Le blog du Temps de l'Immaculée.
19/01/2026
Comment un lieu de foi et de confiance peut-il devenir un espace de contrôle et de souffrance ? C'est la question douloureuse que soulève l'affaire des Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre, mise en lumière par la publication d'un rapport détaillé sur l'emprise psychologique et les abus spirituels au sein de leur communauté.
Examinons les leçons que nous révèlent cette triste histoire.
Leçon n°1 : L'abus spirituel, une violence invisible aux conséquences dévastatrices
L'une des révélations les plus marquantes du rapport est la reconnaissance de la gravité de l'abus spirituel, une violence souvent silencieuse mais aux effets profonds. Mère Marie-Élie Hancock, prieure générale de la congrégation, n'hésite pas à faire une comparaison saisissante pour en mesurer l'impact :
« Les neurosciences ont permis de comprendre qu’un abus de conscience peut faire autant de dégâts qu’un viol ».
Le théologien Gilles Berceville, qui a participé à la rédaction du rapport, synthétise cette notion complexe. Il définit l'abus spirituel comme une manipulation de la foi qui brise la confiance d'une personne en Dieu, en la vie et dans les autres. En conséquence, ce sont les fondements mêmes de son existence qui se trouvent contaminés.
Leçon n°2 : L'isolement total est l'arme principale de l'emprise
L'emprise au sein de la communauté n'a pu perdurer des décennies que grâce à la mise en place d'un système d'isolement total et délibéré, coupant les sœurs du monde extérieur et de tout repère critique. Mère Marie-Élie Hancock énumère les mécanismes de ce contrôle systématique :
• Absence de formation en droit canonique ou en sciences humaines.
• Interdiction d'accès aux bibliothèques.
• Manque d'accompagnement spirituel extérieur.
• Coupure avec les familles.
• Courrier contrôlé et parloirs écoutés.
• Impossibilité de parler à des prêtres et pas d'accès à internet.
Cette privation systématique de points de référence externes est un exemple classique de la manière dont les institutions fermées peuvent neutraliser la dissidence interne avant même qu'elle ne puisse se former, rendant tout discernement ou signalement matériellement impossible.
Leçon n°3 : Même l'autorité ecclésiale peut être mise hors-jeu
L'affaire révèle un dysfonctionnement institutionnel majeur : les mécanismes de surveillance de l'Église, comme les visites canoniques, n'étaient pas exercés. L'anecdote sur le rôle de l'évêque lors de l'élection de la prieure générale est particulièrement révélatrice de cette opacité institutionnelle :
« L’évêque n’était pas dans la salle capitulaire : on l’invitait à prendre un thé et des gâteaux dans la salle d’à côté. »
Cette situation illustre comment l'autorité de surveillance était neutralisée, réduite à valider un choix déjà arrêté. Plus grave encore, la leçon n'est pas seulement celle d'une non-ingérence passive. Mère Marie-Élie Hancock précise qu'un évêque confronté à cette situation « avait été furieux », mais « n’arrivait pas à s’imposer » face à la supérieure. Cette précision révèle une impuissance active de l'autorité ecclésiale, incapable de surmonter la structure de pouvoir interne de la congrégation, même lorsqu'elle identifiait un problème.
Leçon n°4 : Mettre des mots sur la souffrance est un acte de libération
De manière contre-intuitive, Mère Marie-Élie Hancock explique que le rapport n'a rien appris de factuellement nouveau aux sœurs. Pourtant, sa publication a eu un effet psychologique et communautaire libérateur.
« Je ne peux pas dire que j’aie appris grand-chose, mais le fait de le voir écrit noir sur blanc est différent ».
L'acte de nommer et de formaliser la souffrance dans un document officiel a permis de la « mettre en commun pour la mettre à la lumière ». Cette démarche, bien que décrite comme « humiliante », a transformé une série d'expériences individuelles et isolées en une vérité collective et reconnue, une étape indispensable sur le chemin de la réparation.
Leçon n°5 : La réforme, un chemin délicat entre réparation et dénaturation
La révélation des abus a déclenché un processus de réforme indispensable. D'un côté, la nécessité de l’application stricte de la règle, garde-fou parfait, rien de plus.
Mais d'un autre côté, un risque « plus insidieux » : que des réformes, menées sous la pression d'attentes idéologiques extérieures, ne vident la vie monastique de sa substance. Le danger serait de transformer les sœurs en « assistantes religieuses et sociales » à vocation socioculturelle et les monastères en « simples maisons d’hôtes », oubliant que la clôture et le silence ne sont pas des défauts à corriger mais des « éléments constitutifs » de cette vocation spécifique.
À ce sujet, on pourra lire Risques et Dérives de la Vie Religieuse de Dom Dysmas de Lassus, supérieur général de l’ordre des Chartreux.
La publication de ce rapport, sous prétexte de clarté (c’est dans l’air du temps), est profondément blessante pour les sœurs. Par ailleurs, le général Giaume ne prend-t-il pas le risque d’offrir ainsi à l’État l’envie de s’immiscer dans les affaires des monastères comme dans les écoles hors contrat pour mieux les détruire ?
Ah, oui, j'allais oublier ce dernier point : les sœurs, on les connaît ! n'ont-elles pas l'air joyeux ? Ce n'est pas une communauté vieillissante comme il y en a hélas tant. Il y a des vocations !
Quelque chose ne va pas. Je suis dubitatif ...
PO