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Le blog du Temps de l'Immaculée.

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Juillet 26

Saint Bernard sauve une âme in extremis

23/08/2026

Saint Bernard sauve une âme in extremis

 

Les raisons d'y croire
Nous sommes particulièrement bien documentés sur la vie de Bernard de Fontaine. Ses proches et ses moines ont commencé à préparer sa biographie de son vivant, grâce à son disciple Guillaume de Saint-Thierry qui le précéda dans la tombe, laissant à Ernald de Bonneval et à Geoffroy, secrétaire de Bernard, le soin de terminer le travail. Il s’agit donc de témoins proches, pour certains oculaires, qui racontent des événements auxquels ils ont assisté et sur lesquels ils portent un regard critique. Ainsi Geoffroy se verra-t-il reprocher d’avoir minimisé un miracle présumé de résurrection attribué à Bernard, en parlant simplement d’une perte de conscience prolongée ressemblant à la mort. Le bénéficiaire lui-même fera pourtant état d’une expérience de mort imminente et affirmera avoir vu l’Autre Monde. Nous n’avons donc pas affaire à des gens crédules, prompts à accepter n’importe quel fait comme miraculeux, mais à des clercs instruits et capables d’un discernement sérieux.


Parmi les premiers miracles attribués à Bernard figure, vers 1118, le répit miraculeux obtenu pour l’un de ses cousins, Josbert de La Ferté-sur-Aube. Il ne s’agit pas d’une résurrection, puisque Josbert n’est pas mort, mais du retour à la conscience d’un homme plongé dans le coma et que l’on croit sur le point de mourir. Le fait, attesté d’abondance, a eu à bon droit un énorme retentissement et contribué à asseoir la réputation de saint thaumaturge du jeune religieux.


Josbert est victime de ce qui ressemble, pour la médecine moderne, à un accident vasculaire cérébral. Il perd d’abord la parole, puis le mouvement et sombre enfin dans le coma. Tout est arrivé si vite que l’on n’a pas eu le temps d’appeler un prêtre. Lorsque celui-ci arrive, Josbert ne peut déjà plus se confesser, alors qu’il a la conscience chargée de lourds péchés. C’est cela, et non sa mort prochaine, qui bouleverse ses fils : ils craignent qu’il soit damné faute de s’être mis en règle avec Dieu. Ils décident alors de réclamer les prières de Bernard et de sa communauté, qui sont déjà connus pour l’efficacité de leur intercession.


On notera qu’ils ne demandent pas la guérison du malade, mais seulement une amélioration passagère, un « répit », permettant à Josbert de mettre ses affaires en ordre et de se réconcilier avec Dieu. La demande est donc précise et limitée. C’est une époque de foi qui place le salut éternel avant la préservation de la vie terrestre : ce que l’on attend de Dieu n’est pas que Josbert échappe à la mort, mais qu’il puisse s’y préparer chrétiennement.
Preuve que la situation lui paraît grave, Bernard, qui n’était pas à Clairvaux, accourt au chevet du malade. Il y assène quelques vérités sévères : « Cet homme a rançonné des églises, opprimé les pauvres, offensé Dieu. Il faut qu’il rende aux églises ce qu’il leur a pris et supprime toutes les servitudes injustes qu’il a imposées aux pauvres. Alors, il recouvrera la parole, pourra se confesser et recevoir les sacrements. » Bernard lie donc expressément l’amélioration de son état à la réparation des injustices commises. Même si les forfaits du mourant étaient connus, le fait que les proches acceptent qu’ils soient ainsi étalés au grand jour donne d’autant plus de poids au récit.


Gérard, le frère de Bernard, et son oncle Gaudry, qui l’ont rejoint au monastère, l’accusent de présomption et lui reprochent de risquer le ridicule en annonçant pareil miracle s’il ne se produit pas. Ce détail est important : même dans l’entourage immédiat de Bernard, on n’est pas prêt à tout croire. Ses proches restent circonspects et accepteront ensuite que soient rapportées leur incrédulité et leurs objections.


Bernard leur rétorque : « Dieu peut faire avec facilité ce que vous croyez difficile. » Il a donc une foi à déplacer les montagnes et se borne à mettre l’Évangile en acte. Surtout, il ne s’attribue aucun pouvoir. Après avoir accepté les reproches et prié en silence, il part célébrer la messe pour le mourant. Tout est ainsi rapporté à Dieu, qui seul opère les miracles qui lui plaisent.


Lorsque Bernard quitte l’autel à la fin du saint sacrifice, on l’informe que Josbert est sorti du coma, qu’il a recouvré la parole et qu’il supplie Bernard de l’entendre en confession. Ce qu’il fait. Le répit demandé s’est donc produit sous la forme précise qui était espérée : Josbert retrouve suffisamment et immédiatement ses facultés pour parler, se confesser et accomplir ce qu’exige sa conversion. Une telle récupération, survenant au moment même où Bernard célèbre la messe à son intention et après que Bernard l’a annoncé, explique le retentissement considérable du prodige auprès des contemporains.


Josbert va en effet restituer ce qu’il a volé, abolir les servitudes qu’il avait instaurées à tort et distribuer une bonne partie de ses biens en aumônes. Cela fait, il meurt, sans avoir réclamé sa guérison. Comme Bernard l’avait dit, ici, il ne s’agissait pas de guérir mais de rendre momentanément la santé à un mourant pour rendre possible sa confession, la réparation de ses fautes et sa réconciliation avec Dieu. Cette conversion d’un mauvais seigneur est ce qui paraît le plus miraculeux aux contemporains, car elle est plus difficile à obtenir que l’amélioration de la santé, même inespérée. C’est aussi ce qui donne son sens profond à tout l’épisode : le prodige physique est ordonné au salut d’une âme.
 
 
En savoir plus
Héritier d’un des premiers lignages nobles de Bourgogne, Bernard de Fontaine est né en 1090 près de Dijon, au château familial, de Tescelin le Roux et Aleth de Montbard. Il perd sa mère à l’adolescence. Depuis un rêve fait pendant qu’elle attendait son fils, elle ne doutait pas qu’il serait une lumière de l’Église et un saint.

 

À quinze ans, conscient des périls auxquels l’exposent sa beauté et sa naissance, il décide de renoncer à la haute carrière qui l’attend dans le monde, mais renâcle avant de franchir le pas. Quand il le franchira, à vingt ans, ce ne sera pas à moitié. Il choisit d’entrer à Cîteaux, jeune fondation monastique pauvre et privée de tout, sur le point de péricliter faute de vocations.

 

Entraînant peu à peu à sa suite toute sa parenté masculine, père, frères, oncles et cousins, Bernard permet, par cet afflux de moines, à la vie cistercienne de croître et de prospérer. À tel point qu’il est envoyé en 1115 fonder un nouveau monastère, Clairvaux, aux confins de la Bourgogne et de la Champagne.

 

Sa santé s’épuise par les privations et pénitences qu’il s’impose et un idéal de sainteté surhumain. Il soutiendra pourtant jusqu’à son décès le 20 août 1153, un labeur épuisant qui fera de lui le conseiller des grands et des papes, le prédicateur de la croisade, le pourfendeur des hérésies, l’adversaire des schismatiques, le protecteur des juifs persécutés, l’un des chantres les plus inspirés de la piété mariale et un docteur de l’Église « à la parole de miel », mellifluus en latin, dont l’œuvre énorme n’a rien perdu de sa force.


Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages pour la plupart consacrés à la sainteté.
 
Aller plus loin
 

Guillaume de Saint-Thierry, Arnaud de Bonneval et Geoffroy d’Auxerre, Vita prima sancti Bernardi Claraevallis abbatis [Première Vie de saint Bernard, abbé de Clairvaux], dans Patrologia Latina, t. CLXXXV, éd. J.-P. Migne, Paris, 1854, col. 225-416. C’est la source hagiographique fondamentale sur Bernard, commencée par Guillaume de Saint-Thierry du vivant même du saint et poursuivie après sa mort.
 

 
En complément
 

Pierre Aubé, Saint Bernard de Clairveaux, Fayard. 2003
Arnaud Dumouch, vidéo YouTube, La vie de saint Bernard de Clairvaux, Docteur de l’Eglise (1090-1153)
Benoît XVI, « Saint Bernard de Clairvaux », audience générale du 21 octobre 2009, Vatican. Une présentation courte et très accessible de sa vie, de sa théologie et de sa spiritualité.
Pierre Aubé, Saint Bernard de Clairvaux, Paris, Fayard, 2003.
Vidéo Youtube d’Arnaud Dumouch, « La vie de saint Bernard de Clairvaux, Docteur de l’Église (1090-1153) ».
Benoît XVI, « Saint Bernard de Clairvaux », audience générale, 21 octobre 2009, en ligne .
Les articles 1000 raisons de croire : « Saint Bernard, abbé de Clairvaux et docteur de l’Église (+1153) » et « La réconciliation surnaturelle du duc d’Aquitaine (1134) ».

Juillet 26

La Vie Chrétienne Victorieuse – L’Église dans le monde : Séparation sans isolement

23/08/2026

La Vie Chrétienne Victorieuse – L’Église dans le monde : Séparation sans isolement

 

Pour le chrétien, la première question n’est pas : « Que pense le monde ? » ni même : « Que souhaitent les hommes ? » Elle est : « Que dit la Parole de Dieu ? » C’est l’Écriture qui doit gouverner la pensée, la conduite et la mission de l’Église. Cette dernière doit-elle se retirer du monde ou y demeurer présente ? Que doit-elle lui dire, et jusqu’où peut-elle aller sans cesser d’être fidèle à son Seigneur ?


La réponse de l’Écriture est à la fois simple et profonde : l’Église est dans le monde, mais elle n’est pas du monde ; elle est envoyée vers le monde, mais elle ne doit jamais être façonnée par lui. Tout dépend de ce que nous entendons par « le monde ».

 

Le monde selon l’Écriture
Dans la Bible, le mot « monde » désigne tantôt la création et l’ensemble des hommes – ce monde que Dieu aime, et pour lequel Il a envoyé Son Fils (Jean 3:16) – tantôt un système moral et spirituel organisé indépendamment de Dieu. C’est ce second sens que vise l’apôtre Jean lorsqu’il écrit : « N’aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est point en lui » (1 Jean 2:15). Il en donne les traits caractéristiques : « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie » (1 Jean 2:16-17).
Il ne s’agit évidemment pas de haïr les hommes ; le chrétien doit les aimer, prier pour eux et leur annoncer l’Évangile. Il s’agit de ne pas aimer ce système de pensée qui met l’homme à la place de Dieu – l’homme voulant vivre selon sa propre volonté, chercher son bonheur dans les choses terrestres, bâtir son existence indépendamment de son Créateur.


Cet amour du monde – cette mondanité – est donc bien plus profond que quelques habitudes extérieures. Il s’insinue dans l’Église sans bruit, lorsque les critères du monde deviennent peu à peu les siens : succès, influence, popularité, approbation humaine, adaptation aux opinions dominantes. La question cesse alors d’être : « Est-ce conforme à la Parole ? » pour devenir : « Est-ce acceptable pour le monde ? » C’est là que commence le danger.

 

Une Église céleste vivant sur la terre
Le Seigneur Jésus donne Lui-même la clé, dans Sa prière sacerdotale : « Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde » ; puis : « Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les garder du mal » (Jean 17:14-15). Ces deux paroles doivent demeurer inséparables.


Le chrétien n’est pas appelé à fuir physiquement la société humaine. Il travaille, exerce une profession, vit en famille, rencontre son prochain. Mais il appartient désormais à Christ : il est dans le monde sans être du monde. Son origine spirituelle est céleste, son espérance est céleste, son Seigneur est dans le ciel. L’Église n’a donc pas vocation à devenir terrestre pour mieux s’intégrer à la terre ; elle est appelée à manifester ici-bas quelque chose du ciel. Sa présence dans le monde est indispensable ; sa conformité au monde serait catastrophique.


Jésus déclare : « Vous êtes la lumière du monde » (Matthieu 5:14). Cette parole interdit tout repli sur soi : la lumière est faite pour éclairer les ténèbres. Mais il existe une différence essentielle entre être dans les ténèbres pour les éclairer et adopter les ténèbres pour être accepté par elles. 

Une lumière qui devient ténèbres cesse d’être lumière.


C’est précisément le danger d’une certaine « ouverture au monde » : on commence par vouloir mieux comprendre les hommes, puis leur parler dans leur langage, puis adoucir le message pour ne pas les choquer, et l’on finit par accepter ce que la Parole condamne. Le Seigneur n’a jamais procédé ainsi. Il était parfaitement proche des pécheurs et parfaitement séparé du péché ; Il pouvait entrer chez un publicain sans approuver sa conduite, accueillir les coupables sans jamais appeler le mal « bien ». Il était, dit l’Écriture, « plein de grâce et de vérité » (Jean 1:14). C’est aussi ce que l’Église est appelée à être.

 

« Allez par tout le monde »
Jésus donne une mission qui interdit tout isolement : « Allez par tout le monde, prêchez l’Évangile à toute la création » (Marc 16:15). L’Église doit aller vers les hommes tels qu’ils sont, porter l’Évangile là où Christ est inconnu ou méconnu. Mais remarquons ce que le Seigneur dit exactement : « Prêchez l’Évangile. » Il ne dit pas : « Adoptez le monde », ni : « Imitez ses valeurs », ni : « Faites de l’Église une copie de la société. »


La mission de l’Église n’est donc pas de rendre le monde chrétien par imitation, mais d’annoncer Jésus-Christ à des hommes qui ont besoin d’être sauvés. L’Évangile ne consiste pas à christianiser le système du monde, mais à appeler des hommes à en sortir pour appartenir à Christ. Nous ne sommes pas envoyés dans le monde pour lui ressembler ; nous y sommes envoyés pour lui annoncer Celui qui peut le sauver.

 

Le danger de la séduction
La deuxième épître de Jean met en garde contre « plusieurs séducteurs qui sont entrés dans le monde, ne confessant point Jésus-Christ venant en chair » (2 Jean 1:7). Le danger n’est pas seulement que le monde attaque de front la foi chrétienne ; il peut aussi chercher à la déformer de l’intérieur – un Christ sans croix, un Évangile sans repentance, une grâce sans vérité, un amour sans sainteté, une foi sans obéissance, une espérance tout entière centrée sur la terre. Tout cela peut garder une apparence chrétienne et pourtant éloigner les âmes de Christ.


Le péril le plus grave n’est donc pas nécessairement que le monde rejette l’Église, mais qu’il accepte une Église qui aurait cessé de lui dire toute la vérité de Dieu. Une Église qui veut à tout prix être approuvée par le monde risque de devenir incapable de lui annoncer ce qu’il a besoin d’entendre.


Fuir la corruption du monde
L’apôtre Pierre rappelle que le croyant a reçu, par grâce, de quoi « fuir la corruption qui existe dans le monde par la convoitise » (2 Pierre 1:4). La grâce ne nous sauve pas pour nous permettre de retourner à ce dont elle nous a délivrés ; elle nous enseigne à vivre autrement.
Précisons cependant : tout ce qui existe dans le monde n’est pas mauvais en soi. Le travail, la famille, la connaissance, l’art ne sont pas mauvais. Mais toute chose légitime peut devenir une idole lorsqu’elle occupe, dans le cœur, la place qui appartient à Dieu. La question n’est donc pas seulement : « Est-ce mauvais ? » mais aussi : « Quelle place cela prend-il dans ma vie ? »

 

L’amitié du monde est inimitié contre Dieu
Jacques déclare sans détour : « L’amitié du monde est inimitié contre Dieu » (Jacques 4:4). Pourquoi une parole si forte ? Parce que le monde, dans son principe même, veut vivre sans Dieu. Le monde dit : « Je décide. » La foi dit : « Seigneur, que veux-Tu ? » Le monde cherche sa propre gloire ; le chrétien cherche la gloire de Christ. Le monde s’attache au visible ; le chrétien apprend à regarder à l’invisible (2 Corinthiens 4:18). Ces deux orientations sont profondément opposées.


Il ne s’agit pas de mépriser la société, mais de refuser que ses principes deviennent ceux du peuple de Dieu. L’Église peut dialoguer avec le monde sans adopter sa pensée ; servir les hommes sans servir leurs convoitises ; écouter sans capituler ; aimer sans approuver le mal ; être respectueuse sans devenir silencieuse.


Le Seigneur dit : « Malheur au monde à cause des scandales ! » (Matthieu 18:7). Cette parole interdit toute vision naïve du monde, mais elle n’autorise aucun mépris : le chrétien se souvient qu’il a lui-même été sauvé par grâce. L’amour chrétien, pourtant, n’est jamais indifférent au mal. Lorsqu’un homme marche vers un précipice, l’amour ne dit pas : « Je respecte ton choix » ; il avertit.
L’Église doit donc parler – du péché, de la repentance, du jugement, du salut – mais toujours pour conduire les hommes vers Christ. Le but de l’avertissement n’est jamais de condamner pour condamner ; il est de sauver.


Jésus fait aussi cette distinction : « Car toutes ces choses, ce sont les nations du monde qui les recherchent » (Luc 12:30) – nourriture, boisson, sécurité matérielle. Ces choses ne sont pas mauvaises en elles-mêmes, mais le monde en fait le centre de son existence, tandis que le chrétien est appelé à « chercher premièrement le royaume de Dieu » (Matthieu 6:33). Le monde demande : « Que vais-je obtenir ? » Le chrétien demande : « Que veut mon Seigneur ? »

 

Séparation sans isolement
Nous pouvons maintenant répondre avec simplicité : l’Église doit être séparée du monde sans être isolée du monde. Séparée dans ses principes, mais présente dans son témoignage ; différente sans être inaccessible ; sainte sans être orgueilleuse ; ferme sur la vérité et aimante envers les personnes.


Le Seigneur Jésus Lui-même en est le modèle parfait. Il était dans le monde sans être du monde ; Il connaissait les hommes sans être gouverné par leurs pensées ; Il les aimait sans leur appartenir ; Il leur apportait la grâce sans jamais amoindrir la vérité. Telle est la position de l’Église : proche des hommes, mais attachée à Christ.


Le danger, aujourd’hui, serait de tant vouloir être présente dans le monde que l’Église finisse par s’y installer. Une Église qui perd conscience de sa vocation céleste cherche nécessairement une identité terrestre – influence, reconnaissance, prestige. Mais elle n’est pas appelée à devenir populaire ; elle est appelée à être fidèle. Son modèle n’est pas le succès du monde, mais Christ ; son message n’est pas dicté par les attentes du monde, mais par la Parole de Dieu ; son avenir n’est pas ici-bas, car elle attend le retour de son Seigneur.


Nous ne sommes pas appelés à sortir des hommes, mais à sortir du monde dans son sens moral ; non à fuir notre prochain, mais à fuir la corruption ; non à abandonner le monde, mais à lui annoncer Christ.


La question n’était donc pas simplement : « L’Église doit-elle être dans le monde ou hors du monde ? » La réponse biblique est claire : elle est dans le monde, mais elle n’est pas du monde ; envoyée dans le monde, mais jamais façonnée par lui ; elle aime les hommes sans aimer le système qui les éloigne de Dieu ; elle sert son prochain, mais appartient à son Seigneur ; elle annonce l’Évangile au monde sans jamais se compromettre pour être entendue.
Ne fuyons pas les hommes, mais allons vers eux. N’aimons pas le monde, mais aimons les âmes. N’imitons pas le monde, mais reflétons Christ. Ne modelons pas l’Église selon les exigences du monde, mais selon la Parole de Dieu.
Et lorsque le monde demande pourquoi nous sommes différents, notre réponse ne doit pas être d’abord une liste de règles : elle doit être une Personne, Jésus-Christ.

 

Le christianisme repose sur une Personne infaillible et un Livre infaillible ; nous avons les deux, en Christ et dans les Écritures.

 

C’est Lui que nous annonçons. C’est Lui que nous servons. C’est Lui que nous attendons – Celui qui est venu du ciel, qui a été rejeté, qui est mort pour nos péchés, qui est ressuscité, qui est glorifié auprès du Père, et qui reviendra chercher les Siens. Jusqu’à ce jour, marchons ici-bas comme ceux qui appartiennent déjà au ciel : dans le monde, mais avec Christ ; dans le monde, mais séparés du mal ; dans le monde, mais témoins de la vérité ; dans le monde, mais le cœur tourné vers le ciel.

 

Par Berny, pour le Salon Beige

Juillet 26

Le réveil d'une abbaye millénaire : Quand la tradition devient l'avenir de l'Église

14/07/2026

Le réveil d'une abbaye millénaire : Quand la tradition devient l'avenir de l'Église

Le passage de témoin
Aux aurores, le silence séculaire de la vallée du Vaucluse a été rompu par le vrombissement des moteurs. En ce mois de juillet écrasé par une chaleur étouffante, deux fourgons blancs ont quitté les contreforts du mont Ventoux, emportant avec eux l'avenir d'un site millénaire. À leur bord, douze moines bénédictins du Barroux, crânes tonsurés et robes noires, mettant le cap vers l'Anjou. Leur destination : l'abbaye de Bellefontaine, sentinelle cistercienne fondée en 1120, qui menaçait de s’éteindre dans le murmure de l’histoire.
Ce n'est pas un simple déménagement, mais une passation de relais exceptionnelle dans les annales de l’Église de France. Sur le parvis, le contraste visuel est saisissant : la bure blanche des trappistes sortants, affaiblis par l'âge, croise le noir profond des nouveaux arrivants, dont la moyenne d'âge n'excède pas quarante ans. Dans un paysage ecclésial marqué par la désertion des monastères, cet événement interroge : et si la sève de demain puisait sa force dans les racines les plus anciennes ?

 

Le paradoxe de la croissance traditionaliste
Le transfert de Bellefontaine est le théâtre d'un basculement démographique qui passionne le sociologue. D’un côté, les Cisterciens-Trappistes, figures de proue de l'ouverture post-conciliaire, ont vu leurs effectifs fondre : de soixante moines dans les années 1970, ils n'étaient plus que quatorze à l'aube de 2025. Huit d’entre eux ont déjà rejoint un Ehpad à Torfou, laissant derrière eux des bâtiments immenses mais vides. De l’autre, la communauté du Barroux déborde. Conçue pour quarante occupants, elle en abrite soixante-deux, attirant une à deux vocations par an.
Cette greffe "traditionaliste" n'est pas passée sans heurts ni réflexions. Mgr Emmanuel Delmas, évêque d’Angers et médecin de formation, a dû naviguer avec prudence, obtenant un vote à la majorité des deux tiers de son conseil presbytéral et le nihil obstat du nonce apostolique pour valider cette installation, là où d'autres évêques avaient précédemment opposé une fin de non-recevoir. Pour Dom Louis-Marie, abbé du Barroux, cet attrait de la jeunesse pour la messe tridentine et le chant grégorien ne relève pas d'un caprice esthétique :
« Nous sommes des chercheurs de Dieu selon une pédagogie traditionnelle. [...] Nos préférences expriment le mystère de la foi avec des notes différentes, plus proches de l’incarnation ou plus transcendantes. »


"Ora et Labora" — Des kiwis au vin "Via Caritatis"
Au cœur de cette transition se joue également une survie économique. Les deux ordres partagent la règle de Saint Benoît, mais leurs trajectoires diffèrent par leur rapport au travail manuel. Les Cisterciens de Bellefontaine furent des pionniers, introduisant la culture du kiwi en France. Pourtant, avec le temps, l'équilibre s'est rompu. Le père Samuel, 73 ans, analyse ce déclin avec une lucidité sociologique poignante : il pointe la suppression des "frères convers" (ces moines dédiés aux tâches manuelles) après le Concile et la perte du travail en commun au profit de structures administratives trop lourdes.
Les Bénédictins du Barroux, eux, ont fait du travail de la terre un levier de croissance. Leur huile d’olive est renommée et leur marque de vin, « Via Caritatis », fédère les vignerons des villages alentour dans une démarche solidaire. En reprenant les terres de Bellefontaine, ils entendent restaurer ce "bel équilibre de vie communautaire" entre prière et labeur physique. Pour les anciens de Bellefontaine, voir la vie monastique se perpétuer par le travail de la terre est une "consolation" qui l'emporte sur l'amertume du départ.


La métaphore de la quille — La stabilité dans la tempête
La question du positionnement de ces moines au sein de l'Église moderne reste centrale. Les Cisterciens de Bellefontaine étaient connus pour leur rayonnement intellectuel et leur ouverture au dialogue interreligieux, symbolisés par les martyrs de Tibéhirine — Bruno, Célestin et Michel — issus de leurs rangs. Ces derniers étaient sur la "ligne de front". À l'opposé, les moines du Barroux revendiquent une posture de retrait stabilisateur. Dom Louis-Marie utilise une image maritime saisissante pour définir leur rôle :


« Nous sommes sur le bateau Église, peut-être plus près de la quille, pour assurer la stabilité, qu’à l’avant pour affronter les éléments des temps actuels. Cette place donne mystérieusement une stabilité à ceux dont la vocation est d’être sur le front le plus avancé. »


Cette recherche de Dieu "au désert" agit comme une ancre. Pour ces religieux, être "traditionaliste" s'écrit avec un petit "t", car c'est l'Église seule qui porte la Tradition avec un grand "T". Ils ne se voient pas comme un contrepoids, mais comme une composante de la "saine diversité" catholique.


Un secret sous l'autel — L'unité invisible
Sous l'abbaye de Bellefontaine se cache un symbole qui transcende les clivages liturgiques. En contrebas, dans la chapelle Notre-Dame de Bon Secours — haut lieu de la piété vendéenne — se trouve un secret géologique. À la verticale de l’autel, plusieurs sources souterraines convergent pour former la "Belle Fontaine". Cette réalité physique devient la métaphore de cette succession : des sensibilités ecclésiales opposées qui finissent par se couler dans le même courant spirituel.
Le changement de visage de l'abbaye s'accompagne toutefois d'une nouvelle rigueur spatiale. Cette semaine, la "clôture" monastique a été physiquement renforcée par de nouvelles limites visibles, marquant la volonté des nouveaux moines de préserver leur isolement du monde. Pourtant, paradoxalement, cette fermeture spatiale s'accompagne d'une ouverture spirituelle accrue : contrairement aux trappistes, les bénédictins laisseront l'église abbatiale ouverte de matines à complies, offrant au public un accès permanent à la confession et à la prière.


Une oasis de silence pour demain
Le réveil de Bellefontaine n'est pas un simple changement de garde ; c'est le laboratoire d'une Église qui cherche son second souffle. En transformant ce qui devait être une fermeture définitive en une promesse de pérennité, le diocèse d'Angers fait un pari audacieux. Certes, pour certains fidèles locaux, le passage au latin et au rite ancien est un "choc rude". Mais pour beaucoup d'autres, l'essentiel est ailleurs : l'oasis de silence ne s'est pas asséchée.
L'histoire de cette transition nous place face à une interrogation fondamentale sur la modernité : la capacité de régénération de l'Église dépendrait-elle de sa fidélité à des formes que l'on croyait obsolètes ? En se réappropriant ses racines les plus radicales, Bellefontaine prouve que la Tradition, loin d'être un musée, peut redevenir le moteur d'un avenir inattendu.

Juillet 26

Le Scandale de la Miséricorde : 5 Vérités Décapantes du Père Zanotti-Sorkine

13/07/2026

Le Scandale de la Miséricorde : 5 Vérités Décapantes du Père Zanotti-Sorkine

Dans le clair-obscur de notre modernité liquide, où la parole donnée s’évapore au gré des intérêts, la trahison est devenue une morsure familière. Nous flottons dans un "flou" permanent, une tiédeur où l’engagement est une option révocable. C’est ce sentiment d’inconfort universel que vient bousculer le Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine. Prêtre-artiste au parcours singulier — de Marseille à Paris, de la chanson à l’autel — il livre dans son ouvrage On n'est jamais trahi que par les siens une méditation incandescente sur nos renoncements. Son constat est sans appel : et si nos trahisons n'étaient que le symptôme d'une pathologie plus profonde : la peur d’être enfin nous-mêmes ?

La Trahison est l'Œuvre de la Peur
La trahison n'est pas l’apanage des monstres ; elle est la démission des lâches. Pour le Père Zanotti-Sorkine, qu'il s'agisse de la vente cynique de Judas ou du reniement sauvage de Pierre, le ressort est identique : le refus de s'assumer dans l'adversité. Aujourd'hui, cette trahison s'est démocratisée sous la forme d'une peur sociale paralysante.
Le reniement du rôle : Le père qui craint d'être père, le prêtre qui s'édulcore pour plaire, le politique qui calcule son image.
L'anesthésie de l'identité : Nous trahissons dès que nous fuyons notre vérité pour nous fondre dans le décorum de l'époque.

"La trahison c'est quand même l'œuvre de la peur et j'ai l'impression aujourd'hui que nous avons tous peur d'être ce que nous sommes."


Contre la "Guimauve" : L'Amour comme Crucifixion

Le Père s’insurge contre un "catholicisme sucre d'orge", une version émasculée de la foi qui substitue le sentimentalisme à la force. Citant Léon Bloy, il dénonce cet "amour tronqué" qui finit par produire une religion molasse et poisseuse.

L’amour véritable n’est pas un romantisme vaporeux ; il est, par essence, supérieur à la justice humaine. Alors que la justice équilibre les comptes, l'amour se mobilise tout entier dans une fidélité qui exige le don de soi. C'est un engagement "crucifiant" : il ne s'agit pas d'être "gentil", mais d'avoir le courage de maintenir une exigence infinie envers soi-même et envers l'autre, loin de toute sensiblerie mondaine.


Le Piège des Querelles : Pour une "Tête Ronde"
L’une des trahisons les plus subtiles au sein de l’Église réside dans l'obsession des "petites politiques" liturgiques. Le Père Zanotti-Sorkine observe avec une pointe d'ironie comment le démon utilise ces divisions — messe traditionnelle contre messe moderne — pour détourner les fidèles de l’essentiel : le salut des âmes.
Face à cette sclérose, il prône, selon le mot de Picabia, une "tête ronde" pour pouvoir changer de direction et embrasser l'universalité. Son approche est d'un pragmatisme pastoral radical :
Si un jeune est nourri par la messe de Saint Pie V, son conseil est limpide : « Vas-y, vas-y ».
L’important n'est pas le nombre de Confiteor, mais la rencontre avec le Christ. Perdre son temps en querelles de clocher, c'est trahir l'urgence de la foi.

Le Karcher ou la Bénédiction : Le Cas Abbé Pierre
C’est ici que le "scandale" de la miséricorde éclate avec le plus de force. Le Père distingue radicalement la justice des hommes, qui gère des dossiers et "taille des parts de cachot", de la justice de Dieu, qui cherche la résurrection.

Il aborde frontalement la tentation contemporaine de la "carchérisation" morale — cette cancel culture qui détruit totalement une personne sous prétexte de pureté. Évoquant le scandale lié à l'Abbé Pierre, il met en garde contre la destruction d'un héritage et d'une âme :
Le risque du purificateur : Utiliser un "karcher" moral peut nettoyer une situation, mais cela crée souvent un champ de désolation où plus rien ne peut pousser.
Le supplément d'amour : S'appuyant sur la femme adultère, il rappelle que le Christ refuse de condamner non par laxisme, mais pour donner une chance de renaissance.

Un être est toujours plus grand que son péché, aussi infâme soit-il. Pour le Père, une Église qui punit sans chercher à bénir n'est plus l'Église du Christ, mais un simple tribunal civil, sec et stérile.


Manifeste pour l'Incarnation : La Religion du Toucher
Contre une spiritualité désincarnée et une modernité devenue suspecte de tout contact, le Père Zanotti-Sorkine défend une "religion du toucher". Le corps est substantiellement uni à l’âme ; il est le vecteur indispensable de la grâce.

Il déplore cette suspicion généralisée où poser une main sur l'épaule (comme dans son anecdote du taxi) est perçu comme une agression. Cette peur nous déshumanise. En rappelant les gestes du Christ utilisant sa propre salive pour guérir les yeux ou la bouche des souffrants, il souligne le caractère "scandaleux" de l'Incarnation. Le corps n'est pas une réalité sale, c'est l'escabeau de l'âme, le lieu de la tendresse et du miracle. Sans le corps, le don de soi n'est qu'une abstraction.

La Sagesse de Recevoir
La vie spirituelle ne consiste pas à construire un plan de carrière, mais à s'abandonner à l'imprévu. Reprenant Pascal, le Père rappelle que "la nécessité et les événements" sont nos seuls vrais maîtres.
Le sommet de la sagesse est de passer du verbe "accepter" (souvent synonyme de résignation passive) au verbe "recevoir". Recevoir l'événement, le bien comme le mal, c'est reconnaître que Dieu se cache dans les plis de l'inattendu. C'est une posture héroïque qui exige de renoncer à son propre point de vue pour se laisser conduire.


Question finale :
Face aux trahisons subies ou commises, choisirez-vous la sécurité de la sanction et du "Karcher" moral, ou aurez-vous l'incroyable courage de ce supplément d'amour qui, seul, est capable de ressusciter les morts ?

Vidéo de l'entretien (1h05')

 

Juillet 26

Un joli texte sur la nécessité de la grâce que seul donne Jésus-Christ

13/07/2026

Un joli texte sur la nécessité de la grâce que seul donne Jésus-Christ

C’est une belle réflexion que propose David Hahn, jeune enseignant à l’université des Franciscains de Steubenville (Ohio) et chroniqueur, à propos de la vertu, de la grâce, du vrai Dieu. Je n’ai pas résisté au plaisir de la traduire et de vous proposer cette traduction d’un texte paru dans le Catholic Herald, étoile montante des publications catholiques anglophones. La réflexion est large, mais vous verrez qu’elle offre des éclairages très vrais sur les maux qui nous accablent et les erreurs qui tendant à la mise en place d’une fausse spiritualité globale et d’une morale écologique. Chassez le surnaturel, comme le disait Chesterton, il ne reste plus que ce qui n’est pas naturel – puisque le monde qui nous entoure a été fait dans un but bien précis. On pourrait résumer les idées développées par David Hahn en quatre mots : nécessité de la grâce.

Jeanne Smits.

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La vertu ne suffit pas : pourquoi nous avons besoin de la grâce
 

Notre civilisation a collectivement oublié cette chose importante : nous avons oublié à quel point le christianisme est bizarre, et comment cette bizarrerie a sauvé l’Occident. A l’image de la malédiction de la Dame à la robe verte dans Le Fauteuil d’argent de C.S. Lewis, une sorte de sommeil d’oubli nous a bercés. Nous avons oublié à la fois qui nous sommes, notre patrie céleste et la merveille qu’est notre Dieu incarné.

Les vertus sont indispensables à une société qui fonctionne, à la vie utile et au noble héritage – mais qui peut affirmer que l’une ou l’autre de ces choses constitue une fin en soi ? Comme l’écrivait Chesterton dans L’Homme éternel :

 

« [A Rome] la philosophie virait à la plaisanterie ; elle commençait aussi à devenir ennuyeuse. Cette simplification contre nature où tout était ramené à un système ou à un autre – ce travers du philosophe que nous avons déjà évoqué – révélait à la fois sa finalité et sa futilité. Tout était vertu, ou bien tout était bonheur, ou tout était destin, ou encore tout était bien, ou tout était mal ; en tout cas, tout était tout et il n’y avait plus rien à en dire ; pourtant, que de mots. »

Notre intuition ne suffit pas à repousser les sceptiques et les hédonistes ; ils voient juste quant à la fin du conte – « souviens-toi, homme, que tu es poussière » – et ils savent que tout retourne à la poussière. Face à l’éternité, tous nos efforts, frappés qu’ils sont de finitude, sont au bout du compte dénués de sens, alors pourquoi ne pas manger, boire et faire la fête ? L’hédonisme ne bâtit pas de civilisations durables, mais pourquoi le devrait-il si le destin commun à tous – nos corps, nos familles, nos cultures – n’est que poussière ?

 

Nécessité de la grâce que seul donne Jésus-Christ
Seul le chrétien perçoit en vérité la valeur de la vertu au-delà du plaisir et de l’honneur – en fait, il est le seul à percevoir la valeur de la poussière. Le stoïcien accueille la douleur et le plaisir avec une résignation sereine. Le chrétien accueille la douleur et le plaisir en rendant grâce, car tous deux – mais surtout la seconde – le mettent en contact avec l’homme de Nazareth. Le païen ne peut aimer sa misère comme le chrétien peut embrasser sa Croix. Il voit dans l’ensemble de l’ordre temporel un monde gémissant après la sanctification. Il voit l’adoration de son Dieu dans tout ce qu’il fait. Le christianisme a sanctifié l’épée et la charrue tout autant que l’autel et le temple.

Nous avons oublié ce que le Christ a fait pour nous. De cet oubli a résulté non pas un progrès, mais une régression ; nous sommes retombés une fois de plus dans le grand gouffre, dans la boue de toute l’humanité.

Les stoïciens philosophent de nouveau sur leur quête sans fin de la vertu et de l’excellence. De nouveau, l’homme invente des mythes qui fascinent, ou imagine des cauchemars dès l’instant où ces mythes cessent de le satisfaire. Ce qui commence comme un plaisir innocent s’achève dans le désespoir – car nos désirs n’ont jamais été destinés à être comblés ici-bas.

Ce n’est pas une nouvelle voie que nous ouvrons ; notre progrès ne nous mène pas en avant – tout comme un cheval de course n’avance pas en tournant sans cesse en rond sur la même piste. Nous avons été créés pour une fin bien précise, qui exige un immense courage : non pas le circuit sans fin du cheval de course, mais la charge tonitruante du cheval de guerre.

Il ne nous reste plus aujourd’hui qu’une culture qui ressemble fort à un corps sans tête. La guillotine du rationalisme français s’est abattue sur l’Occident tout entier.

Les érudits nous disent que nous devons revenir à nos racines, que la sagesse d’Athènes, la foi de Jérusalem et la loi de Rome nous guideront sur la bonne voie. Comme si le manque qui nous afflige aujourd’hui était un manque de philosophie, de monothéisme et d’ordre légal. J’ose ne pas être d’accord ; nous en avons bien trop.

Les Jordan Peterson et les Jocko Willink ont prêché l’évangile de la responsabilité personnelle ; les musulmans ont diffusé leur Dieu unique à travers le monde ; et la mondialisation fait passer la Pax Romana pour du provincialisme.

L’humanité est bel et bien une fraternité, et nous formons une seule et même communauté de frères orphelins. Ce dont nous avons besoin, c’est ce dont nos ancêtres avaient besoin avant nous : nous avons besoin de nous libérer de ce qui tourne en rond dans ce monde – la quête sans fin du développement personnel, qui est en réalité aussi vaine que la recherche du plaisir personnel. Il nous faut davantage que notre fraternité ; nous avons besoin de la paternité de Dieu.

De nos jours encore, certains semblent trouver astucieux d’affirmer que toutes les religions poursuivent le même but, et ils finissent ainsi par en faire une grande potée – une bouillabaisse syncrétique. La religion se réduit alors à une méthode d’ingénierie sociale, guère plus : un ensemble d’habitudes morales qui servent à créer des sociétés disciplinées, prospères et pacifiques.

 

La grâce pour atteindre le but de la vie
Comme l’a observé Chesterton à propos de Marc Aurèle :

« On a reproché à Marc Aurèle de tolérer les amphithéâtres païens ou les martyres de chrétiens. Mais c’était caractéristique ; car ce genre d’homme considère la religion populaire exactement comme il considère les cirques populaires. »

On ne peut pas leur reprocher tout à fait d’avoir banalisé la religion en la réduisant à un vaste ensemble de contes ; cela est vrai de tous ces récits, en effet, sauf un : celui que nous avons eu la grande chance de voir devenir notre histoire. Leur arrogance réside dans leur incapacité à reconnaître qu’ils n’ont fait que reconstruire le panthéon romain ou le temple hindou. Même les hommes les plus nobles d’aujourd’hui attribuent à tort l’œuvre unique de l’Homme-Dieu au syncrétisme et à l’évolution progressive de la culture.

Cela s’explique par le fait qu’ils jugent les religions à l’aune de leurs conséquences plutôt qu’à celle de leur vérité. Si le christianisme rend les hommes charitables, si le bouddhisme les rend paisibles, le stoïcisme disciplinés et l’islam ordonnés, alors on peut simplement emprunter à chacun ses meilleurs éléments. La vertu elle-même devient le bien suprême, tandis que la vérité est discrètement reléguée au rang de simple question de goût. Pourtant, le christianisme n’a jamais prétendu se contenter de produire des hommes admirables. Il affirme que Dieu est entré dans l’histoire, qu’il est mort, qu’il est ressuscité et qu’il a rendu possible une vie qu’aucune philosophie ni aucune discipline ne pourra jamais atteindre. Les vertus ne sont pas la destination du christianisme ; elles en sont le fruit. On accepte tout, sauf l’affirmation scandaleuse selon laquelle un seul homme est Dieu, et que toute vertu ne trouve sa fin qu’en Lui.

Nous n’avons pas besoin de nous plonger dans nos racines ; celles-ci sont aussi solidement ancrées que la pierre dans la terre. Il nous faut remonter, une fois encore. Nous avons besoin d’une « re-capitation » – la restauration de notre Tête, le Christ.

Bien plus que des vertus aristotéliciennes, nous avons besoin du mysticisme de Thomas d’Aquin. Bien plus que la loi, nous avons besoin de la vie de grâce qui rend la loi capable d’être vécue. Bien plus que du Dieu solitaire de l’Orient, nous avons besoin de l’Amour éternel de la Sainte Trinité. Ce n’est que lorsque nous possédons ce dernier que les premières atteignent leur but.

Il est, lui, avant toutes choses, et toutes choses subsistent en lui. Il est la tête du corps de l’Eglise, lui qui est le principe, le premier-né d’entre les morts, afin qu’en toutes choses, il tienne, lui, la première place… (Colossiens 1, 15-23).

 

David Hahn

Traduction par Jeanne Smits

 

Juillet 26

Sainte Élisabeth du Portugal

11/07/2026

Sainte Élisabeth du Portugal

Avec le Père Jean-François Thomas, s.j., auteur de Méditations de printemps, publié aux éditions Via Romana.

Juillet 26

Jeanne d'Arc : le plus grand mystère de l'Histoire de France

10/07/2026

 Jeanne d'Arc : le plus grand mystère de l'Histoire de France

00:00 - Introduction

03:15 - Le contexte historique de la guerre de Cent Ans

10:45 - Les voix et la mission de Jeanne d'Arc

22:10 - La rencontre à Chinon avec le Dauphin

35:40 - La levée du siège d'Orléans

48:15 - Le sacre à Reims : le sommet de l'épopée

55:30 - Le procès et l'héritage impossible

01:02:00 - Conclusion

 

Juillet 26

Pierre Vigne prend la route pour dire Dieu

09/07/2026

Pierre Vigne prend la route pour dire Dieu

Les raisons d'y croire
Dès l’adolescence, Pierre Vigne a conscience que le saint sacrifice de la messe et le renouveau de l’adoration eucharistique sont de puissants moyens de sanctification des personnes et de la société. Logiquement, il entre donc au grand séminaire à vingt ans, en 1690, et il est ordonné quatre ans plus tard. Fils d’une famille aisée de Privas, Pierre aurait pu envisager une existence confortable. Il choisit pourtant le sacerdoce, dans un contexte où le ministère est particulièrement difficile : dans le Vivarais, sa région natale, les guerres de Religion ont laissé des traces profondes et des rancunes vivaces entre catholiques et protestants. Sa vocation est donc bien fondée sur une conviction profonde et non sur un intérêt personnel.
Il va demander à sa hiérarchie de quitter la vie diocésaine, puis aussi les Lazaristes, pour pouvoir suivre un apostolat particulier. Il ne s’agit pas d’un problème avec l’autorité ni d’une tendance gyrovague, mais bien d’un appel particulier qui le pousse de plus en plus à sortir des sentiers battus pour aller vers ceux que les instances officielles négligent. Ce changement radical d’orientation et de mode de vie implique une capacité de sacrifice et de renoncement dont peu sont capables. Ce choix lui est manifestement inspiré du Ciel, ce que d’ailleurs personne ne conteste.
Dès lors, Vigne développe une action missionnaire itinérante singulière. Il ne cherche pas à recruter des compagnons et assume en solitaire cette tâche ingrate, allant où l’Esprit le pousse, parcourant le Vivarais, le Dauphiné, le Vercors, le Forez, une partie de la Savoie et même l’Hérault et la Haute-Garonne. Il attend que Dieu l’inspire.


Cette vie est un choix difficile et pénible, souvent périlleux et d’une remarquable endurance. Il n’a pas de point fixe, à l’image des premiers disciples et du Fils de l’Homme, qui n’avait pas de pierre où reposer sa tête. Les témoignages du procès de béatification décrivent un missionnaire vivant très simplement, dormant peu, parcourant de longues distances à pied et refusant les avantages matériels, car il a conscience que les biens éternels priment sur les biens temporels.


Il comprend que laisser passer l’occasion de se confesser peut décider du salut d’un pécheur, de sorte qu’il ne se contente pas de confesser dans les villages où il prêche, mais il s’oblige à transporter partout avec lui un confessionnal pliable afin de pouvoir soulager aussitôt de leurs fautes ceux qui croisent son chemin. Il ne tient pas compte de son épuisement, se montrant sans cesse disponible pour tous.


Sa foi en Christ produit une fécondité humaine observable. : elle engendre des missions populaires, des conversions, une œuvre éducative durable (la congrégation des Sœurs du Saint-Sacrement, fondée en 1715). Vigne a également fondé la confrérie des Pénitents blancs, qui prie, se sacrifie et fait pénitence pour les péchés du monde. En dépit de sa grande rigueur, elle rencontre un vaste succès.


Pierre Vigne ne rencontre aucun obstacle pour édifier à Boucieu-le-Roi un chemin de croix monumental de trente stations, qui survivra à la Terreur et existe encore. Il souhaite que les fidèles puissent méditer concrètement la Passion du Christ. Les événements de la Passion appartiennent à l’histoire réelle, et il observe que contempler les souffrances du Christ peut transformer durablement la vie des croyants.


Pris d’un malaise en chaire alors qu’il prêche une retraite à Rencurel, dans le Vercors, au début de l’été 1740, Vigne y meurt le 7 juillet. En dépit d’une chaleur lourde et orageuse qui fait craindre une décomposition très rapide du corps, son cadavre demeure intact, au point qu’au bout de quatre jours, l’on hésite encore à l’inhumer, car on le croirait endormi plutôt que mort. Les conditions atmosphériques n’étant absolument pas propices à un tel phénomène, les esprits en resteront très frappés.
 
 
En savoir plus
La légende s’est tôt emparée de la personnalité du missionnaire, donnant lieu à des anecdotes fausses mais révélatrices. Ainsi, bien qu’il soit né le 20 août 1670 à Privas, en Ardèche, dans une famille parfaitement catholique, certains le prétendront d’origine protestante et converti à l’adolescence par un miracle eucharistique, son cheval l’ayant désarçonné un jour qu’il refusait de mettre pied à terre pour laisser passer le saint sacrement. Cette anecdote, directement inspirée par d’autres vies de saints, telle celle de saint Antoine de Padoue, est fausse, mais elle souligne combien la dévotion eucharistique du prêtre a marqué ceux qui l’ont rencontré.

Pierre Vigne est ordonné le 8 septembre 1694, puis nommé vicaire dans la paroisse montagnarde de Saint-Agrève, qui fut cinquante ans plus tôt solidement réévangélisée par saint Jean-François Régis. Il y donne toute satisfaction, est très apprécié de ses ouailles et de son curé, fait beaucoup de bien, mais il comprend vite que cette existence trop facile, dans un bourg où il ne s’agit plus que de prêcher des convaincus, ne correspond pas à son appel. Pierre Vigne comprend que la défiance vis-à-vis des catholiques est largement alimentée par l’ignorance, la méconnaissance, les préjugés. Il comprend aussi qu’on ne peut lutter contre elle qu’en instruisant le peuple des vérités de la foi, en lui donnant une image plus juste de l’Église et du clergé, et en lui rendant le goût et l’amour des sacrements, de la messe et de Marie. Cette prise de conscience, qui se fera en plusieurs étapes, le conduira à un dépouillement total et à un abandon volontaire de toutes les sécurités de l’existence uniquement pour ramener les âmes à Dieu.

Il décide en 1700, avec l’accord de son évêque, de quitter le clergé diocésain pour postuler chez les Lazaristes, à Lyon. Fondés par saint Vincent de Paul, les Lazaristes sont des prêtres missionnaires voués à parcourir les campagnes et les villes pour redonner une formation chrétienne au peuple, lui inspirer l’amour de Dieu et le ramener à la pratique religieuse, notamment par la confession. Pierre a la conviction que la défiance vis-à-vis de la religion catholique est largement alimentée par l’ignorance, la méconnaissance et les préjugés. Il comprend aussi qu’on ne peut lutter contre elles qu’en instruisant le peuple des vérités de la foi, en lui donnant une autre image de l’Église et du clergé, et en lui rendant le goût et l’amour des sacrements, de la messe et de Marie. Cette prise de conscience, qui se fera en plusieurs étapes, le conduira à un dépouillement total et à un abandon volontaire de toutes les sécurités de l’existence uniquement pour ramener les âmes à Dieu.

 

Les structures des Lazaristes ne correspondent pas pleinement à ce qu’il cherche (ils sont trop organisés et il ne trouve pas la liberté de mouvement qu’il voudrait conférer à son apostolat). Aussi va-t-il demander dès 1706 à les quitter, toujours avec l’accord de ses supérieurs. Il ne s’agit pas d’un problème avec l’autorité ni d’une tendance gyrovague, mais bien d’un besoin d’action qui le pousse de plus en plus à sortir des sentiers battus pour aller vers ceux que les instances officielles négligent. Cette nécessité du travail de terrain lui est manifestement inspirée du Ciel, ce que personne ne conteste.

 

En 1712, il arrive à Boucieu-le-Roi, un village dont l’aspect le fait immédiatement penser à Jérusalem. Il comprend qu’il a trouvé là son équivalent et qu’il doit en faire une sorte de camp de base d’où il fera désormais rayonner ses activités. Il va y construire un chemin de croix, puis, l’année suivante, quelques jeunes filles pieuses étant venues le prendre comme directeur de conscience, jeter les bases de ce qui deviendra la congrégation des Sœurs du Saint-Sacrement, qui se vouent à l’adoration eucharistique et à l’accueil des pèlerins venus parcourir les trente stations de son chemin de croix. Sa fondation est autorisée en 1722.

 

Il meurt d’épuisement à la tâche après avoir, dans les régions qu’il a parcourues, préparé le peuple à résister à la déchristianisation révolutionnaire. Si la Terreur anéantira la confrérie des Pénitents blancs, les Sœurs du Saint-Sacrement, désormais installées à Valence, lui survivront.

 

Jean-Paul II l’a béatifié le 3 octobre 2004.
Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.
 
Aller plus loin
Pierre Vigne (1670 – 1740). Prêtre missionnaire. Actes du colloque du tricentenaire de son ordination sacerdotale (1694-1994), Lyon, Profac, 1995.
 

En complément
 La biographie de Pierre Vigne sur le site Internet du Vatican, ou sur le site Santi e Beati .
Pierre Vigne, Méditations sur les plus beaux mystères de Notre Seigneur Jésus-Christ, édition critique par les Sœurs du Saint-Sacrement, Valence.
Les informations disponibles sur le site Internet de la congrégation des Religieuses du Saint-Sacrement , en plusieurs langues.
Annie Gerest, Pierre Vigne, en chemin avec les humbles, Paris, Nouvelle Cité, 2012.

 

Source : 1000 raisons de croire

Juillet 26

Seront-ils excommuniés ?

08/07/2026

Seront-ils excommuniés ?

De nouvelles atteintes à la vie humaine innocente

Le premier a déjà à son palmarès la constitutionnalisation de l’avortement par vote solennel du parlement réuni en Congrès le 4 mars 2024. Il compte transformer l’essai en obtenant, le 15 juillet prochain, sous l’impulsion de son premier ministre Sébastien Lecornu, le vote d’une loi légalisant l’euthanasie et le suicide assisté. Dire que ces mesures sont en opposition frontale avec l’enseignement constant de l’Eglise sur la défense de la vie humaine innocente est une évidence qu’il est inutile de redémontrer ici. Le président de la Conférence des Evêques de France, le cardinal Jean-Marc Aveline, semble aux abonnés absents sur ce sujet laissant Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre, faire part des réticences de l’épiscopat français quant à ce projet de loi. Après avoir dénoncé en janvier « l’acharnement idéologique » du gouvernement puis sa « désinvolture institutionnelle », Mgr Rougé a fait part de son inquiétude quant à l’atteinte à la liberté de conscience que constituerait l’obligation pour tous les établissements de soins, en particulier catholiques, de proposer l’euthanasie ou le suicide assisté. Certaines congrégations comme les petites Sœurs des Pauvres auraient ainsi obligation de fermer leurs établissements en France et de s’exiler à l’étranger. Le choix a ainsi été fait, par l’Eglise de France, de ne placer le débat sur la fin de vie que sur le plan de la loi naturelle en appelant à la liberté de conscience de chacun dans une forme de plaidoyer pro domo qui semble occulter la portée universelle de la loi de Dieu. Mgr Rougé citant la récente encyclique du pape Léon XIV Sacra humanitas évoque des « choix gravement illicites » et en appelle au » choix salutaire du principe d’humanité ». Certes, mais est-il nécessaire d’être évêque pour tenir un tel discours ? Le temps est bien lointain où les évêques se voulaient les intendants de mystères de Dieu et les gardiens de la loi divine. Comment lutter contre la sécularisation de la société civile et politique si même les évêques s’interdisent de mentionner la loi de Dieu ? De plus, quelles conséquences compte tirer Mgr Rougé à propos des promoteurs de ces choix qu’il serait plus exact de qualifier de criminels plutôt que de simplement illicites ? Mgr Von Galen, évêque de Munster, dénonçant vigoureusement, en 1941, en chaire, le programme nazi Aktion T4 d’euthanasie des malades mentaux ne semble guère avoir fait d’émules ! Depuis le concile Vatican II, l’Eglise a fait le choix de ne plus condamner l’erreur. Il s’agit d’être positif. Le raisonnement a cependant ses limites comme vient de le démontrer la récente excommunication de la FSSPX.

 Aux USA certains évêques diocésains refusent la communion aux politiciens notoirement partisans de l’avortement, arguant du canon 915 du code de Droit canonique qui prévoit que :  « ceux qui persistent avec obstination dans un péché grave et manifeste, ne seront pas admis à la sainte communion ». Le 20 mai 2022 Mgr Salvatore Cordileone, archevêque de San Francisco,  adressait la monition suivante à Nancy Pelosi, élue démocrate de Californie et partisane de l’avortement : « Vous ne devez pas vous présenter pour (recevoir) la Sainte-Communion et, si cela devait arriver, vous ne devrez pas être admise pour la Sainte-Communion, jusqu’à ce que vous répudiiez publiquement votre défense de la légitimité de l’avortement, et que vous vous confessiez et receviez l’absolution pour ce grave péché ». Voilà qui est clair !

Un risque d’instrumentalisation

L’opposition à l’avortement est, bien sûr, une des préoccupations du pape Léon XIV ce dont témoigne son accueil chaleureux le 22 juin dernier de Jean-Marie Le Méné, Président de la Fondation Jérôme Lejeune et de Marie-Lys Pellissier, porte-parole de la Marche pour la Vie. Sans vouloir offenser personne cette rencontre est restée très confidentielle. Il n’en sera pas de même des rencontres à venir entre le pape Léon XIV et MM. Macron et Lecornu en septembre prochain. Nous pouvons faire confiance à notre « Mozart de la finance » pour mettre en scène sa rencontre avec le pape à son bénéfice exclusif. Quel feu d’artifice final : peut-être la coupe du monde de football et des photos avec le pape, toujours souriant et affable, quels que soient les propos qu’il tiendra par ailleurs ! Le précédent espagnol est, à cet égard, extrêmement surprenant. Les Cortes Generales, à majorité socialiste et donc favorable à l’avortement et à l’euthanasie, ont applaudi debout, le 8 juin, pendant de longues minutes, le discours du pape qui venait d’exalter la défense de la vie humaine innocente, la famille, le droit des parents à choisir l’éducation de leurs enfants, la lutte contre les mafias qui exploitent les migrants et le maintien du secret de la confession. Une des grandes victimes de la confusion actuelle des esprits semble être le principe de non-contradiction. Emmanuel Macron constitutionnalise l’avortement, autorise par la loi l’euthanasie et le suicide assisté et « en même temps » participe le 30 juin au 9 ème Congrès contre la peine de mort.

Des lions et des prophètes

Chacun conviendra, pour s’en réjouir ou s’en désoler, que l’Eglise n’a plus sur la société française l’influence qu’elle eut pendant des siècles. Les catholiques pratiquants représentent moins de 2% de la population. Les années qui passent voient enfler le flot des lois qui nient toute forme de loi naturelle sans même parler de la loi de Dieu, mettant ainsi en péril le salut de nombreuses âmes. Face à ce déferlement d’immoralité, trop souvent les évêques de France s’inquiètent, alertent, se préoccupent, etc. Ainsi le programme EVARS (Education à la Vie Affective Relationnelle et Sexuelle) sera-t-il déployé à la prochaine rentrée scolaire dans toutes les écoles catholiques sous contrat, au détriment de la responsabilité première des parents dans ce domaine. Les promoteurs de l’avortement Valéry Giscard d’Estaing ou Jacques Chirac sont benoîtement enterrés avec grand concours d’évêques sans qu’il n’ait été fait mention de leurs éventuelles repentances pour les centaines de milliers d’avortements dont ils sont, en partie, responsables. Il n’est pas interdit de penser que certains parlementaires ne seraient pas insensibles à une monition épiscopale qui les préviendrait qu’à moins de rétractations publiques ils ne pourraient bénéficier d’obsèques religieuses. Il nous faudrait des évêques qui soient les lions et des prophètes, à l’exemple de Mgr Von Galen (1878-1946) le « lion de Münster », ou de Mgr Cazaux (1897-1975), évêque de Luçon organisant de gigantesques manifestations pour la défense de l’enseignement catholique dans les années 50, et non de simples fonctionnaires ecclésiastiques. Mais, les méritons-nous ?

Jean-Pierre Maugendre dans Renaissance Catholique.

Juillet 26

Le Retour du Fils prodigue… en trois exemplaires avec accusé de réception

07/07/2026

Le Retour du Fils prodigue… en trois exemplaires avec accusé de réception

 

Il y a de ces documents qui vous rappellent pourquoi l'Église catholique a survécu à deux millénaires d'empires, de guerres et de révolutions : sa bureaucratie est immortelle. Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi vient de nous gratifier d'un mode d'emploi pour le retour à la pleine communion des prêtres et fidèles "lefebvristes". Et le moins que l'on puisse dire, c'est du grand art, la maison du Père est hautement sécurisée.

Prêtres : le parcours du combattant en soutane
Commençons par les prêtres. Imaginons un abbé de la FSSPX, touché par la grâce de l'unité, qui décide de reconnaître Vatican II et la légitimité du rite ordinaire. Comment Rome célèbre-t-elle ce miracle spirituel ? Par un parcours administratif qui ferait pâlir d'envie la préfecture de police.

Pour espérer recevoir le pardon, notre prêtre repenti doit se soumettre à un véritable check-up administratif :

La lettre manuscrite : en 2026, à l'ère du numérique et de l'intelligence artificielle, le prêtre doit écrire de sa propre main au Pape. On imagine le pauvre abbé se liant les doigts sur sa plume d'oie pour prouver sa bonne foi, terrorisé à l'idée qu'une rature n'invalide son repentir.
Le kit de fidélité : il doit signer et dater la Professio fidei et la Formula adhaesionis, sortes d'accords de non-dénigrement (ou AND) théologiques par lesquels il jure de ne plus critiquer le patron mais surtout les textes de Vatican II. 
Le stage de probation (ad experimentum) : C'est ici que le rigorisme romain atteint un sommet d'involontaire comédie. Une fois le dossier validé, le prêtre est accueilli "à l'essai" pour une durée d'un à trois ans.

Trois ans ! On ne parle pas de titulariser un inspecteur des impôts, mais d'accueillir un prêtre catholique qui célèbre validement les sacrements. Le Christ avait demandé à Pierre : "M'aimes-tu ?" Il ne lui avait pas dit : "M'aimes-tu ? Bien, pars évangéliser en CDD renouvelable trois ans, et nous verrons si nous pouvons procéder à ton incardination définitive."

Laïcs : le grand tri sélectif de la culpabilité
Si la procédure pour les prêtres relève du parcours du combattant, celle pour les simples fidèles laïcs relève de la métaphysique de comptoir. Le Dicastère a en effet inventé un concept fascinant : le culpabilomètre liturgique.

L'imposition d'une peine canonique aux laïcs n'est pas automatique ; elle dépend de leur degré "d'imputabilité". L'évêque local est donc invité à se transformer en douanier des consciences pour séparer le bon grain qui rase les murs de l'ivraie des simples amateurs d'encens.

Êtes-vous un schismatique "durs" ou "light" ?
Le Vatican établit une distinction savoureuse que l'on pourrait résumer ainsi :

Cette classification est aussi drôle qu'impraticable. Comment l'évêque va-t-il évaluer la "responsabilité subjective" d'une mère de famille ou d'un étudiant ? Va-t-on faire passer un QCM théologique à la sortie des chapelles pour savoir si les fidèles viennent pour le mystère de la transsubstantiation selon le rite de Saint Pie V, ou pour comploter contre la constitution Lumen Gentium ?

Quand la bureaucratie éclipse la grâce
Derrière le sourire que suscite cette avalanche de normes canoniques, se cache une réalité plus triste. Nos amis du Vatican, par souci d'ordre et de précision juridique, finissent par donner de l'Église une image de froideur bureaucratique qui est aux antipodes de la tendresse maternelle qu'ils prêchent par ailleurs.

Pourquoi tant de méfiance ? Exiger des laïcs qui cherchent l'unité qu'ils signent des formulaires datés, ou imposer des périodes d'essai humiliantes à des prêtres, c'est traiter le retour au bercail comme une reddition militaire en rase campagne sans condition, plutôt que comme une fête de famille.

Dans la parabole, le père court vers son fils prodigue, l'embrasse et lui passe un anneau au doigt avant même que ce dernier n'ait pu finir sa phrase d'excuses. Si le père avait agi comme le Dicastère pour la Doctrine de la Foi, l'histoire aurait été légèrement différente :

"Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi..."
"Stop ! As-tu apporté ta lettre manuscrite ? Bien. Tu vas maintenant signer cette formule d'adhésion en bas de la page 3. Ensuite, tu resteras à l'essai chez les ouvriers agricoles pendant deux ans ad experimentum. Si tu ne critiques plus ma gestion du domaine, nous envisagerons d'égorger le veau gras en 2029."


Aimons nos pères de Rome, prions pour leurs dicastères, mais espérons qu'un jour, le vent de l'Esprit Saint soufflera assez fort sur leurs bureaux pour disperser un peu de ce rigorisme de papier qui les ridiculise et par là même, humilie les fidèles. 

En ce qui me concerne, un peu d’humour apaise la consternation.
Chers amis, que le Christ Roi vous garde !

François Charbonnier

 

Juillet 26

Véronique Lévy Lettre a ouverte au pape

06/07/2026

Véronique Lévy Lettre a ouverte au pape

 

 

Cher Saint-Père,


Je ne suis ni canoniste ni savante ; je ne suis rien qu’un atome du Cœur du Christ, de Son Église. Cette Église m’a appelée, parce qu’elle n’est ni une institution, ni un système, ni un empire, mais un Corps où bat un chœur, et en ce chœur, un Cœur : celui du Christ.


Je n’attendais pas un programme, avec des directeurs de ressources humaines, des communicants, serviteurs d’une idéologie collectiviste, avec des chants qui claquent et des Amen en fanfare. Je cherchais le silence, où le cœur écoute.


Je n’attendais pas la dictature de la joie, les selfies, les stridences des sonneries, les écrans géants et les prières pour le foot ou les Jeux olympiques. J’attendais la nuit où point déjà l’aube, au secret de la Croix… Arbre de vie planté au cœur de toute chair, pour nous ouvrir le Ciel.


J’attendais la miséricorde, celle qui franchit les murs ou traverse les mers : à la recherche du lépreux masqué, de l’emmuré vivant, du sans nom, sans visage, sans sépulture.


J’attendais cette gravité douce où la joie est comme une braise d’amour. Puis un incendie qui renverse l’ordre du monde, dont le prince est Caïn et sa danse mimétique.


J’attendais une langue, une seule, celle des anges, où consonnes et voyelles dansent dans la lumière d’un Chœur éternel. Le Royaume qui n’est pas de ce monde, mais dont la semence ouvre l’horizon de la mort.


Oui, cher Saint-Père, c’est de la pleine communion avec Rome, qui fut pourtant un empire, que je m’adresse à vous, comme à un père.
Et si je vous écoute, c’est pour que les ombres se dissipent au bleu du ciel, s’écoulant des reins de l’innocente, en qui le Verbe se fit chair, et l’Église s’ouvrit.
Hier pendant la Messe, j’ai voulu partir, claquer la porte, et courir jusqu’aux astres qui chuchotent la beauté de la nuit, lumière concentrée qui inspire puis expire.
La liturgie n’est-elle pas un chant, écho de celui des constellations qui se cherchent, s’appellent et se répondent au secret des labyrinthes noirs où se renverse le ciel…


La prière n’est-elle pas le balbutiement de l’enfant qui renonce à compter les étoiles, et meurt à sa volonté propre, pour que s’ouvre le vertige éternel… C’est cela, peut-être, que je désirais… le mystère d’un absolu sans rivage. Sans pitié — à l’horizon sans horizon de la miséricorde.
La miséricorde n’a pas les mains propres. Mais un cœur fracturé où s’ouvre la mer, pour laver la souffrance du monde, le sang des crimes, combler l’abîme de la chute : celle d’Adam condamnant Ève à sa chair dévastée ; Ève condamnant Adam à la terre et au ciel profanés.
Oui, l’Éternel désarmé de l’Amour, retourne la peau des cieux et des mers à la recherche de la brebis perdue.


J’ai embarqué dans l’Église comme dans une arche, voguant au cœur malade des déluges synthétiques de la posthumanité.
Je ne voulais pas d’une foule qui se célèbre elle-même et s’idolâtre en se masquant de la Parole de Dieu.
Je ne voulais pas d’une lettre orpheline de sa Source, d’un alphabet réduit en otage par l’utilitarisme, la “communication” d’une fraternité hypocrite qui est rivalité et mimétisme. Je ne voulais pas d’un uniforme humaniste mais de l’altérité au sein d’une communion.
Car oui, l’Église est communion. Dans la Passion et la Résurrection.
Pas dans les chants métalliques des haut-parleurs, le spectacle des clowns, et les arcs-en-ciel sans Promesse. Ni colombe à l’horizon. Ni fleur d’olivier… Ni parfum du lys et des roses au pied du tabernacle où bat l’Hostie.


Alors je vous le demande, Saint-Père : rendez-nous le silence, non comme un paradis perdu, mais comme un seuil. Rendez-nous la nudité de la Croix, la pudeur du sacré, l’effroi doux au Chœur du Mystère.
Rendez-nous une liturgie qui convoque l'Éternité… Une langue de Feu, pas des slogans. Une Église sans peur de la nuit, ni du martyre puisque c’est là, le sel de la terre, et là que l'aube vient.
Rendez-nous le tremblement juste, celui qui ne brise pas l’âme et la délivre de ses tombeaux. Rendez-nous la simplicité des commencements, quand l’Évangile était encore un scandale, et non un décor.
Rendez-nous la joie, oui, mais la joie crucifiée, celle qui va au désert et traverse les larmes et pourtant ne meurt pas. Non pas la joie maquillée, mais la joie secrète qui naît dans la blessure.
Dans l'abandon de tout ce qui n'est pas amour.


Alors, saint Père, recevez ma supplique et ma fidélité. Que vos mains, au nom de la foi qui nous précède, sachent bercer la fragilité, et renvoyer au silence ceux qui confondent prière et spectacle. Que nos paroles ouvrent des aurores où se lève la Présence.
Je vous demande que l’on protège les sanctuaires contre l’idolâtrie des clowns. Rendez aux sacrements leur murmure d’éternité ; rendez aux gestes la pauvreté qui sauve ; rendez aux jours et aux nuits et au silence, l'Adoration de Celui qui déchira le temps de Ses grands bras ouverts.
Et si vous ne pouvez tout remettre en ordre d’un seul geste, que l’on commence par: une prière lente, berceuse adressée au frère obscur. Que l'Eternel replante au sang de toute chair, un cœur qui tremble et écoute


Au chaos du monde.


Et cependant, je demeure.


Je demeure dans cette maison blessée, parce que je sais qu’elle n’est pas à nous mais au Christ. Je demeure parce que l’Église n’est pas l'hôtel de nos reniements, de nos ruses et de nos bruits ; elle est le Corps où Dieu a voulu habiter.


Je demeure parce qu’il y a, dans le plus pauvre tabernacle, un Cœur qui bat. Je demeure parce que le sang et l’eau ont coulé une fois pour toutes, et que rien, ni nos mascarades ni nos lâchetés, n’a le pouvoir d’abolir ce Mystère.


Je demeure parce que je ne veux pas apprendre à aimer seulement ce qui me ressemble. Je demeure pour le visage du frère qui me blesse parfois, pour la patience, pour l’obéissance obscure qui purifie le désir.


Je demeure parce que partir serait trop simple. Parce que rester est plus nu. Parce que la fidélité ne s'écrit pas seulement dans l’enthousiasme, mais dans le consentement à traverser l'absence.


Je demeure enfin parce que, sous le vacarme, j'entends une voix plus basse que toutes les autres, une voix qui appelle. Un murmure… Une voix qui sait mon nom.


Et c’est à cette Voix que je veux répondre.

 

Source : compte Facebook de Véronique Lévy

Juillet 26

Pendant les camps et les grandes vacances : Savoir se reposer ou se fatiguer … pour Dieu ?

06/07/2026

Pendant les camps et les grandes vacances : Savoir se reposer ou se fatiguer … pour Dieu ?

« L’homme qui ne se repose pas fatigue les autres ! », rappelle sagement Michel Menu à l’attention des scouts trop activistes pendant le camp. Notre Seigneur et Chef Jésus-Christ le recommande Lui-même à ses “patrouillards” apôtres : « Venez à l’écart dans un endroit désert, reposez-vous un peu » (Mc 6, 31). Tout est dans le « un peu » . Savoir s’arrêter, faire une pause, mettre une limite à son travail nécessaire, aussi noble soit-il, pour ne pas en devenir l’esclave. Le repos est une part de l’action elle-même, comme les vacances dans une année scolaire ou la sieste dans une journée de camp. Il n’est pas l’inactivité mais le fait de pouvoir demeurer dans sa mission, dans sa finalité. Condition de l’équilibre intérieur et extérieur, vis-à-vis de soi et des autres. Encore faut-il en user avec modération et tempérance pour ne pas en faire un terrain d’exercice pour le démon, l’oisiveté prolongée devenant, comme chacun sait, la mère de tous les vices.

Il ne s’agit pas de faire l’éloge du repos pour lui-même comme un “droit à la paresse”, selon la mauvaise revendication de Paul Lafargue (secrétaire de Karl Marx dont il épousa la fille !). Il s’agit de faire du repos un juste abandon physique et spirituel. Car l’homme ne vit pas seulement de pain ou de travail. Et son âme comme son corps ont besoin d’un temps alterné, d’un rythme mesuré inscrits dès la Genèse et dans le livre de l’Exode (20, 8-11) :

« Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui est dans tes portes. Car en six jours l’Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s’est reposé le septième jour : c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du repos et l’a sanctifié. »


Jésus Lui-même ne s’endort-il pas lors de la traversée du lac de Tibériade ? Dans l’incompréhension de ses disciples qui le réveillent, alors que la tempête s’est soudainement levée et les menace : — Pourquoi avez-vous peur hommes de peu de foi ? (Mt , 26). En revanche Il leur reproche de s’être assoupis à l’heure de son agonie au jardin des Oliviers : — Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller une heure avec moi ? (Mt 26, 40). C’est qu’il y a clairement un temps pour tout, comme dit l’Écriture, un temps pour veiller ou agir et un temps pour se reposer, dormir “un peu” : — Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer (Mc 14, 41). Le sabbat étant pour l’homme et non l’homme pour le sabbat, comme l’enseigne le Christ, celui qui aime véritablement assume ces différents moments comme il faut, au moment opportun ; il ne s’endort jamais totalement : — J’étais endormi mais mon cœur veillait (Cantique des cantiques 5, 2)… (1)

Il y a cependant la force ascétique de certains saints qui non seulement ne récusent jamais le labeur – comme saint Martin même à l’heure de sa vieillesse – mais « travaillent sans chercher le repos », comme le demande saint Ignace dans sa célèbre prière qui est devenue celle des scouts. Ce qui n’est certes pas donné à tout le monde. On sait comment le cardinal Ratzinger s’effraya du régime que s’imposait saint Jean-Paul II lors de son premier voyage apostolique en Allemagne :

« Je me suis dit : c’est impossible. Il faut lui ménager un peu de repos. J’avais alors imposé une large pause à midi. Nous occupions un bel appartement au palais. Il venait de monter quand il m’a appelé pour me demander de le rejoindre rapidement. Quand je suis arrivé, je l’ai trouvé en train de lire son bréviaire. “Saint-Père, ai-je dit, il faut vous reposer ! – J’aurai toute l’éternité pour me reposer”, m’a-t-il répondu. Ça me paraît tout à fait typique de lui. J’aurai toute l’éternité pour me reposer. Dans le présent, il ne savait pas s’arrêter. » (Derniers entretiens avec Peter Seewald).


Saint Paul, dans son épître aux Romains (8, 18-23), nous donne la clef de ce ressort surnaturel :

« Frères, les souffrances de cette terre sont, à mon avis, sans proportion avec la gloire qui nous sera révélée un jour… Nous aussi, qui avons commencé de posséder l’Esprit, nous gémissons au plus profond de nous-mêmes ; nous attendons que notre adoption de fils de Dieu obtienne son plein effet, et que notre corps lui-même soit racheté, dans le Christ notre Seigneur. »


Jour du Seigneur et objet du troisième commandement divin, le dimanche (chrétien), en plus du sabbat (juif), n’est plus seulement le septième (dernier) jour de la Création : il est le premier jour de la nouvelle Création offerte par le Rédempteur. Premier jour de la semaine, c’est aussi le “huitième jour”, le jour de la recréation (gage de la transfiguration finale de toute la réalité créée), dans lequel il nous est proposé d’anticiper, de gouter “un peu” quelque chose de ce repos-là à travers même “les travaux et les jours” de l’Église militante… Se dépenser en faisant la volonté du Seigneur fait alors déjà partie en quelque sorte de la récompense céleste : le saint ne se lasse pratiquement plus de l’effort et de la grâce du don (1) !

Reste que le commun des mortels, s’il ne connaîtra le vrai repos qu’en Dieu seul (Ps 61, 1) dans la paix de l’éternité, a besoin d’un fréquent et salutaire répit physique et spirituel en ce monde (2) pour faire face à sa fatigue naturelle et ainsi repartir sur sa route terrestre laborieuse. Se (re)donner de plus belle en vue de cette fin attendue : « Notre cœur est sans repos tant qu’il demeure loin de Toi » (saint Augustin). D’où l’éloge célèbre du sommeil que fait Péguy : « C’est le grand secret d’être infatigable comme un enfant… comme l’enfant se couche innocent dans les bras de sa mère… » Le remède à la fatigue du corps et de l’âme, c’est le repos dans le sommeil, la détente, le rêve et le jeu : l’abandon ! Saint Thomas d’Aquin louait pour sa part, dans l’ancienne et joyeuse vertu grecque d’eutrapélie (3), cette capacité de détente spirituelle légitime après l’effort, qui empêche de se rompre à l’image de l’arc trop longtemps tendu :

« Le repos de l’esprit, c’est le plaisir. C’est pourquoi il faut remédier à la fatigue de l’esprit en s’accordant quelque plaisir. L’esprit de l’homme se briserait s’il ne se relâchait jamais de son application. Cela s’appelle divertissements ou récréations, le jeu, les plaisanteries. Il est donc nécessaire d’en user de temps à autre pour donner à l’esprit un certain repos. »


Néanmoins, l’homme peut connaître aussi plusieurs sortes de fatigues, volontaires ou involontaires : celles à accepter, voire à rechercher, et celles qu’il faut éviter le plus possible. Celles qu’on appelle les saines fatigues du devoir d’état (études, métier, bénévolat, sport, jardinage…), que “le sommeil du juste” (comme celui de l’enfant) vient naturellement réparer. Mais il y a aussi les fatigues malsaines et illégitimes qu’il faut réprouver, causées par un dérèglement vicieux de notre vie quotidienne (trop d’écrans, de soirées arrosées, addictions diverses…), qui nuisent précisément à notre devoir d’état et à notre salut. Et puis il y a les fatigues involontaires : celles provoquées par les aléas d’une santé défaillante ou les travaux forcés d’un camp de prisonniers par exemple. Ou bien encore les fatigues d’un état de service justement (charges d’une vocation altruiste, de la mère de famille qui se relève la nuit pour ses enfants au pasteur – comme Jean-Paul II – qui se donne “tout à tous”…). Si on ne peut toujours en triompher vitalement comme pour les premières espèces de saine fatigue, il importe de les offrir et de les confier à la Providence divine. Bienheureux alors ceux qui ainsi se fatiguent en Dieu et pour Dieu car ils trouveront en effet la béatitude indicible dans le camp de repos et de joie où Il a dressé Sa tente et la nôtre pour toute l’éternité !

Rémi Fontaine

(1) « Tout est un pour ceux qui sont parvenus à l’unité profonde de la vie divine : le repos et l’action, contempler et agir, se taire et parler, écouter et s’ouvrir, recevoir en soi le don de Dieu et rendre l’amour à flots dans l’action de grâces et la louange », écrit Édith Stein dans La prière de l’Église.

(2) « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre », explique de son côté Pascal, dénonçant la fuite en avant du « divertissement », fuite de soi et du réel transcendant (de la vie intérieure) aussi bien dans le travail que dans le loisir. Divertissement symbolisé aujourd’hui par une culture honnissant le silence, dépendant excessivement des portables et du monde virtuel. 

(3) Art du bon usage du loisir, de la détente convenable : « Juste milieu entre la paresse et l’agitation. » On juge une civilisation à la manière dont elle se repose.

Juillet 26

Vénérer le Coeur Immaculé de Marie le premier samedi du mois

04/07/2026

Vénérer le Coeur Immaculé de Marie le premier samedi du mois

 

La propagation de la dévotion au Cœur de Marie remonte au XVIIe siècle où saint Jean Eudes la propagea en l'unissant à celle du Sacré-Cœur de Jésus.

         Au cours du XIXe siècle, sa sainteté Pie VII d'abord, et Pie IX ensuite, accordèrent à plusieurs églises une fête du Cœur très pur de Marie fixée au dimanche dans l'octave de l'Assomption, puis au samedi suivant la fête du Sacré-Cœur. Le 13 juillet 1917, la Sainte Vierge apparaissait au Portugal pour déclarer aux petits voyants de Fatima que Dieu voulait établir la dévotion à son Cœur immaculé pour le salut du monde. Elle demanda aux chrétiens la pratique du premier samedi du mois par la communion réparatrice et la récitation du chapelet accompagnée de la méditation des mystères du Rosaire. 


         Le 31 octobre 1942, le jour de la clôture solennelle du Jubilé des Apparitions de Fatima, le pape Pie XII s'exprimant à la radio, consacra le monde au Cœur immaculé de Marie pour répondre à l'appel de notre Mère du ciel. Il renouvela ce geste important le 8 décembre 1942. En 1944, en pleine guerre mondiale, le même souverain pontife consacrait encore tout le genre humain au Cœur immaculé de Marie pour le mettre sous sa toute-puissante protection. À l'occasion de cette même cérémonie, il décréta que l'Église entière célébrerait chaque année une fête en l'honneur du Cœur immaculé de Marie afin d'obtenir par l'intercession de la Très Sainte Vierge, « la paix des nations, la liberté de l'Église, la conversion des pécheurs, l'amour de la pureté et la pratique des vertus. » Il fixa la date de cette fête au 22 août, jour octave de la fête de l'Assomption.

         En créant la très Sainte Vierge, la Trinité Sainte a pu contempler le ravissant spectacle d'un cœur qui dès son premier battement, n'aima que son Dieu, et l'aima à lui seul plus que tous les anges et les saints ensemble ne l'aimeront jamais. « Le Père, dit saint Jean Eudes, a déployé sa puissance pour former un cœur de fille plein de respect et de fidélité envers son Créateur. Le Fils en fit un cœur de Mère et l'Esprit-Saint en fit un cœur d'épouse pour y célébrer ses noces ineffables. » La gloire de la fille du roi, disent les Livres Saints, est toute intérieure et cachée, autrement dit, elle est toute en son cœur. Là se trouvent toutes les perfections des anges et des hommes, dans un tel degré d'excellence que rien n'y peut être comparé. Là se trouvent les perfections de Dieu même, aussi fidèlement retracées qu'elles peuvent l'être dans une simple créature.

         La bonté et la miséricorde président parmi les vertus dont Dieu a orné le Cœur immaculé de sa Mère. Aussi tout pécheur trouve en elle un refuge assuré. Ce Cœur qui nous a tant aimés n'a point été flétri dans le tombeau comme celui des autres mortels. Ses mouvements n'ont été qu'un seul instant suspendus sous le souffle de la mort. Il vit aujourd'hui palpitant d'un amour infini, inondé de célestes délices au sein de la gloire immortelle où il continue de nous aimer avec prédilection.

         Comme la sainte Église nous le recommande aujourd'hui au moyen de la belle fête du Cœur immaculé de Marie, vouons un culte spécial de vénération et d'amour à ce cœur magnanime, le plus noble, le plus généreux qui soit sorti des mains du Créateur. Supplions-le donc de nous apprendre à aimer Jésus, à souffrir pour Lui, à supporter avec amour et résignation les peines de la vie, les souffrances et les croix qu'il plaira à Dieu de nous envoyer. Recourons donc sans cesse à ce cœur incomparable et nous expérimenterons infailliblement sa bénignité, sa mansuétude et sa tendresse.

Consécration au Cœur immaculé de Marie, instituée par le Pape Pie XII.

        Reine du très saint Rosaire, secours des chrétiens, refuge du genre humain, victorieuse de toutes les batailles de Dieu, nous voici prosternés suppliants aux pieds de votre trône, dans la certitude de recevoir les grâces, l'aide et la protection opportunes dans les calamités présentes, non en vertu de nos mérites, dont nous ne saurions nous prévaloir, mais uniquement par l'effet de l'immense bonté de votre cœur maternel.
        C'est à vous, c'est à votre Cœur immaculé, qu'en cette heure tragique de l'histoire humaine, nous nous confions et nous nous consacrons, non seulement en union avec la Sainte Église - corps mystique de votre Fils Jésus - qui souffre et verse son sang, en proie aux tribulations en tant de lieux et de tant de manières, mais en union aussi avec le monde entier, déchiré par de farouches discordes, embrasé d'un incendie de haine et victime de ses propres iniquités.
        Laissez-vous toucher par tant de ruines matérielles et morales, par tant de douleurs, tant d'angoisses de pères et de mères, de frères, d'enfants innocents, par tant de vies fauchées dans la fleur de l'âge, tant d'âmes torturées et agonisantes, tant d'autres en péril de se perdre éternellement.
        Ô Mère de miséricorde, obtenez-nous de Dieu la paix, et surtout les grâces qui peuvent en un instant convertir le cœur des hommes, ces grâces qui préparent, concilient, assurent la paix ! Reine de la paix, priez pour nous et donnez au monde en guerre la paix après laquelle les peuples soupirent, la paix dans la vérité, dans la justice, dans la charité du Christ.
        Donnez-lui la paix des armes et la paix des âmes, afin que dans la tranquillité de l'ordre s'étende le règne de Dieu. Accordez votre protection aux infidèles et à tous ceux qui gisent encore dans les ombres de la mort ; donnez-leur la paix, faites que se lève pour eux le soleil de la vérité et qu'ils puissent avec nous, devant l'unique Sauveur du monde, répéter : Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur terre aux hommes de bonne volonté ! Aux peuples séparés par l'erreur ou par la discorde, particulièrement à ceux qui professent pour vous une singulière dévotion et chez lesquels il n'y avait pas de maison qui n'honorât votre vénérable icône (peut-être aujourd'hui cachée et réservée pour des jours meilleurs), donnez la paix et reconduisez-les à l'unique bercail du Christ, sous l'unique vrai Pasteur.
        Obtenez à la sainte Église de Dieu une paix et une liberté complètes ; arrêtez les débordements du déluge néo-païen ; développez dans le cœur des fidèles l'amour de la pureté, la pratique de la vie chrétienne et le zèle apostolique, afin que le peuple des serviteurs de Dieu augmente en mérite et en nombre.
        Enfin, de même qu'au cœur de votre Fils Jésus furent consacrés l'Église et le genre humain tout entier, afin que, toutes les espérances étant placées en lui, il devînt pour eux signe et gage de victoire et de salut, ainsi et pour toujours nous nous consacrons à vous, à votre Cœur immaculé, ô notre Mère et Reine du monde, pour que votre amour et votre protection hâtent le triomphe du règne de Dieu et que toutes les nations, en paix entre elles et avec Dieu, vous proclament bienheureuse et entonnent avec vous, d'une extrémité du monde à l'autre, l'éternel Magnificat de gloire à celui en qui seul elles peuvent trouver la vérité, la vie et la paix.

Juillet 26

Excommunication FSSPX : « Nous avons reçu une pierre » la FSSPX interpelle le pape Léon XIV

03/07/2026

Excommunication FSSPX : « Nous avons reçu une pierre »  la FSSPX interpelle le pape Léon XIV

Deux jours après la publication du décret du Dicastère pour la Doctrine de la Foi déclarant schismatiques les membres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X et confirmant leur excommunication, l’abbé Davide Pagliarani, supérieur général de la Fraternité, a adressé une longue lettre au pape Léon XIV. Datée du 3 juillet 2026 depuis Écône, cette réponse constitue la première réaction officielle de la FSSPX aux mesures prises par Rome.

Le ton est solennel. Loin d’une simple protestation disciplinaire, la lettre entend répondre point par point au jugement porté par le Saint-Siège tout en présentant la vision que la Fraternité a de sa propre mission dans l’Église.Dès les premières lignes, l’abbé Pagliarani place son propos sous les paroles de l’Évangile selon saint Luc : « Quel est d’entre vous le père, à qui son fils demandera du pain, et qui lui donnera une pierre ? » Une image qui revient ensuite à plusieurs reprises pour exprimer ce que la Fraternité estime avoir reçu de Rome.

« Nous avions demandé du pain (…) malheureusement, nous avons reçu une pierre. Nous avions demandé un poisson (…) malheureusement, nous avons reçu un serpent. »

Cette formule, particulièrement marquante, résume toute la logique de la lettre. Selon son auteur, la Fraternité ne demandait ni privilège ni rupture avec Rome, mais un geste de compréhension face à ce qu’elle présente comme un véritable cas de conscience. À ses yeux, les sanctions reçues constituent une réponse disciplinaire à une demande qu’elle voulait avant tout spirituelle et pastorale. L’abbé Pagliarani affirme ensuite que la Fraternité n’a jamais eu l’intention de se substituer à l’Église. « Nous ne prétendons en aucune manière nous substituer à l’Église et nous n’avons d’autre ambition que de lui demeurer fidèles. » Cette affirmation illustre toute la fracture actuelle. Tandis que le Saint-Siège considère désormais que les consécrations épiscopales du 1er juillet ont consommé un acte de schisme, la Fraternité continue de soutenir qu’elle agit précisément pour préserver la foi catholique et la Tradition de l’Église.

L’un des passages les plus significatifs concerne la conception même de la Tradition. La Fraternité écrit que celle-ci « appartient à l’Église, notre Mère, et non à la FSSPX », ajoutant qu’un jour un pape voudra s’en servir « pour le bien de l’Église universelle ». Cette conviction traverse l’ensemble du document : les responsables de la Fraternité se voient comme les gardiens provisoires d’un trésor qu’ils espèrent remettre un jour à une autorité romaine revenue, selon eux, à la pleine Tradition.

La fin de la lettre adopte un ton plus spirituel encore. « La FSSPX Vous promet aujourd’hui de ne pas accueillir ces nouvelles sanctions, objectivement injustes et invalides, dans l’amertume ou la révolte. » Cette déclaration mérite d’être relevée. Alors même que la Fraternité qualifie les sanctions de profondément injustes, elle affirme vouloir transformer cette épreuve en offrande pour l’Église et pour le pape lui-même. Elle assure que ces condamnations ne feront que renforcer son attachement à « l’Église romaine » et renouvelle sa disponibilité à servir la restauration de « toutes choses dans le Christ ».

La conclusion est sans doute la plus émouvante du document. Malgré la gravité des accusations portées contre elle, la Fraternité demande au pape : « En attendant, si Vous le pouvez, malgré Votre récente décision, bénissez-nous comme Vos fils. Pour nous, rien n’a changé et jamais rien ne changera. » Cette ultime supplique met en lumière toute la complexité de la crise actuelle. D’un côté, Rome affirme qu’un schisme est désormais consommé ; de l’autre, la Fraternité continue de revendiquer un lien filial avec le Successeur de Pierre. Cette opposition de deux lectures radicalement inconciliables révèle l’ampleur de la fracture qui traverse aujourd’hui l’Église. Au-delà des sanctions canoniques, c’est bien une profonde rupture de confiance qui apparaît désormais au grand jour, rendant toute perspective de réconciliation plus difficile que jamais.

Philippe Marie dans Tribune Chrétienne

 

 

Lettre au Saint-Père concernant le décret du Dicastère pour la Doctrine de la Foi

« Le Supérieur général
À Sa Sainteté
le Pape Léon XIV

Écône, le 3 juillet 2026

« Quel est d’entre vous le père, à qui son fils demandera du pain, et qui lui donnera une pierre ? ou un poisson, et qui, au lieu du poisson, lui donnera un serpent ? ou encore, s’il lui demande un œuf, lui donnera un scorpion ? Si donc vous, tout méchants que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père céleste donnera-t-il l’Esprit-Saint à ceux qui le lui demandent ! » (Lc XI, 11-13)

Très Saint-Père,

La notification de la décision prise par le Saint-Siège à l’égard de la FSSPX, signée par Son Éminence le Cardinal Fernández, nous est parvenue et est désormais de notoriété publique.

Il nous semble que cette décision met une fois de plus en lumière le contexte extrêmement tragique dans lequel se trouve l’Église universelle. Ce que la FSSPX a fait et continuera de faire n’est rien d’autre qu’une initiative extrême de secours des âmes, au milieu de la confusion doctrinale et morale dans laquelle l’Église est plongée. Nous ne prétendons en aucune manière nous substituer à l’Église et nous n’avons d’autre ambition que de lui demeurer fidèles.

En conscience, nous n’avons pas estimé pouvoir nous soustraire au devoir moral que nous avons envers les âmes, comme nous l’avons déjà expliqué, tant en privé que publiquement, à Votre Sainteté.

Nous avions demandé du pain, c’est-à-dire un peu de compréhension pour un cas de conscience sincère, un geste de paternité non tant envers la FSSPX qu’envers les âmes, Vous promettant d’en faire de véritables fils de l’Église romaine ; malheureusement, nous avons reçu une pierre.

Nous avions demandé un poisson, c’est-à-dire la possibilité d’obtenir temporairement les moyens nécessaires pour continuer à former de bons prêtres, afin qu’ils poursuivent leur mission de faire connaître Notre-Seigneur aux âmes ; malheureusement, nous avons reçu un serpent.

Nous avions demandé un œuf, en promettant de le rendre dès que cela serait possible. En effet, la sainte Tradition que nous conservons dans les âmes appartient à l’Église, notre Mère — et non à la FSSPX —, et nous sommes certains qu’un jour un Pape voudra s’en servir pour le bien de l’Église universelle ; malheureusement, nous avons reçu un scorpion.
Nous avions demandé d’être instruits et confirmés dans la foi de toujours ; au lieu de cela, nous avons été déclarés schismatiques une seconde fois.

Malgré les sanctions qui nous frappent, la FSSPX renouvelle sincèrement la promesse qu’elle avait déjà formulée à Votre Sainteté. Permettez-moi, à ce propos, de reprendre librement ce que j’avais déjà exprimé :

« La Fraternité Vous promet […] de consacrer toutes ses énergies à préserver la Tradition et à la mettre au service de l’Église. Ce faisant, la FSSPX ne se contente pas de conserver d’anciens usages ; elle favorise et préserve les vocations sacerdotales, les vocations religieuses, les familles nombreuses et profondément chrétiennes ; en un mot, tout ce qui manifeste la vitalité de l’Église, de la grâce et de la foi catholique. Notre intention n’est pas d’offrir à l’Église un musée de choses anciennes, mais la Tradition intégrale, féconde, source de vie spirituelle, incarnée et vécue dans les âmes.

[…] Je suis certain qu’un jour Vous-même ou l’un de Vos successeurs pourra et voudra utiliser ce service, dont l’offrande, dans l’Église et pour l’Église, constitue notre unique raison d’être. » (Lettre personnelle adressée le 21 novembre 2025 à Sa Sainteté)

Mais surtout, la FSSPX Vous promet aujourd’hui de ne pas accueillir ces nouvelles sanctions — objectivement injustes et invalides — dans l’amertume ou la révolte.
Les condamnations récentes, comme celles du passé, nous atteignent dans ce que nous avons de plus cher : notre attachement à notre Mère, l’Église romaine.

Pourtant, même dans cette épreuve, tout doit concourir au bien des âmes et de l’Église elle-même. C’est pourquoi ces condamnations nous poussent à aimer davantage encore la sainte Église et à subvenir à ses besoins de toutes nos forces, plus que jamais. Pour cette même raison, la Fraternité Saint-Pie X offre volontiers la souffrance causée par ces nouvelles sanctions, pour le bien de l’Église universelle et de Votre Sainteté.

Nous sommes certains qu’un jour Vous-même ou l’un de Vos successeurs voudra faire sien le programme de saint Pie X : « Tout restaurer dans le Christ », Instaurare omnia in Christo. En ce jour-là, le Saint-Père découvrira dans la FSSPX, non un amas de serpents et de scorpions, mais une petite armée de fils loyaux, prêts à tout pour Le soutenir dans la restauration de toutes choses en Notre-Seigneur, et pour revendiquer devant l’humanité entière les droits imprescriptibles du Christ-Roi sur toutes les âmes et sur toutes les nations.

En ce jour-là, le Saint-Père découvrira avec une grande joie et une profonde consolation des âmes authentiquement catholiques, dont le lien avec l’Église ne s’est jamais fondé sur les sables mouvants d’un dialogue ambigu, mais sur le roc de la foi de Pierre.
Nous demandons à la très sainte Vierge Marie de hâter la venue de ce jour, et nous souhaitons surtout à Votre Sainteté de connaître au plus tôt cette joie et cette consolation.

En attendant, si Vous le pouvez, malgré Votre récente décision, bénissez-nous comme Vos fils. Pour nous, rien n’a changé et jamais rien ne changera.

Confiant dans la divine Providence, à laquelle rien n’échappe et qui lit jusqu’au fond du cœur de chaque homme, je demeure, Très Saint-Père, votre très dévoué fils dans le Seigneur.

Don Davide Pagliarani »

 

 

Sources : Tribune Chrétienne et FSSPX

 

Juillet 26

Un acte de nature schismatique entraînant l’excommunication latae sententiae

02/07/2026

Un acte de nature schismatique entraînant l’excommunication latae sententiae


Décret du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, 02.07.2026


Malgré les avertissements adressés au Supérieur Général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, l’évêque Alfonso de Galarreta, ayant accompli un acte de nature schismatique par la consécration épiscopale de quatre prêtres, sans mandat pontifical et contre la volonté du Souverain Pontife, a encouru ipso facto dans les peines prévues par le can. 1387 et par le can. 1364 § 1 CIC 2021.

Je déclare donc à toutes fins légales que l’évêque susmentionné Alfonso de Galarreta ainsi que Pascal Schreiber, Michael Goldade, Michel Poinsinet de Sivry et Marc Hanappier ont encouru ipso facto l’excommunication latae sententiae réservée au Siège Apostolique.

Je déclare également que l’évêque Bernard Fellay, ayant participé directement à la célébration liturgique en tant que co-consécrateur, ayant ainsi adhéré publiquement à l’acte schismatique, a encouru l’excommunication latae sententiae prévue par le can. 1364 § 1 CIC 2021.

Les clercs et les fidèles laïcs sont avertis de ne pas adhérer au schisme de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, car ils encourraient ipso facto la peine d’excommunication latae sententiae.

Du Palais du Dicastère, 2 juillet 2026

Victor M. Carte. Fernández
Préfet

Jean J. Kennedy
Archevêque tit. d’Ossero
Secrétaire à la section disciplinaire

Mons. Armando Matthieu
Secrétaire à la section doctrinale

 

 

NOTE EXPLICATIVE

Depuis l’époque de Saint-Paul VI jusqu’aux derniers pourparlers, qui ont eu lieu récemment dans ce Dicastère, les multiples tentatives pour ramener les adhérents au mouvement initié par Mgr. Marcel Lefebvre à la pleine communion avec l’Église catholique se sont révélés vaines. Cette situation s’est encore aggravée en raison des récentes consécrations épiscopales célébrées sans mandat pontifical, contre la volonté du Saint-Père, en violation ouverte du droit canonique. Par conséquent, ce Dicastère, dans l’exercice fidèle des fonctions qui lui sont confiées, estime nécessaire de constater que cet acte a configuré le crime de schisme, avec les conséquences canoniques pour les ministres sacrés et pour les fidèles laïcs impliqués. En effet, comme déjà déclaré en 1988, « une telle désobéissance – qui entraîne un rejet pratique de la primauté romaine – constitue un acte schismatique » (cf. Jean-Paul II, Lett. ap. Ecclesia Dei, 3).

À cet égard, désormais :

Les ministres sacrés appartenant à la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, sont dans le schisme et doivent donc être considérés comme schismatiques (cf. Ecclesia Dei, 5 c ; Conseil pontifical pour les textes législatifs, Note explicative sur la excommunication par schisme dans laquelle encourent les adhérents au mouvement de l’évêque Marcel Lefebvre, 24.08.1996, 5-6), se trouvant soumis à l’excommunication prévue par le droit (can. 1364 § 1 CJC).
En ce qui concerne les fidèles laïcs, doivent être tenus pour schismatiques et excommuniés ceux qui adhèrent formellement à la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X dans les conditions établies dans la Note explicative par le Conseil pontifical pour les Textes Législatifs de 1996 (cf. ibidem, 7), toujours en vigueur, que ce Dicastère fait sienne.
Enfin, le saint Peuple de Dieu est averti que les ministres sacrés de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X administrent illégalement les sacrements et que le sacrement de la pénitence qu’ils administrent et le mariage auquel ils assistent sont invalides.
L’Église, en tant que mère attentionnée, accueillera avec une affection sincère et une vive sollicitude tous ceux qui souhaitent revenir à la pleine communion. Les nonces apostoliques établiront des procédures que les ordinaires pourront utiliser dans les différents cas.

Enfin, tous les fidèles sont exhortés à rester fermes dans la communion avec le Pontife Romain, avec les Évêques en communion avec lui et avec toute l’Église (cf. Lumen Gentium, 22 ; can. 751 CIC), et de s’abstenir de participer aux célébrations et activités promues par la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X susmentionnée.

Du Palais du Dicastère, 2 juillet 2026

Victor M. Carte. Fernández
Préfet

Mons. Armando Matthieu
Secrétaire à la section doctrinale

Jean J. Kennedy
Archevêque tit. d’Ossero
Secrétaire à la section disciplinaire

Source

Juillet 26

Prier pour un député

01/07/2026

Prier pour un député

 

Et cette mobilisation commence à porter du fruit. ✨

D'abord, l'écart entre les députés favorables et opposés au texte continue de se réduire. Lors du précédent vote, il y avait 73 voix d'écart. Hier, il n'y en avait plus que 63. Comme en témoigne ce graphique, les choses évoluent : les consciences s'éveillent et les positions changent. Rendez-vous compte : seulement 52 % des députés ont voté en faveur du texte (295/577).


Plus étonnant encore, plusieurs députés ont évoqué en pleine Assemblée les milliers de personnes qui prient pour eux (voir cette courte séquence à 1:34 de cette vidéo). Ils savent que nous prions. C'est quand même incroyable, non ? Certains nous ont même confié combien cette démarche les touche.

 

Je crois profondément que ces signes nous invitent à ne pas perdre courage. Car rien n'est encore joué.

Il faudrait encore que 32 députés favorables au texte changent de position pour que l'issue du vote soit différente.

C'est difficile, mais pas impossible. Avec Dieu, un miracle est toujours possible.

 

Souvenez-vous de l'Écosse, en mars dernier. Alors que le vote sur le suicide assisté semblait quasiment acquis, des milliers de chrétiens se sont mobilisés dans la prière. Douze députés ont finalement changé leur vote et la loi a été rejetée.

 

Pourquoi Dieu ne pourrait-il pas agir aussi en France ?

 

C'est pourquoi je voudrais vous inviter aujourd'hui à rejoindre cette chaîne de prière sur Rosario.

 

Choisissez un député et engagez-vous à prier pour lui jusqu'au vote du 15 juillet. 🙏

 

👉 Je prie pour un député

Juillet 26
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