Le blog du Temps de l'Immaculée.
02/11/2026
Le voyage apostolique du pape en France a-t-il été une bienheureuse parenthèse dans un pays en crise existentielle profonde ? Une sorte d’avant-goût du Ciel où la communion prévaudra sur la division et l’amour sur la haine ? Non, cette visite s’est résolument inscrite dans le temps ordinaire de notre vie nationale et le pape a voulu dire à notre pays ce qu’il a objectivement besoin d’entendre pour croître dans sa vocation baptismale.
La France est en état d’apostasie. Elle est « en état de péché mortel » dirait Bernanos à la suite de Péguy. Les récentes constitutionnalisation de « la liberté » d’avorter et légalisation de « l’aide à mourir » nous l’ont rappelé. Mais ces lois mortifères et iniques ne sont pas les seuls symptômes d’un peuple en pleine décomposition sociale et morale. La lecture d’Homo occidentalis de Jérôme Fourquet et de Ruben Rabinovitch (Seuil, 2026) nous permet de plonger dans les mutations culturelles de ces dernières décennies et d’assister à « la bascule anthropologique » que connaît l’Occident. Cette révolution est le passage de « l’ancien régime psychique » au « nouveau régime psychique ». Le premier est fondé sur « la matrice judéo-chrétienne » et sur la verticalité (autorité du père, du chef, de la tradition) ; le second est fondé sur l’individu narcissique qui cherche toujours plus de liberté et de jouissance. Les « progrès » technologiques sont autant de vecteurs d’asservissement de la psyché individuelle à des compulsions incapables de noyer l’angoisse d’une vie ayant perdu toute finalité. Les nombreuses structures de péché, sociales et économiques, renforcent l’aliénation spirituelle.
Or Léon XIV s’est adressé aux fidèles, bien sûr, mais à travers eux à la France entière dont la grande majorité de citoyens est encore baptisée bien que constituée de non-croyants et de non-pratiquants. Ces baptisés ont été lavés dans le sang du Christ pour participer à la Vie même de Dieu. Et tous les autres, les non-baptisés, sont eux aussi appelés à cette même Vie éternelle. Grande est alors notre responsabilité, nous les baptisés, qui vivons chaque jour de la grâce sanctifiante ! Nous avons, comme et à la suite du pape, à nous tourner vers nos concitoyens pour les exhorter à la conversion en leur faisant découvrir l’Amour divin dont ils sont l’objet.
Deux semaines après le passage de Léon XIV, la France est retombée dans le bruit et la fureur, le chaos se déployant dans nos rues, les feux surgissant par milliers, les affrontements, le pillage et la haine se répandant comme une traînée de poudre. Autres symptômes d’un même mal profond : celui du nihilisme qu’a engendré une civilisation se coupant de sa Source divine. Ces symptômes sont visibles par tous, alors que ceux décrits par Fourquet et Rabinovitch ne sont discernables que par la lecture des statistiques et l’écoute du psychanalyste.
Dans ce contexte de profonde crise, propice à la désespérance et aux solutions illusoires, il nous revient de relire les discours et homélies du pape, de les méditer dans la prière pour que l’Esprit Saint nous éclaire et nous renouvelle dans le zèle apostolique. Commençons donc par cet extrait fondamental de son homélie à la messe du 26 septembre, prononcée à l’endroit même où Louis XVI ainsi que des milliers de personnes ont été assassinés au moment de la fondation de la République :
« Vous voyant ici rassemblés, frères et sœurs, héritiers d’une longue et belle histoire sainte en France, je vous dis : abreuvez-vous, à votre tour, à cette source qu’est le Cœur de Jésus transpercé. Oui, vous avez soif de Dieu, de vie, de vérité, d’unité, de paix, de communion, de bonheur. Vous aspirez à redécouvrir un horizon lumineux, à bâtir une nation renouvelée à partir de ses racines irriguées par la foi. Ne gardez pas cette foi en Jésus Christ pour vous-mêmes, mais laissez-la déborder pour abreuver et combler les personnes que vous rencontrez. Il vous revient d’apporter l’espérance là où règnent le découragement et la sécheresse spirituelle. »
Voilà la thérapie que le pape nous prescrit après avoir posé un diagnostic radical.
Notre grave responsabilité est de ne pas la négliger.