Le blog du Temps de l'Immaculée.
24/04/2026
Au cours des dix dernières années, un vent a soufflé, en Italie et en Occident que l’on pouvait résumer en trois mots clés : populisme, souverainisme, conservatisme.
Ils étaient nés en opposition à la prédominance des oligarchies, au destin de la mondialisation et à l’hégémonie de l’idéologie progressiste « woke »...
Ils avaient porté puis ramené Donald Trump à la Maison Blanche, ils avaient fait grandir en Europe les mouvements national-populaires et identitaires, ils avaient récompensé en Italie d’abord le Mouvement 5 étoiles et la Ligue, puis Fratelli d’Italia. Ils s’opposaient à la gauche, à la technocratie, à la haute finance et à cet agglomérat de pouvoirs que nous avons appelé il y a quelques années « la Cappa » [la Chape].
Après la fermentation militante, sa sédimentation a pris la forme d’un conservatisme visant à mettre à l’abri la civilisation en danger, la tradition religieuse et civile, l’amour de la patrie et la famille naturelle, en freinant les flux migratoires et les bouleversements techno-progressistes. Il avançait avec le soutien des peuples, ou du moins avec un large consensus, même s’il devait en cours de route faire face à la tentation du repli, de l’abstentionnisme, de la désaffection politique due à une déception croissante des attentes.
Puis quelque chose s’est produit, et le phénomène le plus important a concerné le pays le plus important en jeu : le retour de Trump à la Maison Blanche a déclenché, après quelques mois, un revirement spectaculaire des attentes.
Que s’est-il passé ?
Le nouveau président, tout en étant humainement déplaisant et grossier, avait suscité, en tant qu’outsider, certaines attentes importantes, et pas seulement en Amérique :
-la fin des conflits à commencer par la guerre en Ukraine, avec le rétablissement de relations normales avec la Russie
-le retrait des États-Unis de leur rôle de gendarme mondial qui, ces dernières années, a fait plus de mal que de bien
-la contre-offensive conservatrice visant à priver de son hégémonie sous-culturelle la domination « woke » désormais insupportable
-a naissance, sur ces bases, d’une sorte d’alliance, d’un cartel international d’un conservatisme populaire et souverainiste sain qui aurait également eu son poids sur les équilibres de l’Union européenne.
Tout cela a été réduit à néant en l’espace d’un an ou un peu plus par les attitudes inconsidérées de Trump et par les influences néfastes subies sous forme de pressions et peut-être de chantages.
Les guerres se sont multipliées, le front chaud du Moyen-Orient s’est rouvert et aggravé, Israël a servi de déclencheur, Trump a prétendu être le Roi du Monde, celui qui distribue les rôles, les droits de douane, les parts et les espaces géographiques, retire et attribue la souveraineté, décide de chaque parcelle de terre, du Venezuela à l’Iran, du Groenland aux voies de navigation. Il a imposé le droit de la force et la primauté absolue de sa volonté sur toute autre considération.
Parallèlement, ce monde qui semblait en expansion irrésistible a connu en Europe, et ailleurs, quelques revers significatifs ; en France, qui avait été en quelque sorte à l’avant-garde avec le phénomène Marine Le Pen, on assiste depuis un certain temps à un édulcoration de son message en vue d’un rapprochement avec la droite modérée. En Italie aussi, la Meloni au gouvernement s’est révélée profondément différente de la Meloni dans l’opposition, comme on pouvait s’y attendre ; elle a conservé dans ses meetings le même vocabulaire combatif, mais au niveau gouvernemental, elle a choisi une ligne de modération, de prudence et de compromis. Cela a entraîné une hémorragie de soutien à droite; mais ce phénomène a été accentué par les effets de l’alliance, plus subie que voulue, avec la droite belliciste de Trump et de Netanyahou.
Le résultat de ces bouleversements et de ces choix stratégiques a été la remise en cause des souverainetés nationales et populaires, ainsi que du consensus qui les entoure, du jargon populiste et de la perspective conservatrice. Un ouvrage collectif comme Conservatorismo nel terzo millennio [janvier 2026], risque ainsi d’être dépassé par l’implosion rapide de l’expression « conservateur », qui a émergé avec difficulté au cours d’un long parcours de plusieurs années, à peine réhabilitée et déjà sur le point de s’effondrer.
Alors, à ce stade, quel scénario s’ouvre ? Qui contrôle la situation, quelles tendances et contre-tendances émergent dans le paysage politique et civil international ? Qui détient, pour reprendre une définition galvaudée, l’hégémonie culturelle ?
J’écris depuis longtemps que l’hégémonie est aujourd’hui plutôt anticulturelle (des livres reprenant désormais l’expression d’hégémonie contre la culture le soulignent également).
De quoi s’agit-il ?
La culture identitaire, conservatrice, nationale et populaire n’ayant pas pris son envol, nous restons à la merci de deux dominations prévalentes. L’hégémonie culturelle a pris fin en tant que culture mais existe encore en tant qu’hégémonie ; mais ce n’est pas une hégémonie relevant de la politique, elle concerne plutôt ce tourbillon historique appelé mainstream.
En fait, à y regarder de plus près, les flux malsains de l’hégémonie sont de deux types, et tous deux subculturels, voire anticulturels :
-L’un est l’hégémonie de l’ignorance insouciante, celle qui adhère entièrement à l’univers vide rempli de bavardages, de réseaux sociaux et de divertissements, plus la technologie ; fondée sur le désir de ne pas savoir, de s’échapper, de se distraire. Un tableau occidental, et pas seulement local, qui est mal décrit dans un essai récent de Mark Lilla, chercheur américain de l’université Columbia, L’extase de l’ignorance [titre en italien. Le titre original est Ignorance and Bliss: On Wanting Not to Know]. C’est une hégémonie apolitique et anticulturelle, récréative et commerciale, même si elle a eu quelques répercussions politiques à l’époque du berlusconisme (et en partie à l’époque de la démocratie chrétienne).
-L’autre hégémonie, subculturelle sinon anticulturelle, est celle, persistante, résiduelle et idéologique, du canon « woke », tardivement progressiste, fondée sur deux verbes : corriger et effacer, d’où le politiquement correct et la « cancel culture ». Une hégémonie fondée sur la ligne de démarcation éthique entre le bien et le mal, entre le progrès et la réaction, et sur la censure et l’indignation qui en découlent envers tout ce qui se rebelle contre ce schéma manichéen et ne se soumet pas au catéchisme woke.
C’est ce qui reste de l’ancienne hégémonie culturelle de type gramscien, ou si vous préférez, de la gauche. Elle est exercée par une sorte de Fonctionnaire Collectif, qui est l’héritier pédant de l’Intellectuel Collectif ; autrefois, il s’identifiait à un parti, aujourd’hui c’est un agglomérat de petites sectes, chacune dominante dans certains domaines culturels spécifiques (cinéma, théâtre, art, communication, etc.) ou dans les écoles et les universités.
Il s’agit, répétons-le, de deux hégémonies CONTRE la culture, qui coexistent parce qu’elles agissent à des niveaux différents. Mais elles ont pris la place d’une véritable hégémonie culturelle. Elles ne produisent pas d’idées, mais seulement des influenceurs, des tendances, des pressions, des censures et des conformismes.
Comment ce tableau se traduit-il sur le plan politique ?
En une politique entièrement absorbée par le présent, dépendante des sondages, des techniques de survie et des tactiques de rassemblement. L’intelligence artificielle s’occupe de l’avenir… À moins qu’il ne se passe quelque chose de nouveau et d’imprévu, ce qui n’est pour l’instant pas en vue.