Le blog du Temps de l'Immaculée.
26/06/2026
Il a fait l'effet d'une bombe dans les couloirs de l'Assemblée et sur les plateaux télévisés. Même si cet article publié hier par Le Figaro Magazine est un peu hors sujet sur ce blog, il s'appuie sur un rapport inédit de l'Institut Thomas More, lequel dresse un inventaire vertigineux : celui des 50 décisions politiques qui, de Valéry Giscard d’Estaing à Emmanuel Macron, ont précipité le déclin de la France. Chômage endémique, effondrement scolaire, explosion de la dette, crise migratoire... Face à ce constat accablant d'un demi-siècle de rendez-vous manqués, il est légitime de se demander : la classe politique a-t-elle sciemment fait fausse route ? Plongée et recension détaillée d'un audit qui rebat les cartes à l'aube des présidentielles de 2027.
Le postulat : Un demi-siècle de "schizophrénie politique"
Dès les premières lignes, le ton est donné. La France des années 70, forte de sa croissance, de ses comptes équilibrés et de sa confiance en l'avenir, n'est plus qu'un lointain souvenir. L’Institut Thomas More (un think tank libéral-conservateur fondé en 2004) a mobilisé une vingtaine d'experts depuis novembre 2025 pour passer au crible cinq décennies de politiques publiques.
Leur conclusion centrale identifie un mal profond : une "schizophrénie politique". Les dirigeants français auraient passé 50 ans à signer des traités internationaux d'inspiration néolibérale (marché unique, OMC, monnaie unique) tout en multipliant, à l'échelle nationale, les politiques socio-étatistes.
L'exemple le plus frappant cité par le rapport ? L'adoption des 35 heures (1998) au moment même où la France s'arrimait à la rigueur de la zone euro et affrontait l'entrée de la Chine dans l'OMC. Une contradiction fatale pour la compétitivité du pays, que l'État a ensuite tenté de colmater par un recours frénétique et continu à la pression fiscale.
Les 3 axes majeurs du déclin identifiés
L'article du Figaro Magazine catégorise ces 50 décisions fatidiques. Loin de cibler un seul camp politique, le rapport distribue les mauvais points à la gauche comme à la droite, révélant une continuité dans le renoncement.
1. L'asphyxie économique et sociale
Le rapport pointe du doigt une gestion à courte vue, privilégiant la démagogie électorale à la réalité démographique et économique.
La retraite à 60 ans (1982) : Décidée par François Mitterrand à rebours du bon sens démographique, elle est qualifiée de "première cause du déclin économique et social", ayant durablement plombé la Sécurité sociale.
Les 35 heures (1998) : L'archétype de la mesure qui pénalise le travail et nécessite encore aujourd'hui des milliards d'aides compensatoires.
L'abandon de la règle d'or budgétaire (2011) : Un acte manqué par la gauche sénatoriale qui, selon le rapport, a ouvert les vannes au laxisme budgétaire des quinquennats Hollande et Macron, menant la dette à plus de 50 000 euros par Français aujourd'hui.
2. Le renoncement régalien : immigration et insécurité
C'est l'un des volets les plus explosifs de l'article. L'Institut Thomas More dénonce une "expropriation démocratique", soulignant que les Français n'ont jamais été consultés sur ces bouleversements majeurs.
Le regroupement familial (1976) : Signé sous VGE, ce décret est vu comme le "verrou migratoire ouvert", transformant une immigration de travail en une immigration de peuplement.
L'Aide Médicale d’État - AME (1999) : Passée de 139 000 à plus de 480 000 bénéficiaires en 2024, elle est présentée comme le thermomètre d'une immigration irrégulière subie.
La culture de l'excuse : De l'abrogation de la loi Peyrefitte (1983) au nouveau code pénal (1994) jusqu'à la loi Taubira (2014), le rapport fustige une justice devenue structurellement laxiste, privilégiant l'auteur de l'infraction sur la protection de la société.
3. L'effondrement de l'autorité et de la transmission
Le diagnostic sur l'éducation nationale est sans appel, marquant une dilution progressive des exigences.
Le collège unique (1975) : Le "premier acte du nivellement par le bas" qui a mécaniquement forcé l'école à réviser ses exigences.
La loi Jospin (1989) et la loi Peillon (2013) : En plaçant "l'élève au centre" et en diluant l'instruction dans le "pédagogisme", l'État a sacrifié la transmission des savoirs.
La capitulation face à l'islam politique : Le rapport situe le point de bascule lors de l'affaire du foulard de Creil en 1989, dénonçant la "lâcheté" politique de l'époque.
Un réquisitoire transpartisan : personne n'est épargné
Ce qui fait la force de cet article – et justifie le bruit qu'il fait actuellement – c'est son refus du tribalisme partisan.
Si la gauche est logiquement fustigée pour ses réformes sociétales, son expansion de l'État-providence (RMI, 35h, embauche de fonctionnaires sous Hollande) et son approche pénale, la droite est violemment mise face à ses propres contradictions.
Valery Giscard d'Estaing et Jacques Chirac sont épinglés pour le regroupement familial, l'absence de création de fonds de pension et la constitutionnalisation paralysante du principe de précaution (2005). Nicolas Sarkozy est durement sanctionné pour la "rupture démocratique" du traité de Lisbonne (2007) imposé malgré le "non" au référendum, ainsi que pour la "grande saignée" de la Défense (2009). Quant à Emmanuel Macron, le rapport lui reproche notamment l'écologie punitive (loi Climat de 2021) et des décisions industrielles dramatiques comme la fermeture de Fessenheim (2020).
Une lecture incontournable pour 2027
Qu'on adhère ou non à la grille de lecture libérale-conservatrice de l'Institut Thomas More, cette recension du Figaro Magazine offre une radiographie fascinante de la France. Le rapport a le grand mérite de remettre le temps long au cœur du débat public, fuyant la dictature de l'immédiateté qui caractérise trop souvent notre vie politique.
Il souligne une vérité inconfortable : les maux dont souffre la France ne sont pas tombés du ciel. Ils sont le fruit de choix délibérés, souvent motivés par le clientélisme, l'idéologie, ou l'illusion de "l'argent magique".
Alors que l'Institut annonce déjà la parution d'un second volume contenant des mesures de redressement, ce premier "état des lieux" s'impose d'ores et déjà comme une lecture obligatoire pour quiconque souhaite comprendre la défiance abyssale qui sépare aujourd'hui les Français de leurs élites. Un audit douloureux, mais probablement nécessaire, avant d'espérer un quelconque sursaut.
F. Charbonnier