L'annonce a eu l'effet d'un séisme géopolitique : Nicolás Maduro, capturé par les forces américaines, est aux États-Unis pour y être jugé. Pour beaucoup, cet événement marque la fin attendue d'une tyrannie de 25 ans qui a affamé et exilé son propre peuple. Un choc mondial, certes, mais un choc qui, une fois l'émotion passée, offre une lecture crue et sans fard du nouvel ordre mondial.
Car au-delà de la libération du Venezuela, cet épisode est une leçon magistrale sur le fonctionnement réel des relations internationales, loin des discours convenus et des principes affichés. La crise vénézuélienne met en lumière des vérités contre-intuitives, voire dérangeantes, sur la primauté de la force, le retour des empires et la place de la morale dans le jeu des puissances. Explorons ensemble quatre de ces leçons surprenantes que nous devons tirer de la chute du régime chaviste.
1. Le droit international ne fait pas l'Histoire, il la suit
La première leçon est brutale : le droit international n'est pas une force proactive qui libère les peuples, mais un mécanisme qui enregistre et légitime les réalités imposées par la force. Pendant 25 ans, qu'a-t-il fait pour le peuple vénézuélien, broyé par un régime criminel, contraint à l'exil et à la faim ? Rien. Le pouvoir tyrannique de Maduro a longtemps été préservé au nom de la stabilité, parfois même protégé par le droit international lui-même.
L'Histoire nous enseigne que jamais un peuple n'a été libéré parce qu'il avait juridiquement raison. La France n'a pas été libérée du nazisme par une résolution de l'ONU, mais par des débarquements, des bombardements et une guerre totale. L'Union soviétique ne s'est pas effondrée sous le poids du droit, mais sous celui de son propre échec économique et de la pression occidentale. Chaque fois, la même loi s'impose.
Le droit vient toujours après. Il ne précède pas l’Histoire : il entérine ce que le réel a déjà imposé.
L'intervention américaine, bien que violant la souveraineté d'un État, ne fait qu'acter une réalité : dans le monde qui vient, la puissance prime sur le droit. La liberté sans puissance n'est qu'un slogan. Mais il faut se garder de toute conclusion hâtive : la puissance sans liberté devient une oppression. L’enjeu des nations libres est de tenir les deux.
2. La vraie bataille : contenir la Chine, pas seulement libérer un peuple
Cette primauté de la force sur le droit s'illustre parfaitement dans les motivations profondes de l'opération américaine. Si le prétexte officiel était la lutte contre le narcotrafic, ses véritables objectifs sont bien plus vastes et s'inscrivent dans la vision géopolitique de Donald Trump. Le but principal n'était pas tant humanitaire que stratégique : empêcher la Chine de s’implanter dans l’arrière-cour des États-Unis, voire de sécuriser son approvisionnement en pétrole, bien qu’il soit de qualité médiocre. En effet, la Chine est déjà solidement implantée en Amérique du Sud, ayant noué des accords sur les minerais et le pétrole avec le Chili, l'Équateur ou encore le Brésil. Cette montée en puissance chinoise dans ce que les États-Unis considèrent comme leur "pré carré" est inacceptable pour Washington, qui voit en Pékin son principal adversaire pour le statut de première puissance mondiale.
Cet événement illustre froidement que les grandes puissances agissent avant tout pour leurs intérêts stratégiques et économiques. La libération d'un peuple opprimé peut être une conséquence heureuse, mais elle est rarement la motivation première. Le sort des populations locales demeure bien souvent secondaire dans le grand jeu des empires.
3. Le retour des zones d'influence : la nouvelle doctrine Monroe
Cette focalisation sur les intérêts stratégiques face à la Chine se traduit par une redéfinition complète de la géopolitique américaine, qui abandonne l'universalisme au profit d’une logique décomplexée de zones d'influence. La nouvelle doctrine, définie récemment dans le document de sécurité rédigé par la Maison Blanche, peut se résumer à une version moderne de la doctrine Monroe : "le continent américain appartient aux États-Unis, mais pas le reste du monde". Cela signifie que Washington se réserve le droit d'intervenir militairement dans son hémisphère tout en se désengageant potentiellement d'autres théâtres, comme l'Ukraine ou Taïwan.
Cette approche, d'un pragmatisme cynique, remplace les principes universels du droit international par une logique de sphères d'influence (les états n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts). Elle révèle aussi les contradictions de certains alliés. Emmanuel Macron, par exemple, se montre martial contre la Russie au nom de la violation du droit international en Ukraine, mais félicite les États-Unis pour avoir mené une action similaire au Venezuela. C'est une incohérence qui révèle la subordination des principes européens aux impératifs de l'alliance atlantique dans ce nouvel ordre mondial.
4. Face au jeu des puissances, l'espoir d'un leadership moral
Dans ce monde régi par des intérêts brutaux, une figure émerge pourtant comme un contrepoint saisissant : María Corina Machado. Lauréate du prix Nobel de la paix 2025, cette opposante historique propose une voie radicalement différente, fondée non sur la puissance, mais sur une exigence morale et spirituelle. Sa parole s'inscrit dans un parcours de plus de vingt ans de combat politique, marqué par la persécution, la disqualification et la clandestinité.
Profondément marquée par sa foi catholique, sa vision politique est centrée sur la dignité humaine, la vérité et la responsabilité. Elle n'hésite pas à décrire la crise vénézuélienne non comme un simple conflit politique, mais comme une "confrontation entre le bien et le mal". Cette lecture spirituelle de l'Histoire irrigue tout son engagement, comme en témoigne cette scène puissante où, lors d'une apparition publique, elle reçut la bénédiction d’un prêtre et d’une religieuse avant d'être arrêtée par des forces parapolicières.
Loin de tout esprit de vengeance, elle appelle à une transition démocratique ordonnée, axée sur la justice, la reconstruction et le retour des millions d'exilés. Elle insiste pour que le président légitimement élu, Edmundo González Urrutia, assume ses fonctions, afin de garantir le respect de la souveraineté populaire exprimée dans les urnes. Son engagement est résumé par une phrase qui dépasse le simple champ politique :
“Allons de la main de Dieu, jusqu’au bout.”
Dans un contexte international dominé par le cynisme et les rapports de force, l'émergence d'un leadership de cette trempe rappelle que la politique peut aussi être une affaire de conscience, capable d'incarner l'espoir qu'une nation peut se reconstruire sur des bases plus solides que les seuls intérêts matériels.
Concluons en observant que la chute du régime de Maduro est un miroir tendu à notre monde. Elle nous montre une réalité où le droit est subordonné à la force, où les intérêts nationaux des grandes puissances dictent le cours de l'Histoire et où les zones d'influence font leur grand retour. C'est le monde des empires, où ceux qui ne sont pas puissants deviennent des spectateurs de leur propre destin.
Pourtant, au cœur de cette reconfiguration brutale, la voix de María Corina Machado propose une alternative fondée sur la morale, la justice et la foi. Elle rappelle qu’aucune tyrannie n’est plus forte qu’une conscience éclairée par la foi, prête à pardonner sans oublier et à reconstruire sans haïr.
Alors que le Venezuela se trouve à la croisée des chemins, son avenir sera-t-il façonné par le jeu cynique des empires, ou par la force d'une conscience morale prête à tout reconstruire ? L'Histoire n'a pas encore livré sa réponse.
Christus vincit !
Sources : Le Figaro, Tribune Chrétienne, Antoine de Lacoste