulouse, Denis à Paris, Martial à Limoges, Gatien à Tours, Austremoine à Clermont. En 313, quand l'empereur Constantin, par l'édit de Milan, établit la liberté du christianisme, la foi chrétienne se répand dans toute la Gaule. En 314, le concile d'Arles réunit les évêques d'Occident : la Gaule romaine compte alors 16 sièges épiscopaux, dont Arles, Marseille, Vaison, Bordeaux, Vienne, Lyon, Autun, Rouen et Reims. 80 ans plus tard, lorsque les cultes païens sont interdits par Théodose en 394, chaque ville gallo-romaine possède un évêque. De grandes figures illuminent l'aube du christianisme sur le sol français : Saint-Hilaire, évêque de Poitiers qui combat l'arianisme, hérésie niant la divinité du Christ ; Saint-Martin Évêque de Tours, veilleur, convertisseur, bâtisseur et protecteur des faibles ; Saint-Honorat qui construit un monastère dans l'île de Lérins avant de devenir évêque d'Arles. Saint-Jean Cassien, fondateur du monastère Saint-Victor à Marseille ; Saint-Germain, évêque d'Auxerre, un autre Saint-Martin. Saint-Loup, hérite de Troyes, qui se livre en otage à Attila afin que celui-ci épargne la ville. Sainte-Geneviève dans l'intervention en 451, sauve Paris des Huns. Dans une société où les pouvoirs publics s'effacent, les évêques, protecteurs de la cité, sont les seuls capables de tenir tête aux envahisseurs barbares et de défendre les anciennes populations.”
Jean Sévillia, Histoire Passionnée de la France. Perrin p.32-33
Lorsque l'État romain démissionne, l'évêque, homme de prière proche du peuple, devient naturellement le seul repère, “auctoritas et potestas”, il a le pouvoir et l’autorité. Il n'est plus seulement pasteur, il devient, poussé par nécessité, le maire, le juge et le préfet de sa ville.
Face aux envahisseurs, les évêques deviennent sans autres armes que la foi, de véritables chefs de guerre… Quand les Huns ou les Germains arrivent devant les remparts, ils sortent et négocient, font preuve d’audace comme saint Loup à Troyes qui se livre lui-même en otage à Attila pour épargner sa ville.
Miracles ou pas, les Wisigoths, Huns, Francs et autres sont impressionnés par cette poignée d’hommes qui, aguerris par la clandestinité dont ils viennent de sortir, deviennent des administrateurs de secours. La plupart de ces évêques sont issus de l'aristocratie gallo-romaine. Ils maîtrisent le droit, la rhétorique et l'administration. Ils parlent le même langage que les anciennes élites impériales et maintiennent une cohésion sociale forte. Ils ne disent pas aux envahisseurs de garder leur religion et leurs coutumes. La foi devient le ciment qui remplace la citoyenneté romaine et convertit les païens.
Sans ces évêques, la transition entre l'Antiquité et le Moyen Âge aurait probablement été bien plus sanglante. En s'imposant comme les interlocuteurs privilégiés des nouveaux rois barbares, ils ont permis de sauvegarder l'héritage romain, le droit et la paix civile. Ils n'ont pas seulement sauvé des âmes, ils ont sauvé la structure même de nos cités.
Or, il semble bien que l’Histoire repasse ce plat bien amer d’une civilisation qui vacille.
Même si temps et mœurs sont autres, nos chers évêques ont un rôle à jouer. Ils sont LE recours.
À nos chapelets et prions Dieu pour qu’ils prennent conscience de l'enjeu !