Le blog du Temps de l'Immaculée.
08/01/2026
Les chrétiens en Iran forment une minorité numériquement modeste mais très surveillée, avec une relative tolérance pour les Églises “historiques” (arméniennes, assyriennes) et une répression nettement plus dure contre les convertis d’origine musulmane et les Églises de maison évangéliques.
En ces temps troublés, un retour sur leur situation s’impose.
Effectifs et diversité des communautés
Les estimations varient fortement : le recensement officiel parlait d’environ 120 000 chrétiens en 2016, mais des enquêtes indépendantes et ONG évaluent aujourd’hui le nombre total entre 700 000 et 900 000, voire davantage, en tenant compte d’un grand nombre de convertis non déclarés.
On distingue :
les Églises “ethniques” (arméniens apostoliques, assyriens, chaldéens catholiques) reconnues par l’État ;
des communautés catholiques (surtout chaldéennes, arméniennes et un petit noyau latin) ;
un secteur évangélique/protestant très dynamique, principalement composé de convertis d’origine musulmane et structuré autour d’“églises de maison”.
Cadre légal et discrimination structurelle
La Constitution reconnaît les chrétiens comme minorité religieuse avec certains droits (culte, écoles, sièges réservés au Parlement), mais surtout pour les Églises anciennes, non missionnaires.
Dans la pratique, les chrétiens subissent des restrictions : interdiction de construire de nouveaux lieux de culte pour les convertis, limitation des offices en persan, obstacles à l’accès à certains emplois publics, pression dans l’éducation et les médias, et surveillance permanente des activités ecclésiales.
Répression des convertis et des Églises de maison
Depuis 2021, une disposition ajoutée à l’article 500 du Code pénal permet de condamner sévèrement toute activité jugée “déviante” ou “prosélyte” contraire à la loi islamique, ce qui vise directement les convertis et les réunions de maison.
Les rapports récents montrent une forte escalade : en 2024, au moins 96 chrétiens ont été condamnés à un total de 263 années de prison, soit environ six fois plus qu’en 2023, avec des peines individuelles pouvant dépasser dix ans, souvent assorties d’exil intérieur, d’amendes et d’interdictions professionnelles.
Les chefs d’accusation sont généralement formulés en termes de “menace à la sécurité nationale”, “propagande contre le régime” ou “appartenance à des sectes déviantes”, ce qui assimile les convertis à une opposition politique plus qu’à une simple minorité religieuse.
Intensification récente et climat de peur
Des organisations comme le Center for Human Rights in Iran, Article18 ou International Society for Human Rights soulignent qu’en 2024–2025, la fréquence des arrestations, interrogatoires violents et mauvais traitements en détention contre les chrétiens convertis a nettement augmenté.
Un rapport fondé sur 327 dossiers judiciaires entre 2008 et 2023 indique que près de 90% des cas concernaient des convertis, illustrant que cette catégorie est au cœur de la politique répressive.
Des experts et rapporteurs de l’ONU alertent sur un “climat de peur” : perquisitions de maisons, confiscation de Bibles et de téléphones, pressions pour obtenir une rétractation publique de la foi, surveillance des réseaux sociaux et des contacts avec l’étranger.
Paradoxe : croissance rapide malgré la répression
Plusieurs missions chrétiennes et centres de recherche estiment que le christianisme est l’une des religions qui croît le plus rapidement en Iran, en grande partie par conversions personnelles, souvent discrètes, en dehors des structures officielles.
Une grande enquête en ligne (GAMAAN) a montré qu’environ 1,5% des répondants se disent chrétiens, ce qui, appliqué à la population iranienne, donnerait entre 750 000 et 950 000 chrétiens, dont une majorité de convertis.
Cette croissance, perçue par le régime comme une menace idéologique, explique en partie la sévérité des mesures de contrôle et la qualification des chrétiens comme “instrument de l’Occident” dans le discours officiel.
Synthèse de la situation actuelle
Les Églises traditionnelles reconnues survivent avec des marges de liberté réduites mais stables, à condition de rester non missionnaires et de ne pas accueillir de musulmans persanophones.
Les convertis et les réseaux évangéliques subissent une répression systémique : arrestations, lourdes peines, intimidations, ce qui pousse beaucoup de croyants à pratiquer leur foi dans la clandestinité ou à quitter le pays.
Malgré ce contexte, le christianisme continue de se diffuser, ce qui crée une tension croissante entre la réalité sociale du terrain et la volonté du régime de contrôler l’espace religieux.
Que Notre-Dame, honorée dans le métro de Téhéran, leur vienne en aide !